dimanche 9 juillet 2017

DICTIONNAIRE NIETZSCHE 2017

Collection Bouquins chez Robert Laffont (32 €) paru en mars 2017 ; ouvrage dirigé par Dorian Astor. Environ 400 entrées classées alphabétiquement, 992 pages.




Face à un ouvrage d'une telle ambition, la première réaction est forcément positive ; ce n'est que progressivement que l'on en décèle les failles. Loin d'avoir un instrument qui nous présente et explique Nietzsche (ce qu'on attendrait d'un Dictionnaire), nous sommes confrontés à un bouquin accumulant les exercices de style, dont un exemple typique à gauche ; de plus, l'Essai d'autocritique y est signalé comme un écrit de 1886, sans indication de ce qu'il s'agit d'un ajout à La Naissance de la tragédie de 1872.


avec toutefois d'assez nombreuses et heureuses exceptions ; mais un ouvrage en manque d'un autre qui nous l'expliquerait...


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Forme
La typographie par colonnes est pénible à lire, surtout quand il y a dans le texte abondance de courtes citations et de références abrégées. De même la rubrique " Bibl. " sans retour à l'alinéa. Mais au moins y a-t-il un titre courant en haut de page, ce qui manque au Dictionnaire Nietzsche de Cécile Denat et Patrick Wotling (Paris : Ellipes 2013).

Les références des Fragments posthumes sont parfois incomplètes, par exemple col. 349b : M I 1, mais pas 18 ; ou parfois absentes.

Une erreur parmi d'autres : c. 435a : Généalogie de la morale III, § 8, et non II.

On peut regretter qu'ils n'y ait pas au moins quelques photos, que l'on trouvera sur la notice Nietzsche du wikipedia allemand.


Fond
Manque de pédagogie ; aucune entrée ne s'adresse véritablement aux débutants. C'est un Dictionnaire qui n'explique pas Nietzsche de façon abordable, mais requiert lui-même des explications, voire un Dictionnaire du Dictionnaire Nietzsche...
" Ce dictionnaire veut tout : exposer les points de départ, aider à lire, expliquer les conflits d’interprétations, s’adresser aux débutants, aux amateurs éclairés, aux spécialistes… Il s’applique à traiter des concepts de Nietzsche, des auteurs qu’il interprète, des amis qu’il fréquente tout autant que des manières dont on l’a compris ou non. Voilà qui fait beaucoup. Le résultat est utile, évidemment. Passionnant parfois, inégal toujours. " Roger-Pol Droit, lemonde.fr, 23 mars 17.
La pédagogie est présente, par contre, dans le Dictionnaire de Dénat et Wotling (2013).

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Failles et erreurs


Dans l'entrée " Athéisme " : l'insensé attribué à saint Anselme par Philippe Choulet est déjà dans l'ancien Testament (Psaumes, XIV, 1).

Dans l'entrée " Femme ", Éric Blondel traduit : " On ouvre un livre écrit par une femme et on soupire : 'Encore une cuisinière ratée !' ".

Plus précisément :
" On ouvre un livre de femme : — et bientôt on soupire "encore une cuisinière égarée ! " Fragments posthumes, 1885, 41[5] [August–September 1885 : " Man schlägt ein weibliches Buch auf: — und bald seufzt man „wieder eine verunglückte Köchin ! “ "]

Le bientôt (Bald) a son importance car il signifie un temps de lecture et exclut donc un rejet immédiat, a priori, par préjugé misogyne.

L'entrée " Hésiode " ne fait pas mention des " trois possibilités hésiodiques " (den drei Hesiodischen Möglichkeiten, fragments posthumes printemps 1871 - début 1872) relevées, après bien d'autres,  par Nietzsche. (cf ma page
https://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2011/11/lxii-penser-par-soi-meme-1.html)


UN BIAIS IDÉOLOGIQUE.

Je me demande bien ce qui permet à Juliette Chiche (" Croyance ") de conclure que selon Nietzsche, " l'incroyance est une croyance (GS, § 347) ". Faudrait-il nuancer l'athéisme de Nietzsche ?


L'entrée " Islam " ne prend pas en compte ces trois passages qui prouvent que Nietzsche n'était pas béat devant cette religion :
" Le mahométisme a à son tour appris du Christ : l'utilisation de l'au-delà comme instrument de punition. " (Fragments posthumes W II 5, printemps 1888, 14[204]) 
« Quel est tout ce que, plus tard, Mahomet prit au christianisme ? L'invention de Paul, son moyen de la tyrannie des prêtres, de la formation de troupeaux : la croyance en l'immortalité — cela s'appelle la doctrine du "Jugement". » (Antéchrist § 42) 
« Le "saint mensonge" est commun à Confucius, aux lois de Manou, à Mahomet, à l'Église chrétienne – : il ne manque pas chez Platon. "la vérité est là" : partout où l'on entend ça, cela signifie que le prêtre ment ... » (Antéchrist § 55)

Knabenliebe 

Les entrées "Amour" et "Sexualité" passent complètement sous silence les réflexions de Nietzsche sur l'amour grec (amour des garçons), ce qui n'est pas sans rapport avec l'absence d'une entrée "Diogène Laërce", auteur fort bavard sur la question.

Précautions et avertissements, peut-être compréhensibles pour une émission télévisée en prime time, surprennent chez des spécialistes, tels l'helléniste normalien Robert Flacelière (1904-1982) se préparant ainsi, en 1960,  à traiter de la pédérastie grecque :
« Si déplaisant que soit le sujet, il est impossible de le passer sous silence. » (L'amour en Grèce, Paris : Hachette, 1960). Avant lui, Pierre-Henri Larcher, annotateur d'Hérodote, écrivant en 1786 : « En voilà assez, et peut-être beaucoup trop, sur cette matière ».
Mais rien d'impossible dans ce Dictionnaire... Nietzsche utilisait notamment les termes Knabenliebe (3 occurrences selon la fonction search de nietzschesource.org) et Päderast* (12) ; on trouvera mes notes de lecture sur ses réflexions sur ma page

https://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2009/11/knabenliebe-petrone-dans-les-oeuvres-de.html


Autres entrées manquantes :

Aristote : 154 occurrences ; mais il y a une entrée sur le roi goth Ermanaric (3 occurrences).

Conviction (Überzeugung) (105 occurrences),

Humain, trop humain, IX " L'homme seul avec lui-même ", § 483 Ennemis de la vérité. Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges. [Feinde der Wahrheit. — Ueberzeugungen sind gefährlichere Feinde der Wahrheit, als Lügen.]
§ 629 De la conviction et de la justice. : on croit au fond que personne ne modifie ses opinions tant qu’elles lui sont profitables, ou du moins qu’elles ne lui font pas tort. Mais s’il en est ainsi, c’est mauvais signe pour la valeur intellectuelle de toutes les convictions.
§ 630 : Conviction = croyance d’être, sur un point quelconque de la connaissance, en possession de la vérité absolue.
L’homme à convictions n’est pas l’homme de la pensée scientifique.
Ce n’est pas la lutte des opinions qui a mis tant de violence dans l’histoire, mais la lutte des croyances dans les opinions [der Kampf des Glaubens an die Meinungen], c'est-à-dire des convictions.
§ 637 : Ce sont les passions qui donnent naissance aux opinions ; la paresse d’esprit les fige en convictions.

Le concept de conviction est  cependant abordé par Paolo d'Iorio à l'entrée " Humain, trop humain I et II ", cc.470b-471b.

