mardi 24 novembre 2020

L'AMOUR DES GARÇONS (1/4) DANS LES TEXTES DE PLATON, DE XÉNOPHON ET D'ARISTOTE


Retour : Ces petits Grecs...



Platon et Aristote
Raphaël, École d'Athènes, détail, 1510.


  Il n'y a pratiquement rien sur l'amour des garçons chez les Présocratiques, mis à part un fragment de Parménide, une remarque de Jamblique sur les Pythagoriciens, et peut-être deux fragments de Démocrite.

Sur le fragment de Parménide, je reproduis ici une communication personnelle de Patrick Négrier, que je remercie.
« Parménide au fragment XII attribue au daimôn le mélange (coït sexuel) d'un mâle avec une femelle puis à l'opposé du mâle "avec UN (et non pas une !) plus féminin que lui" : Αἱ γὰρ στεινότεραι πλῆντο πυρὸς ἀκρήτοιο, αἱ δ' ἐπὶ ταῖς νυκτός, μετὰ δὲ φλογὸς ἵεται αἶσα· ἐν δὲ μέσῳ τούτων δαίμων ἣ πάντα κυϐερνᾷ· πάντα γὰρ στυγεροῖο τόκου καὶ μίξιος ἄρχει πέμπουσ' ἄρσενι θῆλυ μιγῆν τό τ' ἐναντίον αὖτις ἄρσεν θηλυτέρῳ. »
Voici la remarque de Jamblique sur les Pythagoriciens récents :
" ils estimaient qu'il faut supprimer les accouplements contre nature et déréglés pour ne conserver, parmi les relations normales et tempérées, que celles ui visent à une procréation sage et légitime "(Vie pythagorique, § 210, in Jean-Paul Dumont, 1933-1993, Les Présocratiques, Paris : Gallimard, 1988, collection " Bibliothèque de la Pléiade ", D VIII, page 605).
Les fragments de Démocrite :
Fragments, in Les Présocratiques, Paris : Gallimard, 1988, collection " Bibliothèque de la Pléiade " :
B LXXIII : " Éros est légitime quand il poursuit sans démesure les belles choses. " (Stobée, Florilège, III, v, 23). Tout dépend du sens accordé à Éros.

B CXXVII : " La masturbation procure une jouissance comparable à l'amour. " (HérodienProsodie générale, cité par Eusthate de ThessaloniqueCommentaire sur l'Odyssée, XIV, 428, page 1766). Ouverture possible vers la masturbation à deux.


On peut donc parler,  à cet égard aussi, d'une rupture platonicienne.


Ma présente page web est un extrait revu et augmenté de Ces petits Grecs ont un faible pour les gymnases (1988), travail publié dès 1986 sous le titre Tableau synoptique de références à l'amour masculin : auteurs grecs et latins ; les passages référencés ci-dessous sont soit donnés en traduction, soit le plus souvent résumés.

* * * * *

PLATON D'ATHÈNES (-428 / -348), philosophe, élève de Cratyle et de Socrate,

Sources : Bibliotheca Teubneriana ; Collection Budé (Belles Lettres) ; Loeb Classical Library ; Oxford Classical Texts ; Gallimard, collection " Bibliothèque de la Pléiade " ; Flammarion, collection GF.
Site Perseus Collection, Greek and Roman Materials (textes grecs et traductions anglaises) :


Alcibiade I, Perseus,
104e : Amour [ἔρωτος] de Socrate pour Alcibiade ;
123d : Alcibiade a presque vingt ans ;
131cd : amour du corps, amour de l'âme.

Alcibiade II, 141d : Archelaos, tyran de Macédoine, assassiné par son aimé.

Banquet ou Symposiumtraduction de Jean Racine. Introduction, traduction et notes de Luc Brisson, Flammarion, collection GF, 1998. Composé un peu avant -375 :

Apollodore : 173b : Aristodème était l'amant le plus fervent de Socrate.

