dimanche 17 juin 2018

LA PHILOSOPHIE NOYÉE DANS LE CAFÉ

Voir aussi : PHILOSOPHIE
Première page de mon article dans la revue
Esprit, n° 239, janvier 1998pages 200-205.

A /  Ce happening parisien puis national des cafés-philo...
B /  « Mais qu’est-ce donc qu’un débat philosophique ? »...
C /  Les auteurs des siècles passés, au premier rang desquels Platon,...
D /   Encore des citations...
E / Le préjugé relevé et récusé par Hegel,
F / Tempérer la démocratie
G /  Marc Sautet, marxiste convaincu,...


A /  Chappening parisien puis national des cafés-philo...


... fut initié par le professeur de philosophie Marc Sautet (1947-1998) en été 1992 au café des Phares, place de la Bastille, à Paris IVe ; depuis, chacun a pu s’y improviser animateur de débat en « ouvrant un café », venir dans ces cafés, s’y exprimer, sur un sujet improvisé, sans aucun critère imposé de compétence ni effort requis de cohérence, selon la règle du débat-type de Sautet ;





le sujet est choisi par l’animateur parmi les propositions actuelles des participants, juste avant que le débat proprement dit ne commence ; les participants demandent ensuite la parole, et la prennent dans l’ordre de leurs demandes ; parfois priorité est donnée à ceux qui n'ont pas encore parlé. Ce fonctionnement m'évoque à la fois le formalisme démocratique et l’anarchie en acte.


  Si les êtres humains possédaient les mêmes capacités intellectuelles et les mêmes sentiments, la faculté de philosopher serait équitablement répandue. Or l'ancien principe républicain de l’égalité des droits et celui, nouveau, de l’égalité des chances, ainsi que les principes de l’article VI de la Déclaration... de 1789, sont détournés par cette "philosophie" bistrotière et médiatique, cette paraphilosophie (comme on dit :  parapharmacie). Cette Déclaration du 26 août 1789 acceptait la « distinction des vertus et des talents » : membre de phrase rajouté lors des débats du 21 août 1789, sur proposition de T. G. de Lally-Tollendal (1751-1830), et qui frôla l’unanimité. Selon Condorcet :
« Tous les individus ne naissent pas avec des facultés égales […] En cherchant à faire apprendre davantage à ceux qui ont moins de facilité et de talent, loin de diminuer les effets de cette inégalité, on ne ferait que les augmenter. » (Nature et objet de l’instruction publique, 1791)
  Les compétences scientifiques, médicales et techniques, ainsi que les performances sportives, sont encore reconnues ; lorsqu’il s’agit de philosophie, le plus apédefte [ignorant, sans éducation ; cf Rabelais, Le Cinquième livre, chapitre XVI : " Menez-nous à ces Apedeftes, car nous venons du pays des savants, où je n'ai guère gagné. "] se trouvera promu par des bonnes âmes au niveau d’un génie philosophique potentiel qu’il faudrait écouter révérencieusement, quitte à mourir d’ennui ... Chacun raconte ou bavarde, tous ont des croyances, des opinions, des certitudes ; hélas !, il ne suffit pas d’avoir une tête, ou de prendre la parole, pour penser. De même qu’il y a une coupure – bachelardienne – entre la connaissance générale et la connaissance scientifique, il y en a une – platonicienne – entre l’utilisation courante du langage et cette activité philosophique caractérisée, selon Monique Dixsaut, par un « usage différent du discours ».



  Cet autre usage du discours présuppose la maîtrise de la langue, française chez nous, ce qui ne signifie pas qu’un individu tout seul puisse en être le maître ; il suffira qu’il n’en soit pas la ridicule victime, tel le Hongrois libéral Kertbeny qui prétendait connaître 52 langues, et qui, sur la langue française, disait à Baudelaire : " Je ne parle pas, je balbute " ; commentaire de Baudelaire : " Il n'en connaît évidemment que 51. ".

  En philosophie, un minimum de  termes techniques
Genre, espèce, sujet, objet, réel, imaginaire, symbolique, concept, analyse, synthèse, jugement analytique, jugement synthétique, raison, passion, critique, épistémologie, morale, métaphysique, éthique, liberté, vérité, logique, dialectique, etc.
sont les moyens et instruments d’une pensée exempte de confusions dramatiques. Il faut être un petit peu philosophe pour reconnaître la philosophie là où elle parle ; l’absolutisation de la règle démocratique est aussi nocive que celle du principe d’autorité car elle écarte le principe de compétence, alors que ni le principe constitutionnel d’égalité des droits, ni la culture véritable, ne supportent d’être subordonnés l’une à l’autre de façon générale et permanente. Faute de reconnaître ce dualisme, tout débat public tourne alors en l’interminable polémique de deux haines (principe de Nicolò Franco).


B /  « Mais qu’est-ce donc qu’un débat philosophique ? »...

... demanda-t-on un jour dans un café-philo parisien. À la différence de « conversation », « dialogue » ou « discussion », débat présente l’inconvénient de suggérer que, comme au Parlement, tous les problèmes puissent se résoudre par un vote majoritaire concluant un affrontement.

  La « pratique nouvelle de la philosophie », ou encore la « philosophie vivante », n’était jamais définie par les militants de l’association « Philos ». Certes, Bernard Sichère évoqua un jour « une philosophie vivante qui décidait le moment venu de descendre dans la rue », mais l’engagement sartrien ainsi décrit, fondé sur une œuvre, ne saurait être confondu avec un militantisme confus prônant la « mise en commun d’expériences (dans tous les domaines) » sans justifier le moins du monde en quoi cette activité pourrait rejoindre ce que les homines honesti ont connu jusqu’ici sous le nom de philosophie. 

  Se plaçant sous le haut patronage de Socrate d’Athènes, « Philos » ignorait beaucoup de choses :
a) Socrate pratiquait le dialogue suivi avec un interlocuteur grec librement accepté, non le débat de groupe (exception : Le Banquet) ;
b) Dialogue par ailleurs dissymétrique, fort loin donc d’un « échange avec un semblable ».
c) La philosophie évolua vers la maturité pendant vingt-cinq siècles, traversa le totalitarisme chrétien, favorisa l’essor des sciences et des techniques, et se heurta à deux totalitarismes majeurs au siècle dernier (ainsi qu'à l'islamisme en ce présent XXIe siècle) ; ces expériences faisant que les conditions culturelles et sociales qui présidèrent à sa naissance ne sont plus réunies.
d) La maïeutique socratique était construite rigoureusement (Platon, Lachès, 184-190), alors que les débats proposés se veulent souvent libérés de toute cohérence pédagogique ou universitaire, de toute rigueur sémantique, de tout lien avec la « corporation » (entendez : les professeurs de philosophie des lycées et des Universités), bref, de tout respect pour le travail intellectuel.

  Idéalement, un programme d’introduction de la philosophie dans la Cité aurait dû opposer :
  1. au quotidien, les concepts (les notions les plus abstraites) ;
  2. à la Révélation (le Verbum judéo-chrétien), la rationalité du Logos grec, le ratio et oratio latin ;  Malebranche, Conversations chrétiennes, Entretien 1 : « Si donc vous n'êtes pas convaincu par la raison, qu'il y a un Dieu, comment serez-vous convaincu qu'il a parlé ? ». Et Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l'Éducation, IV " Profession de foi du vicaire savoyard " : « Ils ont beau me crier : Soumets ta raison ; autant m'en peut dire celui qui me trompe : il me faut des raisons pour soumettre ma raison. »
  3. à l’action/agitation collective, la réflexion (individuelle) ;
  4. au risque, le courage ;
  5. au règne de l’opinion et des médias, enfin, le doute et le questionnement. Or dans la plupart des débats comme dans les publications attenantes, la pression du politique, de la correction politique, est si forte qu’à la fois la philosophie, et une simple information précise sur les faits évoqués, ont du mal à s'y faire une place.

C /  Les auteurs des siècles passés, au premier rang desquels Platon,...

... mais aussi la plupart de ceux de l’Humanisme puis des Lumières, jugeaient évidemment à regret  que l’esprit philosophique, le « naturel philosophe » (Platon, République, V-VI), était l’apanage d’un petit nombre. L’auteur de Sein und Zeit réservait l’engagement dans la pensée « au petit nombre » (Martin Heidegger, Qu’appelle-t-on par penser ?, II, ii ). Formulation proche de celle des Pythagoriciens :
« Seul un petit nombre est capable de penser et d’avoir des opinions fondées : seuls en effet, les gens instruits sont dans ce cas, et ils sont en petit nombre ! Si bien qu'évidemment cette faculté ne saurait être étendue au grand nombre. » (Jamblique, vers 242 / 325, Vie pythagorique, § 200, dans Les Présocratiques, coll. Pléiade).
Aucun recours à l’argument d’autorité, seulement un « tour de table » des compétences ; l’accusation d’argument d’autorité ne vise qu'à neutraliser les propos, et surtout les œuvres, de ces éminents auteurs, et à leur substituer la prose insipide et prétentieuse de nouveaux Jourdain ou Dupont-Lajoie.

La thèse post-moderne de l’universalité « démocratique » de la philosophie découle logiquement du postulat de l’universalité de la raison ; il s’agit d’une foi, reconnaissait Jean-François Robinet (professeur agrégé de philosophie) :
« cette foi fonde à la fois la démocratie et l’ouverture de la philosophie au plus grand nombre » (communication personnelle).
C’est à tort que l’on attribua une telle foi à Denis Diderot ; l’auteur de Jacques le fataliste pensait au  contraire que :
« Celui qui osera prononcer dans une question qui excède la capacité de son talent naturel, aura l’esprit faux. Rien n’est si rare que la logique : une infinité d’hommes en manquent. » (Réfutation de l’ouvrage d’Helvétius intitulé L’Homme, IV).
" La véritable manière de philosopher, c’eût été et ce serait d’appliquer l’entendement à l’entendement ; l’entendement et l’expérience aux sens ; les sens à la nature ; la nature à l’investigation des instruments ; les instruments à la recherche et à la perfection des arts, qu’on jetterait au peuple pour lui apprendre à respecter la philosophie. " (Pensées sur l'interprétation de la nature, XVIII)
Diderot semble avoir modifié son point de vue à la fin des Pensées :
" Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire. Si nous voulons que les philosophes marchent en avant, approchons le peuple du point où en sont les philosophes. Diront-ils qu’il est des ouvrages qu’on ne mettra jamais à la portée du commun des esprits ? S’ils le disent, ils montreront seulement qu’ils ignorent ce que peuvent la bonne méthode et la longue habitude. " (Pensées sur l'interprétation de la nature, XL) 

CONDORCET : " Généreux amis de l'égalité, de la liberté, réunissez-vous pour obtenir de la puissance publique une instruction qui rende la raison populaire, ou craignez de perdre bientôt tout le fruit de vos nobles efforts. N'imaginez pas que les lois les mieux combinées puissent faire un ignorant l'égal de l'homme habile, et rendre libre celui qui est esclave des préjugés. " (Cinq mémoires sur l’instruction publique (1791), Premier mémoire " Nature et objet de l’instruction publique ", conclusion).
Une instruction qui rende la raison populaire ; on retrouve ce souhait dans la Constitution de l'An I :
Article 22. - L'instruction est le besoin de tous. La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique, et mettre l'instruction à la portée de tous les citoyens. (Constitution du 24 juin 1793).
Voltaire était sur une autre ligne : « Le roi de Prusse mande que sur mille hommes on ne trouve qu'un philosophe ; mais il excepte l'Angleterre. À ce compte il n'y aurait guère que deux mille sages en France ; mais ces deux mille en dix ans en produisent quarante mille et c'est à peu près tout ce qu'il faut, car il est à propos que le peuple soit guidé, et non pas qu'il soit instruit. Il n'est pas digne de l'être. » (lettre à M. Damilaville, 19 mars 1766). Écrivant à Voltaire, Jean-Jacques Rousseau se désolait de la montée en puissance de nombreux types III hésiodiens (les esprits faux) :
« En ce siècle savant, on ne voit que boiteux vouloir apprendre à marcher aux autres. Le peuple reçoit les écrits des sages pour les juger, non pour s’instruire. » (Lettre du 10 septembre 1755).
Selon Kant, « Un public ne peut accéder que lentement aux Lumières. Une révolution n’entraînera jamais une vraie réforme de la manière de penser ; de nouveaux préjugés tiendront en lisière, aussi bien que les anciens, la grande masse irréfléchie. » (Qu’est-ce que les Lumières ?). Il souhaitait que les peuples-rois, qui se gouvernent démocratiquement, ne fassent pas disparaître la classe des philosophes, et ne la réduisent pas au silence (Projet de paix perpétuelle, second supplément). Hegel, enfin, déplora qu’en ce qui concerne la philosophie, « le préjugé semble régner que […] chacun sait tout de suite philosopher » (Phénoménologie de l’esprit, Préface, IV).

Ces avertissements ne découragèrent pas Michel Onfray de créer son Université populaire ; le Sautet normand remplaça seulement le débat anarcho-démocratique par un cours magistral fort touffu...





D /   Encore des citations...

Ne nous y trompons pas ; le reproche qui me fut fait par Guy Coq (« La philosophie est à tout le monde », Esprit, n° 239, janvier 1998, pages 205-210), puis Jacques Diament (qui l’avait cité comme une autorité …, Les Cafés de philosophie. Une forme inédite de socialisation par la philosophie, Paris : L’Harmattan, 2001)


d’invoquer des auteurs et leur autorité, n’avait que le seul but obscurantiste d’empêcher qu’on les entende. Si les œuvres de Platon, Montaigne (qui cite constamment), David Hume, Frédéric Nietzsche, Sartre, etc. ne peuvent être invoquées quand on parle de philosophie, que reste-t-il à dire ? Et à lire ? Coq et Diament ?…

   Le registre littéraire de la citation est, avec l'allusion, le renvoi, le plagiat, l'annotation, l'index, le lien hypertexte et la référence, une forme d’intertextualité, un moyen de croisement de l'expression et de la pensée avec celles des autres ; la citation fut un lien hypertexte avant la lettre. L'anti-citationnisme systématique est mauvais signe, un refus de savoir, donc un des aspects de l'obscurantisme ou épistémophobie ; on le constate assez souvent chez les autodidactes.

L'annotation des notes n'est guère plus pratiquée ; elle l'était encore au XVIIIe siècle :

Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, édition de 1740.



André Gide :
« Il est aussi naturel à celui qui emprunte à autrui sa pensée d'en cacher la source, qu'à celui qui retrouve en autrui sa pensée, de proclamer cette rencontre.
Les artistes les plus originaux ne sont pas nécessairement les plus incultes.
Si rare et si hardie que soit une pensée, il ne se peut qu'elle ne s'apparente à quelque autre ; plus vive et plus féconde est sa joie à se retrouver dans le passé des parents. » (Journal, Cuverville, juin 1927).
   Cette rencontre des pensées est une condition nécessaire à la fois de consistance et d’objectivité, et, surtout, découle du caractère social, intersubjectif, du langage. Assez souvent dans un texte se détache une formule qui fait mouche, que l'on a envie de noter et de citer avec son contexte. La rencontre primaire d'une citation peut être l'occasion d'une retrouvaille secondaire avec une œuvre, voire avec un auteur (ceci pour ceux qui ne sont pas " trop fiers pour s'instruire "). L'anti-citationnisme primaire qualifia la citation d' "esprit des autres" (comme Dumas fils  avait pu dire des affaires que c'était "l'argent des autres"), ou de "talonnettes de l'esprit". Cet esprit critique serait bien mieux employé à vérifier les citations qui circulent, notamment sur Internet, soit que leur texte est souvent corrompu, la citation mal découpée, la référence incomplète ou absente, soit que l'on attribue à l'un ce que l'autre écrivit.
« He that has but ever so little examined the citations of writers, cannot doubt how little credit the quotations [citations] deserve [méritent] when the originals are wanting [manquent] ; and consequently how much less quotations of quotations can be relied on [sont fiables]. »
John Locke, Essai sur l’entendement humain, IV, xvi, § 11.
" The subject of quotation being introduced, Mr. [John] Wilkes censured it as pedantry. Johnson. ‘No, Sir, it is a good thing; there is a community of mind in it. Classical quotation is the parole of literary men all over the world.’ "
James Boswell [1740-1795], The Life of Samuel Johnson [1709-1784], 1791.

Travail critique entrepris sur Internet, où circulent beaucoup de citations qui ne sont pas des notes de lecture, mais seulement, par manque de probité, du copié/collé à partir de sites citationnels ; dont un certain nombre sont carrément faussement atribuées à de grands auteurs :

Quotations

List of misquotations

HALTE AUX CITATIONS MAL ATTRIBUÉES !

Les citations les plus colportées, et donc déformées ou falsifiées, ne sont généralement pas les plus intéressantes pour l'histoire des idées, ce qui relativise la nuisance de ces misquotations. On peut tenter de les rectifier lorqu'elles sont utilisées pour une propagande politique ou religieuse.

En voici quelques exemples :

Homo homini lupus, l'homme est un loup pour l'homme : l'originalité de cette formule de l'écrivain latin Plaute (dans Asinaria), citée par Montaigne, est attribuée à Hobbes qui la cite effectivement dans l'Êpitre dédicatoire du De Cive (Sur le citoyen) ;

Tabula rasa, expression latine désignant une tablette d'écriture vierge, est attribuée au philosophe grec Aristote sans donner les termes précis d'Aristote dans son De l'Âme (livre III, chapitre 4, 430a1 : γραμματείῳ ᾧ μηθὲν ἐνυπάρχει ἐντελεχείᾳ, écritoire (tablette) sur lequel rien n'est écrit). On prétend que Locke l'a employée, alors que l'original anglais porte simplement : a white paper, une feuille blanche (ou vierge).

Des phrases des Évangiles ou d'Augustin sont attribuées à Pascal ; il est en revanche plus difficile de savoir que " Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie " est la transposition d'un passage des Lettres de saint Jérôme : Infinita eremi vastitas te terret ?, La vaste étendue du désert t'épouvante-t-elle ?, Lettre XIV, 10, à Héliodore. (merci à Fabrice Picandet pour la référence retrouvée).

Des phrases de Cicéron ou de Sénèque sont attribuées à Montaigne, des formules de Montaigne l'étant à Pascal ou à Descartes ;

La pensée d'Helvétius (1715-1771), « Rien de grand ne se fait sans passion », également présente chez Diderot (et anticipée chez Montaigne : " la plupart des belles actions de l'âme procèdent et ont besoin de cette impulsion des passions ", Essais, II, xii), est attribuée à Hegel :

" Rien de grand en ce monde ne s'est fait sans passion, aurait pu dire Nietzsche à la suite de Hegel. " (Dorian Astor, Pourquoi nous sommes nietzschéens, page 279). 
La remarque du caractère arbitraire du signe linguistique est assignée à Ferdinand de Saussure, alors qu'on la trouve déjà chez Antiphon, Platon (Cratyle), Montaigne, Locke et Malebranche.

Une idée ancienne, explicitée par Gassendi, Leibniz (" il n'est pas plus vrai ni plus certain que je pense, qu'il n'est vrai et certain que je pense telle ou telle chose ", Remarques sur la partie générale des principes de Descartes), Schopenhauer (Le Monde, Suppléments, chapitre I), et notée comme triviale par Nietzsche, « Toute conscience est conscience d'un objet », est considérée comme originale chez Brentano, voire saluée comme une découverte de Husserl, ce que fit Jean-Paul Sartre.

