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vendredi 6 juillet 2018

FRATERNITÉ



FRATERNITAS, BROTHERHOOD, FRATERNITY,
BRUDERLICHKEIT, BRUDERSCHAFT, братство



« ... je marche avec tous ceux qui veulent aujourd'hui s'engager pour faire exister concrètement, réellement, quotidiennement, la fraternité la plus large. Du côté de tous ceux qui ont compris que la fraternité universelle est la valeur qui a le plus de valeur ».

L’appel de 100 personnalités pour une fraternité nationale et universelle (15 mai 2018)



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0 / Définitions, étymologies ; champ lexical
I / Antiquité gréco-romaine
II / Christianisme
III / Écrivains et philosophes
IV / Révolution et fraternité
V / Notes


0 / Définitions, étymologies, champ lexical :

Champ lexical :
Amitié - fraternisation - camaraderie - charité - frère - franc-maçonnerie - justice sociale - solidarité - concorporalité (Lamourette, nature commune des hommes) - empathie - identification - réciprocité - copinage - communauté - dialogue ( débat), philadelphe.
Sororité.

Adelphe :
Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque.
ἀδελφός = frère. φιλάδελφος = qui aime son frère, dans Sophocle (-Ve siècle).


Félix Gaffiot, Dictionnaire latin-français


Trésor de la Langue Française : " Sentiment de solidarité et d'amitié ". latin fraternitas « confraternité ; relations entre frères ».

Affrèrement des paysans du Languedoc (cf Le Roy Ladurie). Contrat qui règle l'organisation d'une famille complexe (frérèche) dans laquelle plusieurs couples vivent à même pot et feu, sous l'autorité d'un patriarche. Utilisé pour assurer l'exploitation de domaines étendus, surtout à la fin du Moyen Âge.


Théodore Dézamy : « ce sentiment sublime qui porte les hommes à vivre comme les membres d'une même famille, à confondre dans un intérêt unique tous leurs différents désirs, toute leur puissance individuelle. » 


I / Antiquité gréco-romaine :

Sur les Éduens (peuple de la Gaule celtique), montrant fraternité avec le peuple romain (Tacite, Annales, XI, 25).

La fraterniré entre frères ne va pas de soi. Rivalités fraternelles dans la mythologie juive : meurtre d'Abel par son frère Caïn ; Joseph vendu par ses frères (Genèse XXXVII) ; Esau qui vend son droit d’aînesse à Jacob pour un plat de lentilles; le Fils prodigue, méprisé par ses frères.

Dans la mythologie romaine Romulus et Rémus, les deux jumeaux fondateurs de Rome avec le meurtre du second par le premier.

Origine ancienne des deux règles d'or : " Faites aux autres ce que vous voulez qu'on vous fasse ; et ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse, ne le leur faites pas. " Elles découlent de l'identification à l'autre.

Philosophie grecque : « Ne fais pas à ton voisin ce que tu prendrais mal de lui » – Pittacos de Mytilène (-640 / -568), un des sept Sages, in Diels, fragment X, 3.
" Ne fait pas aux autres ce qui te met en colère quand ils te le font. " – Isocrates (-436/-338), orateur.
« - Comment mener la vie la meilleure et la plus juste ?
- En ne faisant pas nous-mêmes ce que nous reprochons aux autres. » Thalès de Milet (-624 / -546), un des sept Sages, Diogène Laërce, Vie..., I, 36.

On retrouvera ces règles d'or dans la Constitution de 1795 (Devoirs, article 2).

Réciprocité-identification chez Sénèque le Jeune : De la colère, III, xii : " Cette même chose qui m'indigne, je l'ai faite ou j'ai été prêt à la faire. "


II / Christianisme : 

Faites aux autres ce que vous voulez qu'on vous fasse ; et ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse, ne le leur faites pas.

 [Matthieu, VII, 12, pour la règle positive : Omnia ergo, quaecumque vultis ut faciant vobis homines, ita et vos facite eis. Aussi Luc, VI, 31 : Et prout vultis, ut faciant vobis homines, facite illis similiter. ]

Évangile selon Matthieu, XXIII, 8: " Vous êtes tous frères ", omnes autem vos fratres estis.

Paul, Épître aux Romains, XII, 10 : " Quant à l’amour de fraternité, soyez pleins d’affection réciproque, vous prévenant réciproquement d’honneur " ; caritate fraternitatis invicem diligentes, honore invicem praevenientes. En grec : Τῇ φιλαδελφίᾳ εἰς ἀλλήλους φιλόστοργοι: τῇ τιμῇ ἀλλήλους προηγούμενοι:

Ière Épître de Pierre, II, 17 : " Tous les humains, honorez-les ; la Fraternité, aimez-la ! ". Omnes honorate, fraternitatem diligite.

Fraternité religieuse des enfants de Dieu. Le mouvement démocratique est sur ce point l'héritier du mouvement chrétien (Nietzsche, Par-delà Bien et Mal, V, § 202).

La déclaration Nostra Ætate de l'Église catholique sur le dialogue avec les religions non chrétiennes, promulguée en 1965 lors du concile Vatican II, emploie les expressions " dialogue fraternel ", " fraternité universelle ", " nous conduire fraternellement " 

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III / Écrivains et philosophes :

ÉPICTÈTE (vers 55 / vers 135) : « S’entretenir avec un homme qu’on tient pour un homme, c’est s’informer de ses opinions et lui découvrir en détail les siennes propres. » Entretiens, III, ix, 12. Bonne devise pour fb !! Les réseaux sociaux sont des lieux de dialogues, de fraternité intellectuelle.

Hapax des Essais de Montaigne. " Cette parfaite amitié, de quoi je parle, est indivisible: chacun se donne si entier à son ami, qu'il ne lui reste rien à départir ailleurs; au rebours, il est marri qu'il ne soit double, triple, ou quadruple, et qu'il n'ait plusieurs âmes et plusieurs volontés pour les conférer toutes à ce sujet. Les amitiés communes, on les peut départir : on peut aimer en celui-ci la beauté, en cet autre la facilité de ses mœurs, en l'autre la libéralité, en celui-là la paternité, en cet autre la fraternité, ainsi du reste ; mais cette amitié qui possède l'âme et la régente en toute souveraineté, il est impossible qu'elle soit double. Si deux en même temps demandaient à être secourus, auquel courriez vous ? S'ils requéraient de vous des offices contraires, quel ordre y trouveriez vous? Si l'un commettait à votre silence chose qui fût utile à l'autre de savoir, comment vous en démêleriez vous? L'unique et principale amitié découd toutes autres obligations. " (I, xxviii, 191)

" Cet autre, que Plutarque voulait induire à s'accorder avec son frère : Je n'en fais pas, dit-il, plus grand état, pour être sorti de même trou. C'est, à la vérité, un beau nom et plein de dilection que le nom de frère, et à cette cause en fîmes nous, lui et moi, notre alliance. Mais ce mélange de biens, ces partages, et que la richesse de l'un soit la pauvreté de l'autre, cela détrampe merveilleusement et relâche cette soudure fraternelle. Les frères ayants à conduire le progrès de leur avancement en même sentier et même train, il est force qu'ils se heurtent et choquent souvent. " Essais, I, xxviiii, 185.

" Ce qu'on dit, homo homini ou Deus ou lupus " III, v. [Plaute, Asinaria, 495 ; Érasme, Adages, I, i, 70 ; Rabelais, Tiers Livre, III ; Hobbes, Épître dédicatoire du De Cive, 1642]


Hobbes, guerre de tous contre tous (bella omnium contra omnes) sans société civile (De Cive, préface, § 14).

Fénelon, Les Aventures de Télémaque, 1699 : " Nous avons horreur de cette brutalité, qui, sous de beaux noms d’ambition et de gloire, va follement ravager les provinces et répand le sang des hommes, qui sont tous frères. [...] Tous les peuples sont frères et doivent s’aimer comme tels. Malheur à ces impies qui cherchent une gloire cruelle dans le sang de leurs frères, qui est leur propre sang ! "

Jean-Jacques Rousseau : " Le chef est l'image du père
le peuple est l'image des enfants. " (Contrat social, I, 2).
Beau lapsus de Lionel Jospin à l'Assemblée : " La seule chose que les enfants ne sachent pas... " (pour " les Français ").

ChateaubriandMémoires d'outre-tombe, XLIII, 7, conclusion de 1841 :
« Le christianisme est l'appréciation la plus philosophique et la plus rationnelle de Dieu et de la création ; il renferme les trois grandes lois de l'univers, la loi divine, la loi morale, la loi politique : la loi divine, unité de Dieu en trois essences ; la loi morale, charité ; la loi politique, c'est-à-dire la liberté, l'égalité, la fraternité.
Les deux premiers principes sont développés, le troisième, la loi politique, n'a point reçu ses compléments, parce qu'il ne pouvait fleurir tandis que la croyance intelligente de l'être infini et la morale universelle n'étaient pas solidement établies. Or, le christianisme eut d'abord à déblayer les absurdités et les abominations dont l'idolâtrie et l'esclavage avaient encombré le genre humain.
[...] Loin d'être à son terme, la religion du Libérateur entre à peine dans sa troisième période, la période politique, liberté, égalité, fraternité. »

Flaubert l'individualiste : " Le seul moyen de vivre en paix, c'est de se placer tout d'un bond au-dessus de l'humanité entière et de n'avoir avec elle rien de commun, qu'un rapport d'oeil. Cela scandaliserait les Pelletan, les Lamartine et toute la race stérile et sèche (inactive dans le bien comme dans l'idéal) des humanitaires, républicains, etc. Tant pis ! Qu'ils commencent par payer leurs dettes avant de prêcher la charité, par être seulement honnêtes avant de vouloir être vertueux. La fraternité est une des plus belles inventions de l'hypocrisie sociale. On crie contre les jésuites. ô candeur ! nous en sommes tous ! " (lettre à Louise Colet, 22 avril 1853).