Phèdre : 178c : " Je suis incapable de nommer un bien qui surpasse celui d'avoir dès sa jeunesse un amant de valeur, et pour un amant, d'avoir un aimé de valeur  " [idée reprise par Gide dans Corydon, IV] ;
178e : " S'il pouvait y avoir moyen de constituer une cité ou de former une armée avec des amants et leurs paidika [garçon aimé ; selon Luc Brisson, " il semble quue c'est sur ce modèle que fut constitué le « bataillon sacré » de Thèbes peu après 378], il ne pourrait y avoir pour eux de meilleure organisation, que le rejet de tout ce qui est laid, et l'émulation dans la recherche de l'honneur " ; 
180a : Eschyle raconte des bêtises, quand il prétend qu'Achille était l'amant de Patrocle ; Achille [...] était le plus jeune, comme le dit Homère ;

Pausanias : 180d :  L'une [des Aphrodites] c'est la fille d'Ouranos, [d'où l'allemand Urning et le français Vénus Uranie et uranisme] celle que naturellement nous appelons la "Céleste" ;
181c : " L'autre Éros, lui, se rattache à l'Aphrodite céleste. Celle-ci, premier point, participe non pas de la femelle, mais seulement du mâle, ce qui fait qu'elle s'adresse aux garçons " ;
181de : [distinction enfant/adolescent [cf Charmide], critique de l'amour des garçons trop jeunes, une loi interdisant d'aimer les garçons trop jeunes serait nécessaire] ;
182a : " Il est naturel que la règle [nomos] de conduite en ce qui concerne éros soit facile à saisir dans certaines cités " ;
182b : "En Élide et chez les Béotiens, de meme  qu'à Sparte, et là où il n'y a pas de sophistes, la règle est simple : il est bien de céder aux avances d'un éraste [cité par David Hume], et personne, jeune ou vieux, ne dirait que c'est honteux" ; "en bien d'autres endroits qui tous sont sous la domination des Barbares, la règle veut que ce soit honteux" ; "chez les Barbares l'exercice du pouvoir tyrannique conduit à faire de cela en tout cas quelque chose de honteux, tout comme l'est la passion pour le savoir" ;
182c : Éros est favorable à la philosophie ;
182d : ni bien ni mal de façon absolue [même idée chez Démosthène] ;

Aristophane (poète de l'ancienne comédie) : 189d : " Premièrement, il y avait trois catégories d'êtres humains et non pas deux comme maintenant, à savoir le mâle et la femelle ";
189e : " Il y avait l'androgyne [cité par Rabelais, Gargantua, VIII ; pour Sigmund Freud aussi, seul l’androgyne subsistait …], un genre distinct qui, pour le nom comme pour la forme, faisait la synthèse des deux autres, le mâle et la femelle. Aujourd'hui cette catégorie n'existe plus, et il n'"en reste qu'un nom tenu pour infamant " ;
190b : " Le [double] mâle était un rejeton du Soleil [cf la carte 19 du tarot de Marseille], la femelle un rejeton de la Terre, et le genre qui participait de l'un et de l'autre un rejeton de la Lune " ;
191c : " le but de Zeus [...] si un homme tombait sur un homme, les deux trouveraient de toute façon la satiété dans leur rapport, ils se calmeraient, ils se tourneraient vers l'action et ils se préoccuperaient d'autre chose dans l'existence ":
191e-192e : " ceux enfin qui sont une coupure de mâle recherchent aussi l'amour des mâles. " ;

Socrate : Diotime, 206d-e : amour ce de qui est beau et recherche de l'immortalité ;
209c : l'homme amoureux entreprend d'être éducateur ;
211b : " s'élever par une pratique correcte de la paidérastie " ;

Alcibiade : 216d : Socrate tourne toujours autour des beaux garçons ;
219cd : n'a pas réussi à séduire Socrate.


Charmide, 153c : Charmide fait son entrée [cité par Michel Foucault] ;
154ad : distinction enfant/adolescent [cf Banquet], les amoureux de Charmide ; même les petits l’admiraient ;
155cd : force du désir [cité par Wilhelm Adolf Becker, " Die Knabenliebe ", Charikles, Bilder altgriechischer Sitte, 1840].

Euthydème, 271b : Clinias est presque de l'âge de Théobule [cité par Michel Foucault] ;
273a : Clinias a de nombreux amoureux, dont Ctésippe ;
300c : Ctésippe s'anime en présence de son paidika.

