Il y a du malheur d'en être là que la meilleure touche de la vérité ce soit la multitude des croyants, en une presse où les fous surpassent de tant les sages en nombre III, xi, 1028 (1074)
Il y a plus affaire à interpréter les interprétations qu'à interpréter les choses, et plus de livres sur les livres que sur autre sujet : nous ne faisons que nous entregloser. Tout fourmille de commentaires ; d'auteurs, il en est grand cherté.
Le principal et plus fameux savoir de nos siècles, est-ce pas savoir entendre les savants ? Est-ce pas la fin commune et dernière de tous études? Nos opinions s'entent les unes sur les autres. La première sert de tige à la seconde, la seconde à la tierce. Nous échelons ainsi de degré en degré. Et advient de là que le plus haut monté a souvent plus d'honneur que de mérite; car il n'est monté que d'un grain sur les épaules du pénultime. [...] Notre contestation est verbale. Je demande que c'est que nature, volupté, cercle, et substitution. La question est de paroles, et se paye de même.III, xiii, 1069
Il y a tant de sortes de défauts en la vieillesse, tant d'impuissance II, viii, 393
Imagination fausse, plus jalouse de notre action que de notre science I, iii, 15
Impressions reçues par l'autorité des lois ou révérence de l'ancien usage II, xii, 439
Inanité, vanité et dénéantise de l'homme II, xii, 448
Inclination que j'ai à la modestie, à l'obéissance des croyances qui me sont prescrites, à une constante froideur et modération d'opinions, et la haine à cette arrogance importune et querelleuse, se croyant et fiant toute à soi, ennemie capitale de discipline et de vérité III, xiii, 1075
Incliner l’Histoire à leur fantaisie II, x, 417
Indiscrète et prodigieuse facilité des peuples à se laisser mener et manier la croyance et l'espérance III, x, 1013
Indifférence à plusieurs choses II, xiv, 611 ; xxxvii, 760
Indocile liberté de ce membre I, xxi, 102
(l')Institution a gagné cela sur moi, il est vrai que ce n'a point été sans quelque soin, que, sauf la bière, mon appétit est accommodable indifféremment à toutes choses de quoi on se paît I, xxvi, 166
Institution de ses enfants I, xx, 88
Institution née du roi Cyrus I, xlviii, 289
Institution que Xénophon prête aux Perses I, xxv, 141
Intellectuellement sensibles, sensiblement intellectuels III, xiii, 1107
Jacques Peletier me disait chez moi qu'il avait trouvé deux lignes s'acheminant l'une vers l'autre pour se joindre, qu'il vérifiait toutefois ne pouvoir jamais, jusques à l'infinité, arriver à se toucher [asymptotisme ; cf II, xiv, 611 : " deux lignes s'approchant sans cesse l'une de l'autre et ne se pouvant jamais joindre "] II, xii, 571
Jamais deux hommes ne jugèrent pareillement de même chose III, xiii, 1067
Jamais homme n'eût ses approches plus impertinemment génitales III, v, 890
Les Je
J'accuse mon impatience, et tiens premièrement qu'elle est également vicieuse en celui qui a droit comme en celui qui a tort: car c'est toujours une aigreur tyrannique de ne pouvoir souffrir une forme diverse à la sienne; et puis, qu'il n'est, à la vérité, point de plus grande fadaise, et plus constante, que de s'émouvoir et piquer des fadaises du monde, ni plus hétéroclite. III, viii, 928-929
J'accuse tout violence en l’éducation d’une âme tendre, qu'on dresse pour l'honneur et la liberté. Il y a je ne sais quoi de servile en la rigueur et en la contrainte; et tiens que ce qui ne se peut faire par la raison, et par prudence et adresse, ne se fait jamais par la force. II, viii, 389
Jacques [II de Bourbon], Roy de Naples et de Sicile, qui, beau, jeune et sain, se faisait porter par pays en civière, couché sur un méchant oreiller de plume III, iii, 827 (869)
J'ai lu en Tite-Live cent choses que tel n'y a pas lu. Plutarque en y a lu cent, outre ce que j'y ai su lire, et, à l'aventure, outre ce que l'auteur y avait mis. À d'aucuns c'est une pure étude grammairienne ; à d'autres, l'anatomie de la philosophie, en laquelle les plus abstruses parties de notre nature se pénètrent I, xxvi,156
J'aime des natures tempérées et moyennes. L'immodération vers le bien même, si elle ne m'offense, elle m'étonne et me met en peine de la baptiser. I, xxx, 197
J'aime l'allure poétique, à sauts et à gambades III, ix , 994
J'aime mieux forger mon âme que la meubler III, iii, 819
J'aimerais mieux m'entendre bien en moi qu'en Cicéron III, xiii, 1073
J'ai pris plaisir à publier en plusieurs lieux l'espérance que j'ai de Marie de Gournay le Jars, ma fille d'alliance : et certes aimée de moi beaucoup plus que paternellement, et enveloppée en ma retraite et solitude, comme l'une des meilleures parties de mon propre être. Je ne regarde plus qu'elle au monde II, xvii, 661
J'ai pris plaisir de voir en quelque lieu des hommes, par dévotion, faire vœu d'ignorance, comme de chasteté, de pauvreté, de pénitence. C'est aussi châtrer nos appétits désordonnés, d'émousser cette cupidité qui nous aiguillonne à l'étude des livres, et priver l'âme de cette complaisance voluptueuse qui nous chatouille par l'opinion de science. Et est richement accomplir le vœu de pauvreté, d'y joindre encore celle de l'esprit. Il ne nous faut guère de doctrine pour vivre à notre aise. III, xii, 1039
J'ai pu me mêler des charges publiques [maire de Bordeaux] sans me départir de moi de la largeur d'une ongle, et me donner à autrui sans m'ôter à moi II, x, 1007
J'ai un dictionnaire tout à part moi : je passe le temps, quand il est mauvais et incommode; quand il est bon, je ne le veux pas passer, je le retâte, je m'y tiens. Il faut courir le mauvais et se reassoir au bon. III, xiii, 1111
J’ai une façon rêveuse qui me retire à moi III, iii, 820
J'ai vu tel grand [Henri III ?] blesser la réputation de sa religion pour se montrer religieux outre tout exemple des hommes de sa sorte. J'aime des natures tempérées et moyennes. L'immodération vers le bien même, si elle ne m'offense, elle m'étonne et me met en peine de la baptiser II, xxx (xxix), 197 (203)
J’ajoute, mais je ne corrige pas III, ix, 963
J'apprends à craindre mon allure par tout, et m'attends à la régler III, xiii, 1074
J'aurai élancé quelque subtilité en écrivant I, x, 40
Je dis, comme ce même Épicure [cf Sénèque le Jeune, Lettres à Lucilius, xviii], qu'il ne faut pas tant regarder ce qu'on mange qu'avec qui on mange III, xiii, 1103
Je fais dire aux autres ce que je ne puis si bien dire, tantôt par faiblesse de mon langage, tantôt par faiblesse de mon sens II, x, 408
Je fus pelaudé [maltraité] à toutes mains III, xii, 1044
Je hais cet accidentel repentir que l’âge apporte III, ii, 815
Je hais toute sorte de tyrannie, et la parlière [Pierre Gassendi de " tyrannie des esprits " [tyrannis ingeniorum, Instancia III]. Voltaire évoquait une forme de tyrannie dans ces lignes :« On n'a jamais fait croire des sottises aux hommes que pour les soumettre. La fureur de dominer est de toutes les maladies de l'esprit humain la plus terrible. [...] Nous devons être jaloux des droits de notre raison comme de ceux de notre liberté. Car plus nous serons des êtres raisonnables, plus nous serons des êtres libres. [...] Le droit de dire et d'imprimer ce que nous pensons, est le droit de tout homme libre dont on ne saurait les priver sans exercer la tyrannie la plus odieuse. » (" Lettre XIII à l'occasion des miracles. Adressée par Mr. Covelle à ses chers Concitoyens ", in Collection des Lettres sur les Miracles écrites à Genève et à Neufchatel, 1767). Ernest Renan dénonçait la " tyrannie spirituelle " créée par le christianisme (cf L'Avenir religieux des sociétés modernes).], et l'effective III, viii, 931 (976)
Je laisse à part la grossière imposture des religions, de quoi tant de grandes nations et tant de suffisants personnages se sont vus enivrés : car cette partie étant hors de nos raisons humaines, il est plus excusable de s'y perdre, à qui n'y est extraordinairement éclairé par faveur divine II, xxiii (xxii), 111 (114)
Je m’étale entier II, vi, 379
Je me contredis bien à l'aventure [peut-être] ; mais la vérité, je ne la contredis point III, ii, 805 (845
Je m’étudie plus qu’autre sujet III, xiii, 1072
Je me désavoue sans cesse II, xvii, 635
Je me fais plus d’injure en mentant, que je n’en fais à celui de qui je mens II, xvii, 659
Je me regarde diversement II, i, 335
Je n’aime point à guérir le mal par le mal ; je hais les remèdes qui importunent plus que la maladie. D'être sujet à la colique et sujet à m'abstenir du plaisir de manger des huitres, ce sont deux maux pour un. Le mal nous pince d'un côté, la règle de l'autre. III, xiii, 1086 (1134)
Je n'ai pas plus fait mon livre que mon livre m'a fait, livre consubstantiel à son auteur, d'une occupation propre, membre de ma vie; non d'une occupation et fin tierce et étrangère comme tous autres livres II, xviii, 665
Je n’ai point autre passion qui me tienne en haleine III, v, 893
J'enchérirais volontiers sur Plutarque ; et dirais qu'il y a plus de distance de tel à tel homme qu'il n'y a de tel homme à telle bête : hem vir viro quid praestat [Térence, Eunuque, II, iii, 1 : " Ah, que l'homme peut être supérieur à l'homme ! "]. Et qu'il y a autant de degrés d’esprits qu'il y a d'ici au ciel de brasses, et autant innombrables I, xlii, 258-259 [Cf " Ce que je maintiens ordinairement, qu'il se trouve plus de différence de tel homme à tel homme que de tel animal à tel homme " II, xii, 466].
