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jeudi 14 janvier 2016

NOTES SUR LE MARXISME (2/3)

SUITE DE :



III - Engagements, égarements ; matériaux pour un sottisier politique
IV - Reculs critiques et autocritiques
V - Et après ?
VI – Définitions positives du marxisme

III - Engagements, égarements; matériaux pour un sottisier politique :


HENRI BARBUSSE (1873-1935) : « J'estime que cette perversion d'un instinct naturel, comme bien d'autres perversions, est un indice de la profonde décadence sociale et morale d'une certaine partie de la société actuelle. À toutes les époques les signes de décadence se sont manifestés par des raffinements et des anomalies dans la sensation, dans l’impression et dans le sentiment. La complaisance avec laquelle certains écrivains mettent leur talent délicat au service de questions de cette espèce, alors que le vieux monde est en proie à des crises économiques et sociales formidables, et s’achemine inéluctablement vers le gouffre ou vers la révolution, ne fait pas honneur à cette phalange décadente d’intellectuels. Elle ne peut que renforcer le mépris que la saine et jeune puissance populaire éprouve pour ces représentants de doctrines maladives et artificielles, et tout cela hâtera, je l'espère, l'heure de la colère, et de la renaissance. »
Réponse au questionnaire sur la préoccupation homosexuelle en littérature, Les Marges, n° 141, 15 mars 1926. [En 1930, dans son ouvrage Russie, Barbusse traitait Proust, Cocteau et Gide de « littérateurs de fin d’Empire ».]


ARAGON : "Il s'agit de préparer le procès monstre
d'un monde monstrueux
Aiguisez demain sur la pierre
Préparez les conseils d'ouvriers et soldats
Constituez le tribunal révolutionnaire
J'appelle la Terreur du fond de mes poumons

Je chante le Guépéou (*) qui se forme
en France à l'heure qu'il est
Je chante le Guépéou nécessaire de France

Je chante les Guépéous de nulle part et de partout
Je demande un Guépéou pour préparer la fin d'un monde
Demandez un Guépéou pour préparer la fin d'un monde
pour défendre ceux qui sont trahis
pour défendre ceux qui sont toujours trahis
Demandez un Guépéou vous qu'on plie et vous qu'on tue
Demandez un Guépéou
Il vous faut un Guépéou

Vive le Guépéou véritable image de la grandeur matérialiste
Vive le Guépéou contre Dieu Chiappe et la Marseillaise
Vive le Guépéou contre le pape et les poux
Vive le Guépéou contre la résignation des banques
Vive le Guépéou contre les manœuvres de l'Est
Vive le Guépéou contre la famille
Vive le Guépéou contre les lois scélérates
Vive le Guépéou contre le socialisme des assassins du type
Caballero Boncour Mac Donald Zoergibel
Vive le Guépéou contre tous les ennemis du prolétariat."
Louis Aragon (1897-1982), " Prélude au temps des cerises " dans Persécuté-Persécuteur, Paris : Denoël, 1931.
* Guépéou (ou GPU, ГПУ en alphabet cyrillique) était le sigle de Gossoudarstvénnoïe polititcheskoié oupravlénié (en russe : Государственное политическое управление, ; en français : Direction Politique de l’État).


Cité dans



MAXIME GORKI (1868-1936) :
« Dans le pays que le prolétariat dirige virilement et avec succès, l'homosexualité [гомосексуализм] qui déprave la jeunesse est considéré comme un crime social et puni comme tel, tandis que dans le pays "cultivé" des grands philosophes, des grands savants et des grands musiciens, il se manifeste librement et impunément. On a déjà composé un slogan sarcastique : "Exterminez les homosexuels – le fascisme disparaîtra. »
La Culture et le peuple, Humanisme prolétarien, 1934. [Œuvres complètes, tome XXVII, page 238 ; texte publié par ailleurs en article dans la presse soviétique de l’époque ; traduit par Cl. C.]
SARTRE : « La morale de [André] Gide est un des mythes qui marquent le passage de la grande propriété bourgeoise – possession concrète de la maison, des champs, de la terre, luxe intime – à la propriété abstraite du capitalisme. »
Jean-Paul Sartre, Les Carnets de la drôle de guerre, 1983, V, mardi 20 décembre 1939.


EDGAR MORIN (NAHOUM) : « l y a des génies qui devancent l'histoire. Ils restent des décades ignorés, méconnus. Et puis l'histoire les rattrape. Et puis l'histoire les dépasse. Et pourtant l'heure où ils sont dépassés, l'heure où ils perdent leurs vertus est l'heure même de la gloire officielle, de la grande canonisation littéraire.
André Gide a reçu le Prix Nobel. Couronnement pleinement justifié s'il s'était agi d'honorer ce style admirable, se purifiant sans cesse, de l'auteur des « Nourritures terrestres », de la « Porte étroite », de la « Symphonie pastorale », des « Caves du Vatican », des « Faux Monnayeurs », ou l'immense influence libératrice sur la jeunesse que fut celle de Gide de 1923 à 1936.
Mais que reste-t-il de ce Gide-là ? Qu'est aujourd'hui le Gide couronné et le Gide officiel ?
Ma foi l'anticommunisme de Gide, depuis le retour de l'U.R.S.S. ne lui a pas subitement ôté son talent. Gide écrit toujours aussi admirablement. Mais depuis dix ans, l'anticommunisme a souillé le caractère universel du « message » gidien. Depuis 1936, il y a un Gide figé, amer, frivole. Un Gide qui, en 1947, n'a plus derrière lui ce qu'il a eu pendant vingt ans : la jeunesse. Un Gide qui ne sait plus enseigner la ferveur, mais la peur, mais un refus, un rejet.
Il est toujours triste de ne pouvoir admirer pleinement, comme on le désire. Il est toujours triste de dénoncer l'imposture de celui qui a su dénoncer tant d'impostures. Il est triste de voir s'être desséché ce qui fut l'une des belles consciences du siècle. Mais quoi ! La canonisation a commencé. Les voilà qui s'agitent avec leurs couronnes, ceux qui ont mis vingt ans à découvrir les « Nourritures », ceux qui ont hurlé après Corydon, ceux qui ont crié au scandale après le « Voyage au Congo ». La bourgeoisie commence à embaumer et maquiller – comme s'il était déjà mort – celui qui laisse dire et ne proteste plus – celui qui avait écrit pourtant en 1935 :
« Chaque homme porte en soi de quoi lutter contre soi-même et le combat restera toujours actuel, entre la pesanteur de la matière inerte et l'élan de l'esprit, entre l'invitation à la paresse et l'exigence de la ferveur. » [Discours prononcé par Gide sur la Place Rouge le 20 juin 1936 et non 1935, pour les funérailles de Gorki ; note de Fabrice Picandet]
Il n'y a plus de combat depuis douze ans. Gide ne cherche plus. Il est d'accord avec ce qui est. Adapté. Et en échange : adopté.

*

Comment donc situer Gide ? Le moment des Prix Nobel est le moment de l'éclipse de son influence réelle. Cette éclipse durera-t-elle ? L'œuvre de Gide se débrouillera avec la postérité. Cela ne nous regarde pas. Ce qui nous regarde, c'est d'expliquer pourquoi Gide n'est plus le maître des ferveurs et des révoltes de la jeunesse.
Mais tout d'abord, il faut rappeler pourquoi et comment il eut une grande influence libératrice. Il faut se souvenir de la querelles des « peupliers », du refus de la mythologie barrésienne : « La Terre et les morts ». Il faut se souvenir du « Familles, je vous hais » à l'époque où la pesante hypocrisie des familles bourgeoises étouffait les jeunes gens. Il faut se souvenir de la révolte contre l'oppression colonialiste : « Voyage au Congo », « Retour du Tchad », épanouissement de cette révolte, l'adhésion au communisme... « Les Nouvelles nourritures » où il était dit : « C'est dans l'abnégation que chaque affirmation s'achève. Tout ce que tu résignes en toi prendra vie. Tout ce qui cherche à s'affirmer se nie ; tout ce qui se renonce s'affirme. La possession parfaite ne se prouve que par le don. Tout ce que tu ne sais pas donner te possède... [Morin coupe ici deux phrases des Nourritures terrestres : « Sans sacrifice il n'est pas de résurrection. Rien ne s'épanouit que par offrande. » Note de Fabrice Picandet]. Ce que tu prétends protéger en toi s'atrophie. » On ne dit pas cela dans les académies, même en Suède. C'est à nous de le dire.
Et aujourd'hui, 25 ans après, jour du Prix Nobel, Gide déclare à l'Associated Press, en faisant allusion au communisme, et pour s'opposer : « Je suis farouchement individualiste. » Mais a-t-il oublié que cet individualisme est celui-là même qui « cherchant à s'affirmer se nie » et que disant cela, il n'est plus un grand individu ? Et le voilà desséché, recroquevillé et bien attablé devant de petits problèmes : faisant des gloses sur tel vers d'Iphigénie, ou agitant des considérations distinguées sur tel point de grammaire, ou bien frémissant de peur devant le monde, lui qui auparavant frissonnait d'inquiétude. Oui, « Ce que tu prétends protéger en toi s'atrophie. » C'est ce Gide que porte universellement au Panthéon la cohorte des atrophiés.

