samedi 11 juin 2022

CONTRE L’ÉLIGIBILITÉ ET LE VOTE ÉTRANGERS




Présidentielle 2022 : Olivier Faure "souhaite" que le droit de vote des étrangers aux élections locales soit inscrit dans le programme d'Anne Hidalgo

Programme partagé de gouvernement de la NUPES (Nouvelle Union populaire écologique et sociale), chapitre 5, 6e République et démocratie : " instituer le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales ".

* * * * *

Cette question du vote des étrangers fait partie de la problématique du suffrage universel et interroge le principe constitutionnel de la souveraineté nationale du peuple français :
  • question de la compétence des élus (instauration d'une liste d'aptitude aux fonctions électives)
  • questions de la compétence des électeurs (de leur niveau d'instruction), de leur autonomie (jadis on craignait l'influence des maris et des confesseurs sur le choix de vote des femmes),
  • question de l'abstention et du vote obligatoire (on pourrait commencer par rendre obligatoire l'inscription sur les listes électorales).
  • question de l'atteinte portée à la souveraineté nationale par le vote des doubles nationaux.
* * * * *

 
L’introduction du vote étranger fut annoncé périodiquement par la gauche, comme le 16 avril 2014 par le président François Hollande en son discours de l'Hôtel de Ville de Paris :
« J'accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans ». C'était déjà l'engagement du candidat François Hollande, durant la campagne présidentielle de 2012. Dans son interview du 14 juillet 2014 à l'Élysée, Hollande confirma son intention de construire une majorité afin de faire aboutir cette réforme constitutionnelle du droit de vote des étrangers aux élections locales en 2016. Il s'y déclarait encore favorable le 15 décembre 2014 :
" Beaucoup d’étrangers, ce ne sont plus les mêmes, sont là depuis des décennies. Ils ont parfois gardé leurs nationalités d’origine, tout en étant parfaitement intégrés à la société française. C’était leur droit, ils n’ont pas voulu changer de nationalité, ou peut-être n’ont pas pu y accéder, et c’est cette situation d’étranger depuis longtemps en France qui a justifié la revendication de leur ouvrir le droit de vote aux élections locales. Beaucoup de pays européens l’ont fait. Pour y parvenir en France, chacun connait les conditions. Et là aussi, mieux vaut un langage de vérité, si l’on veut éviter les passions ou les illusions. Rien ne peut se faire sans une révision de la Constitution, ce qui suppose, dans notre droit, une majorité des 3/5ème au Parlement, c’est-à-dire l’accord de toutes les forces républicaines. J’y suis pour ma part favorable, à elles de prendre leur responsabilité. " (Discours au Musée de l'histoire de l'immigration, transcription d'après la vidéo sur le site elysee.fr).





Cet engagement non tenu rappelait la 80e des 110 propositions de François Mitterrand en 1981 :
" L’égalité des droits des travailleurs immigrés avec les nationaux sera assurée (travail, protection sociale, aide sociale, chômage, formation continue). Droit de vote aux élections municipales après cinq ans de présence sur le territoire français. Le droit d’association leur sera reconnu. "
Cette proposition visait à " contraindre les collectivités locales à mieux prendre en compte les problèmes des étrangers qui relèvent de leur compétence. " (Patrick Weil, La France et ses étrangers, I, v, " Les ratés de la citoyenneté ", Paris : Gallimard, 2005). Proposition retirée du programme immédiat du gouvernement dès juillet 1981, mais relancée le 9 août par le ministre des Relations extérieures Claude Cheysson, de retour d'Algérie : " Le gouvernement français songe très sérieusement à donner le droit de vote aux immigrés pour les élections municipales [...] Leur participation aux élections municipales de 1983 aurait un impact certains sur les résultats dans les grandes villes et leurs banlieues, en particulier à Paris " (Presse et immigrés en France, juillet-août 1981)

François Mitterrand décida de temporiser et François Autain (alors secrétaire d'État, chargé des immigrés) annonça le 12 août que cette réforme n'était pas une priorité du gouvernement et qu'il s'agissait d'un " objectif à très long terme ". À défaut de faire voter les étrangers, le gouvernement Mauroy III accéléra la participation des naturalisés à notre vie politique.


Manuel Valls naturalisé en 1982 pourra ainsi être élu conseiller régional d'Île-de-France en mars 1986 sans avoir à attendre 10 ans. De même, la Gabonaise Danièle Obono, naturalisée en 2011, sera élue députée dès 2017.

* * * * *

Ce vote des étrangers ne serait pas une mesure de justice, la distinction Français / étrangers étant parfaitement fondée, légitime et constitutionnelle. La qualité d'électeur exprime en effet deux grands principes constitutionnels de la République, la citoyenneté française individuelle et la souveraineté nationale du peuple français.

* * * * *

§ A / Prises de position et tergiversations à gauche
§ B / Prises de position à droite
§ C / a) Depuis que l’on a supprimé le suffrage censitaire, payer des impôts (ou non) ne donne (ni n’enlève) aucun droit de vote
§ C / b) Ces étrangers auraient double poids sur l'échiquier mondial
§ D / À l'encontre de la construction européenne
§ E / Aspects constitutionnels
§ F / Constitution de 1946
§ G / : Constitution du 24 juin 1793


§ A / Prises de position et tergiversations à gauche :

MC VALLS, naturalisé en 1982 : favorable au droit de vote des étrangers dès 2002
Assemblée nationale, 1ère séance du mardi 26 novembre 2002 :

Vote et éligibilité des étrangers aux élections locales. - Discussion d'une proposition de loi constitutionnelle présentée par le groupe socialiste (visant à accorder aux résidents étrangers non ressortissants de l'Union européenne le droit de vote et d'éligibilité aux élections des conseils des collectivités territoriales : conseils municipaux, généraux et régionaux, Assemblée de Corse et conseils des collectivités territoriales d'outre-mer).

Manuel Valls. " Les esprits ont évolué, et nos concitoyens semblent désormais prêts à une telle avancée. [...] Oui, voter c'est aller vers l'intégration.
L'attribution de la nationalité française est une des conditions qui favorisent l'intégration - c'est le choix que j'ai fait -, mais en accordant le droit de vote à tous les résidents, nous élargirions le champ de la citoyenneté à ceux qui restent attachés à leurs anciennes racines - c'est le choix de mes parents. [...] Soyons logiques ! Comment accepter qu'un Algérien, un Malien ou un Sénégalais - considérons les liens qui sont les nôtres avec ces pays frères -, comment accepter que ces femmes et ces hommes en France depuis des décennies n'aient pas les mêmes droits qu'un Danois venu travailler pour quelques années seulement ? [...] Aujourd'hui, les droits que nous reconnaissons aux étrangers résidents s'arrêtent à la porte des bureaux de vote. Une telle discrimination est indéfendable ! "

* * * * *

Un rapport de Laurent Fabius au candidat Hollande en novembre 2011 annonçait ce vote des étrangers :


Le 8 décembre 2011, le Sénat adopta, par 173 voix contre 166, la proposition de loi constitutionnelle, déjà adoptée par l'Assemblée nationale lors de la 2e séance du 3 mai 2000, visant à accorder le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales aux étrangers non-ressortissants de l'Union européenne résidant en France Ce vote devait être introduit en octobre 2012 par une réforme constitutionnelle en Congrès. Il n'en fut rien, comme on sait.

Le 22 mai 2014, le Premier secrétaire du PS, Jean-François Cambadélis, repris de justice (11 mois de prison avec sursis) d'origine grecque, surnommé Camba le Grec (allusion à Zorba le Grec), en rajouta une couche lors de l'émission « Les Indés Radios Metronews LCI ».

Le sénateur socialiste David Assouline, lui d'origine marocaine, fait en permanence campagne pour ce vote étranger, de même que le Brésilien naturalisé Eduardo Ryhan Cypel, député, le Maghrébin naturalisé Jérôme Guedj, engagé en faveur d'Israël, également député, et la tri-nationale Esther Benbassa.

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve : « Il n’y a pas de majorité constitutionnelle pour faire cela ; donc pourquoi est-ce que il faudrait, dans un pays ...Aujourd'hui nous devons nous concentrer sur l’essentiel de ce que nous pouvons faire immédiatement avec la majorité dont nous disposons, le redressement des comptes du pays, la croissance [...] ce n’est pas la peine de poser des questions dont on sait qu’on n’a pas les moyens de les résoudre » (« Questions d’info » LCP/France Info/Le Monde/AFP, 28 mai 2014).

Dans Le Parisien du 2 juin 2014, l'ex-indépendantiste guyanaise (" de souche ") Christiane Taubira réaffirmait sa conviction que ce serait « une bonne chose » d'accorder le droit de vote aux élections municipales aux étrangers, pour ceux qui résident en France depuis cinq ans.

La maire de Paris Anne Hidalgo, née en Espagne de parents espagnols et disposant d'une double nationalité, organisatrice de " Nuits du Ramadan " en mairie de Paris :

(avec deux fautes : Parisiens, à)


En décembre 2014, un sondage Odoxa [réalisé sur un échantillon de 1002 personnes représentatif de la population française âgées de 18 ans et plus et interrogées par Internet les 11 et 12 décembre 2014. Méthode des quotas] pour l'émission d'i-Télé CQFD et « Le Parisien » - « Aujourd'hui en France » donnait 60% des Français opposés à l'extension du droit de vote aux élections municipales aux étrangers non membres de l'Union européenne.


VALLS : « Le Premier ministre Manuel Valls a écarté mardi [27 octobre 2015] l'idée d'organiser un référendum pour honorer la promesse de François Hollande d'accorder le droit de vote aux étrangers non-communautaires, car le résultat serait selon lui un "vote massivement contre". " Si vous voulez faire un référendum pour changer cela, je vous donne le résultat, c'est-à-dire: massivement contre, et en plus nous allons exacerber les tensions autour de cette question ", a déclaré M. Valls, invité du Bondy Blog à l'occasion des dix ans de la mort de deux jeunes à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). [...] Le Premier ministre, "toujours" favorable à cette réforme, avait rappelé au début de sa réponse qu'il n'y avait "pas de majorité qualifiée au Congrès" pour modifier la constitution. ». (La Croix)

VALLS à Sciences Po Paris le 3 novembre 2015 : " À ses yeux, non seulement cette réforme « ne peut pas se faire » faute d’une « majorité qualifiée », mais elle n’est « plus une priorité » car « le vrai sujet » est de « renouer avec la naturalisation », ajoutant qu’il est « convaincu qu’elle ne sera pas proposée à la prochaine présidentielle ». « Il ne faut pas courir derrière des totems », conclut M. Valls, redevenu briseur de tabous l’espace d’un instant. " (lemonde.fr)

" Quant à l'idée de la soumettre au vote des Français par un référendum, le chef du gouvernement n'y est pas davantage favorable car "on mettrait le pays sous tension sur un sujet qui ne serait pas jugé comme prioritaire. Le non l'emporterait largement car on remettrait l'immigré – à tort – au cœur du débat et des tensions". " (europe1.fr)

CAMBA interrogé par l'AFP : " S'il dit pouvoir " comprendre que ce sujet ne soit pas à l'ordre du jour du gouvernement ", Jean-Christophe Cambadélis a affirmé mercredi [4 novembre 2015] qu'" il est toujours à l'ordre du jour du Parti socialiste et il adviendra un jour ". "Il faut travailler l'opinion", selon lui, " obtenir que les étrangers en situation régulière présents sur le sol français depuis plus de dix ans participent aux élections municipales n'est pas attentatoire à la République et est au contraire un moyen de la conforter ".