Charles de Montalembert : « J'éprouve une invincible horreur pour tous les supplices et toutes les violences faites à l'humanité sous prétexte de servir ou de défendre la religion... L'inquisiteur espagnol disant à l'hérétique : la vérité ou la mort ! m’est aussi odieux que le terroriste français disant à mon grand-père : la liberté, la fraternité ou la mort ! La conscience humaine a le droit d'exiger qu'on ne lui pose plus jamais ces hideuses alternatives. » Discours à Malines (Belgique), 21 août 1863.

Edmond de Goncourt (1822-1896) et Jules de Goncourt (1830-1870) :
« Les mots ! Les mots ! On a brûlé au nom de la charité, on a guillotiné au nom de la fraternité. Sur le théâtre des choses humaines, l’affiche est presque toujours le contraire de la pièce. », Idées et Sensations, 1866.
Victor Hugo« Étouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments, soyez unis, vous serez invincibles.
Serrons-nous tous autour de la république en face de l’invasion, et soyons frères. Nous vaincrons.
C’est par la fraternité qu’on sauve la liberté.  » (Depuis l'exil, première partie, du retour en France à l'expulsion de Belgique, Paris, I Rentrée à Paris, 1870).

Nietzsche : 
Le Voyageur et son ombre, 1879,

§ 263 :
Le chemin de l’égalitéQuelques heures d’escalade en montagne font d’un coquin et d’un saint deux êtres passablement égaux. La fatigue est le plus court chemin pour aller à l’égalité et à la fraternité – et la liberté enfin nous est donnée de surcroît par le sommeil.


Le Gai Savoir, I, 16 : faire obstacle à notre amitié et à notre fraternité (unsere Freund- und Bruderschaft)
IV, 278 : à mille lieux de se sentir comme une confrérie de la mort (die Brüderschaft des Todes).
V, 362 : La Révolution française a visé la fraternité [fraternalité] de peuple à peuple.(„Brüderlichkeit“ von Volk zu Volk)


Victor Hugo :


Pour Charles Péguy, la fraternité conjugue la charité chrétienne (précédant liberté et égalité) et la solidarité socialiste (qui en découle en les conciliant dans le collectif).

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IV / Révolution et fraternité :

Serment du Jeu de Paume de juin 1789,  "fraternité de rébellion" (Mona Ozouf, page 595). Cf le mythe des frères unis dans le meurtre du père selon Freud.

David, Musée Carnavalet, Paris


La fraternité, comme idéal, est un concept clé de la Révolution française : « Salut et fraternité » est le salut des citoyens pendant la période révolutionnaire. Il sous-tend l'esprit de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790, au cours de laquelle, entre autres, le marquis de La Fayette prête ainsi serment :

" Demeurer unis à tous les Français par
les liens indissolubles de la fraternité. "



Gravure de Philibert-Louis  Debucourt


Au Club des Cordeliers, en mai 1791, énoncé de la devise ternaire (idée d'une mention sur les plaques à l'usage des soldats).

La Constitution de 1791 justifiait ainsi l'institution de fêtes nationales :
« Il sera créé et organisé une Instruction publique commune à tous les citoyens, gratuite à l'égard des parties d'enseignement indispensables pour tous les hommes et dont les établissements seront distribués graduellement, dans un rapport combiné avec la division du royaume. - Il sera établi des fêtes nationales pour conserver le souvenir de la Révolution française, entretenir la fraternité entre les citoyens, et les attacher à la Constitution, à la Patrie et aux Lois. » (Constitution du 3 septembre 1791, Titre I ). 
Abbé Henri Grégoire : « La religion nous apporte la fraternité, l'égalité, la liberté. » (septembre 1791 ; déclaration commentée par Alphonse Aulard).

Devise imputée par les Thermidoriens aux partisans de la Terreur : « la fraternité ou la mort », selon l'adage « Sois mon frère ou je te tue » ;


cette fraternisation peut être pratiquée par un « ensemble de moyens en vue d'établir ou de resserrer les liens d'une étroite union ». Cette fraternité est exclusive du cosmopolitisme.

Paul André Basset, prairial an IV (1796)
© Photothèque des Musées de la Ville de Paris - Ph. Ladet

Saint-Just magnifiait la fraternité amicale (Institutions républicaines).

Condorcet : "  Les principes de fraternité générale, qui faisaient partie de la morale chrétienne, condamnaient l’esclavage [...]  cette idée si consolante d’une fraternité du genre humain [...] DES institutions, mieux combinées que ces projets de paix perpétuelle, qui ont occupé le loisir et consolé l’âme de quelques philosophes, accéléreront les progrès de cette fraternité des nations ; et les guerres entre les peuples, comme les assassinats, seront au nombre de ces atrocités extraordinaires qui humilient et révoltent la nature, qui impriment un long opprobre sur le pays, sur le siècle dont les annales en ont été souillées. " (Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, 6e, 9e et 10e époques).

Constitution de l'an III (1795)
Déclaration des droits et des devoirs de l'homme et du citoyen
" DEVOIRS
Article 2. - Tous les devoirs de l'homme et du citoyen dérivent de ces deux principes, gravés par la nature dans tous les coeurs : - Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît. - Faites constamment aux autres le bien que vous voudriez en recevoir. "

2018-717/718 QPC :
" Le Conseil constitutionnel a jugé que la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle. Pour ce faire, il a rappelé qu'aux termes de son article 2 : « La devise de la République est "Liberté, Égalité, Fraternité". La Constitution se réfère également, dans son préambule et dans son article 72-3, à l'« idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité ». Il découle de ce principe la liberté d'aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national. 

Rappelant toutefois, selon sa jurisprudence constante, qu'aucun principe non plus qu'aucune règle de valeur constitutionnelle n'assure aux étrangers des droits de caractère général et absolu d'accès et de séjour sur le territoire national et qu'en outre, l'objectif de lutte contre l'immigration irrégulière participe de la sauvegarde de l'ordre public, qui constitue un objectif de valeur constitutionnelle, le Conseil constitutionnel juge qu'il appartient au législateur d'assurer la conciliation entre le principe de fraternité et la sauvegarde de l'ordre public. 

Au regard du cadre jurisprudentiel ainsi défini, le Conseil constitutionnel prononce, d'une part, la censure des mots « au séjour irrégulier » figurant au premier alinéa de l'article L. 622-4 du CESEDA, en jugeant que, en réprimant toute aide apportée à la circulation de l'étranger en situation irrégulière, y compris si elle constitue l'accessoire de l'aide au séjour de l'étranger et si elle est motivée par un but humanitaire, le législateur n'a pas assuré une conciliation équilibrée entre le principe de fraternité et l'objectif de valeur constitutionnelle de sauvegarde de l'ordre public. Le Conseil constate, en revanche, qu'une telle exemption ne doit pas nécessairement être étendue à l'aide à l'entrée irrégulière, qui, à la différence de l'aide au séjour ou à la circulation, fait naître par principe une situation illicite. "

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Pierre Leroux : « mettre la fraternité au centre ». (cité par Pierre Rosanvallon, La Société des égaux, II " Les pathologies de l'égalité ", 3 " Le communisme utopique ", Paris: Seuil, 2011).

Jacque François Dupont de Bussac, rédacteur de la Revue républicaine, Journal des doctrines et des intérêts démocratiques, 1834 : « Tout homme aspire à la liberté, à l'égalité, mais on ne peut y atteindre sans le secours des autres hommes, sans la fraternité. »

Théodore Dézamy, partisan d'un communisme unitaire : « La fraternité est ce sentiment sublime qui porte les hommes à vivre comme les membres d'une même famille, à confondre dans un intérêt unique tous leurs différents désirs, toute leur puissance individuelle. » (Code de la communauté, Paris, 1842).

Étienne Cabet (communiste) : « Mon principe, c'est la fraternité. Ma théorie, c'est la fraternité. Mon système, c'est la fraternité. Ma science, c'est la fraternité. » (Le Populaire, novembre 1844 ; cité par Pierre Rosanvallon, La Société des égaux, II " Les pathologies de l'égalité ", 3 " Le communisme utopique ", Paris: Seuil, 2011).

Le 20 avril 1848, événement fixé par le tableau de Jean-Jacques Champin conservé au Musée Carnavalet, eut lieu à l'Arc de Triomphe de Paris, une « Fête de la Fraternité » pour célébrer l'instauration du suffrage universel.

Fête de la Fraternité, 1848


Avec la révolution de 1848, la IIe République adopte " Liberté, Égalité, Fraternité " comme devise officielle le 27 février 1848, grâce à Louis Blanc. Le terme de « fraternité » apparaît pour la première fois dans les textes constitutionnels en novembre 1848 à l'article IV du préambule de cette Constitution : « Elle (la République française) a pour principe : la liberté, l’égalité et la fraternité. Elle a pour base la Famille, le Travail, la Propriété, l'Ordre public. » Dans l'article VIII du préambule de cette même Constitution, on lit : « Elle (la République) doit, par une assistance fraternelle, assurer l'existence des citoyens nécessiteux, soit en leur procurant du travail dans les limites de ses ressources, soit en donnant, à défaut de la famille, des secours à ceux qui sont hors d'état de travailler ».

Lithographie de H. Jannin, 1848

Par-delà Bien et Mal, V, 202 : enthousiastes de la fraternité qui se nommaient socialistes (Bruderschafts-Schwärmern, welche sich Socialisten nennen).


Fraternisation des soldats français et allemands, Noël 1914.