*

À l'époque où elle exerça son heureuse influence, l'œuvre de Gide n'était pas, comme aiment le dire les conformistes, une œuvre de décadence. Au contraire, c'était un « appel direct » pour le « retour aux joies naturelles ». C'était une réaction contre l'univers artificiel du symbolisme qui s'était lui-même nommé décadence.
Bien sûr, il est faux, et [mot illisible], de vouloir chercher en Gide une pensée organisatrice et créatrice. Gide fut un révolutionnaire de la sensibilité. Mais il ne fut nullement révolutionnaire de l'intelligence. Les vues générales de Gide, dans son « Journal », appuyées de métaphores botaniques, sont d'une grande pauvreté. Gide devait obscurément sentir cette faiblesse. Il fut heureux de s'opposer à l'intellectualisme, et de dire un jour, à propos de Dostoïevski : « Ce qui s'oppose à l'amour, ce n'est point tant la haine que la rumination du cerveau. » D'où la promotion des valeurs de pure sensibilité : « ferveur, inquiétude ». D'où une philosophie « gidienne » qui si on voulait la réduire à quelques concepts serait une banalité ridicule.
D'où aussi les multiples métamorphoses de Gide, ses perpétuelles adhésions à des doctrines et des fois contradictoires ; d'où son impuissance à comprendre rationnellement ce qu'était l'U.R.S.S., d'où peut-être l'abdication finale actuelle dans les jeux frivoles de la linguistique, dans les discours vides où seule sa magnifique voix grave éveille encore quelque résonance, tandis que les pharisiens désormais applaudissent; d'où aussi le fait que l'œuvre de Gide est une œuvre essentiellement poétique « parlant de l'âme à l'âme » mais en rien une œuvre qui enseigne à penser.
D'autre part de le message Gidien a épuisé son [mot illisible] parce que depuis cette guerre les problèmes de la jeunesse, les problèmes de l'homme qui cherche une vérité ont fondamentalement changé. Le message Gidien était une « recherche de la vraie vie », problème essentiel des intellectuels de l'entre-deux guerres, qui se sentant isolés du peuple, isolés des conditions dramatiques de la vie humaine, étaient avides, eux qui tournaient dans leur univers [un mot illisible] et paisible, d'intensité, d'aventure.
Gide proposa le premier l'aventure des instincts, des passions, le mépris des conventions et des traditions. Il a dit le premier : « vivez sans remords de vivre ».
Ce fut un point de départ nécessaire.... Beaucoup se perdirent, mais beaucoup trouvèrent une issue.
Aujourd'hui, après cette guerre mondiale, le problème des hommes de littérature n'est plus de vivre. La vie nous a emporté dans ses remous énormes ; guerre, [un mot illisible], la plus prodigieuse des aventures. Nous [deux mots illisibles] par notre expérience [un mot illisible]. Le problème de la littérature est désormais : la conscience. Prendre conscience du vécu, du réel. Là Gide n'est plus d'aucun secours. Grand écrivain mais nullement penseur, nullement maître de conscience. Au contraire : esprit faux – et qui le reconnaît d'ailleurs.
Aujourd'hui l'œuvre de Gide n'a plus d'efficacité, de prolongements sinon purement esthétiques.
Gide n'a pu, depuis quinze ans, se transformer une fois de plus, ouvrir un chemin nouveau. Au contraire, il a fait marche arrière. Il rentre dans le sein des familles bourgeoises. « Après [Arthur] Kœstler, tu liras les Retouches au retour d'U.R.S.S. mon petit chéri. » — « Oui, maman. » Dommage pour l'humanité. Dommage pour Gide. Sa vieillesse n'est pas l'épanouissement goethéen. C'est quelque chose qui se dessèche. Emportez ces cendres, [un mot illisible]. »
Edgar Morin [Edgar Nahoum], « " Familles, je vous haïssais" » ANDRÉ GIDE et le PRIX NOBEL », Action Hebdomadaire de l'indépendance français, n°164, 19-25 novembre 1947. Merci à Fabrice Pic et à e-gide pour cet article. Fac-simile sur Gidiana.

* * * * *

MONOD :
« Aux yeux de [Trofim Denissovitch] Lyssenko [1898-1976], des mitchouriniens, des kolkhosiens et sovkhosiens de l’U.R.S.S., du Parti bolchevik, de son Comité central, et de Staline, la victoire de Lyssenko est effectivement, comme le reconnaît avec stupeur le Dr Jacques Monod (1), une victoire de la science, une victoire scientifique, le refus le plus éclatant de politiser les chromosomes. »
Louis Aragon, « De la libre discussion des idées », Europe, octobre 1948.
1. « Ce qu'il s'agit de comprendre, c'est comment Lyssenko a pu acquérir assez d'influence et de pouvoir pour subjuguer ses collègues, conquérir l'appui de la radio et de la presse, l'approbation du comité central et de Staline en personne, au point qu'aujourd'hui la " Vérité " dérisoire de Lyssenko est la vérité officielle, garantie par l'État ,que tout ce qui s'en écarte est " irrévocablement banni " de la science soviétique (" Pravda ", cité d'après " Soviet news " [publication de l'ambassade soviétique à Londres] du 27 août [1948] et que les opposants qui contre lui défendaient la science, le progrès, les vrais intérêts de leur patrie sont honteusement chassés, cloués au pilori comme " esclaves de la science bourgeoise " et pratiquement accusés de trahison.
Tout cela est insensé, démesuré, invraisemblable. C'est vrai pourtant. Que s'est-il passé ? » — Jacques Monod, Combat, 15 septembre 1948.




DESANTI : « La science prolétarienne est aujourd'hui la véritable science [...] Les nouveaux et modernes Galilée s'appellent Marx, Engels, Lénine et Staline. »
Jean [-Toussaint] Desanti (1914-2002), dans l’ouvrage collectif Science bourgeoise et science prolétarienne, Paris : LNC, 1950.


SARTRE : « Le citoyen soviétique possède, à mon avis, une entière liberté de critique.»
Jean-Paul Sartre, Libération, 15 juillet 1954.

"Le marxisme [...] philosophie indépassable de notre temps."
Jean-Paul Sartre, Critique de la raison dialectique, Paris : Gallimard, 1960.

« Un anticommuniste est un chien, je ne sors pas de là, je n’en sortirai plus jamais. »
Jean-Paul Sartre, Les Temps Modernes, octobre-novembre 1961. [L'existentialisme n'était pas un humanisme …]


SOLLERS (né en 1936) : " Dès la parution en 1971 du livre Les habits neufs du président Mao, Simon Leys est critiqué par les membres de la revue Tel Quel, dont Philippe Sollers est un des principaux animateurs. Simon Leys qualifiait ces contradicteurs de « maoïstes mondains ». Ce n'est que vingt-sept ans plus tard que Philippe Sollers reconnaîtra la justesse des analyses de Simon Leys :
« Il n’y a, me semble-t-il, dans l’œuvre monumentale de Simon Leys rassemblée aujourd’hui sous le titre Essais sur la Chine, qu’une erreur, d’ailleurs secondaire et cocasse, celle qui met sur le même plan, à deux ou trois reprises, l’auteur de ces lignes et des personnages aussi considérables que Nixon, Kissinger ou Alain Peyrefitte. Je rougis de cette promotion injustifiée due à mon « maoïsme » de jeunesse [Sollers avait quand même 35 ans en 1971], sur lequel je me suis expliqué cent fois en vain (mais il faudrait refaire chaque année son autocritique, on le sait). Trente ans [sic] ont passé, et la question reste fondamentale. Disons-le donc simplement : Leys avait raison, il continue d’avoir raison, c’est un analyste et un écrivain de premier ordre, ses livres et articles sont une montagne de vérités précises, on va d’ailleurs le louer pour mieux s’en débarrasser, ce qui n’est pas mon cas, curieux paradoxe. » (Philippe Sollers, Le Monde, 3 avril 1998). " (avec fr.wikipedia.org)

CHÂTELET : « Il faut s’y résoudre : pour "dépassé" qu’il soit dans la tête de ceux qui ne l’entendent point, le marxisme demeure la référence décisive dont se réclament deux des plus puissants États, aujourd’hui [U.R.S.S., Chine populaire] ; il inspire les luttes de nombreuses couches sociales – ouvrières, agricoles, intellectuelles – des pays industrialisés. »
François Châtelet [beau-frère de Lionel Jospin], Introduction au Manifeste du Parti communiste, Paris: LGF, 1973.


LOUIS ALTHUSSER (1918-1990) : « Ceux qui ont pu s'imaginer que je fus converti au communisme par Hélène [Rytmann] doivent savoir que ce fut par [Pierre] Courrèges.  » L’Avenir dure longtemps suivi de Les faits, X, Paris : Stock,  1992. Réédité par Flammarion en collection Champs-essais en 2013.

« Comme tout "intellectuel", un professeur de philosophie est un petit bourgeois. Quand il ouvre la bouche, c’est l’idéologie petite-bourgeoise qui parle: ses ressources et ses ruses sont infinies. »
Positions (1964-1975), "La philosophie comme arme de la révolution", 2.

Louis Althusser

« Lénine disait à très juste titre que sans théorie révolutionnaire il n’est pas d’action révolutionnaire possible ; ce mot n’a nullement vieilli. Il suffit [sic et lol] de trouver les formes qui peuvent aujourd’hui lui donner sens et vie, en évitant tous les travers que nous ne connaissons que trop. Tâche longue et ardue, mais à la limite nullement impossible, à condition de l'entreprendre dès maintenant avec patience et rigueur et sans jamais se payer de mots, en exigeant toujours (Kant, Marx) de " penser par soi-même (1)" sans laisser soit les textes sacrés, soit les pères fondateurs, soit les dirigeants des organisations, soit la spontanéité des masses elles-même penser à notre place.»
L’Avenir dure longtemps suivi de Les faits, « Matériaux », II " Fragments de L'Avenir dure longtemps ", 3 "Situation politique : analyse concrète ?", Livre de poche, 1994. Réédité en collection Champs-essais en 2013.
1. Exigence bien antérieure à Marx et Kant ; voir mon article "Lesprit faux ..."