Pierre Laurent, secrétaire général du PCF : " Accordons le droit de vote à tous les habitants majeurs de France et donc aux étrangers qui vivent ici " (Vœux 2016, 11 janvier 2016)

* * * * *



" [Le député Benoît] Hamon tente de glisser le droit de vote des étrangers dans la réforme constitutionnelle " (lefigaro.fr, 3 février 2016). Et précisément dans ce
" PROJET DE LOI CONSTITUTIONNELLE de protection de la Nation. PRÉSENTÉ au nom de M. François HOLLANDE, Président de la République, par M. Manuel VALLS, Premier ministre, et par Mme Christiane TAUBIRA, garde des sceaux, ministre de la justice "

" Amendement N°° 168 :
L'article 3 de la Constitution est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« Peuvent également être électeurs aux scrutins locaux, dans les conditions déterminées par la loi, les étrangers majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques, non ressortissants de l’Union européenne et résidant régulièrement en France. »
EXPOSÉ SOMMAIRE
L’unité de la nation implique la concorde entre tous ceux qui y résident régulièrement, qu’ils soient de nationalité française ou étrangère. Cette concorde implique une participation pleine et entière de tous à la vie locale. Les étrangers qui vivent régulièrement en France ont les devoirs des autres citoyens, ils respectent la loi, travaillent, paient des impôts et des cotisations sociales. La majorité d’entre eux ont des enfants français, qui étudient dans les écoles de la république. Pour toutes ces raisons, ils sont parties prenantes de la construction de l’avenir du pays. Accorder le droit de vote pour les étrangers non ressortissants de l’Union européenne et résidant régulièrement en France serait donc non seulement une mesure de justice prise en faveur de l’égalité mais permettrait également de reconnaître leur implication dans la vie locale. Une reconnaissance existe déjà en matière de démocratie sociale puisque les étrangers peuvent participer aux élections professionnelles, et jouissent notamment du droit de vote aux élections prud’homales.


Le droit de vote est un élément essentiel d’adhésion au pacte démocratique, la marque d’une appartenance à une même communauté de destin et un pas de plus dans le processus d’intégration républicaine. Alors que sont sans cesse dénoncés les taux d’abstention record aux élections, il n’est pas logique de refuser le droit de vote à ceux qui ont l’intention de s’en saisir pleinement. "

Amendement rejeté le 9/2/16 par 103 voix contre 67 ; analyse de ce scrutin public

Amendement (44 rectifié bis) retiré lors de la séance du 17 mars 2016 ; deux amendements similaires (57 rectifié et 65) furent rejetés.


Le Lab : " Manuel Valls lui-même avait enterré l’idée de cette mesure. Mais cela n’empêche pas le Parti socialiste de remettre la chose sur le tapis. Mardi 24 mai, à un peu moins d’un an de la présidentielle 2017 et alors que le chef de l’État est en pré-campagne notamment sur sa gauche, Solférino propose en effet d’instaurer le droit de vote des étrangers aux élections locales, sous conditions. Il s’agit de la proposition n°18 du rapport sur les institutions présenté ce mardi à la presse en présence de Jean-Christophe Cambadélis. " (Alors que revoilà le droit de vote des étrangers (dans les propositions du PS pour 2017))

" ARNAUD MONTEBOURG RÉACTIVE LE DROIT DE VOTE DES ÉTRANGERS, PROMESSE DE FRANÇOIS HOLLANDE " (Le 26 octobre 2016 à la Maison des potes, Paris 13e).

À Bercy le 19 mars 2017, le candidat de la gauche Benoît Hamon confirmait qu'il proposerait ce vote au référendum s'il était élu président.

Quant à Hollande, on le fit parler...


Emmanuel Macron déclara mardi 7 mars 2017, ne pas vouloir " faire de propositions qui ne soient pas tenables " en matière de droit de vote des étrangers, préférant " que l'exercice de la citoyenneté se fasse d'abord par l'accès à la nationalité ".

* * * * *

§ B / Côté droit : Sarkozy  : « J’avoue ne pas être outrageusement choqué par la perspective de voir des étrangers, y compris non communautaires, voter pour les scrutins cantonaux et municipaux. À compter du moment où ils paient des impôts, où ils respectent nos lois, où ils vivent sur notre territoire depuis un temps minimum, par exemple de cinq années, je ne vois pas au nom de quelle logique nous pourrions les empêcher de donner une appréciation sur la façon dont est organisé leur cadre de vie quotidien » (Libre, Paris, Fixot-Robert Laffont, 2001, page 214).
Par la suite, l'ancien Président (trois grands-parents étrangers quand même) reconnut la nécessité d'une clause de réciprocité, comme pour les ressortissants de l'U. E. Le 23 novembre 2011, il déclara trouver la proposition hasardeuse, " parce que cette proposition risque de diviser profondément les Français au moment où, plus que jamais, nous avons besoin de les rassembler. " (Déclaration au 94ème congrès des maires de France).

* * * * *

§ C / a) Depuis que l’on a supprimé le suffrage censitaire, payer des impôts (ou non) ne donne (ni n’enlève) aucun droit de vote.

Par ailleurs il est juridiquement déplacé d’invoquer une exigence d’égalité entre étrangers ressortissants de l'Union Européenne et étrangers hors U.E., sauf à nier toute la logique de la construction d’un droit européen et tout l’esprit de cette U. E..

Ce vote des ressortissants d’ États hors U. E. n’aurait été une mesure de justice que si les distinctions Français / citoyens de l’Union Européenne / étrangers n’étaient pas fondées, en droit interne comme en droit international. Or ces distinctions sont parfaitement fondées, légitimes et constitutionnelles. La qualité d'électeur exprime en effet non seulement la citoyenneté française individuelle mais aussi la souveraineté nationale du peuple français.

Ces étrangers, votent déjà, s’ils le souhaitent, dans leurs consulats, par correspondance ou par procuration dans leur pays (tout comme les Français de l’étranger pour les élections nationales et locales françaises) ; il n'y a donc aucun "déni de droit", contrairement à ce que prétendit l'ancien ministre Robert Badinter le 1er mars 2014 sur LCP ; ils ne sont pas davantage renvoyés de façon discriminatoire à leurs “origines”, comme le prétendit le 8 décembre 2011 le sénateur socialiste Jean-Yves Leconte (Français établis hors de France) mais seulement à leur appartenance à une nation étrangère, ceci en conformité avec le droit international.

Il n'existe aucun " principe de légitimité du pouvoir politique " qui obligerait à sortir du cadre national pour englober indistinctement la masse des personnes présentes sur le territoire français, " patrimoine commun de la nation " selon l'article L. 101-1 (ancien article L. 110) du Code de l'urbanisme (loi socialiste du 7 janvier 1983), de plus, présentes depuis un certain temps. La durée de résidence requise pour pouvoir voter, quelle qu'elle soit, serait d'ailleurs un critère nécessairement arbitraire (5 ans ? 10 ans ? résidence continue ?), alors que la distinction Français/étrangers hors U. E. reste parfaitement fondée en droit interne comme en droit international.

§ C / b) Ces étrangers auraient eu, si cette proposition socialiste, renouvelée le 14 juillet 2014 par le président Hollande, avait été adoptée, double poids sur l'échiquier mondial :
" Ces immigrés demeurent des citoyens de leurs pays d'origine, auxquels ils restent profondément attachés, avec pour beaucoup d'entre eux l'espoir d'y retourner. D'ailleurs, ils participent aux élections qui ont lieu dans ces pays. " (Jean Colpin, L'Humanité, 13 août 1981).
Ainsi certains seraient plus égaux que d’autres, ce qui est hélas déjà le cas avec les doubles (voire triples, dans le cas de la sénatrice Esther Benbassa, née à Istamboul, turque, israélienne et française) nationalités dont notre époque égalitariste s’accommode, bien curieusement … La question ne semble pas avoir jamais été soumise au Conseil constitutionnel. S’il y a une justice à établir, c’est bien la suppression de la reconnaissance de ces doubles nationalités, qui seraient au nombre de cinq millions (*), notamment celles de parlementaires et de ministres, et non leur généralisation de facto à des étrangers présents sur le territoire. Ces nationalités multiples réalisent déjà un vote étranger que la gauche cherche désespérément à amplifier, soit par l'introduction de ce vote des étrangers aux élections dites "locales", soit par une politique de naturalisations accélérées, notamment pour les immigrés âgés de plus de 65 ans.
* " Les cinq millions de binationaux qui vivent en France " (M. Jean-Pierre Sueur, sénateur PS du Loiret, séance du 17 mars 2016). Plus d'un million et demi d'entre eux sont franco-algériens (RTL). 

Voir le rapport d'information " sur le droit de la nationalité en France " N° 3605 du député Claude Goasguen. en juin 2011.

  Il y aurait injustice aussi par rapport aux nombreuses personnes qui ont véritablement et sincèrement souhaité acquérir la nationalité française depuis les années 1960 pour participer à la vie nationale et aux choix engageant l’avenir de notre nation française. C’est bien à tort que l’on évoque le cas d’étrangers ayant des enfants français pour demander ce vote ; les étrangers ayant déjà des enfants naturalisés ont, plus que les autres, vocation à la naturalisation, — à condition de la demander dans les formes habituelles et légales.


§ D / Ce vote des résidents étrangers, qui concernerait potentiellement, à terme, près de cinq millions d’étrangers résidents légaux, irait encore à l’encontre de la cohérence de la construction de l’Union européenne, et de la citoyenneté européenne, puisque actuellement les citoyens de l’U. E. ont, par la vertu juridique du Traité de Maastricht dans son article 8 B, et sous réserve de réciprocité, droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales et aux élections européennes (dispositions assorties d’un contrôle empêchant théoriquement le double vote, appliquées pour la première fois aux municipales de mars 2001).

  Comment justifier aux yeux des Français, auxquels on a fait approuver par le référendum du 20 septembre 1992 ce Traité de Maastricht de 1992, que cette exigence de réciprocité, légitimement exprimée pour les ressortissants des 15 États alors membres de l’U. E. (aujourd’hui pour les 28), exigence inscrite dans notre Constitution à l’article 88-3, pourrait être abandonnée, sans autre forme de procès, dans le cas d’immigrés hors U. E., et en majorité ressortissants de nombreux États (pas tous amis de la France et de sa laïcité) en dehors du continent européen ?

   Sans oublier qu’il y a parmi ces immigrés une minorité, certes, mais minorité agissante et inquiétante, on en voit l'exemple en Belgique. Or les agissements à craindre sont toujours des agissements de minoritaires, jamais ceux de la majorité pacifique. Dans le cas présent, des islamistes fanatisés et complices du pire terrorisme, comme l’ont montré les enquêtes consécutives aux attaques du XI-9 et à d’autres attentats, notamment ceux du 11 mars 2004 à Madrid, des 13 septembre 2015 et 14 juillet 2016 en France ; de jeunes djihadistes aussi. Il faut prendre en compte toutes les inquiétudes actuellement exprimées autour de l’Islam (qui n’est pas encore un Islam de France) et de l’islamisme, ainsi qu’autour du communautarisme. Que se passerait-t-il si des imams ou des mollahs étaient élus aux élections municipales ? Inquiétudes hélas confirmées par l’actualité des années 2005-2016, la tonalité des manifestations contre la loi sur les signes religieux à l’école, ainsi que la progression du port de la burka qu’il a fallu contrarier par une loi qui, s'il elle a été avalisée par la C. E. D. H. (1er juillet 2014), n’est pas encore assez mise en application.

  Sortir de la “logique de réglementation”, comme le proposait très irresponsablement l’ex-ministre (aujourd’hui redevenu député U.D.I.) Yves Jégo (consultant en ressources humaines ...), et à sa suite Roland Castro, ce serait en fait sortir de l’État de droit et créer une insécurité juridique. Ce serait aussi, on l’a dit, faire fi de l’instauration d’une citoyenneté de l’Union européenne, par l’article 8 du Traité de Maastricht ; voir aussi le chapitre V de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Que vaudrait alors cette citoyenneté ? L’ex-président Sarkozy l’avait compris tardivement puisqu’il finit par prendre en compte ce problème de réciprocité pour écarter finalement (mais mieux vaut tard que jamais !) le vote des étrangers aux élections dites abusivement "locales".

  Loin d’être utile à la cohésion nationale, ce vote des étrangers la mettrait donc gravement en péril ; les trois lois de décentralisation (Defferre, 2 mars 1982, Raffarin, 28 mars 2003, et Valls, 7 août 2015), ainsi que le mode d’élection des sénateurs font de ces élections municipales, départementales (ex-cantonales) et régionales des élections bien plus que simplement « locales » ; en élisant les maires, les conseillers municipaux étrangers et/ou leurs délégués participeraient indirectement à la fois à l’élection des sénateurs et au parrainage des candidats aux présidentielles.