Alain Finkielkraut : " Est-ce un progrès que d'avoir haussé ainsi la notion de fraternité au rang de norme juridique ? " (Répliques, 22 septembre 2018)

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V / Notes :

Le terme de fraternité figure dans :

La Constitution de 1946 : article 2 (La devise de la République est : " Liberté, Égalité, Fraternité")


Préambule (" la République offre aux territoires d'outre-mer qui manifestent la volonté d'y adhérer des institutions nouvelles fondées sur l'idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité "),

articles 2 (La devise de la République est « Liberté, Égalité, Fraternité »)

et 72-3 (" La République reconnaît, au sein du peuple français, les populations d'outre-mer, dans un idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité. ").

Donc, " la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle " (2018-717/718 QPC du 6 juillet 2018).


Mona Ozouf, " Liberté, Égalité, Fraternité ", dans : Pierre Nora directeur, Les Lieux de Mémoire, tome III " La France ", volume 3 " De l'archive à l'emblème ", Paris : Gallimard, 1992, pages 582-629.

594 : fraternité d'un autre ordre que liberté et égalité :
des devoirs et non des droits
des liens et non des statuts
de l'harmonie et non du contrat
de la communauté nationale et non de l'individualité

Ordre
charnel plus qu'intellectuel
religieux plus que juridique
spontané plus que réfléchi

597 " Peut-on marier la fraternité aux valeurs individualistes de la liberté et de l'égalité ? Pour peu que l'on conçoive la fraternité comme la réalisation d'une communauté heureuse, lavée de tout conflit, et aux antipodes de l'égoïsme, elle déconsidère le projet de l'autonomie individuelle. "

602 Selon Pierre Leroux : la liberté est le but, l'égalité le principe, la fraternité (sentiment qui règle les actions du citoyen) le moyen.


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mercredi 11 novembre 2015

LÉGITIMISATIONS ET DÉPÉNALISATIONS DE L'HOMOSEXUALITÉ EN FRANCE

   Esquisse d'une vue d'ensemble des fluctuations du statut, notamment juridique, de l'homosexualité masculine en Occident, et principalement en France.


I - Légitimations antiques et Moyen-Âge
II - Stigmatisation judéo-chrétienne et lois romaines des IVe et VIe siècles
III - Légitimisations modernes
IV - Résistance aux contrôles de police, Première dépénalisation (1791)
V - Légitimisations contemporaines
VI - Pénalisations d'août 1942 (avec mineurs) et de novembre 1960 (outrage public à la pudeur)
VII - Légitimisations récentes (écrivains, journaux, organisations)
VIII - Deuxième dépénalisation (partielle) : 1974 : restriction du champ du délit instauré en 1942
IX - Légitimisations récentes (après 1974)
X - Troisième dépénalisation, partielle (1980)
XI - Quatrième, et dernière,  dépénalisation en août 1982 : abrogation complète du délit instauré en 1942
XII - Ébauche d'une vue d'ensemble des qualifications de l'homosexualité

I - Légitimations antiques et Moyen-Âge :

Voir mon Anthologie de textes grecs et latins de l'Antiquité et du Moyen-Âge, Ces petits Grecs ont un faible pour les gymnases. On peut aussi passer par les pages Platon, Xénophon, Aristote ou Auteurs licencieux grecs et latins, et suivre les liens vers les autres pages.
FOUCAULT : « Le domaine des amours masculines a bien pu être "libre" dans l'Antiquité grecque, beaucoup plus en tout cas qu'il ne l'a été dans les sociétés européennes modernes; il n'en demeure pas moins que l'on voit se marquer très tôt des réactions négatives intenses et des formes de disqualification qui se prolongeront longtemps. »
Michel Foucault (1926-1984), L'Usage des plaisirs, (Paris : Gallimard, 1984, tome 3 de l'Histoire de la sexualité), Introduction, 2, 3.

II - Stigmatisation judéo-chrétienne et lois romaines des IVe et VIe siècles :

Voir ce même Ces petits Grecs ont un faible pour les gymnases. Extraits en ligne : Augustin, Pierre Damien, Albert le Grand , L'AMOUR GREC VU PAR LE DROIT ROMAIN ; et suivre les liens vers les autres pages.


L'AMOUR GREC VU PAR LE DROIT ROMAIN :

CORPUS JURIS CIVILIS : Code + Institutes + Digeste + Novelles, VIe siècle,


Altercation entre Hélène et Ganymède (XIIe siècle).

Vers 1260, le doux recueil de droit coutumier Jostice et Plet prévoyait la castration pour les sodomites délinquants primaires :
" Celui qui est sodomite doit perdre les couilles, et s'il le fait une seconde fois, il doit perdre le membre ; et s'il le fait une troisième fois, il doit être brûlé. " (XVIII, 24, § 22).
Vers 1270, le chapitre 90 des Établissements de Saint Louis disposait :
" Si quelqu'un est soupçonné de bougrerie, la justice doit le prendre et l'envoyer à l'évêque ; et s'il en était convaincu, on devrait le brûler ; et tous ses [biens] meubles sont au baron. " Juste après, venait des dispositions contre les hérétiques. Cité et commenté par Voltaire.
Vers 1285, Philippe de Beaumanoir, jurisconsulte, associait également les crimes d'hérésie et de sodomie :
" Qui erre contre la foi, comme en mécréance, de la quelle il ne veut venir à voie de vérité, ou qui fait sodomiterie, il doit être brûlé ". (Les Coutumes de Beauvaisis, édition par Thaumas de La Thaumassière, 1690, page 149).

Procès de sodomie (du XIIIe au XVIIIe siècles)

Et mon étude actualisée sur L'affaire Lenoir - Diot (Paris, 1750)


III - Légitimisations modernes :


Humanisme : Rabelais et Michel de Montaigne notamment, dont les œuvres contiennent de nombreuses allusions,  amusées ou indulgentes, au sujet ; Libertinage érudit (Théophile de Viau, La Mothe Le Vayer, Molière).


Lumières, sauf Jean-Jacques Rousseau  ; Vauvenargues, Voltaire, Diderot, Naigeon.

Dans M... au lobby gay !, (Paris : Mordicus, 2013), Christian Vanneste cite ainsi Voltaire : " ce vice, mortel pour l'humanité, s'il était général ". La pensée de Voltaire est, comme on pouvait s'y attendre, plus complexe :
« Comment s’est-il pu faire qu’un vice, destructeur du genre humain s’il était général ; qu’un attentat infâme contre la nature, soit pourtant si naturel ? Il paraît être le dernier degré de la corruption réfléchie ; et cependant il est le partage ordinaire de ceux qui n’ont pas encore eu le temps d’être corrompus. Il est entré dans des cœurs tout neufs, qui n’ont connu encore ni l’ambition, ni la fraude, ni la soif des richesses. C’est la jeunesse aveugle qui, par un instinct mal démêlé, se précipite dans ce désordre au sortir de l’enfance, ainsi que dans l’onanisme. » (Dictionnaire philosophique, puis Questions sur l'Encyclopédie)

TALLEMANT DES RÉAUX (1619-1692) :
« On lui [à Mlle de Gournay] a voulu faire accroire qu’elle disait que la fornication n’était point péché ; et un jour qu’on lui demandait si la pédérastie n’était point un crime : "À Dieu ne plaise", répondit-elle, "que je condamne ce que Socrate a pratiqué." À son sens, la pédérastie est louable ; mais cela est assez gaillard pour une pucelle. »
Historiettes, « Mademoiselle de Gournay », Paris : Gallimard, 1960, collection "Bibliothèque de la Pléiade, édition Antoine Adam.
MARQUIS D'ARGENS (??) :
« Messieurs les Antiphysiques se moquent de nos injures et défendent vivement leur goût, en soutenant que leurs antagonistes ne se conduisent que par les mêmes principes qu'eux. "Nous cherchons tous le plaisir", disent ces hérétiques, "par la voie où nous croyons le trouver. C'est le goût qui guide nos adversaires ainsi que nous. Or vous conviendrez que nous ne sommes pas les maîtres d'avoir tel ou tel goût. Mais, dit-on, lorsque les goûts sont criminels, lorsqu'ils outragent la nature, il faut les rejeter. Point du tout : en matière de plaisir, pourquoi ne pas suivre son goût ? Il n'y en a point de coupables. D'ailleurs il est faux que l'antiphysique soit contre nature, puisque c'est cette même nature qui nous donne le penchant pour ce plaisir. Mais, dit-on encore, on ne peut pas procréer son semblable," continuent-ils. "Quel pitoyable raisonnement : Où sont les hommes, de l'un et de l'autre goût, qui prennent le plaisir de la chair dans la vue de faire des enfants." »
Histoire de Madame Bois-Laurier, Thérèse philosophe, J.C. Lattès, 1979 [vers 1748].

DENIS DIDEROT (1713-1784) : « - Bordeu : De deux actions également restreintes à la volupté, qui ne peuvent rendre que du plaisir sans utilité, mais dont l'une n'en rend qu'à celui qui la fait, et l'autre le partage avec un être semblable mâle ou femelle, car le sexe ici, ni même l'emploi du sexe n'y fait rien, en faveur de laquelle le sens commun prononcera-t-il ? » Suite de l'entretien [entre d’Alembert et Diderot], 1769 [publié en 1830].


IV - Résistance aux contrôles de police, Première dépénalisation (1791)


Voir mon opuscule en ligne Les Assemblées de la manchette , notamment sur le nommé Veglay.