Louis Althusser


LEBENSZTEJN ; « La machine idéologique faisait ses coupes, restait les chutes : nègres, arabes, homosexuels, drogués, fous, délinquants ; tout ce qui n'entrait pas dans ses vues, ne se pliait pas à ses valeurs. Il leur était permis de subsister, mais à la condition de se tenir dans la honte d'eux-mêmes, et dans les enclos qu'on leur avait ménagés, asiles, prisons, foyers, boîtes. En liberté surveillée, s'ils servaient à la plus-value ; sous clef si non récupérables. Il était vital pour la classe dominante de maintenir ces lieux cloisonnés, d'empêcher qu'ils ne communiquent entre eux et avec l'ensemble des hommes qu'elle exploitait ou opprimait. »
Jean-Claude Lébensztejn, Zigzag, 1981.

AUROUX : « Le marxisme se présente comme unité (de la théorie et de la pratique), comme totalité (reprenant dans l’unité de la praxis la diversité des déterminations humaines et mondaines), et comme universalité (historique et concrète). C’est donc le totalitarisme qui rend le marxisme adéquat à incarner l’essence historique du projet philosophique. »


Sylvain Auroux, Barbarie et philosophie, IV, Paris, PUF, 1990.


MICHEL ONFRAY : « Les Lumières qui suivent Kant sont connues : Feuerbach, Nietzsche, Marx (1), Freud, entre autres. » Traité d'athéologie. Physique de la métaphysique, Paris : Grasset, 2005 ; Introduction, § 5 " L'immense clarté athéologique ".

« Tout ce qui définit habituellement le fascisme [...] la guerre expansionniste vécue comme peuve de la santé de la nation ; la haine des Lumières — raison, marxisme (1), science, matérialisme, livres ; le régime de terreur policière. » (Traité d'athéologie ..., Paris : Grasset, 2005 ; 4e partie "Théocratie", III "Pour une laïcité post-chrétienne", § 8).

1. Ranger l'idéologie marxiste — idéologie des totalitarismes soviétique et maoïste — parmi les Lumières, c'est inattendu de la part d'un philosophe contemporain. Mais depuis on en a vu d'autres de sa part. Cependant pour Yvon Quiniou, le Onfray libertaire serait " hostile d'une manière obsessionnelle au marxisme (de Marx) ".


IV - Reculs critiques et autocritiques :

MERLEAU-PONTY : « Si le marxisme, après avoir pris le pouvoir en Russie et s’être fait accepter par la moitié du peuple français, semble aujourd’hui incapable d’expliquer dans son détail l’histoire que nous vivons, si les facteurs essentiels de l’histoire qu’il avait dégagés sont aujourd’hui mêlés dans le tissu des événements à des facteurs nationaux ou psychologiques qu’il considérait comme secondaires, et recouverts par eux, n’est-ce pas la preuve que rien n’est essentiel en histoire, que tout compte également, qu’aucune mise en perspective n’a de privilège, et n’est-ce pas au scepticisme que nous sommes conduits ? La politique ne doit-elle pas renoncer à se fonder sur une philosophie de l’histoire, et, prenant le monde comme il est, quels que soient nos vœux, nos jugements ou nos rêves, définir ses fins et ses moyens d’après ce que les faits autorisent ? Mais on ne se passe pas de mise en perspective, nous sommes, que nous le voulions ou non, condamnés aux vœux, aux jugements de valeur, et même à la philosophie de l’histoire. »
Maurice Merleau-Ponty, « Pour la vérité », Les Temps Modernes, n° 4, janvier 1946. [Une version modifiée de ce texte (« par un tiers du peuple français », « les facteurs de l’histoire ») fut proposée comme sujet-commentaire au bac A dans l'académie de Paris en 1991].

FOUCAULT : « Il est faux de dire "avec certain post-hégélien célèbre" [Karl Marx], que l’existence concrète de l’homme c’est le travail. Car la vie et le temps de l’homme ne sont pas par nature travail, ils sont : plaisir, discontinuité, fête, repos, besoins, hasards, appétits, violences, déprédations, etc… »
Michel Foucault (1926-1984), Le Pouvoir et la norme, 1973.

BOUVERESSE : « La philosophie peut prendre et même réussir jusqu’à un certain point à faire prendre ce que le véritable esprit critique considèrerait comme l’expression la plus typique du dogmatisme et du conformisme idéologique du moment pour la forme la plus impitoyable et la plus sophistiquée de la critique. »
Jacques Bouveresse, Le Philosophe chez les autophages, 1, Paris : Minuit, 1984.

POIROT-DELPECH : « Aux yeux du marxiste [Bertolt] Brecht, le ventre fécond figure principalement, sinon exclusivement, le capitalisme. Jusqu’à sa mort à Berlin-Est, l’été 1956, qui est celui des chars russes à Budapest, il n’écrira rien qui laisse entendre que le communisme peut produire, aussi, la barbarie. En réduisant le nazisme à un phénomène de gangstérisme minable et en éludant les processus instinctifs qui ont conduit une grande majorité d’Allemands à y adhérer, l’auteur a pris le risque de sembler négliger la responsabilité des peuples et de couvrir un autre gang, le stalinien (vingt millions de morts, hors guerre, selon les dernières estimations). »
Bertrand Poirot-Delpech, « Petites phrases », Le Monde, 15 décembre 1993.

COURTOIS : « Transposant la science de l’homme, avec ses lois propres, à l’étude des sociétés, [Karl] Marx a appliqué à la sphère politique ce qui relevait du domaine biologique [évolutionnisme de Darwin], amorçant toutes les dérives du siècle suivant. En affirmant qu’il existait des lois gérant l’évolution de la société, Marx a conclu à la nécessité de suivre ces lois. C’est le vers d’Aragon: "Les yeux bleus de la Révolution/brillent d’une cruauté nécessaire." ["Front rouge", Littérature de la révolution mondiale, janvier 1932]. Ces gens-là ont tué au nom d’une nécessité historique à laquelle nul ne pouvait prétendre échapper. »
Stéphane Courtois, « Crimes communistes : le malaise français », Politique internationale, n° 80, été 1998.


V - Et après ?

KRIEGEL : « Tout se passe en vérité comme si le déclin et la défaite du marxisme qui avait eu, lui, la prétention d’imposer la classe, la lutte des classes, la mission émancipatrice de la classe ouvrière comme mode unique de la structuration et de la stratification sociale, comme "moteur de l’histoire", n’avait donné sa chance, à gauche, qu’à un autre manichéisme élisant l’ethnie – expression pudique, équivalent respectable du concept de race – comme principe organisateur de la société en général et de la société de l’avenir en particulier. Encore la classe jouit-elle d’attributs qui sont ceux d’une société relativement moderne. Tandis que la race, hors des sociétés les plus archaïques, n’est plus qu’un concept tout à la fois scientifiquement récusé et socialement redoutable.»
Annie Kriegel, « Une vision panraciale », Le Figaro, 2 avril 1985.

TORT : « Être marxiste aujourd'hui, c'est donner un contenu universel à la logique égalitaire en l'étendant sans restriction au terrain de la citoyenneté. Etre marxiste aujourd'hui, c'est comprendre que l'égalité ne triomphera que dans l'élément du mixte, et non dans le sein délabré des vieilles finasseries identitaires. Toute revendication d'identité, analysée dans le présent contexte historique et politique, dissimulant de plus en plus malaisément ce qu'elle recouvre d'implication suprématistes résiduelles ou résurgentes. Qu'on veuille bien considérer ces réflexions que je vais développer à ce propos comme un essai pour remplacer par une problématique réelle les lieux communs ordinaires du discours politicien. »
Patrick Tort, Être marxiste aujourd'hui, Paris: Aubier, 1986.


VI – Définitions (positives) du marxisme :

Une méthode d’appropriation et de synthèse des résultats de la science (Friedrich Engels)
La science prenant conscience d’elle-même (Paul Labérenne)
Une logique historique (Claude Lefort)
L’idéologie conquérante de la classe qui porte en elle l’avenir de toute l’humanité (Laurent Casanova, 1950)
La science fondamentale du prolétariat (Jean-Toussaint Desanti)
Pour l’essentiel cette idée que l’histoire a un sens (Maurice Merleau-Ponty)
Une méthode d’explication et d’action (Roland Barthes, 1955)
Le système de coordonnées qui permet seul de situer et de définir une pensée en quelque domaine que ce soit, de l’économie politique à la physique, de l’histoire à la morale (Roger Garaudy)
La seule méthode qui rende compte de l’ensemble du mouvement historique dans un cadre logique (Jean-Paul Sartre)

SUITE 


mardi 7 juillet 2015

"TOUT LE MONDE EN PARLE" (FRANCE 2, 18 JANVIER 2003)

Une première version de ce texte a paru dans le Libre Journal de Serge de Beketch du 8 février 2003

Si mon souvenir est exact, je n'avais pas proposé cet article au LJ, dont j'ignorais l'existence, c'est lui qui a repiqué mon texte alors déposé sur une page perso aol.com. Je me rappelle en tout cas avoir déploré les intertitres rajoutés sans mon accord.