Gorgias, traduction Monique Canto-Sperber, 1987, collection GF ; Perseus,
481d : Socrate se dit amoureux d'Alcibiade ; Calliclès aime  Démos, le fils de Pyrilampe ;
481e-482a ; Socrate à Calliclès : " tu es incapable de t'opposer aux volontés et aux déclarations de ton bien-aimé "
494e : Socrate à Calliclès : " la vie des êtres obscènes [des cinèdes, κιναίδων βίος], n'est-elle pas une vie terrible, laide, misérable ? " ;
513b : gagner l'amitié [philia] du fils de Pyrilampe.

LoisTraduction Luc Brisson et Jean-François Pradeau, Flammarion, collection GF ; texte grec sur le site Perseus :
I, 636bc : L'Athénien : " Ces pratiques [les exercices du gymnase] qui remontent loin dans le passé passent pour avoir également perverti les plaisirs sexuels dont la nature avait réglé l'usage non seulement pour les humains mais aussi pour les bêtes [...] lorsque le sexe masculin et le sexe féminin s'accouplent en vue d'avoir un enfant, le plaisir qui en résulte semble leur être accordé conformément à la nature, tandis que, semble-t-il, l'accouplement d'hommes avec des hommes ou de femmes avec des femmes est contre nature [para physin] " ;
636cd : ce sont bien les Crétois que nous accusons d'avoir inventé l'histoire de Ganymède [cf Homère, Illiade, 231-235 ; Xénophon, Symposium, VIII, 30 ; Ovide, Métamorphoses, X, 155];
636d : disons au revoir à ce mythe ;
VIII, 836c : " Si, disposé à suivre la nature, on redonnait force de loi à ce qui se faisait avant Laïos en proclamant qu'il n'est pas correct d'avoir des relations sexuelles avec de jeunes garçons comme s'il s'agissait de femmes ; chez les bêtes on ne voit pas le mâle s'accoupler à un autre mâle [contredit par Aristote, Histoire des animaux] " ;
837a : l’Athénien : Éros est une sorte de philia poussée à l'extrême ;
837b-838d : L'Athénien : amour du corps et amour de l'âme ; s'abstenir d'avoir des rapports avec des mâles et se conformer à la nature [cité par Clément d'Alexandrie] ; investir cette règle d'un caractère religieux [cité par Montaigne, I, xxiii, 117] ;
840a : L'Athénien : le sophiste Iccos de Tarente " ne toucha jamais, à ce qu'on dit, ni une femme ni non plus un garçon tout le temps qu'il était dans le feu de l'entraînement " ;
841d : L'Athénien : " répandre avec des mâles une semence infertile en un acte contre nature [para physin] ;
IX, 874c : droit de tuer l'auteur d'une violence [disposition reprise par Paul le juriste (cf Digeste) et souhaitée par P.-J. Proudhon].

Lysis, 204b-206c : Hippothalès amoureux de Lysis [cité par J.-J. Matignon] ;
207c : entre amis, tout est commun ;
211e : Socrate plein d'ardeur amoureuse ; une espèce d'amoureux de camaraderie.

Ménon, 70bc : ton camarade Aristippe, ton amoureux ;
76b : Ménon est beau et a encore des érastes.

Parménide, 127 : Zénon aurait été le paidika de Parménide [cité par Athénée et par Diogène Laërce].

Phédon, Perseus ; traduction par Monique Dixsaut, collection GF ; Perseus
64d ; " Est-ce que cela te paraît être le propre d'un homme qui est philosophe que de prendre au sérieux [...]  les plaisirs charnels [ἀφροδισίων] " ;
73d : " ce qu'éprouvent les amants à la vue d'une lyre, d'un manteau, ou de n'importe quel objet utilisé habituellement par celui qu'ils aiment ; dès qu'ils perçoivent la lyre, aussitôt ils forment dans leur pensée l'idée du garçon à qui la lyre appartient [οὐκοῦν οἶσθα ὅτι οἱ ἐρασταί, ὅταν ἴδωσιν λύραν ἢ ἱμάτιον ἢ ἄλλο τι οἷς τὰ παιδικὰ αὐτῶν εἴωθε χρῆσθαι, πάσχουσι τοῦτο: ἔγνωσάν τε τὴν λύραν καὶ ἐν τῇ διανοίᾳ ἔλαβον τὸ εἶδος τοῦ παιδὸς οὗ ἦν ἡ λύρα] ".

