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jeudi 24 janvier 2019

L'AMOUR : Aphrodite Pandemos, Éros (Aphrodite Urania), Philia et Agapé

Page (en construction) créée pour la réunion du café-philo de Montluçon du 3 décembre 2018 sur le thème " L'amour ". L'association Exedra-Réflexion a tenu le 23 janvier une réunion sur le même thème.


Aphrodite Pandemos (Platon, Le Banquet, Phèdre),
Éros (Aphrodite Urania dans le même Banquet ; Plutarque),
Philia (Aristote, Éthique à Nicomaque)

Aristote, Premiers analytiques, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts, Vrin 1966 :
II, xxii, 68ab : " L'amant préfère que l'aimé soit disposé à lui céder sans le faire, plutôt qu’il ne lui cède sans en avoir envie " ; " éros vise la philia plutôt que l'union charnelle " [définition de l'amour citée par le psychanalyste Jacques Lacan].


Agapé (latin caritas, amour chrétien de charité)


Montaigne :

« Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en répondant: Par ce que c'était lui ; par ce que c'était moi. Il y a, au delà de tout mon discours, et de ce que j'en puis dire particulièrement, ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. » Essais, I, xxviii, page 188 de l'édition Villey/Saulnier/PUF/Quadrige.

« Les Dieux, dit Platon, nous ont fourni d'un membre inobédient et tyrannique: qui, comme un animal furieux, entreprend, par la violence de son appétit, soumettre tout à soi. De même aux femmes, un animal glouton et avide, auquel si on refuse aliments en sa saison, il forcène, impatient de délai, et, soufflant sa rage en leurs corps, empêche les conduits, arrête la respiration, causant mille sortes de maux. » Essais, III, v, page 859 de l'édition Villey/Saulnier/PUF/Quadrige.


«  L'amour n'est autre chose que la soif de cette jouissance en un sujet désiré, ni Venus autre chose que le plaisir à décharger ses vases, qui devient vicieux ou par immodération ou indiscrétion. Pour Socrate l'amour est appétit de génération par l'entremise de la beauté. Et, considérant maintes fois la ridicule titillation de ce plaisir, les absurdes mouvements écervelés et étourdis de quoi il agite Zénon et Cratippe, cette rage indiscrète, ce visage enflammé de fureur et de cruauté au plus doux effet de l'amour, et puis cette morgue grave, sévère et extatique en une action si folle, et qu'on ait logé pêle-mêle nos délices et nos ordures ensemble, et que la suprême volupté ait du transi et du plaintif comme la douleur, je crois qu'il est vrai ce que dit Platon que l'homme est le jouet des Dieux et que c'est par moquerie que nature nous a laissé la plus trouble de nos actions, la plus commune, pour nous égaler par là, et apparier les fols et les sages, et nous et les bêtes. » Essais, III, v, page 877 de l'édition Villey/Saulnier/PUF/Quadrige.

« L’amour ne me semble proprement et naturellement en sa saison qu’en l’âge voisin de l’enfance. » Essais, III, v, page 895 de l'édition Villey/Saulnier/PUF/Quadrige.


Carte du pays de Tendre :

Les trois villes de Tendre, Tendre-sur-Inclination, Tendre-sur-Estime et
Tendre-sur-Reconnaissance (XVIIe siècle)


François de La Rochefoucauld : « Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour. » (Réflexions morales, 136)



Stendhal
« Ce qui j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections. » Chapitre II, " De la naissance de l'amour. "
« Ce qui assure la durée de l'amour, c'est la seconde cristallisation, pendant laquelle on voit à chaque instant qu'il s'agit d'être aimé ou de mourir. » Chapitre III, " De l'espérance ".


Georges Bizet :
« L'amour est enfant de bohème
Il n'a jamais jamais connu de loi
Si tu ne m'aimes pas je t'aime
si je t'aime prends garde à toi.
»
Carmen, 1875.

Nietzsche :

Mp XIV 1b, fin 1876 - été 1877 : 23[34] : " Grâce à Éros, deux êtres ont mutuellement du plaisir : comme tout différemment on verrait sans lui ce monde d’envie, d’angoisse et de discorde ! " [Die Welt ohne Eros. — Man bedenke, dass, vermöge des Eros, zwei Menschen an einander gegenseitig Vergnügen haben: wie ganz anders würde diese Welt des Neides der Angst und der Zwietracht ohne diess aussehen!]

« Amour.
Le plus subtil artifice qui donne l'avantage au christianisme sur les autres religions tient en un mot : il parla d'amour. Il devint ainsi la religion lyrique (alors que dans ses deux autres créations le sémitisme a donné au monde des religions épiques et héroïques). Il y a dans le mot d'amour quelque chose de si ambigu, de si stimulant, qui parle si éloquemment au souvenir, à l'espérance, que même l'intelligence la plus basse et le cœur le plus froid sentent encore quelque chose de l'auréole de ce mot. Il fait que la femme la plus avisée et l'homme le plus vulgaire pensent là aux instants relativement les moins égoïstes de leur vie commune, même si Éros n'a pris chez eux qu'un envol à ras de terre ; et tous ceux-là, les innombrables, qui souffrent d'une absence d'amour, de la part de leurs parents, de leurs enfants ou de leurs bien-aimés, mais surtout les êtres d'une sexualité sublimée [sublimirten Geschlechtlichkeit,], ont trouvé dans le christianisme juste ce qu'il leur fallait. » (Nietzsche, Opinions et sentences mêlées (1879), § 95)

« Tout ce qu'on appellera amour. [...] C'est l'amour des sexes [die Liebe der Geschlechter] qui trahit le plus clairement sa nature d'aspiration à la possession [Drang nach Eigenthum] : l'amoureux veut la possession exclusive et inconditionnée de la personne qu'il désire avec ardeur, il veut exercer un pouvoir inconditionné sur son âme comme sur son corps, il veut être l'unique objet de son amour et habiter et gouverner l'âme de l'autre comme ce qu'il y a de plus haut et de plus désirable. [...] On s'étonne que cette convoitise et cette injustice sauvages de l'amour sexuel [Geschlechtsliebe] aient été glorifiées et divinisées comme elles l'ont été à toutes les époques, au point que l'on ait tiré de cet amour le concept d'amour entendu comme le contraire de l'égoïsme alors qu'il est peut-être justement l'expression la plus naïve de l'égoïsme. [...] Il y a bien çà et là sur Terre une espèce de prolongement de l'amour dans lequel cette aspiration avide qu'éprouvent deux personnes l'une pour l'autre fait place à un désir et à une convoitise nouvelle, à une soif supérieure et commune d'idéal qui les dépasse : mais qui connaît cet amour ? Qui l'a vécu ? Son nom correct est amitié» (Le Gai Savoir, I, § 14, 1882 : traduction GF/Patrick Wotling revue)

" Tout ce qui est fait par amour s'accomplit toujours par-delà bien et mal. " (Par-delà bien et mal, IV " Maximes et interludes ", § 153, 1886).

« Comment chaque sexe a son préjugé au sujet de l'amour. — L'amour, pensé dans son tout, sa grandeur, sa plénitude, est nature et en tant que nature, il est de toute éternité quelque chose d' "immoral". » [Die Liebe, ganz, gross, voll gedacht, ist Natur und als Natur in alle Ewigkeit etwas „Unmoralisches“.]
(Le Gai Savoir, V, § 363, 1887 : traduction GF/Patrick Wotling revue)