Sartre cite « Si Dieu n'existait pas, tout serait permis » comme étant de Dostoïevski ; la phrase de Dostoïevski, dans la troisième partie des Possédés, est bien différente, et se résumerait plutôt en « Si Dieu n'existe pas, je suis entièrement libre ».

De
Descartes : " Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde… " (Discours de la méthode, III),
Sartre fit
" À partir du moment où les possibilités que je considère ne sont pas rigoureusement engagées par mon action, je dois m'en désintéresser, parce qu'aucun Dieu, aucun dessein ne peut adapter le monde et ses possibles à ma volonté. Au fond, quand Descartes disait : " Se vaincre plutôt soi-même que le monde " il voulait dire la même chose : agir sans espoir. " (L'Existentialisme est un humanisme).
* * * * *

Il existe certes un mauvais usage de la citation, noté par La Bruyère :
« Il y a des esprits, si je l'ose dire, inférieurs et subalternes, qui ne semblent faits que pour être le recueil, le registre, ou le magasin de toutes les productions des autres génies : ils sont plagiaires, traducteurs, compilateurs ; ils ne pensent point, ils disent ce que les auteurs ont pensé ; et comme le choix des pensées est invention, ils l'ont mauvais, peu juste, et qui les détermine plutôt à rapporter beaucoup de choses, que d'excellentes choses ; ils n'ont rien d'original et qui soit à eux ; ils ne savent que ce qu'ils ont appris, et ils n'apprennent que ce que tout le monde veut bien ignorer, une science aride, dénuée d'agrément et d'utilité, qui ne tombe point dans la conversation, qui est hors de commerce, semblable à une monnaie qui n'a point de cours : on est tout à la fois étonné de leur lecture et ennuyé de leur entretien ou de leurs ouvrages. Ce sont ceux que les grands et le vulgaire confondent avec les savants, et que les sages renvoient au pédantisme. » (Caractères, I, § 62).
Mais ce mauvaise usage ne saurait, comme en bien d'autres cas, discréditer le bon.

Enfin Voltaire : « Je n'aime point à citer ; c'est d'ordinaire une besogne épineuse ; on néglige ce qui précède et ce qui suit l'endroit qu'on cite, et on s'expose à mille querelles. Il faut pourtant que je cite Lactance, Père de l'Église, qui dans son chapitre XIII, De la colère de Dieu, fait parler ainsi Épicure : " Ou Dieu veut ôter le mal de ce monde, et ne le peut ou il le peut, et ne le veut pas ; ou il ne le peut, ni le veut ; ou enfin il le veut et le peut. S'il le veut, et ne le peut pas, c'est impuissance, ce qui est contraire à la nature de Dieu ; s'il le peut, et ne le veut pas, c'est méchanceté, et cela est non moins contraire à sa nature ; s'il ne le veut ni ne le peut, c'est à la fois méchanceté et impuissance ; s'il le veut et le peut (ce qui seul de ces partis convient à Dieu), d'où vient donc le mal sur la Terre ? ".
L'argument est pressant. »
Questions sur l'Encyclopédie, article " Bien, tout est bien ".

* * * * *

E / Le préjugé relevé et récusé par Hegel,
« tout le monde est philosophe »
fut colporté par ce phénomène sociologique et médiatique des cafés-philo, sorte de « mai 68 philosophique » (sans l’humour ni l’imagination, hélas !), qui vit quelques centaines de nouveaux Monsieur Jourdain (parfois aussi, de nouveaux Dupont-Lajoie), mâles et femelles, s’enticher de philosophie sans la connaître, et trop souvent, non toujours cependant, sans être disposés à faire l’effort de la travailler.

Repérer les frontières de l’ordre du sens après celles de la juridiction de la raison pure, c’est l’une des tâches critiques spécifiques de la philosophie ; or l’exigence de « donner du sens », hors de toute interrogation sur la pertinence de cette notion de sens lorsque l’on en détourne la signification ordinaire (interne à l’ensemble des significations des actes de l’existence humaine) en l’appliquant, de façon élargie, à la globalité de l’aventure humaine, au monde vivant terrestre, ou à l’Univers, écarte les parleurs des cafés, les bistrosophes, de la perspective philosophique qui commence notamment avec le refus nietzschéen du sens à tout prix ; faute de cette interrogation, ils restent contemplateurs des ombres dans la caverne platonicienne. Que la taverne philosophique matérialise aujourd'hui cette caverne n’est pas le moindre des paradoxes de l'expérience.

Ces lieux communs : « tout le monde fait de la philosophie », « la philosophie est à tout le monde », témoignent du refus d’aborder l’état de la discipline philosophique, dispositif complexe comportant de nombreux domaines, différentes écoles ou courants, bien évidemment autres que ceux de la Grèce antique. Jean-Paul II, dans l’encyclique Fides et ratio, affirma que « tout homme est, d’une certaine manière, un philosophe » (III, § 40), que « l’homme est naturellement philosophe » (VI, § 64) ; l’ignorance pontificale de la philosophie se révéla lorsqu’il attribua à Platon la paternité, non de dialogues, mais de traités (Introduction, § 1).


F / Tempérer la démocratie

   L’approche confuse et globale qui ignore écoles et domaines se conforte de son ignorance, selon le principe de Goya : « Le sommeil de la raison produit des monstres » (Caprices) ; il n’y a rien à apprendre, à étudier, puisque la philosophie « morte » ou « livresque » des auteurs et des professeurs ne recèle aucune valeur actuelle. Cf Éric Auzanneau et Claude Courouve, La Crise des cafés-philo, ou Le Danger de l’obscurantisme, 1997 (auto-édition) ; et la lecture critique qu'en fit David Sawadogo dans L’Incendiaire, n°6, juin 1997).

   Il n’y aurait qu’à prendre la parole pour produire, au large des « références », de la philosophie enfin « vivante ». Les œuvres des bons auteurs sont ravalées au statut de « milliards de phrases » écrites par des « êtres morts depuis longtemps » et qui ne mériteraient, tout au plus, qu’un « détour » (Guy Coq, « La philosophie est à tout le monde », Esprit, n° 239, janvier 1998, pages 205-210). L’obscurantisme ou « ignorantisme militant » décrit par Jean-Claude Milner,
« mépris des savoirs que l’on ne maîtrise pas au nom de sa propre absence de savoir » (De l’École, Paris : Seuil, 1984),
voudrait imposer la prévalence de l’utilité immédiate et de l’action/agitation sur la pensée ; la sinistre maxime, d’abord jésuite, puis totalitaire, « la fin justifiera les moyens » s’oppose alors au principe de Luther King, seul principe moral qui pourrait valoir en politique, « les moyens justifient la fin » et cautionne un débat informe par l’argument anti-intellectualiste d’une urgence de l’action politique contre « l’injustice sociale ». Principe moral formulé en 1963 par Martin Luther King (1929-1968) :
« Les moyens que nous utilisons doivent être aussi purs que les buts que nous voulons atteindre. » (Révolution non-violente/Why we can’t wait, 1963, chapitre V).
   La confrontation de l’ordre culturel des œuvres avec celui de l’égalité des droits, de la liberté d’opinion et de la justice sociale, fort dommageable sur le plan intellectuel, résulte d’une liberté exercée dans la Cité, aux risques des participants ; on se doit de répondre de manière informée et rationnelle à ceux qui contestent la nécessité d’un tel rappel à l’ordre. Le phénomène des cafés-philo pose la question de la rareté des lieux de discussion, de confrontation, ou de simple convivialité ; mais toute confrontation demande, pour un minimum de chances de succès, un cadre préalablement défini et structuré (tel le choix des amis (amiage) sur facebook). Le café-philo permit en tout cas, comme le remarqua Éric Auzanneau, d’appréhender l’obscurantisme – qui n’est pas la simple ignorance, mais bien plutôt une relation négative au savoir, une véritable épistémophobie – et de tester arguments et techniques propres à le réduire et éventuellement réutilisables dans le champ pédagogique (la question paresseuse « à quoi ça sert ? » étant une des plus fréquentes chez les lycéens et étudiants).

  Selon le prof de philo Jean-François Robinet, une discussion peut être de caractère philosophique si elle est conduite par un philosophe cultivé et ouvert (L’Enseignement philosophique, mars-avril 1997) ; quelques conditions supplémentaires me semblent requises, qui introduisent des « variantes » par rapport au « débat-type » établi par Marc Sautet en 1992 :
- Que la discussion reste centrée sur les commencements de la philosophie : la critique de l’usage courant du langage, l’étonnement, le doute méthodique et la vérification, l’incrédulité, la relation au savoir ; ainsi l’approfondissement des uns pourra avoir une chance de cohabiter heureusement avec l’initiation des autres à la coupure platonicienne.- Que les participants disposent d’instruments parascolaires (dictionnaires, anthologies) leur offrant un tableau général de la discipline philosophique.- Certaines variantes ont été pratiquées : travail sur un texte choisi à l’avance, ou sur un thème annuel ; débats non publics où les participants sont cooptés, etc. Lorsque l’animateur est seul à connaître les complexités de l’univers philosophique, il focalise les préjugés sur les intellectuels, passe pour être « hors de la vie réelle », « perdu dans ses idées », « coupé de la société », et bien entendu « élitiste » ; cela va parfois jusqu’à la haine intellectuelle, qui n’a rien à envier à ses cousines, les haines religieuse, raciale, homophobique ou sociale.
   Lorsque les exigences philosophiques sont ignorées de tous, l’affaire tourne à la satisfaction quasi-générale, selon le principe de Sénèque le Jeune :
« Ils ne se croient raisonnables que parce qu’ils sont nombreux à déraisonner. » (cité par Augustin, La Cité de Dieu, VI, x, 1).
Dans Le Figaro du 9 septembre 1996, l’ancien ministre de la culture Philippe Douste-Blazy parla d’une « très forte demande de culture et de philosophie » mais peu avant, l’ancien Premier ministre Édouard Balladur se demanda publiquement à quoi servait la philosophie. L’ancien ministre de l’Éducation Claude Allègre s’était dit incertain de « l’utilité de cours de philosophie pédagogique » donnés aux futurs professeurs et avait ajouté :
«  des cours sur la violence, la drogue, le comportement à avoir dans les situations difficiles, les nouvelles technologies ou l’enseignement de la morale civique me paraissent beaucoup plus importants que des élucubrations philosophiques. » (Compte-rendu analytique du Sénat, 30 novembre 1998, cité dans L’Enseignement philosophique, novembre-décembre 1998).
Ce désir de philosophie en tant que « pratique intellectuelle exigeante et radicale » (Dalibor Frioux,  « Psychopathologie de la philosophie », L’Aventure humaine, n° 7, juin 1997), on peut en revanche l’espérer chez les 3 000 professeurs et 4 000 étudiants de cette discipline, car ils devraient savoir que « philosophie immédiate » est contradictio in adjecto, une contradiction entre les termes, que la médiation par les savoirs historique et scientifique, ainsi que la connaissance des grands textes, sont indispensables à l’étude de la philosophie, voire à l’éclosion du philosophe. Le grand public manifeste tout au plus la curiosité inspirée par un objet méconnu ; le café-philo est alors un divertissement,  une occasion de rencontres, parfois agréables, non un lieu de dialogue et de réflexion qui respecterait les exigences de la discipline – ou au moins amorcerait un tel respect (Jacques Bouveresse, La Demande philosophique. Que veut la philosophie et que peut-on vouloir d’elle ?, L’Éclat, 1996).

   Jacques Bouveresse, après Jacques Lacan, fit l’objet d’une exigence de compréhensibilité facile par tous, à la suite de sa leçon inaugurale au Collège de France.
La Recherche, n° 281, novembre 1995, page 5, éditorial non signé intitulé « Vulgariser la philosophie » :
   « La France est un des rares pays qui accorde un certain crédit à la philosophie. La présence de cette discipline au baccalauréat en témoigne, même si les sujets de réflexion proposés aux élèves et le type de réponse qu’on attend d’eux évoquent plutôt les exercices de rhétorique de la IIIe République.  L’intronisation de Jacques Bouveresse au Collège de France relève d’un autre rituel : répondant au vœu de Socrate, notre pays tient à entretenir un philosophe au Prytanée. C’est excellent. Mais on peut se demander si l’idée est vraiment aboutie. Car le philosophe grec ne concevait pas son art autrement qu’enraciné dans la Cité. Il parlait avec les gens. Or il faut bien l’admettre : le texte de la leçon inaugurale de Jacques Bouveresse, pourtant rédigé dans un style pur, dénué du jargon auquel nous ont habitués les Deleuze et Derrida, n’annonce pas une rencontre prochaine entre la philosophie et le peuple. Il est aussi opaque pour un scientifique même cultivé qu’un livre de mécanique quantique pour un paysan du bocage. Mais ne perdons pas espoir ! Il y a peut-être quelque chose à faire pour promouvoir l’esprit philosophique – qui vaut bien l’esprit scientifique. À La Recherche, nous ne désespérons pas de parvenir un jour à vulgariser la philosophie. ».
   Voir la réponse de Jacques Bouveresse dans La Demande philosophique, chapitre I, page 24. Je pense avoir répondu à l’argument qui identifiait l’exercice contemporain de la philosophie à l’activité de Socrate. Il n’y aurait qu’à prendre la parole pour produire, loin des « références », de la philosophie enfin « vivante ». Une philosophie (ou aussi bien une mathématique) compréhensible immédiatement par chacun serait sans consistance et d’apport intellectuel nul. Marc Sautet proclamait qu’il avait montré, contre la « corporation », que la philosophie est accessible à tous ; il commettait la faute logique de considérer comme démontré ce qui reste en question, à savoir : est-ce vraiment de la philosophie qu’élaboraient les parleurs des tavernes ? Avec cette entreprise dite de « démocratisation », le produit fini a-t-il conservé ses qualités essentielles ? Vient immanquablement à l’esprit la constatation d’André Gide :
« La valeur spécifique et individuelle cède à je ne sais quelle valeur collective, qui n’a plus de valeur intellectuelle du tout. » (Journal, 13 août 1933 – Paris : Gallimard, collection " Bibliothèque de la Pléiade ").

G /  Marc Sautet, marxiste convaincu,...

... voulait faire jouer à la philosophie, dans les cafés et surtout dans son Cabinet de philosophie, le rôle historique de moyen de transformation du monde ; « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières ; ce qui importe, c’est de le transformer » (Karl Marx, Thèses sur Feuerbach, 1845).


Luc Ferry (pas encore ministre) à « Bouillon de culture », France 2, 20 décembre 1996 :
« J’ai mis cinq ans de ma vie à lire La Critique de la raison pure […] J’aurais envie que les gens comprennent bien que penser par soi-même c’est l’idéal, mais qu’il faut d’abord commencer par penser par autrui ».
Michel Onfray, initiateur en 2002 de l'Université populaire de Caen, commenta ainsi l'expérience des cafés philo :
" Faire descendre ls philosophie dans la rue (une entreprise qui me passionne, ne suppose pas de devoir la mettre sur le trottoir (un tropisme aussi détestable que de l'enfermer dans un tabernacle ou un reliquaire). La nécessaire Nuit du 4 août en philosophie ne doit pas passer par la surenchère de démagogie, car les têtes philosophiques au bout d'une pique ne suffisent pas à faire une révolution... Je ne veux choisir ni l'Université de Victor Cousin, ni le café philo de Marc Sautet qui constituent, à mon avis, deux impasses pour la discipline. Ni élitisme ; ni démagogie. [...] Laisser croire à un individu que, parce qu'il aura écouté, entendu, participé ou monopolisé le débat, il aura philosophé, voilà qui relève de la forfaiture ! La pratique de la philosophie suppose un apprentissage de la philosophie — exactement comme la pratique d'un instrument de musique ou d'une langue. " (Rendre la raison populaire, Paris : Editions Autrement, 2012 ; Flammarion, collection Librio, 2013)
Les parleurs des tavernes suggèrent une lecture ironique de L’Internationale d’Eugène Pottier (« Nous ne sommes rien, soyons tout ») ; ils  renvoyèrent à Sautet, sous une forme caricaturale, le message pragmatique de John Rawls et de Richard Rorty : « la démocratie a priorité sur la philosophie » et celui, volontariste, de J.-M. Lévy-Leblond : « c’est la primauté accordée à la conscience qui développera la compétence ». Comment pourrait-on en ces lieux répandre l’instruction et favoriser « les progrès de la raison publique », selon le vœu de la Constitution de l’an I, article 22 ?

Marc Sautet au café des Phares, place de la Bastille, Paris
   

   Le civilisé ne se réduit pas au citoyen docile à la correction politique. Il est l’individu entretenant, à la différence du barbare qui vit sous le régime de la horde, de sa bande, de sa tribu ou de sa communauté, un rapport spécifique avec le passé et les œuvres de culture, comme le suggéra Pierre Kaufmann (1916-1995) dans Qu’est-ce qu’un civilisé ? (Paris : Atelier Alpha bleue, 1995 ; opuscule en quatre parties : culture et civilisation, normativité et barbarie, modèles architecturaux, l’éthique civilisatrice).



samedi 9 juin 2018

L'ÉTRANGER

(Faut-il avoir peur des migrants ?)

Page en construction

extraneus « du dehors, extérieur; qui n'est pas de la famille, du pays, étranger », foreigner, stranger

ARISTOTE : « Est aussi facteur de sédition l’absence de communauté ethnique tant que les citoyens n’en sont pas arrivés à respirer d’un même souffle. Car de même qu'une cité ne se forme pas à partir d'une masse de gens pris au hasard, de même ne se forme-t-elle pas dans n'importe quel espace de temps. C'est pourquoi parmi ceux qui ont, jusqu'à présent, accepté des étrangers pour fonder une cité avec eux ou pour les agreger à la cité, la plupart ont connu des séditions. Ainsi des Achéens fondèrent Sybaris [Calabre actuelle] avec des Trézéniens, puis les Achéens devenus majoritaires chassèrent les Trézéniens, d'où la souillure qui échut aux Sybarites (1). Et à Thourioi (2) des Sybarites entrèrent en conflit avec ceux qui avaient fondé cette cité en même temps qu'eux sous prétexte que c'était leur propre pays : ils en furent chassés. À Byzance les nouveaux arrivants, ^pris en flagrant délit de conspiration, furent chassés par les armes. Les gens d'Antissa [sur l'île de Lesbos] chassèrent par les armes ceux qui fuyaient Chios et qu'ils avaient accueillis. Les gens de Zancle [ancien nom de Messine] ayant accueilli des Samiens, ceux-ci les chassèrent de chez eux. Les Appoloniates du Pont-Euxin [mer Noire] connurent des séditions après avoir introduit des étrangers chez eux. Les Syracusains, après la période des tyrans [Hiéron et Trasybule], ayant fait citoyens des étrangers, en l'occurrence des mercenaires, connurent des séditions et en vinrent aux armes. Les gens d'Amphipolis [Macédoine orientale], ayant accepté des colons de Chalcis furent en majorité chassés par ces derniers. »
Les Politiques, livre V, chapitre 3, [11-13], 1303a-b. traduction et notes par Pierre Pellegrin, Paris : Flammarion, 1990, collection GF.
1. Les Sybarites restant, d'origine achéenne, avaient violé l'accord même sur lequel reposait la fondation de la cité, ce qu'Aristote, comme sans doute la majorité des Grecs, assimile à un sacrilège.
2. Aristote semble faire allusion à l'ancienne Thourioi [Calabre actuelle] puisque Sybaris fut fondée en -720 et ravagée par les gens de Crotone en -510.