Diogène Laërce (47 occurrences) :

L'aperçu de l'histoire de la philosophie grecque qu'offrent les Vies de Diogène Laërce s'accorde bien avec le goût de Nietzsche pour les vues d'ensemble et les évolutions sur de longues périodes. Esquisse de ce que pourrait contenir une telle entrée :

De Fontibus Diogenis Laertii (Sur les sources de Diogène Laërce) ; partie I: Rheinisches Museum 23,1868, pp.632-653 : partie II: RhM 24,1869, pp. 181-228 ; soit 78 pages.
Analecta Laertiana , RhM 25, 1870, pp. 217-231 ; soit 14 pages.
Projet de thèse (1870) abandonné : Beitrage zur Quellenkunde und Kritik des Laertius Diogenes (Contribution à  l'étude et la critique des sources de Diogène Laërce)
Il semble n'exister aucune traduction anglaise ou française de ces 92 pages.

Jonathan Barnes, " Nietzsche and Diogenes Laertius ", Nietzsche-Studien 15, 1986, pages 16-40. Article cité par Marie-Odile Goulet-Cazé dans l'Introduction générale de Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, Paris : LGF, 1999, collection Pochothèque.

Friedrich Nietzsche, Les Philosophes préplatoniciens.

Edition critique établie d'après les manuscrits et présentée par Paolo D'Iorio et Francesco Frontorotta, traduction par N. Ferrans, Paris : Éditions de l'Éclat, 1994.

Chronologia philosophorum, Par Francesco Fronterotta.

3. Valeur historique des sources.
3.3. Diogène Laërce

" Les études achevées et publiées par Nietzsche sur les sources de Diogène Laërce sont au nombre de trois :

La première, écrite sur les encouragements de Ritschl à l'occasion d'un prix universitaire à Leipzig, fut rédigée très rapidement entre la fin de l'année 1866 et l'été 1867, puis publiée dans [...] les Analecta et les Beiträge, qui peuvent être considérés comme une série d'appendices au premier écrit, furent publiées en 1870. (note 10 renvoyant à J. Barnes, 1986).
Dans le De fontibus, Nietzsche mène une recherche soignée sur les sources de Diogène Laërce et sur les modalités selon lesquelles il s'inspire de ses modèles et les utilise, et par conséquent sur la nature de l'oeuvre de Diogène Laërce dans son ensemble. Il conclut que l'auteur devait s'être servi, dans son travail, surtout de deux sources qui se détachent des autres par la quantité de citations qui en sont tirées : Dioclès de Magnésie, qui a vécu au Ier siècle avant J.C. ou à la fin du Ier Siècle après J.C., auteur de quelques Vies de philosophes (cité environ 29 fois) et Favorinus d'Arles, qui a vécu au IIe siècle après J.C. et auteur d'une Histoire variée et des Mémorables (cité environ 50 fois).
Mais très tôt, Nietzsche parvient à la conclusion que, des deux sources, Dioclès a la plus grande importance, au point qu'il affirme que " Laetius est Dioclis épitomé " (page 131, 7). C'est-à-dire que l'écrit de Diogène Laërce ne serait rien d'autre qu'un résumé des Vies des philosophes de Dioclès. Cette conclusion s'appuie sur plusieurs arguments.
En premier lieu, l'intégralité de la vie de Démocrite présentée par Diogène Laërce (IX, 34-39), à l'exception des cinq premières lignes, dépendrait exclusivement de Dioclès et c'est encore Dioclès qui serait la source principale des informations sur les Stoïciens au livre VII des Vies de Diogène Laërce et su l'épicurisme au livre X. En second lieu, dans la majeure partie des cas, l'utilisation des sources par Diogène Laërce correspondrait à celle de Dioclès, vis-à-vis de ses propres sources, comme dans le cas de Démétrus de Magnésie et de ses Homonymes, que, selon Nietzsche, Diogène Laërce ne connaissait qu'à travers la médiation de Dioclès. Enfin, la préface des Vies de Diogène Laërce serait tirée directement et intégralement de Dioclès.
En substance, Nietzsche pensait que Diogène Laërce était un poète, et qu'il se serait servi des Vies de Dioclès pour transmettre une sélection de ses épigrammes à la postérité. Il n'est pas possible, ici, de développer entièrement l'argumentation de Nietzsche ni de tenter d'en faire un contrôle exhaustif. On peut néanmoins proposer quelques observations générales.
En réalité, bien que Nietzsche s'efforce de démontrer le contraire, Dioclès semble bien n'être qu'une des sources des Vies de Diogène Laërce. En effet, à l'exception des renseignements sur les Stoïciens du livre VII, 48-83, aucun autre témoignage ne peut lui être attribué avec certitude ; par ailleurs, même la tentative pour reconstituer le rapport entre Dioclès et ses sources (afin de démontrer que les Vies de Laërce ne recourent à d'autres sources qu'à travers Dioclès, source principale), semble absolument sans espoir et aucun des arguments de Nietzsche n'est probant (en particulier, il n'y a aucune raison pour soutenir que les Vies de Diogène Laëce ne connaissaient Démétrius de Magnésie qu'à travers la médiation de Dioclès) ; enfin, même si l'on retenait l'hypothèse interprétative de Nietzsche dans son ensemble, seulement un peu plus de la moitié des Vies de Diogène Laërce pourrait être estimée dépendante de Dioclès.

4. L'analyse philologique des sources
Alors que dans les études sur Diogène Laërce, Sotion et Appolodore sont considérés par Nietzsche comme deux sources parmi d'autres, sans que leur soit donné un relief particulier, dans les Leçons sur les philosophes préplatoniciens et dans les Diadoché des philosophes, la position de Sotion et d'Apollodore devient au contraire emblématique.
[...]
De cette chronologie, Nietzsche se sert à des fins philosophiques et interprétatives bien précises. C'est seulement à condition de supposer un apprentissage de Parménide auprès d'Anaximandre qu'on peut, à son avis, expliquer l'ambivalence du poème parménidien et l'incompatibilité entre ses deux parties : l'une inaugurant la philosophie de l'être et du non-être, l'autre d'origine physico-cosmologique. Selon Nietzsche, il n'y a aucun rapport entre les deux : Paménide aurait conçu et professé deux philosophies différentes. "


Eros et les dérivés en erot- (64 occurrences). Mais il y a une entrée sur le roi goth Ermanaric (3)...

Essai d'autocritique : Ce texte ajouté en août 1886 au début de La Naissance de la tragédie à partir de l'esprit de la musique (janvier 1872) aurait mérité une entrée, ainsi qu'une mention dans la chronologie.

Maladie : la question de la nature du mal dont souffrit Nietzsche à partir de 1875 n'est pas abordée.

vendredi 12 mai 2017

RÈGLE DE TROIS OU RÈGLE DE SIX ?

" On me faisait de force ingurgiter l'algèbre :
On me liait au fond d'un Boisbertrand (1) funèbre;
On me tordait, depuis les ailes jusqu'au bec,
Sur l'affreux chevalet des X et des Y ;
Hélas! on me fourrait sous les os maxillaires
Le théorème orné de tous ses corollaires;
Et je me débattais, lugubre patient (2)
Du diviseur prêtant main-forte au quotient. "
Victor Hugo, Les Contemplations, 1856, livre I "Aurore", À propos d'Horace.
1. Bois-Bertrand (ici orthographié Boisbertrand) : auteur d'un manuel d'algèbre.2. Au sens fort de : victime des bourreaux.
 

   En juin 2011, notre ministre de l'Éducation Luc Chatel (maîtrise de sciences de gestion) buta sur cet exercice de niveau CM2 au micro de Jean-Jacques Bourdin (bac + 0) sur la station de radio RMC :

Je m'intéresse ici aux difficultés liées aux défauts de l'enseignement de cette discipline. Les difficultés intrinsèques aux mathématiques sont dues aux niveaux d'abstraction : passage des valeurs numériques à l'écriture littérale, des ensembles simples aux diverses structures (groupes, anneaux, corps, etc) et aux espaces nombreux et variées, de l'ensemble des entiers dits naturels  au corps  des complexes, etc.
Les lacunes sont plus gênantes que dans d'autres disciplines car beaucoup de notions sont étroitement interdépendantes. 
A / 10 objets identiques coûtent 22 € ; combien coûtent 15 de ces objets ?