Je ne compte pas mes emprunts, je les pèse. Et si je les eusse voulu faire valoir par nombre, je m'en fusse chargé deux fois autant. Ils sont tous, ou fort peu s'en faut, de noms si fameux et anciens qu'ils me semblent se nommer assez sans moi. En raisons et inventions que je transplante en mon solage et confonds aux miennes, j'ai à escient omis parfois d'en marquer l'auteur, pour tenir en bride la témérité de ces sentences hâtives qui se jettent sur toute sorte d'écrits, notamment jeunes écrits d'hommes encore vivants, et en vulgaire, qui reçoit tout le monde à en parler et qui semble convaincre la conception et le dessein, vulgaire de même. Je veux qu'ils donnent une nasarde à Plutarque sur mon nez, et qu'ils s'échaudent à injurier Sénèque en moi II, x, 408
Je ne crois les miracles qu'en foi III, v, 855
Je ne dis les autres, sinon pour d'autant plus me dire I, xxvi, 148
Je ne dis pas que c'est bien dire, je dis que c'est bien penser. C'est la gaillardise de l'imagination qui élève et enfle les paroles III, v, 873
Je ne me persuade pas aisément qu'Épicure, Platon et Pythagore nous aient donné pour argent comptant leurs atomes, leurs idées et leurs nombres II, xii, 511
Je ne me trouve pas où je me cherche ; et me trouve plus par rencontre que par l'inquisition de mon jugement I, x, 40
Je ne peins pas l'être, je peins le passage [André Gide : " Les Allemands diraient : le werden "] III, ii, 805 (845)
Je me puis plus malaisément défaire de Plutarque. Il est si universel et si plein qu'à toutes occasions, et quelque sujet extravagant que vous ayez pris, il s'ingère à vôtre besogne et vous tend une main libérale et inépuisable de richesses et d'embellissements. Il m'en fait dépit d'être si fort exposé au pillage de ceux qui le hantent: je ne le puis si peu racointer [fréqueter à nouveau] que je n'en tire cuisse ou aile III, v, 875 (918)
Je ne suis pas philosophe III, ix, 950
Je ne suis plus en termes d'un grand changement, et de me jeter à un nouveau train et inusité. Non pas même vers l'augmentation. Il n'est plus temps de devenir autre. Et, comme je plaindrais quelque grande aventure, qui me tombât à cette heure entre mains, de ce qu'elle ne serait venue en temps que j'en pusse jouir,
Quo mihi fortuna[m], si non conceditur uti ? [Horace, Épîtres, I, v, 12 : à quoi bon la fortune s'il ne m'est pas accordé d'en jouir ?]je me plaindrais de même de quelque acquêt interne. Il vaut quasi mieux jamais que si tard devenir honnête homme, et bien entendu à vivre lorsqu'on n'a plus de vie. Moi qui m'en vais, résignerais facilement à quelqu'un qui vint, ce que j'apprends de prudence pour le commerce du monde. Moutarde après dîner. Je n'ai que faire du bien duquel je ne puis rien faire. À quoi la science à qui n'a plus de teste ? III, x, 1010 (1055)
Je ne veux pas priver la tromperie de son rang, ce serait mal entendre le monde ; je sais qu'elle a servi souvent profitablement, et qu'elle maintient et nourrit la plupart des vacations des hommes III, i, 795-796.
J'en vois qui se transforment et se transsubstantient en autant de nouvelles figures et de nouveaux êtres qu'ils entreprennent de charges, et qui se prélassent jusques au foie et aux intestins, et entraînent leur office jusques en leur garde-robe. III, x, 1011-1012
Je pense sentir II, xii, 541
Je porte en moi mes préservatifs, qui sont résolution et souffrance III, xii, 1048
Je propose une vie basse et sans lustre, c'est tout un. On attache aussi bien toute la philosophie morale à une vie populaire et privée que à une vie de plus riche étoffe : chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition III, ii, 805
Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages ; que je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche III, ix, 972 (1017)
Je sais bon gré à Jacques Amiot d'avoir laissé, dans le cours d'une oraison française, les noms latins tous entiers, sans les bigarrer et changer pour leur donner une cadence française I, xlvi, 177
Je sais qu'il y a une Médecine, une Jurisprudence, quatre parties en la Mathématique [c'est le quadrivium : arithmétique, musique, géométrie, astronomie], et grossièrement ce à quoi elles visent. Et à l'aventure encore sais-je la prétention des sciences en général au service de notre vie. Mais, d'y enfoncer plus avant, de m'être rongé les ongles à l'étude d'Aristote, monarque de la doctrine moderne, ou opiniâtré après quelque science, je ne l'ai jamais fait ; ni n'est art de quoi je susse peindre seulement les premiers linéaments. Et n'est enfant des classes moyennes, qui ne se puisse dire plus savant que moi, qui n'ai seulement pas de quoi l'examiner sur sa première leçon : au moins selon icelle. Et, si l'on m'y force, je suis contraint, assez ineptement, d'en tirer quelque matière de propos universel, sur quoi j'examine son jugement naturel : leçon qui leur est autant inconnue, comme à moi la leur. Je n'ai dressé commerce avec aucun livre solide, sinon Plutarque et Sénèque, où je puise comme les Danaïdes, remplissant et versant sans cesse. J'en attache quelque chose à ce papier; à moi, si peu que rien. L'Histoire, c'est plus mon gibier, ou la poésie, que j'aime d'une particulière inclination I, xxvi, 146
Je suis bien marri que nous n'ayons une douzaine de Laertius [Diogène Laërce], ou qu'il ne soit ou plus étendu ou plus entendu. Car je ne considère pas moins curieusement la fortune et la vie de ces grands précepteurs du monde, que la diversité de leurs dogmes et fantasies. [selon Pierre Villey, plus de 130 citations dans les Essais sont faites à partir de ce Diogène Laërce ; la note de Pléiade 2007 parle d'environ 140 emprunts] II, x, 416AB (437)
Je suis si affadi après la liberté, que qui me défendrait l'accès de quelque coin des Indes, j'en vivrais aucunement [un peu] plus mal à mon aise. III, xiii, 1072 (1119)
(Je) suis l'avis de saint Augustin, qu'il vaut mieux pencher vers le doute que vers l'assurance en choses de difficile preuve et dangereuse croyance. [Cité de Dieu, XIX, xviii : " Nous pouvons douter sans crainte de certaines choses qui ne nous sont connues ni par les sens ni par la raison, et sur lesquelles l'Écriture ne s'explique point. " (qua salua atque certa de quibusdam rebus, quas neque sensu neque ratione percepimus neque nobis per scripturam canonicam claruerunt nec per testes, quibus non credere absurdum est, in nostram notitiam peruenerunt, sine iusta reprehensione dubitamus.)] III, xi, 1032
Je suis lourd, et me tiens un peu au massif et au vraisemblable, évitant les reproches anciens : Majorem fidem homines adhibent iis quae non intelligunt. Cupidine humani ingenii libentius obscura creduntur. Je vois bien qu'on se courrouce, et me défend on d'en doubter, sur peine d'injures exeérables. Nouvelle façon de persuader. Pour Dieu merci, ma croyance ne se manie pas à coups de poing. Qu'ils gourmandent ceux qui accusent de fausseté leur opinion ; je ne l'accuse que de difficulté et de hardiesse, et condamne l'affirmation opposite, également avec eux sinon si impérieusement. Videantur sanè, ne affirmentur modo. Qui établit son discours par braverie et commandement montre que la raison y est faible. Pour une altercation verbale et scolastique, qu'ils aient autant d'apparence que leurs contradicteurs ; mais en la conséquence effective qu'ils en tirent, ceux-ci ont bien de l'avantage. À tuer les gens, il faut une clarté lumineuse et nette; et est notre vie trop réelle et essentielle pour garantir ces accidents surnaturels et fantastiques. Quant aux drogues et poisons, je les mets hors de mon compte: ce sont homicides, et de la pire espèce. Toutefois, en cela même on dit qu'il ne faut pas toujours s'arrêter à la propre confession de ces gens ici, car on leur a vu par fois s'accuser d'avoir tué des personnes qu'on trouvait saines et vivantes. En ces autres accusations extravagantes, je dirais volontiers que c'est bien assez qu'un homme, quelque recommandation qu'il ait, soit cru de ce qui est humain ; de ce qui est hors de sa conception et d'un effet surnaturel, il en doit être cru lors seulement qu'une approbation surnaturelle l'a autorisé. III, xi, 1031
Je suis moi-même la matière de mon livre Au lecteur, 3 [JJ Rousseau avait donc tort écrivant : " Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature, et cet homme, ce sera moi. " (Confessions, I)]
Je suivrai le bon parti jusques au feu, mais exclusivement si je puis III, i, 792 [Cf Nietzsche : « Nous ne nous laisserions pas brûler pour nos opinions : nous ne sommes pas si sûrs d'elles. Mais peut-être pour le droit d'avoir et de changer nos opinions. » Le Voyageur et son ombre (1879), § 333.
Je trouve plus aisé de porter une cuirasse toute sa vie qu'un pucelage III, v, 861
Je trouve plus de volupté à seulement voir le juste et doux mélange de deux jeunes beautés ou à le seulement considérer par fantaisie, qu'à faire moi-même le second d'un mélange triste et informe III, v, 895
J’étudiais, jeune, pour l’ostentation ; depuis, un peu, pour m’assagir III, iii, 829
Je veux être maître de moi, à tout sens III, v, 841
Je veux qu'on agisse, et qu'on allonge les offices de la vie tant qu'on peut, et que la mort me trouve plantant mes choux, mais nonchalant d'elle, et encore plus de mon jardin imparfait I, xx, 89
Je veux qu’on agisse I, xx, 89
Je voudrais aussi qu'on fut soigneux de lui choisir un conducteur qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine, et qu'on y requit tous les deux, mais plus les mœurs et l'entendement que la science; et qu'il se conduisit en sa charge d'une nouvelle manière. On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verserait dans un entonnoir, et notre charge ce n'est que redire ce qu'on nous a dit. Je voudrais qu'il corrigeât cette partie, et que, de belle arrivée, selon la portée de l'âme qu'il a en main, il commençât à la mettre sur la montre, lui faisant goûter les choses, les choisir et discerner d'elle-même : quelquefois lui ouvrant chemin, quelquefois le lui laissant ouvrir.
I, xxvi (xxv), 150 (155)
J'interprète toujours la mort par la vie II, xi, 425 (446)
Jeux des enfants ne sont pas jeux I, xxiii, 110
Jointure universelle de membres gâtés III, xii, 1047
Jouer dûment notre rôle III, x, 1011
J'ouïe journellement dire à des sots des mots non sots. Ils disent une bonne chose ; sachons jusques où ils la connaissent, voyons par où ils la tiennent. Nous les aidons à employer ce beau mot et cette belle raison qu'ils ne possèdent pas ; ils ne l'ont qu'en garde [Cela évoque la distinction entre le premier et le deuxième type hésiodien] III, viii, 937
Jouir, non posséder I, xlii, 262
(Le) Jugement tient chez moi un siège magistral, au moins il s'en efforce soigneusement III, xiii, 1074
La fortune m'a fait grand déplaisir d'interrompre la belle structure du Pont neuf de notre grand'ville et m'ôter l'espoir avant de mourir d'en voir en train l'usage. [travaux suspendus de 1588 à 1598] III, vi, 902
Laissons-là le peuple, qui ne se sent point, qui ne se juge point, qui laisse la plus grande part de ses facultés naturelles oisives II, xii, 501
Laissons l'entendement et la conscience vides I, xxv, 136
La plupart de nos vacations sont farcesques .Mundus universus exercet histrionam [Pétrone, fragment, cité par Juste Lipse, De la constance, I, 8] III, x, 1011
La plupart des choses du monde se font par elles-mêmes :
Fata uian inueniunt [Cf Virgile, Énéide, III, 395] III, viii, 933 (978)
La sagesse de ma leçon est en vérité, en liberté, en essence toute III, v, 887
La vieillesse a un peu besoin d'être traitée plus tendrement. Recommandons la à ce Dieu [Apollon ; cf Horace, Odes, I, xxxi, pour la citation qui suit, et clôt les Essais : " Accorde-moi, Latoïde (fils de Λητώ,
Latona), de jouir de ce que je possède, et que je puisse, je t’en supplie, l’esprit libre, ne point connaître une honteuse vieillesse et n’être pas privé de la cithare ! " (traduction Leconte de Lisle, 1873)], protecteur de santé et de sagesse, mais gaie et sociale III, xiii, 1116 (1166)
Folio 504 r°.
