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lundi 22 octobre 2018

S'INSTRUIRE AVEC INTERNET

S'informer, se documenter, s'instruire.
Qui accepterait un vol aérien, ou une intervention chirurgicale avec un pilote ou un médecin qui n'aurait fait que s'informer sur les techniques de son métier, ou même seulement que se " documenter " ??
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Page créée pour la réunion de l'association montluçonnaise Exedra-Réflexion du 24 octobre 2018.


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Trois niveaux à distinguer :
L'information, un premier pas, sur l'actualité ou des domaines inconnus.
La documentation, pour approfondir (ou simplement vérifier une information).
Le savoir (structuré), l'instruction, la compétence.

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A / Vulgarisation et autodidactisme
B / Grands sites

C / Vérifier et compléter les infos-presse en allant à la source, notamment sur des sites officiels
D / Auteurs et sujets particuliers
E / La recherche sur Google
F / Cas particulier des citations


A / Vulgarisation et autodidactisme :

Vulgarisation :
Jacques Bouveresse, après Jacques Lacan, fit l’objet d’une exigence de compréhensibilité facile par tous, à la suite de sa leçon inaugurale au Collège de France.
La Recherche, n° 281, novembre 1995, page 5, éditorial non signé intitulé « Vulgariser la philosophie » :
   « La France est un des rares pays qui accorde un certain crédit à la philosophie. La présence de cette discipline au baccalauréat en témoigne, même si les sujets de réflexion proposés aux élèves et le type de réponse qu’on attend d’eux évoquent plutôt les exercices de rhétorique de la IIIe République.  L’intronisation de Jacques Bouveresse au Collège de France relève d’un autre rituel : répondant au vœu de Socrate, notre pays tient à entretenir un philosophe au Prytanée. C’est excellent. Mais on peut se demander si l’idée est vraiment aboutie. Car le philosophe grec ne concevait pas son art autrement qu’enraciné dans la Cité. Il parlait avec les gens. Or il faut bien l’admettre : le texte de la leçon inaugurale de Jacques Bouveresse, pourtant rédigé dans un style pur, dénué du jargon auquel nous ont habitués les Deleuze et Derrida, n’annonce pas une rencontre prochaine entre la philosophie et le peuple. Il est aussi opaque pour un scientifique même cultivé qu’un livre de mécanique quantique pour un paysan du bocage. Mais ne perdons pas espoir ! Il y a peut-être quelque chose à faire pour promouvoir l’esprit philosophique – qui vaut bien l’esprit scientifique. À La Recherche, nous ne désespérons pas de parvenir un jour à vulgariser la philosophie. ».
 Voir la réponse de Jacques Bouveresse dans La Demande philosophique, chapitre I, page 24.

FUTURA pour les sciences.


Autodidactisme :
Plus facile dans un domaine lorsqu'on a déjà fait des études universitaires dans un autre. Sinon, il est difficile d'acquérir le sens de l'étude et la bonne compréhension des concepts.

Parmi les autodidactes célèbres, Hitler qui se félicitait de ne pas avoir eu l'esprit déformé par les études universitaires...

Ce que confiait Adolf Hitler à Rauschning (1) : "Je remercie mon destin de ce qu'il m'a épargné les œillères d'une formation [Bildung] scientifique (2) " ; " Je ne veux aucune éducation intellectuelle [keine intellektuelle Erziehung] ". Voir aussi dans le même sens Mein Kampf [Mon combat], tome II, chapitre 2 : "L'instruction scientifique viendra en dernier.").
1. Hermann Rauschning, Hitler m'a dit, Aimery Somogy, 1979, chapitres XV et XVI. [Gespräche mit Hitler, 1939]. Ouvrage que certains disent discrédité.
2. Un participant aux cafés-philo parisiens avait tenu un propos analogue (les études déforment l'esprit...)


B / Grands sites :

Gallica : d'utilisation un peu complexe. Des millions de livres, périodiques et documents en ligne.



INA : Institut national de l'audiovisuel, Établissement Public à Caractère Industriel et Commercial (EPIC). Émissions télé, films, vidéos.