La plupart des commentateurs ont invoqué la trop célèbre "règle de trois" ; le quotidien parisien Le Monde , dit de référence, proposa cette solution :

" Reprenons, monsieur Chatel. Dix objets coûtent 22 euros. Combien coûtent quinze de ces objets ?

Soit x le prix de quinze objets, ce qui donne :
x = (15 × 22)/10 = 33 "

   Cette minable "solution" médiatique, absolument dogmatique, qui n'explique pas pourquoi ces opérations sont faites, met en évidence la raison de nombreux échecs en maths, dont ceux des journalistes ... : soit :
- une pauvreté de vocabulaire, l'absence de souci du mot juste.
- la perte ou la négligence du sens des opérations courantes
- la méconnaissance de leurs propriétés.

Plus généralement, l'insuffisance des explications des concepts et des propriétés dans l'enseignement trop d'exercices, pas assez de cours), adjointe à une insuffisance d'étude et de réflexion de la part des élèves ; la question " On fait toujours comme ça ? " révèle la paresse de l'intelligence. Les exercices mal faits ayant l'inconvénient de renforcer les erreurs dans l'esprit des élèves.

Quant aux opérations courantes, elles sont au nombre de trois, et non de quatre, comme on le croit trop souvent. Suivent des exemples de mises au point et clarifications.


B / Les trois opérations basiques :
Addition ,+, somme de termes : effectif de la réunion de deux ensembles disjoints d'objets de même nature, ou augmentation (variation) d'une quantité ; propriétés : a + b = b + a ; a + (b + c) = (a + b) + c.
Multiplication, *, produit de facteurs : addition répétée : a + a + a + ... (n termes) = n*a ; Propriétés : a*b = b*a ; a*(b*c) = (a*b)*c
Par convention, lorsque l'un des facteurs est littéral, on omet le symbole * : 2*7 mais 2a (le nombre littéral est toujours second pour réduire les risques de confusion graphique avec a²) et cd. 
Propriété impliquant ces deux opérations :
Distributivité/factorisation : a(b + c) = ab + ac et xy + xz = x(y + z) 
L'égalité (relation d'équivalence) est symétrique, mais son écriture ne l'est pas ; d'où la nécessité de rappeler qu'on peut l'utiliser dans les deux sens (idem pour les identités dites remarquables).
Puissance, ^: multiplication répétée : a*a*a*a ... (n facteurs) = a^n, a puissance n, ou a exposant n. Noter que a^≠ b^a. 
Une équation est un problème posé à partir d'une égalité. Soustraction et division se ramènent facilement à l'addition et à la multiplication via les équations
Trouver x (différence) vérifiant l'égalité a + x = b et trouver y (quotient) vérifiant l'égalité  c*y = d, dont les solutions sont
x = b - a, et
y = d/c (pour c non nul).

La soustraction est toujours possible ; la division par zéro n'est pas possible (nombreux sont ceux qui ne savent pas pourquoi).

Méthode pour les soustractions simples :

Soit à calculer 62 - 28 :

On "monte" 28 jusqu'à 62 :
De 28 à 30 : 2
De 30 à 62 : 32
Donc de 28 à 62 : 34.
Par cette méthode plus naturelle on évite le recours à des retenues.

Les questions :

Trouver x tel que a^x = c

et x tel que x^b = c

sont moins simples ; il faut, sauf cas particulier simple, passer par les logarithmes et les puissances avec un exposant non entier (voire réel).

Applications de l'addition et de la multiplication : les moyennes (ou médiétés).

m, moyenne additive (ou arithmétique) de a et b est telle que
m + m = a + b ; on obtient la même somme en remplaçant chaque nombre par la moyenne.
Exemple : 5 est moyenne a de 2 et 8 car 5 + 5 = 2 + 8
Sur une règle graduée, le point marqué 5 est le milieu du segment défini par les points marqués 2 et 8.

g, moyenne multiplicative (ou géométrique) de a et b est telle que
m*m = a*b; on obtient le même produit en remplaçant chaque nombre par la moyenne.
Exemple : 4 est moyenne g de 2 et 8 car 4*4 = 2*8

Il existe d'autres moyennes :
harmonique : même inverse
1/h + 1/h = 1/a + 1/b

quadratique : même carré
g² + g² = a² + b², etc.

Caractérisation unifiante de la moyenne : le nombre qui mis à la place des deux autres donne le même résultat.

C / Comment bien traiter l'exercice de Bourdin ?

Il faut d'abord comprendre la question :

Dix objets coûtent ensemble 22 euros, ou Dix objets coûtent chacun 22 euros ? C'est la première version qui est la bonne, ce que la question aurait dû préciser.

   La solution intelligente consiste ensuite à remarquer que l'on a 5 objets supplémentaires, et que 5 étant la moitié de 10, ces 5 objets identiques coûtent évidemment la moitié du prix de 10 objets. Savoir que 2 multiplié par 5, ça fait 10, et qu'inversement 10, c'est 2 fois 5 n'est pas encore, je l'espère, au delà des capacités du Français moyen (même si cela dépassait alors celles du ministre Chatel).
10   22
15     x
devient
5     11
15     x
10 objets, 22 € ;
5 objets, 11 €
Donc, par addition
15 objets, 33 €
   La réponse de l'ex-ministre Luc Chatel était non seulement fausse, mais pas vraisemblable puisque pour lui 15 objets valaient moins cher que 10 !! Le ministre avait certes entrevu que le nombre 11 intervenait dans l'exercice, mais il fit une opération qui n'avait aucun sens, aucune logique, (15/10)*11 (= 16,50 €), au lieu de celle qui en avait, 3*11. Il chercha à appliquer une formule apprise par cœur des années auparavant, sans en connaître  la logique sous-jacente.


Dans ce genre d'exercices, il conviendrait de parler d'une règle de six plutôt que d'une règle de trois, car six nombres sont bien impliqués dans cette histoire :

10 et 22
5 et 11
15 et x, le nombre cherché, soit 33.

Ces six nombres peuvent s'installer dans un tableau de proportionnalité :
Nombre                 Prix 
10                           22
 5                            11
10 + 5, 15               x, 11 + 22, 33
   Ce n’est bien sûr pas la seule méthode possible. On peut ne pas passer par le nombre 5, et appliquer la méthode générale, ici détestable méthode de bourrin ..., en passant par le prix d’un seul objet, toujours dans un tableau à six nombres :
10 objets coûtent 22 €
1 objet coûte donc 2,2 € (dix fois moins, par proportionnalité)
15 objets coûtent quinze fois plus, soit 15*2,2 = 33 €
Ce qui revient à faire intervenir le coefficient de proportionnalité, soit 2,2, des nombres d'objets vers les prix ; mais dans un exercice aussi simple, on peut et on devrait faire l’économie de cette notion dont la dénomination est, de plus, archaïque et lourde (je propose multiplicateur) .

Cette deuxième méthode, générale, nécessite de plus le recours à une calculette si l'on n'est pas très bon en calcul mental, pour obtenir le résultat 15*(2,2) = 33. Mais dans tous les cas, il y a bien six nombres impliqués, donc bien mieux vaudrait de parler de "règle de six" ; notion hélas pas encore acceptée par les pédagogistes rédacteurs des programmes, ou alors de "règle des trois lignes" (et deux colonnes).