Lecture me sert spécialement à éveiller par divers objets mon discours, à embesogner mon jugement, non ma mémoire III, iii, 819
Lequel des deux on fasse, dit-il [Socrate sur " se marier ou non "], on s’en repentira [DL, II, § 33] III, v, 852
Le sage doit au-dedans retirer son âme de la presse, et la tenir en liberté et puissance de juger librement des choses I, xxiii, 118
Les sages ont plus à apprendre des fous que les fous des sages [Cf Plutarque, Vie de Caton le censeur, IV] III, viii, 922
Lésion énormissime. Chacune de mes pièces me fait également moi que tout autre. Et nulle autre ne me fait plus proprement homme que cette-ci III, v, 887
Les plus belles âmes sont celles qui ont plus de variété et de souplesse III, iii, 818
Les plus grossiers et plus lourds sont plus fermes et plus désirables aux exécutions amoureuses II, xii, 491
Le vivre est quelquefois constance et vaillance [cité par Julien Green] II, iii, 354
L’homme en tout et partout, n’est que rapiècement et bigarrure II, xx, 675
(De la) Liberté de conscience II, xix, 668-675 (706-710)
La liberté donc et gaillardise de ces esprits anciens produisait en la philosophie et sciences humaines plusieurs sectes d'opinions différentes, chacun entreprenant de juger et de choisir pour prendre parti II, xii, 560
Lieux étrangers (citations) III, xii, 1056
Limites de la vérité III, xiii, 1078
L’immodérée largesse est un moyen faible à leur acquérir bienveillance III, vi, 904
Logique, Physique, Géométrie, Rhétorique I, xxvi, 160
(Les) lois de la conscience, que nous disons naître de nature, naissent de la coutume : chacun ayant en vénération interne les opinions et mœurs approuvées et reçues autour de lui, ne s'en peut déprendre sans remords, ni s'y appliquer sans applaudissement. Quand ceux de Crète voulaient au temps passé maudire quelqu'un, ils priaient les dieux de l'engager en quelque mauvaise coutume. Mais le principal effet de sa puissance, c'est de nous saisir et empiéter de telle sorte, qu'à peine soit-il en nous de nous r'avoir de sa prise et de r'entrer en nous, pour discourir et raisonner de ses ordonnances I, xxiii, 115
Lois naturelles perdues II, xii, 580
(Les) Lois se maintiennent en crédit, non par ce qu'elles sont justes, mais par ce qu'elles sont lois. C'est le fondement mystique de leur autorité ; elles n'en ont point d'autre. Qui bien leur sert. Elles sont souvent faites par des sots, plus souvent par des gens qui, en haine d'égalité, ont faute d'équité : mais toujours par des hommes, auteurs vains et irrésolus. Il n'est rien si lourdement et largement fautif, que les lois, ni si ordinairement. Quiconque leur obéit parce qu'elles sont justes, ne leur obéit pas justement par où il doit III, xiii, 1072
Lourde ignorance et puérile de plusieurs choses communes III, iii, 820
Ma façon simple, naturelle et ordinaire Au lecteur
Ma fille (c'est tout ce que j'ai d'enfant) est en l'âge auquel les lois excusent les plus échauffées de se marier ; elle est d'une complexion tardive, mince et molle, et a été par sa mère élevée de même d'une forme retirée et particulière : si qu'elle ne commence encore qu'à se déniaiser de la naïveté de l'enfance. Elle lisait un livre français devant moi. Le mot de fouteau s'y rencontra, nom d'un arbre connu ; la femme qu'elle a pour sa conduite, l'arrêta tout court un peu rudement, et la fit passer par dessus ce mauvais pas. Je la laissai faire pour ne troubler leurs règles, car je ne m'empêche aucunement de ce gouvernement: la police féminine a un train mystérieux, il faut le leur quitter. Mais, si je ne me trompe, le commerce de vingt laquais n'eût su imprimer en sa fantaisie, de six mois, l'intelligence et usage et toutes les conséquences du son de ces syllabes scélérées [scélérates], comme fit cette bonne vieille par sa réprimande et interdiction. III, v, 856 (898-899)

Valesiana, page 118.
Maire et Montaigne ont toujours été deux III, x, 102
(la) Majesté divine s'est ainsi pour nous aucunement [dans une certaine mesure] laissé circonscrire aux limites corporelles : ses sacrements surnaturels et célestes ont des signes de notre terrestre condition ; son adoration s'exprime par offices et paroles sensibles : car c'est l'homme, qui croit et qui prie II, xii, 514-515
Maladie naturelle de l’esprit humain III, xiii, 1068
Ma maison a été de long temps ouverte aux gens de savoir, et en est fort connue : car mon père, qui l'a commandée cinquante ans et plus, échauffé de cette ardeur nouvelle de quoi le Roi François premier embrassa les lettres et les mit en crédit, rechercha avec grand soin et dépense l'accointance des hommes doctes, les recevant chez lui comme personnes saintes et ayant quelque particulière inspiration de sagesse divine, recueillant leurs sentences et leurs discours comme des oracles, et avec d'autant plus de révérence et de religion qu'il avait moins de loi d'en juger, car il n'avait aucune connaissance des lettres, non plus que ses prédécesseurs. Moi, je les aime bien, mais je ne les adore pas. Entre autres, Pierre Bunel, homme de grande réputation de savoir en son temps, ayant arrêté quelques jours à Montaigne en la compagnie de mon père avec d'autres hommes de sa sorte, lui fit présent, au déloger, d'un livre qui s'intitule Theologia naturalis sive liber creaturarum magistri Raymondi de Sabonde. II, xii, 438-439
Ma maîtresse forme, l’ignorance I, l, 302
Maniement réglé de notre âme (la sagesse) II, ii, 348
Manière de vivre des thons, on y remarque une singulière science de trois parties de la Mathématique. Quant à l'Astrologie, ils l'enseignent à l'homme; car ils s'arrêtent au lieu où le solstice d'hiver les surprend, et n'en bougent jusques à l'équinoxe ensuivant : voilà pourquoi Aristote même leur concède volontiers cette science. Quant à la Géométrie et Arithmétique, ils font toujours leur bande de figure cubique, carrée en tout sens, et en dressent un corps de bataillon solide, clos et environné tout à l'entour, à six faces toutes égales; puis nagent en cette ordonnance carrée, autant large derrière que devant, de façon que, qui en voit et conte un rang, il peut aisément nombrer toute la troupe, d'autant que le nombre de la profondeur est égal à la largeur, et la largeur à la longueur II, xii, 479-480
Ma philosophie est en action, en usage naturel et présent : peu en fantaisie III, v, 842
Mauvais moyens employés à bonne fin II, xxiii, 682 (719)
Mauvais prêcheur de commune II, xvii, 637
Me faire aimer II, viii, 393
Médiocrité II, xvii, 640
Méditer est un puissant étude et plein, à qui sait se tâter et employer vigoureusement III, iii, 819
Meilleure munition (la lecture) que j'aie trouvé à cet humain voyage III, iii, 828
Mélange triste III, v, 873
Membre inobédient et tyrannique (Platon, Timée, 91b) III, v, 859
Même nature qui roule son cours II, xii, 445
Mémoire des livres I, xxvi, 156
Mensonge historique II, x, 417
Mentir pire que la paillardise III, v, 846
(la) Mère nourrice des plus fausses opinions et publiques et particulières, c'est la trop bonne opinion que l’homme a de soi II, xvii, 634 (672)
Mer flottante des opinions d'un peuple ou d'un Prince (les lois de notre pays) II, xii, 579
Merveilleuse clarté, pour le jugement humain, (tirée) de la fréquentation du monde I, xvi, 157
Merveilleuse nature d'Alcibiade I, xxvi, 167
Mes mœurs sont naturelles; je n'ai point appelé à les bâtir le secours d'aucune discipline. Mais, toutes imbéciles qu'elles sont, quand l'envie m'a pris de les réciter, et que, pour les faire sortir en public un peu plus décemment, je me suis mis en devoir de les assister et de discours et d'exemples, ce a été merveille à moi même de les rencontrer, par cas d'aventure, conformes à tant d'exemples et discours philosophiques. De quel régiment était ma vie, je ne l'ai appris qu'après qu'elle est exploitée et employée. Nouvelle figure : un philosophe imprémédité et fortuit. Pour revenir à notre âme, ce que Platon a mis la raison au cerveau, l'ire au cœur et la cupidité au foie, il est vraisemblable que ç'a été plutôt une interprétation des mouvements de l'âme, qu'une division et séparation qu'il en ait voulu faire, comme d'un corps en plusieurs membres. Et la plus vraisemblable de leurs opinions est, que c'est toujours une âme qui, par sa faculté, ratiocine, se souvient, comprend, juge, désire et exerce toutes ses autres opérations, par divers instruments du corps (comme le nocher gouverne son navire selon l'expérience qu'il en a, ores tendant ou lâchant une corde, ores haussant l'antenne ou remuant l'aviron, par une seule puissance conduisant divers effets) ; et qu'elle loge au cerveau: ce qui appert de ce que les blessures et accidents qui touchent cette partie, offensent incontinent les facultés de l'âme II, xii, 546
Mesure de notre puissance II, xii, 502
Métier le plus difficile du monde, celui de roi III, vii
M'être rongé les ongles à l'étude d'Aristote I, xxvi, 146
Meubler la tête de science ; du jugement et de la vertu, peu de nouvelles I, xxv, 136
Me voici devenu Grammairien I, xlviii, 287
(comme) Michel de Montaigne, non comme grammairien ou poète ou jurisconsulte III, ii, 805
(notre fait et) Michel, qui nous touche encore de plus près que l'homme III ; ix, 952
Mine rébarbative (Buchanan, Martial) III, v, 844-5
Miroir de nos discours I, xxvi, 168
Misérable et chétive créature II, xii, 450
Moi le premier par mon être universel III, ii, 805
Moi qui ait tant adoré, et si universellement, cet αριστν μετρον [excellente médiocrité ; DL, I, § 93, Cléoboulos de Lindos] du temps passé
Folio 490 r°.
et ai pris pour la plus parfaite la moyenne mesure, prétendrais-je une démesurée et monstrueuse vieillesse ? III, xiii, 1102 (1151)
Moi qui suis Roi de la matière que je traite, et qui n'en dois conte à personne III, viii, 943
Mon ami, tu rêves III, v, 890
Monde n’est formé qu’à l’ostentation III, xii, 1037
Monde n’est que babil I, xxvi, 168
Monde n’est qu’une école d’inquisition III, viii
Mon métier et mon art, c’est vivre. Qui me défend d'en parler selon mon sens, expérience et usage, qu'il ordonne à l'architecte de parler des bâtiments non selon soi, mais selon son voisin ; selon la science d'un autre, non selon la sienne. II, vi, 379
Mon monde est failli, ma forme est vidée ; je suis tout du passé, et suis tenu de l'autoriser et d'y conformer mon issue III, x, 1010
Monstres ne le sont pas à Dieu II, xx, 713
Montre que nous faisons à cette heure de nos pièces en forme III, v, 859
(la) Mort est effroyable à Cicéron, désirable à Caton [d'Utique], indifférente à Socrate I, l, 302 (322)
(La) Mort est moins à craindre que rien, s'il y avait quelque chose de moins,
multo mortem minus ad nos esse putandum
Si minus esse potest quam quod nihil esse videmus [Lucrèce, III, 926-927]
.