Phèdre, texte grec sur Perseus, traduction de Luc Brisson en collection GF (Flammarion),
227c : " Lysias a composé un écrit qui porte sur la séduction d'un beau garçon, mais pas par un amoureux. ";
231a-232 : ceux qui sont amoureux ; ;
237b : conseil de céder au désir de celui qui n'est pas amoureux ;
239a ;
239cd [cité par Michel Foucault] ;
240c : même âge, mêmes plaisirs ; 244a, 249a,
251a : un plaisir contre nature [cité par Plutarque] ;
255b : l'éraste est pour l'éromène un ami divin [cité par Plutarque] ;
255bc : croissance du désir ;
278e : le bel Isocrate ;
279b : Socrate : " mon paidika Isocrate ".

Philèbe, 45e : 

Protagoras, I, 309ab : âge et beauté d'Alcibiade ; le charme de la jeunesse est le plus grand lorsque la barbe commence à apparaître [cf Homère, Iliade, XXIV, 347].
IV, 315e : jeune adolescent, Agathon, paidika de Pausanias.

République, traduction Georges Leroux 2002, collection GF,
II, 368a : il n'avait pas tort, l'éraste de Glaucon ;
III, 402d : l'homme formé à la musique sera épris d'hommes réunissant beauté morale de l'âme [τε τῇ ψυχῇ καλὰ ἤθη] et belle apparence ; il ne sera pas amoureux d'un homme dépourvu de cette consonance de qualités ;
III, 402e : Socrate à Glaucon : Tu as ou tu as eu de jeunes aimés [παιδικὰ] de ce genre et je t'approuve ;
III, 403b : il e faut pas laisser le plaisir fou avoir part aux aux rapports de l'éraste et des jeunes aimés [παιδικοῖς] qui s'aiment d'un amour correct [ὀρθῶς ἐρῶσί τε καὶ ἐρωμένοις;; tu établiras comme loi que l'amant embrasse le jeune aimé ; qu'on ce qui concerne le reste, on ne puisse présumer que quelque chose de plus important se soit passé [cité par Virey ; cf Banquet, 206bc] ;
V, 452cd : nudité au gymnase pratiquée d'abord en Crète, puis à Sparte [cité par Montesquieu] ;
V, 468bc : faire couronner par ses jeunes compagnons d'armes celui qui se sera distingué ; interdiction de refuser un baiser à un amoureux pendant les campagnes militaires [cité par Plutarque et par Montaigne, III, v, 896] ;
V, 474de : Cela ne convient guère à un homme érotique [ἀνδρὶ δ᾽ ἐρωτικῷ] d'oublier que tous les garçons qui sont dans l'éclat de leur jeunesse émeuvent l'homme érotique qui est attiré par eux ; idéalisation du physique de l'aimé ;
V, 475a : Glaucon : Si tu souhaites me prendre comme exemple pour parler des érotiques [τῶν ἐρωτικῶν] et de leurs agissements, j'y consens ;
VI, 485b : discussions antérieures sur les êtres érotiques [cf V, 474]
VI, 485c : celui qui, par sa nature, est plein de dispositions amoureuses chérit tout ce qui s’apparente aux garçons qui sont l'objet de ses amours ;
IX, 571bd : en rêve, la partie bestiale de l'âme est capable de s'unir à qui que ce soit, être humain [ἀνθρώπων], dieu ou bête ;
IX, 574c : le vain amour de l'homme tyrannique pour un garçon en bel âge.

Sophiste, 222e : les cadeaux, la technique érotique [ἐρωτικῆς τέχνης]


XÉNOPHON D'ATHÈNES (vers -430 / -355), historien et essayiste,

Bibliotheca Teubneriana, Collection Budé, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts ; Flammarion, collection GF :

Agésilas, V : le roi de Sparte Agésilas était épris de Mégabate.

Anabase : II, vi, 28 : Ménon imberbe, son paidika barbu [cité par Montaigne,
III, v, 895] ; IV, i, 14 : garçons passés en fraude ;
IV, vi, 3 : Épisthénès s'amouracha d'un enfant ;
VII, iv, 7-10 : Épisthénès était paidéraste [relevé par Michel Foucault].