D / Traduire pour comprendre

La mésaventure du député Luc Chatel, illustre l’intérêt énorme qu’il y aurait à comprendre ce que l’on fait en maths, bien que la doctrine officielle reste centrée, non sur l'explication et la compréhension, mais sur la pratique et les apprentissages, s'acharnant par ailleurs à maintenir une terminologie désuète ; un collègue PEGC du Val d'Oise, à l'Isle-Adam, m'avait dit un jour :
« Il ne faut pas expliquer, car certains risqueraient de ne pas comprendre ; et les autres, ils s’en sortiront toujours. »
Contre cet obscurantisme politico-social, je retiens la surprise et le plaisir d’un élève de 4e, en ce même collège de L'Isle-Adam me disant, ravi :
« Je ne savais pas qu’il y avait des choses à comprendre en maths. »
Des enseignants se sont préoccupés de la clarté des questions, proposant de séparer données et questions proprement dites, évitant donc des questions du genre " Déterminer x et y tels que, étant donnés... "

On aura intérêt aussi à pratiquer des exercices de traduction des énoncés en langage mathématique vers le langage courant et inversement ; on connaît
Le carré de l’hypoténuse (1),
Est égal, si je ne m’abuse,
A la somme des carrés,
Des deux autres côtés. 
1. Terme grec (Platon, Timée) signifiant " qui sous-tend". L'hypoténuse est le plus grand des trois côtés d'un triangle rectangle.

En passant, voici une preuve par réarrangement de ce théorème (direct) de Pythagore :

Que la figure de gauche soit bien un carré se justifie par des considérations sur les angles aigus d'un triangle rectangle (ils sont complémentaires).

En langage mathématique : A, B et C étant trois points d'un espace euclidien,

AB  AC   AB² + AC² = BC²

Les exercices appliquant le théorème de Pythagore utilisent souvent les racines carrées, notion souvent mal comprise encore en seconde.


Les trois sens du signe "-"

le - notation d'un nombre négatif ; par exemple " -17 "
le - notation de l'opposé : -a opposé de a
le - notation de l'opération de soustraction : x - y

Seul le premier de ces trois sens est systématiquement associé à un nombre négatif.


De la règle des signes aux racines carrées :

a) Par définition de la multiplication des réels, on a la règle :

Le produit de deux nombres de même signe est positif, celui de deux nombres de signes contraires est négatifs.

Il en résulte que le carré d'un nombre, produit d'un nombre par lui-même, est positif. L'opposé d'un nombre a, noté -a, est tel que a + (-a) = 0.

Si a est positif, alors -a est négatif ; si a est négatif, alors -a est positif. -a ne désigne donc pas toujours un nombre négatif.

Un nombre a et son opposé -a ont le même carré.
a² = (-a)²

Application à la résolution de l'équation x² = C
Si C est négatif, il ne peut y avoir égalité entre le nombre positif x² et C. On dit alors que l'équation est impossible, qu'elle n'a pas de solutions, ou encore que l'ensemble des solutions est vide.
Si C est nul (= 0), alors la solution est x = 0.
Si C est positif, il y aura deux solutions ; par exemple, si C = 36, 6² = (-6)² = 36. Les solutions sont 6 et -6 ; l'ensemble des solutions est S = {-6, 6}.

-6 et 6 ont pour carré 36 ; on appelle par définition 36 le nombre positif qui a pour carré 36, soit 6.

Quelques défauts de notre enseignement

Trop d'interrogations orales inutiles, qui n'enseignent rien.
Trop d'exercices qui, mal faits, renforcent les défauts de méthodes.
Pas assez d'appels à la réflexion, trop de recherche d'automatismes. " Il ne faut pas être automatique " me dit un jour un élève qui venait de comprendre.

Les contrôles continus ont les défauts suivants :
fragmentent le cours en tranches vite révisées, vite oubliées
amalgament les fonctions d'enseignement et de contrôle alors que l'idéal serait qu'elles soient dissociées
sont trop fréquents et parfois arbitraires (cf la série PBLV)

Le soutien scolaire est mal conçu car
effectué par des gens peu formés, notamment les assistants d'éducation et les jeunes du service public
vise l'aide aux devoirs alors que l'étude et la mémorisation des leçons devrait passer avant, de toute évidence.
Bref, la notion d'instruction publique se perd davantage de jour en jour.


E /  Sur un blog rédactionnel du quotidien parisien Le Monde, Big Browser, on lisait en été 2012 :

« Mais il n’y a aucune preuve qui montre que quelqu’un capable de résoudre (x2 + y2)2 = (x2 – y2)2 + (2xy)2 aura des opinions politiques ou des analyses sociales plus développées. »
L'original américain était :
« But there’s no evidence that being able to prove (x² + y²)² = (x² - y²)² + (2xy)² leads to more credible political opinions or social analysis. »
Le retour à cet original est très fructueux car :

1) le pléonasme " preuve qui montre " ne s'y trouve pas ;

2) une identité remarquable (ici vraie pour tout couple de nombres réels (x, y), n'est pas une équation, donc elle ne se résout pas, elle se démontre, comme l'écrit Andrew Hacker ;

3) enfin, le New York Times dispose d'une typographie lui permettant de faire la différence entre le 2 de x² et celui de 2x (x +x), ce qui n'était pas encore le cas en 2012 du quotidien français dit "de référence", Le Monde.


Voir aussi :

DIVISION PAR ZÉRO









jeudi 11 mai 2017

ACTUALITÉS DE FRÉDÉRIC NIETZSCHE

Page réalisée pour la préparation d'un exposé fait
au Cercle Condorcet de Montluçon (CCM) le 11 mai 2017


A / ACTUALITÉ ÉDITORIALE DE FRÉDÉRIC NIETZSCHE
B / ACTUALITÉ DE LA PENSÉE DE CE PHILOSOPHE
C / MON INDEX


A / ACTUALITÉ ÉDITORIALE DE FRÉDÉRIC NIETZSCHE





Réédition 2002 (à gauche) de Grasset, 1991 (à droite).
Alain Finkielkraut ne se sentait pas assez philosophe pour participer à cet ouvrage (Répliques, 4 mars 2017). Ce livre s'appuie sur des extraits de Nietzsche mal traduits et mal interprétés.

* * * * *

Entrées du Dictionnaire Nietzsche de 2013

Affect, affect du commandement
Altruisme
Amor fati
Apollinien
Apparence (Schein)
Aristocratique, noble (vornehm)
Art (Kunst)
Bon Européen, Europe
Cause, causalité (Ursache, Ursächlichkeit)
Chose (Ding)
Civilisation
Concept (Begriff)
Connaissance (Erkenntnis)
Corps (Leib)
Culture
Dionysiaque
Égoïsme (Selbstsucht, Egoismus)
Élevage/dressage (Züchtung/Zähmung)
Esprit libre (freier Geist)
Éternel retour (ewige Wiederkehr)
Être (Sein)
Explication, expliquer (Erklärung, erklären)
Force (Kraft)
Gai savoir (fröhliche Wissenschaft, gaya scienza, gai saber), gaieté d’esprit (Heiterkeit)
Généalogie
Hérédité (Vererbung)
Hiérarchie (Rangordnung)
Histoire, histoire naturelle (Geschichte, Historie ; Naturgeschichte)
Inconditionné, absolu (unbedingt, absolut)
Instinct, pulsion (Trieb)
Interprétation (Auslegung, Interpretation)
Législateur, législation (Gesetzgeber, Gesetzgebung)
Matière (Materie, Stoff)
Morale
Nihilisme
Pathos, affect, sentiment de la distance Gefühl der Distanz)
Philologie
Philosophe
Pitié, compassion (Mitleid)
Plaisir/déplaisir, souffrance (Lust/Unlust, Leiden)
Renversement de toutes les valeurs (Umwerthung aller Werthe)
Ressentiment
Sens historique (historischer Sinn)
Soulèvement d’esclaves (Sklavenaufstand)
Spiritualisation (Vergeistigung)
Surhumain (Übermensch)
Type, typologie (Typus, Typenlehre)
Valeur, évaluation (Werth, Werthschätzung)
Vérité (Wahrheit)
Vie (Leben)
Volonté (Wille)
Volonté de puissance (Wille zur Macht)


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Bruxelles (Belgique) : Les Impressions Nouvelles, 2016.