De la phrase en latin médiéval si fueris Rōmae, Rōmānō vīvitō mōre; si fueris alibī, vīvitō sicut ibi., attribuée à Ambroise de Milan. Littéralement : « Si tu es à Rome, vis comme les Romains ; si tu es ailleurs, vis comme on y vit. »
Cette citation fait référence au voyage de saint Augustin à Rome, où, comme il décrit dans la lettre 54 à Januarius, il s’est accoutumé aux usages.

Montaigne :


Montesquieu : Lettres persannes, 1721.
" Je demeurais quelquefois une heure dans une compagnie sans qu’on m’eût regardé, et qu’on m’eût mis en occasion d’ouvrir la bouche. Mais, si quelqu’un, par hasard, apprenait à la compagnie que j’étais Persan, j’entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement : Ah ! ah ! Monsieur est Persan ? c’est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ? " (Lettre XXX).

JJ ROUSSEAU : " Toute société partielle, quand elle est étroite et bien unie, s’aliène de la grande. Tout patriote est dur aux étrangers : ils ne sont qu’hommes, ils ne sont rien à ses yeux. Cet inconvénient est inévitable, mais il est faible. L’essentiel est d’être bon aux gens avec qui l’on vit. Au dehors le Spartiate était ambitieux, avare, inique ; mais le désintéressement, l’équité, la concorde régnaient dans ses murs. Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins. " (Émile, Livre I)

Freud, Das Unheimlich. L'inquiétante étrangeté.

Paul Ricœur : « Notre laïcité ne peut être perçue par les musulmans que comme une idée folle issue d'une religion fausse ; lorsqu'un imam entend dire que les lois de la République sont supérieures à celles de la religion, il entend quelque chose qui est tout simplement inconcevable pour lui. » (La Critique et la conviction, Paris : Calmann-Lévy, 1995).


François : « Un changement d’attitude envers les migrants et les réfugiés est nécessaire de la part de tous; le passage d’une attitude de défense et de peur, de désintérêt ou de marginalisation — qui, en fin de compte, correspond à la “culture du rejet” — à une attitude qui ait comme base la “culture de la rencontre”, seule capable de construire un monde plus juste et fraternel, un monde meilleur» (Message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié 2014). Il reste toutefois un aspect tragique et douloureux de cette expérience: le trafic de personnes, l’abus de travailleurs domestiques migrants et le travail d’esclavage. Parmi les catégories relativement récentes de personnes en mouvement qui requièrent une nouvelle forme de protection et qui exigent une attention urgente de la part de la communauté internationale, figure celle des mineurs non accompagnés, dont le nombre et les abus sont en rapide augmentation. »  INTERVENTION DE S.Exc. Mgr SILVANO TOMASI, OBSERVATEUR PERMANENT DU SAINT-SIÈGE AUPRÈS DU BUREAU DES NATIONS UNIES ET DES INSTITUTIONS SPÉCIALISÉES À GENÈVE* [13 juin 2014]

François : " Le principe de la centralité de la personne humaine, fermement affirmé par mon bien-aimé prédécesseur Benoît XVI (Cf. Lettre encyclique Caritas in veritate, 47), nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale. Par conséquent, il est nécessaire de former adéquatement le personnel préposé aux contrôles de frontière. Les conditions des migrants, des demandeurs d’asile et des réfugiés, postulent que leur soient garantis la sécurité personnelle et l’accès aux services élémentaires. Au nom de la dignité fondamentale de chaque personne, il faut s’efforcer de préférer des solutions alternatives à la détention pour ceux qui entrent sur le territoire national sans autorisation. MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS POUR LA JOURNÉE MONDIALE DU MIGRANT ET DU RÉFUGIÉ 2018 [14 janvier 2018]



Montluçon, 2017

Les divers intervenants déplorent " une montée de l'intolérance ", les " raisons identitaires " des oppositions à l'accueil de tous les migrants qui se présentent ( "pour l'essentiel c'est la peur "), voire une "militarisation de la peur de l'autre " ; ou encore : " la politique européenne sur l'immigration, c'est la guerre ". Quant à l'impact des migrants sur le marché de l'emploi, " aucun problème, il y a du travail " ; pas de concurrence donc avec les travailleurs français (le risque d'entraîner tous les salaires à la baisse n'est pas davantage envisagé). 

On serait " tous issus de l'immigration ". Ce qui dans mon cas comme dans bien d'autres, est faux. Si j'ai 1/16 de polonais, tout le reste est de souche (précisions tout au début de ma généalogie). La représentante d'Amnesty International affirme que " l'asile est un droit ", sans plus de précision. Or dans notre bloc constitutionnel, il est écrit :
" 4. Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République. " (Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946)
ce qui correspond à la seule notion de réfugié politique.

Il est certes humain et enrichissant d'accueillir des étrangers, comme pour des Français d'aller vivre et travailler hors de leur patrie, ce qui s'est toujours fait. On est d'autant plus sensible lorsque des enfants sont impliqués. Cependant l'immigration actuelle présente des caractéristiques particulières et soulève des difficultés nouvelles. Or aucune de ces difficultés et caractéristiques ne fut évoquée, fusse par un seul mot, lors de cette " table ronde ". Les divers exposés se sont bornés à présenter les actions d'associations ou d'individus en aide (démarches, enseignement du français, logement et emploi) aux migrants. Pas question donc de parler de zones de non droit, de territoires perdus, de communautarisme, de nouvel antisémitisme, encore moins d'atteintes à la laïcité ou de terrorisme islamique. Consensus dans l'angélisme.

Un bel optimisme économique fait dire qu'on aurait tout à gagner à ouvrir largement les frontières, que le travail des migrants créerait de nouveaux emplois. Un aspect de la question est cependant régulièrement négligé : il faut en effet prendre en considération les sommes envoyées par les immigrés vers les pays d’origine, soit plusieurs milliards d'euros à partir de la France (8 milliards d'€ selon Charles Milhaud, président du groupe Caisse d'épargne). Cela cause un déficit de consommation intérieure, donc déficit de la demande et de l'activité économique, d’où un effet négatif sur l’emploi.

En 2015, 80 075 demandes d'asile ont été enregistrées à l’OFPRA (source : ministère de l'Intérieur). Un intervenant utilise ce chiffre pour affirmer que par rapport à une population de 67 millions d'habitants, ce n'est pas grand' chose, et que nous pourrions bien le faire. Mais c'est confondre flux et stock, un flux qui s'ajoute à d'autres.

Ce n'est qu'après la fin de la réunion qu'un de mes voisins dans la salle osera nous parler de la question du halal pour tous, qu'il ne digère pas... La question n'aura pas été posée.

* * * * *

On est chez nous :
Code de l'urbanisme, article L. 101-1 :

Le territoire français est le patrimoine commun de la nation.


Deux atteintes à la souverainteté nationale :

nationalités multiples : estimées à environ 4 millions.

Vote des étrangers aux élections locales : fait l'objet d(une revendication ancienne.




jeudi 7 juin 2018

ATHÉISME ET LAÏCITÉ

Jean-Pierre Chevènement : " Il faut lever la confusion qui existe souvent dans l’esprit des peuples musulmans entre la laïcité et l’athéisme. Cela n’a rien à voir. " (" De l'islam, des musulmans et de la laïcité ", Orient XXI, 26 octobre 2017).


(29 oct 17) La peste ? Diable !! Sans doute une
punition divine pour tous les méfaits des judéo-chrétiens...


NB. Tous les passages mis en gras sur cette page le sont par moi Cl. C.


Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris, Joël Mergui, président du Consistoire israélite, François Clavairoly, président de la Fédération protestante, Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, Emmanuel Adamakis, métropolite orthodoxe grec de France,
et Marie-Stella Boussemart, présidente de l'Union Bouddhiste de France, le 7 janvier 2015 à
l’Élysée (quelques heures après l'attentat à Charlie-Hebdo). REUTERS/Philippe Wojazer

I / Actualité du président Macron


" Radicalisation " de la laïcité, héritage intellectuel et culturel, expliquer le fait religieux, structuration de l'islam, il est normal de croire. Face à des journalistes. Au dîner du CRIF. " Réparer " le lien entre l'Église et l'État. La civilité qu'il y a dans notre pays.

II / L'athéisme des origines à la fin du XVIIIe


Athéisme des anciens Grecs. Persécutions à la Renaissance et à l'époque moderne, prudence de Montaigne et Voltaire, audaces des Libertins. Nietzsche. Pseudo-preuves et arguments. Monothéismes tous issus du petit axe asiatique Nazareth-Jérusalem-Bethléem-Hébron-Médine-La Mecque.


III / Athéisme depuis début XIXe


Naigeon, Condorcet, Schopenhauer, Stendhal, Flaubert, Nietzsche, Roger Martin du Gard, Gide, Sartre, Camus, Conche, Comte-Sponville, Quiniou, Onfray. Formulations.



IV / Ancien régime. Concept de laïcité française depuis 1905


L'État civil, première séparation (depuis le décret du 20 septembre 1792.). La laïcité n'est ni la seule séparation, ni la seule coexistence des religionsLa laïcité n'est pas un athéisme d'État, mais pas non plus le silence de l'athéisme dans l'espace public. Principes : loi du 8 décembre 1905 et décret du 6 février 1911. Loi jugée " gravement injurieuse envers Dieu " (Vatican, 1906), " une très pernicieuse erreur " (Vatican, 1907). Exceptions territoriales.

(Charlie Hebdo)


V / Ce n'est pas au christianisme que l'on doit la laïcité
 C'est bien à tort que l'on invoque " Rendez à César... ". Religion d'État à Rome. Édits de Nantes, de Fontainebleau (révoquant celui de Nantes), de Versailles. Syllabus de 1864. Loi dite " de séparation " jugée par le Vatican " gravement injurieuse pour Dieu " (1906) et " très pernicieuse erreur " (1907). Sur une réunion du Cercle Condorcet de Montluçon.


VI / Appendices


* * * * *


I / Actualités du président Macron

" Philippe Portier : Comme il l’a explicitement souligné devant les protestants réunis en septembre à l’Hôtel de Ville pour le 500e anniversaire de la réforme, la laïcité d’Emmanuel Macron ressemble davantage à la laïcité de « confrontation », de Paul Ricœur, le philosophe protestant dont il fut, un temps, l’assistant. « J’attends beaucoup de vous, du dialogue entre les religions comme du dialogue avec les différentes philosophies pour éclairer ce débat, pour le faire vivre », a-t-il répété avec force à propos des états généraux de la bioéthique.
Il a eu aussi cette formule un peu ambiguë, rappelant à la fois qu’il avait « pris des engagements pendant sa campagne » mais aussi que la manière avec laquelle il abordera « ces débats ne sera en rien de dire que le politique a une prééminence sur vous ». " (La Croix, 7-8 avril 18).

a)
Le président Emmanuel Macron reçut le 21 décembre 2017 à l'Élysée les responsables des six principales religions (catholique, protestante, orthodoxe, musulmane, juive et bouddhiste) pendant " près de deux heures " (AFP).

" Il [Macron] a dit : " C'est bien la République qui est laïque et non la société, les cultes peuvent s'exprimer dans l'espace public", s'est réjoui ce pasteur réformé, qui assure la présidence tournante de la Conférence des responsables de culte en France (CRCF). Selon le grand rabbin de France, Haïm Korsia, Emmanuel Macron " ne comprend pas certaines situations qui relèvent d'une obsession. Il a parlé de "radicalisation de la laïcité". C'est une très belle formule, d'ailleurs "." Il s'est interrogé de manière critique sur la radicalisation de la laïcité au détour d'une phrase, en se disant vigilant là-dessus ", a abondé le pasteur Clavairoly. " (Le Figaro).

Réaction de Manuel Valls : " Je ne comprends pas l'idée d'une laïcité radicalisée. D'une manière générale je n'aime pas l'idée des adjectifs attachés à la laïcité: la laïcité 'ouverte' contre la laïcité 'radicalisée', a assuré ce mardi 9 janvier Manuel Valls sur Europe 1. Je ne l'accepte pas, c'est une manière d'ailleurs de disqualifier les avocats, les défenseurs de la République et de la laïcité. ". " Le vrai danger dans la société française, c'est l'islam radical, c'est l'islamisme radical, ce n'est pas la laïcité radicalisée. Faire un parallèle à travers cet adjectif 'radicalisé' entre les deux me paraît une faute. " " Je ne suis pas d'accord. Je pense que notre société est profondément laïque et qu'il faut la défendre. " En déplorant une " radicalisation de la laïcité ", le Président cautionne une fausse symétrie avec les islamistes dits " radicalisés ", assassins surtout. Ce qui est éminemment regrettable.

Réaction de Catherine Kintzler :

L’une des dérives consiste à grignoter le principe de laïcité en prétendant étendre à la puissance publique le fonctionnement qui vaut dans la société civile, en récusant peu à peu la neutralité et l’abstention de l’État : c’est la laïcité « ouverte », « positive », « inclusive », « accommodante », etc., qui finit par s’abolir elle-même en reconnaissant les communautés religieuses comme agents politiques.
L’autre dérive, symétrique, consiste à vouloir étendre le principe de laïcité à la société civile en la soumettant à la règle qui vaut dans le domaine de l’autorité publique : on prétend alors « nettoyer » la société de toute expression religieuse, on veut reléguer toute manifestation religieuse dans l’intimité (en confondant volontairement « intime » et « privé ») et n’en rien voir à l’extérieur, autrement dit on abolit la liberté d’expression3. (" Les propos sur la laïcité attribués au président Macron sont mal ficelés, Radicalisation et radicalité. La République est laïque, la société n’est pas tenue de l’être ", 29 décembre 2017).

Rappel (une bonne loi à l'intitulé malheureux) :
L'intitulé d'une loi n'a aucune valeur normative. (Cf Guide de légistique, Paris : La Documentation française, 2017). 
Le contenu de l'article 2 de cette loi correspond à une séparation des cultes et de la République. La description fautive (Églises, État) figure encore dans la Charte de la laïcité (de 2013).
b)
Le président Macron, 4 janvier 2018 : « Ce sécularisme à la française, qui parfois surprend nos voisins, est un ciment puissant dans notre pays qu’ont déchiré tant de guerres de religions où la religion est inscrite dans l’héritage intellectuel, culturel, social. Cela donne à l’État une position de surplomb et d’arbitre qui lui permet de ne pas sans cesse rejouer sa légitimité politique à l’aune des débats spirituels. Mais cette neutralité ne va pas sans quelque pédagogie et nous avons commencé à en discuter en décembre dernier, car on a trop vite fait d’inférer de cette neutralité de l’État une absence. La laïcité organiserait ainsi une sorte de vide métaphysique à l’intersection de toutes les croyances. Consciente que l’individu nourrit toujours une interrogation existentielle que le vide inquiète, insécurise, la laïcité se ferait alors forte de venir elle-même peupler cette zone neutre et d’incarner une sorte de foi républicaine forgée par des valeurs, des traditions érigées à leur tour en croyance universelle sur le modèle lointain du culte de l’être suprême des Jacobins. D’aucuns y rêvent encore mais ce culte-là a fait long feu.
[...]
Ce que Hannah ARENDT appelait la sanction transcendante dans le domaine politique tenté par le culte de l'Être suprême n'est en rien le sens de notre laïcité française. Et je ne souhaite pas qu'une religion d'État soit substituée de cette manière aux religions. Mais pas davantage la religion ne saurait colorer la vie politique de la nation. Je serais aussi, toujours vigilant à cet égard face aux tentatives de faire revenir par la fenêtre politique ce qui est sorti par la porte du religieux. Et je sais, comme vous, que certains tentent d'instaurer avec les pouvoirs publics, une forme de rapport de force autour de la mise en œuvre de telle ou telle croyance, oubliant là aussi, le fil de notre histoire et voulant la faire bégayer.
[...] Je récuse les stratégies d'entrisme comme les coups de force militants. Notre force, votre force, c'est que vous ne participez pas de la puissance publique et par conséquent que vous ne la légitimez pas. Et cette distinction fondamentale des Ordres est un acquis précieux pour vous comme pour la République car ce sont fondamentalement les principes de liberté d'association et de conscience qui régissent vos organisations respectives. Et de cette distinction ne saurait pour autant découler une quelconque ignorance, qui ne serait que méconnaissance par exclusion.
[...]
Nous avons commencé à mettre en place ce sur quoi nous sommes engagés en terme d'enseignement, de formation des enseignants, indispensable pour que le bon exercice de la laïcité se fasse, qu’il permette à des enseignants placés dans des situations d'extrême difficulté d'être armés, en quelque sorte, pour expliquer l'histoire de notre pays, mais aussi le fait religieux dans sa plénitude.
[...]
Nous devons avoir un travail sur la structuration de l'islam en France qui est la condition même pour que vous ne tombiez pas dans les rets des divisions de votre propre religion et de la crise qu'elle est en train de vivre sur le plan international. » (Discours des vœux du Président de la République aux autorités religieuses).

Mais la laïcité ne doit pas se réduire à la seule coexistence des religions, au seul pluralisme des croyances, c'est-à-dire à une laïcité multi-confessionnelle. une laïcité-tolérance à la Locke, dont l'incroyance serait exclue.

c)
Conseil des 13 Sages :
La sociologue Dominique Schnapper, fille de Raymond Aron, sociologue, ancien membre du Conseil constitutionnel, présidente.
Le formateur d'enseignants Jean-Louis Auduc, agrégé d'histoire.
Le producteur et animateur de radio (France Culture), membre du bureau de la Fondation de l'islam de France, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, Ghaleb Bencheikh.
L'inspectrice générale de l'Éducation nationale (Groupe permanent et spécialisé - histoire et géographie) Catherine Biaggi.
Le président de l'Observatoire de la laïcité auprès de Matignon, ancien ministre, Jean-Louis Bianco.
Abdennour Bidar, professeur de philosophie, auteur de Un islam pour notre temps (2004), ancien "M. laïcité" de la rue de Grenelle, membre de l'Observatoire de la laïcité depuis avril 2013 ; membre du Comité Consultatif National d’Éthique ; il se définit comme " un philosophe de l'islam ". Il a écrit ces lignes surprenantes :
« Il faut aller voir ailleurs, réfléchir du dehors, sortir du cadre de la pensée et de la culture occidentales modernes. C'est ce que j'ai entrepris d'un point de vue islamique. En 2008, dans /L'Islam sans soumission/, j'ai essayé de montrer comment l'islam peut être relu à partir du présent comme " religion de la sortie de la religion " [...] Grâce à une exégèse renouvelée des versets du Coran — fondement de l'anthropologie islamique — j'ai montré que l'être humain y est désigné comme le "successeur" (khalîf) de Dieu, le destinataire historique de sa puissance créatrice. » (Comment sortir de la religion, I, 3, Paris : La Découverte, 2012)
Le politologue Laurent Bouvet, cofondateur du Printemps républicain. Il déclara récemment :
" De soi-disant spécialistes de la laïcité (universitaires comme hauts responsables de l'État) viennent expliquer qu'elle garantit la « liberté religieuse » (sic) ou encore la coexistence des religions dans l'espace public !
Je m'inquiète quand je vois notamment que ce sont des gens qui forment de futurs enseignants par exemple en la matière. Il y a là une volonté délibérée (je ne peux imaginer une seconde qu'ils soient incapables de lire le texte de la loi de 1905 correctement…) de tordre le texte lui-même pour le faire correspondre à des idées politiques. "
L'universitaire Rémi Brague, écrivain, membre de l'Académie catholique de France.
Le journaliste, ancien grand maître du Grand Orient de France (GOdF), Patrick Kessel.
La philosophe Catherine Kintzlerprofesseur des Universités, signataire de la tribune " Non au séparatisme islamiste ".
La juriste Frédérique de la Morena, maître de conférences en droit public (Université de Toulouse 1)
Alain Seksig, ancien instituteur, inspecteur général de l'Éducation nationale, ancien membre du Haut comité à l'intégration (HCI), président de feue la commission laïcité du HCI (dissoute en 2012), membre du comité de rédaction de la revue Hommes et Migrations, instigateur en 2002 du « comité national de réflexion et de propositions sur la laïcité à l'école ».
Le haut fonctionnaire Richard Senghor, maître des requêtes au Conseil d'État.