De la chasse : XII, 20 : lorsqu'un homme est vu par celui qu'il l'aime, il ne fait rien de mal.

Cyropédie : I, 4 : un Mède se fait embrasser deux fois par le beau Cyrus ; II, 2 : coutume des Grecs, mener avec soi un beau jeune homme ;  VII, 5 : ceux qui ont femmes ou paidika sont peu sûrs.

Économique : XII, 13-14 : rien de plus attrayant que le soin des paidika.

Helléniques : IV,i, 39-40 ; viii, 39 ; V,iii, 20 : paidika d'Agésilas et d'Agésipolis ; iv, 25 : Archidamos épris de Cléonymos ; VI,iv, 37.

Hiéron : I, 29 : Dans les amours masculines, le tyran a aussi beaucoup moins de jouissances que dans les plaisirs qu'on goûte avec les femmes ; I, 31 : Simonide souriant : « Qui es-tu donc, Hiéron ? répliqua-t-il. Tu prétends qu'un tyran est insensible à l'amour masculin : et d'où vient donc que tu aimes Daïloque (04), surnommé le très beau ? ; I, 33 : J'aime Daïloque sans doute pour certaines faveurs que la nature contraint l'homme à exiger de ceux qui sont beaux ; mais ce que je souhaite obtenir de lui, je désirerais vivement qu'il me l'accordât d'amitié et de lui-même : car de le lui ravir de force je ne m'en sens pas plus le désir que de me faire mal à moi-même.
VII, 5-6 : les complaisances d'amants insensibles n'ont point de charme pour les tyrans ;
XI : le tyran aura à souffrir les sollicitations des beaux jeunes gens [cité par Montaigne, I, xlii, 264]

Mémorables : I,ii, 29-30 : Critias était épris d'Euthydème et tentait de jouir de lui ; I,iii, 8-15 : Socrate et la puissance d'un baiser à un beau garçon [cité par Montaigne, III, v, 881] ; I,vi, 13 : différence entre le prostitué et le sage ;  II, i [cf Prodicos de Céos] ;
II,vi, 22 : Socrate : tout charmés qu'ils sont par l'amour des beaux garçons, les hommes savent se maîtriser ; II,vi, 28 : Socrate : je m'entends à aimer ; II,vi, 33 : Critobule : apprends-moi à donner la chasse aux amis.

République des Lacédémoniens :  : II, 12 : Il me semble devoir aussi parler de l'amour des  paidika, car cela aussi touche à l'éducation [cité par H. I. Marrou] ; chez les Béotiens, les hommes et les enfants [pais] forment des couples qui vivent ensemble ; chez les Éléens, on achète par des présents les faveurs des garçons à la fleur de l'âge ; 13 : Lycurge fit qu'à Lacédémone les érastes n'étaient pas moins retenus dans leurs amours pour les paidika que les pères à l'égard de leurs fils ; dans beaucoup d'États, des lois ne s'opposent point à ce désir pour des garçons [cité par William A. Percy].

Symposium [Banquet] :
I, 2 : Callias épris d'Autolycus [cité par La Mothe Le Vayer] ; 4 : il donne un banquet en l'honneur d'Autolycus et de son père ; 9 : beauté d'Autolycus ;
II, 3 : Socrate : "aucun homme ne se parfume pour un autre homme" ; 15 : beauté d'un jeune danseur ;
IV, 12 : Critobule : "j'ai plaisir à contempler Clinias" ; 15 : Critobule : "influence de la beauté sur ceux qui sont portés à l'éros" ; 27-28 : Socrate au contact de la peau de Critobule [cité par Montaigne, III, v, 892] ;
VIII, 2 : Socrate : " Charmide a eu beaucoup d'érastes ; Critobule sent déjà de l'amour pour d'autres " ; 10 : Socrate : " Callias paraît inspiré par l'Aphrodite ouranienne " [cf Platon, Banquet] ; 15 : Socrate : "les jouissances physiques amènent le dégoût et on se lasse des paidika" ; 20 : Socrate : "celui qui fait violence ne montre que sa perversité, mais celui qui persuade corrompt l'âme" ; 21 : Socrate : "un garçon en commerce avec un homme ne partage pas comme la femme les jouissances de l'amour" ; 30 : Socrate : " c'est pour son âme que Zeus a transporté Ganymède dans l'Olympe" ; 31 : Socrate : "les meilleurs d'entre les demi-dieux ne sont point célébrés pour avoir partagé le même lit, mais parce que l'admiration qu'ils avaient l'un pour l'autre leur a fait accomplir des exploits" ; 32-34 : Socrate : " Pausanias éraste du poète Agathon ; soutient que l'armée la plus valeureuse serait une armée d'érastes et de paidika " [bande sacrée ? ; cf Platon, Symposium ; cité par Athénée] ; 36 : Socrate : " je pense que même l'homme qui jouit de la beauté de son éromène donnerait plutôt sa confiance à celui dont l'âme mérite l'amour " ; 37 : Socrate : " Callias doit être reconnaissant aux dieux de lui avoir inspiré de l'amour pour Autolycos " [cité par Edward Carpenter].