Alain Jugnon, Nietzsche est la scène : " le nietzschéisme inscrit dans l'air du temps comme un poisson critique dans l'eau post-démocratique ".
Alain Jouffroy, Nietzsche fut mon compagnon de lecture 
Michel Surya, Ecce monstrum
Giuliano Campioni, Pour une nouvelle lecture de Nietzsche - La leçon de Mazzino Montinari et de son édition critique
Miguel Morey, Les danses du présent
Monique Dixsaut, Le dur service de la vérité : " qu'est-ce qui, chez Nietzsche, peut rendre un tel livre possible ? Son style et son refus de systématiser, ses diagnostics impitoyables et so anthropologie sans illusion (que l'époque actuelle confirme tous les jours, du moins pour qui ose la regarder en face) ? "
Bernard Stiegler, La grande bifurcation vers le néguanthropos - Exceptions et sélections dans la noodiversité

Paul Audi, Suis-je nietzschéen ?
Jean Maurel, Oui, sept fois oui
Hadrien Laroche, De l’œuvre d’art là où elle apparaît sans artiste - Art, vie, monde, souffrance - fête
Jean-Clet Martin, Nietzsche et le criminel
Frédéric Neyrat, Nietzsche et la relance métaphorique
Avital Ronell, Friedrich, ami d’une intello, malgré tout
Stefan Lorenz Sorgner, Nietzsche éducateur - D’Héraclite au transhumanisme : " Le projet du transhumanisme consiste à repousser les frontières actuelles de l'homme afin de favoriser une vie bonne. "
Philippe Beck, Comment ne pas être nietzschéen - Contre l'ambivalence d'une douleur
Jean-Luc Nancy, Wer bin ich [Qui suis-je] ?
Dorian Astor, Les monstres de courage et de curiosité

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Marseille : Agone, 2016, collection Banc d'essais.
I L'objectivité, la connaissance et le pouvoir.
II Remarques sur le problème de la vérité chez Nietzsche et sur Foucault lecteur de Nietzsche.



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LA TÉLÉOLOGIE À PARTIR DE KANT
Préface de Jean-Luc Nancy


" Ce volume réunit, pour la première fois en français, l’intégralité des travaux préparatoires de Friedrich Nietzsche, alors âgé de 24 ans, pour une thèse de doctorat sur Le concept de l’organique depuis Kant. À l’époque où il envisageait cette thèse, en 1868, Nietzsche achevait ses études à Leipzig et était déjà reconnu comme un spécialiste de la philologie classique. L’interruption de ses recherches par le service militaire obligatoire, son éloignement consécutif du milieu des philologues et les premières manifestations de la maladie, firent rejaillir sa vocation pour la pensée philosophique, concrétisée ici pour la toute première fois. Nous y découvrons une réflexion différente, moins connue que les thèmes les plus discutés, où Nietzsche fait non seulement preuve de sensibilité à l’égard de la tradition philosophique, mais s’intéresse aussi au débat scientifique de son temps. Imprégnés de ce dernier, ces écrits font transparaître une vision profondément matérialiste : l’organisme est une « pluralité » de « forces aveugles » qui combattent entre elles. Confirmées plus tard par ses lectures sur les mécaniques du développement – désormais appelées « embryologie expérimentale » –, ces thèses s’étendront au domaine de l’inorganique et fourniront la base du célèbre concept de « volonté de puissance ». "

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B / Après ce rapide survol de l'actualité éditoriale récente relative à Nietzsche, je voudrais souligner l'actualité de la pensée de ce philosophe ; actualité de la philosophie aussi, puisque, pour la première fois, nous avons, avec Macron, un président de la République philosophe.

Intoduction :

a) Sur la philosophie

b) Nietzsche : né en 1844 ; intellectuellement mort jeune (au début de sa 45e année), comme notre Pascal (décédé à 39 ans) ; les Fragments Posthumes sont analogues aux Pensées, la quantité en plus.



École d'élite Pforta, fondée en 1543 (actuel land de Saxe-Anhalt, au nord-est de l'Allemagne) : 1858-1864, avec une bourse d'études. 
1864-1865 : études de théologie et de philologie classique à l'université de Bonn.
1865-1869 : études de philologie classique à l'université de Leipzig. Publications sur Diogène Laërce.


Professeur de philologie à Bâle pendant 10 ans (1869-1879). Malade depuis au moins 1875.

Philologie : Discipline (correspondant à nos lettres classiques) qui vise à rechercher, à conserver et à interpréter les documents, généralement écrits et le plus souvent littéraires ou philosophiques, rédigés dans une langue donnée, et dont la tâche essentielle est d'établir une édition critique du texte. Pour Nietzsche, c'est surtout un art de bien lire. (Antéchrist, § 52)

Hiver 1869 : cours sur Les Travaux et les Jours d'Hésiode.

Nietzsche est donc venu à la philosophie par la philologie (ses travaux sur Diogène Laërce) ; pour Condorcet, c'était par les mathématiques ; dans les deux cas, à partir d'une formation scientifique.
" Un écrivain philosophique avec une formation poussée dans l'ordre de la pensée conceptuelle. " (Patrick Worling).

Œuvres philosophiques complètes : œuvres publiées de son vivant, œuvres posthumes, fragments posthumes (FP), correspondance.

Notamment 
1878 (mai) : Humain, trop humain Un livre pour esprits libres (dédicacé à Voltaire pour le 100e anniversaire de sa mort.
1879 (début mars) : Opinions et sentences mêlées (Hth 2)
1879  (mi-décembre) : Le Voyageur et son ombre (Hth 2)
1886 (septembre) : Par-delà bien et mal
1886 (août) : Essai d'autocritique, dans Naissance de la tragédie)
1887 (novembre) :  La Généalogie de la morale
Thèmes appartenant à notre actualité. Philosophie, socialisme, athéisme, fin de vie, journalisme, connaissance, science, nazisme.


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Philosophie :

Chez Nietzsche le concept d'esprit libre déborde le strict athéisme (s'applique aux religions, mais aussi aux doctrines socialistes et à la mentalité révolutionnaire). Reprise et dépassement de la devise des Lumières " penser par soi-même " (Voltaire, D'Alembert). L'esprit libre est ce que certains appellent un esprit fort.

Chez Condorcet aussi :
" Ni la constitution française, ni même la déclaration des droits, ne seront présentés à aucune classe des citoyens, comme des tables descendues du ciel, qu'il faut adorer et croire. " (Rapport et projet de décret sur l'organisation générale de l'instruction publique, 20-21 avril 1792).
La critique nietzschéenne de la foi religieuse est faite au nom de la logique (Dieu est " une hypothèse bien trop extrême ") mais aussi, dans le cas du christianisme, au nom de la valeur " vie ". Application pratique, son opinion sur la fin de vie :
Humain, trop humain I, 1878, II " Sur l'histoire des sentiments moraux ", § 80 Le vieillard et la mort : « Abstraction faite des exigences qu'imposent la religion, on doit bien se demander : pourquoi le fait d'attendre sa lente décrépitude jusqu'à la décomposition serait-il plus glorieux, pour un homme vieilli qui sent ses forces diminuer, que de se fixer lui-même un terme en pleine conscience ? Le suicide est dans ce cas un acte qui se présente tout naturellement et qui, étant une victoire de la raison, devrait en toute équité mériter le respect : et il le suscitait, en effet, en ces temps où les têtes de la philosophie grecque et les patriotes romains les plus braves mouraient d'habitude suicidés. Bien moins estimable est au contraire cette manie de se survivre jour après jour à l'aide de médecins anxieusement consultés et de régimes on ne peut plus pénibles, sans force pour se rapprocher vraiment du terme authentique de la vie. — Les religions sont riches en expédients pour éluder la nécessité du suicide : c'est par là qu'elle s'insinue flatteusement chez ceux qui sont épris de la vie. »
Le premier volume de Humain, trop humain Un livre pour esprits libres , dédié à Voltaire pour le centième anniversaire de sa mort (30 mai 1778).