Sur la dépénalisation de 1791 :

Un certain tabou entoura l'abrogation de l'ancien droit. Dans son rapport sur le nouveau Code, le 30 mai 1791, le jeune constituant Le Peletier de Saint-Fargeau (1760 - assassiné en janvier 1793 par un royaliste) énuméra quelques uns des "crimes imaginaires" que l'on n'y retrouverait pas, mais ne nomma pas la sodomie. La Chronique de Paris, le journal de Villette, écrivit pourtant le 23 mai 1791 que Le Peletier avait rappelé "tous les prétendus crimes" (1).
La sodomie (mot et chose) ne figura donc pas dans le Code pénal, ni dans la Loi correctionnelle réprimant les infractions mineures ; mais dans cette dernière on trouve un article sur les "actions déshonnêtes" qui fut fortement critiqué le 7 juillet dans la Chronique de Paris, par crainte, disait-on, de quelque arbitraire dans les poursuites sur un tel chef d'inculpation. Le nouveau Code fut adopté le 25 septembre et promulgué le 6 octobre 1791 ; cette réforme fut conservée dans le Code pénal de 1810.

1. L'historien communiste Albert Soboul observe la même discrétion : "u n Code pénal, supprimant tous les délits imaginaires (hérésie, lèse-majesté ...) " dans son Histoire de la Révolution française, Paris : Éditions sociales, 1962.


V - Légitimisations contemporaines :


a) L'ANONYME DE 1868 : « Vous me permettrez de vous écrire quelques lignes pour vous exprimer la sympathie profonde que j'éprouve pour la tâche que vous avez entreprise : l'émancipation d'une classe nombreuse et innocente d'un joug si cruel, des lois injustes et du mépris immérité. Vous méritez, monsieur, les remerciements de tous vos confrères sexuels, surtout de ceux qui se cachent derrière la visière. Il me semble qu'il ne faut que de la capacité et du courage tels que les vôtres pour poser nettement – devant la raison publique [cf Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, 1793, article 22] de tous les pays – les suites logiques de votre appel à l'argumentation, du moins avec la persévérance et l'honorable hardiesse que vous n'avez pas eu peur de montrer. »
Londres, 1er janvier 1868. Lettre en français adressée à K. H. Ulrichs et publiée par lui dans Memnon (1868).

Auteurs : Paul Verlaine, Marc-A. Raffalovitch,

L'ANONYME de 1906 : « Je désirerais former un groupement d'invertis sérieux. – Ce groupement aurait pour but de rechercher tout ce qui serait capable d'améliorer la situation morale de l'inverti, situation qui est toujours si critique à cause de l'isolement forcé, situation qui souvent est la cause de catastrophes intimes. Il est bien entendu que le groupement ne comprendrait que ceux dont la bonne moralité est certaine, bien que son action humanitaire pourrait, par la suite, s'étendre à tous ceux qui ont le désir de rentrer dans la bonne voie. L'œuvre de ce groupement, en plus des avantages intellectuels et moraux qu'elle offrirait à chacun, faciliterait nécessairement l'étude de cette question si importante et d'actualité qu'est la question sexuelle et pourrait contribuer à la découverte et à la pratique de règles d'hygiène physique et morale qui adouciraient le sort cruel légué aux invertis. » Lettre au Dr G. Saint-Paul, vers 1906.

Auteurs français : André Gide, et son Corydon. (1924)

Jean Cocteau, qui publia anonymement Le Livre blanc en 1928.


b ) Publications périodiques :

Trois séries de longs articles (en quelques sorte des pré-revues) dans les Archives d'Anthropologie Criminelle (dont Alexandre Lacassagne fut co-fondateur) :

« Annales de l’unisexualité » en 1897,

« Chroniques de l’unisexualité » en 1907 et 1909.

Akadémos, fondé en 1909 par Jacques Fersen, pour l'article de juillet 1909 :
GUY DELROUZE : « Il n'est pas de question où n'apparaissent plus curieusement la facticité en même temps que la malice du préjugé anti-charnel que celle de l'homosexualité. [...] L’homosexualité, caractère physique du genus homo, est universellement répandue, comme elle a toujours été connue. Elle n’est pas un ferment nécessaire de décadence puisqu’elle coïncide souvent avec les facultés géniales qui peuvent servir avec le plus d’éclat une société. Elle est, si nous concluons avec [Charles] Darwin et [Karl] Gegenbaur à un ancêtre androgyne des vertébrés, un atavisme, un geste ancestral, vénérable entre tous par son antiquité, une tradition en un mot !
  D’autre part, la qualité parfois éminente des individus chez lesquels ressurgit cet atavisme défend de le classer comme une régression. Que signifie un tel mot du reste quand on ne connaît ni le départ ni l’arrivée ? Savons-nous quelle piste perdue cherche à retrouver la nature ? Donc, auguste par son recul dans le passé, esquissant dans l'avenir le schéma de possibilités qui seront un jour des lois, l'homosexualité n'est pas seulement passionnante pour notre investigation, elle exige notre respect et la révision d'un procès inique. Elle ne relève plus de la criminologie, ni même de la pathologie, mais du droit commun de l’amour libéré. »
"Le préjugé contre les mœurs", Akadémos, 15 juillet 1909.

Inversions/L'Amitié (1924-1925)


c) HISTOIRE DE L'AMOUR GREC

Une étude sur l'amour des garçons en Grèce fut publiée par l'allemand M. H. E. Meier en 1837. Une traduction française sous le titre HISTOIRE DE L'AMOUR GREC, longuement annotée et appendicée (pages 185-312), signée "L. R. de Pogey-Castries", vit le jour en 1930 ; elle fut publiée, grâce à l'aide d'André Gide, aux éditions Stendhal, et réimprimée en 1952 et 1980 par Guy Le Prat ;



son auteur était Georges Hérelle (Pougy-sur-Aube, 1848 - Bayonne, 1935), originaire de Pougy le Château (Aube), traducteur de Gabriele D'Annunzio et de Blasco Ibanez, et professeur de philosophie à Vitry-le-François, puis à Évreux et à Bayonne.

Le pseudonyme Pogey-Castries fut identifié, et cette identification est précieuse, comme étant celui d'Hérelle en 1984 par Marc Thibault, peu après la publication du catalogue des manuscrits de la Bibliothèque Municipale de Troyes. Georges Hérelle était connu de Lucien Herr (bibliothécaire de l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm, Herr "outé" par Péguy), du poète et critique Amédée Pigeon, de Cahen d'Anvers (ami de Marcel Proust), d'André Gide, de Montherlant et de Roger Peyrefitte. Il a laissé de nombreux manuscrits à cette Bibliothèque Municipale, exploités par certains chercheurs étrangers, ainsi que par Philippe Lejeune dans son article de 1987 Autobiographie et homosexualité en France au XIXe siècle. Voir notamment les mss 3170 à 3172, 3174 à 3178, 3188 (projet de Nouvelles études sur l'amour grec), 3255 à 3258, 3389 à 3405bis. L'ensemble correspond à un vaste projet d'encyclopédie de l'homosexualité masculine.

J'ai publié une lettre de Gide à Hérelle sur ma page FOLIO 2235 (3/3)


VI - Pénalisations d'août 1942 (avec mineurs) et de novembre 1960 (outrage public à la pudeur)

§ VI / A /
« Sera puni d’un emprisonnement de 6 mois à 3 ans et d’une amende de … 1° Quiconque aura soit pour satisfaire les passions d’autrui, excité, favorisé ou facilité habituellement la débauche ou la corruption de la jeunesse de l’un ou de l’autre sexe au dessous de vingt et un ans, soit pour satisfaire ses propres passions, commis un ou plusieurs actes impudiques ou contre nature [termes moyen-âgeux] avec un mineur de son sexe âgé de moins de vingt et un ans. » Philippe Pétain, Pierre Laval, Loi n° 744 du 6 août 1942 [J. O. du 27 août 1942, page 2923].
Voir l'entrée "Délit d'homosexualité" de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine.

PIERRE ASSOULINE (né en 1953) :

« La loi du 6 août 1942 sur la répression de l'homosexualité ne répondit pas à une initiative politique (généralement attribuée à l'Amiral Darlan [voir plus loin]) mais judiciaire. Il faut savoir que le magistrat Roger Béraud, qui en fut le rédacteur, vit l'une de ses propositions récusée par ses supérieurs au motif qu'elle était contraire aux principes chrétiens : la castration des homosexuels récidivistes ... Mais pour le reste, il s'inspirait des projets de loi antérieurs à l'Occupation, en portant toutefois, et c'est une grande différence, l'âge de la protection de 18 à 21 ans. Ce qui motivait Vichy selon Boninchi (1) ? Là encore, des motifs conjoncturels : la multiplication des camps de jeunesse regroupant des mineurs du même sexe, trop propices selon le législateur aux "initiations mutuelles" (cas de figure pour lequel la loi considérait comme coauteurs le coupable et la victime). Mais la nouvelle loi était tellement tarabiscotée qu'elle revenait à permettre les relations sexuelles avec des adolescents de 13 ans quand ils n'étaient pas du même sexe, mais les condamnait fermement lorsqu'il s'agissait de moins de 21 ans du même sexe. De plus, elle ne faisait pas de différence entre homosexualité masculine et lesbianisme (ce qui n'était pas dans le cas dans les droits anglais et allemands qui ne sanctionnaient pas celle-ci) »

1. Marc Boninchi Vichy et l'ordre moral, Paris : PUF, 2006.
« Retour sur l’ordre moral », http://passouline.blog.lemonde.fr/livres/ , 22 mars 2006.


§ VI / B /

RAYMOND DRONNE (1908 - 1991) :
« La fonction publique, jusque dans ses rouages les plus importants, est gangrenée par la pénétration communiste. Elle est aussi gangrenée, spécialement dans les plus hauts postes des diverses polices, par des personnages aux habitudes particulières. [...] Il s'agit de ces hommes qui appartiennent à la confrérie actuellement très à la mode des homosexuels. En admettant que vous ayez l'esprit suffisamment large pour ne pas être choqué par des divertissements de cette nature, vous ne devez pas oublier, monsieur le ministre de l'Intérieur [François Mitterrand], que ces sortes de personnages ont des défauts qui les rendent particulièrement vulnérables dans les postes où vous les avez maintenus ou nommés. »
Assemblée Nationale, 2e séance du 3 décembre 1954.