Elle ne vous concerne ni mort ni vif : vif, parce que vous êtes : mort, par ce que vous n'êtes plus [cf DL, X, Épicure, Lettre à Ménécée, § 125 ; Cicéron, Tusculanes, I, xxxviii, 91-92 : Natura vero sic se sic habet, ut, quo modo initium nobis rerum omnium ortus noster adferat, sic exitum mors, ut nihil pertinuit ad nos ante ortum, sic nihil post mortem pertinebit. In quo quid potest esse mali, cum mors nec ad vivos pertineat nec ad mortuos ?, Tel est, en effet, l'ordre de la nature, que la mort nous amène la fin de tout, comme la naissance nous amène le commencement de tout. Comme rien ne nous regarde avant notre origine, rien ne nous regarde après notre mort. Dans cela, quel mal y a-t-il à craindre ? la mort n'ayant rien de commun avec les vivants.]. Nul ne meurt avant son heure. Ce que vous laissez de temps n'était non plus vôtre que celui qui s'est passé avant vôtre naissance : et ne vous touche non plus,
Respice enim quam nil ad nos ante acta vetustas
Temporis aeterni fuerit [Lucrèce, III]
.
Où que vôtre vie finisse, elle y est toute. L'utilité du vivre n'est pas en l'espace, elle est en l'usage: tel a vécu longtemps, qui a peu vécu: attendez vous y pendant que vous y êtes. Il gît en vôtre volonté, non au nombre des ans, que vous ayez assez vécu. I, xxi (xx), 95 (96)
Mots, qui amollissent et modèrent la témérité de nos propositions III, xi, 1030
Mourir, la plus grande besogne que nous ayons à faire II, vi, 371
(Mourir pour son opinion) I, xiv, 53 ; III, i, 792
Moutarde après dîner III, x, 1010
Mouvement d’ivrogne III, ix, 964
Mouvement d’un instant (la mort) I, xiv, 56
Mouvement inégal, irrégulier et multiforme (la vie) III, iii, 819
Mouvement qui ne parle II, xii, 454
Muret [Marc-Antoine Muret, 1526-1585 : cf Ménage, L'Anti-Baillet, chapitre LXXXIII] I, xxvi (xxv), 174 (180-181), 176 (184)
Naissance, nourrissement et augmentation de chaque chose est l'altération et corruption d'une autre (Lucrèce, De rerum natura, II, 753, et III, 517) I, xxii, 107
Nature a maternellement observé cela, que les actions qu'elle nous a enjointes pour notre besoin, nous fussent aussi voluptueuses III, xiii, 1107-1108
Nature nous a mis au monde libres et déliés ; nous nous emprisonnons en certains détroits III, ix, 973
Nature peut tout et fait tout. Les boiteux sont mal propres aux exercices du corps ; et aux exercices de l'esprit les âmes boiteuses ; les bâtardes et vulgaires sont indignes de la philosophie
I, xxv, 141 [
cf Pascal, l'esprit boiteux]
Nature s’est obligée à ne rien faire autre, qui ne fût dissemblable III, xiii, 1065
Ne m'est il pas advenu, non une fois, mais cent, mais mille, et tous les jours, d'avoir embrassé quelque autre chose à tous ces mêmes instruments, en cette même condition, que depuis j'ai jugée fausse ? II, xii, 563
Ne pouvant régler les événements, je me règle moi-même [repris par Descartes : " Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde… " Sartre : " À partir du moment où les possibilités que je considère ne sont pas rigoureusement engagées par mon action, je dois m'en désintéresser, parce qu'aucun Dieu, aucun dessein ne peut adapter le monde et ses possibles à ma volonté. Au fond, quand Descartes disait : " Se vaincre plutôt soi-même que le monde " il voulait dire la même chose : agir sans espoir. " (L'Existentialisme est un humanisme). Sartre pas foutu de citer exactement le Discours de la méthode !] II, xvii, 644
N'est enfant des classes moyennes, qui ne se puisse dire plus savant que moi I, xxvi, 146
(Nom étranger à la chose) II, xvi, 618
Noms si fameux et anciens qu'ils me semblent se nommer assez sans moi II, x, 408
Non plus que je ne regrette que ma durée ne soit aussi longue et entière que celle d'un chêne. Je n'ai point à me plaindre de mon imagination : j'ai eu peu de pensées en ma vie qui m'aient seulement interrompu le cours de mon sommeil, si elles n'ont été du désir, qui m'éveillât sans m'affliger. Je songe peu souvent ; et lors c'est des choses fantastiques et des chimères produites communément de pensées plaisantes, plutôt ridicules que tristes. III, xiii, 1098
Nos discours ont grande participation au hasard [Platon, Timée] I, xlvii, 286
Nos plus grands vices prennent leur pli de notre plus tendre enfance, et notre principal gouvernement est entre les mains des nourrices I, xxiii, 110
Notre contestation est verbale III, xiii, 1069
Notre devoir n’a d’autre règle que fortuite II, xii, 578
Notre esprit est un outil vagabond, dangereux et téméraire ; il est malaisé d'y joindre l'ordre et la mesure II, xii, 559
Notre fait et Michel III, ix, 952
Notre foi n’est pas notre acquêt, c’est un pur présent de la libéralité d’autrui II, xii, 500
Notre grand et glorieux chef d’œuvre c’est vivre à propos III, xiii, 1108
Notre intelligence se conduisant par la seule voie de la parole, celui qui la fausse trahit la société publique II, xviii, 666-667
Notre langage commun obscur et non intelligible en contrat III, xiii, 1066
Notre monde n’est formé qu’à l’ostentation III, xii, 1037
Notre monde vient d’en trouver un autre III, vi, 908
Notre parler a ses faiblesses II, xii, 527
Notre religion est faite pour extirper les vices ; elle les couvre, les nourrit, les incite II, xii, 444
Notre vérité de maintenant, ce n'est pas ce qui est, mais ce qui se persuade à autrui : comme nous appelons monnaie non celle qui est loyale seulement, mais la fausse aussi qui a mise. II, xviii, 666
Notre vie est partie en folie, partie en prudence III, v, 888
Notre vie n’est que mouvement [Aristote] III, xiii, 1095
Notre zèle fait merveilles, quand il va secondant notre pente vers la haine, la cruauté, l'ambition, l'avarice, la détraction, la rébellion. À contrepoil, vers la bonté, la bénignité, la tempérance, si, comme par miracle, quelque rare complexion ne l'y porte, il ne va ni de pied ni d'aile II, xii, 444
Les nous
Nous appelons agrandir notre nom, l'étendre et semer en plusieurs bouches ; nous voulons qu'il y soit reçu en bonne part et que cette sienne accroissance lui vienne à profit: voilà ce qu'il y peut avoir de plus excusable en ce dessein II, xvi, 626
Nous appelons contre nature ce qui advient contre la coutume : rien n'est que selon elle, quel qu'il soit. Que cette raison universelle et naturelle chasse de nous l'erreur et l'étonnement que la nouvelleté nous apporte. II, xxx, 713
Nous appelons sagesse la difficulté de nos humeurs, le dégoût des choses présentes. Mais, à la vérité, nous ne quittons pas tant les vices, comme nous les changeons, et, à mon opinion, en pis. Outre une sotte et caduque fierté, un babil ennuyeux, ces humeurs épineuses et inassociables, et la superstition, et un soin ridicule des richesses lors que l'usage en est perdu, j'y trouve plus d'envie, d'injustice et de malignité. Elle nous attache plus de rides en l'esprit qu'au visage; et ne se voit point d'âmes, ou fort rares, qui en vieillissant ne sentent à l'aigre et au moisi. L'homme marche entier vers son croît et vers son décroît. III, ii, 817
Nous avons en France plus de lois que le reste du monde ensemble, et plus qu'il n'en faudrait à régler tous les mondes d'Épicure III, xiii, 1066
Nous devons la justice aux hommes, et la grâce et la bénignité aux autres créatures qui en peuvent être capables. Il y a quelque commerce entre elles et nous, et quelque obligation mutuelle II, xi, 435.