Aucun athée, juif ou protestant identifié (sauf erreur), mais deux musulmans et un catholique.

d)
Le président Macron, 13 février 2018 : « Je crois en une forme de transcendance, oui. C’est d’ailleurs pour cela que je respecte éminemment la place que les religions occupent dans notre société. Je considère que d’un point de vue presque anthropologique, il est normal que nos concitoyens croient dans des religions, des formes métaphysiques, cela fait partie de la vie en société. De ce qui peut être nécessaire pour l’homme. On ne doit pas gommer cette part irréductible ». (Macron face aux journalistes, sans caméras).

e)

" [...] L'école est le cadre républicain dans lequel se construit ce rapport à l'autre. Et je dois vous le dire ici, j'ai constamment cherché à avoir cette vision, certains ont parfois pensé qu'elle n'était pas assez dure ou assez ferme de la laïcité, je crois qu'elle est conforme à l'esprit de 1905. La laïcité, c'est la possibilité, et au premier chef à l'école de croire ou de ne pas croire. Et la laïcité elle échoue à chaque fois, qu'on laisse à l'école des messages ou des comportements se faire à l'encontre de quelqu'un parce qu'il est ou parce que sa religion est celle-ci ou celle-là, mais nous sommes aussi en échec à chaque fois que nous ne savons pas donner sa place à chacun en le laissant croire et en ayant sa part privée de religion. Et aujourd'hui nous devions bien regarder en face les choses et elles contribuent d'ailleurs de cette espèce de République qui se compartimente, que vous avez évoquée. Je me battrai de toutes mes forces contre des endroits de la République ou des jeunes enfants parce qu'ils sont juifs doivent partir. J'ai vu comme vous des écoles dans des quartiers où on me disait qu'un jeune enfant avait dû rejoindre une école privée sous contrat ou une école privée parce qu'il ne pouvait plus rester dans l'école de la République, c'est une honte et cela, je veux qu'ensemble nous puissions réduire au sens quasi militaire du terme, par ce combat éducatif, par cette restauration de la laïcité, mais nous devons aussi et cette tendance existe depuis des années, tout faire pour que les jeunes enfants juifs puissent rester dans l'école de la République. Et j'ai, je dois vous le dire, une tristesse aussi réel quand je vois parce que la situation, la tension est ainsi à son paroxysme dans notre pays, des parents qui décident que leurs enfants vont quitter l'école de la République, parce qu'on n'a pas réussi à faire que les examens les plus importants, n’étaient plus organisés le samedi matin et que ce qui s'est toujours fait, ce qui s'est toujours fait dans le cadre de la laïcité dans l'école de la République, de manière dépassionnée, il ne faut pas parler d'accommodement puisque maintenant, ça a été repris par nos Canadiens, qui ont une vision multi culturaliste que nous n'avons pas, mais la laïcité, pardon mais c'est la réalité, je crois à la laïcité de 1905, mais la laïcité de 1905, elle a toujours été la sœur du bon sens républicain. Et le bon sens républicain, c'est que chacun soit là et c'est qu'un petit enfant de la République qu'il soit juif, qu’il soit musulman, qu’il soit protestant, qu’il soit catholique, il doit être dans l'école de la République au maximum parce que c'est là qu'il recevra l'enseignement la République et parce que c'est là qu'il apprendra à vivre avec l'autre. Et c'est parce que c'est ça le cœur de la laïcité. [...] "


" 726 mots ", L'ÉDITO par Riss, Charlie-Hebdo N° 1338, 14 mars 2018, page 3.

« Le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer. [...] Les liens les plus indestructibles entre la nation française et le catholicisme se sont forgés dans ces moments où est vérifiée la valeur réelle des hommes et des femmes. Il n’est pas besoin de remonter aux bâtisseurs de cathédrales et à Jeanne d’Arc : l’histoire récente nous offre mille exemples, depuis l’Union Sacrée de 1914 jusqu’aux résistants de 40, des Justes aux refondateurs de la République, des Pères de l’Europe aux inventeurs du syndicalisme moderne, de la gravité éminemment digne qui suivit l’assassinat du Père HAMEL à la mort du colonel BELTRAME, oui, la France a été fortifiée par l’engagement des catholiques.
[...]
M’aveugler volontairement sur la dimension spirituelle que les catholiques investissent dans leur vie morale, intellectuelle, familiale, professionnelle, sociale, ce serait me condamner à n’avoir de la France qu’une vue partielle ; ce serait méconnaître le pays, son histoire, ses citoyens ; et affectant l’indifférence, je dérogerais à ma mission. Et cette même indifférence, je ne l’ai pas davantage à l’égard de toutes les confessions qui aujourd’hui habitent notre pays.
Et c’est bien parce que je ne suis pas indifférent, que je perçois combien le chemin que l'État et l'Église partagent depuis si longtemps, est aujourd'hui semé de malentendus et de défiance réciproques.
[...]
Je suis convaincu que la sève catholique doit contribuer encore et toujours à faire vivre notre nation.  »


Jean-Paul Scot : " Vous ne faites allusion aux rares catholiques « résistants de 1940 » que pour faire oublier « la divine surprise » que l’Église de France a éprouvé en se ralliant au régime de l’État français de Vichy. Et puisque vous invoquez le général De Gaulle, sachez qu’il exigea du Vatican une épuration sévère de l’épiscopat français sans obtenir vraiment gain de cause en 1945. Sachez encore qu’à une délégation des cardinaux et du nonce apostolique venus lui demander en 1958 de supprimer l’épithète « laïque » de l’article 1er de la Constitution il répondit : « Nous pouvons penser que la France est catholique par son histoire, mais la République est laïque » ". (Lettre ouverte au président de la République sur ce qu’est et n’est pas la laïcité ", L'Humanité.fr, 15/4/18)
Paru en 2005


g)

AFP/Le Point : " En appelant à une « bataille pour l'émancipation » sur le voile, jugé « pas conforme à la civilité », Emmanuel Macron semble avoir raidi son discours sur l'islam tout en affichant sa volonté de nouer des relations « pacifiées » avec les cultes. Dimanche [15/4] soir, lors du long entretien accordé à BFM TV-RMC et Mediapart, le chef de l'État a dit vouloir « être sûr [...] qu'aucune femme ne soit obligée » de porter le foulard islamique. Interrogé sur le rejet supposé du voile dans une partie de la population française, il a fait valoir que cet attribut n'était « pas conforme à la civilité qu'il y a dans notre pays, c'est-à-dire au rapport qu'il y a entre les hommes et les femmes », évoquant une « bataille pour l'émancipation » à mener sur ce sujet. "

* * * * *
Le président Macron semble contredire la séparation constitutionnelle des cultes et de la République. En valorisant " d’un point de vue presque anthropologique " le fait de croire, en en faisant quelque chose " qui peut être nécessaire ", à " ne pas gommer ", en voulant rétablir un lien " abîmé ", il semble considérer les incroyants comme des minus habens et rompt, mais en paroles seulement, la neutralité de l'exécutif de l'État en ce domaine, comme l'avait fait peu après son élection le président Nicolas Sarkozy en comparant les rôles respectifs de l'instituteur et du curé :
" Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. " (Latran, 20 décembre 2007).
Notons que l'un et l'autre n'ont jamais envisagé le moindre projet de loi relatif à une modification des principes de la loi du 9 décembre 1905. En notant que le tchador n'est  " pas conforme à la civilité qu'il y a dans notre pays ", le président Macron fait toutefois savoir que le droit de manifester sa religion en public n'est ni absolu ni illimité ; ceci en conformité avec l'esprit de la loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation complète du visage dans l'espace public.

De Paul Ricœur (qui a rééduqué notre président sur le plan philosophique : « Notre laïcité ne peut être perçue par les musulmans que comme une idée folle issue d'une religion fausse ; lorsqu'un imam entend dire que les lois de la République sont supérieures à celles de la religion, il entend quelque chose qui est tout simplement inconcevable pour lui. » (La Critique et la conviction, Paris : Calmann-Lévy, 1995).



Charlie Hebdo



II / Histoire de l'athéisme, des origines à 1789

Athéisme, Histoire de l'athéisme (lien)

Le pécheur arrogant, l'insensé (insipiens) qui disent " Non est Deus " noté dans l'Ancien Testament (Psaumes X, 4 et XIV, 1).

Si les bœufs savaient dessiner... (Xénophane de Colophon). Le sophiste Critias (invention)
Platon distingue athéisme relatif et athéisme absolu ; accusation d'athéisme absolu portée parMélétos contre Socrate. (Apologie de Socrate, 26 c-e)
" Dès qu’un homme croit, comme les lois le lui enseignent, qu’il y a des dieux, jamais il ne se portera volontairement à commettre aucune action impie, ni à tenir aucun discours contraire aux lois. Ce désordre ne peut venir que d’une de ces trois causes, ou de ce qu’on ne croit pas, comme je viens de le dire, que les dieux existent, ou s’ils existent, qu’ils ne se mêlent pas des affaires humaines, ou enfin qu’il est aisé de les apaiser et de les gagner par des sacrifices et des prières. " (Lois, X, 885c)
Lucrèce (-99 / -55) :
" Les Dieux, de leur nature, entière par soi-même,
Sont immortels, heureux dans une paix suprême,
Loin des choses de l’homme et bien plus haut que nous ;
Nos périls, nos douleurs ne leur sont pas communes ;
Sans nul besoin de nous, maîtres de leurs fortunes,
Ils sont indifférents, sans grâce ni courroux."
De rerum natura, I, 79)

Pas d'athées chez les barbares (Élien, fin IIe / début IIIe siècle).


* * * * *


Dans sa lettre à Érasme du 30 novembre 1532, Rabelais, écrivant en grec, disait du grammairien et polémiste Jules César Scaliger qu'il était " totalement athée ".

Montaigne (lien) et l'autonomie de la pensée (avant Descartes).


a) Persécutés notamment pour athéisme ou blasphèmes :


Étienne DOLET (1509 – 3 août 1546)
Emprisonné en 1542 sous l’accusation d’athéisme. Bénéficie alors de la protection de François Ier.
Trois mots qu'il ajoute à la traduction d'un dialogue faussement attribué à Platon. Socrate, s'adressant à son ami Axiochus, y prononce la phrase suivante : "... Et si tu mourais, elle [la mort] ne serait pas davantage pour toi, puisque tu ne serais plus." Dolet rajoute "rien du tout" à la fin de la phrase : " Et si tu mourais, elle ne serait pas davantage pour toi, puisque tu ne serais plus rien du tout. "
À nouveau arrêté et jugé athée évadé par la faculté de théologie de la Sorbonne ; il implore le pardon de Dieu, ce qui lui vaut de ne pas avoir la langue coupée avant la mise à feu du bûcher.
Le 3 août 1546, il est brûlé vif avec ses livres et manuscrits sur la place Maubert.



Montaigne l'avait échappé belle." Vif, parce que vous êtes : mort, par ce que vous n'êtes plus. " (Essais, I, xx) ; en suivant ici Épicure, il penchait pour l'immortalité de l'âme.

Christopher MARLOWE (1564-1593) : Accusé d'hérésie, réputation d'athée. his death was faked to save him from trial and execution for subversive atheism. Honan (2005), p.355. " Useful research has been stimulated by the infinitesimally thin possibility that Marlowe did not die when we think he did. ... History holds its doors open. "

Giordano BRUNO (1548 près de Naples - 17 février 1600 à Rome) : Ancien frère dominicain, disciple de Copernic. Auteur de La Cause, le principe et l’un et De l’Infini, de l'univers et des mondes (1583).
. Accusé d'athéisme et d'hérésie (particulièrement pour sa théorie de la réincarnation des âmes) par l'Inquisition, d'après des écrits jugés blasphématoires (où il proclame en outre que Jésus-Christ n'est pas Dieu mais un simple « mage habile », que le Saint-Esprit est l'âme de ce monde, que Satan sera finalement sauvé), il est condamné à être brûlé vif après huit années de procès.
Le 21 décembre il dit à ses bourreaux : « Je ne me repentirai pas ! ».
Le 20 janvier, le pape Clément VIII décide de l’envoyer au bûcher.
Thèse sur l'infinité du monde.

Giulio VANINI
Malenfant, greffier du Parlement de Toulouse, aurait noté dans ses Mémoires (1617-1619) :
« Il estoit par trop notoire que le dict estoit enclin, voire entièrement empunaysi du vilain péché de Gomorrhe ; et fut arresté deux fois diverses le commettant, l’une sur le rempart de Saint-Estienne, près la porte, avec un jeune escolier angevin, et une autre, en une certaine maison de la rue des Blanchers, avec un beau fils de Lectoure en Gascogne ; et conduit devant les magistrats, répondit en riant qu’il étoit philosophe, et par suite enclin à commettre le péché de philosophie. »
Lucilio Vanini, dit Giulio Cesare Vanini, né en 1585 à Taurisano dans la Terre d'Otrante (Italie, région des Pouilles), licencié en droit en 1606, précepteur, arrêté en novembre 1618 par l'Inquisition et exécuté à Toulouse le 9 février 1619, est un philosophe et naturaliste italien précurseur de Spinoza, , proche du courant libertin.
De admirandis Naturæ, dans Opere di Giulio Cesare Vanini, Milan, 1934, t. II, p. 276. " In unica Naturæ Lege, quæ ipsa Natura (quæ Deus est enim principium motus), in omnium gentium animis inscripsit."
Sa vie errante, sa mort tragique, ainsi que son parti pris antichrétien, rappellent les souvenirs d'Étienne Dolet et de Giordano Bruno.

Après un long délibéré, Lucilio Vanini, dit Pomponio Uciglio, fut convaincu de blasphème, impiété, athéisme, sorcellerie et corruption de mœurs. Il fut condamné à avoir la langue coupée, à être étranglé puis brûlé le 9 février 1619 sur la place du Salin. Gabriel Barthélemy de Gramond, Historiarum Galliœ ab excessu Henrici IV, Toulouse, 1643, livre XVIII :
« Avant de mettre le feu au bûcher, on lui ordonna de livrer sa langue sacrilège au couteau : il refusa ; il fallut employer des tenailles pour la lui tirer, et quand le fer du bourreau la saisit et la coupa, jamais on n’entendit un cri plus horrible ; on aurait cru entendre le mugissement d’un bœuf qu’on tue. Le feu dévora le reste, et les cendres furent livrées au vent. »
Heinz Thoma dans Michel Delon dir., Dictionnaire européen des Lumières, Paris : PUF, 1997, article Athéisme, page 117 :
" L'un des représentants les plus extrémistes de la pensée athéiste est Giulio Cesare Vanini qui, dans De admirandis (1616) affirme que la matière est éternelle et Doute que Dieu soit à l'origine de la création, thèses qui lui valent de périr sur le bûcher en 1619. [...] En dernier lieu, les découvertes scientifiques dues aux voyages entrepris, par exemple, par Bouguainville, Cook et Forster, en rendant possible la comparaison entre des degrés différents de l'évolution de l'histoire naturelle et sociale, ôtent non seulement toute crédibilité à l'histoire de la Genèse et à une chronologie chrétienne, mais ruinent également la conception théologique de l'histoire. "

Théophile de Viau (1590-1626) est décrit comme un auteur libertin. Cf René Pintard, Le Libertinage érudit dans la première moitié du xviie siècle, Paris, 1943. Rééd. : Genève et Paris : Slatkine, 1983.

" Quand un homme s'entoure d'amis qui tous sont athées, comment douter qu'il le soit aussi ?Théophile, dès 1615, est un athée. Les faits ont été déjà signalés. A Castelnau-Barbarens, en octobre 1615, le poète a tenu plusieurs « discours d'impiétez » contre Dieu, la Vierge et les Saints. Il s'est moqué de la Bible. À Saint-Affrique, un peu plus tard, il a renouvelé le scandale, il s'est permis sur la Vierge et les saints d'ordurières plaisanteries. "

De Viau est mort à Paris des suites de ses séjours en prison, à l'âge de 36 ans.

Autres libertins, sans doute pas tous athées : La Mothe Le Vayer (1588-1672), Denis Sanguin de Saint-Pavin (1595-1670), Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654), Claude de Chouvigny de Blot, baron de Blot l'Église (vers 1608 - 1655), Tallemant des Réaux (1619-1692), Jean de La Fontaine (1621-1695), Molière (1622-1673), Alexis Piron (1689-1773), Jean-Baptiste Rousseau (1669-1741), Alexis Piron (1689-1773), Julien Jean Offray de La Mettrie, (1709-1751) et alii.