Voir aussi : L'ARTICLE GAYSSOT
« Notre siècle est le siècle propre de la critique [Unser Zeitalter ist das eigentliche Zeitalter der Kritik], à laquelle tout doit se soumettre. La religion, par sa sainteté, et la législation, par sa majesté, veulent ordinairement s’y soustraire. Mais alors elles excitent contre elles un juste soupçon, et ne peuvent prétendre à ce respect sincère que la raison accorde seulement à ce qui a pu soutenir son libre et public examen. » I. Kant, Critique de la raison pure, Préface de la 1ère édition [1781], Paris : Gallimard, 1980, traduction Alexandre Delamarre et François Marty.
« Il importe à mon avis de re-vérifier la chambre à gaz dans les camps nazis. » (Edgar Morin, Pour sortir du XXème siècle, 1981.

   La question révisionniste méritait un examen attentif que ce genre d’émission, " Tout le monde en parle " (France 2, 18 janvier 2003), ne permettait malheureusement pas. Les arguments kantiens de Robert Ménard, aujourd'hui maire de Béziers, en faveur de l’abrogation de la loi Gayssot de 1990, soit l’état de minorité dans lequel cette loi maintient les citoyens, et le refus politique de cet état, sont très pertinents mais incomplets, car l'ancien président de Reporters sans frontières n’a considéré que l’aspect politique et journalistique de la chose, qui est secondaire, et ignoré l’aspect épistémologique, qui est fondamental car constituant un déterminant culturel de tout le reste, ce qui concerne les philosophes, les historiens et les juristes. L’expérience des pays en voie de sous-développement a en effet largement montré, s’il le fallait encore, que ce ne sont ni la politique ni l’économie seules qui font avancer une société, mais aussi sa culture.


   Sur le seul plan politique, un philosophe du droit, l’Américain Ronald Dworkin (né en 1931), ajouta sa voix à celle de nombreux soutiens de la liberté d’expression, en jugeant « antidémocratique » cet article 24 bis de la loi sur la liberté de la presse, et en caractérisant avec une parfaite cohérence, dans l'esprit de John Stuart Mill, la démocratie véritable non comme « un système dans lequel la majorité pourrait imposer sa volonté aux autres sans se soucier de ce qu’ils pensent », mais sous la forme d’un « partenariat, dont nul ne doit être exclu sous prétexte que ses opinions sont stupides ou haïssables » (entretien avec Le Monde, 27 avril 1999); c’est d’ailleurs précisément, et on n’y pense pas assez, ce point de vue systématiquement tolérant qui rend possible dans la France laïque l’exercice des libertés philosophique et religieuse, ainsi que celui des pratiques cultuelles.


   Ménard eut parfaitement raison de dire que, dans une situation inversée, la négation du goulag par les communistes entraîna pas de répression judiciaire ; on peut ajouter que le PCF (un des promoteurs, avec Laurent Fabius, de cette loi Gayssot de juillet 1990) tenta même, sans succès, de faire condamner les dénonciateurs de ce goulag, et ceci sans que ses agissements lui aient été beaucoup reprochés (Affaires Kravtchenko et David Rousset)). Me Joe Nordmann, négateur de l'existence du Goulag au procès Kravtchenko, s'excusa, un demi-siècle plus tard, de son aveuglement sectaire dans Aux Vents de l'histoire (Avocat et communiste), Arles : Actes-Sud, 1996. Le socialo-trotskyste Lionel Jospin décerna même au P.C.F. un brevet d’honorabilité en prétendant que celui-ci n’avait jamais attenté aux libertés.

   Lorsque Robert Ménard disait que les idées de Robert Faurisson sont « monstrueuses, choquantes, blessantes », il n’argumentait pas ; sur ce point, c’est Arno Klarsfeld qui fut efficace, car l’accusation d’escroquerie portée contre les seuls juifs, qu'elle soit fondée ou pas, est en effet infamante, et sort inconsidérément du registre historique ; Robert Faurisson avait d’ailleurs failli être condamné pour cette accusation bien avant l’existence de la loi Gayssot (T.G.I. Paris, 1ère chambre civile, 1er juillet 1981 ;  jugement réformé par arrêt de la Cour d'appel de Paris en date du 26 avril 1983).

   Encore faudrait-il savoir de quoi on parle quand on parle des juifs. S’agit-il d’un peuple, d’une nation, d'une culture, d’une religion, d’une race, d’une ethnie, de tribus, d’une caste, ou encore d’autre chose ?
Quoi qu’il en soit, les chrétiens (pour la systématisation multi-séculaire de l’antisémitisme) et les communistes (pour l’instrumentalisation quasi séculaire de l’antinazisme) me semblent au moins aussi impliqués que les organisations parlant au nom de la communauté juive dans cette affaire.

   Il convient de dissocier l’accusation politique d’escroquerie de l’affirmation épistémologique de non-existence de chambres à gaz homicides. Le simple doute sur des gazages homicides, tel que Jean Beaufret, René Rémond, Jean-Gabriel Cohn-Bendit, Henri Amouroux et Marc Sautet (fondateur des cafés-philo) le formulèrent, ne saurait être assimilé à une accusation d’escroquerie portée contre la catégorie des juifs, et contre eux seuls ; ni d'ailleurs à un antisémitisme.

Mais ce doute ne saurait non plus être assimilé à une exonération du nazisme pour ses nombreux crimes. En admettant que les victimes des camps de concentration soient dues pour l’essentiel au typhus — Georges Boudarel eut pour les camps communistes du Vietnam une explication analogue  —, reste que sans déportations, il n’y aurait pas eu d’épidémies de typhus dans les camps. Le crime, de guerre ou contre l’humanité, subsiste donc. Lorsque l’on avance qu’Hitler ou Staline ont traité les juifs ou les koulaks, familles comprises, en ennemis déclarés, c’est une explication, voire une observation, ce n’est pas une excuse.

   Que « tout le monde en parle » n’est pas exact. La police de la parole trouvera, hélas, bien moins d’opposants que la police des mœurs ; le pluralisme de la pensée, et la pensée tout court, sont encore bien loin d’être des valeurs dominantes. 

Il aurait été utile, à mon sens, de recourir dans cette émission à un exposé chronologique sommaire de la problématique de la loi Gayssot, exposé que j'avais tenté, comme voici :


1. - Il y eut jusqu’en 1945 des rumeurs dont les éléments sont aujourd’hui reconnus faux :

- homicides par gaz de chlore (Thomas Mann, dans Appels aux Allemands 1940-1945 [Deutsche hörer], Paris : Balland, 1985),



- par électrocution (Pravda du 2 février 1945) ;

- attribution du massacre des officiers polonais à Kalinine et Katyń (avril-mai 1940) aux nazis.


2. - Il y a eu après la guerre des témoignages aujourd’hui reconnus faux :

- gazages prétendus à Dachau (d'après le stalinien Fernand Grenier, 1901-1992, ministre communiste du gouvernement provisoire d’Alger), lieu où l’on fait visiter un local désigné comme « chambre à gaz [qui] ne fut jamais utilisée » ;

- gazages prétendus à Buchenwald (faux témoignages des prêtres français Jean-Paul Renard et Georges Hénocque (1870-1959) ) ;

- aussi des œuvres de fiction contestables (film Nuit et Brouillard d’Alain Resnais en 1955 ; roman d’Elie Wiesel La Nuit, 1960) ou des témoignages rassemblés sans avoir été sérieusement vérifiés (film Shoah de Claude Lanzmann en 1985).


3. - Il y eut, après la guerre, des doutes exprimés par des personnes peu suspectes de sympathie pour les nazis ou pour l’extrême droite :

George Orwell (1903/1950) rapporta des propos de nationalistes : " Is it true about the German gas ovens in Poland ? ", " Est-ce vrai, ce qu'on dit des fours à gaz allemands en Pologne ? ", "Notes on Nationalism", Polemic, n°1, octobre 1945 (écrit en mai 1945) ; repris dans Collected Essays, volume III, 1968, page 421.

Jean Pouillon : « On aurait pu attendre du procès de Nuremberg [1945-1946] une confrontation doctrinale, une opposition de philosophies historiques capables d'assumer l'histoire telle qu'elle est, et non des contes de bonne femme [...] ; peut-être aurait-il mieux valu se venger sobrement sans avoir l'outrecuidance de vouloir prévenir le jugement de l'avenir. » (" À propos du procès de Nuremberg ", Les Temps Modernes, numéro 10, 1er juillet 1946, page 153).


4. - Maurice Bardèche (1907-1998), Nuremberg ou la Terre promise , Les Sept Couleurs, 1948 : « Si la délégation française trouve des factures de gaz nocifs, elle se trompe dans la traduction et elle cite une phrase où l'on peut lire que ce gaz était destiné à “l'extermination”, alors que le texte allemand dit en réalité qu'il était destiné à “l'assainissement”, c'est-à-dire à la destruction des poux dont tous les internés se plaignaient en effet […]. Il résulte clairement des pièces du procès que la solution du problème juif, qui avait eu l'approbation des dirigeants nationaux-socialistes, consistait uniquement en un rassemblement de Juifs dans une zone territoriale qu'on appelait la réserve juive : c'était une sorte de ghetto européen, une patrie juive reconstituée à l'Est, c'était cela que prévoyaient les instructions connues des ministres et des hauts fonctionnaires, et c'était cela seulement. […] Et nous n'avons pas le droit d'en conclure davantage que le national-socialisme aboutissait nécessairement à l'extermination des Juifs : il proposait seulement de ne plus les laisser se mêler à la vie politique et économique du pays, et ce résultat pouvait être obtenu par des méthodes raisonnables et modérées. […] [Ne] sommes-nous pas victimes d'une propagande dont les effets peuvent être un jour terriblement préjudiciables au peuple français ? » (Extraits pris sur fr.wikipédia.org)


5. - Paul Rassinier (1906-1967) :

Passage de la ligne, 1948
Le Mensonge d'Ulysse, 1950, plusieurs éditions (l'édition de La Librairie française de 1961 porte la mention "5e édition" ; dernière édition : Éd. Ulysse, 1998).