Nous faudra-il chier en courant ? III, xiii, 1115
Nous […] laissons en arrière notre fait et Michel, qui nous touche encore de plus près que l’homme III, ix, 952
Nous n’allons pas, on nous emporte II, i, 333
Nous n’allons point, nous rodons plutôt, et tournoyons ça et là. Nous nous promenons sur nos pas III, vi, 907
Nous n’avons aucune communication à l’être II, xii, 601
Nous n'avons que du vent et de la fumée en partage. Les dieux ont la santé en essence, dit la philosophie, et la maladie en intelligence; l'homme, au rebours, possède ses biens par fantaisie, les maux en essence II, xii, 489
Nous ne goûtons rien de pur II, xx, 673
Nous ne saurions faillir à suivre nature III, xii, 1059
Nous ne savons pas distinguer la peau de la chemise. C'est assez de s'enfariner le visage, sans s'enfariner la poitrine. III, x, 1011-1012
Nous ne sommes pas seulement lâches à nous défendre de la piperie, mais [que] nous cherchons et convions à nous y enferrer. Nous aimons à nous embrouiller en la vanité, comme conforme à notre être. III, xi, 1027
Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes toujours au-delà. La crainte, le désir, l'espérance nous élancent vers l'avenir, et nous dérobent le sentiment et la considération de ce qui est, pour amuser à ce qui sera, voire quand nous ne serons plus. I, iii, 15
Nous pensons toujours ailleurs ; l’espérance d’une vie meilleure nous arrête et appuie, ou l’espérance de la valeur de nos enfants, ou la gloire future de nôtre nom III, iv, 834
Nous qui cherchons ici, au rebours, de former non un grammairien ou logicien, mais un gentilhomme I, xxvi, 169
Nous savons dire : Cicéron dit ainsi : voilà les mœurs de Platon ; ce sont les mots mêmes d'Aristote. Mais nous, que disons-nous nous-mêmes ? que jugeons-nous ? que faisons-nous ? I, xxv, 137
Nous sommes chrétiens à même titre que nous sommes ou périgourdins ou allemands II, xii, 445
Nous sommes, je ne sais comment, doubles en nous-mêmes, qui fait que ce que nous croyons, nous ne le croyons pas, et ne nous pouvons défaire de ce que nous condamnons. II, xvi, 619
Nous sommes partout vent III, xiii, 1107
Nous troublons la vie par le soin de la mort, et la mort par le soin de la vie III, xii, 1051
Nous veillons dormant, et veillant dormons. Je ne vois pas si clair dans le sommeil; mais, quand au veiller, je ne le trouve jamais assez pur et sans nuage. II, xii, 596
Pour juger des apparences que nous recevons des sujets, il nous faudrait un instrument judicatoire ; pour vérifier cet instrument, il nous y faut de la démonstration; pour vérifier la démonstration, un instrument : nous voilà au rouet II, xii, 601 (638)
Nulle connaissance de lettres ; nulle science de nombres ; nul nom de magistrat, ni de supériorité politique ; nul usage de service, de richesse ou de pauvreté ; nuls contrats ; nulles successions ; nuls partages ; nulles occupations qu'oisives ; nul respect I, xxxi, 206
Nulles propositions m'étonnent, nulle créance me blesse, quelque contrariété qu'elle ait à la mienne III, viii, 923
Nul vent fait pour celui qui n’a point de port destiné [Sénèque le Jeune, Lettres à Lucilius, LXXI : Ignorant, quem portum petat, nullus suus ventus est.] II, i, 337 (357)
Observations sur les moyens de faire la guerre de Jules César II, xxxiv, 736
Office de piété de tuer son père en certain âge I, xxiii, 114
O le furieux avantage que l'opportunité. Qui me demanderait la première partie en l'amour, je répondrais que c'est savoir prendre le temps ; la seconde de même, et encore la tierce : c'est un point qui peut tout III, v, 866 (908)
On dit communément que le plus juste partage que nature nous ait fait de ses grâces, c'est celui du sens : car il n'est aucun qui ne se contente de ce qu'elle lui en a distribué. N'est-ce pas raison ? Qui verrait au delà, il verrait au delà de sa vue. Je pense avoir les opinions bonnes et saines ; mais qui n'en croit autant des siennes ? [Cf Descartes, " Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que
ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n’ont point coutume d’en désirer
plus qu’ils en ont. " Discours de la méthode, I] II, xvii, 657
On dit bien vrai qu'un honnête homme c'est un homme mêlé III, ix, 986B
On me fait haïr les choses vraisemblables quand on me les plante pour infaillibles [Robert de Bonnières : " Saint-Évremond suivit en tout cas la pente naturelle de son esprit qui, comme Montaigne, le portait à « haïr les choses vraisemblables quand on les lui plantait pour infaillibles. » Il eut vers cette même époque la curiosité de voir Gassendi, le plus éclairé des philosophes et le moins présomptueux. Celui-ci se plaignit que la nature eût donné tant d'étendue à la Curiosité et des bornes si étroites à la Connaissance. Saint-Évremond commença d'admirer comment il était possible à homme sage de passer sa vie à des recherches inutiles. ". Préface à Saint-Évremond, Les Académiciens, édition Paris : Charavay Frères, 1879.] III, xi, 1030
On nous apprend à vivre quand la vie est passée I, xxvi, 163
Oser dire tout ce que j’ose faire, et me déplais des pensées mêmes impubliables III, v, 845
Ôter le masque aussi bien des choses, que des personnes I, xx, 96
Ô un ami ! III, ix, 981
Oyez dire métonymie I, li, 307
(le) Pape Boniface huitième entra, dit-on, en sa charge comme un renard, s'y porta comme un lion, et mourut comme un chien II, i, 332
(le) Pape Léon dixième, ayant été averti de la prise de Milan, qu'il avait extrêmement souhaitée, entra en tel excès de joie, que la fièvre l'en prit et en mourut I, ii, 14
Par divers moyens on arrive à pareille fin I, i, 7
Parler indifféremment de tout ce qui se présente à ma fantaisie I, xxvi, 146
Parler par tout, et pour et contre I, xlvii, 281.
(la) Parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui l'écoute III, xiii, 1088
Par raison, c’est au faible plutôt d’accepter de bon gré les oppositions qui le redressent et rhabillent III, viii, 925
Passage du gosier ou du nez empêché II, xii, 595
Passion pas simplement corporelle [l'amour] III, v, 885
Pastissages de lieux communs III, xii, 1056
Pastissages des premières lois II, xxxxvii, 766
(Peine du feu pour crime d’opinion) III, xi, 1028
Peintes et parées pour la montre publique II, xii, 485
Perpétuelle confession d’ignorance II, xii, 505
Personne n’est exempt de dire des fadaises. Le malheur est de les dire curieusement [avec componction]
Nae iste magno conatu magnas nugas dixerit [Térence, Héautontimoroumenos, 621 : Sûr, ce drôle s'efforcera de dire de grosses bêtises] III, i, 790 (829)
Péter à l’envi II, xii, 583
Péter d'une haleine et d'une obligation constante et irrémittente I, xxi, 103
Peu d'hommes ont été admirés par leurs domestiques III, ii, 808
Philosopher, c’est apprendre à mourir [cf Cicéron, Tusculanes, I, xxxi] I, xx (xix), 81 (82)
Philosophes nuisaient aux auditeurs (Ariston) I, xxv, 141
Philosophes ridicules I, xxv, 134 Et, quant aux philosophes retirés de toute occupation publique, ils ont eté aussi quelque fois, à la vérité, méprisés par la liberté Comique de leur temps, leurs opinions et façons les rendant ridicules.
Philosophie n'est qu'une poésie sophistiquée II, xii, 537
Philosophie ostentatrice et parlière I, xxxix, 248
la Philosophie ; elle a tant de visages et de variété, et a tant dit, que tous nos songes et rêveries s'y trouvent. L'humaine fantaisie ne peut rien concevoir en bien et en mal qui n'y soit. Nihil tam absurde dici potest quod non dicatur ab aliquo philosophorum [Cicéron, De divinatione, II, 119 ; repris par Pascal] II, xii, 546
Plaisir de connaître II, xii, 491
(Le) Plaisir est des principales espèces du profit, III, xiii, 1088
Platon, en ses lois [cf Lois, VII, 797b-c], n'estime peste du monde plus dommageable à sa cité, que de laisser prendre liberté à la jeunesse de changer en accoutrements, en gestes, en danses, en exercices et en chansons, d'une forme à autre: remuant son jugement tantôt en cette assiette, tantôt en cette là, courant après les nouveautés, honorant leurs inventeurs; par où les mœurs se corrompent, et toutes anciennes institutions viennent à dédain et à mépris. En toutes choses, sauf simplement aux mauvaises, la mutation est à craindre : la mutation des saisons, des vents, des vivres, des humeurs ; et nulles lois ne sont en leur vrai crédit, que celles auxquelles Dieu a donné quelque ancienne durée : de mode que personne ne sache leur naissance, ni qu'elles aient jamais été autres.
I, xliii (xliiii), 270 (292)
Platon est bien plus Socratique que Pythagorique III, xiii, 1107
Platon me semble avoir aimé cette forme de philosopher par dialogues, à escient, pour loger plus décemment en diverses bouches la diversité et variation de ses propres fantaisies II, xii, 509
Pli de notre plus tendre enfance I, xxiii, 110
Pluralité des mondes II, xii, 524
Plus d’arrêt et de règle en mes mœurs qu’en mon opinion II, xi, 428
Plusieurs choses nous semblent plus grandes par imagination que par effet II, vi, 372
Plus je me hante et me connais, plus ma difformité m'étonne III, xi, 1029
Points élevés de la philosophie III, ix, 989
Portion du glaneur III, ix, 953
Pour dire un mot de moi-même II, xi, 427
Pour dresser un bois courbe on le recourbe au rebours (Plutarque,
Comment distinguer le flatteur de l'ami) III, x, 1006
[Il existe une discussion marxiste sur ce sujet : " Le bâton courbé " par François RICCI, mon prof de philo en terminale au lycée Masséna de Nice. Résumé : " Quand un bâton est courbé dans un sens, il faut le courber dans l'autre sens ", cette idée que Althusser avait présentée dans sa Soutenance d'Amiens comme caractérisant le marxisme est déjà dans l'expérience cartésienne du doute et de la pensée. Si, pour forcer les idées à changer, il faut, selon Althusser, leur imposer une contre-force qui annule la première, ne va-t-on pas alors de courbure en contre-courbures et contre-contre-courbures, c'est-à-dire en déviations ? " Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Nice, Nice 1977, n° 32, pages 117-129.]
Pour frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui I, xxvi, 153
Pour moi donc, j’aime la vie et la cultive telle qu'il a plu à Dieu nous l'octroyer III, xiii, 1113
Pour moi, je sais bien dire : il fait méchamment cela, et vertueusement ceci III, x, 1003
Pourquoi ne mettons nous en doute si notre penser, notre agir, n'est pas un autre songer, et notre veiller quelque espèce de dormir ? II, xii, 596 [Cf Descartes, Méditations métaphysiques, Première méditation.]