ARISTOTE DE STAGIRE (-384/-322), logicien et philosophe grec,

Constitution d'Athènes, Collection Budé, Loeb Classical Library :
XVII, 1-2 : Pisistrate a-t-il été aimé par Solon ? ;
XVIII, 1 : Hipparque de caractère enjoué, porté à l'érotique [cité par Héraclide] ; 2 : Thettalos [jeune demi-frère d'Hipparque] épris d'Harmodios et déçu dans son amour ; il traita Harmodios d'efféminé [malakon] ; 2-5 : meurtre d'Hipparque, Harmodios et Aristogiton ;
LVIII, 1-2 : commémoration d’Harmodios et Aristogiton.

Éthique à Eudème, Bibliotheca Teubneriana, Collection Budé, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts :
III, 1, 1229a : une des sortes de courage, celui donné par éros ;
VII, 2, 1236a : trois sortes d'amitié ; 3, 1238b : dans l'érotique, la proportion n'est pas la même pour l'un et l'autre relativement au désir. Eunice a dit : " Un éromène, non un amant [éron], tiendra de tels propos. "

Éthique à Nicomaque, Bibliotheca Teubneriana, Collection Budé, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts, GF :
III, xi, 1 : l'adolescent et l'homme à la fleur de l'âge désirent les rapports sexuels, comme dit Homère [Illiade, XXIV, 130].
VII, v, 3 : origine des amours masculines [aphrodision tois arresin] : par nature dans certains cas, par habitude dans d'autres qui sont l'objet de violences dès l'enfance [cité par Montaigne] ; 5 : hors des limites du vice [cité par Thomas d'Aquin] ; 7 : dans des cas de ce genre, il arrive que l'on éprouve seulement ces désirs, sans se laisser vaincre par eux.
VIII [L'amitié], iii, 1 : il y a trois sortes d'amitiés [cité par Voltaire] ; 5 : les jeunes sont enclins à l'érotique ;
iv, 1 : l'éraste et l'éromène ne tirent pas leur plaisir de la même source ;
vi, 2 : l'amitié parfaite a une apparence d'excès.
IX, i : les différends dans l'amour masculin.

Histoire des animaux, Collection Budé, Loeb Classical Library :
VII, 1, 581b : les jeunes gens deviennent de plus en plus débauchés si l'on ne surveille pas leurs relations avec l'autre sexe ou avec les deux ;
IX, 8, 614a : chez les perdrix, le mâle vaincu ne se laisse cocher que par son vainqueur ; aussi chez les cailles et parfois chez les coqs ; dans les temples où ces derniers sont donnés en offrande et gardés sans femelles, tous couvrent le nouvel arrivant [cité par Athénée].

Politique, ou Les Politiques, Bibliotheca Teubneriana, Collection Budé, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts ; GF (traduction nouvelle par Pierre Pellegrin) ; texte grec sur Perseus