Perseus Collection : textes grecs et latins.
Greek and Roman Materials



C / Vérifier et compléter les infos-presse en allant à la source, notamment sur des sites officiels :

Légifrance : Lois et règlements
La Constitution 
Les codes en vigueur 
Les autres textes législatifs et réglementaires 
Le Journal officiel 

Conseil constitutionnel : On peut commencer à y étudier le droit constitutionnel avec les communiqués de presse et les commentaires, plus faciles à lire que les décisions.
Les Constitutions de la France


Wikipedia, plus un Répertoire qu'une Encyclopédie. Trop souvent des phrases bancales. Chacun peut y déposer sa pierre, ... ou sa crotte.
Supériorité de en.wikipedia.org si on connaît l'anglais.

Wikisource : les classiques, parfois avec le fac simile. Excellente ressource. Insuffisant pour les textes nécessitant un apparat critique à jour.

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D / Auteurs et sujets particuliers :

Le texte des Essais de Montaigne est en ligne, avec une fonction recherche de mots ; Ces Essais offrent une magnifique introduction à la philosophie de l'Antiquité (il n'y a de comparable que Le Monde... de Schopenhauer). Mes commentaires et indexation : Index amoureux...

Flaubert, Correspondance

Nietzsche Source : tous les écrits, avec une fonction recherche de mots.

André Gide


Généalogie
twitter


E / La recherche sur Google :

" " et *

Les premières réponses sont parfois très loin de la question posée ; il faut souvent aller sur les pages 2 et suivantes pour trouver ce que l'on cherche.
Langue française : se méfier des mauvaises traductions de Google.


F / Cas particulier des citations :

Souvent fausses ou déformées ; Internet permet de les vérifier ; idem pour les fake news.


Einstein : « Le plus beau sentiment du monde, c'est le sens du mystère. Celui qui n'a jamais connu cette émotion, ses yeux sont fermés. »

Piquée charcutée sur Internet, sans référence... En cherchant un peu, on trouve une version anglaise bien différente, et enfin l'original allemand :
“ The most beautiful thing we can experience is the mysterious. It is the source of all true art and science. He to whom the emotion is a stranger, who can no longer pause to wonder and stand wrapped in awe, is as good as dead — his eyes are closed. The insight into the mystery of life, coupled though it be with fear, has also given rise to religion. To know what is impenetrable to us really exists, manifesting itself as the highest wisdom and the most radiant beauty, which our dull faculties can comprehend only in their most primitive forms — this knowledge, this feeling is at the center of true religiousness. ”
Albert Einstein, in Mein Weltbild (1931), cité dans Introduction to Philosophy (1935) by George Thomas White Patrick and Frank Miller Chapman. 
" It is enough for me to contemplate the mystery of conscious life perpetuating itself through all eternity, to reflect upon the marvellous structure of the universe which we can dimly perceive, and to try humbly to comprehend even an infinitesimal part of the intelligence manifested in Nature. " As quoted in the Chicago Daily News by Charles H. Dennis. "
Original : " Das Schönste, was wir erleben können, ist das Geheimnisvolle. Es ist das Grundgefühl, das an der Wiege [berceau] von wahrer Kunst und Wissenschaft steht. Wer es nicht kennt und sich nicht mehr wundern, nicht mehr staunen kann, der ist sozusagen tot und sein Auge erloschen. Das Erlebnis des Geheimnisvollen – wenn auch mit Furcht gemischt – hat auch die Religion gezeugt. Das Wissen um die Existenz des für uns Undurchdringlichen, der Manifestationen tiefster Vernunft und leuchtendster Schönheit, die unserer Vernunft nur in ihren primitivsten Formen zugänglich sind, dies Wissen und Fühlen macht wahre Religiosität aus; in diesem Sinn und nur in diesem gehöre ich zu den tief religiösen Menschen. Einen Gott, der die Objekte seines Schaffens belohnt und bestraft, der überhaupt einen Willen hat nach Art desjenigen, den wir an uns selbst erleben, kann ich mir nicht einbilden. Auch ein Individuum, das seinen körperlichen Tod überdauert, mag und kann ich mir nicht denken; mögen schwache Seelen aus Angst oder lächerlichem Egoismus solche Gedanken nähren. Mir genügt das Mysterium der Ewigkeit des Lebens und das Bewußtsein und die Ahnung von dem wunderbaren Bau des Seienden sowie das ergebene Streben nach dem Begreifen eines noch so winzigen Teiles der in der Natur sich manifestierenden Vernunft. " Mein Weltbild, 1934, I, Wie ich die Welt sehe.]
" The source of all true art and science ". Plutôt : " C'est le sentiment fondamental sur lequel se tient le berceau de l'art et de la science véritables. " . Pour Aristote, la philosophie commençait avec l'étonnement. Une citation d'Albert Einstein donnée entre guillemets qui y supprime le mot de science, il fallait le faire...