Pourquoi non Aristote seulement, mais la plus part des philosophes ont affecté la difficulté, si ce n'est pour faire valoir la vanité du sujet et amuser la curiosité de notre Esprit, lui donnant où se paître, à ronger cet os creux et décharné? Clitomaque [de Carthage, vers -187/vers -110] affirmait n'avoir jamais su par les écrits de Carnéade entendre de quelle opinion il était. Pourquoi a évité aux siens Épicure la facilité et Héraclite en a été surnommé σκοτεινός. La difficulté est une monnaie que les savants emploient, comme les joueurs de passe-passe, pour ne découvrir la vanité de leur art II, xii, 508 (535-536)
Pourquoi plus longtemps et plus souvent on hantait les beaux : cette demande, dit-il [Aristote], n'appartient à être faite que par un aveugle III, xii, 1058
Pourquoi, sans nous émouvoir, rencontrons-nous quelqu'un qui ait le corps tordu et mal bâti, et ne pouvons souffrir la rencontre d'un esprit mal rangé sans nous mettre en colère ? [Cf Pascal, Pensées : " D’où vient qu’un boiteux ne nous irrite pas et un esprit boiteux nous irrite ? À cause qu’un boiteux reconnaît que nous allons droit et qu’un esprit boiteux dit que c’est nous qui boitons. Sans cela nous en aurions pitié, et non colère. ". Et Julien Green : « La bêtise a quelque chose d'aussi déplaisant que la laideur physique. Elle est tout aussi apparente. Il y a des hommes qui parlent comme des malades montreraient leurs plaies, et cela correspond à la même chose sur le plan de l'intelligence. » Journal intégral, 26 avril 1926.] III, viii, 929
Pouvons-nous pas dire qu'il n'y a rien en nous, pendant cette prison terrestre, purement ni corporel ni spirituel III, v, 892
Précepte de Platon qu'il faut colloquer les enfants non selon les facultés de leur père, mais selon les facultés de leur âme. Puisque la philosophie est celle qui nous instruit à vivre, et que l'enfance y a sa leçon, comme les autres âges, pourquoi ne la lui communique l'on ? I, xxvi, 163
Prêcher le premier passant III, viii, 958
Préméditation de la liberté I, xx, 87
Premiers discours de quoi on lui doit abreuver l'entendement I, xxvi, 159
Présomption II, xvii, 631 (669)
Présomption est notre maladie naturelle et originelle. La plus calamiteuse et frêle de toutes les créatures, c'est l'homme, et quant et quant la plus orgueilleuse. Elle se sent et se voit logée ici, parmi la bourbe et le fient du monde, attachée et clouée à la pire, plus morte et croupie partie de l'univers, au dernier étage du logis et le plus éloigné de la voûte céleste, avec les animaux de la pire condition des trois; et se va plantant par imagination au dessus du cercle de la Lune et ramenant le ciel sous ses pieds. C'est par la vanité de cette même imagination qu'il s'égale à Dieu, qu'il s'attribue les conditions divines, qu'il se trie soi même et sépare de la presse des autres créatures, taille les parts aux animaux ses confrères et compagnons, et leur distribue telle portion de facultés et de forces que bon lui semble. II, xii, 452
(la) Profession des Pyrrhoniens est, de branler, douter et enquérir, ne s'assurer de rien, de rien ne se répondre II, xii, 502 (529-530)
Publication de mes mœurs III, ix, 980
Pudicité est une belle vertu I, xxiii, 117
Puisque nous ne la pouvons aveindre (agripper, la grandeur), vengeons nous à en médire III, vii, 916
« Puis qu’on a franchi les barrières de l’impudence, il n’y a plus de bride »
[cf Tacite : " Si l'on a impunément passé outre aux défenses, il n'y a plus ni crainte ni honte. Si velis quod nondum vetitum est, timeas ne vetere. " Annales, livre III, chapitre 54.
Épictète (vers 50 / vers 135), Manuel, XXXIX : τοῦ γὰρ ἅπαξ ὑπὲρ τὸ μέτρον ὅρος οὐθείς ἐστιν. Une fois au delà de la mesure [ὑπὲρ τὸ μέτρον], il n'y a plus de limite [ὅρος]. " ; et le dicton :
" Quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limite. ", François Ponsard (L'Honneur et l'argent (1853), acte III, scène 5) ;
ensuite Paul Verlaine :
" Laissant la crainte de l'orgie
Et le scrupule au bon ermite,
Puisque quand la borne est franchie
Ponsard ne veut plus de limite. " Læti et Errabundi, Parallèlement, 1889.
Et enfin Pierre Dac...]
II, x, page 413 de l'édition de référence de Paris : PUF-Villey/Saulnier, 1965 ; même pagination pour l'édition en ligne du Montaigne project (University of Chicago), ainsi que pour l'édition en collection de poche Quadrige/PUF ; page 434 de l'édition Balsamo/Magnien en Pléiade.
Pythagore représenta la vérité de plus près, jugeant que la connaissance de cette cause première et être des êtres devait être indéfinie, sans prescription, sans déclaration ; que ce n'était autre chose que l'extrême effort de notre imagination vers la perfection, chacun en amplifiant l'idée selon sa capacité [Cité dans le Dictionnaire des athées, 1833, page 237] II, xii, 513 (542)
Pythagore a fait Dieu un esprit épandu par la nature de toutes choses d'où nos âmes sont détachées ; Parménide, un cercle entournant le ciel et maintenant le monde par l'ardeur de la lumière. Empédocle disait être des Dieux les quatre natures desquelles toutes choses sont faites ; Protagoras, n'avoir que dire, s'ils sont ou non, ou quels ils sont ; Démocrite, tantôt que les images et leurs circuitions sont Dieux, tantôt cette nature qui élance ces images, et puis notre science et intelligence [Cité dans le Dictionnaire des athées, 1833, page 237] II, xii, 515 (543)
Qu'a fait l'action génitale aux hommes, si naturelle, si nécessaire et si juste, pour n'en oser parler sans vergogne et pour l'exclure des propos sérieux et réglés ? Nous prononçons hardiment : tuer, dérober, trahir ; et cela, nous n'oserions qu'entre les dents ?
III, v, 847
Qualité inséparable des erreurs populaires III, x, 1013
Les quand
Quand il se présente à nous quelque doctrine nouvelle, nous avons grande occasion de nous en défier, et de considérer qu'avant qu'elle fut produite sa contraire était en vogue II, xii, 570
Quand je considère l'impression que ma rivière de Dordogne fait de mon temps vers la rive droite de sa descente, et qu'en vingt ans elle a tant gagné, et dérobé le fondement à plusieurs bâtiments, je vois bien que c'est une agitation extraordinaire : car, si elle fût toujours allée ce train, ou dût aller à l'avenir, la figure du monde serait renversée I, xxxi (xxx), 204 (209-210)
Quand je danse, je danse : quand je dors, je dors III, xiii, 1107
Quand je me joue à ma chatte, qui sait si elle passe son temps de moi plus que je ne fais d'elle II, xii, 452
Quand je pourrais me faire craindre, j’aimerais encore mieux me faire aimer II, viii, 393
Quant aux fonctions de l’âme, elles naissaient avec même progrès que celles du corps II, vi, 374
Quart d’heure de passion sans conséquence (la mort) III, xii, 1051
Que c’est que savoir II, xii, 449
Que l’enfance regarde devant elle, la vieillesse derrière III, v, 841
Quelque diversité d’herbes qu’il y ait, tout s’enveloppe sous le nom de salade
I, xlvi, 276
Quelque pointe de fierté et d’opiniâtreté à se tenir ainsi entier et découvert sans considération d’autrui II, xvii, 649
Que ne plaît-il un jour à nature nous ouvrir son sein et nous faire voir au propre les moyens et la conduite de ses mouvements, et y préparer nos yeux! O Dieu ! quels abus, quels mécomptes [déceptions] nous trouverions en notre pauvre science [cité par Chateaubriand, Génie du christianisme, IIIe partie, livre II " Philosophie ", chapitre 1 " Astronomie et mathématiques "] II, xii, 536 (566)
Que sais-je ? II, xii, 527 [Annonce la question kantienne " Que puis-je savoir ? " (Kant, Leçons de métaphysique) - " C'est plus tard que la formule du pyrrhonisme primitif fut : que sais-je ? Le dernier mot du pyrrhonisme primitif était : tout m'est égal. " Victor Brochard, Les Sceptiques grecs, I, iii, Paris : Imprimerie nationale, 1887.]
Qu'est-ce à dire ? Je ne l'entends pas, Il pourrait être, Est-il vrai ? III, xi, 1030
Qu'est-ce donc qui est véritablement? Ce qui est éternel, c'est à dire qui n'a jamais eu de naissance, ni n'aura jamais fin; à qui le temps n'apporte jamais aucune mutation. Car c'est chose mobile que le temps, et qui apparait comme en ombre, avec la matière coulante et fluente toujours, sans jamais demeurer stable ni permanente ; à qui appartiennent ces mots: devant et après, et a été ou sera, lesquels tout de prime face montrent évidemment que ce n'est pas chose qui soit: car ce serait grande sottise et fausseté toute apparente de dire que cela soit qui n'est pas encore en être, ou qui déjà a cessé d'être. Et quand à ces mots : présent, instant, maintenant, par lesquels il semble que principalement nous soutenons et fondons l'intelligence du temps, la raison le découvrant le détruit tout sur le champ: car elle le fend incontinent et le part en futur et en passé, comme le voulant voir nécessairement départi en deux. Autant en advient-il à la nature qui est mesurée, comme au temps qui la mesure. Car il n'y a non plus en elle rien qui demeure, ne qui soit subsistant; ains y sont toutes choses ou nées, ou naissantes, ou mourantes. Au moyen de quoi ce serait péché de dire de Dieu, qui est le seul qui est, qu'il fut ou il sera. Car ces termes là sont déclinaisons, passages ou vicissitudes de ce qui ne peut durer ni demeurer en être. Par quoi il faut conclure que Dieu seul est, non point selon aucune mesure du temps, mais selon une éternité immuable et immobile, non mesurée par temps, ni sujette à aucune déclinaison ; devant lequel rien n'est, ni ne sera après, ni plus nouveau ou plus récent, ains un réellement étant, qui, par un seul maintenant emplit le toujours ; et n'y a rien qui véritablement soit que lui seul, sans qu'on puisse dire : Il a été, ou: Il sera ; sans commencement et sans fin. A cette conclusion si religieuse d'un homme païen je veux joindre seulement ce mot d'un témoin de même condition, pour la fin de ce long et ennuyeux discours, qui me fournirait de matière sans fin :
O la vile chose, dit-il, et abjecte, que l'homme, s'il ne s'élève au dessus de l'humanité ! [Cf Sénèque le Jeune, Questions naturelles, Préface : " O quam contempta res est homo nisi supra humana se erexerit "] Voilà un bon mot et un utile désir, mais pareillement absurde. Car de faire la poignée plus grande que le poing, la brassée plus grande que le bras, et d'espérer enjamber plus que de l'étendue de nos jambes, cela est impossible et monstrueux. Ny que l'homme se monte au dessus de soi et de l'humanité : car il ne peut voir que de ses yeux, ni saisir que de ses prises. Il s'élèvera si Dieu lui preste extraordinairement la main ; il s'élèvera, abandonnant et renonçant à ses propres moyens, et se laissant hausser et soulever par les moyens purement célestes. C'est à notre foi Chrétienne, non à sa vertu Stoïque, de prétendre à cette divine et miraculeuse métamorphose. II, xii, 603-604 (641-642)
Qu'est-il plus vain que de vouloir deviner Dieu par nos analogies et conjectures : le régler, et le monde, à notre capacité et à nos lois ? et nous servir aux dépens de la divinité de ce petit échantillon de suffisance qu'il lui a plu départir à notre naturelle condition ? II, xii, 512-513 (541)
Questions douteuses, à débattre aux écoles I, lvi, 317
Qu'il lui fasse tout passer par l'étamine et ne loge rien en sa teste par simple autorité et à crédit; les principes d'Aristote ne lui soient principes, non plus que ceux des Stoïciens ou Épicuriens. Qu'on lui propose cette diversité de jugements: il choisira s'il peut, sinon il en demeurera en doute. Il n'y a que les fous certains et résolus.
Che non men che saper dubbiar m'aggrada [Dante, Enfer, XI, 93].