II, iv, 2, 1262a : absurde, après avoir établi la communauté des enfants, de n'interdire aux amants que le coït et de ne pas interdire éros [ἐρᾶνéros est à lui seul le comble de l'impudeur ; 3, 1262a : étrange aussi de n'interdire l'union charnelle [synousia] pour le seul motif qu'il en résulte une volupté trop forte et d'estimer sans importance que ce soit entre père et fils ; 6, 1262b : Aristophane dans son discours sur l'érotique [Symposium de Platon, 192e] : les amants, à cause de la violence de leur amour, aspirent à confondre leurs existences et à ne faire de deux êtres qu'un seul ; 10, 1262b : amours [ἔρωτας] encore plus inévitables avec les transferts d'enfants.
II, v, 19, 1264a : exercices du gymnase interdits aux esclaves chez les Crétois ; ix 7-8, 1269b : amour des mâles [arrenas synousian] en honneur chez les Celtes [cité par La Mothe Le Vayer] ; les peuples guerriers sont adonnés soit à l'amour masculin [arrenon homilian] soit à l'amour des femmes ;
II, ix, 7-8, 1269b : peuples Celtes et quelques autres où les relations homosexuelles entre hommes ont de toute évidence toujours été à l'honneur [cité par Richard Burton] ; les gens de guerre semblent bien portés soit sur l'amour des hommes [ἀρρένων ὁμιλίαν] soit sur celui des femmes. [cité par La Mothe Le Vayer].
II, x, 9, 1272a : rapports des hommes [ἄρρενας ποιήσας [25] ὁμιλίαν] entre eux légalisés par la loi crétoise pour limiter le nombre d'enfants [cité par La Mothe Le Vayer, par Naigeon et par K. O. Müller] ; est-ce mauvais ou non, cela sera examiné à une autre occasion ;
II, xii, 8-9, 1274a : le législateur thébain Philolaüs était l'éraste de Dioclès [cité par La Mothe Le Vayer].

V, iv, 1303b : constitution bouleversée à la suite d'une querelle de deux jeunes gens [δύο νεανίσκων] pour une rivalité érotique ; l'un étant loin, l'autre séduisit son aimé [ἐρώμενον]
V, x, 1311ab : Harmodios insulté ; Périandre tyran d'Ambracie avait demandé à son paidika s'il n'était pas gros de ses œuvres [cf Plutarque] ; le roi Amyntas le petit s'était vanté d'avoir outragé la jeunesse de Derdas ; 1311ab : révolte de Crataios contre Archélaos : il avait mal supporté leurs rapports intimes ; 1311b : Archéalos avait défloré Hellanocrate de Larissa et ne tenait pas la promesse qu'il lui avait faite ;
V, xi, 1314b : le tyran doit paraître ne se livrer à aucun excès sur aucun de ses sujets, jeune garçon ou jeune fille ; 1315a : le tyran doit se garder d’avoir des relations sexuelles avec des adolescents ; quand à ses relations érotiques avec des adolescents, par amour et non par licence.
VII, xii, 1331ab : que des magistrats déterminés passent leur temps avec les jeunes gens, et les adultes avec d'autres magistrats, car être sous le regard des magistrats, c'est ce qui produit la véritable pudeur.

Voir aussi : Aristotle : Homosexuality in The Politics.

Premiers analytiques, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts, Vrin 1966 :
II, xxii, 68ab : l'amant préfère que l'aimé soit disposé à lui céder sans le faire, plutôt qu’il ne lui cède sans en avoir envie ; éros vise la philia plutôt que l'union charnelle [définition de l'amour citée par le psychanalyste Jacques Lacan].

pseudo-ARISTOTE 1 (-Ier /Ier siècles)
Du Monde,
V, 396b : le mâle se rapproche de la femelle, ce que ne font pas les êtres de même sexe.

pseudo-ARISTOTE 2 (Ve/VIe siècles)
Problèmes, Collection Budé, Loeb Classical Library :
IV, 26 : [esquisse d'une théorie de l'inversion sexuelle ; explication anatomo-pathologique du plaisir anal ; cité par M. Le Maistre en 1490 ; traduit par Georges Hérelle en 1899].
X, 52 : même tels hommes nous semblent beaux quand nous ne regardons qu'à notre union avec eux.