Dénonciation des premiers libertins.
" Le Diable s’appercevant de la foiblesse et incapacité d’un petit esprit, tasche de luy soustraire doucement toutes les occupations qui le pourroient tenir en halene, il le mene premierement à la feneantise, de la feneantise à la gourmandise et yvrognerie, de celle-cy à la luxure, de la luxure à l’insensibilité, de l’insensibilité à la curiosité, de la curiosité, à la Magie et sortilege, de celuy-cy à l’Atheisme, et voyla le voyage que se font ordinairement tous nos beaux esprits pretendus. " François Garasse, La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, ou pretenduz tels, contenant plusieurs maximes pernicieuses à l’Estat, à la Religion et aux bonnes Mœurs, combattue et renversee par le P. François Garassus de la Compagnie de Jésus, Sébastion Chappelet, Paris, 1623, republiée par Gregg international publishers limited, Westmead, Farnborough, Hants., England, 1971.
1659 : Texte anonyme Theophrastus redivivus.
" Tractatus primus qui est „de Diis“
Tractatus secundus qui est „de Mundo“
Tractatus tertius qui est „de religione“
Tractatus quartus qui est „de anima et de inferis“
Tractatus quintus qui est „de contemnenda morte“
Tractatus sextus qui est „de vita secundum natura“ "
Naples : Morano, 1979


Molière, Don Juan, acte III, scène 2, 1665. Scène du pauvre :
" LE PAUVRE.- Je suis un pauvre homme, Monsieur, retiré tout seul dans ce bois depuis dix ans, et je ne manquerai pas de prier le Ciel qu'il vous donne toute sorte de biens.
DOM JUAN.- Eh, prie-le qu'il te donne un habit, sans te mettre en peine des affaires des autres.
SGANARELLE.- Vous ne connaissez pas Monsieur, bon homme, il ne croit qu'en deux et deux sont quatre, et en quatre et quatre sont huit.
DOM JUAN.- Quelle est ton occupation parmi ces arbres ?
LE PAUVRE.- De prier le Ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me donnent quelque chose.
DOM JUAN.- Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise.
LE PAUVRE.- Hélas, Monsieur, je suis dans la plus grande nécessité du monde.
DOM JUAN.- Tu te moques; un homme qui prie le Ciel tout le jour, ne peut pas manquer d'être bien dans ses affaires.
LE PAUVRE.- Je vous assure, Monsieur, que le plus souvent je n'ai pas un morceau de pain à mettre sous les dents. "

De la même année :

La question de l'athéisme du philosophe Baruch Spinoza (1632-1677) est discutée :

" Dans ses affirmations concernant la nature de Dieu, Spinoza se prête également à une certaine identification avec l'athéisme. En effet, la croyance ordinaire en Dieu veut que par sa transcendance, celui-ci ne soit qu'esprit, absolument séparé de toute réalité corporelle dont il est créateur. Or Spinoza affirme que Dieu est étendu (Ethique II, proposition 2). " (" Le spinozisme est-il un athéisme ? ")

Spinoza était-il athée ?

L'Allemand Matthias Knutzen, né en 1646, était lui ouvertement athée ; cf ses trois écrits de 1674, qu'il distribua à Rome et à Jena (Thuringia). La ville et l'université de Jena menèrent une enquête. Pour éviter l'arrestation, Knutzen alla d'abord à Coburg puis à Altdorf près de Nuremberg.

Dans sa lettre en latin Amicus Amicis Amica! Knutzen résume sa pensée ainsi :
Insuper Deum negamus, Magistratum ex alto despicimus, Templa quoque cum omnibus Sacerdotibus rejicientes.
De plus nous nions Dieu, nous méprisons les autorités d'en haut, nous rejetons les temples et tous leurs ministres.

Pierre Bayle (1647-1706), auteur du Dictionnaire historique et critique ; qualifiait Spinoza d'athée vertueux ; élargit la tolérance selon Locke à l'athéisme :

Pensées diverses sur la comète, 1683. (La moralité ne provient pas de la religion).

Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ " Contrains-les d'entrer ", 1686. Critique notamment de l'approbation donnée par Augustin à ces paroles rapportées dans l'Évangile de Luc (XIV, 23).



Première édition 1696.

« Le Dictionnaire historique et critique du protestant Pierre Bayle, publié à la fin du XVIIe mais si souvent réédité tout au long du siècle suivant [...] a contribué au premier chef à donner une nouvelle configuration à la rupture entre la raison et la foi, peu nouvelle en elle-même mais effectuée cette fois-ci au profit de la première. »
Stéphane Rials, La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, chapitre II, Paris : Hachette, 1988 (collection Pluriel).






Philosophe après avoir été jésuite, le Polonais Kazimierz Łyszczyński, né en 1634, est connu pour avoir écrit un traité joliment intitulé De non existentia Dei. Il écrivit aussi " ergo non est Deus " dans la marge de la Theologia Naturalis d'Henry Aldsted. Accusé à juste titre d'athéisme, il fut décapité le matin du 30 mars 1689 sur la place du marché de Varsovie.

Pendant son procès (1689), Łyszczyński prétendit que le sujet de son écrit était un débat entre un catholique et un athée, et que le catholique devait finalement l'emporter. Il dit à la Diète que le titre final aurait été différent de De non existentia Dei). Il prétendit n'avoir écrit que la première moitié, les arguments de l'athée, puis s'être arrêté d'écrire sur le conseil d'un prêtre.

* * * * *
Philippe Basse et Bernard Mocmanesse, brûlés vifs pour blasphèmes et homosexualité à Paris en mars 1720.


Le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre, né le au château de Férolles-en-Brie et mort le à Abbeville, est un jeune noble français condamné, pour blasphème et sacrilège, par le tribunal d'Abbeville, puis par la Grand-Chambre du Parlement de Paris, à faire amende honorable, à être décapité et ensuite brûlé, après avoir été soumis à la question ordinaire et extraordinaire : une sentence qui sera exécutée.

* * * * *

b) Arguments philosophiques


Lettre de Pascal au père Noël, 29 octobre 1647 ; argument hélas appliqué à la seule question de la matière subtile de Descartes :
« Nous trouvons plus de sujet de nier son existence, parce qu'on ne peut pas la prouver, que de la croire, par la seule raison qu'on ne peut montrer qu'elle n'est pas. »
 HENRY OLDENBURG (v. 1618 - 1677) (secrétaire de la Royal Society de Londres), dont le nom mérite (bien qu'ignoré par Onfray...) de rester dans les Annales de l’Athéologie :
« Des définitions ne peuvent contenir autre chose que des concepts formés par notre esprit ; or notre esprit conçoit beaucoup d’objets qui n’existent pas et sa fécondité est grande à multiplier et à augmenter les objets qu’il a conçus. Je ne vois donc pas comment de ce concept que j’ai de Dieu, je puis inférer l’existence de Dieu. » (Lettre à Baruch Spinoza, 27 septembre 1661).

Diderot ; " [Saunderson] : Un phénomène est-il, à notre avis, au-dessus de l'homme ? nous disons aussitôt : c'est l'ouvrage d'un Dieu ; notre vanité ne se contente pas à moins. Ne pourrions-nous pas mettre dans nos discours un peu moins d'orgueil, et un peu plus de philosophie ? Si la nature nous offre un nœud difficile à délier laissons le pour ce qu'il est et n'employons pas à le couper la main d'un être qui devient ensuite pour nous un nouveau nœud plus indissoluble que le premier. " (Lettre sur les aveugles, juin 1749). Le 24 juillet, Diderot est arrêté et emprisonné au donjon de Vincennes.

Encyclopédie, article " Athéisme " (1751 ; article tiré des papiers de M. Formey, secrétaire de l’Académie royale de Prusse) :


ATHÉISME, s. m. (Métaphysique) C’est l’opinion de ceux qui nient l’existence d’un Dieu auteur du monde. Ainsi la simple ignorance de Dieu ne feroit pas l’athéisme. Pour être chargé du titre odieux d’atheisme, il faut avoir la notion de Dieu, et la rejetter. L’état de doute n’est pas non plus l’athéisme formel : mais il s’en approche ou s’en éloigne, à proportion du nombre des doutes, ou de la maniere de les envisager. [...] On ne peut regarder comme véritable athée que celui qui rejette l’idée d’une intelligence qui gouverne avec un certain dessein. Quelque idée qu’il se fasse de cette intelligence ; la supposât-il matérielle, limitée à certains égards, etc. tout cela n’est point encore l’athéisme. L’athéisme ne se borne pas à défigurer l’idée de Dieu, mais il la détruit entierement.
J’ai ajoûté ces mots, auteur du monde, parce qu’il ne suffit pas d’adopter dans son système le mot de Dieu, pour n’être pas athée. Les Épicuriens parlaient des dieux, ils en reconnoissaient un grand nombre ; et cependant ils étaient vraiement athées, parce qu’ils ne donnaient à ces dieux aucune part à l’origine et à la conservation du monde, et qu’ils les reléguaient dans une mollesse de vie oisive et indolente. Il en est de même du Spinosisme, dans lequel l’usage du mot de Dieu n’empêche point que ce système n’en exclue la notion.
L’athéisme est fort ancien ; selon les apparences, il y a eu des athées avant Démocrite et Leucippe, puisque Platon (de Legibus pag. 888. edit. Serr.) dit en parlant aux athées de son temps. « Ce n’est pas vous seul mon fils, ni vos amis (Démocrite, Leucippe et Protagoras) qui avez eu les premiers ces sentimens touchant les dieux : mais il y a toujours eu plus ou moins de gens attaqués de cette maladie ». Aristote dans sa Metaphysique assure que plusieurs de ceux qui ont été les premiers philosophes, n’ont reconnu que la matière pour la premiere cause de l’univers, sans aucune cause efficiente et intelligente. La raison qu’ils en avaient, comme ce philosophe le remarque, (liber I. c. iij.) c’est qu’ils assuraient qu’il n’y a aucune substance que la matière, et que tout le reste n’en est que des accidents, qui sont engendrés et corruptibles ; au lieu que la matière qui est toujours la même, n’est ni engendrée, ni sujette à être détruite, mais éternelle. [...] Nous nous bornons ici aux remarques générales suivantes.
1°. C’est à l’athée à prouver que la notion de Dieu est contradictoire, et qu’il est impossible qu’un tel être existe ; quand même nous ne pourrions pas démontrer la possibilité de l’être souverainement parfait, nous serions en droit de demander à l’athée les preuves du contraire ; car étant persuadés avec raison que cette idée ne renferme point de contradiction, c’est à lui à nous montrer le contraire ; c’est le devoir de celui qui nie d’alléguer ses raisons. Ainsi tout le poids du travail retombe sur l’athée ; et celui qui admet un Dieu, peut tranquillement y acquiescer, laissant à son antagoniste le soin d’en démontrer la contradiction. Or, ajoutons-nous, c’est ce dont il ne viendra jamais à bout. En effet, l’assemblage de toutes les réalités, de toutes les perfections dans un seul être, ne renferme point de contradiction, il est donc possible ; et dès-là qu’il est possible, cet être doit nécessairement exister, l’existence étant comprise parmi ces réalités : mais il faut renvoyer à l’article Dieu le détail des preuves de son existence.
2°. Bien loin d’éviter les difficultés, en rejettant la notion d’un Dieu, l’athée s’engage dans des hypothèses mille fois plus difficiles à recevoir. Voici en peu de mots ce que l’athée est obligé d’admettre. Suivant son hypothèse, le monde existe par lui-même, il est indépendant de tout autre être ; et il n’y a rien dans ce monde visible qui ait sa raison hors du monde. Les parties de ce tout et le tout lui-même renferment la raison de leur existence dans leur essence, ce sont des êtres absolument nécessaires, et il impliquerait contradiction qu’ils n’existassent pas. Le monde n’a point eu de commencement, il n’aura point de fin ; il est éternel, et suffisant à lui-même pour sa conservation. Les miracles sont impossibles, et l’ordre de la nature est inaltérable. Les lois du mouvement, les événements naturels, l’enchaînement des choses, sont autant d’effets d’une nécessité absolue ; l’âme n’a point de liberté. L’univers est sans bornes ; une fatalité absolue tient lieu de Providence. (Voyez Wolf, Théologie naturelle, tome II. sect. II. chap. j.) C’est-là, et non dans le système des théistes, qu’il faut chercher les contradictions ; tout en fourmille. [...]
3°. L’athée ne saurait éviter les absurdités du progrès à l’infini. Il y a un progrès qu’on appelle rectiligne, et un progrès qu’on appelle circulaire. Suivant le premier, en remontant de l’effet à la cause, et de cette cause à une autre, comme de l’œuf à la poule, et de la poule à l’œuf, on ne trouve jamais le bout ; et cette chaîne d’êtres visiblement contingents, forme un tout nécessaire, éternel, infini. L’impossibilité d’une telle supposition est si manifeste, que les philosophes païens l’avaient abandonnée, pour se retrancher dans le progrès circulaire. Celui-ci consiste dans certaines révolutions périodiques extrèmement longues, au bout desquelles les mêmes choses se retrouvent à la même place ; et l’état de l’univers est précisément tel qu’il était au même moment de la période précédente. J’ai déja écrit une infinité de fois ce que j’écris à présent, et je l’écrirai encore une infinité de fois dans la suite des révolutions éternelles de l’univers. Mais la même absurdité qui détruit le progrès rectiligne, revient ici contre le progrès circulaire. Comme dans le premier cas on cherche inutilement, tantôt dans l’œuf, tantôt dans la poule, sans jamais s’arrêter, la raison suffisante de cette chaîne d’êtres ; de même dans celui-ci une révolution est liée à l’autre : mais on ne voit point comment une révolution produit l’autre, et quel est le principe de cette succession infinie. Que l’on mette des millions d’années pour les révolutions universelles, ou des jours, des heures, des minutes, pour l’existence de petits insectes éphémeres, dont l’un produit l’autre sans fin, c’est la même chose ; ce sont toujours des effets enchaînés les uns aux autres, sans qu’on puisse assigner une cause, un principe, une raison suffisante qui les explique.
4°. On peut aussi attaquer l’athéisme par ses conséquences, qui, en sappant la religion, renversent du même coup les fondemens de la morale et de la politique. En effet l’athéisme avilit et dégrade la nature humaine, en niant qu’il y ait en elle les moindres principes de morale, de politique, d’équité et d’humanité : toute la charité des hommes, suivant cet absurde système, toute leur bienveillance, ne viennent que de leur crainte, de leur faiblesse, et du besoin qu’ils ont les uns des autres. L’utilité et le désir de parvenir, l’envie des plaisirs, des honneurs, des richesses, sont les uniques règles de ce qui est bon. [...]
Je conviens que les idées de l’honnête et du deshonnête subsistent avec l’athéisme. Ces idées étant dans le fonds et dans l’essence de la nature humaine, l’athée ne saurait les rejetter. Il ne peut méconnaître la différence morale des actions ; parce que quand même il n’y auroit point de divinité, les actions qui tendent à détériorer notre corps et notre âme seraient toujours également contraires aux obligations naturelles. La vertu purement philosophique, qu’on ne saurait lui refuser, en tant qu’il peut se conformer aux obligations naturelles, dont il trouve l’empreinte dans sa nature ; cette vertu, dis-je, a très-peu de force, ne saurait guere tenir contre les motifs de la crainte, de l’intérêt et des passions. [...]
Il résulte de-là que l’athéisme publiquement professé est punissable suivant le droit naturel. On ne peut que desapprouver hautement quantité de procédures barbares et d’exécutions inhumaines, que le simple soupçon ou le prétexte d’athéisme ont occasionnées. Mais d’un autre côté l’homme le plus tolérant ne disconviendra pas, que le magistrat n’ait droit de réprimer ceux qui osent professer l’athéisme, et de les faire périr même, s’il ne peut autrement en délivrer la société. [...] Cet article est tiré des papiers de M.Formey, secrétaire de l’Académie royale de Prusse. (X)

À noter les mésaventures et rétractations du comte Georges-Louis de Buffon, le Galilée français :
« J’abandonne ce qui dans mon livre [Histoire de la Terre] regarde la formation de la Terre, et en général tout ce qui pourrait être contraire à la narration de Moïse [la Genèse], n’ayant présenté mon hypothèse sur la formation des planètes que comme une pure supposition philosophique. » Réponse du comte Georges-Louis de Buffon à MM. Les Députés et Syndic de la Faculté de Théologie, 12 mars 1751.

Voltaire, articles " Athée ", section première : " L’athéisme et le fanatisme sont deux monstres qui peuvent dévorer et déchirer la société ; mais l’athée dans son erreur conserve sa raison, qui lui coupe les griffes, et le fanatique est atteint d’une folie continuelle qui aiguise les siennes. " [Voyez Religion. (Note de Voltaire)]

et "Athéisme" : " Bayle devait plutôt examiner quel est le plus dangereux, du fanatisme ou de l’athéisme. Le fanatisme est certainement mille fois plus funeste, car l’athéisme n’inspire point de passion sanguinaire, mais le fanatisme en inspire ; l’athéisme ne s’oppose pas aux crimes, mais le fanatisme les fait commettre. Supposons, avec l’auteur du Commentarium rerum gallicarum [de François de Beaucaire-Péguillon , évêque de Metz], que le chancelier de L’Hospital fût athée : il n’a fait que de sages lois, et n’a conseillé que la modération et la concorde ; les fanatiques commirent les massacres de la Saint-Barthélemy. [Thomas] Hobbes passa pour un athée : il mena une vie tranquille et innocente ; les fanatiques de son temps inondèrent de sang l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande. Spinoza était non-seulement athée, mais il enseigna l’athéisme : ce ne fut pas lui assurément qui eut part à l’assassinat juridique de Barneveldt ; ce ne fut pas lui qui déchira les deux frères de Wit en morceaux, et qui les mangea sur le gril. " (section IV)

« Qu’est-ce, en effet, qu’un athée ? C’est un homme qui détruit des chimères nuisibles au genre humain pour ramener les hommes à la nature, à l’expérience, à la raison. C’est un penseur, qui ayant médité la matière, son énergie, ses propriétés et ses façons d’agir, n’a pas besoin pour expliquer les phénomènes de l’univers et les opérations de la nature, d’imaginer des puissances idéales, des intelligences imaginaires, des êtres de raison, qui, loin de faire mieux connaître cette nature, ne font que la rendre capricieuse, inexplicable, méconnaissable, inutile au bonheur des humains. »
Système de la nature ou Des lois du monde physique et du monde moral ", 1770, Seconde partie " De la divinité ; des preuves de son existence, de ses attributs ; de la manière dont elle influe sur le bonheur des hommes ", chapitre xi " Apologie des sentiments contenus dans cet ouvrage. De l’impiété. Existe-t-il des athées ? "

Diderot : « Vous mêlez la théologie avec la philosophie ; c’est gâter tout, c’est mêler le mensonge avec la vérité ; il faut sabrer la théologie. »
Reproche fait à des Anglais, rapporté par Samuel de Romilly en 1781.


Sade (lien) : " À te prouver que tout peut être ce qu'il est et ce que tu vois, sans qu'aucune cause sage et raisonnable le conduise, et que des effets naturels doivent avoir des causes naturelles, sans qu'il soit besoin de leur en supposer d'antinaturelles, telle que le serait ton dieu qui lui-même, ainsi que je te l'ai déjà dit, aurait besoin d'explication, sans en fournir aucune; et que, par conséquent dès que ton dieu n'est bon à rien, il est parfaitement inutile; qu'il y a grande apparence que ce qui est inutile est nul et que tout ce qui est nul est néant; ainsi, pour me convaincre que ton dieu est une chimère, je n'ai besoin d'aucun autre raisonnement que celui qui me fournit la certitude de son inutilité. "

* * * * *

III / Athéisme depuis 1789

Jacques-André Naigeon : Dans l’Encyclopédie méthodique, Naigeon prône le fatalisme, le matérialisme, l’athéisme, notamment dans les articles consacrés à Collins, à Campanella, à Vanini et au curé Meslier.

Condorcet : " Le mépris des sciences humaines était un des premiers caractères du christianisme. Il avait à se venger des outrages de la philosophie ; il craignait cet esprit d’examen et de doute, cette confiance en sa propre raison, fléau de toutes les croyances religieuses. La lumière des sciences naturelles lui était même odieuse et suspecte ; car elles sont très dangereuses pour le succès des miracles ; et il n’y a point  de religion qui ne force ses sectateurs à dévorer quelques absurdités physiques. Ainsi le triomphe du christianisme fut le signal de l’entière décadence, et des sciences, et de la philosophie. " (Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, Cinquième époque). Condorcet s'accorde avec Nietzsche sur la décadence commençant avec le christianisme ; pour Onfray, au contraire, la décadence suit la fin du christianisme.