En novembre 1950, la réaction viendra (déjà...), non des historiens, mais des politiques : 

" Maurice Guérin, député du Mouvement républicain populaire, dénonce à l'Assemblée nationale la collaboration et le négationnisme de Rassinier : « [Rassinier fait partie] des responsables de la collaboration avec l'occupant et des apologistes de la trahison. »
Et, à propos du Mensonge d'Ulysse : « Il paraît, mes chers collègues, qu'il n'y a jamais eu de chambres à gaz dans les camps de concentration […], voilà ce qu'on peut lire dans ce livre » (Journal officiel, 2 novembre 1950), ce à quoi Rassinier rétorque dans une nouvelle édition du Mensonge d'Ulysse, à propos des chambres à gaz « il y en eut, pas tant qu'on le croit. Des exterminations par ce moyen, il y en eut aussi, pas tant qu'on ne l'a dit ».
Ses affirmations négationnistes lui valent alors [à Rassinier] d'être exclu de la SFIO en avril 1951 et d'être traduit en justice en novembre de la même année. Peu à peu, les Juifs deviennent sa cible privilégiée. " (fr.wikipedia.org)

   Il semble bien, et c'est remarquable, qu'aucun historien professionnel n'ait alors pris la peine, sinon de réfuter, au moins de contredire Rassinier.


6. - Le philosophe heideggerien Jean Beaufret (1907-1982) écrivit à Robert Faurisson : « Nous assistons visiblement à la "définition" d'un dogme historique [...] ici, il ne s'agit pas de doctrine. C'est simplement, comme dit le Leibniz des Nouveaux Essais [1704], ''un point de fait ou d'histoire'' » [Nouveaux Essais sur l'Entendement humain, IV, xvi, § 5] ; l'existence de cette correspondance fut signalée par Sylvain Auroux et Yvonne Weil dans un ouvrage parascolaire : Dictionnaire des auteurs et des thèmes de la philosophie, Hachette-Éducation, 1991, article Heidegger, page 177, qui ne craignait pas de renvoyer aux Annales d'Histoire Révisionniste (1987) ; voir précisément le n° 3, automne-hiver 1987, pages 204-205.



7. - La présence et l’usage du Zyklon B en tant qu’insecticide ne sont contestés par personne ; c’est le détournement de cet usage à des fins homicides qui est discuté. Une photo d’un bidon de Zyklon B en couverture d'un ouvrage ne peut donc servir de preuve des gazages homicides.

Les chambres à gaz. Secret d'Etat


8. - De l’aveu même de l'historien Pierre Vidal-Naquet (1930-2006),
(Sur sa méthode) : « C'est ce que j'ai écrit, et cru, en 1981, mais, renseignement pris, j'avais tort (note de 1987). » De Faurisson et de Chomsky (1981), Paris : La découverte, 1987, 2005.
« il y a eu des chambres à gaz qui n'ont pas fonctionné, quoi qu'aient pu en dire certains déportés et certains enquêteurs : C'est le cas de Dachau.  » Un Eichmann de papier, note 23, 1980, Paris : La découverte, 1987, 2005.
« il y a eu des chambres à gaz imaginaires, et G. Wellers a eu tort de glisser dessus un peu rapidement. » Les Assassins de la mémoire, note 44, Paris : La découverte, 1987, 2005.
Les témoignages de Fernand Grenier et de l'abbé Hénocque sur Dachau ont été reconnus comme faux témoignages.

Par ailleurs, les adversaires de Robert Faurisson se trouvent toujours divisés en deux groupes, dont un seul peut avoir raison ; ceux qui pensent que les preuves des chambres à gaz manquent ou ont été détruites :

Léon Poliakov, dans Bréviaire de la haine, 1951, page 171.
Dans Le Monde du 8 mars 1979, François Delpech écrivait : « Les archives des camps ont été en grande partie détruites. »
Simone Veil  : « Au cours d’un procès intenté à Faurisson pour avoir nié l’existence des chambres à gaz, ceux qui intentent le procès sont contraints d’apporter la preuve formelle de la réalité des chambres à gaz. Or chacun sait que les nazis ont détruit ces chambres à gaz et supprimé systématiquement tous les témoins » France-Soir Magazine, 7 mai 1983, page 47.
Serge Klarsfeld, VSD, 29 mai 1986.
Arno J. Mayer, 1988.
Jacques Baynac, Le Nouveau quotidien, 2 et 3 septembre 1996.
Valérie Boyer ; " Tous les historiens des génocides le disent, le crime de génocide est systématiquement accompagné de l’effacement de ses preuves. " (Assemblée nationale, 1ère séance du 3 décembre 2015).

et ceux qui pensent qu’il subsiste une abondance de preuves :

Georges Wellers dans Le Monde, 29 décembre 1978.
Pierre Vidal-Naquet, qui évoquait, dans Les Assassins de la mémoire, « un immense ensemble de preuves indestructibles ».
Éric Conan, dans L’Express, 19/25 novembre 1998.
Alain Finkielkraut, Ainsi parlait, 23 novembre 2012 : " Ne faites-pas le naïf ! l'histoire est absolument ...Les preuves historiques, les témoignages sont multiples, sont extrêmement nombreux." Cependant, dans cette "Radio Sciences-Po", Finkie n'a pu donner une seule référence à un historien professionnel.

Si toutes les preuves ont été effacées, a-t-on au moins une preuve de cette effacement ? Et s'il y a abondance de preuves, comment se fait-il que tant d'ouvrages traite la question de façon laconique ?Ceci justifie amplement la demande de réexamen de la question, réexamen souhaité par le sociologue Edgar Morin dès 1981 :
« Il importe à mon avis de re-vérifier la chambre à gaz dans les camps nazis. Mais ce qui est établi sans conteste, c’est l’entreprise exterminatrice » (Pour sortir du XXème siècle, Nathan, 1981, réédition Seuil, 1984, collection Points, page 192)

9. - - En mars 1974, Robert Faurisson écrivait à

plusieurs spécialistes et à d’anciens déportés pour leur demander si les chambres à gaz sont « un mythe ou une réalité » [Lettre-circulaire du 23 mars 1974. Elle est reproduite dans les « œuvres complètes » de Robert Faurisson, Écrits révisionnistes (1974-1998), 4 volumes, « édition privée hors commerce » (beaucoup de ces textes tombent sous le coup de la loi), 1999, tome 1, p. 4 et 5.]. Le fait est mentionné d’abord par Le Canard enchaîné, le 17 juillet 1974, puis par Le Monde à la suite de la réaction de Charlotte Delbo, qui livre alors au journal un témoignage indigné [Le Monde, 11-12 août 1974. Le nom de Robert Faurisson n’est pas cité.]

Lettre de Robert Faurisson publiée par le quotidien Le Monde le 29 décembre 1978
" « Le problème des chambres à gaz [1] » ou « La rumeur d'Auschwitz »

Nul ne conteste l'utilisation de fours crématoires dans certains camps allemands. La fréquence même des épidémies, dans toute l'Europe en guerre, exigeait la crémation, par exemple des cadavres de typhiques (voy. les photos).

C'est l'existence des « chambres à gaz », véritables abattoirs humains, qui est contestée. Depuis 1945, cette contestation va croissant. Les grands moyens d'information ne l'ignorent plus.

En 1945, la science historique officielle affirmait que des « chambres à gaz » avaient fonctionné, aussi bien dans l'ancien Reich qu'en Autriche, aussi bien en Alsace qu'en Pologne. Quinze ans plus tard, en 1960, elle révisait son jugement : il n'avait, « avant tout » (?), fonctionné de « chambres à gaz » qu'en Pologne [2]. Cette révision déchirante de 1960 réduisait à néant mille « témoignages », mille « preuves » de prétendus gazages à Oranienbourg, à Buchenwald, à Bergen-Belsen, à Dachau, à Ravensbrück, à Mauthausen. Devant les appareils judiciaires anglais ou francais, les responsables de Ravensbrück (Suhren, Schwarzhuber, Dr Treite) avaient avoué l'existence d'une « chambre à gaz » dont ils avaient même décrit, de facon vague, le fonctionnement. Scénario comparable pour Ziereis, à Mauthausen, ou pour Kramer au Struthof. Après la mort des coupables, on découvrait que ces gazages n'avaient jamais existé. Fragilité des témoignages et des aveux !

Les « chambres à gaz » de Pologne – on finira bien par l'admettre – n'ont pas eu plus de réalité. C'est aux appareils judiciaires polonais et soviétique que nous devons l'essentiel de notre information sur elles (voy., par exemple, l'ébouriffante confession de R. Höss : Commandant à Auschwitz).