  Si les immigrés ne relevant pas de l’Union européenne veulent s’assimiler, et participer à notre vie politique, ils en ont le moyen, fort simple, et traditionnel : c’est mériter et obtenir individuellement une naturalisation qui ne soit pas bradée ; celle-ci est déjà largement facilitée pour les personnes pouvant justifier de deux années réussies d’études supérieures (D. E. U. G.). Bien mieux vaudrait donc suivre cette voie plutôt que de s’enliser dangereusement dans la recherche d’un pacs immigrationniste collectif pour ceux qui refusent durablement la naturalisation. La naturalisation présente par ailleurs l'avantage de permettre un contrôle de la connaissance de notre langue française. Enfin, un droit de vote aux seules élections dites " locales " maintiendrait la discrimination que les tenants de l'égalité des droits entre Français et étrangers prétendent vouloir abolir.


§ E / La Constitution énonce un principe fondamental (Titre premier - DE LA SOUVERAINETÉ, article 3, 4e alinéa) : “ Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques. ” Notre Constitution, trop souvent négligée, mérite d’être prise en considération dans sa cohérence par celui dont la fonction exigerait qu’il veille au “respect de la Constitution” (article 5), et aussi par les parlementaires. En effet,

Un vote des étrangers remettrait en cause :

* “Le concept juridique de “peuple français” (décision 91-290 DC du 9 mai 1991), distinct de l’ensemble des personnes présentes sur le territoire.

* Le principe de la République : “gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple” : 5e alinéa de l’article 2 de la Constitution, dans le titre premier “De la souveraineté”. Repris de Lincoln, " government of the people, by the people, for the people " (Gettysburg Address, 1863).

* La forme républicaine (1) du Gouvernement selon les articles 1er, 1er alinéa (“La France est une République indivisible [...]“) et 89, dernier alinéa (“La forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision.”) de la Constitution.

* la souveraineté nationale : “La souveraineté nationale appartient au peuple [...]“, alinéa premier de l’article 3 de la Constitution, dans le titre premier “De la souveraineté”.

* la notion d’électeur : quatrième alinéa de l’article 3 de la Constitution, dans le titre premier “De la souveraineté”. Un article tout récent de Me Stanislas François signale l'intérêt pour ce point de la décision 92-312 DC du Conseil constitutionnel sur le Traité de Maastricht. (considérants 14 à 29)

* La portée de la citoyenneté européenne (article 9 de la version consolidée du Traité sur l’Union européenne).

1. ‎”forme républicaine” parce que République, res publica, c’est l’affaire du peuple, en l’occurrence celle du peuple français, concept juridique à valeur constitutionnelle selon le considérant 12 de la décision de 1991 citée plus haut (91-290 DC du 9 mai 1991). Il résulte de tous ces éléments que l’introduction du vote étranger remettrait en cause la forme républicaine du Gouvernement, forme qui ne peut être révisée ; donc le vote étranger apparaît juridiquement impossible, et tout parti prônant un tel vote ne peut être dit républicain.

On pourrait objecter que cette « forme républicaine du Gouvernement » n’est que l’exclusion du retour à la monarchie. Je pense au contraire qu’il convient de procéder à une lecture plus intelligente et plus actuelle de cette disposition, en relation avec ce principe des IVe et Ve Républiques « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » ; et quel peuple, sinon le peuple français ?

On voit donc que la difficulté n'est pas seulement d'obtenir au Congrès une majorité des 3/5 pour la modification de l'article 3 de la Constitution ...


F / Constitution de 1946 :

Préambule, alinéa 15 :

" Sous réserve de réciprocité, la France consent aux limitations de souveraineté nécessaires à l'organisation et à la défense de la paix. "

" Titre I - De la souveraineté
Article 2. [...] Son principe est : gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple.
Article 3. - La souveraineté nationale appartient au peuple français. [...] Le peuple l'exerce, en matière constitutionnelle, par le vote de ses représentants et par le référendum.
En toutes autres matières, il l'exerce par ses députés à l'Assemblée nationale, élus au suffrage universel, égal, direct et secret.
Article 4. - Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux et ressortissants français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques. "

Il apparaît donc que selon cette Constitution de 1946 aussi, le vote des étrangers serait une aberration politique, contraire, je l'ai souligné, à la fois à la citoyenneté française individuelle et à la souveraineté nationale collective du peuple français.


G / : Constitution du 24 juin 1793 :

ACTE CONSTITUTIONNEL, Article 4. " - Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; - Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année - Y vit de son travail - Ou acquiert une propriété - Ou épouse une Française - Ou adopte un enfant - Ou nourrit un vieillard ; - Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l'humanité - Est admis à l'exercice des Droits de citoyen français. "

Mais je ne vois pas ce qui donnerait autorité à la deuxième des quinze constitutions que la France a connues, ou à une des treize autres, plus qu'à l'actuelle acceptée à plus de 80 % des suffrages exprimés par référendum le 28 septembre 1958.


On peut aussi faire intervenir l’article 410-1 du Code pénal :
“ Les intérêts fondamentaux de la nation s’entendent au sens du présent titre de son indépendance, de l’intégrité de son territoire, de sa sécurité, de la forme républicaine de ses institutions, des moyens de sa défense et de sa diplomatie, de la sauvegarde de sa population en France et à l’étranger, de l’équilibre de son milieu naturel et de son environnement et des éléments essentiels de son potentiel scientifique et économique et de son patrimoine culturel. ”
Il est fort probable que cette défense des “ intérêts fondamentaux de la nation ”, parmi lesquels la forme républicaine, soit un principe fondamental reconnu par les lois de la République (PFRLR).


samedi 4 juin 2022

DIX PRINCIPES DE LOGIQUE CLASSIQUE (et deux APPENDICES)

Montaigne, Essais, II, 1, exemplaire de Bordeaux, 1588.
" Distingo, est le plus universel membre de ma logique. "


Arthur Schopenhauer, portrait en 1815 par Ludwig Sigismund Ruhl

   Note que l'on pourra à juste titre qualifier de " très sommaire ", mais je n'ai encore rencontré aucune tentative de faire un point à la fois synthétique et vulgarisateur sur les principes à retenir et l'ordre dans lequel les prendre. Toute suggestion ou documentation sera donc la bienvenue.
Pascal : «  Toute notre dignité consiste dans la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever, non de l’espace et de la durée. Travaillons donc à bien penser. Voilà le principe de la morale. » (Pensées, 347, L 200)
« Afin d'éviter toutes les erreurs, on n'a besoin que d'appliquer les règles les plus vulgaires des logiciens avec beaucoup de constance et de rigueur. »
 (Leibniz, Remarques sur la partie générale des principes de Descartes, 1ère partie)
Méthode et règles cartésiennes ; art de penser ; lois de la pensée.
Résultat de recherche d'images pour "discours de la méthode"

Résultat de recherche d'images pour "Règles pour la direction de l'esprit"



Résultat de recherche d'images pour "laws of thought boole"


Descartes phénoménologue : « 9. Ce que c’est que penser
Par le mot de penser, j’entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédiatement par nous-mêmes; c’est pourquoi non seulement entendre, vouloir, imaginer, mais aussi sentir, est la même chose ici que penser. »
Principes de la philosophie (1644), partie I, § 9.
Au sens strict, penser (avec plus ou moins de logique ) s'oppose à sentir ainsi qu'à croire.

KANT : « Que la logique ait suivi depuis les temps les plus anciens ce chemin sûr [celui de la science], le fait qui le montre est que, depuis Aristote, elle n'a pas eu besoin de faire un pas en arrière, si l'on veut bien ne pas compter pour améliorations l'élimination de quelques subtilités superflues, une détermination plus claire de l'exposé, toutes choses qui touchent plus à l'élégance qu'à la sûreté de la science. Il est encore remarquable à son propos que, jusqu'ici, elle n'a pu faire un seul pas en avant, et qu'ainsi, selon toute apparence, elle semble close et achevée. » Critique de la raison pure, Préface de la seconde édition, 1787, traduction Delamarre/Marty, Gallimard, collection Bibliothèque de la Pléiade. [Daß die Logik diesen sicheren Gang schon von den ältesten Zeiten her gegangen sei, läßt sich daraus ersehen, daß sie seit dem Aristoteles keinen Schritt rückwärts hat tun dürfen, wenn man ihr nicht etwa die Wegschaffung einiger entbehrlicher Subtilitäten, oder deutlichere Bestimmung des Vorgetragenen als Verbesserungen anrechnen will, welches aber mehr zur Eleganz, als zur Sicherheit der Wissenschaft gehört. Merkwürdig ist noch an ihr, daß sie auch bis jetzt keinen Schritt vorwärts hat tun können, und also allem Ansehen nach geschlossen und vollendet zu sein scheint.]


I / Principe de non-contradiction et d'identité ou, plus simplement, d’incompatibilité : La proposition : « A et non A » est fausse pour toute proposition A. Énoncé par Aristote, Métaphysique, IV, page 1005b, lignes 19-20. Non A désigne la négation de A ; la logique classique employait le terme contradictoire ; non A, négation de A, est fausse quand A est vrai, et inversement.
En termes plus simples, ce principe affirme qu'une proposition soumise à la logique ne peut être à la fois vraie et fausse.
Leibniz : " La première des vérités de raison est le principe de contradiction ou, ce qui revient au même, le principe d'identité, ainsi qu'Aristote l'a remarqué justement. " (Remarques sur la partie générale des principes de Descartes, traduit du latin par Paul Schrecker).
En logique algébrisée, si a est la fonction de vérité de la proposition A (a = 1 pour A vrai, et 0 pour A faux ; avec a² = a), alors la fonction de vérité de non-A est 1 - a, et celle de A et non-A est a(1 - a) = a - a² = 0.

Paradoxes associés  : « Je mens ».
Bertrand Russell : L'ensemble des ensembles n'appartenant pas à eux-mêmes appartient-il à lui-même ? Si on répond oui, alors, comme par définition les membres de cet ensemble n'appartiennent pas à eux-mêmes, il n'appartient pas à lui-même : contradiction. Mais si on répond non, alors il a la propriété requise pour appartenir à lui-même. Formellement, si l'on pose :

y ∈ y ⇔ y ∉ y, donc chacune des possibilités, y ∈ y et y ∉ y, mène à une contradiction.

Forme imagée, paradoxe du barbier. Un barbier se propose de raser tous les hommes qui ne se rasent pas eux-mêmes, et seulement ceux-là. Le barbier doit-il se raser lui-même ?


II / Principe d’apodicité ou d’incomplétude : Le point de départ d’une démonstration n’est pas démontrable. Énoncé par Aristote, Métaphysique, IV, vi, page 1011a, ligne 13.
Une démonstration est donc une relation de vérité entre deux propositions ; si... alors...


Les deux principes suivants concernent les relations entre le genre et l'espèce (les deux premiers des cinq universaux selon Porphyre de Tyr (3e siècle) : le genre, l’espèce, la différence spécifique, le propre, l’accident).




III / Principe de spécification ou de division : Variété de l’homogène sous des espèces inférieures. " Distingo [sic] est le plus universel membre de ma Logique. " (Montaigne, Essais, II, i, page 335 de l'édition Villey/PUF). Kant, Critique de la raison pure, Appendice à la Dialectique transcendantale, De l'usage régulateur des idées de la raison pure.


Voir aussi Platon, Philèbe, 13-16 et Politique, 262ab.

Ce principe, encore appelé distinguo interne (ou analyse), et celui qui le suit (distinguo externe ou synthèse), sont attachés à la distinction et aux liens de l’unité et de la multiplicité. Selon Kant, qui leur adjoint le principe de la continuité des formes, ce sont des principes transcendantaux de la raison, car portant sur la façon de connaître en général, et non sur une connaissance particulière. On accuse légitimement de "confusion" ceux qui ignorent ce principe de spécification.
Ce principe s'apparente au second précepte de Descartes.
Discours de la méthode, deuxième partie.