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Les MOOC (massive open online course, d'après l'anglais) ou cours en ligne ouverts à tous (CLOT),

MOOC UniCaen Renforcer ses compétences orthographiques


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Internet offre la possibilité d'écrire (blog, commentaires) et on apprend beaucoup en écrivant (si on se relit...).

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"Diogène de Sinope présentait aux enfants de Xéniade [le maître de l’esclave Diogène] des résumés et des abrégés pour aider leur mémoire." (Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, VI, 31).


LA CONNAISSANCE, L’ESPRIT CRITIQUE,
L’ESPRIT D’EXAMEN ET
LA LIBERTÉ D'EXPRESSION



Le désir de connaissance : 

Xénophane de Colophon (vers -570/-460) :

"Ma science prévaut sur la force des hommes [...] Ce n'est pas à bon droit qu'on préfère la force à la science, en laquelle est sise la valeur." (Rapporté par Athénée de Naucratis, Les Sages attablés, X, 414ab).

« La première espèce [de plaisir] est celle par laquelle l’homme apprend. »
Platon, La République, IX, 580d.

Les deux autres espèces de plaisir sont, pour Platon, le désir satisfait de gloire et d’honneur, et le plaisir des sens.
Trilogie analogue dans :

- la 1ère épitre de Jean : convoitise de la chair, convoitise des yeux, vantardise des ressources,
- les Sermons adressés aux frères du désert du pseudo-Augustin
- Blaise Pascal : concupiscence de la chair, concupiscence des yeux, orgueil de la vie.

« Tous les êtres humains désirent naturellement la connaissance. »
Aristote, Métaphysique [Après la physique] , I, i, 980b. Si c'était vrai …

« Aucun plaisir ne peut être plus grand que le plaisir de l’esprit. »
Cicéron, De la vieillesse, XIV, 50. À cet âge, bien sûr …

« Le peuple aime l’ignorance. »
Alfred de Vigny, Journal d’un poète, juin 1840. Hélas, oui !

« Platon [République IX, 580d] et Aristote [Métaphysique I, i, 980b] ont raison de considérer les joies de la connaissance comme le bien le plus désirable, – à supposer qu’ils veuillent exprimer là une expérience personnelle et non générale : car pour la plupart des gens, les joies de la connaissance comptent parmi les plus faibles et se situent bien au dessous des joies de la table. »
Frédéric Nietzsche, Fragments posthumes, M II 1 [9], printemps 1880.

« Tout désir est évidemment monologique, il ne peut soutenir que son discours et il est sourd à tous les autres. Seule la philomathia, ce désir d’apprendre qui prédomine étrangement en quelques uns, est par essence dialogique. »
Monique Dixsaut, Le Naturel philosophe, II, Érôs philosophe, Paris : Belles Lettres/Vrin, 1994.


Probité initiale : 

« Moi, si je ne sais pas, je ne croie pas non plus savoir. Il me semble donc que je suis un peu plus sage que lui par le fait même que ce que je ne sais pas, je ne pense pas non plus le savoir. […] J’avais conscience de ne connaître presque rien. »
Socrate, in Platon, Apologie de Socrate, vi, 21d ; viii, 22d.

« Pour devenir savant, dans les domaines où l’on était jusque-là ignorant, il vous faut ou bien apprendre de quelqu’un ou bien découvrir par vous-même. Cependant ce qui vous est enseigné vient d’autrui et vous est étranger, tandis que ce que vous découvrez vient de vous-même et est votre bien propre. Mais s’il est fort difficile, et rare, de trouver sans chercher, cela est aisé et facile quand on cherche, mais impossible pour celui qui ne sait pas chercher. »
Archytas de Tarente, -Ve / - IVe siècles, « Des sciences », in Jean-Paul Dumont, Les Présocratiques, Paris : Gallimard, 1988, collection « Bibliothèque de la Pléiade » ; de Stobée, Florilège, IV, i, 139. Traduction Daniel Delattre revue par Jean-Paul Dumont.