FRANÇOIS MITTERRAND (1916-1996) : « En ce qui concerne les mœurs que vous avez évoquées, si l'un des fonctionnaires placés sous mon autorité a un dossier douteux, je demande qu'on me le communique. Comment voulez-vous que j'accepte que soient ainsi diffamés, attaqués et décriés de hauts fonctionnaires dans lesquels mes prédécesseurs ont eu confiance, qui ont la mienne. » Assemblée Nationale, 2e séance du 3 décembre 1954, réponse au député Dronne.


§ VI / C /

Celle de juillet-novembre 1960 semble bien due à l'influence du psychiatre catholique Marcel Eck : « L'homosexualité paraît prendre actuellement un développement inquiétant, au point que l'on peut parler d'un véritable péril homosexuel. » Parents et éducateurs devant le péril homosexuel, janvier 1960. C'est l'ancien article 330 alinéa 2 de l'ancien Code pénal.

Il y eut d'abord une loi d'habilitation pour la prise d'ordonnances :

Loi n°60-773 du 30 juillet 1960 AUTORISANT LE GOUVERNEMENT A PRENDRE, PAR APPLICATION DE L'ARTICLE 38 DE LA CONSTITUTION, LES MESURES NECESSAIRES POUR LUTTER CONTRE CERTAINS FLEAUX SOCIAUX


Ce 4° résultait d'un sous-amendement n° 9 proposé par le député Paul Mirguet et adopté lors de la 2e séance du 18 juillet 1960 par l'Assemblée nationale ; le Gouvernement s'en était remis à la sagesse de l'Assemblée.


Je suppose que " l'avis " fut compris " la vie ", d'où les rires.

L’ordonnance du 25 novembre 1960 ajouta à l'ancien article 330 du Code pénal un alinéa 2 prévoyant un doublement des peines maximales encourues pour outrage public à la pudeur « lorsqu'il consistera en un acte contre nature avec un individu de même sexe ». Cette disposition fut abrogée en décembre 1980 (voir plus loin, au § X).

Dans l'ouvrage de Massimo Prearo Le Moment politique de l'homosexualité - Mouvements, identités et communautes en France (Lyon : PUL, 2014), je lis :
" Après l'adoption de la loi pétainiste (1942), maintenue par de Gaulle (1945), imposant une peine plus lourde que celle appliquée pour les comportements hétérosexuels aux auteurs d'actes sexuels dits « contre-nature » avec des mineurs, en 1960 est adopté le fameux amendement Mirguet, qui classe l'homosexualité parmi les fléaux sociaux à combattre (Sibalis, 2002). "
L'auteur attribue à la loi d'août 1942 ce qui relève, non du sous-amendement Mirguet, ni même de la loi d'habilitation d'ordonnances qui le contient, mais de l'ordonnance du 25 novembre 1960 mentionnée plus haut. Je reparle plus loin de cette confusion aux §§ IX / B/ 4) et XI / A /.

VII - Légitimisations récentes - 1

VII / a) Auteurs :

Roger Peyrefitte : Les Amitiés particulières, 1944 ; Notre amour, 1967. La Muse garçonnière, 1973.

Marcel Jouhandeau : Corydon résumé et augmenté, 1951.

Daniel Guérin (1904-1988) : Eux et lui, Monaco, : Éditions du Rocher, 1962. Rééd. Question De Genre/GKC, 2000.
Articles dans la revue La Nef sur la répression de l'homosexualité en France (1958) et en Angleterre (1957).

Jean-Louis Bory : Ma Moitié d'orange, et un ouvrage en collaboration avec Guy Hocquenghem ; voir l'Introduction de mon DFHM.

Yves Navarre, ses romans.

Dominique Fernandez : notamment son roman en partie autobiographique L'Étoile rose, Paris : Grasset, 1978.


VII / b) Journaux et organisations :  

Futur (1952-1955 ou 56) : déplore vigoureusement la disposition du régime de Vichy d'août 1942, conservée en 1945 par un gouvernement de gauche.

Claude Mosset : « Un journal [Futur] qui défend et exalte l'homosexualité au nom de la liberté absolue de la personne humaine et de la liberté des pratiques sexuelles est un journal dont les fins sont contraires à la morale admise. Même s'il conserve un ton digne et s'il fait appel à des bases scientifiques, il présente, en raison des thèses mêmes qu'il défend, un danger pour la jeunesse. Le requérant [Jean Thibault] argue du fait que son journal ne peut être regardé comme licencieux parce qu'il conserve un caractère sérieux et une expression décente. Nous ne saurions admettre une interprétation aussi étroite du mot licencieux. Ce mot couvre non seulement ce qui est contraire à la décence, mais encore ce qui est déréglé. L'homosexualité, c'est de la licence. Faire l'apologie de ce vice, c'est se montrer licencieux. » Conclusions du commissaire du Gouvernement, Conseil d'État, 1956.

Arcadie, la revue (1954-1982) : idéologie légaliste promue par un catholique se disant apôtre de l'ascèse, qui, dans ses revendications, se focalisait uniquement sur l'amendement Mirguet de juillet 1960, acceptant donc implicitement la restriction drastique de Vichy de 1942.
Nonobstant, cette revue est une source très précieuse sur la pensée des homosexuels et de leurs amis à cette époque, surtout pour la période 1957-1970 où elle avait le monopole de cette expression. Le nom de cette revue fut suggéré par Roger Peyrefitte.
À l'abonnement à cette revue était associé le fonctionnement d'un club, dit, par discrétion, " Club littéraire et scientifique des pays latins (CLESPALA) ".

Table des articles d'Arcadie

Olympe, mensuel, en kiosques depuis 1968.

FHAR (Front homosexuel d'action révolutionnaire, 1971-1973) : j'ai fréquenté les réunions (et parfois plus) de ce vaste groupe à l'École des Beaux-Arts, rue Bonaparte, à Paris VIe, pendant sa deuxième année d'existence, 1972-1973. On y voyait le normalien et écrivain Guy Hocquenghem, surnommé Superstar. Daniel Guérin me raconta qu'il s'y était fait agresser par des "folles".

* * * * *

Dr Romain Liberman : « Fréquente dans les amitiés masculines de longue date, l'homosexualité prend souvent comme point de départ les jeux de groupe où dominent la rivalité et la compétition, qui s'expriment dans la comparaison des organes virils et la probation éjaculatoire. Généralement, ces pratiques se font sans investissement affectif, et restent sans lendemain. Quelquefois, la relation homosexuelle se double d'une relation amoureuse, plus souvent d'ailleurs entre un adolescent et un enfant, et demande alors à être contrôlée avec "doigté" et perspicacité. La plupart du temps cette activité homosexuelle ne dure que l'espace d'un moment et la vacillation dans l'hétérosexualité doit se faire sans problèmes. » "L'homosexualité clinique", Libertés médicales, n° 10, octobre 1971. (Extrait d'un tiré à part reçu en 1975).

Pierre Juquin (né en 1930) :
« La couverture de l'homosexualité ou de la drogue n'a jamais rien eu à voir avec le mouvement ouvrier. L'une et l'autre représentent même le contraire du mouvement ouvrier. » Le Nouvel Observateur, 15 mai 1972.
Cette prise de position très forte d'un membre important du P.C.F. eut au moins le mérite d'introduire rapidement la question homosexuelle dans le champ politique de l'ère Pompidou. Il en résulta une réaction d'homosexuels communistes qui en 1974-75 se manifestèrent par la création de groupes de libération homosexuelle (GLH). Mais au lieu de s'en tenir à la satisfaction de la liberté obtenue (les termes moyen-âgeux et chrétiens "impudique" et "contre nature" sortent enfin du Code pénal en 1982), le lobby gay, depuis LGBT, a cru devoir se lancer dans une surenchère égalitariste (demande de pacs, droit au mariage, à l'adoption et à la PMA, reconnaissance de prétendus "changements" de sexe) qui me semble complètement déplacée, l'homosexualité relevant à mon sens davantage de la liberté et de l'amitié (" poussée à l'extrême " écrivait Platon dans ses Lois ...) que de la conjugalité et de l'égalité des droits des couples. Voir mon article : Mariage homo ...


VIII - Deuxième dépénalisation (partielle) : 1974 :
restriction du champ du délit instauré en 1942

La révision du seuil de "consentement homo" instauré en 1942 ; élevé alors de 13 à 21 ans, il fut abaissé à 18 ans par le président Valéry Giscard d'Estaing, en harmonisation avec la nouvelle majorité civile ; voir le I de l'article 15 de la loi du 5 juillet 1974 modifiant notamment l'article 388 du Code civil).


IX - Légitimisations récentes -2

GLH parisiens, trois groupes dont le premier créé en 1974 sous le nom de Philandros par Jean-Paul Amouroux (alors étudiant à Nanterre), en partie grâce à des membres ou anciens membres du club Arcadie et de son groupe de jeunes, en partie avec des "anciens" du FHAR.