IV / Principe d’homogénéité, de rassemblement ou de généralisation : Homogénéité du divers sous des genres plus élevés. Énoncé par Platon, Lois, XII, page 965cd. Repris par Kant, Critique de la raison pure, Appendice à la " Dialectique transcendantale ", De l'usage régulateur des idées de la raison pure.
« Le divin Platon et l'étonnant Kant unissent leurs voix impressionnantes pour recommander une règle, comme méthode de toute philosophie, et même de tout savoir en général. On doit, disent-ils, satisfaire à deux lois, celle de l'homogénéité et celle de la spécification, dans la même mesure et non à l'une au détriment de l'autre. » (Arthur Schopenhauer, De la Quadruple racine du principe de raison suffisante, chapitre premier,  Introduction, § 1 La méthode, 1813-1847).
Le sociologue Edgar Morin, qui donc n'inventait rien, dans " Réforme de la pensée" : « Le principe de simplicité impose de disjoindre et de réduire. Le principe de complexité enjoint de relier, tout en distinguant.  »
Illustration du principe par Montaigne : " Quelque diversité d’herbes qu’il y ait, tout s’enveloppe sous le nom de salade. " Essais, I, 46.
Ce slogan de la correction politique, " pas d'amalgame ", refuse les connexions légitimes, mais qui dérangent un confort pseudo-intellectuel.


V / Principe du tiers exclu : De deux propositions contradictoires, l’une doit être vraie, l’autre fausse. Aristote, De l’interprétation, VII. La proposition « A ou non A » est vraie pour toutes les interprétations de A. Ce principe, encore appelé ‘loi de bivalence’, est en même temps l’axiome d’existence d'une proposition contradictoire pour toute proposition.

Selon une des lois d'Augustus De Morgan, non(A ou non A) = non A et A, ce qui est faux d'après le premier principe ;
donc A ou non A est vraie.

En logique algébrisée, A ou B a pour fonction de vérité a + b - ab.
Pour A ou non A : a + 1 - a - a(1 - a) = 1 - a + a² = 1, donc vrai.


VI / Principe de raison suffisante (PRS) ou de causalité :

« Rien ne peut se produire sans cause ; il n’arrive rien qui n’ait pu arriver. » Cicéron, La Divination, II, xxviii, 61 : "Nihil enim fieri sine causa potest; nec quicquam fit, quod fieri non potest." Reformulé par plusieurs auteurs :

Francis Bacon (1561-1626) : « Il n’y a rien de si petit qui dans l’ordre de la nature se fasse sans cause » (De l’Accroissement des sciences, II, xiii, Premier exemple).

Baruch Spinoza (1632-1677) : « À toute chose on doit assigner une cause ou raison, tant du fait qu’elle existe que du fait qu’elle n’existe pas » (Éthique, I, proposition. XI).

Leibniz (1646-1716) : « Aucun fait ne saurait se trouver vrai, ou existant, aucune énonciation véritable, sans qu’il y ait une raison suffisante pour qu’il en soit ainsi et pas autrement » (Monadologie, § 32).

Christian von Wolff ou Wolf (1679-1754) : « Il n’est rien sans sa raison d’être » (Ontologie, § 70).

Selon Arthur Schopenhauer (De la Quadruple racine du principe de raison suffisante, chapitre VIII, § 52, 2e édition, 1847), la signification générale de ce principe de raison suffisante est que
" toujours et partout aucune chose n’existe que par l'intermédiaire d'une autre [immer und überall Jegliches nur vermöge eines Andern ist] " ;
il juge indispensable de le diviser en quatre branches :
le rapport de succession temporelle,
le rapport de contiguïté spatiale,
l’inférence logique,
la causalité des phénomènes physiques et biochimiques.


VII / Principe d’analogie : « Il faut assigner les mêmes causes aux effets naturels de même genre, autant que faire se peut. » Isaac Newton, Principes mathématiques de la philosophie naturelle, III, " Règles qu’il faut suivre ", 2.

En droit, cela donne le principe de parallélisme des formes : un acte issu d'une procédure ne peut être modifié ou abrogé qu'en suivant cette procédure.


VIII / Principe (ou règle) d’élimination (modus ponens) : Si A implique B (équivalent à " B ou non-A ") et si A, alors B.
Diogène Laërce, Vie, doctrine et sentences des philosophes illustres, VII [Stoïciens], § 80 : « Si le premier, le second ; or le premier ; donc le second ». On peut y associer la règle pascalienne enjoignant de substituer mentalement la définition à la place des définis (De l'Art de persuader).

" Ne perdons jamais de vue la grande règle de définir les termes. " Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, article " Alexandre ".

" Si seulement, au lieu de s'indigner, on cherchait à savoir de quoi l'on parle. Avant de discuter, l'on devrait toujours définir. " André Gide, Journal, " Feuillets 1918 ".


IX / Principe (ou règle) du syllogisme :

Si A implique B (B ou non-A) et si B implique C (C ou non-B), alors A implique C (C ou non-A). Aristote, Topique, I, i, 100a25.

Rabelais en donne un exemple plaisant :

" Il n'est (dit Gargantua) point besoin torcher cul, sinon qu'il y ait ordure ; ordure n'y peut être si on n'a chié ; chier donc nous faut devant que le cul torcher. " (Gargantua, XIII).

Louis Couturat, 1868-1914, distinguait, après Aristote, le syllogisme catégorique (tout a est b, et tout b est c, donc tout a est c) et le syllogisme hypothétique (si tout a est b, et si tout b est c, alors tout a sera c).

Paradoxe associé : « Le jambon fait boire, le boire désaltère, par quoi le jambon désaltère. » (Montaigne, Essais, I, 26)


X / Principe de cohérence transitive des choix :

Si A est préféré à B, et B à C, alors A sera préféré à C. Valable uniquement pour un individu ou un groupe de deux. Lors de choix effectués par un groupe de trois personnes ou plus, ce principe de cohérence peut se trouver violé par le choix résultant des préférences des  membres du groupe : c’est le paradoxe de Condorcet, un des aspects de l’irrationalité des foules, approfondi par Kenneth J. Arrow.


Appendices :

I / Christianisme et marxisme :

  Le marxisme introduisit un dualisme logique : la dialectique, qui admet et promeut le contradictoire, l’identité des contraires, le raisonnement circulaire, et que Lénine appelait, a-t-on dit, " l'algèbre de la révolution ", est opposée à la logique classique qui exigeait et exige toujours la non-contradiction.

  En 1947, le stalinien Jean Kanapa opposa le « rationalisme des Facultés de philosophie, confit, desséché et momifié, simple précepte épistémologique » au « rationalisme total, vivant, dialectique ». Mais Staline finit par être obligé, vers 1950, de réintroduire l'enseignement universitaire de cette logique classique. En France, Jean Toussaint Desanti tenta de promouvoir la "science prolétarienne" contre la "science bourgeoise".

  Le dualisme logique prend en sociologie la forme du constructionnisme (construction sociale de la réalité) dont un des partisans, Philippe Corcuff, essaye désespérément d'élaborer une logique autre que celle du raisonnement classique en introduisant un " raisonnement circulaire " (" Entre malentendus sociologiques et impensé politique ", Le Débat, n° 103, janvier-février 1999, page 117), qui rejoint la " logique " hégélienne de l'identité de l'identité et de la différence, et, avant Hegel, le second Pascal, celui du manuscrit inachevé publié sous le titre Pensées.

  On rejoint la circularité chrétienne chère notamment aux papes Jean-Paul II et Benoît XVI : la foi en Dieu fondée sur le témoignage de Dieu, la vérité de la Révélation réservée à ceux qui croient en Dieu, la raison et la foi qui ne peuvent se contredire car [sic] elles viennent toutes deux de Dieu (Voir les §§ 9, 15 et 43 de la Lettre encyclique de Jean-Paul II, Fides et Ratio [La foi et la raison], 15 octobre 1998).

  Philippe de Lara relevait que
" Si grandioses que soient ces tentatives, elles butent sur le mur du non-sens. " (" Nouvelle sociologie ou vieille philosophie ", Le Débat, n° 103, janvier-février 1999, pages 121-129 ; la vieille philosophie en question étant la dialectique hégéliano-marxiste.)

   Pour maintenir à tout prix l'erreur marxiste ou néo-marxiste, il faudrait changer le critère d'appréciation, ici, rien de moins que la logique ... L’idée que l’on a de ce qui doit être fausse alors la vision que l’on a de ce qui estLe réel passe en jugement devant l'irréel.

Maurice Merleau-Ponty soutenait pourtant que le marxisme ne critique la pensée formelle
« qu’au profit d’une pensée prolétarienne [souligné par Cl. C.] plus capable que la première de parvenir à l’"objectivité", à la "vérité", à l’"universalité", en un mot de réaliser les valeurs du libéralisme. » (Humanisme et terreur, Paris : Gallimard, 1947, deuxième partie, chapitre I).

II / Des associations ont considéré comme raciste cette réplique d'Éric Zemmour : 

« Pourquoi [quand on est noir ou arabe] on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. C'est comme ça. C'est un fait. » ; phrase rapportée par la presse sous la forme : « Les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C'est un fait » (6/3/2010, dans l'émission de Thierry Ardisson).

La formule des probabilités conditionnelles qui relaxe immédiatement Zemmour de l'accusation de racisme, la voici (d'après un article de Jean-Michel Claverie) :

U : univers des possibles
p : probabilité d'un événement E (sous hypothèse d'équiprobabilité) ; p(E) = card(E)/card(U)
I : un individu est immigré (E = I)
T : un individu est trafiquant (E = T)

p(T/I) est la probabilité de l'événement T sachant que l'événement I est réalisé.

p(T/I) = [p(I/T)x p(T)]/p(I)

Ceci d'après les deux manières de calculer p(I∩T), probabilité de "I et T", qui est aussi p(T∩I)

Application numérique :

Si l'on prend :

p(I/T) = 0,5
p(T) = 1/10 000
p(I) = 0,1

alors p(T/I), la probabilité qu'un immigré soit trafiquant, n'est égale qu'à 1/2 000.


Le même traitement mathématique est applicable à la phrase de Dieudonné qui dit que les plus grands escrocs sont pratiquement tous juifs, ce qui ne veut pas dire que les juifs sont pratiquement tous de grands escrocs.

" La plupart des trafiquants sont noirs et arabes " a été lu à l'envers comme signifiant " la plupart des noirs et arabes sont trafiquants ". On comprendra peut-être mieux sur cet exemple :

" la plupart des prisonniers sont des hommes " [exact, 96 %] ne signifie pas " la plupart des hommes sont en prison ".

Mais la correction politique ignore la théorie élémentaire des ensembles, qui apparemment n'est pas enseignée dans les écoles de journalerie (pas plus que la logique).


mercredi 1 juin 2022

L'AMOUR GREC CHEZ MAXIME DE TYR, PLUTARQUE, ATHÉNÉE, DIOGÈNE LAËRCE et Pseudo-LUCIEN

Une page des Vies parallèles Rome,1470,
collection de l'Université de Leeds.


Michel Foucault : « Il y a deux âges d’or de la problématisation de l’homosexualité comme monosexualité, c’est-à-dire des rapports entre hommes et hommes, et hommes et garçons. Le premier, c’est celui de la période grecque, hellénistique qui se termine en gros au cours de l’Empire romain. Les derniers grands témoignages en sont : le dialogue de Plutarque, les dissertations de Maxime de Tyr et le dialogue de Lucien. »
« Entretien avec Jean-Pierre Joecker, M. Overd et Alain Sanzio », Masques, n° 13, printemps 1982.