« Ils commencent ordinairement ainsi : comment est-ce que cela se fait-il ? – Mais se fait-il ? faudrait-il dire. »
Montaigne, Essais, III, xi, 1026-1027.

« Assurons-nous bien du fait, avant que de nous inquiéter de la cause […] nous éviterons le ridicule d’avoir trouvé la cause de ce qui n’est point. »
Fontenelle, Histoire des oracles, I, iv.

« Laissons-là tout ce que nous ne connaissons pas assez pour le louer ou le blâmer, et qui n’est peut-être ni bien ni mal. »
Denis Diderot, Le Neveu de Rameau.

« Ne perdons jamais de vue la grande règle de définir les termes. »
Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, article Alexandre.

« Il est bien triste d’avoir tant d’idées, et de ne savoir pas au juste la nature des idées. Je l’avoue ; mais il est bien plus triste et beaucoup plus sot de croire savoir ce qu’on ne sait pas. »
Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, article "Idée", section I.

« Vive la physique ! Et davantage encore ce qui nous contraint d’y venir – notre probité ! »
Frédéric Nietzsche, Le Gai savoir. "La gaya scienza", IV, § 335.

« La critique des témoignages n’est pas, comme on le dit quelques fois, la méthode propre des sciences historiques, pas plus qu’elle n’est toute la méthode de l’histoire. Elle est, dans tous les cas, condition d’objectivité de la connaissance. »
Edmond Goblot, Traité de logique, § 44. « Connaissance objective » devrait être considéré comme un pléonasme.


Être plus modeste et plus fureteur :

« Personne n’excelle dans les grandes choses s’il est déficient dans les petites. »
Quintilien, Institution oratoire, II, iii, 6. [Cf Cicéron, « Les dieux s’occupent des grandes choses et négligent les petites » De Natura deorum, II, lxvi].

« Mais, me dira-t-on, que gagnerez-vous à détromper les hommes sur ces bagatelles ? Je ne gagnerai rien, sans doute ; mais il faut s’accoutumer à chercher le vrai dans les plus petites choses : sans cela on est bien trompé dans les grandes. »
Voltaire, Des mensonges imprimés [1749], XXXVI.

« Ouvrons la montre qu’on appelle homme, et au lieu de définir hardiment ce que nous ne connaissons pas, tâchons d’examiner par degrés ce que nous voulons connaître. »
Voltaire, Lettres philosophiques, XIII, appendice 1.


Maîtrise de la langue :

« Socrate : Est-ce un Grec et parle-t-il grec ? »
Platon, Ménon, 82b.

La connaissance, définie :

Jugement vrai accompagné de sa justification (Platon)
Connaissance des causes (Aristote)
The perception of the agreement or disagreement of two ideas (John Locke)
That evidence, which arises from the comparison of ideas (David Hume)
Une déduction et une élaboration développée (Nietzsche)
Ensemble des énoncés dénotant ou décrivant des objets, et susceptibles d’être déclarés vrais ou faux (Jean-François Lyotard)

La connaissance se définit de façon différentielle par rapport à l’opinion, la conjecture, le doute, l’erreur, l’incertitude, la défiance, la foi et la croyance.

« L’opinion est une croyance qui a conscience d’être insuffisante subjectivement aussi bien qu’objectivement. Quand la croyance n’est suffisante que subjectivement, et qu’en même temps elle est tenue pour objectivement insuffisante, elle s’appelle foi. Enfin, celle qui est suffisante subjectivement aussi bien qu’objectivement s’appelle savoir. La suffisance subjective s’appelle conviction (pour moi-même), la suffisance objective, certitude (pour chacun). »
Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Théorie transcendantale de la méthode, II, troisième section, traduction Alexandre Delamarre et François Marty, Paris : Gallimard, 1980, collection « Bibliothèque de la Pléiade ».