" VINGT sectes égyptiennes, judaïques, s’accordant pour attaquer la religion de l’empire, mais se combattant entre elles avec une égale fureur, finirent par se perdre dans la religion de Jésus. On parvint à composer de leurs débris une histoire, une croyance, des cérémonies, et une morale, auxquelles se réunit peu-à-peu la masse de ces illuminés.
TOUS croyaient à un Christ, à un Messie envoyé de dieu, pour réparer le genre humain. C’est le dogme fondamental de toute secte qui veut s’élever sur les débris des sectes anciennes. On se disputait sur le temps, sur le lieu de son apparition, sur son nom mortel : mais celui d’un prophète, qui avait, dit-on, paru en Palestine, sous Tibère, éclipsa tous les autres ; et les nouveaux fanatiques se rallièrent sous l’étendard du fils de Marie. " (Esquisse... 6e époque)

Ludwig Feuerbach : L'Essence du christianisme (Das Wesen des Christentums) publié en 1841.

Stendhal :
Vu par Nietzsche :
Ecce Homo, § 3 : " Stendhal, une des plus belles rencontres fortuites de ma vie  [...] athée sincère, une espèce rare, rare et presque introuvable en France, soit dit sans offenser Prosper Mérimée... Peut-être même suis-je jaloux de Stendhal ? Il m'a devancé en faisant le meilleur mot d'athée, un mot qui pourrait être de moi : " La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas... [rapporté par Mérimée] " Moi-même, j'ai dit quelque part : "Quelle fut, jusqu'à présent, la principale objection à l'existence ? Dieu... "


Discours de Léon Gambetta devant la Chambre des députés le 4 mai 1877 : " Le cléricalisme, voilà l'ennemi ! " (Repris de Alphonse Peyrat, 1863).


Bakounine : " N'en déplaise donc aux métaphysiciens et aux idéalistes religieux, philosophes, politiciens ou poètes, l'idée de Dieu implique l'abdication de la raison et de la justice humaines ; elle est la négation la plus décisive de la liberté humaine et aboutit nécessairement à l'esclavage des hommes, tant en théorie qu'en pratique. A moins de vouloir l'esclavage et l'avilissement des hommes, comme le veulent les jésuites, comme le veulent les mômiers, les piétistes et les méthodistes protestants, nous ne pouvons, nous ne devons faire la moindre concession, ni au Dieu de la théologie, ni à celui de la métaphysique. " (Dieu et l'État, 1882).

André Gide : Il contribua à faire connaître Arthur Schopenhauer, et surtout Frédéric Nietzsche, en France.

« L’admirable révolution du christianisme est d’avoir dit : le royaume de Dieu est au dedans de vous. » (Journal28 février 1912 ; cf « Regnum Dei intra vos estLe règne de Dieu est au dedans de vous » (Évangile selon Luc, XVII, 21).

« Je crois plus facilement aux dieux grecs qu'au bon Dieu. Mais ce polythéisme, je suis bien forcé de le reconnaître tout poétique. Il équivaut à un athéisme foncier. C'est pour son athéisme que l'on condamnait Spinoza. Pourtant, il s'inclinait devant le Christ avec plus d'amour, de respect, de piété même que ne font bien souvent les catholiques, et je parle des plus soumis ; mais un Christ sans divinité. » Les Nouvelles nourritures, 1935.

« N’a jamais rien prouvé le sang des martyrs. Il n’est pas religion si folle qui n’ait eu les siens et qui n’ait suscité des convictions ardentes. C’est au nom de la foi que l’on meurt ; et c’est au nom de la foi que l’on tue. L’appétit de savoir naît du doute. Cesse de croire et instruis-toi. » Ce passage des Nouvelles nourritures rappelle le § 53 de L’Antichrist :
« Il est si peu vrai que des martyrs prouvent quoi que ce soit quant à la vérité d’une cause, que je suis tenté de nier qu’aucun martyr n’ait jamais rien eu à voir avec la vérité. Le ton sur lequel un martyr jette à la face du monde ce qu’il « tient pour vrai » exprime déjà un niveau si bas de probité intellectuelle, une telle indifférence bornée pour le problème de la vérité, qu’il n’est jamais nécessaire de réfuter un martyr. »
Comment ne pas en venir, en cette année 2018, à penser que « l’athéisme seul peut pacifier le monde aujourd’hui » (Journal, 13 juin 1932) ?
" Ce jeune musulman, élève de [Louis] Massignon, qui vint un matin me parler et que j'envoyai à Marcel de Coppet : avec des larmes, des sanglots dans la voix, il racontait sa conviction profonde : l'Islam seul était en possession de la vérité qui pouvait apporter la paix au monde, résoudre les problèmes sociaux, concilier les plus irréductibles antagonismes des nations... Berdiaeff réserve ce rôle à l'orthodoxie grecque. De même le catholique ou le juif, chacun à sa religion propre. C'est au nom de Dieu qu'on se battra. Et comment en serait-il autrement, du moment que chaque religion prétend au monopole de la vérité révélée ? Car il ne s'agit plus ici de morale ; mais bien de révélation. C'est ainsi que les religions, chacune prétendant unir tous les hommes, les divisent. " (Journal, 14 avril 1933)
« La Foi soulève des montagnes ; oui : des montagnes d’absurdité. », Feuillets d’automne, 1947. (Dans le Journal). En écho à :
« Si habueritis fidem sicut granum sinapis, dicetis monti huic: “Transi hinc illuc!”, et transibit. Si vous aviez de la foi gros comme une graine de sanve, vous diriez à cette montagne: Va de là à là, et elle irait. ». (Évangile selon Matthieu, XVII, 20).
« La foi ne déplace pas les montagnes, mais place les montagnes là où il n’y en a pas. ». Frédéric Nietzsche, L’Antéchrist, § 51. [voir aussi Opinions et sentences mêlées, § 225)
Sartre : « Ce que Gide nous offre de plus précieux, c'est sa décision de vivre jusqu'au bout l'agonie et la mort de Dieu. Il eût pu, comme tant d'autres, parier sur des concepts, décider à vingt ans de sa foi ou de son athéisme et s'y tenir toute sa vie. Au lieu de cela, il a voulu éprouver son rapport à la religion et la dialectique vivante qui l'a conduit à son athéisme final est un cheminement qui peut se refaire après lui, mais non pas se fixer par des concepts et par des notions. Ses interminables discussions avec les catholiques, ses effusions, ses retours d'ironie, ses coquetteries, ses ruptures brusques, ses progrès, ses piétinements, ses rechutes, l'ambiguïté du mot Dieu dans son œuvre, son refus de l'abandonner alors même qu'il ne croit plus qu'à l'Homme, toute cette expérience rigoureuse, enfin, ont fait plus pour nous éclairer que cent démonstrations. Il a vécu pour nous une vie que nous n'avons qu'à revivre en le lisant; il nous permet d'éviter les pièges où il est tombé ou d'en sortir comme il en est sorti; les adversaires qu'il a déconsidérés à nos yeux, ne fût-ce qu'en publiant leur correspondance, ne peuvent plus nous séduire. Toute vérité, dit Hegel, est devenue. On l'oublie trop souvent, on voit l'aboutissement, non l'itinéraire, on prend l'idée comme un produit fini sans s'apercevoir qu'elle n'est rien d'autre que sa lente maturation, qu'une succession d'erreurs nécessaires qui se corrigent, de vue, partielles qui se complètent et s'élargissent. Gide est un exemple irremplaçable parce qu'il a choisi. au contraire de devenir sa vérité. Décidé abstraitement à vingt ans, son athéisme eût été faux ; lentement conquis, couronnement d'une quête d'un demi-siècle, cet athéisme devient sa vérité concrète et la nôtre. À partir de là les hommes d'aujourd'hui peuvent devenir des vérités nouvelles. » (Les Temps Modernes, n° 66, mars 1951, repris dans Situations, IV, Paris : Gallimard, 1964, et sur e-gide).

Roger Martin du Gard, Jean Barois.

Jeanne Delhomme [1911-1983, une de mes profs de philo à Parix-X - Nanterre] : « Dieu n’est donc pas un concept problématique, ce n’est pas un concept du tout, c’est pourquoi on peut le dire sans pouvoir le penser. » (L’Impossible interrogation, Paris/Tournai, Desclée , 1971 ; III, iii, " Médiations ").

Michel Onfray : Traité d'athéologie Paris : Grasset, 2005. Réédité en 2006



André Comte Sponville : L'Esprit de l'athéisme - Introduction à une spiritualité sans Dieu, Paris : Albin Michel, 2006.




Marcel Conche : " La notion de Dieu a totalement disparu de mon paysage intellectuel. Je suis certain qu'aucune réalité ne correspond au mot "dieu". Que les croyants en Dieu et moi fassions partie de la même humanité est, pour moi, difficile à penser." (Paris : Stock, 2014 ; Gallimard, 2016)


Yvon Quiniou : "  Là où l’on s’abstenait d’affirmer une  présence, on  affirme ici une absence, comme pourrait dire Comte-Sponville. Athéisme affirmatif donc ou encore dogmatique (au sens strict du terme, qui n’est pas péjoratif). Ses motifs rejoignent ceux du précédent athéisme : l’absence de preuves pour la thèse inverse, l’absence de foi tout court en particulier. Cependant, il est plus combatif dans son argumentation : il dénonce plus fortement le caractère irrationnel ou incompréhensible du concept de Dieu, celui aussi des croyances que la religion, aidée de la théologie, lui associe comme le dogme du péché originel et, surtout, il accentue la critique morale de Dieu. C’est le cas tout particulièrement de l’athéisme axiologique de Conche, tout à fait remarquable : ce n’est pas tant la condition humaine, avec la mort pour horizon, qu’il reproche à un hypothétique Dieu, mais, j’y insiste, le sort fait aux hommes, le mal qu’ils subissent sans l’avoir voulu. Tout spécialement, il ne supporte pas la souffrance des enfants qui, eux non plus, n’ont rien fait pour la mériter et qui pourrait justifier l’idée d’un Dieu méchant ou sadique. Or, pour lui, cela est incompatible avec l’idée d’un Dieu (parfait) et suffit à l’exclure définitivement. On comprendra que cet athéisme s’accompagne d’une critique militante des religions (sauf chez Conche) tant elles justifient et donc renforcent le malheur humain par leurs croyances absurdes. " (Petite leçon philosophique sur l'athéisme.)


* * * * *

Formulations de la pensée athée (qui n'est pas une croyance).
Je crois qu'il n'existe pas de Dieu
Je ne crois pas qu'il existe un Dieu
Je pense qu'il n'existe pas de Dieu
Je pense qu'il n'existe rien qui...


Reprise par les Athées Humanistes de Belgique de
ma formulation de la position philosophique athée,

Selon les denières enquêtes, l'incroyance est la deuxième conviction en France, loin devant l'islam.



Henri Pena-Ruiz : « Ne pas croire en Dieu, ce n'est pas forcément croire en rien ni être privé de convictions. » (Dictionnaire amoureux de la laïcité, Paris : Plon 2014, entrée "Athéisme")

Ce n'est pas forcément non plus croire en quelque chose... Mieux vaut douter, penser et savoir que "croire", et quant aux convictions,
« Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges. » [Feinde der Wahrheit. — Ueberzeugungen sind gefährlichere Feinde der Wahrheit, als Lügen.] Humain, trop humain, IX " L'homme seul avec lui-même ", § 483 Ennemis de la vérité.

* * * * *

Quelques définitions de la foi :
La substance de ce qu’on espère, la preuve de ce qu’on ne voit pas (Paul)
Croire les choses parce qu’elles sont impossibles (Pic de La Mirandole)
Argument des choses de nulle apparence (Rabelais)
Ne pas voir, et croire ce qu’on ne voit pas (Bourdaloue)
Croyance en ce qui semble faux à notre entendement (Voltaire)
An illogic belief [croyance] in the occurrence of the improbable (Mencken)
" Notre Sainte Mère l’Église, de par sa foi apostolique, juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque [sic : belle "logique" circulaire], rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint, ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église elle-même " (Dei Verbum 11, Paul VI, 1965 ; repris dans le Catéchisme de 1992).

Qui peut encore croire à ça ? Il entre beaucoup de paresse intellectuelle, de vanité, dans le maintien de ces croyances. Les causes de la foi sont le manque de logique, de rigueur et d'honnêteté intellectuelles, , la fausseté de l'esprit. La mentalité religieuse est un résidu de mentalité primitive, pré-logique.

« Celui qui osera prononcer dans une question qui excède la capacité de son talent naturel, aura l’esprit faux. Rien n’est si rare que la logique : une infinité d’hommes en manquent. » (Réfutation de l’ouvrage d’Helvétius intitulé L’Homme, IV).

Remarque sur l'axe asiatique Nazareth-Jérusalem-Bethléem-Hébron-Médine-La Mecque. Si un dieu avait existé, en choisissant de se manifester il y a quelques millénaires sur le petit axe asiatique Nazareth-Jérusalem-Bethléem-Hébron-Médine-La Mecque, il aurait commis une sacrée erreur manifeste d'appréciation (comme disent les juristes) sur le niveau d'évolution de l'espèce humaine dans cette région !! Ignorait-il donc ce qui se passait alors en Grèce et à Rome (sans parler de la Chine), pour faire des obscurs Hébreux un peuple élu, pour en faire le corps mystique de lui-même ??

Le principe même d'une Révélation istic et tunc est un signe d'arbitraire (pourquoi là-bas, et à cette époque-là plutôt qu'à une autre ?) qui s'accorde bien mal, quand on ose y réfléchir, avec la notion d'un dieu parfait, tout-puissant et omniscient.

Ce qui précède n'empêche pas de reconnaître des aspects positifs au christianisme :
Le christianisme échappa bien mieux que les autres religions monothéistes à l'obscurantisme. L'injonction de Cyprien (IIIe siècle) , « Nous ne devons même pas être curieux de ce qu’il enseigne, puisqu’il enseigne hors de l’Église du Christ » (Lettres, xxiv, 1 ; traduction ancienne et approximative), ne fut guère suivie. Augustin, dans sa Cité de Dieu, recommandait de juger des choses mêmes (XIX, iii, 2). Le droit canon, inspiré du droit romain, a influencé notre droit constitutionnel ; on connaît l'adage Quod omnes tangit ..., ce qui touche tous doit être approuvé par tous. Voir Brian Tierney, Religion, Law and the Growth of Constitutional Thought, 1150-1650, Cambridge University Press, 1982.
Ce que l'on doit à la chrétienté est entremêlé avec tout ce que l'on doit aux Romains et aux Grecs. Notre langue et notre littérature en témoignent, notamment le théâtre de Racine. La seule pièce d'inspiration chrétienne de Corneille (Polyeucte) était ratée. Il y a certes de grands auteurs français chrétiens, Pascal, Bossuet, Malebranche, Chateaubriand, Bernanos, mais de plus grands encore auteurs non chrétiens, Rabelais, Montaigne, Molière, La Fontaine, Voltaire, Diderot, Hugo, Flaubert, Rimbaud, Gide, Sartre et alii.


Il y a une dose certaine de rationalisme dans le christianisme, puisque c'est la seule religion qui a ressenti "en interne" le besoin d'une preuve de l'existence du dieu, et a longtemps (mais vainement) cherché une telle preuve.
Les deux autres religions monothéistes sont très obscurantistes, cela se manifeste par l'archaïsme figé de leurs rites (dont l'abattage rituel des animaux) et interdits alimentaires et sexuels (sans parler du dogme juif de la Terre promise, qui produit les effets désastreux que l'on sait au Moyen-Orient).
L'importance accordée à l'enseignement, notamment avec la création des Universités (Bologne, 1088-1158 ; Parme, 1117 ; Oxford, 1116-1167 ; Paris, 1120-1200 ; Modène, 1175 ; Cambridge, 1209 ; Montpellier, 1289, etc. ; puis avec les Frères des écoles chrétiennes (Lasalliens), les Jésuites et les Oratoriens, à un enseignement qui ne se réduise pas à la lecture et mémorisation des textes sacrés (comme dans les sinistres écoles coraniques), et assez souvent de haut niveau scientifique, achève de faire du christianisme une religion relativement ouverte sur la culture et qui a su non seulement créer, mais aussi entretenir ces Universités (supprimées par la Révolution (Convention 15 septembre 1793 au profit des grandes écoles ; rétablies au cours du XIXe siècle).

* * * * *

Assimilations de l'athéisme au totalitarisme par deux papes :

Lettre encyclique de Jean-Paul II du 15 octobre 1998, publiée en traduction française par la Documentation catholique, n° 2191, 1er novembre 1998, pages 901-942 :
§ 46 : " Diverses formes d'humanisme athée, philosophiquement structurées [...] ont présenté la foi comme nocive et aliénante pour le développement de la pleine rationalité. Elles n'ont pas eu peur de se faire passer pour de nouvelles religions, constituant le fondement de projets qui, sur le plan politique et social, ont abouti à des systèmes totalitaires traumatisants pour l'humanité. "

Nonobstant cet écusson parlant :

" La Grande-Bretagne et ses dirigeants ont combattu la tyrannie nazie qui cherchait à éliminer Dieu de la société, et qui niait notre commune humanité avec beaucoup jugés indignes de vivre, en particulier les Juifs. [...] En réfléchissant sur les leçons dramatiques de l’extrémisme athée du XXème siècle, n’oublions jamais combien exclure Dieu, la religion et la vertu de la vie publique, conduit en fin de compte à une vision tronquée de l’homme et de la société, et ainsi à « une vision réductrice de la personne et de sa destinée » " (Caritas in Veritate [juillet 2009], n. 29). "

Jean Meslier (1664-1729), avec ses idées politiques communistes, donna hélas quelques arguments à cette confusion.

* * * * *

IV a) / Laïcité Avant la non-reconnaissance de 1905 :

1555, septembre : Paix d'Ausbourg : entre catholiques et protestants (luthériens).

1648 : Traités de Westphalie (ou Paix de Westphalie) : reconnaissance des trois religions catholique, luthérienne et (nouveauté) calviniste dans le Saint-Empire romain germanique ; mais les princes conservent le droit d'imposer leur religion à leurs sujets.

Tolérance (toleration) avant la laïcité. John Locke écrivit sa fameuse Letter pendant l'hiver 1685-86, soit juste après la révocation de l'Édit de Nantes.

1689 (année du Bill of Rights) : La Toleration de John Locke rejetait l'athéisme :
Those are not at all to be tolerated who deny the being of a God. Promises, covenants, and oaths, which are the bonds of human society, can have no hold upon an atheist. The taking away of God, though but even in thought, dissolves all ; besides also, those that by their atheism undermine and destroy all religion, can have no pretence of religion whereupon to challenge the privilege of a toleration. As for other practical opinions, though not absolutely free from all error, if they do not tend to establish domination over others, or civil impunity to the Church in which they are taught, there can be no reason why they should not be tolerated.
Rials : " L'amorce d'une radicale distinction effectuée par Locke dans sa Lettre sur la tolérance [1689] entre le péché et le délit civil et son plaidoyer en faveur de la séparation des églises et de l'État ont été systématisés et amplifiés par la Philosophie du XVIIIe siècle. "
Stéphane Rials, La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, chapitre II, Paris : Hachette, 1988 (collection Pluriel).