Car s'il embrasse les opinions de Xénophon et de Platon par son propre discours, ce ne seront plus les leurs, ce seront les siennes. Qui suit un autre, il ne suit rien. Il ne trouve rien, voire il ne cherche rien. Non sumus sub rege; sibi quisque se vindicet.[Sénèque, Lettres à Lucilius, XXXIII, 4]
Qu’il sache qu’il sait, au moins I, xxvi (xxv), 151 (156-157)
Qu’irions-nous présenter notre misère parmi cette allégresse ? III, v, 894
Les Qui
Qui a jamais cuidé [envisagé] avoir faute de sens ? Ce serait une proposition qui impliquerait en soi de la contradiction: c'est une maladie qui n'est jamais où elle se voit ; elle est bien tenace et forte, mais laquelle pourtant le premier rayon de la vue du patient perce et dissipe, comme le regard du soleil un brouillas opaque ; s'accuser serait s'excuser en ce sujet-là ; et se condamner, ce serait s'absoudre. Il ne fut jamais crocheteur ni femmelette qui ne pensât avoir assez de sens pour sa provision II, xvii, 656
Qui apprendrait les hommes à mourir, leur apprendrait à vivre I, xx, 90
Qui a pris de l'entendement en la logique ? où sont ses belles promesses ? III, viii, 926
Qui aura été une fois bien fol, ne sera nulle autre fois bien sage III, vi, 900 [commentaire de Nietzsche : " C’est à se gratter derrière l'oreille. "]
Quiconque cherche quelque chose, il en vient à ce point: ou qu'il dit qu'il l'a trouvée, ou qu'elle ne se peut trouver, ou qu'il en est encore en quête. Toute la philosophie est départie en ces trois genres II, xii, 502
Quiconque est cru de ses présuppositions, il est notre maître et notre Dieu II, xii, 540
Qui craint de souffrir, il souffre déjà de ce qu’il craint III, xiii, 1095
Qui fagoterait suffisamment un amas des âneries de l'humaine prudence, il dirait merveilles II, xii, 545
Qui n'arrête le partir n'a garde d'arrêter la course. Qui ne sait leur fermer la porte ne les chassera pas entrées. Qui ne peut venir à bout du commencement ne viendra pas à bout de la fin III, x, 1017
Qui ne sait combien est imperceptible le voisinage d'entre la folie avec les gaillardes [vigoureuses] élévations d’un esprit libre et les effets d'une vertu suprême et extraordinaire ?
II, xii, 492 (518)
Qui sait qu'une tierce opinion, d'ici à mille ans, ne renverse les deux précédentes?
Sic volvenda aetas commutat tempora rerum:
Quod fuit in pretio, fit nullo denique honore;
Porro aliud succedit, et è contemptibus exit,
Inque dies magis appetitur, florétque repertum
Laudibus, et miro est mortales inter honore. [Lucrèce, De rerum natura, livre V, 1276-1280] I, xii, 570
Qui suit un autre, il ne suit rien. Il ne trouve rien, voire il ne cherche rien. [cf Kant, " Ose te servir de ton propre entendement "] I, xxvi, 151
Quoi, si elle mange votre pain à la sauce d'une plus agréable imagination ? III, v, 883
Raisonner leur dire, et par ce moyen ils aiguisaient ensemble leur entendement et apprenaient le droit I, xxv, 142
(la) Reconnaissance de l’ignorance est l'un des plus beaux et plus sûrs témoignages de jugement que je trouve. II, x, 409
Règle des règles, et générale loi des lois, que chacun observe celles du lieu où il est I, xxiii, 118
Règle fortuite du devoir II, xii, 578
Remourir encore un coup, mais d’une mort plus vive II, vi, 377
(Renversement des reproches et arguments) III, viii
Ressemblance des enfants aux pères II, xxxvii, 758
Retenir à tout nos dents et nos griffes l'usage des plaisirs de la vie I, xxxix, 246
Rêveries d'homme qui n'a goûté des sciences que la croûte première, en son enfance, et n'en a retenu qu'un général et informe visage I, xxvi, 146
Rien si beau et légitime que de faire bien l'homme et dûment III, xiii, 1110
Rien ne m'est à digérer fâcheux en la vie de Socrate que ses extases et ses démonneries III, xiii, 1115
Rois et philosophes fientent, et les dames aussi III, xiii, 1085
Sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse I, xxv, 138
Sagesse de ma leçon III, v, 887
Sagesse gaie et civile III, v, 844
Saint Augustin allègue avoir vu quelqu'un, qui commandait à son derrière autant de pets qu'il en voulait : et que Vivès enchérit d'un autre exemple de son temps, de pets organisés, suivant le ton des voix qu'on leur prononçait, ne suppose non plus pure l'obéissance de ce membre. Car en est-il ordinairement de plus indiscret et tumultueux ? Joint que j'en connais un, si turbulent et revêche, qu'il y a quarante ans qu'il tient son maître à péter d'une haleine er d'une obligation constante et irrémittente, et le mène ainsi à la mort. [Cité de Dieu, XIV, 24] I, xxi (xx), 103 (105)
Saint Augustin, Origène et Hippocrate ont publié les erreurs de leurs opinions ; moi, encore, de mes mœurs. Je suis affamé de me faire connaître ; et ne me chaut à combien, pourvu que ce soit véritablement III, v, 847
Saint Augustin témoigne avoir vu, sur les reliques Saint Gervais et Protaise, à Milan, un enfant aveugle recouvrer la vue I, xxvii, 181
Sa leçon se fera tantôt par devis, tantôt par livres I, xxvi, 160
Sapere aude, incipe [Horace,
Épîtres, I, ii, 40 ; caractérisé par Kant (
Qu'est-ce que les Lumières ?) comme la devise des Lumières ; c'était aussi la devise de
Pierre Gassendi] I, xxvi (xxv), 159 (165)
Savants ne connaissent autre prix que de la doctrine II, xvii, 657
Savants que de la science présente, non de la passée, aussi peu que de la future I, xxv, 136
Savoir être à soi I, xxxix, 242
Savoir jouir loyalement de son être III, xiii, 1115
Savoir par cœur n’est pas savoir : c'est tenir ce qu'on a donné en garde à sa mémoire. Ce qu'on sait droitement, on en dispose, sans regarder au patron, sans tourner les yeux vers son livre. Fâcheuse suffisance, qu'une suffisance purement livresque! I, xxvi, 152
Sceptre et marotte III, viii, 927
Science de gueule I, li, 306
Science de l’inscience III, xii, 1057
Se connaître et savoir bien mourir et bien vivre I, xxvi (xxv), 159 (165)
Secousses diverses du doute et de la consultation II, xvii, 644
Se tenir ainsi entier et découvert sans considération d’autrui II, xvii, 649
S'étudier à soi III, iii, 819
Seul livre au monde de son espèce II, viii, 385
Les Si
Si, comme la vérité, le mensonge n’avait qu’un visage, nous serions en meilleurs termes. Car nous prendrions pour certain l'opposé de ce que dirait le menteur. Mais le revers de la vérité a cent mille figures et un champ indéfini I, ix, 37
Si j’avais à revivre, je revivrais comme j’ai vécu III, ii, 816
Si j’avais des enfants mâles, je leur désirasse volontiers ma fortune. Le bon père que Dieu me donna (qui n'a de moi que la reconnaissance de sa bonté, mais certes bien gaillarde) m'envoya dès le berceau nourrir à un pauvre village des siens, et m'y tint autant que je fus en nourrice, et encore au delà, me dressant à la plus basse et commune façon de vivre III, xiii, 1100
Si je durais à vivre long temps, je ne crois pas que je n'oubliasse mon nom propre, comme ont fait d'autres II, xvii, 651
Si j’étais du métier, je naturaliserais l'art autant comme ils artialisent la nature. III, v, 874
S'il y a plusieurs mondes, comme Démocrite, Épicure [DL, IX, § 45 et X, § 85] et presque toute la philosophie a pensé, que savons nous si les principes et les règles de celui-ci touchent pareillement les autres ? Ils ont à l'aventure autre visage et autre police. Épicure les imagine ou semblables ou dissemblables. II, xii, 525
Si nous tenions à Dieu par l'entremise d'une foi vive ; si nous tenions à Dieu par lui, non par nous ; si nous avions un pied et un fondement divin, les occasions humaines n'auraient pas le pouvoir de nous ébranler, comme elles ont II, xii, 441
Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en répondant : Parce que c'était lui ; parce que c'était moi. Il y a, au delà de tout mon discours, et de ce que j'en puis dire particulièrement, ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus, et par des rapports que nous entendions l'un de l'autre, qui faisaient en notre affection plus d'effort que ne porte la raison des rapports, je crois par quelque ordonnance du ciel : nous nous embrassions par nos noms. I, xxviii (xxvii) " De l'amitié ", 188 (195)
Si philosopher c'est douter, comme ils disent, à plus forte raison niaiser et fantastiquer, comme je fais, doit être douter. II, iii, 350
Si son compagnon a la colique, il semble qu'il l'ait aussi III, v, 844 [Cf la lettre de Mme de Sévigné à sa fille " J'ai mal à votre poitrine "]
Si vous êtes couard et qu'on vous honore pour un vaillant homme, est-ce de vous qu'on parle ? III, v, 847
Société publique n’a que faire de nos pensées ; mais le demeurant, comme nos actions, notre travail, nos fortunes et notre vie propre, il la faut prêter et abandonner à son service et aux opinions communes I, xxiii, 118
Socrate, d'où il était : pas d'Athènes mais du monde [Cicéron, Tusculanes, V, 37 ; Plutarque, De l'exil, IV] I, xxvi, 157
Socrate était homme ; et ne voulait ni être ni sembler autre chose III, v, 892
Socrate (propension au vice) II, xi
Socrates répondait à Alcibiade, s'étonnant comme il pouvait porter le continuel tintamarre de la tête de sa femme [DL, Vie..., II, § 36] III, xiii, 1082
Socrate ses extases et ses démoneries III, xiii, 1115
Socrate, va toujours demandant et émouvant la dispute, jamais l'arrêtant, jamais satisfaisant, et dit n'avoir autre science que la science de s'opposer. Homère, leur auteur, a planté également les fondements à toutes les sectes de philosophie, pour montrer combien il était indifférent par où nous allassions. II, xii, 509
(La) Solitude locale, à dire vérité, m'étend plutôt et m'élargit au dehors: je me jette aux affaires d'État et à l'univers plus volontiers quand je suis seul. III, iii, 823
Sollicitations mentales et manuelles I, xxi
Sonder jusqu’au-dedans II, i, 338
Songes valent mieux que discours II, xii, 568
Souvenance pleine, jugement creux I, xxv, 139
Souverain bonheur et félicité en laquelle le sage est logé par sa vertu II, xii, 593
Spectacle de la jeunesse pour les vieillards (Platon) III, v
(Style et expression de Montaigne) II, xvii
Subtilité sophistique de quelque syllogisme: le jambon fait boire, le boire désaltère, par quoi le jambon désaltère I, xxvi, 171
Subtilités aigües, insubstancielles II, xi
Subtilités épineuses de la Dialectique I, xxvi, 163
Suffisant lecteur I, xxiv
Suffisant théâtre l’un à l’autre I, xxxix, 247
Suivant l'institution de Socrate [DL, II, § 21] borner le cours de notre étude I, xxvi, 159
Suivre entièrement les façons et formes reçues I, xxiii, 118
Suivre le bon parti jusques au feu, mais exclusivement si je puis III, i, 792
Sujet merveilleusement vain, divers, et ondoyant I, i, 9
Les sujets ont divers lustres et diverses considérations : c'est de là que s'engendre principalement la diversité d'opinions. Une nation regarde un sujet par un visage, et s'arrête à celui-là ; l'autre, par un autre [Cité par Boudon, 2013] II, xii, 581 (616).