Le visiteur actuel d'Auschwitz ou de Majdanek découvre, en fait de « chambres à gaz », des locaux où tout gazage aurait abouti à une catastrophe pour les gazeurs et leur entourage. Une exécution collective par le gaz, à supposer qu'elle soit praticable, ne pourrait s'identifier à un gazage suicidaire ou accidentel. Pour gazer un seul prisonnier à la fois, pieds et poings liés, les Américains emploient un gaz sophistiqué, et cela dans un espace réduit, d'où le gaz, après usage, est aspiré pour être ensuite neutralisé. Aussi, comment pouvait-on, par exemple à Auschwitz, faire tenir deux mille (et même trois mille) hommes dans un espace de 210 mètres carrés (!), puis déverser (!) sur eux des granulés du banal et violent insecticide appelé Zyklon B ; enfin, tout de suite après la mort des victimes, envoyer sans masque à gaz, dans ce local saturé d'acide cyanhydrique, une équipe chargée d'en extraire les cadavres pénétrés de cyanure ? Des documents trop peu connus [3] montrent d'ailleurs : 1° Que ce local, que les Allemands auraient fait sauter avant leur départ, n'était qu'une morgue typique (Leichenkeller), enterrée (pour la protéger de la chaleur) et pourvue d'une seule petite porte d'entrée et de sortie ; 2° Que le Zyklon B ne pouvait pas s'évacuer par une ventilation accélérée et que son évaporation exigeait au moins vingt et une heures. Tandis que sur les crématoires d'Auschwitz on possède des milliers de documents, y compris les factures, au pfennig près, on ne possède sur les « chambres à gaz », qui, paraît-il, flanquaient ces crématoires, ni un ordre de construction, ni une étude, ni une commande, ni un plan, ni une facture, ni une photo. Lors de cent procès (Jérusalem, Francfort, etc.), rien n'a pu être produit.

« J'étais à Auschwitz. Il ne s'y trouvait pas de 'chambre à gaz'. » A peine écoute-t-on les témoins à décharge qui osent prononcer cette phrase. On les poursuit en justice. Encore en 1978, quiconque en Allemagne porte témoignage en faveur de T. Christophersen, auteur du Mensonge d'Auschwitz, risque une condamnation pour « outrage à la mémoire des morts ».

Après la guerre, la Croix-Rouge internationale (qui avait fait son enquête sur « la rumeur d'Auschwitz » [4], le Vatican (qui était si bien renseigné sur la Pologne), les nazis, les collabos, tous déclaraient avec bien d'autres : « Les 'chambres à gaz' ? nous ne savions pas. » Mais comment peut-on savoir les choses quand elles n'ont pas existé ?

Le nazisme est mort, et bien mort, avec son Führer. Reste aujourd'hui la vérité. Osons la proclamer. L'inexistence des « chambres à gaz » est une bonne nouvelle pour la pauvre humanité. Une bonne nouvelle qu'on aurait tort de tenir plus longtemps cachée.

Notes de RF :
[1] L'expression est d'Olga Wormser-Migot dans son ouvrage Le Système concentrationnaire nazi, thèse, Paris : P.U.F., 1968).
[2] « Keine Vergasung in Dachau », par le Dr Martin Broszat, directeur de l'Institut d'histoire contemporaine de Munich (Die Zeit, 19 août 1960, page 16).
[3] D'une part, photos du musée d'Auschwitz (nég. 519 et 6228) ; d'autre part, documents de Nuremberg (NI-9098 et NI-9912).
[4] C.I.C.-R., Documents sur l'activité du Comité international de la Croix-Rouge en faveur des civils détenus dans les camps de concentration en Allemagne (1939-1945), deuxième édition, Genève, juin 1946, série II, n° 1, reproduisant partiellement (j'ai copie du texte intégral confidentiel) le document n° 9925 : Visite au commandant du camp d'Auschwitz d'un délégué du C.I.C.-R. (septembre 1944), p. 91 et 92. Une phrase capitale de ce document a été habilement amputée de trois mots dans le livre de Marc Hillel, Les Archives de l'espoir, Fayard 1977, p. 257, et la phrase la plus importante (« Les détenus eux-mêmes n'en ont pas parlé ») a été sautée. "


10 - En opposition à une longue tradition de pensée rationaliste, en février 1979, 34 historiens français eurent ce que Paul Thibaud a appelé par la suite " un réflexe de cordon sanitaire ", en même temps qu'un recours à la pseudo-logique circulaire chère aux chrétiens et aux marxistes ; ils annoncèrent publiquement leur refus de débattre :

" Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été techniquement possible puisqu'il a eu lieu. [...] Il n'y a pas, il ne peut pas y avoir de débat sur l'existence des chambres à gaz. " (Le Monde, 21 février 1979).

Dans cette liste, on pouvait relever les noms de :
A. Besançon, P. Chaunu, Monique Clavel-Levêque, M. Ferro (EHESS), F. Furet (mort en 1997, mais revenu sur son refus de débattre en 1996), Y. Garlan (ENS), J. Julliard (ENS), E. Labrousse, J. Le Goff (ENS), E. Le Roy Ladurie (ENS), P. Levêque (ENS), Nicole Loraux (EHESS), R. Mandrou, Claude Mossé, J. Néré (ENS), Cl. Nicolet (ENS), Michelle Perrot (Paris-VII)  ;
Madeleine Rebérioux (depuis, opposée à la loi Gayssot ; selon cette ancienne présidente de la Ligue des Droits de l'Homme, : " non, nous n’avons pas de preuves du fonctionnement d’une chambre à gaz à Dachau ; non, quatre millions d’êtres humains n’ont pas disparu à Auschwitz [...] Non seulement rien n’est plus difficile à constituer en délit qu’un mensonge historique, mais le concept même de vérité historique récuse l'autorité étatique. L'expérience de l'Union Soviétique devrait suffire en ce domaine. Ce n’est pas pour rien que l’école publique française a toujours garanti aux enseignants le libre choix des manuels d’histoire.") ;
Le 21 septembre 1987, Yves Jouffa, président de la Ligue des droits de l'homme, écrivait à Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur : « Nous ne pensons pas que la modification de l'article 24 alinéa 3 de la loi du 29 juillet 1881, tendant à créer un délit de négation des crimes contre l'humanité, soit de nature à faciliter la lutte contre certains écrits racistes. » Et d'ajouter : « Cela risque de poser de sérieux problèmes tant au regard de la liberté de la presse qu'au regard de la libre recherche universitaire ou historique. »

Maxime Rodinson, Lucette Valensi (EHESS), J.-P. Vernant, Paul Veyne (ENS), P. Vidal-Naquet (EHESS, qui a cependant débattu avec Faurisson et Serge Thion par la suite), E. Will (ENS).


11. - Intolérable intolérance, Recueil de textes en forme de supplique à MM. les magistrats de la cour d'appel de Paris, Paris : Éditions de la Différence, 1981.

Articles de J.G. Cohn-Bendit, É. Delcroix, C. Karnoouh, V. Monteil, J.L. Tristani.

Table des matières :

Question de principe, par Jean-Gabriel Cohn-Bendit.
Jugement de valeur, par Éric Delcroix.
De l'intolérance et quelques considérations subjectives sur le nationalisme, par Claude Karnooh.
Le prêt-à-penser au tribunal de l'Histoire, par Vincent Monteil.
Supplique à MM. les magistrats de la cour d'appel de Paris, par Jean-Louis Tristani.
Annexe : Jugement du tribunal de grande instance [TGI] de Paris, en date du 1er juillet 1981.


12 - Dans Le Monde du 24-25 septembre 1989, une dépêche AFP annonce que l’URSS va autoriser le CICR à microfilmer 46 volumes d’archives allemandes d’Auschwitz.

Dans Le Monde du 23-24 juin 1991, une dépêche AFP annonce que l’URSS vient de remettre à la Pologne quatre des quarante-six volumes d’archives d’Auschwitz emportés en 1945.

   Que contiennent ces volumes d’archives ? Robert Faurisson m'avait depuis fait remarquer que : " En 1995, un ouvrage en trois volumes, d’un total de 2158 pages, publié en polonais, en anglais et en allemand sous l’égide du Musée national d’Auschwitz par un ensemble de huit chercheurs, a révélé avec force chiffres et détails le contenu des cinquante et un, et non quarante-six, volumes des seuls registres mortuaires du camp (State Museum of Auschwitz, Death Books from Auschwitz, K.G. Saur, München, New Providence, London, Paris). Comme je l’ai noté dans mes écrits, ces chiffres apportent une éclatante confirmation de la justesse des estimations révisionnistes quant au nombre total des morts d’Auschwitz. " Je n'ai pas eu accès à cet ouvrage et n'ai donc pu confirmer ou infirmer ce point.


13. - Dans Le Monde du 28/29 janvier 1990, le journaliste très militant Edwy Plenel dénonçait un maître de conférences de l'université Lyon III-Jean Moulin, M. Bernard Notin, auteur dans le n°32 hors-série (août 1989) d'Économies et Sociétés (P.U. de Grenoble), d'un article contenant ces lignes :
" Le réel passe alors en jugement devant l'irréel [Formule que je reprends souvent]. Le thème, historique, des chambres à gaz homicides, est très révélateur de ce procès. Les preuves proposées pour en démontrer l'existence évoluent au gré des circonstances et des époques mais s'extraient d'une boite à malices comprenant trois tiroirs :
Tout en bas : la visite des locaux (peu crédibles). Au milieu : l'affirmation des vainqueurs (elles ont existé). En haut : les on-dits (histoire de l'homme qui a vu l'homme qui...). Au total, on en postule l'existence, et qu'importe la réalité de cette réalité. On reconnaîtra là le fondement de toute tyrannie. "
Pour avoir écrit ces lignes, Notin perdit son poste à l'Université de Lyon.




14. - En avril 1990, le ministre polonais de la culture a fait déposer les plaques du monument de Birkenau qui portaient le chiffre d’origine soviétique de quatre millions de victimes à Auschwitz pour les remplacer par d'autres portant le chiffre d'un million et demi. En France, cette information n’a été diffusée qu’après la promulgation de la loi Gayssot ...