1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. » Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 10, proposé par Boniface Louis de Castellane (1758-1837, emprisonné sous la Terreur) et l'évêque Jean-Baptiste Gobel (1er septembre 1727 - mort guillotiné le 13 avril 1794).

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Déclaration ..., article 11, proposé par le duc Louis-Alexandre de La Rochefoucauld d’Enville (1743 - tué le 4 septembre 1792 par des volontaires qui faisaient la chasse aux aristocrates).

Condorcet : Il n'est pas nécessaire de supposer un lien à modèle religieux pour former le lien politique. Cinq mémoires sur l’instruction publique :
I : Il faut que la puissance publique se borne à régler l’instruction, en abandonnant aux familles le reste de l’éducation. La puissance publique n’a pas le droit de lier l’enseignement de la morale à celui de la religion.II : Il ne faut pas lier l’instruction de la morale aux idées générales de religion. Quel homme éclairé oserait dire aujourd’hui, ou que les principes qui règlent nos devoirs n’ont pas une vérité indépendante de ces idées, ou que l’homme ne trouve pas dans son cœur des motifs de les remplir, et soutenir en même temps qu’il existe une seule opinion religieuse contre laquelle un esprit juste ne puisse trouver des objections insolubles pour lui ? Pourquoi appuyer sur des croyances incertaines des devoirs qui reposent sur des vérités éternelles et incontestées ?
IV : Tout homme devant être libre dans le choix de sa religion, il serait absurde de le faire contribuer à l'enseignement d'une autre, de lui faire payer les arguments par lesquels on veut le combattre. Dans toutes les autres sciences, la doctrine enseignée n'est pas arbitraire ; la puissance publique n'a rien à choisir ; elle fait enseigner ce que les gens éclairés regardent comme vrai, comme utile. Mais, d'après qui décidera-t-elle que telle théologie est vraie ? Et quel droit aurait-elle d'en faire enseigner une qui peut être fausse ? On peut, jusqu'à un certain point, faire payer un impôt pour les frais d'un culte ; la tranquillité publique peut l'exiger, du moins pour un temps très borné. Mais qui osera dire que l'enseignement de la théologie puisse être jamais un moyen de conserver la paix ?
V : Ce serait trahir le peuple que de ne pas lui donner une instruction morale, indépendante de toute religion particulière.

1791 : Abolition des crimes de blasphème et de sortilège, libre exercice des cultes.

1792 : Création de l'état-civil (c'est une première et forte séparation).


1793 : Le chevalier de La Barre est réhabilité par la Convention le 25 brumaire an II (

" Décret de la Convention nationale du 18 floréal an II, 7 mai 1794. Article premier. Le Peuple français reconnaît l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de l'âme. "

1795 (Convention) : libre exercice des cultes et séparation financière 

Le 3 Ventôse an III (21 février 1795), décret sur la liberté des cultes, précisant, à son article II, que « la République ne salarie aucun culte ».
La Convention Nationale, après avoir entendu le rapport de ses comités de salut public, de sûreté générale et de législation, réunis, décrète :
Art. Ier Conformément à l’article VII de la déclaration des droits de l’homme, et à l’art. CXXII de la constitution, l’exercice d’aucun culte ne peut être troublé.
II. La République n’en salarie aucun.
III. Elle ne fournit aucun local, ni pour l’exercice du culte, ni pour le logement des ministres.
IV. Les cérémonies de tout culte sont interdites hors de l’enceinte choisie pour leur exercice.
V. La loi ne reconnaît aucun ministre de culte : nul ne peut paraître en public avec les habits, ornements ou costumes affectés à des cérémonies religieuses.
VI. Tout rassemblement de citoyens pour l’exercice d’un culte quelconque, est soumis à la surveillance des autorités constituées. Cette surveillance se renferme dans des mesures de police et de sûreté publique.
VII. Aucun signe particulier à un culte ne peut être placé dans un lieu public, ni extérieurement, de quelque manière que ce soit. Aucune inscription ne peut désigner le lieu qui lui est affecté. Aucune proclamation ni convocation publique ne peut être faite pour y inviter les citoyens.
VIII. Les communes ou sections de commune, en nom collectif, ne pourront acquérir ni louer de local pour l’exercice des cultes.
IX. Il ne peut être formé aucune dotation perpétuelle ou viagère, ni établi aucune taxe pour en acquitter les dépenses.
X. Quiconque troublerait par violence les cérémonies d’un culte quelconque, ou en outragerait les objets, sera puni suivant la loi du 22 juillet 1791 sur la police correctionnelle.
XI. Il n’est point dérogé à la loi du 2 des sans-culotides, deuxième année, sur les pensions ecclésiastiques, et les dispositions en seront exécutées suivant leur forme et teneur.
XII. Tout décret dont les dispositions seraient contraires à la présente loi, est rapporté ; et tout arrêté opposé à la présente loi, pris par les représentants du peuple dans les départements, est annulé.
Constitution du 5 Fructidor An III, 22 Août 1795,
" Article 354. - Nul ne peut être empêché d'exercer, en se conformant aux lois, le culte qu'il a choisi. - Nul ne peut être forcé de contribuer aux dépenses d'un culte. La République n'en salarie aucun. "
On reconnaît là une ébauche de la loi de 1905. Cette première séparation prendra fin avec la signature du Concordat du 15 juillet 1801 :
" Le Gouvernement de la République reconnaît que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la grande majorité des citoyens français. " Les autres cultes sont reconnus.
" 14. Le Gouvernement assurera un traitement convenable aux évêques et aux curés dont les diocèses et les cures seront compris dans la circonscription nouvelle. "
Louis XVIII : " La religion catholique, apostolique et romaine est la religion de l'État. " (Charte constitutionnelle de 1814),

1825 : loi sur le sacrilège, abolie en 1830.

Article 6 de la Charte de 1830 : " La religion catholique, apostolique et romaine, professée par la majorité des Français "

" Préambule
En présence de Dieu et au nom du Peuple français, l'Assemblée nationale proclame :
[...]
Article 7. - Chacun professe librement sa religion, et reçoit de l'État, pour l'exercice de son culte, une égale protection. - Les ministres, soit des cultes actuellement reconnus par la loi, soit de ceux qui seraient reconnus à l'avenir, ont le droit de recevoir un traitement de l'État. "

Victor Hugo : « Je veux l'enseignement religieux de l'Église, et non l'enseignement religieux d'un parti. Je le veux sincère et non hypocrite. (Bravo ! bravo !) Je le veux ayant pour but le Ciel et non la Terre. (Mouvement.) Je ne veux pas qu'une chaire envahisse l'autre ; je ne veux pas mêler le prêtre au professeur. Ou si je consens à ce mélange, moi législateur, je le surveille, j'ouvre sur les séminaires et sur les congrégations enseignantes l'œil de l'État, et, j'insiste, de l'État laïque, jaloux uniquement de sa grandeur et de son unité.
Jusqu'au jour, que j'appelle de tous mes vœux, où la liberté complète d'enseignement pourra être proclamée, et en commençant je vous ai dit à quelles conditions, jusqu'à ce jour-là, je veux l'enseignement de l'Église en dedans de l'Église et non dehors. Surtout je considère comme une dérision de faire surveiller, au nom de l'État, par le clergé l'enseignement du clergé. En un mot, je veux, je le répète, ce que voulaient nos pères, l'Église chez elle et l'État chez lui. » (Assemblée nationale législative, 14 janvier 1850).

Loi Falloux du 15 mars 1850 : accorde une place aux représentants du culte catholique dans le Conseil supérieur de l'instruction publique et les conseils d'académie.

Article 26. - Le Sénat s'oppose à la promulgation. - 1° Des lois qui seraient contraires ou qui porteraient atteinte à la Constitution, à la religion, à la morale, à la liberté des cultes, à la liberté individuelle, à l'égalité des citoyens devant la loi, à l'inviolabilité de la propriété et au principe de l'inamovibilité de la magistrature ; 2° De celles qui pourraient compromettre la défense du territoire.

Article 1. - Le Sénat et la Chambre des députés se réunissent chaque année le second mardi de janvier, à moins d'une convocation antérieure faite par le Président de la République. - Les deux chambres doivent être réunies en session cinq mois au moins chaque année. La session de l'une commence et finit en même temps que celle de l'autre. - Le dimanche qui suivra la rentrée, des prières publiques seront adressées à Dieu dans les églises et dans les temples pour appeler son secours sur les travaux des assemblées. (disposition écartée par la loi du 14 août 1884).

1880 : restauration du divorce.


Lois Jules Ferry et Goblet sur l'enseignement : 28/3/1882 (la religion - catéchisme - n'est plus enseignée) et 30/10/1886 (laïcisation du personnel enseignant). Cf Vehementer Nos sur la loi de 1905 :

" On a abrogé la loi qui ordonnait des prières publiques au début de chaque session parlementaire et à la rentrée des tribunaux, supprimé les signes traditionnels à bord des navires le Vendredi Saint, effacé du serment judiciaire ce qui en faisait le caractère religieux, banni des tribunaux, des écoles, de l'armée, de la marine, de tous les établissements publics enfin, tout acte ou tout emblème qui pouvait, d'une façon quelconque, rappeler la religion. "
 Mai 1904, rupture des relations diplomatiques avec le Saint-Siège (après la visite du président Loubet à Rome).


* * * * *

IV / b) Laïcité Principes (1) de la laïcité à la française selon le titre Ier, " Principes ", de la loi du 9 décembre 1905 (le rapporteur était le député socialiste Aristide Briand) :
  • liberté (de conscience, d'exercice des cultes)
  • séparation (financière, non-reconnaissance) des cultes et de la République (État, départements, communes ; depuis, aussi régions et collectivités territoriales d'outre-mer).
    • 1. Principes repris dans le décret du 6 février 1911 signé par le Président du conseil, ministre de l’intérieur et des cultes, Aristide Briand..
Ce n'est donc pas simplement une séparation des Églises et de l'État. Cet intitulé n'a d'ailleurs aucune valeur normative. (Cf Guide de légistique, Paris : La Documentation française, 2017).


Cette laïcité devient un principe constitutionnel avec la Constitution de 1946. La Constitution de 1958 y ajoute le respect des croyances, ce qui a été contesté.

Catherine Kintzler analyse la laïcité de 1905 comme un régime d'articulation entre un principe de liberté d'affichage (pluralisme des expressions) de la part des individus et un principe d'abstention (le philosophe Paul Ricœur en 1995 parlait de laïcité négative ou d'abstention) de la part de la République.

Paru en 2014


Le libre exercice des cultes et la libre expression des opinions religieuses (deux principes constitutionnels) ont comme contrepartie la libre expression de l'incroyance (autre principe constituionnel), fusse sous forme de moqueries et de dérision (ancien crime de blasphème, aboli en 1791).

Article 19, dernier alinéa, modifié par la loi du 25 décembre 1942 (extension des subventions pour réparation aux monuments non classés). Conservé en 1945.

La loi Savary du 26 janvier 1984, article 3, alinéa 1 (devenu l'article L. 141-6 du Code de l'Éducation), énonce un principe fondamental reconnu par les lois de la République (PFRLR) :
" Le service public de l’enseignement supérieur est laïc et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l’objectivité du savoir ; il respecte la diversité des opinions. Il doit garantir à l’enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique. "

EXCEPTIONS TERRITORIALES

Alsace-Moselle
" Le Conseil d’État [6 avril 2001) « valide » la législation spéciale relative à l’enseignement religieux obligatoire dans les lycées et collèges publics des départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle. Ce régime dérogatoire n’a pas été abrogé implicitement par le principe constitutionnel de laïcité, érigé par le juge administratif en principe fondamental reconnu par les lois de la République [PFRLR].
Il n’est pas non plus incompatible avec les exigences de la Convention européenne des droits de l’homme [CEDH] en matière de protection de la liberté de conscience des élèves, dès lors que la faculté d'être dispensé d’enseignement religieux leur reste ouverte. " (Le principe de laïcité comme PFRLR)

Guyane
" « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Pourtant, la Guyane, alors définie comme « colonie » au moment du vote de cette loi n'est pas, aujourd'hui, au principe de laïcité. De même, le décret du 6 février 1911 (1) portant séparation des Églises et de l'État en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion, ne s'applique pas au territoire de la Guyane. Devenu département et région, ce territoire n'est toujours pas entré dans le droit commun quant à ces dispositions.
Conformément au principe défini à l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen selon lequel la loi « doit être la même pour tous » la loi de 1905 doit s'appliquer à l'ensemble du territoire de la République. Il convient ainsi de retirer du budget des collectivités le financement des cultes en Guyane " (proposition de loi d'un sénateur).
1. Ce décret reprend les principes de 1905 :
TITRE Ier PRINCIPES
Art. 1er. - La République assure la liberté de conscience. Elle garanti la libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.
Art. 2. - La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er juillet qui suivra la publication du présent décret, seront supprimés des budgets des colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion et des communes de ces colonies, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. [...]
* * * * *

Mosquée de Paris : Alain Gresh : " Ce qui était possible en 1921 ne le serait pas en 2015 ? "

Oui. À l’époque la laïcité n’était qu’une loi ordinaire à laquelle on a pu déroger par une autre loi (du 19 août 1920 ; J. O. du 21 août) ; c’est depuis la Constitution de 1946 (Préambule al. 13 et Constitution art. 1) un principe à valeur constitutionnelle (PVC), et un PFRLR pour l'administration.

Convention européenne des Droits de l'Homme, Conseil de l'Europe, 1950 :
ARTICLE 9
Liberté de pensée, de conscience et de religion
1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.
2. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui.
Cette formulation est directement inspirée de l'article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, ONU, 1948, qui n'a cependant pas de valeur contraignante. Elle expose une conception extensive, envahissante, de la liberté religieuse (prières sur les lieux de travail, port de signes religieux).

* * * * *

Les tenants des crèches dans les bâtiments publics des collectivités locales voudraient bien rétablir, sinon " la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de l'État. " (Charte constitutionnelle de 1814), du moins cet article 6 de la Charte de 1830 : " la religion catholique, apostolique et romaine, professée par la majorité des Français ". Mais la place naturelle des crèches est dans les nombreuses églises, chapelles, basiliques, abbatiales, couvents, monastères et cathédrales. De même, le lieu de prières des musulmans, c'est dans les mosquées ou chez eux, pas dans nos rues ni sur les lieux de travail.

En conclusion : la laïcité n'est pas un athéisme d'État, contrairement à ce prétend encore cette blogueuse suisse,
" Le principe de laïcité de l’État, calqué sur le système français, pose, lui, de nombreuses questions d’autant plus délicates que la laïcité à la française est une forme de religion athée. Rien n’est plus intolérant que le principe de laïcité de l’État parce que tout évocation religieuse en public devient alors une atteinte à la majesté laïque. " (" La laïcité, une maladie contagieuse ").
mais l'athéisme n'est pas non plus hors laïcité comme il était hors tolérance à l'époque de Locke.

* * *  * *
Une opposition se fait jour entre les tenants de la laïcité tout court et ceux partisant d'une laïcité apaisée, ouverte ou plurielle. Ainsi cette tribune de Charles Arambourou, militant laïque, professeur puis haut-fonctionnaire, magistrat financier, responsable de la commission Laïcité de l’UFAL (Union des FAmilles Laïques) déplorant les évolutions de la Ligue de l'Enseignement :
  • Invention de la laïcité « ouverte » après 1984, concept soutenu par l’épiscopat, puis par Jean Baubérot (« pacte laïque » avec la Fédération protestante, 1989) ; divers autres adjectifs ont été adjoints depuis, dont « plurielle » (1990), qui ont tous pour effet de dévitaliser le principe ;
  • Silence sur le dualisme scolaire (enseignement confessionnel financé par l’État) issu de la loi Debré, aggravé par les lois Guermeur, Carle… ; oubli du « serment de Vincennes » de 1960 ?
  • Invitation de Tariq Ramadan (Même si ce personnage était un jour déclaré innocent des viols dont on l’accuse, il resterait toujours aussi dangereux, en tant qu’ennemi des principes de la République et partisan propre sur soi du califat.) dans une commission « laïcité et islam » créée à cet effet par la Ligue (fin des années 90) ;
  • Participation, aux côtés de La Ligue des Droits de l’Homme et de la Fédération Nationale de la Libre Pensée, au courant « islamophile », pour qui « les musulmans » seraient les nouveaux « damnés de la Terre », et la prétendue « islamophobie » le premier péril pour la République.
  • Aux côtés des mêmes organisations, participation en 2013 à la campagne contre Baby-Loup, crèche laïque à laquelle la Cour de cassation a pourtant donné finalement raison en 2014.
  • Toujours avec les mêmes, soutien en 2015 à l’Observatoire de la Laïcité et à son rapporteur général contre Élisabeth Badinter, qui rejetait l’accusation « d’islamophobie », destinée à faire taire les laïques ;
  • Réécriture de la Charte de la laïcité à l’école : la « simplification » pédagogique justifie-t-elle la suppression 12 fois du mot « laïcité », et l’ajout 7 fois des termes « religion » ou « religieux » dans la version éditée par La Ligue sous le même titre ?
  • Soutien indirect à la contestation permanente de la loi du 15 mars 2004 (réglementant le port des signes religieux par les élèves de l’école publique).


* * * * *



V / Ce n'est pas au christianisme (Rendez à César...) que l'on doit la laïcité

a) Sur la séparation
Contrairement à ce qu'on raconte sur Internet et même sur France Culture (notamment dans l'émission Répliques du 24/2/17) et dans Le Figaro (Rémi Brague encore), contrairement à ce que croit Bernard-Henri Lévy, le christianisme n'a pas inventé la laïcité, ni même la seule séparation  des cultes et de la République ; le fameux " Rendez à César...,  Reddite ergo, quae sunt Caesaris, Caesari et, quae sunt Dei, Deo ”. (Matthieu, XXII, 21) est bien davantage une distinction et une subordination qu'une séparation ; si la simple existence d'un État distinct des institutions religieuses constituait un régime de laïcité, alors nous aurions connu la laïcité bien avant 1905, et les pays du Maghreb où l'islam est religion d'État la connaîtraient.

Le Rendez à César... est complété par
" Il n'y a point d'autorité qui ne provienne de Dieu, Non est enim potestas nisi a Deo; quae autem sunt ". (Aux Romains, XIII, 1).
et
" Obéissez à Dieu plutôt qu'aux hommes, Oboedire oportet Deo magis quam hominibus. " (Actes des apôtres, V, 29).
« Attribuons le pouvoir de donner royaumes et empires au seul vrai Dieu. » Augustin, La Cité de Dieu, V, xxi. Théorie du pouvoir de droit divin.
Pour la DDHC, article 3, c'est au contraire la Nation qui est au principe de la souveraineté.