Ouvrage paru en 2015

IX / A / Aleph/CIDH 1975 :

" Centre d'Information et de Documentation sur l'Homosexualité (CIDH)
Avant les scissions de décembre 1975 en plusieurs tendances des Groupes de Libération Homosexuelle (GLH) ; Claude Courouve a co-fondé en 1975, l'Association Laïque pour l'Étude du Problème de l'Homosexualité (ALEPH) pour lutter contre la sous-information de l'homosexualité.. Un des buts était de clarifier la situation juridique des homosexuels pour tout le monde, et notamment pour les partis politiques, et pas seulement pour le milieu homosexuel.
En 1977, l'ALEPH est devenu le Centre d'Information et de Documentation de l'Homosexualité (jusqu'en 1981). Les documents envoyés à la presse, sont documentés :
- d'indications bibliographiques,
- de références bibliques des passages qui évoquent ou condamnent l'homosexualité...
- de nombreux courriers (de l'époque) aux dirigeants de l'État [en vue de la légalisation complète de l'homosexualité, obtenue en 1982].
Aujourd'hui, le site Kademos (voir ci-dessous [site de Jacques Girard, mort depuis, le site, pas JG]) publie certains documents, notamment les courriers (de l'époque) aux dirigeants de l'État ...
Catalogue des livres sur l'homosexualité édités par Claude Courouve : http://www.courouve.com/ [Site mort]. "
http://www.archiveshomo.info/annuaire/france.htm

   J'avais en effet créé en 1975 cette association avec Louis Mallet, rencontré par une petite annonce d'Actuel ;  nous n'étions pas membres des GLH parisiens, mais avions assisté à quelques unes de leurs réunions. Je devais être alors abonné à la revue Arcadie. Par la suite  Robert Kozérawski, Jean-Pierre Lévêque et le biologiste Jean-Claude Feray se sont joints à nous ; Jean-Claude Feray a depuis fait des recherches très pointues sur Kertbeny (qui en 1868-69 créa en allemand les néologismes homosexual et Homosexualität) et Robert Kozérawski s'est investi pendant plusieurs années dans l'association Lusogay.

   J'étais alors en relations avec des universitaires militants américains (Bob Roth, Wayne R. Dynes), et anglais (de l'association Campaign for Homosexual Equality, notamment Peter Ashman), et abonné au périodique anglais Gay News. Mon activité professionnelle consistait en cours particuliers de maths et de physique, après cinq années (1966-1971) à plein temps dans l'Éducation nationale en Île-de-France comme enseignant en maths. Activité qui entraîna une suspicion infondée de pédophilie, d'où enquête de voisinage, visite à domicile d'un policier, convocation au 36, quai des Orfèvres, et fichage par les Renseignements généraux (fiches que j'ai pu consulter, à deux reprises, au siège de la C.N.I.L.)


IX / B / Désinformations qui m'irritaient :

1 ) Le Monde annonça que l'Association Psychiatrique Américaine avait modifié sa définition psychiatrique de l'homosexualité, alors que le changement avait consisté à retirer purement et simplement l'homosexualité de la liste des pathologies ; cela fut très dur d'obtenir une rectification ; j'ai dû faire intervenir un psychiatre américain.
ASSOCIATION PSYCHIATRIQUE AMÉRICAINE : « L’homosexualité en elle-même et par elle-même n’impliquant aucune altération dans le jugement, la stabilité, l’honnêteté, ou les capacités professionnelles, qu’il soit donc déclaré que l’Association Psychiatrique Américaine déplore toutes les discriminations publiques et privées envers les homosexuels dans des domaines tels que l’emploi, le logement, l’habitation collective, les patentes, et déclare qu’aucune exigence de discernement, de capacité ou d’honnêteté supérieure à ce qui est demandé aux autres personnes ne devrait être imposée aux homosexuels. » Communiqué du 15 décembre 1975 [ma traduction].

2 ) Lors du lancement du mensuel commercial Homo en 1975 (mensuel auquel j'ai collaboré), Bruno Frappat, journaliste au Monde (ensuite directeur à La Croix, et que j'avais rencontré avec Louis Mallet à l'ancien siège du Monde, 5 rue des Italiens) fut bien sarcastique dans un de ses articles : " On aura très vite fait le tour de la question ", comme si l'homosexualité était un non-sujet ; c'est ce que j'appellerais l'homophobie négative.

3) Arcadie se faisait passer pour une association alors que c'était d'abord une revue mensuelle, créée en 1954 sans comité de rédaction, doublée d'un club réservé à ses abonnés, créé en 1957 sous le régime SARL, " CLESPALA ", Club littéraire et scientifique des pays latins, dont André Baudry était autocratiquement et juridiquement le gérant (information vérifiée auprès du Tribunal de commerce de Paris).

4) André Baudry, directeur d'Arcadie, réclamait en permanence " l'abrogation de l'amendement Mirguet " qui ne constituait, aussi déplorable qu'il fût (le "fléau social", cf plus haut § VI / b), qu'une étape intermédiaire de procédure parlementaire dans une loi d'habilitation à prendre des ordonnances.

Les deux dispositions dont on pouvait pertinemment, dans les années 1970, exiger l'abrogation étaient l'article 330 alinéa 2 du Code pénal, créé par ordonnance en novembre 1960 (aggravation des peines en cas d'outrage public à la pudeur en situation homosexuelle) - et surtout l'article 331 alinéa 3 du même Code pénal, hérité de Vichy. Au Parti Socialiste, les idées n'étaient pas plus claires là-dessus que dans les GLH ; ils souscrivaient à la revendication du père Baudry, sans davantage vérifier ni se documenter. En 1974, Arcadie annonça triomphalement, (énorme confusion !) que l'amendement Mirguet était abrogé ...

5) Les actions de cette association ALEPH ont dû commencer en 1975, année de la déclaration de l'association, première association française déclarée dans ce domaine, sauf erreur.

Courriers à tous les partis politiques, comme le faisait déjà le directeur d'Arcadie, mais avec une argumentation documentée et invoquant, à la suite de Daniel Guérin, les arguments de laïcité, et de liberté sexuelle comme nécessaire contrepoids à la liberté religieuse. Selon Alexandre Marchant, ma correspondance avec Daniel Guérin est conservée à la B.D.I.C.

   Je n'avais jamais eu d'engagement militant durable dans un parti politique, considérant d'un côté qu'ils avaient tous plus ou moins leur part de vérité et de l'autre que la culture, stricto sensu, scientifique, juridique, littéraire ou philosophique, est bien plus intéressante et utile que la politique politicienne. Par ailleurs le mode de fonctionnement des partis que j'avais un peu fréquentés ne me proposait aucune place au rôle que j'y envisageais (contribution à l'élaboration des programmes. L'avenir me démentira-t-il ? Cela reste à voir.



- Enquête auprès d'une soixantaine de psychiatres parisiens et rennais ayant répondu (sur 250 questionnaires envoyés). Questions sur le statut de l'homosexualité (maladie, perversion, anomalie, ou variante) et sur le traitement éventuel. Résultats publiés dans Homo en 1975 . Parmi les réponses, celle du Professeur Henri Baruk (1897-1999) : « L'homosexualité est en voie de développement en grande partie sous l'influence des idées psychanalytiques. Elle représente un danger pour les sociétés. Elle doit être soignée. »

- Documentation historique et lexicographique, la deuxième encouragée par l'article inaugural " Anti-rôle " de l'instituteur Dominique Robert (mort du sida vers 1990) dans le n° 3 de la revue Dérive.

- Obtention de la preuve, par simple consultation de l'Annuaire téléphonique interne de la Préfecture de police de Paris par un adhérent qui y travaillait, de l'existence au sein de celle-ci d'un  "Groupe de contrôle des homosexuels " ; émanation bien lointaine de la " sous-brigade des pédérastes " (sic) des années 1870, alors dirigée par l'agent Rabasse.

Vers 1976, j'avais rencontré des Jeunes Socialistes ; ils m'avaient alors dit qu'ils répugnaient à défendre la cause de l'homosexualité parce que, selon eux, les homos étaient généralement de droite...

COMITÉ POUR UNE CHARTE DES LIBERTÉS : « L'homosexualité est un comportement sexuel comme les autres. Elle est une des expressions de la liberté fondamentale du corps. L'homosexualité ne doit entraîner sous aucune forme une inégalité ou une discrimination quelconque. » Liberté, libertés, Réflexions du comité pour une charte des libertés animé par Robert Badinter, préface de François Mitterrand, Paris : Gallimard. 1976. [Sans doute une réaction aux démarches d'André Baudry].

HENRI CAILLAVET (1914-2013) : « La réprobation liée aux risques de sanctions pénales a fortement contribué à la marginalisation et à l'isolement des homosexuels, la répression pénale ayant ainsi un effet exactement inverse au but de dissuasion recherché. » Proposition de loi (exposé des motifs), décembre 1978.

DIDIER BARIANI : « Le Parti Radical-Socialiste demeure traditionnellement et fondamentalement attaché au respect des libertés individuelles. Malheureusement, l'émergence de nouvelles formes de délinquance juvénile fait apparaître qu'en dépit de l'évolution des mentalités, la protection des mineurs est encore une nécessité pour l'équilibre de notre société. » Lettre au président du Centre d'Information et de Documentation sur l'Homosexualité, 1er juillet 1980.

   Ce travail de documentation de l'Aleph/CIDH attira longtemps l'attention de diverses personnes, homosexuelles ou non, dont Michel Foucault à qui j'avais communiqué (vers 1978) des documents d'archives sur des procès de sodomie du XVIIIe siècle ; le pasteur Joseph Doucé ; Bertrand Boulin, (fils de l'ancien ministre, décédé en 2002) ; l'écrivain Dominique Fernandez ; l'écrivain Roger Peyrefitte, à qui j'avais communiqué à sa demande, pour sa biographie de Voltaire, un extrait inédit des archives de la police parisienne dans la première moitié du XVIIIe siècle ("le grand mémoire", aujourd'hui publié dans mon opuscule Les Assemblées de la manchette) ; Philippe Lejeune (voir son article dans la revue Romantisme, 2e trimestre 1987). De même Daniel Guérin, dont je fit publier le texte « Plutarque et l’amour des garçons »  dans Dialogues homophiles, numéro 2, mars 1978, et que j'avais interviewé pour le mensuel Homo 2000 en 1979.