Socialistes

Intérêt de sa critique des socialistes (culture insuffisante) pour comprendre la gauche française en crise. Pas assez d'importance accordée à l'instruction, à la culture (confondue avec le spectacle), aux sciences.

" Égalité de l'enseignement pour tous jusqu'à quinze ans ; la prédestination au lycée par les parents est une injustice. "
Le Voyageur et son ombre, 1879, § 263 : Le chemin de l’égalité.Quelques heures d’escalade en montagne font d’un coquin et d’un saint deux êtres passablement égaux. La fatigue est le plus court chemin pour aller à l’égalité et à la fraternité – et la liberté enfin nous est donnée de surcroît par le sommeil.
Le socialisme est fondé sur la résolution de poser les hommes égaux et d'être juste envers chacun. C'est la moralité la plus élevée (dans l'esprit de N. ce n'est pas un compliment), et le plus grand des mensonges. Cela relève de la décadence.
Victor Hugo : " Il est étrange qu'on oublie que la souveraineté véritable est celle de l'intelligence, qu'il faut avant tout éclairer les masses, et que quand le peuple sera intelligent, alors seulement le peuple sera souverain. " Littérature et philosophie mêlées, " Sur Mirabeau " (1834), VII.
Volonté de puissance = intensification de la volonté de vivre, trait de caractère fondamental des dominateurs, des esprits libres et forts. Moyen contre le socialisme : mener une vie sobre et modeste pour ne pas susciter l'envie.

Le socialisme vise à la destruction de la grande intelligence et de la forte individualité : intelligence et individualité correspondent à représentation et volonté (caractère) selon Schopenhauer.

Christianisme latent dans le socialisme [Dolléans]. Le socialiste cherche la raison de son malaise dans la société comme le chrétien la recherche dans ses fautes. Les socialistes en appellent aux instincts chrétiens, c'est leur plus fine habileté.


Les journalistes.

N. les critique depuis 1872 (28 ans).
La philosophie a de précieux d'enseigner le contraire de tout ce qui est journalistique : moment, opinions, mode. Cf André Gide, " J'appelle journalisme tout ce qui sera moins intéressant demain ".
Quiconque a de l'argent et de l'influence peut, de toute opinion, faire une opinion publique.
Le journalisme se substitue à la culture et l'information à l'instruction (à l'étude).
Œuvre de séduction du peuple poursuivie par les journalistes. Menues malhonnêtetés qui égarent l'opinion. Fausse alerte permanente qui détourne vers une fausse direction.

* * * * *

La presse a été mal vue par de nombreux auteurs, à commencer par Voltaire.
Marx : " On croirait jusqu'à présent que la formulation des mythes chrétiens dans l'Empire romain n'avait été possible que parce que l'imprimerie n'était pas encore inventée. C'est tout le contraire. la presse quotidienne et le télégraphe qui répand ses inventions en un clin d'œil dans tout le globe fabriquent plus de mythes en un jour qu'on ne pouvait en fabriquer autrefois en un siècle (et ces veaux de bourgeois les gobent et les diffusent). " (Lettre au médecin Ludwig Kugelman, 27 juillet 1871).
Jessica Abrahams et Brice Couturier proposent une déontologie :
1 / Être tout simplement compétents
2 / S’efforcer à la plus grande précision possible.
3 / Cesser de mêler à la relation des faits nos jugements de valeur.
4 / Veiller au pluralisme de l’information, améliorer la diversité d’opinion.
5 / Éviter toute connivence avec le milieu politique.

La connaissance, les sciences :

Pourquoi accéder à la connaissance ? Pourquoi pas plutôt se faire des illusions ?
« Platon [République IX, 580d] et Aristote [Métaphysique I, i, 980b] ont raison de considérer les joies de la connaissance comme le bien le plus désirable, – à supposer qu’ils veuillent exprimer là une expérience personnelle et non générale : car pour la plupart des gens, les joies de la connaissance comptent parmi les plus faibles et se situent bien au dessous des joies de la table. »
Préludes de la science : magie, alchimie et astrologie.

Origine des sciences :

Ces Grecs d'exception qui créèrent la science. Histoire la plus héroïque de l'esprit humain (cf le titre du mathématicien Jean Dieudonné). La pensée philosophique peut être décelée au cœur de toute pensée scientifique. Toutes les sciences reposent sur le fondement général du philosophe. Il n'y a pas de philosophie en a parte, coupée de la science. On pense pareillement ici et là.

Comme mathématicien, Thalès s'était fermé à tout ce qui est mystique ou allégorique. Répugnance pour le mythe.

Je sais si peu de choses des résultats de la science. Et pourtant ce peu me semble déjà inépuisablement riche pour éclairer l’obscur et pour la mise à l’écart des façons primitives de penser et d’agir.
" Vive la physique ! Et davantage encore ce qui nous y contraint – notre probité ! ". cf " Ce n'a été qu'avec beaucoup de peine que les Écoles ont enfin osé admettre une Physique qu'elles s'imaginaient être contraire à celle de Moïse. " D'Alembert.
Chaque pas en avant dans la connaissance résulte de la probité envers soi (honnêteté intellectuelle). 

La connaissance affaiblit  l'action, car l'action exige une part illusion (notamment l'action politique).

C'est sur la méthode que repose l'esprit scientifique ; les découvertes les plus précieuses, ce sont les méthodes. La coexistence pas trop méfiant / méfiant engendre la probité dans la République des savants.

Les sciences se sont ralliées à la philosophie d'Épicure (les atomes et le vide) et ont réfuté le christianisme. Religion et sciences vivent sur des astres différents. Là où l'être humain cesse de connaître, il commence à croire. Cf André Gide : " Cesse de croire et instruis-toi ".

La pensée philosophique est toujours sur les traces des choses les plus dignes d'être connues. La science moderne a pour but aussi peu de douleur que possible, une vie aussi longue que possible.

" L'homme à convictions n'est pas l'homme de la pensée scientifique ; plus de respect pour les savants ! À bas tous les partis ! "

Il y a un antagonisme entre les domaines scientifiques particuliers et la philosophie.
La philosophie, comme l'art, vise à donner le plus de profondeur et de sens possible à la vie et à l'action.
Dans les domaines scientifiques, on cherche la connaissance et rien de plus.


Éducation culture
Condorcet : « Tous les individus ne naissent pas avec des facultés égales […] En cherchant à faire apprendre davantage à ceux qui ont moins de facilité et de talent, loin de diminuer les effets de cette inégalité, on ne ferait que les augmenter. » (Nature et objet de l’instruction publique, 1791)
" En avril 1792, Condorcet présente au nom du Comité d'instruction publique de l'Assemblée législative un projet de réforme du système éducatif visant à créer un système hiérarchique d'instruction, dirigé et contrôlé de manière indépendante par les hommes de savoir qui agiraient comme gardiens des " Lumières " et qui garantiraient les libertés publiques. Les pirncipales dispositions du projet sont jugées contraires à l'égalité et à la vertu républicaines, on y voyait une tentative pour remplacer subrepticement la tyrannie institutionnelle des prêtres par celle d'une aristocratie de savants. Avec son système hiérarchique d'instruction couronné par un Institut national, la loi générale sur l'éducation, finalement adoptée par la Convention le 3 brumaire an III (25 octobre 1795), s'inspirait ouvertement de Condorcet.

La culture doit à la fois être transportée dans des cercles de plus en plus vastes, abandonner ses plus hautes prétentions à la souveraineté, et se soumettre comme une servante à la vie de l'État. (1872)


C / MON INDEX

dimanche 7 mai 2017

MES SUGGESTIONS DE RÉVISION (REFONTE) CONSTITUTIONNELLE

Réflexion en cours






PRÉAMBULE ET ARTICLE Ier

Nous avons un bloc de constitutionnalité actuellement en quatre morceaux disparates ; il faut préparer sa refonte en un texte unique supprimant la Déclaration de 1789 (et donc sa référence non laïque à un " Être suprême "), le Préambule de 1946 (sortant donc le mot "race" du bloc constitutionnel, ainsi que les alinéas caduques sur l'Union française) et la Charte de l'environnement de 2004, avec son paralysant "principe de précaution" (article 5).