La culture, définie :

Apprendre à calculer, à penser causalement, à prévenir, à croire à la nécessité (Nietzsche)
Processus de symbolisation d’un groupe social (Pierre Kaufmann)
Ensemble des aspects intellectuels d’une civilisation (Grand Robert, 1985)
Ensemble des médiations symboliques et techniques qu’un certain groupe humain a constituées entre lui-même et son environnement culturel pour satisfaire ses besoins (Sylvain Auroux)
L’ensemble des œuvres de l’esprit humain (François Furet)


Variétés et genres de connaissances :

« C’est le nombre qui, en rendant toutes choses adéquates à l’âme par la sensation, les rend connaissables et commensurables entre elles. »
Philolaos, -5e siècle, in Stobée, Pièces choisies, I, Préface, 3.

« L’objet de la connaissance théorique est la vérité, celui de la connaissance pratique est l’action. »
Aristote, Métaphysique, II, i.

« Nous devons plutôt juger du fond même des choses qu’attacher grande valeur à savoir ce qu’on a pensé des hommes. »
Augustin, Cité de Dieu, XIX, iii, 2.

« Il m’est semblé plus pertinent de suivre la vérité effective des choses que l’idée qu’on s’en est fait. »
Machiavel, Le Prince, 15.

« Je désire que vous remarquiez la différence qu’il y a entre les sciences et les simples connaissances qui s’acquièrent sans aucun discours de raison, comme les langues, l’histoire, la géographie, et généralement tout ce qui ne dépend que de l’expérience seule. »
René Descartes, La Recherche de la vérité par la lumière naturelle.

« Comment votre enfant connaîtra-t-il les hommes, s’il ne sait ni juger leurs jugements, ni démêler leurs erreurs ? C’est un mal de savoir ce qu’ils pensent, quand on ignore si ce qu’ils pensent est vrai ou faux. »
Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’éducation, III.

La connaissance transcendantale porte sur la manière de connaître ; la connaissance a posteriori s’effectue par les sens et l’expérience ; la connaissance a priori est indépendante des sens et de l’expérience, comme en mathématiques ou en philosophie. (I. Kant, Critique de la raison pure, Préface de la 2e édition).


La première main :

« In the sciences, every one has so much as he really knows and comprehends ; what he believes only, and take upon trust [en confiance], are but shreds [miettes] »
John Locke, Essai sur l’entendement humain, I, iv, § 23.

« He that has but ever so little examined the citations of writers, cannot doubt how little credit the quotations [citations] deserve [méritent] when the originals are wanting [manquent] ; and consequently how much less quotations of quotations can be relied on [sont fiables]. »
John Locke, Essai sur l’entendement humain, IV, xvi, § 11.
 
« En fin de compte, il faut tout faire soi-même pour savoir soi-même quelque chose : c’est dire que l’on a beaucoup à faire. Mais une curiosité comme la mienne n’en demeure pas moins le plus agréable des vices, – pardon, je voulais dire : l’amour de la vérité trouve sa récompense au Ciel et déjà sur cette Terre. – »
Frédéric Nietzsche, Par-delà bien et mal, III, § 45.


« Je voudrais replacer la question que vous me posez dans une certaine conjoncture intellectuelle. Pendant longtemps, la philosophie, la réflexion théorique ou la "spéculation" ont eu à l’histoire un rapport distant et peut-être un peu hautain. On allait demander à la lecture d’ouvrages historiques, souvent de très bonne qualité, un matériau considéré comme "brut" et donc comme "exact" ; et il suffisait alors de le réfléchir, ou d’y réfléchir, pour lui donner un sens et une vérité qu’il ne possédait pas par lui-même. Le libre usage du travail des autres était un genre admis. Et si bien admis que nul ne songeait à cacher qu’il élaborait du travail déjà fait ; il le citait sans honte.

Les choses ont changé, me semble-t-il. Peut-être à cause de ce qui s’est passé du côté du marxisme, du communisme, de l’Union soviétique. Il ne paraissait plus suffisant de faire confiance à ceux qui savaient et de penser de haut ce que d’autres avaient été voir là-bas. Le même changement qui rendait impossible de recevoir ce qui venait d’ailleurs a suscité l’envie de ne plus recevoir tout fait, des mains des historiens, ce sur quoi on devait réfléchir. Il fallait aller chercher soi-même, pour le définir et l’élaborer, un objet historique nouveau. C’était le seul moyen pour donner à la réflexion sur nous-mêmes, sur notre société, sur notre pensée, notre savoir, nos comportements, un contenu réel. C’était inversement une manière de n’être pas, sans le savoir, prisonnier des postulats implicites de l’histoire. C’était une manière de donner à la réflexion des objets historiques au profil nouveau.