Pierre Vidal-Naquet : «  L'histoire n'est pas une religion. La vérité d'Auschwitz n'est pas une vérité religieuse, que le Seigneur Dieu ait été présent ou non. Auschwitz et Treblinka appartiennent à une série de faits historiques, non à une vérité religieuse. Ils doivent être étudiés comme on étudie des faits historiques, ce qui implique des méthodes critiques comparables à celles qu'utilisent tous les jours les historiens de la Révolution française. » (Qui sont les assassins de la mémoire ?, 1992, Paris : La découverte, 2005.).


15. - Le réexamen de la réalité des chambres à gaz est donc bloqué par cette loi Gayssot, ce qui aboutit au paradoxe que le catalogue informatisé de la BNF, interrogé en décembre 2002 sur le sujet « chambres à gaz », donnait accès à 17 références consultables, dont 7 adoptant la thèse officielle, et 10 la thèse révisionniste. Ce score 10 à 7 est un effet direct de la loi Gayssot. La même interrogation faite le 1er avril 2009 donnait 34 réponses, dont la moitié du côté révisionniste. Mais avant même cette loi, la déclaration de 34 historiens selon laquelle
« il ne peut y avoir de débat sur l’existence des chambres à gaz » (Le Monde, 21 février 1979)
n’était pas faite pour encourager les vocations. En 1987, Annette Wieviorka constatait :
« Aucun normalien agrégé d’histoire ne s’est penché sur l’histoire contemporaine des juifs de France ou d’ailleurs. »
Aussi Arno Klarsfeld se contredisait-il lorsqu’il affirmait que le révisionnisme « se combat par les travaux universitaires » (Tout le monde en parle, France 2, 18 janvier 2003).

Article de Madeleine Rebérioux, « Le génocide, le juge et l’historien », L’Histoire, n°138, novembre 1990. Repris sur le site Liberté Pour l'Histoire. J'en cite des extraits au § 10 de la présente page web.


16. - En 1992, Annette Wieviorka publia Déportation et Génocide chez Plon ; ce livre donna 5 pages sur 506 à la « question (sic) des chambres à gaz » ; ces cinq pages relèvent d’une partie intitulée « Diversité des situations dans les camps » ; leur contenu n’apporte aucun élément nouveau mais se borne à reconnaître la fausseté d’un certain nombre d’affirmations et de témoignages : abbé Hénocque, Joseph Rovan, Germaine Tillion, entre autres.


17. - Affaires Garaudy et Sautet, 1996 :

Début 1996, la publication par Roger Garaudy de l'ouvrage Les Mythes fondateurs de l'Etat d'Israël fit scandale. Il reçut cependant le soutien de l'abbé Pierre :
" De ton nouveau livre il m’est impossible de parler avec tous les soins que réclament non seulement son sujet fondamental, mais aussi l’étonnante et éclatante érudition, scrupuleuse, sur laquelle chaque propos se fonde, comme j’ai pu le constater en le parcourant.
Autour de moi quelques personnes dont les exigences et la compétence sont grandes et qui l’ont entièrement lu me disaient l’importance de ce qu’elles en ont reçu.
Il faut tout faire, et je m’y emploie, pour que bientôt des historiens vrais, de la même passion du vrai qui est la tienne, s’attachent à en débattre avec toi.
Les insultes contre toi que j’ai pu connaître (jusque dans un quotidien que j’estime le plus pour son habituelle objectivité), qui t’ont accablé de toutes parts sont déshonorantes pour ceux qui, comme à la légère, t’en accablent. "


Après l'article de Nicolas Weill dans le quotidien Le Monde : « Le promoteur des "cafés de philosophie" tient des propos ambigus sur le génocide juif » (14 juin 1996, page 30), article qui commençait par cette phrase : « LE NÉGATIONNISME aujourd’hui éclot dans des lieux où on ne l’attendait décidément pas. », j'avais fait savoir, en tant que participant régulier aux cafés-philo parisiens, que je déplorais le procédé de P.-L. Chevallier (de Montpellier) : dénoncer un individu à la presse écrite à partir d'une correspondance privée – et surtout celui de Nicolas Weill : publier, en passant outre le refus de Marc Sautet, quelques lignes extraites d'une correspondance privée.

« Je ne crois pas avoir "repris à mon compte" ma thèse selon laquelle "il n’existe aucune preuve de la réalité des chambres à gaz". […] J’ai longtemps admis sans discussion la réalité des chambres à gaz. Et j’ai longtemps cru que le génocide avait été programmé par le mouvement nazi. Mais depuis longtemps aussi, je suis gêné par la tendance de ceux qui déplorent le génocide à oublier la destruction du mouvement ouvrier qui le précède. […] L’ennemi principal de Hitler, l’adversaire à abattre en priorité selon lui en 1924, c’est le bolchevisme. Il s’en prend aussi au "Capital international", parasite de la nation allemande. Et comme on trouve beaucoup de Juifs dans les rangs bolcheviks, ainsi que dans la finance, il s’ensuit que l’élimination des Juifs serait une bonne chose … Mais quelle "élimination" ? Hitler veut interdire aux Juifs l'accès aux postes de pouvoir, et les expulser d'Allemagne, pas les exterminer. Cette "découverte", que j'ai faite pour mon propre compte, à une époque où je me trouvais en Allemagne [Marc Sautet effectuait alors un séjour d’études en Allemagne de l'Est (RDA)], m'a rendu extrêmement prudent sur "le génocide" et "la solution finale". Le peu que j'ai pu comprendre depuis, c'est que, même une fois au pouvoir, en [19]33, Hitler songeait à débarrasser le sol allemand des Juifs, et non à les détruire dans des usines ad hoc. Si tel est bien le cas, ce qu'il faut expliquer ce n'est pas pourquoi il voulait détruire le peuple juif, mais pourquoi il a "fini" par tenter de le faire.
Du coup, les chambres à gaz prennent – ne fût-ce que provisoirement – un point d'interrogation. Nul besoin de Faurisson et consorts pour cela. S'interroger n'est pas nier. C'est douter. Douter en son for intérieur, se demander, méditer, et chercher par quelle voie sortir de l'incertitude. Or, le terrain est miné. Tout doute sur ce sujet passe pour de l'antisémitisme. Du moins dans l'opinion publique. En êtes-vous ? Moi je refuse de me laisser abuser, par qui que ce soit. C'est peut-être pour cela que je me sens philosophe. »
Marc Sautet, « Lettre au collectif des invités du 1er février », 13 mars 1996 ; copie (deux feuillets) distribuée par M.S. au café du Luxembourg le lundi 17 juin 1996.

  Il est faux, comme le prétendit Jacques Diament (page 120 de son ouvrage), que Marc Sautet, spécialisé sur Nietzsche depuis sa maîtrise de philosophie, ait appris l’allemand pour « étudier Mein Kampf dans le texte »…

Marc Sautet fit l'objet d'un communiqué hostile intitulé " L'appel des profs de philo " (La Marseillaise, 18 juin 1996), repris (sans mention de date !!) dans L'Enseignement philosophique, n° 5, mai-juin 1997 ; le signataire de ce communiqué, Étienne Verley, ancien élève de l'ENS-Ulm, ancien "stalinien" et agrégé de philosophie, me déclara par écrit avoir été victime dans les deux cas du zèle intempestif d'un collègue ; il m'annonçait pour la rentrée 1997 une mise au point ; en août 1998 toutefois, rien n'était encore passé dans L'Enseignement philosophique.

  Marc Sautet décéda le 2 mars 1998 des suites d'une tumeur cancéreuse au cerveau, à l'âge de 51 ans. Selon lui, « si l'on ne peut réfléchir en privé sans être accusé de servir de cheval de Troie aux négationnistes, la démocratie est bien malade » (ibid.).


Une lettre de Marc Sautet à Jean-Marie Colombani (directeur du quotidien Le Monde) fut publiée dans Philos, N° 48, juillet-août 1996, et (incomplètement) dans le courrier des lecteurs du Monde, 7-8 juillet 1996. Le fondateur des cafés-philo y disait vouloir réintroduire le mouvement ouvrier européen dans l'histoire du nazisme.


18. - De nombreuses personnalités françaises se prononcèrent, au fil du temps, contre cet article 24 bis de la loi sur la presse : les anciens ministres de la justice Jacques Toubon et Simone Veil ; Jacques Toubon, alors député, précisait : « Je suis contre le délit de révisionnisme, parce que je suis pour le droit et pour l’histoire, et que le délit de révisionnisme fait reculer le droit et affaiblit l’histoire » (Assemblée nationale, 3e séance du 21 juin 1991) ; Jacques Julliard, Annie Kriegel (décédée), Alfred Grosser (Le Monde, 13 septembre 1990), Michel Tournier (prix Goncourt), Jean Foyer (ancien ministre) ; les anciens sénateurs Paul Masson, Jacques Thyraud, Jean Marie Girault et le sénateur René-Georges Laurin ; l’historien de la littérature russe Georges Nivat (ENS-Ulm), qui déclarait « Je n’approuve pas la loi qui institue un délit de contre-vérité historique » (communication personnelle) ; Dominique Jamet ; le député Jacques Limouzy (RPR), Me Jacques Vergès, Me Patrick Simon ; l’historien Maxime Rodinson ; l’éditeur Jean-Jacques Pauvert ; « la grande majorité des historiens », selon les termes de Pierre Vidal-Naquet (Le Monde, 4 mai 1996), dont François Furet ; loi « unanimement contestée par les historiens, les juristes et les politiques » (l’hebdomadaire EDJ du 27 juin-3 juillet 1996) ; Alain Peyrefitte, ancien ministre de la justice ; l’Académie des sciences morales et politiques (octobre 1996) ; Jacques Caritey (Revue administrative) ; le philosophe Paul Ricoeur ; Michel Houellebecq et Alain Robbe-Grillet ; Robert Ménard (Reporters sans frontières) ; Ivan Rioufol (Le Figaro). Selon un sondage Sofres/UEJF de janvier-février 2002, 51 % (contre 48 %) des jeunes de 15 à 24 ans estimeraient que « chacun peut penser comme il veut ».