Superstition verbale III, v, 888
Supplice de l’adultère (Catulle) III, v, 864
Sur quel fondement de leur justice peuvent les dieux reconnaître et récompenser à l'homme, après sa mort, ses actions bonnes et vertueuses, puis que ce sont eux mêmes qui les ont acheminées et produites en lui ? II, xii, 520
Symptôme d’un siècle débordé III, ix, 946
Tel a été miraculeux au monde, auquel sa femme et son valet n'ont rien vu seulement de remarquable. Peu d'hommes ont été admirés par leurs domestiques III, ii, 808
Tel de ma connaissance s’est perdu III, v, 860
Telle ou telle sentence de Cicéron I, xxvi, 152
Tel se conduit bien qui ne conduit pas bien les autres et fait des Essais qui ne saurait faire des effets III, ix, 992
Témérité de nos propositions III, xi, 1030
Témoignage véritable I, xxxi, 205
Temps chose mobile II, xii, 603
Temps et argent (Sénèque) III, x
Temps médecin de nos souffrances III, iv, 836
Tenir à son devoir par la raison simple III, i, 792
Théorique et pratique I, xxv, 139
Tierce (espèce), des âmes réglées et fortes d'elles-mêmes
Toujours la variation soulage, dissout et dissipe III, iv, 836
Tourbe des écrivailleurs II, xxxii, 722
Tous jugements en gros sont lâches et imparfaits, III, viii, 943
Tout abrégé sur un bon livre est un sot abrégé III, viii, 939
Tout ce qui peut être fait un autre jour, le peut être aujourd'hui I, xx, 88
Toute cette fricassée que je barbouille ici n'est qu'un registre des essais de ma vie, qui est, pour l'interne santé, exemplaire assez à prendre l'instruction à contre-poil. III, xii, 1079
Toutes choses ont leur saison II, xxviii, 702-704 (738-740)
Toutes grandes mutations ébranlent l'État, et le désordonnent [Cf Montesquieu : « En général, les peuples sont très attachés à leurs coutumes ; les leur ôter violemment, c’est les rendre malheureux : il ne faut donc pas les changer, mais les engager à les changer eux-mêmes. ». De l'Esprit des Lois (1748), troisième partie, livre XIX, chapitre XIV.] III, ix, 958
Tout exemple cloche III, xiii, 1070
Tout homme peut dire véritablement III, viii, 928
Tout licencieux qu’on me tient, j'ai en vérité plus sévèrement observé les lois de mariage que je n'avais ni promis ni espéré. Il n'est plus temps de regimber quand on s'est laissé entraver. Il faut prudemment ménager sa liberté ; mais depuis qu'on s'est soumis à l'obligation, il s'y faut tenir sous les lois du devoir commun, au moins s'en efforcer III, v, 852
Tout lieu retiré requiert un promenoir. Mes pensées dorment, si je les assis III, iii, 828
Tout mouvement nous découvre I, l (50), 302
Troisième allongeail III, ix, 963
Truchement de notre âme (la parole) II, xviii, 667
Tu ne meurs pas de ce que tu es malade ; tu meurs de ce que tu es vivant. La mort te tue bien sans le secours de la maladie. Et à d'aucuns les maladies ont éloigné la mort, qui ont plus vécu de ce qu'il leur semblait s'en aller mourants. Joint qu'il est, comme des plaies, aussi des maladies médecinales et salutaires. III, xiii, 1091
Tu ne vois que l'ordre et la police de petit caveau où tu es logé II, xii, 523
Tyran celui qui a licence en une cité de faire tout ce qui lui plaît (Platon, Gorgias [XXIV]) I, xlii, 265
Tyrannie de nos croyances II, xii, 539
(les) Tyrans pour faire tous les deux ensemble, et tuer et faire sentir leur colère, ils ont employé toute leur suffisance à trouver moyen d'allonger la mort. Ils veulent que leurs ennemis s'en aillent, mais non pas si vite qu'ils n'aient loisir de savourer leur vengeance. Là dessus ils sont en grand peine: car, si les tourments sont violents, ils sont courts ; s'ils sont longs, ils ne sont pas assez douloureux à leur gré: les voilà à dispenser leurs engins. Nous en voyons mille exemples en l'Antiquité, et je ne sais si, sans y penser, nous ne retenons pas quelque trace de cette barbarie. Tout ce qui est au delà de la mort simple, me semble pure cruauté. II, xxvii, 700.
Un ancien [Diogène de Sinope] à qui on reprochait qu'il faisait profession de la Philosophie, de laquelle pourtant en son jugement il ne tenait pas grand compte, répondit que cela c'était vraiment philosopher [DL, VI, § 64 ; cf Pascal, " Se moquer de la philosophie c’est vraiment philosopher. "] II, xii, 511
Une milliasse de petits livrets, que ceux de la Religion prétendue reformée font courir pour la défense de leur cause [cité partiellement par Julien Green] II, xxxii, 721
Une plus agréable imagination ? III, v, 883
Union du corps et de l’esprit (Augustin) II, xii, 539
Un jour est égal à tous jours. Il n'y a point d'autre lumière, ni d'autre nuit. I, xx, 93
Un même mot embrasse en Grec le bel et le bon [Xénophon, Cyropédie, II, iii ; IV, iii, 23 ; Économique ou Ménagerie, XII]. Et le Saint Esprit appelle souvent bons ceux qu'il veut dire beaux. III, xii, 1058
Un mot de moi-même II, xi, 427
Un peu de chaque chose, et rien du tout, à la française I, xxvi, 146
Un quart d’heure de passion sans conséquence, sans nuisance, ne mérite pas des préceptes particuliers III, xii, 1051
(l')Usage nous dérobe le vrai visage des choses I, xxiii, 116
Utile et honnête III, i, 790
Vagabonde liberté de nos fantaisies I, xiv, 58
(la) Vaillance (de qui c'est l'effet de s'exercer seulement contre la résistance,
Nec nisi bellantis gaudet cervice juvenci [Claudien, lettre I)
s'arrête à voir l'ennemi à sa merci. Mais la pusillanimité, pour dire qu'elle st aussi de la fête, n'ayant pu se mêler à ce premier rôle, prend pour sa part le second, du massacre et du sang. Les meurtres des victoires s'exercent ordinairement par le peuple et par les officiers du bagage: et ce qui fait voir tant de cruautés inouïes aux guerres populaires, c'est que cette canaille de vulgaire s'aguerrit et se gendarme à s'ensanglanter jusques aux coudes et à déchiqueter un corps à ses pieds, n'ayant ressentiment d'autre vaillance II, xxvii, 693-694
Vanité de désirs et cogitations qui nous divertissent III, xiii, 1114
Variation continuelle des choses humaines I, xlix, 297
Variation soulage, dissout et dissipe III, iv, 836
Vaut-il pas mieux demeurer en suspens que de s'infrasquer en tant d'erreurs que l'humaine fantaisie a produites ? II, xii, 504
Vénération des opinions et mœurs approuvées I, xxiii, 115
Vengeons-nous à en médire III, vii, 916 [cité par Nietzsche, Nachgelassene Fragmente, Herbst 1880, 6[37] „Vengeons nous, par en médire“ Montaigne]
Vérité à chercher I, lvi, 317 ;
Vérité a ses empêchements, incommodités et incompatibilités avec nous III, x, 1006
Vérité chose si grande III, xiii, 1065
Vers la réformation par la dernière des déformations III, xii, 1043
Vertu économique requise d’une femme mariée III, ix, 975
Vice n'est que dérèglement et faute de mesure II, i, 332
Vices forgés par l’opinion des hommes III, ii, 806
(la) Vie n’est de soi ni bien ni mal : c'est la place du bien et du mal selon que vous la leur faites. I, xx, 93
Vie populaire et privée III, ii, 805
Vicieuse façon d’opiner III, x
Vie mouvement inégal, irrégulier et multiforme III, iii, 819
Vie est un mouvement III, ix, 988
Vin trempé III, xiii, 1104
Violente maîtresse d’école (la nécessité) I, xlvii, 282
Visage du vice en la volupté III, ii, 815
Vivre plus à loisir et à son aise In xxxix, 238
Voire les arguments de la philosophie vont à tous coups côtoyant et gauchissant la matière, et à peine essuyant sa croûte III, iv, 834
Voir son vice et l’étudier III, v, 845
Voix de la commune et de la tourbe, mère d’ignorance II, xvi, 624
Volupté active, mouvante, et, je ne sais comment, cuisante et mordante, celle là même ne vise qu'à l'indolence comme à son but II, xii, 493
Volupté chez l’enfant III, xiii, 1111
Volupté but ultime I, xx, 82
Voluptés doivent être reçues III, xiii, 1109, 1113
Voluptés naturelles III, v, 892 ; xiii, 1109 , 1113
Voluptés nouvelles (Cicéron) III, xiii, 1106
Vouées à chasteté avant l'âge de connaissance [...] vouées à la débauche avant l'âge de connaissance III, v, 868
(le) Vrai champ et sujet de l'imposture sont les choses inconnues. D'autant qu'en premier lieu l'étrangeté même donne crédit ; et puis, n'étant point sujettes à nos discours ordinaires, elles nous ôtent le moyen de les combattre. À cette cause, dit Platon [
Critias 107a-b], est-il bien plus aisé de satisfaire, parlant de la nature des Dieux, que de la nature des hommes, parce que l'ignorance des auditeurs prête une belle et large carrière et toute liberté au maniement d'une matière cachée. Il advient de là qu'il n'est rien cru si fermement que ce qu'on sait le moins [Belle critique de la conviction, poursuivie par
Nietzsche], ni gens si assurés que ceux qui nous content des fables, comme Alchimistes, Pronostiqueurs, Judiciaires, Chiromantiens, Médecins,
id genus omne.
I, xxxii (xxxi), 215 (222)
Vraie et naïve philosophie I, xxxix, 248
Vraie liberté, c’est pouvoir toute chose sur soi [Sénèque] III, xii, 1046
(le) Vulgaire, n’ayant pas la faculté de juger les choses par elles-mêmes, se laissant emporter à la fortune et aux apparences II, xii, 439
Xénophane fait Dieu rond II, xii, 515
Michel Eyquem de Montaigne, né le 28 février 1533 et mort le 13
septembre 1592 à Saint-Michel-de-Montaigne (Dordogne)