Les réactions au travail associatif ne sont pas facilement distinguables de celles à mon premier ouvrage Les Homosexuels et les autres (Paris : Athanor, 1977) :
" Vous trouverez tout dans ce livre qui est sérieux et bourré d'informations. " (Charlie Hebdo)
" Un intéressant document sur l'évolution des esprits [...] utile à ceux qui animent des groupes d'éducation sexuelle avec des adolescents. " (L'École des parents)

   La même année fut publié, en collaboration avec Pierre Fontanié (collaborateur régulier d'Arcadie et adhérent indélicat du C.I.D.H.) et Jean-Pierre Lévêque, un "Glossaire des homosexualités", en tant que publication du "Centre d'information Aleph".

Pendant cette période, un certain nombre de travaux universitaires furent effectués, dont je n'ai eu connaissance que plus tard, pour la plupart d'entre eux.

CUARH : je n'ai pas rassemblé de documentation sur cette association dont je n'étais pas membre, d'autres ont dû certainement s'en charger.

La fin de mon activité associative est liée à un incident grave relativement à une réponse du président Valéry Giscard d'Estaing.

   Peu avant la campagne présidentielle de 1981, j'avais écrit à V. Giscard, au nom du C.I.D.H., pour lui exposer l'argumentation en faveur de l'abrogation du nouvel article 331 alinéa 2 ; il m'avait fait une réponse en partie favorable, en partie défavorable, disant, si je me souviens bien, qu'il était opposé à toute discrimination à l'égard des homos, mais que la disposition contestée lui semblait justifiée par la nécessité de protéger les mineurs civils de plus de 15 ans. Je fis la bêtise de communiquer cette réponse à un adhérent du Var, Pierre Fontanié (auteur de nombreux articles dans la revue Arcadie), qui, sans m'en avertir, en a envoyé copie à Homophonies qui n'a publié qu'une partie de cette lettre, la partie défavorable, sans même indiquer que ce qui était publié était une partie seulement de la réponse du Président de la République.

   Je fus alors profondément écœuré par une telle mauvaise foi (cf le dialogue des « représentants de commerce du Peuple » de Jacques Prévert : « – Qu’est-ce que cela peut faire que je lutte pour la mauvaise cause puisque je suis de bonne foi ? – Et qu’est-ce que cela peut faire que je sois de mauvaise foi puisque c’est pour la bonne cause ? », Spectacle, 1949), mais aussi je me sentais personnellement responsable vis-à-vis de Giscard de l'utilisation malveillante faite de sa réponse. Là-dessus sont arrivés la marche du 4 avril et tout l'activisme des mouvements homos orientés à l'extrême gauche, le slogan-tract « Les homos contre Giscard », etc.

   Ce n'est pas que je fusse particulièrement giscardien à l'époque ; au 1er tour de 1981 j'ai même voté Mitterrand (pas au second, car je pressentais alors qu'il allait gouverner avec des ministres communistes).

   Le comportement de ce membre (socialiste) du C.I.D.H., Pierre Fontanié, m'a profondément déçu et j'ai alors décidé de revenir à autre chose, mes intérêts philosophiques anciens et des recherches académiques à la Bibliothèque nationale, précédés de mon travail pour le Vocabulaire de l'homosexualité masculine (Payot, 1985)..

Publications homos des années 1968-1992 : ArcadieOlympe, In, Homo, Nouvel Homo, Dialogues homophiles, Incognito-Magazine, Gai Pied, Homo 2000, Homophonies, MasquesSamouraïGaie France, etc. En gras celles auxquelles j'ai donné un ou plusieurs articles (parfois les mêmes ...). Pour Gai Pied, un seul article, sur le livre tout récemment paru de Rudolf Maurer André Gide et l'URSS., Berne : Tillier, 1983 ; pour Masques, trois je crois ; pour les autres, je ne sais plus combien. J'étais rédacteur de Homo 2000 et simple collaborateur ailleurs. L'essentiel de la matière de ces articles est passé, avec de nombreux compléments, dans mes publications ultérieures.


Mes publications (la plupart en auto-édition) :

L'Affaire Lenoir-Diot, Paris, C. Courouve, 1980
ISBN 2-86254-001-9 (erroné). Version augmentée en ligne.

Voltaire (1694-1778)
L'Amour socratique / Voltaire ; présenté et annoté par Claude Courouve
Paris : C. Courouve,  1994
ISBN 2-86254-017-X (br.) : 20 F
2e éd., 1999
Indice(s) Dewey : 844.5 (oeuvre) (22e éd.)
ISBN 2-86254-024-2 (br.) : 25 F
[Nouv. éd.]
La Ciotat (Résidence La Calanque, 13600) : C. Courouve, 2002
ISBN 2-86254-031-5 (br.) : 6 EUR. Version augmentée en ligne :
VOLTAIRE : L'AMOUR SOCRATIQUE

Les Gens de la manchette, 1720-1750 / [textes réunis et présentés par] Claude Courouve
Paris : C. Courouve, 1978
ISBN 2-86254-004-8 (Br.) : 7,50 F
Les Assemblées de la Manchette : documents sur l'amour masculin au XVIIIe siècle.
1987,  34 pp.
ISBN 2-86254-014-5
Les Assemblées de la Manchette : documents sur l'amour masculin au XVIIIe siècle et pendant la Révolution
Nouv. éd.
Indice de l'Histoire de France :  LL 310-5 = 1700-1800
ISBN 2-86254-018-8 (br.) : 40 F
Les Assemblées de la manchette / [Claude Courouve]
2000, 18 pp.
ISBN 2-86254-026-9 (br.) : 60 F. Revu et augmenté dans http://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2014/08/les-assemblees-de-la-manchette-12.html

Bibliographie des homosexualités
Paris : C. Courouve, 1977, 12 pp.
ISBN 2-86254-005-6 (Br.) : 4,50 F
Nouvelle édition 1978.
ISBN 2-86254-003-X (Br.) : 9 F. Voir plus loin, Fragments 4 et 5.

Contre nature ?
Paris : C. Courouve, 1981
ISBN 2-86254-009-9 (Br.). Son contenu a été intégré aux articles "Contre nature" et "Délit d'homosexualité" de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine (réédition électronique augmentée du Vocabulaire de 1985).

Les Flammes de Sodome : opinions variées sur l'amour homosexuel masculin
Paris : C. Courouve, 2001
24 pp.
ISBN 2-86254-028-7 (br.) : 10 EUR : 66 F
Les Flammes de Sodome : opinions variées sur l'amour homosexuel masculin
2e éd. augmentée 2004, 54 pp.
ISBN 2-86254-033-1 (br.) : 10 EUR. Repris partiellement dans mon DFHM.

Fragments : Adam, Aletrino, Allendy, Barthes...
Paris : C. Courouve, 1980, 11 pp.
Collection Archives unisexuelles
ISBN 2-86254-006-4 (Br.)
Autre auteur : Kozérawski, Robert . Éditeur scientifique
Sujet(s) :  Homosexualité -- Citations, maximes, etc.
Fragments. 2 / [choisis par] Claude Courouve, R. Kozerawski
Paris : C. Courouve, 1980
ISBN 2-86254-007-2 (Br.)
Fragments. 3 / [choisis par] Claude Courouve, R. Kozerawski
Paris : C. Courouve, 1981
Autre auteur : Kozérawski, Robert . Éditeur scientifique
ISBN 2-86254-008-0 (Br.)
Fragments. 4 / [choisis par] Claude Courouve, R. Kozerawski
Paris : C. Courouve, 1981
En appendice, "Bibliographie des homosexualités", 3e édition, 1, 1478-1881.
ISBN 2-86254-011-0 (Br.)
Fragments. 5 / [choisis par] Claude Courouve, R. Kozerawski
Paris : C. Courouve, 1981
Précédé de : "Bibliographie des homosexualités", 3e éd., 2, 1882-1924.ISBN 2-86254-012-9 (Br.)

Centre d'information Aleph (Paris)
Glossaire des homosexualités / Aleph ; [rédigé par Claude Courouve, Pierre Fontanie et Jean-Pierre Lévèque]
Paris : Centre d'information sur l'homosexualité Aleph, 1978
ISBN 2-902681-03-8 (Br.)

Homosexualité, Lumières et droits de l'homme ; suivi de L'affaire de Lenoir et Diot
Paris : C. Courouve, 2000, 18 pp.
ISBN 2-86254-025-0 (br.) : 30 F
http://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2014/08/laffaire-de-lenoir-et-diot-paris-1750.html

Les Homosexuels et les autres
Paris : Éditions de l'Athanor, 1977
Collection Une Enquête de...
Bibliographie pp. 147-148
ISBN 2-7051-0300-7 (Br.) : 30 F

Jupiter et Ganymède : notes sur la pédophilie et les seuils de consentement
Paris : C. Courouve, 2002
10 pp. : couv. ill. ; 30 cm
ISBN 2-86254-032-3 (br.) : h. c.
http://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2009/10/notes-sur-la-pedophilie-et-les-seuils_6962.html

Les Origines de la répression de l'homosexualité
Paris : C. Courouve, 1978
Collection :  Collection Archives des homosexualités
Collection Archives des homosexualités
Bibliographie pp. 15-16
ISBN 2-86254-000-5 (Br.) : 6 F

Tableau synoptique de références à l'amour masculin : auteurs grecs et latins
Paris : Courouve, 1986
ISBN 2-86254-013-7 : 64 F
Ces Petits Grecs ont un faible pour les gymnases : l'amour masculin dans les textes grecs et latins, Nouvelle édition
Paris : C. Courouve, 1988

Repères / C. Courouve, R. Kozerawski
Paris : C. Courouve, 1980
ISBN 2-86254-002-1 (Br.)
Homosexualité -- Chronologie
Presse homosexuelle -- France -- 1970-....