On voyait se dessiner entre philosophie et histoire un type de relations qui n’étaient ni la constitution d’une philosophie de l’histoire ni le déchiffrement d’un sens caché de l’histoire. Ce n’était plus une réflexion sur l’histoire, c’était une réflexion dans l’histoire. Une manière de faire faire à la pensée l’épreuve du travail historique ; une manière aussi de mettre le travail historique à l’épreuve d’une transformation des cadres conceptuels et théoriques. Il ne s’agit ps de sacraliser ou d’héroïser ce genre de travail. Il corresponde à une certaine situation. C’est un genre difficile qui comporte beaucoup de dangers, comme tout travail qui fait jouer deux types d’activités différents. On est trop historien pour les uns et, pour les autres, trop positiviste. Mais, de toute façon, c’est un travail qu’il faut faire soi-même. Il faut aller au fond de la mine ; ça demande du temps ; ça coûte de la peine. Et quelquefois on échoue. Il y a en tout cas une chose certaine : c’est qu’on ne peut pas dans ce genre d’entreprise réfléchir sur le travail des autres et faire croire qu’on l’a effectué de ses propres mains ; ni non plus faire croire qu’on renouvelle la façon de penser quand on l’habille simplement de quelques généralités supplémentaires. Je connais mal le livre dont vous me parlez. Mais j'ai vu passer depuis bien des années des histoires de ceci ou de cela - et vous savez, on voit tout de suite la différence entre ceux qui ont écrit entre deux avions et ceux qui ont été se salir les mains. Je voudrais être clair. Nul n'est forcé d'écrire des livres, ni de passer des années à les élaborer, ni de se réclamer de ce genre de travail. Il n'y a aucune raison d'obliger à mettre des notes, à faire des bibliographies, à poser des références. Aucune raison de ne pas choisir la libre réflexion sur le travail des autres. Il suffit de bien marquer, et clairement, quel rapport on établit entre son travail et le travail des autres. Le genre de travail que j'évoquais, c'est avant tout une expérience - une expérience pour penser l'histoire de ce que nous sommes. Une expérience beaucoup plus qu'un système. Pas de recette, guère de méthode générale. Mais des règles techniques : de documentation, de recherche, de vérification. Une éthique aussi, car je crois qu'en ce domaine, entre technique et éthique, il n'y a pas beaucoup de différences. D'autant moins peut-être que les procédures sont moins codifiées. Et le principal de cette éthique, c'est avant tout de respecter ces règles techniques et de faire connaître celles qu’on a utilisées. »
Michel Foucault (1926-1984), « À propos des faiseurs », Libération, 21 janvier 1983, entretien avec Didier Éribon.


Les droits de la critique :

« Est-il chose qu’on vous puisse proposer pour l’avouer ou refuser, laquelle il ne soit pas loisible de considérer comme ambiguë ? […] La vérité ne se juge point par autorité et témoignage d’autrui. […] Il ne faut pas croire à chacun, dit le précepte, parce que chacun peut dire toutes choses. »
Montaigne, Essais, II, xii, pages 503, 507, 571 de l'édition Villey/PUF.

« On ne doit pas croire toutes choses d’un homme, parce qu’un homme peut dire toutes choses […] on ne doit croire d’un homme que ce qui est humain, c’est-à-dire possible et ordinaire. »
Cyrano de Bergerac, Lettres, XIII, "Contre les sorciers".

« Dans un État libre il est loisible à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense. »
Baruch Spinoza, Traité théologico-politique, XX.

« Philalèthe : Lorsque les témoignages se trouvent contraires au cours ordinaire de la nature, ou entre eux, les degrés de probabilités se peuvent diversifier à l’infini, d’où viennent ces degrés que nous appelons croyance, conjecture, doute, incertitude, défiance ; et c’est là où il faut de l’exactitude pour former un jugement droit et proportionner notre assentiment aux degrés de probabilités. »
G. W. Leibniz, Nouveaux Essais sur l’Entendement Humain, IV, xvi, § 9.