PLUTARQUE (vers 48 / vers 120) biographe et moraliste grec
MAXIME DE TYR (vers 125 / vers 185), sophiste grec
ATHÉNÉE DE NAUCRATIS (IIe/IIIe siècles), rhéteur grec
DIOGÈNE LAËRCE (début IIIe siècle), écrivain grec
Pseudo-LUCIEN, IIIe-IVe siècle, satiriste grec


PLUTARQUE (vers 48 / vers 120) biographe et moraliste grec,
Robert Flacelière, ancien directeur de l'École normale supérieure : " Pour les Grecs, Éros préside en premier lieu à l'attachement passionné d'un homme pour un garçon, et Aphrodite aux relations sexuelles d'un homme avec une femme. " (L'Amour en Grèce, Paris : Hachette, 1960, chapitre II).
Vies parallèles, Collection Budé, Loeb Classical Library, Perseussite Remacle :

Agésilas [-444/-360, roi de Sparte] :
II, 1 : lorsqu'il était parmi les garçons élevés ensemble, Lysandre fut son éraste [cf Lysandre, 22] ;
XI, 2 : passion pour Mégabatès encore pais ; 5 : il était tourmenté par son éros pour ce garçon dont il avait refusé un baiser ; [cité par André Gide dans Corydon, IV (traduction Pierron)]
XIII, 2 : Agésilas aida le fils de Pharnabaze en matière d'érotique ; celui-ci s'était épris d'un jeune athlète [cf Xénophon, Helléniques] ;
XX, 6 : sachant qu'Agésipolis était porté à l'érotique, il amenait la conversation sur les garçons en âge d'aimer [relevé par André Gide] ; l'éros lacédémonien n'a rien de honteux et est très décent , comme je l'ai écrit dans ma vie de Lycurgue [cité par Lafitau] ;
XXV, 1 : Archidamos était amoureux de Cléonyme encore pais ; XXXIV, 7 : âge du plus grand charme, quand le pais devient andros [relevé par André Gide].

Alexandre [-356/-323, roi de Macédoine],
IX, 2 : à Chéronée [en août -338] il se jeta le premier sur le bataillon sacré [ἱερῷ λόχῳ] de Thèbes ;
XXII, 1 : Théodore de Tarente avait deux très beaux garçons à vendre.
2 :  Jeune homme qui lui écrivit qu’il voulait acheter Crobylus, de Corinthe, jeune garçon d’une beauté merveilleuse,
XLVII, 5-6 : Éphestion l'aimait ;
LXVII, 4 : donne un baiser à son éromène Bagoas [δὲ ἐρώμενον Βαγώαν].

Aristide, II, 2-3 : inimitié d'origine érotique ; rival de Thémistocle pour l'amour du beau Stésiléos.

Caius Marius, XIV, 3 : Caius Lusius ne savait pas résister à l'attrait des beaux garçons [μειρακίων καλῶν] ; il était amoureux de Trébonius ;
XIV, 4 : Trébonius tue Caius Lusius tue Trébonius [cf pseudo-Quintilien].

Cicéron, VII, 5 : Verres avait un fils tout jeune, et qui passait pour ne pas user honnêtement de sa beauté. Cicéron, traité d’efféminé [μαλακίανpar Verrès : « Ce sont, répondit-il, des reproches qu’il faut faire à ses enfants les portes fermées. »

Cimon, I, 2-4 : Le beau Damon ; un Romain en tombe amoureux ; Damon tue le Romain qui l'importunait ; puis Damon et ses hommes tuent les magistrats et fuient la ville de Chéronée.

Cléomène [III, roi de Sparte], III, 2 : Xénarès avait été l'amant du roi Cléomène, liaison que les Lacédémoniens appellent inspiration ;
XXXVII, 7 : Panteus avait été l'éromène du roi.

Démétrios Ier roi de Macédoine], XIX, 5 : beau garçon vu par Antigone le Borgne sortant de chez son fils Démétrios ;
XXIV, 2-3 : mort du beau Damoclès.

Lycurgue [vers -800],
XVII, 1 : érastes [amants] de bonne renommée pour les jeunes à partir de 12-13 ans ;
XVIII, 4 : les érastes partageaient la bonne et la mauvaise réputation des garçons [ἐκοινώνουν δὲ οἱ ἐρασταὶ τοῖς παισὶ τῆς δόξης ἐπ᾽ ἀμφότερα ; cf Élien ; cité par Gide dans Corydon, IV] ; ils tâchaient de rendre leur ami vertueux (1) ; Éros était tellement en honneur chez eux que les femmes les plus honnêtes s'y éprenaient elles-mêmes des jeunes filles ;
XXV, 1 : les érastes faisaient les achats nécessaires pour ceux qui avaient moins de trente ans.
1. Montesquieu : " Les préceptes de Lycurgue et de Socrate sur l'amour pour les garçons, nous font voir le penchant déterminé des Grecs pour ce vice, puisque les législateurs songèrent à faire usage de ce penchant, en le réglant à peu près comme Mme de Lambert et les moraux d'aujourd'hui ont pensé à faire usage de l'amour pour les femmes et de celui des femmes pour les hommes, en purifiant cet amour et en le réglant. Quand un législateur emploie un mobile, il faut qu'il le juge très fort. " (Mes pensées, VIII, xxiii)

Lysandre, I, 2 : Cheveux longs et beauté masculine ;
XXII, 3 : Lysandre avait éte l'éraste d'Agésilas [cf Agésilas, II, 1].

Marcellus, II, 3 : propositions insistantes [ἐρῶν λόγους προσήνεγκε] de Scantinius Capitolinus au fils de Marcellus, adolescent d'une grande beauté ;
II, 4 : Scantinius C. condamné à une amende par le Sénat [cf Valère Maxime].

Numa, IV, 3-5 : On peut raisonnablement croire qu'un dieu ait de l'amitié pour un homme et que sur cette amitié se greffe le sentiment qu'on appelle éros ; Phoïbos, Hyacinthe et Admète ont été aimés d'Apollon.

Pélopidas [vers -410/-364, général thébain] (numérotation selon Perseus) :
XVIII, 1 : La bande sacrée fut d'abord formée par Gorgidas, composée de 300 hommes.
XVIII, 3 : bande sacrée [ἱερὸν λόχονcomposée d'érastes [amants] et d'éromènes [ἐραστὴν παρ᾽ ἐρώμενον ; cité par Sade, et par Gide dans Corydon, IV] ; critique de Pamménès [général thébain, ami d'Épaminondas ; cf Homère, Illiade] ;
XVIII, 4 : Iolaüs aimé d'Hercule [cité par Gide dans Corydon, IV] ; Aristote écrit que de son temps encore les amants et ceux qu'ils aimaient allaient se faire des serments sur le tombeau de Iolaüs ; Platon appelle l'éraste "ami divin" [cf Banquet, 178e-179a et Phèdre] ;

XIX, 1 : Ce n'est pas la passion de Laïos [Laios était épris de Chrysippe, jeune fils de Pelops ; cf Apollodore, III. 5, 5, 10).qui fut à l'origine des liaisons des érastes [ἐραστὰς συνηθείαςchez les Thébains ; les législateurs favorisèrent cet amour afin de tempérer le caractère des jeunes [cf Montesquieu, De l'Esprit des lois, IV, 8 ; cf Freud sur la masturbation]

XXVIII, 5 : Alexandre de Phalères avait eu pour paidika le plus jeune de ses beaux-frères [relevé par Gide].

Périclès, XV : " Sophocle, son collègue dans le commandement de la flotte, et qui naviguait avec lui, lui faisait un jour l’éloge de la beauté d’un jeune garçon [παῖδα καλὸν]. « Sophocle, lui dit-il, un général doit avoir les mains pures, mais les yeux aussi. » " [Cité par Montaigne, I, xxx (xxix)].

Pompée, XLVIII, 7 : Klodios : qui est le mec qui cherche un mec ? Qui se gratte la tête avec un seul doigt ? [τίς ἀνὴρ ἄνδρα ζητεῖτίς ἑνὶ δακτύλῳ κνᾶται τὴν κεφαλήν;]

Solon [-VIIe/-Ve siècles],
I, 2 : sa liaison aoureuse [ἐρωτικῶς, érotique avec le beau Pisistrate [cf Élien] ; souvenir reconnaissant de leur amour [τὴν ἐρωτικὴν μνήμην καὶ χάριν.]
I, 3 : faible en face des beaux garçons [cité par Voltaire] : paidérastie interdite aux esclaves par sa loi [cf Banquet des sept sages et Dialogue sur l'amour dans les Moralia] ;
I, 4 : On dit que Pisistrate devint aussi l'éraste de Charmos et qu'il offrit à l’Académie une statue d’Éros ;
II, 2 : plaisir avec un garçon ou une femme [παιδός τ᾽ ἠδὲ γυναικός];
XXI, 2 : il plaçait l'amitié (philia) au dessus de la parenté.

Sylla, II, 6 : épris du comédien Métrobios qu'il ne cessa pas d'aimer ;
XXXVI, 2 : Métrobios jouait en costume masculin des rôles de femmes ; bien qu'ayant dépassé la jeunesse, il ne cessa pas d'être aimé par Sylla, qui ne s'en cachait pas.

Thémistocle, 3 : sa rivalité avec Aristide au sujet d'un jeune garçon, Stésilaos de Céos.

Moralia, Collection Budé, Perseus, Loeb Classical Library ; site Remacle :

Banquet des sept sages, 152d : Solon a rédigé une loi athénienne : les esclaves n'auront pas accès à éros [cf Solon dans les Vies].

Comment distinguer le flatteur de l'ami, [7] C'est ainsi qu'agirent toujours les flatteurs adroits et les ambitieux, à la tête desquels on peut mettre Alcibiade. A Athènes, railleur, badin et léger, brillant par le faste et la dépense ; à Lacédémone, se rasant avec soin, vêtu d'un simple manteau et se baignant dans l'eau froide ; en Thrace, toujours à table ou dans les camps ; à la cour de Tissapherne, livré à la mollesse, au luxe et aux voluptés; par cette facilité à se plier à tout, à se conformer à toutes sortes de mœurs, il gagnait le cœur de tous les peuples.
[12] Les érastes, suivant Platon, vantent toujours leurs éromènes.
[32] 71c : il ne faut pas critiquer un éraste devant son éromène.

Comment tirer profit de ses ennemis, 89e : soupçons d'efféminement [malakia] portés sur Lacydès [successeur d'Arcésilas à l'Académie], à cause de sa démarche et de sa coiffure ; sur Pompée, à cause de son habitude de se gratter la tête d'un seul doigt [cf Pompée].

De la curiosité, 2 : Aristippe curieux de ce que Socrate disait aux jeunes pour se les attacher à ce point. ;
10 : on voit à Rome des gens qui ne font nul cas des tableaux, des statues, ni même, par Zeus, de la beauté des jeunes garçons.

Dialogue sur l'amour [Erotikos:
750b : Protogène : je suis hostile non à Éros mais à la luxure ; 750c : l’Éros véritable n’a rien à voir avec les femmes ; 750d : Éros qui s'attache à une âme jeune et bien douée aboutit à la vertu par le chemin de l'amitié [origine de l'expression "le sentier de la vertu"] ;
751a : Protogène : il n'y a qu'un Éros authentique, celui des paidika [cité par Montaigne] ; 751b : Solon avait interdi aux esclaves d'aimer les enfants mâles ; Daphné ; le critère du mec érotique ; 751c : vers de Solon : « il aime les gars dans leur jeunesse en fleur, désirant la douceur des lèvres et les cuisses » [traduction Félix Buffière] et d'Eschyle ; 751de : libertinage et efféminement [thelutéti] sont contraires à la nature ; cite Platon [Phèdre, 250e] ; 751f : les désirs pour les garçons et pour les femmes relèvent d'une chose unique ; Éros ; comme un bâtard de vieillard, l'amour des paidika chasse celui qui est légitime [cité par Schopenhauer] ; il s'est introduit dans les gymnases à la faveur de la nudité [cité par Van Limburg] ;
754d : l'éraste dirige le jeune homme ;
760d : la pièce de Sophocle Niobé [cf plus loin Athénée] ;
760f : l'éromène de Cléomaque assiste à la bataille ; 761a : la paidérastie était en faveur chez les Chalcidiens après la mort de Cléomaque ; 
761b : nouvel ordre des soldats : l'éraste à côté de l'éromène ; Éros est le seul stratège invincible ; 761c : l'éraste et l'éromène sont intrépides ; 761d : divers héros ayant été adonnés à l'érotique ; Iolaös fut aimé d'Hercule [cité par Edward Carpenter]; 761e :  Apollon fut l'éraste d'Admétus ;
767a : Euripide ambidextre devant la beauté [cité par Charles Fourier] ;
768ae : l'union du mâle avec le mâle [arren arrenas homilian] ;  est l'œuvre d'Hybris ;
768ef : vengeances d'hommes dont on avait abusé ;
769b : ni la paidomanie ni la gynécomanie ne méritent le nom d'éros ; 
770bc : Bion le Sophiste disait que les premiers poils des beaux garçons tuent l'amour pour eux [cité par MontaigneEssais, III, v, 896].