Du pape Pie IX, 1864 : Syllabus Résumé renfermant les principales erreurs de notre temps (accompagne l'encyclique Quanta Cura),
§ VI. " Erreurs relatives à la société civile, considérée soit en elle-même, soit dans ses rapports avec l’Église. " :
LV. L'Église doit être séparée de l'État, et l'État de l'Église. Ecclesia a Statu, Statusque ab Ecclesia seiungendus est. (Allocutio Acerbissimum, 27 septembre 1852 (Prop 31, 51, 53, 55, 67, 73, 74, 78).
Du pape Léon XIII, 1885 : " Les sociétés humaines ne peuvent pas, sans devenir criminelles, se conduire comme si Dieu n'existait pas ou refuser de se préoccuper de la religion comme si elle leur était chose étrangère ou qui ne pût leur servir de rien. " "Civitates non possunt, citra seclus, genere se, tanquam si Deus omnino non esset, aut curam religionis velut alienam nihil que profituram ablicere. " (Lettre encyclique Immortale Dei, 1er novembre 1885.)
Du pape Pie XI, mars 1937 : Il ne saurait y avoir d'autorité sur la Terre, si l'autorité de la Majesté divine est méconnue. (Mit brennender Sorge  Avec une brûlante inquiétude).
Pie X : voir plus loin.

Charles de Gaulle : " La France [...] ne saurait méconnaître une histoire qui a fait d'elle la fille aînée de l'Église. " (Vatican, 31 mai 1967 ; cité par René Rémond, " La fille aînée de l'Église", in Pierre Nora dir., Les Lieux de mémoire, III, 3, Paris : Gallimard, 1992).
Du pape Jean-Paul II au Bourget le 1er juin 1980 : " France, Fille aînée de l'Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? " (sans parler de Vehementer Nos : la loi de décembre 1905 fut violemment critiquée par le pape Pie X : Vehementer Nos du 11 février 1906).

NB. La France est qualifiée de « fille aînée de l'Église de Jésus » pour la première fois dans un discours de Frédéric Ozanam le 4 décembre 1836 ; l'expression « France, fille aînée de l'Église » est attestée pour la première fois lors du « Discours sur la vocation de la nation française » prononcé le 14 février 1841 par le père Henri-Dominique Lacordaire en la Cathédrale Notre-Dame de Paris.
Du pape Benoît XVI, 2009  : " La Grande-Bretagne et ses dirigeants ont combattu la tyrannie nazie qui cherchait à éliminer Dieu de la société, et qui niait notre commune humanité avec beaucoup jugés indignes de vivre, en particulier les Juifs. [...] En réfléchissant sur les leçons dramatiques de l’extrémisme athée du XXème siècle, n’oublions jamais combien exclure Dieu, la religion et la vertu de la vie publique, conduit en fin de compte à une vision tronquée de l’homme et de la société, et ainsi à « une vision réductrice de la personne et de sa destinée » " (Caritas in Veritate [juillet 2009], n. 29). "

Christianisme religion d'État avec Théodose Ier en 380.

L'édit de Thessalonique fut décrété par les empereurs romains Théodose Ier, Gratien et Valentinien II le 27 février 380. Il fait du christianisme l'unique religion licite de l'Empire romain interdisant l'ensemble des cultes dits « païens ». En plus des adeptes des religions dites « païennes », les philosophes stoïciens, épicuriens, néoplatoniciens et sceptiques perçus comme une menace pour la christianisation sont également persécutés). Fin du libre exercice des cultes.

Bulle Unam Sanctam du pape Boniface VIII, 18 novembre 1302 : " Uterque ergo est in potestate ecclesiae, spiritualis scilicet gladius et materialis. Sed is quidem pro ecclesia, ille vero ab ecclesia exercendus, ille sacerdotis, is manu regum et militum, sed ad nutum et patientiam sacerdotis. Oportet autem gladium esse sub gladio, et temporalem auctoritatem spirituali subjici potestati. Tous deux sont au pouvoir de l'Église, le glaive spirituel et le glaive temporel. Mais celui-ci doit être manié pour l'Église, celui-là par l'Église. [...] Le glaive doit donc être subordonné au glaive, et l'autorité temporelle à l'autorité spirituelle. " Commentaire de Caroline Fourest :
" L'Église n'a jamais voulu séparer d'elle-même le temporel du spirituel. [...] Non seulement l'Église pratique l'ingérence politique mais elle use de son statut pour persécuter ceux qui ne pensent pas comme elle. " Génie de la laïcité, Paris : Grasset, 2016.
Louis de Bonald (1802) : " Plusieurs ont, de nos jours, fait naufrage sur les côtes arides et désertes de l'athéisme, d'où, comme les sirènes, ils attirent, par la facilité de leur doctrine licencieuse, les malheureux navigateurs qui parcourent les mers orageuses de la science. " (Législation primitive...)

La loi de 1905 fut d'abord refusée par le Vatican, dans le contexte de la rupture des relations diplomatiques. Encycliques Vehementer Nos et Pascendi Dominici Gregis de Pie X, 11 février 1906 et 8 septembre 1907. Ensuite accords de 1923-24 (associations diocésaines présidées par les évêques) et 1945.

Pie X, 1906 : " Qu'il faille séparer l'État de l'Église, c'est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur. Basée, en effet, sur ce principe que l'État ne doit reconnaître aucun culte religieux, elle est tout d'abord très gravement injurieuse pour Dieu, car le créateur de l'homme est aussi le fondateur des sociétés humaines et il les conserve dans l'existence comme il nous soutient. [...] La notion du vrai en sera troublée, et les âmes remplies d'une grande anxiété. " (Vehementer Nos).
Pie X encore, en 1907 : " 2. Nous parlons, Vénérables Frères, d'un grand nombre de catholiques laïques, et, ce qui est encore plus à déplorer, de prêtres, qui, sous couleur d'amour de l'Eglise, absolument courts de philosophie et de théologie sérieuses, imprégnés au contraire jusqu'aux moelles d'un venin d'erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l'Eglise; qui, en phalanges serrées, donnent audacieusement l'assaut à tout ce qu'il y a de plus sacré dans l'oeuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne, qu'ils abaissent, par une témérité sacrilège, jusqu'à la simple et pure humanité.

3. Ces hommes-là peuvent s'étonner que Nous les rangions parmi les ennemis de l'Eglise. 
28. [...]Autrefois, on a pu subordonner le temporel au spirituel; on a pu parler de questions mixtes, où l'Eglise apparaissait comme reine, maîtresse. La raison en est que l'on tenait alors l'Eglise comme instituée directement de Dieu, en tant qu'il est auteur de l'ordre surnaturel. Mais cette doctrine, aujourd'hui, philosophie et histoire s'accordent à la répudier. Donc séparation de l'Église et de l'Etat, du catholique et du citoyen. Tout catholique, car il est en même temps citoyen, a le droit et le devoir, sans se préoccuper de l'autorité de l'Église, sans tenir compte de ses désirs, de ses conseils, de ses commandements, au mépris même de ses réprimandes, de poursuivre le bien public en la manière qu'il estime la meilleure. Tracer et prescrire au citoyen une ligne de conduite, sous un prétexte quelconque, est un abus de la puissance ecclésiastique, contre lequel c'est un devoir de réagir de toutes ses forces.
29. Les principes dont toutes ces doctrines dérivent ont été solennellement condamnés par Pie VI, Notre prédécesseur, dans sa Constitution Auctorem Fidei [1794].
30. Il ne suffit pas à l'écoute moderniste que l'État soit séparé de l'Église. De même que la foi doit se subordonner à la science, quant aux éléments phénoménaux, ainsi faut-il que dans les affaires temporelles l'Église s'assujettisse à l'État. Cela, ils ne le disent peut-être pas encore ouvertement, ils le diront quand sur ce point ils seront logiques. Posé, en effet, que dans les choses temporelles l'Etat est maître, s'il arrive que le croyant, aux actes intérieurs de religion, dont il ne se contente pas d'aventure, en veuille ajouter d'extérieurs, comme serait l'administration des sacrements, la conséquence nécessaire, c'est qu'ils tombent sous la domination de l'État.
Et que dire alors de l'autorité ecclésiastique, dont justement il n'est pas un seul acte qui ne se traduise à l'extérieur? Il faudra donc qu'elle lui soit totalement assujettie. C'est l'évidence de ces conclusions qui a amené bon nombre de protestants libéraux à rejeter tout culte extérieur, même toute société religieuse extérieure, et à essayer de faire prévaloir une religion purement individuelle. Si les modernistes n'en sont point encore arrivés là, ce qu'ils demandent, en attendant, c'est que l'Eglise veuille, sans trop se faire prier, suivre leurs directions, et qu'elle en vienne enfin à s'harmoniser avec les formes civiles.
31. Telles sont leurs idées sur l'autorité disciplinaire.
72. Nous avons déjà parlé des Congrès et assemblées publiques comme d'un champ propice aux modernistes pour y semer et y faire prévaloir leurs idées. Que désormais les évêques ne permettent plus, ou que très rarement, de Congrès sacerdotaux. Que s'il leur arrive d'en permettre, que ce soit toujours sous cette loi qu'on n'y traitera point de question relevant du Saint-Siège ou des évêques, que l'on n'y émettra aucune proposition ni aucun voeu usurpant sur l'autorité ecclésiastique, que l'on n'y proférera aucune parole qui sente le modernisme, ou le presbytérianisme, ou le laïcisme" (Pascendi Dominici Gregis)


* * * * *

b) Sur la liberté de conscience
Sur la liberté de conscience : « Quant à mes ennemis , ceux qui n'ont pas voulu que je règne sur eux , amenez-les ici , et égorgez-les tous devant moi ! » (Luc, XIX, 27).
Luc, XIV, 23 : Et ait dominus servo: “Exi in vias et saepes, et compelle intrare, ut impleatur domus mea. " Va dans les chemins et contrains les gens d'entrer afin que ma maison soit remplie ". Passage commenté par Pierre Bayle en 1686 dans Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ " Contrains-les d'entrer ".

Les trois Édits :
Édit de Nantes : autorise les Protestants à pratiquer leur culte du 30 avril 1598 au 22 octobre 1685. 
Édit de Fontainebleau, dragonnades et conversions forcées. 
En 1787, le 7 novembre, l’Édit de Versailles (édit de tolérance) donne aux non-catholiques le droit de pratiquer leurs religions, mais conserve le catholicisme comme religion d’État du royaume de France.
La liberté de conscience trouve sa source intellectuelle non dans les Testaments, mais dans l'injonction philosophique " Penser par soi-même " : Grecs anciens : Hésiode, Socrate (Enjeu d'autonomie de la pensée qui parcourt les Dialogues de Platon) ; Humanisme (Montaigne), Libertinage érudit, Lumières (Bayle, D'Alembert, Voltaire, Kant, Condorcet). D'où les dénominations esprits libres (Montaigne, Nietzsche) et  libres penseurs.

L'Index Librorum Prohibitorum est aboli en juin 1966, aucun ouvrage paru depuis n'y figure, mais il garde sa valeur morale. J'ai connu à Paris l'abbé Marc Oraison, un des derniers auteurs, avec André Gide, à figurer dans cet Index (décret du 18 mars 1953).


c) Sur la liberté d'exercice des autres cultes
Édit de Nantes : il autorise les Protestants à pratiquer leur culte du 30 avril 1598 au 22 octobre 1685 (Édit de Fontainebleau). En 1787, le 7 novembre, l’Édit de Versailles (édit de tolérance) donne aux non-catholiques le droit de pratiquer leurs religions, mais conserve le catholicisme comme religion d’État du royaume de France.
La loi de 1905 fut d'abord refusée par le Vatican comme " très gravement injurieuse pour Dieu ",  dans le contexte de la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Vatican. Encyclique Vehementer Nos de Pie X, 11 février 1906. Ensuite seulement accords de 1923 (associations diocésaines) et 1945.


* * * * *

V / d) En conclusion

" La laïcité, d’ailleurs, comme les droits de l’homme et la démocratie, s’est construite contre la volonté de l’Église (voir le beau film [téléfilm de François Hanss, 2005] « La séparation » relatant le débat aboutissant au vote de la loi de 1905). Et s’il est vrai que « la laïcité véritable n’est pas la révision à la baisse des points de vue », elle est ce qui empêche que l’un des points de vue soit privilégié – et tout spécialement par des adultes face à des enfants – et l’Église s’honorerait en refusant les atteintes à la laïcité que sont la prière obligatoire à l’école en Pologne ou la présence du crucifix dans les écoles publiques italiennes… Bien au contraire elle approuve l’une et l’autre, et vous notez même, Monseigneur, comme « fait positif significatif et prometteur d’avenir » le discours de Rome d’un président de notre République laïque faisant confiance au prêtre plus qu’à l’instituteur !... " (Paul Lallot, " L’autre visage de l’Église, Lettre ouverte à Monseigneur Roland, Évêque de Moulins ", 30 août 2012).

Pape François : « Votre laïcité est incomplète. La France doit devenir un pays plus laïc. Il faut une laïcité saine. Une laïcité saine comprend une ouverture à toutes les formes de transcendance, selon les
différentes traditions religieuses et philosophiques. D’ailleurs même un athée peut avoir une intériorité. (...) Une critique que j’ai envers la France est que la laïcité résulte parfois trop de la philosophie des Lumières, pour laquelle les religions étaient une sous-culture. La France n’a pas encore réussi à dépasser cet héritage. » Mardi 1er mars 2016, entretien à Sainte-Marthe (Rome) avec un groupe de catholiques français dont Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de La Vie.

* * * * *

Cette page (complétée depuis) servit de base à un exposé que je fit le 8 février 2018 au Cercle Condorcet de Montluçon (CCM). Par la suite, il me fut reproché par le président de cette association, Philippe Foltier, d'avoir critiqué la religion catholique :
" Je regrette de n'avoir pas recadrer le débat lorsque celui-ci s'est orienté vers une opposition à la religion catholique. En effet, le thème initial était bien celui de présenter un distinguo entre la laïcité et l'athéisme ... et je n'avais pas imaginé que la religion catholique puisse être "la cible" ... ou "la résultante" de ce distinguo ... "
Le catholicisme s'était fortement opposé aux trois éléments de la laïcité (liberté de conscience, libre exercice des autres cultes, séparation des cultes et de la République), ceci avant et après 1905, il était difficile de ne pas le cibler en traitant mes sujets : l'athéisme (qu'il a persécuté) et la laïcité (qu'il a refusée). Le reproche de Foltier étonne dans une association qui invoque le patronage de Condorcet et dont par ailleur il me rappelle que
" L’ambition des cercles Condorcet est de :
* veiller au respect des valeurs de la République, de la démocratie, de la laïcité, de la citoyenneté, de l’instruction pour tous ; * apporter un éclairage sur des débats de société tels que travail, justice, racisme… ; des questions d’actualité comme la violence, le sport, les mouvements sociaux….
Et pour cela, ils ont le projet de
* promouvoir l’esprit critique ;
* combattre la désinformation ;
* affirmer des positions basées sur l’exercice de la raison critique et sur les valeurs de la République ; "
Le bureau du CCM ; au centre, le président Foltier.

Autre chose : J'avais accepté sans problème que ce curé de Commentry, invité par Foltier suite à une rencontre fortuite, participe à ce débat à égalité avec les autres intervenants. Ce qui m'a surpris et fortement choqué, c'est qu'il ait été privilégié, intronisé co-animateur (sinon co-président de séance), assis à la gauche de Foltier, en quelque sorte pour contrer mon travail, ce qui n'était pas dans les usages de ce Cercle. Selon l'invitation que nous avions reçue et le fonctionnement habituel de ce Cercle, ce qui permet d'ouvrir le débat avec les membres, c'est l'introduction faite par un membre du Cercle, et non l'avis d'un invité surprise. Foltier m'écrit :
" Je ne regrette pas la présence du curé de Commentry, présence qui avait été validée par les membres du cercle lors de notre réunion de janvier. Sa présence a été appréciée, je crois même si, l'essentiel de ses propos a été " de défendre sa chapelle ".
Ce curé (photo à droite) commença son intervention, juste après la fin de mon exposé, par le reproche d'avoir " instrumentalisé " une citation de Luc ; il mentit disant que l'Index... avait été aboli alors que, selon le site du Vatican, il garde " sa valeur morale " :
Le Cardinal Alfredo Ottaviani, Pro-préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, prit soin de publier, le 14 juin 1966, une Notification spéciale destinée à protéger la foi et la morale dans les imprimés. Bien que ni l’Index ni les sanctions prévues par lui n’ait plus la valeur juridique d’une loi ecclésiastique, sa valeur morale, déclarait-il, gardait toute sa force, au sens où, au nom du droit naturel lui-même, il rappelait à toute conscience chrétienne le devoir de s’abstenir de la lecture des livres dangereux pour la foi et les mœurs. " (POUR FAIRE CONNAÎTRE ET GARDER LA FOI)
(simplement, depuis 1962, plus aucun ouvrage nouveau  n'y figure). Par ailleurs il s'est permis de présenter longuement son itinéraire d'ancien trotskiste , puis ses activités, temps pris sur celui prévu pour notre débat. Ce curé, dont Foltier me dit plus tard que " l'essentiel de ses propos a été "de défendre sa chapelle" !!! "

* * * * *

VI / Appendices :

a)
Joël Andriantsimbazovina, Hélène Gaudin, Jean-Pierre Marguénaud, Stéphane Rials, Frédéric Sudre, directeurs, Dictionnaire des Droits de l'Homme, Paris : PUF, 2008.
Articles :
Athéisme : inexistant (pas davantage dans l'Index rerum pp. 989-1005).
Christianisme, pp. 141-145.
Incroyance : inexistant (pas davantage dans l'Index rerum).
Islam, pp. 543-549.
Judaïsme, pp. 557-560.
Laïcité, pp. 597-601 : article complet et exact, sauf l'appellation " séparation des Églises et de l'État " pour " séparation des cultes et de la République ".
Liberté de pensée, de conscience et de religion, pp. 636-639 : " c'est la liberté de croire ce que l'on veut, de s'attacher éventuellement à la religion de son choix incarnée dans un groupement religieux organisé et de manifster ce choix et cette croyance en paroles et (ou) en actes. ". Oubliée, la liberté de ne pas croire... " Le constat peut être dressé de l'emprise réelle de liberté de religion, dévoreuse ou protectrice, sur celle de pensée et de conscience. [...] Il n'existe pas dans la jurisprudence de la Cour européenne de décision significative rendue sur le fondement de la disposition visée (l'article 9 de la Convention) au profit d'un athée ou d'un agnostique. " 
Libre pensée : inexistant (pas davantage dans l'Index rerum).

b)
" Rassemblement pour la Laïcité Dimanche 25 janvier [2015], 10h30, parvis mairie de Montluçon, au pied de l'arbre de la Laïcité ...
" Suite aux attentats perpétrés la semaine dernière à Paris et aux discours sur les valeurs de la République des plus hautes autorités de l’État prononcés ces deux derniers jours, plusieurs associations laïques de Montluçon vous invitent à un rassemblement citoyen pour rappeler à toutes et à tous, que la Laïcité est et demeure le [sic...] fondement de notre République et du Vivre ensemble, le DIMANCHE 25 JANVIER [2015] à 10h30, autour de l'Arbre de la Laïcité, esplanade de la Mairie, place Jean Jaurès. A cette occasion, l'intégralité de notre communiqué, paru partiellement, sera lu et les responsables des associations laïques présents pourront répondre aux journalistes présents. "
En quoi l'invocation de la seule  laïcité pouvait-elle être une riposte adéquate aux attentats islamistes de Charlie-Hebdo et l'Hyper Cacher ??

c)


Livret laïcité, Paris : Ministère de
l'Éducation nationale, 2015, page 17.