« Ce qu’on n’a jamais mis en question n’a point été prouvé. Ce qu’on n’a point examiné sans prévention n’a jamais été bien examiné. Le scepticisme est donc le premier pas vers la vérité. Il doit être général, car il en est la pierre de touche. Si, pour s’assurer de l’existence de Dieu, le philosophe commence par en douter, y a-t-il quelque proposition qui puisse se soustraire à cette épreuve ? »
Denis Diderot, Pensées philosophiques, 1746, XXXI.

 "C’est le propre des censures violentes d’accréditer les opinions qu’elles attaquent. On crie contre un livre parce qu’il réussit, on lui impute des erreurs : qu’arrive-t-il ? les hommes révoltés contre ces cris prennent pour des vérités les erreurs mêmes que ces critiques ont cru apercevoir. La censure élève des fantômes pour les combattre, et les lecteurs indignés embrassent ces fantômes." Voltaire, Préface au Poème sur le désastre de Lisbonne, 1756.

« Ordinairement, pour qu’on puisse être assuré de la vérité d’une relation ou d’une histoire, on exige que l’auteur ait été lui-même témoin, et qu’il n’ait aucun intérêt à raconter la chose autrement qu’elle ne s’est passée.
Leonard Euler, Lettres à une princesse d’Allemagne, 2, lii, 18 avril 1761.

« Notre siècle est le siècle propre de la critique, à laquelle tout doit se soumettre. La religion, par sa sainteté, et la législation, par sa majesté, veulent ordinairement s’y soustraire. Mais alors elles excitent contre elles un juste soupçon, et ne peuvent prétendre à ce respect sincère que la raison accorde seulement à ce qui a pu soutenir son libre et public examen. »
Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Préface de la 1ère édition, traduction Alexandre Delamarre et François Marty, Paris : Gallimard, 1980, collection « Bibliothèque de la Pléiade ».

« La raison dans toutes ses entreprises doit se soumettre à la critique, et elle ne peut par aucune défense porter atteinte à la liberté de cette dernière sans se nuire à elle-même et sans s’attirer des soupçons qui lui font tort. Il n’y a rien de si important, au point de vue de l’utilité, rien de si sacré qui puisse se soustraire à cet examen approfondi et rigoureux, qui ne s’arrête devant aucune considération de personne. C’est même sur cette liberté [de la critique] que repose l’existence de la raison ; celle-ci n’a pas d’autorité dictatoriale mais sa décision n’est toujours que l’accord de libres citoyens, dont chacun doit pouvoir exprimer sans obstacles ses réserves et même son veto. »
Immanuel Kant, Critique de la raison pure, Théorie transcendantale de la méthode, I, deuxième section, traduction Alexandre Delamarre et François Marty, Paris : Gallimard, 1980.

« Ni la Constitution française, ni même la Déclaration des droits, ne seront présentés à aucune classe des citoyens, comme des tables descendues du ciel, qu’il faut adorer et croire. Leur enthousiasme ne sera point fondé sur les préjugés, sur les habitudes de l’enfance. »
Marquis de Condorcet, Rapport et projet de décret sur l’orientation générale de l’instruction publique, 21-22 avril 1792.

« Écarter par le dédain ou comprimer par la violence les opinions qu'on croit dangereuses, ce n'est que suspendre momentanément leurs conséquences présentes, et c'est doubler leur influence à venir. Il ne faut pas se laisser tromper par le silence, ni le prendre pour l'assentiment. Aussi longtemps que la raison n'est pas convaincue, l'erreur est prête à reparaître au premier événement qui la déchaîne ; elle tire alors avantage de l'oppression même qu'elle a éprouvée. L'on aura beau faire, la pensée seule peut combattre la pensée. Le raisonnement seul peut rectifier le raisonnement. Lorsque la puissance le repousse, ce n'est pas uniquement contre la vérité qu'elle échoue ; elle échoue aussi contre l'erreur. On ne désarme l'erreur qu'en la réfutant. »
Benjamin Constant, Écrits politiques [1818].

« La philosophie peut prendre et même réussir jusqu’à un certain point à faire prendre ce que le véritable esprit critique considèrerait comme l’expression la plus typique du dogmatisme et du conformisme idéologique du moment pour la forme la plus impitoyable et la plus sophistiquée de la critique. »
Jacques Bouveresse, Le Philosophe chez les autophages, I.