De l'éducation, 11d : faut-il éviter ce sujet ? ; 11e : faut-il permettre aux érastes de passer leur temps avec les garçons ? ; hommes qui ont admis les amours masculines et qui ont ainsi fait progresser les jeunes gens vers la culture, le gouvernement des hommes ou la vertu morale [idée reprise par Nietzsche] ; 11f : témoignage d'Euripide en leur faveur : "un autre éros" ; n'admettre que ceux qui sont amoureux des âmes ; 11f-12a : les amours à la thébaine ou à la manière de l'Élide sont à fuir, ainsi que ce qu'on appelle les rapts à la crétoise ; mais les amours à l'athénienne ou à la lacédémonienne sont à imiter [cité par Paul Gide (père d'André)].

Dits notables des Lacédémoniens, 222b : jeune qui rougit lorsqu'il est rencontré avec son éraste [cf Ion]; 231b : homme efféminé [malakoi] par nature.

De l'étude des poètes, 34a [cf Euripide].

De la malignité d'Hérodote, 13 : les Perses ont pratiqué la castration des jeunes gens avant de connaître les Grecs [cité par Forberg].

Des notions communes contre les Stoïciens, 28 : chasse aux jeunes gens imparfaits.

Instructions pour ceux qui manient affaires d'état,

Propos de table [Symposiaques],
I, 2, 618d : juste critique de Pamménès : Homère aurait dû ranger l'éraste à côté de l'éromène dans le bataillon [cf Illiade, II] ; 619a : placer ensemble les buveurs ; ensemble aussi les érotiques, non seulement ceux qui aiment les paidika, mais aussi ceux qui aiment les femmes et les jeunes filles ;
I, 5, 622e : les hommes trouvent le plus grand plaisir en voyant leurs éromènes ; l'amant se persuade que son aimé est beau et bon [kalos kai agathos] ;
II, 1, 633f : les hommes aiment être taquinés sur leur amour en présence de leurs éromènes ;
IV, 5, 671b : certains pensent qu'Adonis était le paidika de Dionysos ; Phanoclès, homme érotique.
VII, 8, 3 : dans la nouvelle comédie, chez Ménandre, « il n'y a pas d'amour des garçons et la séduction des vierges y tourne, très convenablement, au mariage. »

Que les animaux usent de raison, 990d : il ne s'est point trouvé que les mâles se soient jamais joints avec les mâles [Cf. Platon, Lois, 836 c; mais voir Pline, Histoire naturelle,. x. 166 ; Élien, De Natura Animal. xv. 11; Varia Hist. i. 15; al.] ; mais cela arrive aux plus brillants et aux meilleurs des hommes ; 990e : si un coq monte sur un autre coq, on le brûle tout vif [cité par Montaigne, II, xii, 472 (496), et par Buffon].

Questions romaines, 40 : sports à l'origine de l'amour infâme [cité par Montesquieu et par A. Becker] ; 101 (287f-288a) : les enfants libres auraient porté un badge [bulla] parce que les Romains aimaient les jeunes esclaves, comme le prouvent leurs comédies, mais s'abstenaient des garçons de naissance libre.

Sur la fortune ou la vertu d'Alexandre, I, 
[1,12] Mettons en parallèle des actes accomplis par ceux qui sont reconnus pour philosophes. Socrate s'abstint d'Alcibiade qui n'était son camarade de lit ; Alexandre, au contraire, un jour que Philoxène, chef des troupes du littoral, lui avait écrit qu'il se trouvait en Ionie un jeune garçon charmant et beau comme nul autre, et lui avait demandé s'il fallait le lui faire venir, Alexandre, dis-je, répondit sévèrement : «O le plus corrompu des hommes, de quelle abominable action me sais-tu donc coupable, toi qui veux me séduire par l'offre de semblables voluptés ? » Traduction Ricard revue, Paris : Lefèvre, 1844.


pseudo-PLUTARQUE (Ier/IIe siècles),
Histoires d'amour, Loeb Classical Library :
II, 772ef : mort d'Actéon qui était aimé par Archias ;
III : Aristodème et le garçon.


MAXIME DE TYR (vers 125 / vers 185), sophiste grec,

Dissertations, Bibliotheca Teubneriana, traduction (parfois revue) de J. J. Combes-Dounous, 1802 :

XXIV, " Qu'est-ce que l'érotique de Socrate ? ",
i : jeune Corinthien amoureux d'Actéon ; " Périandre, tyran d'Ambracie faisait ses plaisirs d'un jeune Ambracien. Ce commerce n'avait rien que d'illégitime. C'était plutôt une passion honteuse que de l'amour. Aveuglé par son pouvoir, Périandre prenait ses ébats au milieu de l'ivresse, sans précaution, avec son Ganymède. "
ii : L'autre espèce d'éros ; " Épaminondas affranchit Thèbes de la domination de Lacédémone avec une phalange d'amants. Un grand nombre de jeunes Thébains étaient amoureux chacun d'un beau garçon. Epaminondas fit prendre les armes aux uns et aux autres. Il en forma un bataillon sacré. Ces jeunes gens, pleins d'intrépidité et de courage, combattirent avec beaucoup d'adresse, et ne se laissèrent point mettre en déroute. Ni Nestor, le premier des Capitaines dans les champs Troyens, ni les Héraclides dans le Péloponnèse, ni les Péloponnésiens dans les campagnes de l'Attique, n'eurent une pareille phalange. Chacun des amants était obligé de bien payer de sa personne ; soit par amour-propre, parce qu'il combattait sous les yeux de ce qu'il aimait ; soit par nécessité, parce qu'il combattait pour ce qu'il avait de plus cher. De leur côté, les garçons voulaient se montrer les émules de leurs amants "
iv : " Osons demander à Socrate quelque compte de sa conduite. Qu'il nous apprenne ce qu'il disait de lui-même dans ses discours. Qu'entendait-il, lorsqu'il disait en parlant de lui, « qu'il était le serviteur de l'amour ; qu'il était la règle blanche pour les beaux garçons, qu'il était habile dans son art : qu'Aspasie de Milet, et Diotime de Mantinée, en tenaient école ; qu'il avait pour disciples, Alcibiade, le plus pimpant des Athéniens ; Critobule, l'Athénien le plus à la fleur de l'âge ; Agathon, le plus abandonné à la mollesse ; Phædre, à la divine tête ; Lysis, le Ganymède, et Charmide, le beau garçon ? [...] il veut qu'il soit permis au citoyen qui fait l'action la plus louable, d'aimer, parmi les beaux, garçons celui qui lui plaît le plus. O l’admirable récompense ! "
v : " Rien ne se ressemble moins que Socrate éperdu d'amour, et Socrate modèle de tempérance ; que Socrate brûlant à l'aspect des beaux garçons, et Socrate gourmandant le libertinage. Est-ce bien Socrate, l'antagoniste de Lysias sur le chapitre de l'amour, qui touche de son épaule l'épaule de Critobule, qui revient de la chasse du bel Alcibiade, que la seule présence de Charmide met hors de lui ? Sont-ce là des choses qui conviennent aux mœurs d'un philosophe ?  "
vi : " Socrate ne fut attaqué, sous le rapport de l'amour, ni par ces adroits accusateurs, ni par Aristophane même, le plus acharné de ses ennemis, qui fit entrer dans les pièces de théâtre dirigées contre lui, tout qui pouvait prêter à la malignité comique. Il lui reprocha sa pauvreté ; il le traita de mauvais bavard, de sophiste; il l'attaqua sur tout, hors sur l'obscénité de ses amours. Il n'y a donc pas apparence que les calomniateurs, ni les auteurs comiques, eussent contre Socrate la moindre prise, de ce côté-là. "
vii : " Nous pouvons d'abord répondre à ses modernes accusateurs, qui ne sont pas moins fougueux que les anciens, que ce genre d'amour n'est pas l'invention de Socrate, mais qu'il est beaucoup plus ancien et nous produirons pour témoin Socrate lui-même, le louant, l'admirant, et désavouant d'en être l'auteur. Car, Phèdre de Myrrhine lui ayant montré le discours de Lysias, fils de Céphale, sur cette matière, Socrate lui dit, qu'il ne voyait pas une grande merveille à être plein comme une outre des ouvrages d'autrui, tels que ceux de la belle Sapho, (car il se plaît à l'appeler ainsi, à cause de la beauté de ses vers, quoiqu'elle fût petite et brune), ou d'Anacréon qu'il nommait le sage. Le panégyrique de l’amour qu'il prononça, dans le Banquet, il l'attribue à une femme de Mantinée. Mais, que l'auteur de cet ouvrage fût une femme de Mantinée, ou de Lesbos, reste qu'il n'appartenait point à Socrate, et qu'il n'en avait point les prémices.  "
viii : " On avait aussi entre deux hommes, entre Patrocle et Achille, un amour que les travaux et le temps consolident, et qui dure jusques à la mort. Ils sont jeunes, et ont des mœurs l'un et l'autre. L'un donne des leçons ; l'autre les reçoit. L'un a du chagrin ; l'autre le console. L'un chante ; l'autre écoute. C'est aussi un trait caractéristique d'amour, de demander, d'un côté, la permission de combattre, et de pleurer, dans la crainte de ne pas l'obtenir; tandis que, de l'autre, on se laisse fléchir ; on pare le suppliant de ses propres armes; on tremble du retard de son retour; on veut mourir, en apprenant, sa mort ; et on abjure ses ressentiments. L'amour se retrouve jusque dans les rêves, dans les songes, dans les larmes d'Achille, et dans la dernière offrande qu'il fait au tombeau de Patrocle, dans sa chevelure. Tels sont les tableaux de l'amour qui nous sont présentés dans les ouvrages d'Homère. "
ix : " Les ouvrages de Sappho (s'il est permis de comparer les modernes aux anciens) ne renferment-ils pas tous les principes de Socrate sur le sujet de l'amour ? Socrate et Sappho me paraissent avoir dit la même chose, l'un de l'amour des hommes, et l'autre de l'amour des femmes. Ils annoncent qu'ils ont de nombreuses amours, et que la beauté est toujours sûre de les enflammer. Ce qu'Alcibiade, Charmide, et Phædre, sont pour Socrate, Gyrinne, Athis et Anactorie, le sont pour Sappho. "

XXV,
i : " Socrate [...] vit que tout fourmillait d'impurs débauchés, et de Ganymèdes (02) pris dans les pièges. Il eut pitié des uns et des autres. Il ne pouvait point opposer à ce genre de libertinage une loi. Car il n'était ni Lycurgue, ni Solon, ni Clisthène, ni aucun de ceux qui, revêtus d'une délégation publique, avoient de l'empire sur l'esprit des Grecs. "
ii : " Chez les autres, l'amour n'était que l'appétit du désir qui se perd en vagabond dans les jouissances, qui a sa source dans les agréments corporels, qui attire et séduit les yeux, et par eux s'insinue dans l'âme. Car les yeux sont le chemin de la beauté (08). Chez Socrate, l'amour ne le cédait point en intensité à celui des autres : il était différent sous le rapport du désir, plus modéré sous le rapport de la jouissance, plus ingénieux sous le l'apport de la vertu. Il avait son principe dans la beauté de l'âme qui se dessine sur le corps. "
iii : " En se passionnant pour un beau jeune homme, Socrate et Clisthène ont des vues toutes différentes. L'aiguillon de Socrate est son amour pour la vertu ; celui de Clisthène est son goût pour le plaisir. "
iv : " Lors donc que vous entendrez dire d'un philosophe, qu'il aime, et d'un débauché, qu'il aime aussi, ne donnez pas le même nom au sentiment de l'un et de l'autre. L'un cède à l'impulsion du plaisir, l'autre est entraîné par les charmes de la beauté. "
v : " Un Spartiate [Agésilas], qui n'avait point été nourri au Lycée, qui n'avait point fréquenté l'Académie, qui n'avait point été instruit dans les principes de la philosophie, ayant rencontré un jeune-homme [Mégabate], Barbare à la vérité, mais extrêmement beau, et déjà dans la fleur de l'âge, en devint amoureux. Eh ! comment s'en serait-il défendu? Mais son amour n'alla point au-delà de ses yeux. "