PRÉAMBULE (nouveau)

Le peuple français proclame solennellement son attachement aux droits humains et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils sont définis à l'article 1er.




Par ailleurs notre Constitution (qui a près de 59 ans) est une des plus courtes et des plus vagues d'Europe continentale. Il faut la préciser en y intégrant les dispositions les plus importantes des lois organiques et de la jurisprudence du Conseil constitutionnel. Faire "remonter" aussi certaines dispositions législatives importantes, comme
« Le service public de l'enseignement supérieur est laïc et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l'objectivité du savoir ; il respecte la diversité des opinions. Il doit garantir à l'enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique. »
Loi du 26 janvier 1884, article 3, alinéa 1.
et
« Le territoire français est le patrimoine commun de la nation. […] »
Code de l’urbanisme, article L. 101-1 (ex L. 110), loi [socialiste !!] 83-8 du 7 janvier 1983.
qui méritent amplement d'être constitutionnalisées.




J'approuvais donc l'introduction de l'état d'urgence dans un nouvel article 36-1 C.. Ce projet de loi inabouti a souffert de son improvisation, et des zigzags sur la déchéance de nationalité (modification de l'article 34).  Dossier législatif.



Plusieurs dispositions modernisées de la Déclaration... et du Préambule de 1946 devront évidemment  être conservées à la suite des deux alinéas de l'article 1er de la Constitution de 1958 ; par exemple :

[Art. 3. -] Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu, nulle communauté, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

[Art. 5] La loi n'a le droit d'interdire que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas interdit par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.

[Art. 8] La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être sanctionné qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement à l'infraction, et légalement appliquée.

[Art. 10 et 11] Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. Tout citoyen peut parler, écrire, imprimer ou s'exprimer librement par tous moyens, notamment électroniques, sauf à répondre de l'abus manifeste de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

[Alinéa 4] Tout homme persécuté en raison de son action reconnue en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République française.

[Alinéa 5] Chaque citoyen a le droit d'adhérer au syndicat, parti politique ou association de son choix. 

[Alinéa 7] Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent et notamment dans le respect du principe de continuité des services publics.

* * * * *

La nouvelle Constitution devra notamment veiller à permettre la maîtrise de l'immigration par la fin de l'automaticité du regroupement familial (cf arrêt CE Gisti, 1978), et donc supprimer les dispositions des alinéas 5 et 10 du Préambule de 1946.



Laïcité : expliciter la définition de la laïcité selon les principes du titre Ier de la loi de décembre 1905 : liberté de conscience + libre exercice des cultes + séparation (financière, assortie de non-reconnaissance) des cultes et de la République (soit État + départements + communes + régions + collectivité territoriales).

Titre Ier : De la souveraineté

ARTICLE 2 NOUVEAU

Les alinéas 1, 4 et 5 sont ainsi modifiés :

" La langue de la République française est le français.

La devise de la République française est « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Son principe est : gouvernement du peuple français, par ce peuple et pour ce peuple. "


ARTICLE 3 NOUVEAU


" La souveraineté nationale appartient au peuple français qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. 


Aucune section du peuple français, aucune communauté, ni aucun individu, ne peut s'en attribuer l'exercice. 


Le suffrage peut être direct, ou simplement indirect par vote d'élus au suffrage direct, dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret. 


Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques. "


Ceci parce que "peuple français" est un concept juridique à valeur constitutionnelle selon le considérant 12 de la décision de 1991 91-290 DC du 9 mai 1991. Par ailleurs il conviendra de supprimer le "double indirect" pour l'élection des sénateurs (vote des délégués non élus).


Titre II : Le Président de la République



ARTICLE 6 NOUVEAU

Le Président de la République est élu pour sept ans  au suffrage universel direct.

Ce mandat n'est pas renouvelable.

[...]

Les autres modalités d'application du présent article sont fixées par une loi organique



ARTICLE 11.

La loi organique n°2013-1114 du 6 décembre 2013 portant application de l’article 11 nouveau de la Constitution, alinéas 3 et suivants de l'article 11 C. nouveau sur le référendum d'initiative partagée (parlementaire [185 parlementaires] et populaire [1/10 des inscrits soit environ 4 millions d'électeurs]), est entrée en vigueur le 1er janvier 2015.

Il en est de même de cet article 11 C. Cependant, la procédure fixée par les lois organique et ordinaire du 6 décembre 2013 (plus le décret en Conseil d'Etat le 11 décembre 2014 après avis de la CNIL du 20 novembre 2014) est bien trop compliquée et bien trop longue :
D : Dépôt de la proposition de loi
Transmission au Conseil constitutionnel (CC)
D + 1 mois : Vérifications dans un délai d'un mois et publication de la décision du CC au Journal officiel (JO) (P1)
D + 2 mois : Ouverture de la période de recueil des soutiens dans le mois suivant la publication P1
Période de recueil des soutiens : 9 mois
D + 11 mois : Déclaration du CC sur la validité des soutiens et publication au JO (P2)
Si la proposition de loi n'a pas été examinée au moins une fois par chacune des deux assemblées dans un délai de 6 mois à compter de la publication P2 au JO, alors
D + 18 mois : le Président de la République la soumet au référendum.

Titre IV : Le Parlement

ARTICLE 24 NOUVEAU


[3] " Les députés à l'Assemblée nationale, dont le nombre ne peut excéder trois cent quarante-huit, sont élus au suffrage direct. "


[4] " Le Sénat, dont le nombre de membres ne peut excéder trois cent quarante-huit, est élu au suffrage simplement indirect. Il assure la représentation des collectivités territoriales de la République. "


Suppression du "double indirect" pour l'élection des sénateurs (c'est-à-dire suppression du vote de délégués non élus arbitrairement choisis).



ARTICLE 45 NOUVEAU


[4] " Si la commission mixte ne parvient pas à l'adoption d'un texte commun sur un projet de loi, ou si ce texte n'est pas adopté dans les conditions prévues à l'alinéa précédent, le Gouvernement peut, après une nouvelle lecture par l'Assemblée nationale et par le Sénat, demander à l'Assemblée nationale de statuer définitivement. En ce cas, l'Assemblée nationale peut reprendre soit le texte élaboré par la commission mixte, soit le dernier texte voté par elle, modifié le cas échéant par un ou plusieurs des amendements adoptés par le Sénat. "

[5] " Si la commission mixte ne parvient pas à l'adoption d'un texte commun sur une proposition de loi, ou si ce texte n'est pas adopté dans les conditions prévues à l'alinéa précédent, le Gouvernement peut, après une nouvelle lecture par l'Assemblée nationale et par le Sénat, demander à l'assemblée à l'origine de cette proposition de loi de statuer définitivement. En ce cas, cette assemblée peut reprendre soit le texte élaboré par la commission mixte, soit le dernier texte voté par elle, modifié le cas échéant par un ou plusieurs des amendements adoptés par l'autre assemblée. "


Inscrire les modes de scrutin pour l'élection des assemblées dans la Constitution. Introduction d'une dose de proportionnelle aux législatives avec dissolution de l'Assemblée dans la foulée,

Mettre fin aux cumuls des mandats suivants : maire d'une ville de plus de 10 000 habitants, député, sénateur, ministre ou secrétaire d'État, député européen, président ou vice-président de Conseil départemental ou de Conseil régional.