Vocabulaire de l'homosexualité masculine
Paris Payot, 1985.Collection :  Langages et sociétés, ISSN 0399-8665
ISBN 2-228-13650-6 : 99 F.Voir mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine (réédition électronique augmentée du Vocabulaire).



X - Troisième dépénalisation, partielle (les deux premières étant celles de 1791 et 1974) 


Loi du 23 décembre 1980 : suppression de la circonstance aggravante instaurée en novembre 1960 dans l'outrage public à la pudeur (article 330, alinéa 2 de l'ancien Code pénal) ; c'est la disposition improprement appelée " amendement Mirguet ". Voir le V de l'article 1er.


Mais la disposition de l'article 331, qui réprimait l'homosexualité pratiquée avec un partenaire en dessous de l'âge de 18 ans (depuis 1974), reste maintenue avec l'aval du Conseil constitutionnel ; elle passe en alinéa 2 (au lieu de alinéa 3). Voir le III de l'article 1er de la Loi 80-1041 du 23 décembre 1980.

Cette disposition est maintenue dans les termes d'Ancien régime ("impudique", "contre nature") qu'avaient introduit le régime de Vichy.

CONSEIL CONSTITUTIONNEL :
«
1. Considérant qu'en vertu du premier alinéa de l'article 331 du code pénal, tel qu'il résulte de la loi soumise à l'examen du Conseil constitutionnel, tout attentat à la pudeur commis ou tenté sans violence ni contrainte, ni surprise sur la personne d'un mineur de quinze ans est pénalement réprimé ; que le second alinéa du même article prévoit aussi une sanction pénale à l'encontre de la personne qui aura commis un acte impudique ou contre nature avec un mineur de dix-huit ans lorsqu'il appartient au même sexe ; que, selon les auteurs de la saisine, les dispositions de ce second alinéa auraient pour effet de porter atteinte au principe d'égalité devant la loi tant "entre les délinquants" qu'"entre les victimes" ; [...]
4. Considérant que la loi relative à la répression du viol et de certains attentats aux mœurs peut, sans méconnaître le principe d'égalité, distinguer, pour la protection des mineurs, les actes accomplis entre personnes de même sexe de ceux accomplis entre personnes de sexes différents. »Décision 80-125 DC du 19 décembre 1980 qui valida donc le maintien de cet article 331 alinéa 2.

Ma petite publication de 1981, Contre nature ?, est épuisée et n'a pas été rééditée. Son contenu a été intégré aux articles "Contre nature" et "Délit d'homosexualité" de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine (réédition électronique augmentée du Vocabulaire de 1985).


XI - Quatrième, et dernière,  dépénalisation en août 1982 : abrogation complète du
délit instauré en 1942 :

 XI / A / ROBERT BADINTER (né en 1928) :
« Chacun de nous est libre de critiquer ou d'approuver l'homosexualité, chacun est libre de choisir ou de ne pas choisir tel ou tel comportement sexuel ; cela relève du choix intime de la personne ; plus ce choix est intime, plus il est secret et mieux cela vaut. »
Sénat, séance du 5 mai 1982, Journal Officiel [Débats Sénat], page 1634. [Par la suite, Badinter approuva la loi Halde de décembre 2004 qui introduisait la notion de propos discriminatoires à l'égard des homos et qui permit des condamnations à l'égard du député Vanneste, condamnations cependant heureusement annulées en cassation. Cette loi fut suivie d'un renforcement de la reconnaissance de l'homosexualité sous la forme de l'extension du mariage et de l'adoption aux couples de même sexe (loi Taubira de 2013).

La loi du 4 août 1982 (après trois rejets par le Sénat) abroge donc l'article 331 alinéa 2 du Code pénal. L'opposition RPR ne dépose alors pas de recours auprès du Conseil constitutionnel.

Cette abrogation en 1982 d'une disposition issue du régime de Vichy fut parfois saluée comme l'abrogation de l'amendement Mirguet de juillet 1960. Cette confusion, déjà apparue en 1974, et ressurgie en 2014, a sans doute comme cause, du côté d'Arcadie, le désir de minimiser les méfaits de la collaboration, et du côté de la gauche de masquer le fait que la disposition issue du sous-amendement Mirguet fut abrogée par le gouvernement Barre-Giscard en 1980 et non par la gauche.

* * * * *

XI / B / Mon objectif majeur de dépénalisation étant obtenu, et ne voyant pas l'utilité d'autres actions, je ne suis plus intervenu dans le champ militant de l'homosexualité, me consacrant à la préparation de mon Vocabulaire, mis à part, poussé par Alain Leroi (qui collabora comme moi au magazine Gaie France), une participation occasionnelle au lieu associatif parisien L'Escargot, dans le 11e. Ce lieu comportait une petite bibliothèque, tenue par Michel Meignez de Cacqueray, à laquelle j'ai fait don d'un certain nombre d'ouvrages français et étrangers. Maurice Lever et moi-même y furent reçus pour parler de nos ouvrages parus en 1985, Les Bûchers de Sodome et le Vocabulaire ... On y rencontrait des membres du GAGE, Groupe achrien (terme inventé par Renaud Camus) des grandes écoles, le journaliste et écrivain Frédéric Martel (alors sous le pseudo de Frédéric Letram). Je n'ai jamais su (ou je ne me souviens pas) si ce lieu avait un directeur, et dans l'affirmative qui il était.





Small Blowjob - Cornelius Mc Carthy
 

Tentative infructueuse de rétablir le délit d'homosexualité
en mai 1991 par l'opposition de droite :

Voir le post sur ce sujet. Il s'agit des débats au Sénat en mai et octobre 1991.

* * * * *

XII - Ébauche d'une vue d'ensemble des qualifications de l'homosexualité :

"Une abomination" (Lévitique). C'est une de celles qui auront le plus grand retentissement.
"Amitié poussée à l'extrême" (Platon)
"Autant par coutume que par nature les mâles se mêlent aux mâles" (Montaigne, Essais, livre I, chapitre xxiii, page 115 de l'édition Villey/PUF, paraphrasant Aristote)
"Le sentier de la vertu" (Plutarque)

"Contre la loi de la nature et l'ordre de la raison" (Pierre Damien)
« Aberration monstrueuse », « union de sexes semblables » (Gilles de Corbeil)
"Le péché le plus grave après la bestialité" (Thomas d'Aquin)
"Contre l'ordre de nature, pour ce qu'il se commet contre l'ordre du sexe" (Bénédicti, 1601)

"Crime de ceux qui commettent des impuretés contraires à l'ordre même de la nature" (Encyclopédie, 1765, à propos de la sodomie)
"La passion la plus honteuse qui ait jamais souillé la nature humaine" (Kant, Remarques touchant les Observations ...)

"Faute d'orthographe de la nature humaine" (La Douceur, 1772, à propos de la pédérastie)
"Vice des peuples guerriers" (marquis Donatien de Sade, 1795, à propos de ce qu’il appelle pédérastie)
"Petit défaut" (Aubriet, 1824, parlant de Cambacérès)
"Le seul lien qui rattache la magistrature à l'humanité" (Charles Baudelaire, à propos de ce qu’il appelle pédérastie)
"Un amour sans nom, ou plutôt un vice infâme" (Paul Gide [père d'André Gide], 1867, à propos de la pédérastie grecque)
"Un problème qui a l'attention des philosophes, aussi bien que des médecins et des naturalistes (Remy de Gourmont, 1907, à propos de ce qu’il appelle uranisme)
"Variante anomale de la libido" (P. Näcke, 1909)
"Variante de l'organisation sexuelle génitale" (Sigmund Freud, 1920)
"Une habitude sexuelle" (Louis Aragon, 1928, sur ce qu’il appelle "pédérastie")
"Un crime social" (Maxime Gorki, 1934)

"Un amour comme un autre, ni meilleur ni pire" (Klaus Mann, 1934)

"La force qui aime la force" (Jean Cocteau, 1936, à propos de la seule pédérastie)
"Le trait dominant des pédagogues" (René Allendy, 1939)
« Secret, interdit […] messe noire […] damnation » (Jean-Paul Sartre, 1945)

"Un péril" (Dr Marcel Eck, psychiatre catholique, janvier1960)
"Un fléau social" (député Paul Mirguet, juillet1960)

« Une anomalie sexuelle » (Jean-Paul Sartre, 1963)
« Un comportement sexuel comme les autres, une des expressions de la liberté fondamentale du corps. » (Comité pour une Charte des libertés, avec Robert Badinter, Liberté, libertés, 1976).
« Un des côtés de l'hermaphroditisme humain" (Gilbert Lascault, professeur de philosophie à l'Université de Paris-X - Nanterre, 1977 ; j'ai été son étudiant et j'ai assisté à sa soutenance de thèse d'État)
« Pas une forme de désir, mais quelque chose de désirable" (Michel Foucault, 1981)
« Une occasion historique de rouvrir des virtualités relationnelles et affectives" (Michel Foucault, 1981)
« Une déviance, une anomalie" (Jean-Marie Le Pen, 1984)
"Une forme de déviation, de marginalité, que le corps social peut supporter, sans l'avaliser jusqu'au bout" (Jean-Paul Aron, 1987)
"Une question personnelle et individuelle" (député M. Hannoun, 1987)
« L'homosexualité, ce n'est pas l'indifférence sexuelle » (Jacques Derrida, 2001)
« La voie mystique par excellence » (Michel Masson, 2005)
« Une anomalie » (Alain de La Morandais, Olivier Mazerolle, janvier 2013)