XXVI,
i : " DES Grecs firent prisonnier un Thrace, nommé Smerdis. C'était un Ganymède pour un Roi. Il s'enorgueillissait d'attirer tous les regards. On en fit cadeau à un tyran d'Ionie, à Polycrate de Samos, qui l'accueillit avec satisfaction. Polycrate devint amoureux de Smerdis, qui inspira, en même temps, au poète de Téos, à Anacréon, une affection décidée. Smerdis reçut de Polycrate, de l'argent, de l'or, et tout ce qu'il était dans l'ordre qu'un beau Ganymède reçût d'un tyran qui l'aimait. Il reçut d'Anacréon des hymnes, des louanges en vers, et tous les hommages de cette nature, qu'un poète décerne à l'objet qu'il aime. Or, si l'on compare l'amour à l'amour, celui du tyran à celui du poète, quel est celui des deux qui paraîtra le plus auguste, le plus céleste, le plus digne d'être consacré à Vénus, d'être regardé comme l'œuvre d'un Dieu? Je pense, moi, que c'est celui dont les Muses et les Grâces forment le cortège, plutôt que celui qui cède à la nécessité, et à la crainte. Celui-ci est d'un esclave, d'un misérable mercenaire ; celui-là est d'un homme libre, d'un Grec. "
ii : " Éros est peu familier aux Barbares. "
iv : " Éros uni au logos ne laisse pas d'être une passion. Mais, si vous ôtez le logos, vous dérangez toute la symétrie; vous n'en faites plus qu'une maladie. "
v : " Éros est une faim de la psyché. "
viii : " Il est honteux à un adolescent, en Crète, de n'avoir point d'amoureux. Mais il est également honteux à un Crétois de toucher à ses aimés. O l'admirable loi ! dans laquelle on a si heureusement allié l'amour et la tempérance! "

XXXVII,
v : " Anacréon rendit moins cruelle pour les Citoyens de Samos la tyrannie de Polycrate, en faisant aimer à ce tyran le beau Smerdis, la chevelure de Cléobule., la flûte de Batylle, et les chants ioniens. "


ATHÉNÉE DE NAUCRATIS (IIe/IIIe siècles), rhéteur grec,



Les Sages attablés [Le Banquet des Sophistes], Bibliotheca Teubneriana (édition de Georg Kaibel), Loeb Classical Library (traduction de Charles Burton Gulick), Perseus ; Remacle (texte et traduction) :

« In addition to its main focuses, the text offers an unusually clear portrait of homosexuality in late Hellenism. Books XII-XIII holds a wealth of information for studies of homosexuality in Roman Greece. It is subject to a broader discussion that includes Alcibiades, Charmides, Autolycus, Pausanias and Sophocles. Furthermore, numerous books and now lost plays on the subject are mentioned, including the dramatists Diphilus, Cratinus, Aeschylus, and Sophocles and the philosopher Heraclides of Pontus. »
en.wikipedia.org

I, 15bc : Damoxène enthousiasmé pour un garçon de 16 ou 17 ans ; 20ef : après la bataille navale de Salamine [en l’an -480] Sophocle dansa nu et huilé [cité par André Gide] ; 25c : Eubule : point de femmes dans leur camp ; ils sont revenus de la guerre de Troie avec le cul plus large que les portes de la ville [belle hyperbole ...].
III, 103bc : pièce de Baton le comique [IIIe siècle] intitulée Précepteur qui trompe la jeunesse d'un adolescent ;
IV, 161c : " ces Sages [...] savent se procurer mutuellement quelques délices. Est-ce que tu ignores que Mélanippides, Phaon, Phyromaque et Phanos sont complaisants ? " (traduction Lefebvre de Villebrune, Paris : Lamy, 1789, via remacle). L'interprétation homosexuelle n'est pas évidente dans la traduction " These men live in luxury compared to others. Don't you know that Melanippides is a disciple, and Phaon, Phyromachus, and Phanus, who dine every four days on one half- p235 pint of barley-meal?' " Loeb Classical Library, 1928).
V, 187e-188a : Alcibiade intoxiqué par l'amour du garçon [pais] Charmide ; Callias et son paidika Autolycus ; cite  Xénophon,  Symposium ; 216ef : Pausanias [athénien] éraste d'Agathon ; affirme dans le Symposium de Xénophon qu'une armée composée de paidika et d'érastes serait très vaillante ; 217a : Pausanias livre sa pensée sur l'érotique.
VI, 260b : licence impure de Philippe de Macédoine, d'après Théopompe, Histoires, XXVI.
VII, 310b : Théognis ne désavoue pas sa paidérastie.
VIII, 339ac : railleries d'Antiphanes et révélations d'Eschine [cf Contre Timarque, 41] contre l'athénien Misgole, enflammé par la vue de jeunes.
IX, 389c : Aristote sur les perdrix mâles [Histoire des animaux].
X, 423e : Les Paidérastes, oeuvre de Diphile [pièce perdue du poète comique du -IVe siècle] ; 427d : le cottabe [bassin pour le vin] servait à honorer les éromènes ; Pindare dit honorer ainsi Agathon ; 445e : Alcée [de Mytilène] auteur de la pièce Ganymède ; 451b-c : Selon Diphile de Sinope dans sa Thésée, la chose la plus forte du monde : le pénis [τὰν δὲ τρίταν ἀποφῆναι πέος ἰσχυρότατον πάντων, διδάσκειν δ᾽ ὅτι καὶ τὸν χαλκέα στένοντα πυγίζουσι τούτῳ] ; " pour preuve c'est qu'avec cela, on paedique le forgeron qui gémit sous le poids du travail. " (traduction Lefebvre de Villebrune, 1789).
XI, 505f : Platon : Zénon [d'Élée] fut le paidika de Parménide [cf Parménide, 127] ;
XII, 522de : orgie des Tarentins en plein jour ; 523c : les Massaliotes sont devenus efféminés ; faiblesse [malakia] de caractère, efféminement par le luxe ; proverbe : " Voguez vers Massalia. " [cf Plaute] ; 540e : Polycrate tyran de Samos, passionné par les liaisons masculines [arrenon homilias] ; 542d : Douris [-IIIe siècle], Histoires, XVI : Démétrius passait en secret ses nuits avec de jeunes gens [cité par W. Becker]. 


XIII, 561f : légion sacrée des Thébains, composée d'érastes et d'éromènes ; 563ef : reluqueurs de gamins, en bons disciples de Zénon [de Citium] qui ne s'adressait pas aux femmes, mais aux paidika, selon Antigone de Caryste dans sa Vie de Zénon ; vous dites que les éromènes doivent être gardés jusqu'à 28 ans ; 564a : même dans les temps anciens on aimait les garçons, on appelait les éromènes "paidika" ; 564b : Aristote a dit que les érastes ne regardent que les yeux de leurs éromènes [fragment ne figurant pas dans les œuvres conservées] ; 564f : les éromènes des Stoïciens ont des mentons rasés ; 565e : vous appelez cinèdes ceux qui se parfument ; 565f : éromènes aux mentons et culs rasés ; 592f : Démosthène tomba amoureux d'un nommé Aristarque ; 601a : le poète Stésichore [vers -600] était immodérément adonné à l'érotique ; chansons appelées paidika ; les pratiques d'érotique étaient tellement actives, et personne ne considérait ces érotiques [ou érotistes ?] comme vulgaires, qu'un grand poète comme Eschyle, et aussi Sophocle, introduisirent le thème d'éros dans leurs tragédies -- le premier celui d'Achille et Patrocle [Myrmidons], le second celui des garçons dans Niobé, pièce que certains appellent Paidérastria ; 601c : Pindare était érotique sans mesure ; 601d : Théoxène de Ténédos était l'éromène de Pindare ; 601ef : beaucoup préfèrent l'amour des paidika aux liaisons féminines ; les Crétois et les Chalcidiens d'Eubée ont une passion pour les paidika ; Échémène dit dans son Histoire de Crète que c'est Minos qui enleva Ganymède ; 601f : Minos était l'éraste de Thésée [cité par Chateaubriand] et lui donna sa fille Phèdre en mariage, selon Zénis ou Zéneus de Chios ; 602ab : Jérôme de Rhodes [-290/-230] : ces amours de garçons [paidon érotas] se répandirent ; les érastes ne voulaient pas passer pour lâches aux yeux de leurs paidika ; légion sacrée organisée à Thèbes par Épaminondas [cité par Chateaubriand] ; Harmodios et Aristogiton ; éros de Chariton et Mélanippe [cité par E. Carpenter] ; Mélanippe était le paidika d'après Héraclite le Pontique dans Péri Érotikon ; 602d : mort de Cratinos et de son éraste Aristodémos ; les tyrans essayèrent d'abolir entièrement les amours des paidika [cité par J. Potter] ; 602f : la paiderastie passa de Crète en Grèce, selon Timée [vers -356/-260] ; d'autres déclarent que Laïos fut l'initiateur de ces amours [érotos ; cité par Forberg ; et par Chateaubriand : " Des savants, dans Athénée, examinent doctement quand l'amour pour les jeunes garçons commença. Les uns le font remonter à Jupiter, et les autres à Minos, qui devint amoureux de Thésée ; les autres à Laïus, qui enleva Chrysippe, fils de Pélops, son hôte. Hiéronyme, le péripatéticien loue cet amour et fait l'éloge de la légion de Thèbes ; Agnon l'académicien rapporte que chez les Spartiates il était licite à la jeunesse des deux sexes de se prostituer légalement avant le mariage. " (Études historiques, Cinquième discours, troisième partie "Mœurs des païens")] ; il devint amoureux de Chrysippe, fils de Pélops [cité par W. Becker] ; 603a : Praxilla de Sycyon [poétesse lyrique grecque ] dit que Chrysippe fut enlevé par Zeus [ou par Œdipe ?] ; bien que les Celtes aient de belles femmes, ils préfèrent les paidika [cité par Henri Estienne] ; ils dorment sur des peaux d'animaux avec deux éromènes ; le roi Alexandre était follement philopaide et épris de l'eunuque Bagoas ; 603d : [cf Ibycos]; 603e : Sophocle était philomeire [cité par Forberg et par André Gide, Corydon, IV], et Euripide philogyne ; 603f [cf Ion de Chios] ; 604c [cf Ion de Chios] ; 604de : Hiéronyme de Rhodes : anecdote du manteau de Sophocle ; 605a : Onomarque [stratège phocéen] était philopaide ; 609d : Charmos a été l'éraste d'Hippias.


XIV, 620ef : le récitant des poèmes de Sotades de Maronée est appelé cinédologue ; 638b : Amêtor d'Éleutherne fut le premier à jouer à la harpe des chansons érotiques ; 639a : poèmes érotiques pas différents de ceux de Sappho et d’Anacréon, d’après Cléarque.
XV, 670b : éros est un lien de certaines personnes portant des couronnes ; 670d : on mettait des couronnes aux portes des éromènes ; l'éromène est l'image d'éros ; 677d : Callixène de Rhodes, dans ses Livres d'Alexandrie, mentionne Hadrien et Antinoüs ; 692f : invocation d'Harmodios selon les Villageois d'Antiphane ; 695c : j’aimerais devenir une lyre portée par de beaux garçons ; 697de : chanson composée par Séleucus : je serai paidophile ; j'aimerais cela plutôt que de me marier, un garçon [pais] peut m'assister à la guerre ; 699c : paidomanie du tyran Agathoclès.


DIOGÈNE LAËRCE (début IIIe siècle), écrivain grec,



Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, ou Vies et doctrines des philosophes illustres, Collection Budé (incomplet), Loeb Classical Library, Classiques modernes ; Flammarion, collection GF ; Pochothèque (Le Livre de poche) : texte grec en ligne sur Perseus.

Montaigne cite plusieurs passages ; voir mon Index amoureux et philosophique. Nietzsche s'introduisit à la philosophie via Diogène Laërce. Voir l'entrée " Diogène Laërce " sur ma page Dictionnaire Nietzsche.