* * * * *

La lecture des CCLV et quelques auteurs et textes que j'ai recensés dans Ces petits Grecs ... permet de constater que l'Antiquité n'opposait pas simplement l'actif au passif – opposition qui n'a d'ailleurs pas disparu aujourd'hui, si l’on en croit les petites annonces des magazines ; chez Platon, Martial et Ptolémée notamment, on relève des distinctions suivant l'âge de l'aimé (enfant, adolescent, adulte). La notion d'homosexualité masculine – ou amour et désirs masculins pour le même sexe – était acquise, et il existait de nombreux termes ou expressions pour l'exprimer, et l'opposer à l'amour des femmes (hétérosexualité masculine) ; de nombreux auteurs parlent d’amour, ce qui est bien plus élégant que l’expression actuelle de " pratiques sexuelles ", soit dit en passant :

En grec :
                                                                                                                                                            
amours masculines (Agathias)
ce caractère (Aristophane)
éros, érotique, amour des mâles, amour masculin/amour des femmes (Aristote)
union masculine, amours de garçons/liaisons féminines, sorte d'amour, philomeire/philogyne, gynécomanie/paidomanie (Athénée)
philopaide (Callimaque)
union avec la femme/union avec un homme (Constitutions apostoliques)
commerce des mâles (Diodore de Sicile)
érotique, cinédologue, philopaide (Diogène Laërce)
autre éros ; ambidextre (Euripide)
union naturelle/union de mâle à mâle (Josèphe Flavius)
amour masculin (Justin)
amour des femmes/amour des mâles, hétérochrotas (pseudo-Lucien)
gynécomanie, Cypris/Éros, désir pour les mâles (Méléagre)
pandémos/ourania (Platon)
éros, genre d'amour, amour légitime/amour des garçons, gynécomanie/paidomanie, porté à l’érotique (Plutarque)
ceux qui aiment les paidika/ceux qui aiment les femmes et les jeunes filles (Plutarque)
passion pour les femmes/union masculine (Ptolémée)
amour masculin (Sextus Empiricus)
philopaide (Straton de Sardes)
philopaide (Théocrite)
paidéraste, porté à l'éros (Xénophon d'Athènes)

En latin :

amour pour les mâles (Achille Tatius)
virosus, porté sur les mecs (Aullu-Gelle)
fils appartenant aux genres féminin et neutre ; vice bi-masculin (Ausone)
deux formes d'amour (Célius Aurélien)
amour d'amitié [amor amiticiae] (Cicéron)
paidérastie (Lucilius)
vice sodomitique ( rapports sexuels avec le sexe non complémentaire [non debitum], par exemple homme avec homme ou femme avec femme) (Thomas d’Aquin)

La distinction suivant le sexe de l'objet aimé était non seulement faite par les Anciens, mais encore discutée dans des dialogues. Le dialogue est le genre à la fois rationaliste et démocratique par excellence.

Prodicos de Céos (-Ve siècle) : dialogue entre Vertu et Dépravation ; recours à des artifices en faisant jouer aux hommes le rôle des femmes ; jeunes garçons dont l'amour te donnera la plus grande joie (cf Xénophon d'Athènes).
Platon, Symposium.
Xénophon, Symposium.
Plutarque, Sur l'Amour.
pseudo-Lucien : Chariclès contre Kallicratidas ; l'amour masculin relève d'un esprit philosophique.

Les Anciens discutaient aussi de l'homosexualité des animaux, discussion reprise par André Gide dans Corydon, entre autres.
 

Voir également : Plutarque et Athénée

Auteurs licencieux grecs et latins

Martial et Juvénal 

Les animaux aussi ?


1 commentaire:

Anonyme a dit…

En vérité il y a bien un présocratique qui a parlé de l'homosexualité : c'est Parménide au fragment XII qui attribue au daimôn le mélange (coït sexuel) d'un mâle avec une femelle puis à l'opposé du mâle "avec UN (et non pas une !) plus féminin que lui" : Αἱ γὰρ στεινότεραι πλῆντο πυρὸς ἀκρήτοιο,
αἱ δ' ἐπὶ ταῖς νυκτός, μετὰ δὲ φλογὸς ἵεται αἶσα· ἐν δὲ μέσῳ τούτων δαίμων ἣ πάντα κυϐερνᾷ· πάντα γὰρ στυγεροῖο τόκου καὶ μίξιος ἄρχει πέμπουσ' ἄρσενι θῆλυ μιγῆν τό τ' ἐναντίον αὖτις ἄρσεν θηλυτέρῳ.
Patrick Négrier qui a toujours plaisir à vous lire (je cite votre Vocabulaire dans mon prochain ouvrage). patrick.negrier@sfr.fr