Établissement d'une liste d'aptitude aux fonctions électives de maire d'une commune de plus de 50 000 habitants, de député, sénateur et député européen par l'Académie des sciences morales et politiques ; interdiction de se présenter à un mandat lorsque l'on est déjà titulaire d'une autre mandat non cumulable. Interdiction du vote par procuration des parlementaires. Vote de certaines lois en commissions. Allongement du temps de travail parlementaire (corrélatif du non-cumul); en 2016, les parlementaires ont été en vacances de fin juillet à fin septembre, et je ne pense pas que ce soit pour aider leurs parents à faire les foins, les récoltes, les moissons et les vendanges...

Allongement de cinq à six ans de la durée du mandat de député (pour l'aligner sur celui de sénateur), mais sans ré-éligibilité consécutive, ce qui permettrait que la deuxième partie du mandat soit épargné par le clientélisme à la recherche d'une ré-élection.

Retour à un seuil minimum de 30 députés pour la constitution d'un groupe dans chaque assemblée.


Titre VI : Des traités et accords internationaux

ARTICLE 54 NOUVEAU :


"Si le Conseil constitutionnel, saisi par le Président de la République, par le Premier ministre, par le président de l'une ou l'autre assemblée ou par cinquante députés ou cinquante sénateurs, a a déclaré qu'un engagement international comporte une clause contraire à la Constitution, l'autorisation de ratifier ou d'approuver l'engagement international en cause ne peut intervenir qu'après une révision constitutionnelle approuvée par référendum par le peuple français."

Ceci pour que les Français gardent la maîtrise des évolutions demandées par les traités européens.

ARTICLE 55 NOUVEAU


" Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l'autre partie. Ils peuvent (clause rebus sic stantibus) être dénoncés si les circonstances ayant présidé à leur ratification se sont significativement modifiées."

Ceci pour que les Français retrouvent la maîtrise de leur politique d'immigration et de leur politique pénale.


Titre VII : Le Conseil constitutionnel

Étendre de 12 à au moins 15 le nombre de membres du Conseil constitutionnel, étant donné l'important travail supplémentaire introduit par les questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) ; ceci afin de réduire les délais entre les recours et les décisions. Supprimer les membres à vie (anciens présidents de la République). Établir une limite d'âge à 65 ou 67 ans, et des conditions nécessaires de compétence politique ou juridique, pour les membres du Gouvernement, et pour les membres de ce Conseil constitutionnel. Ils pourraient être choisis sur une liste d'aptitude établies par une autorité indépendante déjà existante (Académie des Sciences morales et politiques, par exemple).

ARTICLE 62
[3] " Les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d'aucun recours. Elles s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles. "

Avec le développement de la juridiction constitutionnelle depuis la création des QPC, on peut se demander s'il ne faudrait pas créer un (au moins) niveau d'appel de ces décisions.

En judiciaire et administratif, on a bien trois niveaux (TGI, TA : CA, CAA ; CC, CE).


Titre IX : Le Conseil économique, social et environnemental

Suppression du Conseil économique, social et environnemental (articles 69 à 71 de la Constitution), qui sert surtout à recaser les copains, et de "machins" tels que l'Observatoire de l'équipement des foyers pour la réception de la télévision numérique.


Titre XII : Des Collectivités Territoriales


Outre-mer : 5 régions pour 2 millions d'habitants, chacune entre 200 000 (Mayotte) et 800 000 (La Réunion) habitants ; moyenne = 400 000.

France métropolitaine : 22 anciennes régions pour 66 millions d'habitants, chacune entre 300 000 (Corse) et 12 millions (Île-de-France) d'habitants ; moyenne = 3 millions.

13 nouvelles régions pour 66 millions d'habitants, chacune entre 300 000 (Corse) et 12 millions (Île-de-France) d'habitants ; moyenne = 5,1 millions; médiane = 4,9 millions.

Concernant l'outre-mer, il y a, ce me semble, une contradiction dans notre bloc de constitutionnalité. Alors que le Préambule de 1946 parle des " peuples d'outre-mer " (alinéa 16) ; - qu'il est question de plusieurs peuples dans le Préambule de 1958 (" En vertu de ces principes et de celui de la libre détermination des peuples, la République offre aux territoires d'outre-mer [...] ") ; - que " la Constitution de 1958 distingue le peuple français des peuples d'outre-mer auxquels est reconnu le droit à la libre détermination " (décision 91-290 DC du 9 Mai 1991, 12e considérant), l'article 72-3 de la Constitution, disposition ajoutée par l'article 8 de la loi constitutionnelle n° 2003-276 du 28 mars 2003, déclare " La République reconnaît, au sein du peuple français, les populations d'outre-mer ".

Or si "peuples d'outre-mer" il y avait, ils n'ont pu disparaître magiquement ni avec la dissolution de l'Union française en 1958, ni avec la réforme constitutionnelle de mars 2003..

Revenir sur cette lamentable aberration d'avoir fait de Mayotte le 101e département français.


Modifier l'article 72-4, alinéas 1er et 2, de la Constitution de 1958 en y introduisant les 2 modifications en gras et entre guillemets suivantes :

[1] " Aucun changement, pour tout ou partie de l'une des collectivités mentionnées au deuxième alinéa de l'article 72-3, de l'un vers l'autre des régimes prévus par les articles 73 et 74, ne peut intervenir sans que le consentement des électeurs de la collectivité ou de la partie de collectivité intéressée, « ainsi que celui des autres électeurs français, aient été préalablement recueillis », dans les conditions prévues à l'alinéa suivant. Ce changement de régime est décidé par une loi organique. "

[2] " Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal officiel, « consulte les autres électeurs français et » les électeurs d'une collectivité territoriale située outre-mer sur une question relative à l'organisation, aux compétences ou  au régime législatif de cette collectivité. Lorsque la consultation porte sur un changement prévu à l'alinéa précédent et est organisée sur proposition du Gouvernement, celui-ci fait, devant chaque Assemblée, une déclaration qui est suivie d'un débat « et d'un vote » ."


Titre XV : De l'Union européenne

ARTICLE 88-5 RÉTABLI


" Tout projet de loi autorisant la ratification d'un traité relatif à l'adhésion d'un État à l'Union européenne est soumis au référendum par le Président de la République. "

Article rétabli dans sa version du 1er mars 2005, sans le 2e alinéa du 23 juillet 2008 qui rendait facultatif ce référendum promis aux Français à la veille du référendum de mai 2005 (cette petite rouerie de Sarkozy n'avait pas marché).
 

Titre XVI : De la révision

ARTICLE 89 NOUVEAU :


"Il est ajouté à l'article 89 de la Constitution de 1958 un sixième alinéa ainsi rédigé :


Le quatrième et dernier alinéa de l'article 3 de la Constitution de 1958, qui déclare électeurs "tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques", ne peut faire l'objet d'une révision constitutionnelle. "

Ceci pour éviter l'introduction d'un vote des étrangers., ce qui serait contraire à la forme républicaine du Gouvernement, comme j'en ai fait la démonstration ; voir le § E de ma page.

Relativement au 5e alinéa-verrou, ni la Constitution ni la jurisprudence du Conseil constitutionnel (dans sa décision n° 92-312 DC du 2 septembre 1992, au considérant 19) n'explicitent ce qu'il faut entendre par forme républicaine du Gouvernement :

Si l'obligation de respecter cette forme signifiait l'interdiction de rétablir la monarchie ou l'empire, la limite imposée au pouvoir de révision serait faible car le risque d'un tel rétablissement est lui-même faible.

Si, en revanche, l'expression visait l'obligation de respecter tout ou grande partie des valeurs et principes fondamentaux qui donnent au régime sa « forme républicaine », par exemple, l'indivisibilité de la République, l'unicité du peuple français, la souveraineté nationale, la laïcité et l'égalité devant la loi, alors la liberté du pouvoir constituant se trouverait effectivement réduite, comme elle l'est par exemple en Allemagne, où certains articles de la Constitution ne peuvent faire l'objet de révision.