I (Prologue, les sept Sages, autres sages)

II (Les Socratiques ; en Pochothèque, traduction par Michel Narcy et Marie-Odile Goulet-Cazé),
19 : Socrate devint le paidika [παιδικὰ, garçon aimé] d'Archélaos, selon Aristoxène de Tarente [cf Porphyre, Histoire de la philosophie, 12 ; et Souda, articles paidika et Socrates] ;
23 : Ion de chios raconte que dans sa jeunesse Socrate visita Samos en compagnie d’Archélaos ;
31 : Socrate a méprisé la beauté d'Alcibiade [cf Platon, Symposium] ;
49 : Xénophon était l'éraste de Clinias, selon Aristippe ;
50 : Xénophon accusa Ménon de Pharsale d'être plus jeune que son paidika [cité par Wilhelm A. Becker] ;
76 : Aristippe hostile aux cinèdes ;
99 : le sage peut avoir des éromènes [aimés] ; le garçon et le jeune homme sont utiles pour faire l'amour, selon Théodore ;
105 : Phédon fut forcé de se prostituer [cf Aulu-Gelle, Nuits attiques, II, xviii, 3] ;

III (Platon ; en Pochothèque, traduction par Luc Brisson),
29 : Platon était épris [ἐρασθῆναι] d'un jeune homme [μειρακίου] nommé Aster ;
30 : fou d'amour [ἔρωτι] pour Dion ;
31 : épris [ἐρασθεὶςd'Alexis et de Phèdre [qui avait vingt ans de plus que Platon] ;
32 : il embrasse Agathon et lui transmet son âme ;
81 : selon lui, l'érotique pourrait être une quatrième sorte de philia [après l'affection familiale, l'amitié qui naît de la fréquentation, et celle qu'impose les devoirs d'hospitalité ; cf Aristote]. 

IV (Académiciens ; en Pochothèque, traduction par Tiziano Dorandi),
7 : Xénocrate de Chalcédoine dédaigna les avances de la courtisane Phryné ;
17 : Polémon accusé par sa femme d'avoir eu des rapports avec des jeunes gens ;
19 : comme le dit [Aristophane] raffinements de débauchés [καταπυγοσύνη] ; Aristippe dit que Polémon fut épris de lui [Sur la sensualité des Anciens, IV] ;
21 : Cratès fut l'élève et l'éromène de Polémon ;
22 : Arcésilas de Pitane fut l'éromène de Crantor ;
24 : Arcésilas épris de Crantor ;
29 : Crantor amoureux d'Arcésilas :
30 : ils vécurent ensemble ;
34 : Hémon de Chios disait que le sage ne saurait tomber amoureux ;
40 : Il aimait les jeunes gens et était ardent aux plaisirs ; Arcésilas fut appelé cinédologue par les élèves de Chios le stoïque ;
41 : Arcésilas particulièrement épris de Démétrios et de Cléochare ; de Cléochare étaient également épris Démocharès et Pythoclès ;
47 : on reproche à Bion de Borysthène [vers -325/vers -255] de n'avoir pas fait la conquête d'un certain jeune homme ;
49 : Bion disait de Socrate que s'il désirait Alcibiade et s'en abstenait, il était stupide, tandis que s'il ne le désirait pas, sa conduite n'avait pas de quoi surprendre.
Bion reprochait à Alcibiade d'avoir détourné les maris de leurs femmes, puis plus tard les femmes de leurs maris [cf Suétone sur ce que Curion disait de César ; cité par Jean-Luc Hennig] ;
53 : Bion avait coutume d'adopter des jeunes pour satisfaire son désir et pour être protégé par leur affection ;
54 : coucha avec son élève Bition.

En février 1727, l’avocat parisien Mathieu Marais évoquait un groupe d’amis, dont Damien Mitton et le chevalier de Méré, en commentant : « c'était comme une académie ».

V (Aristote et ses premiers successeurs ; en Pochothèque, traduction par Michel Narcy),
3 : Aristote aurait eu Hermias comme paidika ;
20 : à la question " Qu'est-ce qu'un ami ? " il répondait : " une seule âme en deux corps " ; demander pourquoi on recherche les beaux est une question d'aveugle [cf Stobée, Pièces choisies ou Éclogues, LXV, xiv] ;
31 : il considérait l'érotique comme une source d'amitié ; il disait qu'éros, ce n'est pas seulement coucher, mais aussi philosopher ;
39 : Théophraste aima Nicomaque, selon Aristippe ;
93 : Pancalos, le bien-aimé [ἐρώμενος] de Denys le Transfuge ;

VI (Antisthène et les Cyniques ; en Pochothèque, traduction par Marie-Odile Goulet-Cazé),
46 : Diogène de Sinope hostile aux garçons fardés ;
47 : Panneau " à vendre " sur la maison d'un débauché ; jeune homme [μειράκιον] qui se plaignait d'être importuné ;
58 : transformer les érastes [amants] du corps en érastes de la beauté de l'âme ;
80 : Diogène de Sinope aurait écrit une Érotique et un Ganymède ;
91 : Cratès frappa le derrière de Ménédème en demandant : " Asclépiade est là ? ". 

VII (Les Stoïciens ; en Pochothèque, traduction par Richard Goulet),
8 ; Réponse de Zénon de Citium à Antigone [de Caryste] : " Celui qui a le désir de la philosophie et repousse le plaisir, si largement célébré, qui effémine les âmes de certains jeunes gens, est manifestement enclin à la noblesse non seulement par nature mais aussi par choix délibéré. "
13 : Il recourait rarement aux services de jeunes esclaves ; une fois ou deux peut-être à ceux d'une jeune servante, afin de ne pas passer pour misogyne. [Cf Athénée, XIII, 563e].
17 : Zénon fut amoureux de Chrémonidès ;
18 : les philopaides perdent leur raison à force de passer leur temps avec les garçons ;
21 : À un bel homme qui disait qu'à son avis le sage ne devait pas éprouver de passion amoureuse, il dit : " Alors, rien ne sera plus misérable que votre condition, vous les beaux. "
113 : éros, désir qui ne vient pas aux sages [ou qui ne vise pas au bon motif] ;
130 : " L'amour est un effort pour se faire un ami à cause de la beauté qui se manifeste. " [Εἶναι δὲ τὸν ἔρωτα ἐπιβολὴν φιλοποιίας διὰ κάλλος ἐμφαινόμενον ; Cf Cicéron, Tusculanes, IV, xxxiv, 72]
166 : On dit qu'alors qu'il était enfant, Hérillos de Carthage [vers -260] trouva de nombreux érastes

VIII (Pythagore et pythagorisants ; en Pochothèque, traduction par Jean-François Balaudé et Luc Brisson) :
10 : on était païs [garçon] jusqu'à 20 ans selon Pythagore ;
60 : Pausanias [un médecin] était l'éromène d'Empédocle ;
71 : Pausianas aurait fait ériger un monument funéraire en l'honneur de son ami [φίλου] Empédocle ;
86 : certains disent qu'Eudoxe de Cnide était le paidika de Théomédon. 

IX (Héraclite, Xénophane, Éléates, Pyrrhon ; en Pochothèque, traduction par Jacques Brunschwig),
25 : Zénon d'Élée fut l'élève et le paidika de Parménide [cf Platon, Parménide, 127] ;
111 : Timon [de Phlionte] a écrit des poèmes cinédiques ;
113 : [Timon] avait la raillerie facile. 

X (Épicure ; en Pochothèque, traduction par Jean-François Balaudé) :
Lettre à Pythoclès : 5 ton retour charmant et divin ; 6 : Épictète l'appelle cinédologue [Entretiens, III, xxiv, 38] ;
Lettre à Ménécée : 132 : la jouissance des garçons et des femmes [ἀπολαύσεις παίδων καὶ γυναικῶν] n'engendre pas la vie de plaisir [τὸν ἡδὶν γεννᾷ βίον].


Pseudo-LUCIEN, IIIe-IVe siècle, satiriste grec,

Dans Lucien de Samosate, Œuvres, 1583, traduction Filbert Bretin.


Les Amours sur le site Remacle (traduction Eugène Talbot, 1912). Les Deux Éros (Amores), Traduction du grec par Roger Peyrefitte (Les Amours de Lucien de Samosate 1954 ; réédité dans La Muse garçonnière 1973). Loeb Classical Library, Lucian volume VIII, 1967. Texte grec :

4 : Théomneste : discussion comparative sur les philopaides et ceux qui aiment les femmes ;
5 : Lycinus annonce le récit d'une discussion entre deux mecs [andros] sur les deux sortes d'amour [récit du dialogue : 19-52] ; l'un prenait un plaisir excessif avec les paidika [garçons aimés], tandis que l'autre, ignorant de l'éros des mâles, était attiré par les femmes ;
9 : Kallicratide aimait les palestres seulement à cause de son éros pour les paidika ; sa misogynie lui faisait souvent maudire Prométhée ;
11 : Kallicratide aurait préféré voir l'Éros de Thespie [cité grecque de Béotie] plutôt que l'Aphrodite de Cnide [deux statues] ;
19 : Chariclès [jusqu'en 28] : Aphrodite, par ta grâce permet que les hommes restent masculins ;
20 : La luxure transgressa les lois de la nature. Un seul sexe entra dans un seul lit. Deux infâmes amants osèrent se regarder sans rougir de leurs actes et de leurs complaisances, et semant, comme on dit, parmi des pierres stériles, ils échangèrent contre un léger plaisir une éternelle honte [αὑτοὺς δ᾽ ἐν ἀλλήλοις ὁρῶντες οὔθ᾽ ἃ δρῶσιν οὔθ᾽ ἃ πάσχουσιν ᾐδοῦντο, κατὰ πετρῶν δέ, φασίν, ἀγόνων σπείροντες ὀλίγης ἡδονῆς ἀντικατηλλάξαντο μεγάλην ἀδοξίαν.].
22 : chez les animaux, les lois de la nature sont préservées ;
23 : argument des disciples de Socrate [cité par André-Jean Festugière] ;
24 : ce ne sont pas des philosophes, ceux qui appellent la beauté du corps, vertu de l'âme ;
25 : les services rendus par une femme sont supérieurs à ceux d'un paidika ;
27 : le garçon outragé n'a pas de plaisir [cité par Chateaubriand] ;
28 : si on accepte l'union [homilia] entre mâles, que les femmes aussi puissent s'aimer entre elles ;
30 : Kallicratide [jusqu'en 49] : Aphrodite, soit bienveillante, car nous aussi nous honorons ton fils, Éros ; 31 : l'éros des mâles est la seule activité qui combine plaisir et vertu ; nous sommes des étrangers isolés dans une terre étrangère [cité par John Boswell] ; cependant nous ne nous laisserons pas envahir par la peur et nous ne trahirons pas la vérité ; 33 : le mariage est un remède contre la nécessité, mais l'éros des mâles découle d'un esprit philosophique ; 35 : l'amour des femmes est nécessaire, mais celui des mâles est une invention supérieure, bien que plus récent ; 36 : l'amour le plus stable est celui des mâles ; 39 : laideur des femmes au réveil [cité par Chateaubriand] ; 44 : opposer aux maux associés aux femmes la vie masculine d'un garçon ; 45 : éducation philosophique et exercices du corps ; 46 : qui ne serait pas éraste [amant] d'un tel garçon ? ; 47 : l'amour était le médiateur de l'affection entre Oreste et Pylade [cf Pindare ; cité par Chateaubriand] ; Pylade se montra être plutôt l'éraste que l'éromène [aimé] ; 48 : avec le temps, il devient difficile de savoir qui est l'éraste de qui ; 49 : on devrait aimer les jeunes comme Alcibiade a été aimé par Socrate ;
51 : Théomneste : la paidérastie ne devrait être permise qu'aux sages ;
53 : Théomneste admire la solennité des discours suscités par cette paidérastie ; éros se fait une échelle de plaisir : vue, contact, baisers, caresses,
54 : Socrate était autant adonné à l'érotique que n'importe qui ; le plaisir était au service de l'amitié entre Achille et Patrocle ; cite Eschyle [fragment 136].


Voir aussi : Platon, Xénophon et Aristote

Martial et Juvénal

Augustin, et alii