   Robert Faurisson me reprocha (entre autres choses...) de n'avoir pas pris en compte le fait qu'un certain nombre de ces personnes avaient depuis changé d'avis (tout comme Robert Badinter qui en 1982 reconnaissait la liberté de critiquer l'homosexualité et par la suite approuva la création du délit d'homophobie par la loi Halde du 30 décembre 2004) ; je prends cela en compte, mais plutôt que d'accabler ces personnes, je cherche à les persuader à nouveau du caractère liberticide et obscurantiste de la loi du 13 juillet 1990, comme de la loi sur le génocide arménien heureusement retoquée, elle, par le Conseil constitutionnel le 28 février 2012.


19 - Le documentaire " Autopsie d'une mensonge : le négationnisme " de Bernard Cohn et Jacques Tarnero, sorti en janvier 2001,  dénonce, selon l'AFP, le révisionnisme et la négation de la Shoah, « une théorie qui a été médiatisée notamment avec l'affaire Faurisson et qui se banalise aujourd'hui via Internet ». Il contient des interviews du réalisateur Claude Lanzmann, des journalistes Yvan Levaï et Alain Finkielkraut, de l'écrivain Tahar Ben Jelloun, du sociologue Jacques Tarnero ou encore de l'historien palestinien Elias Sanbar, mais pas un seul historien de la seconde guerre mondiale, semble-t-il.

20. - Enfin, cette loi Gayssot aboutit à des situations ubuesques : demande de huis-clos pour juger les auteurs d’écrits révisionnistes (afin que le délit ne soit pas à nouveau commis ...), mise en cause de publications pour la seule mention de l’existence du révisionnisme (Quid 2002 et Quid 2003). Le statut du révisionnisme tend à rejoindre celui de la sodomie au Moyen Âge, péché dont il ne fallait pas prononcer le nom. Ceci montre que les dispositions antirévisionnistes sont de caractère très archaïque.

21. - En ce qui concerne le Quid 2003, je déplore le retrait injustifié (et inefficace), sous la pression, de l’estimation du nombre des victimes par Robert Faurisson pour Auschwitz-Birkenau : « 150 000 en tout (dont environ 100 000 Juifs, la plupart morts du typhus) » ; cette estimation fermait une fourchette qui s’ouvrait avec l’estimation haute de 9 000 000 (film Nuit et Brouillard, 1955), le Quid proposant pour sa part le chiffre de 1 200 000. La raison de ce retrait ne peut être la caution d’ « historien sérieux » par là accordée à Faurisson puisque les auteurs de la vingtaine d’autres estimations n'étaient pas tous des historiens patentés de la seconde guerre mondiale, loin de là, et que l’estimation du pharmacien de banlieue Jean-Claude Pressac (630 000 à 710 000 victimes) est elle aussi contestée par des publications juives. D’autre part, ce retrait supprimait l’intérêt de tout le passage introduit par la mention « D’autres chiffres ont circulé » (page 703c). Mieux aurait valu, pour la cohérence du texte, supprimer tous ces chiffres et s’en tenir à la seule estimation du Quid, soit 1 200 000 morts. Mais c’est alors toute la cohérence du projet encyclopédique, « Tout sur tout », qui aurait été réduite à néant. Sans parler de la confiance des lecteurs qui virent les éditions Robert Laffont céder à une orthodoxie communautariste. Aux vingt chiffres cités pour le nombre de victimes à Auschwitz, page 703c, on pourrait d’ailleurs ajouter :

- 5 000 000 (L’Humanité, 24 avril 1945)
- 7 000 000 de juifs (abbé Hénocque, 1947)
- plus de 4 000 000 (Encyclopédie Castermann, 1977)
- au moins 1 000 000 (Encyclopaedia Universalis, 1989)
- 1 100 000 à 1 500 000 (Franciszek Piper, 1990)
- 775 000 à 800 000 (Jean-Claude Pressac, Les Crématoires d'Auschwitz. La machinerie du meurtre de masse, Paris : CNRS Éditions, 1993 ; ouvrage adapté de : Technique and Operation of the Gaz Chambers, New York : Foudation Beate Klarsfeld,  1989). 

22. - Plutôt que d’aller vers l’abrogation, le député UDF François Rochebloine osa proposer de renforcer la loi Gayssot en interdisant la contestation de tous les crimes contre l’humanité (Proposition de loi n° 479, décembre 2002, XIIe législature), et reprocha, dans l’exposé des motifs, à la propagande "négationniste" de contester la déportation ; or les révisionnistes n’ont jamais contesté la déportation, ni d’ailleurs l’existence des camps de concentration, comme l’affirma mensongèrement le journaliste Franz-Olivier Giesbert.

On peut reprocher bien des choses aux révisionnistes, notamment leur alliance avec les islamistes contre Israël ( " Le révisionnisme sera notre Intifada " écrivit Robert Faurisson), ou leurs liens avec des nostalgiques du totalitarisme nazi, mais pas cela.

23. - La condamnation à six mois de prison de l’éditeur Jean Plantin (révocation du sursis d’une condamnation antérieure), venant après l’annulation rétroactive de ses diplômes, donne raison à Emmanuelle Duverger et Robert Ménard (tout nouveau maire de Béziers) lorsqu’ils écrivaient : « Les révisionnistes [...] font l’objet d’une véritable chasse aux sorcières » (La Censure des bien-pensants, Paris : Albin Michel, 2003).

24. - Dois-je rappeler que je n'ai jamais ni cautionné ni condamné ce que l'on appelle les thèses révisionnistes (ou négationnistes). Si les quelques sondages que j'ai effectué dans les écrits de Faurisson, dont je n'ai pas lu la totalité, ne m'ont jamais permis d'y déceler des falsifications (la seule fois où je l'ai pris en défaut, c'est quand il prétendit que la loi Gayssot figurait dans le Code pénal, alors qu'elle a été intégrée à la loi sur la liberté de la presse), je ne suis pas germanophone, ni historien, et encore moins historien de la Seconde guerre mondiale. Je ne revendique que la liberté pour l'histoire, liberté revendiquée par de nombreux historiens et juristes comme je l'ai dit ailleurs.

Dans la revue créée par Raymond Aron Commentaire, n° 80, hiver l997-98, les historiens Ernst Nolte (né en 1923) et François Furet (1926-1997) s’accordaient sur la légitimité de ce débat. Leur correspondance a été publiée sous le titre Fascisme et communisme (Paris : Plon, 1998 ; Hachette Littératures, collection Pluriel, n° 971, 2000).

Le 5 septembre 1996, Nolte écrivit à Furet :

« Il faut répondre aux arguments révisionnistes par des arguments et non en engageant des procès. [...] Je me sens provoqué par [le révisionnisme], et je ne me vois pourtant pas m’associer à ceux qui veulent mobiliser les procureurs et la police contre lui. [...] Je considère comme fondamentalement fausse l’affirmation selon laquelle, si l’essentiel est incontestable, aucune affirmation particulière n’aurait plus besoin d’examen, et tous les doutes ne pourraient provenir que d’intentions mauvaises. Je crois qu’on menace, au contraire, le noyau de la chose, lorsque on veut soustraire l’écorce à la discussion. Non pas certes le caractère factuel de ce noyau, mais le rang et l’importance qu’on lui accorde. »

Ce à quoi François Furet répondit, le 30 septembre 1996 :

« Rien n’est pire que de vouloir bloquer la marche du savoir, sous quelque prétexte que ce soit, même avec les meilleures intentions du monde. C’est d’ailleurs une attitude qui n’est pas tenable à la longue, et qui risquerait d’aboutir à des résultats inverses de ceux qu’elle prétend rechercher. C’est pourquoi je partage votre hostilité au traitement législatif ou autoritaire des questions historiques. L’Holocauste fait hélas partie de l’histoire du XXe siècle européen. Il doit d’autant moins faire l’objet d’un interdit préalable que bien des éléments en restent mystérieux et que l’historiographie sur le sujet n’en est qu’à son commencement. »


25 Commission sur le racisme et le négationnisme à l’université Jean-Moulin Lyon III Rapport à Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale par Henry Rousso
Septembre 2004

Membres de la Commission :
Annette Becker Professeure d’histoire contemporaine à l’université de Paris X-Nanterre
Florent Brayard Chargé de recherche au CNRS (IHTP) (Secrétaire scientifique)
Philippe Burrin Directeur de l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève
Henry Rousso Directeur de l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP-CNRS) (Président)


26 L'appel du 12 décembre 2005
L'appel du 12 décembre 2005, à l'origine de l'association Liberté pour l'Histoire, soutient les principes suivants :
[1] L’histoire n’est pas une religion. L’historien n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant. 
[2] L’histoire n’est pas la morale. L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner, il explique. 
[3] L’histoire n’est pas l’esclave de l’actualité. L’historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n’introduit pas dans les événements d’autrefois la sensibilité d’aujourd’hui. 
[4] L’histoire n’est pas la mémoire. L’historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L’histoire tient compte de la mémoire, elle ne s’y réduit pas. 
[5] L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un État libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’État, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire. C’est en violation de ces principes que des articles de lois successives – notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 – ont restreint la liberté de l’historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu’il doit chercher et ce qu’il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites. Nous demandons l’abrogation de ces dispositions législatives indignes d’un régime démocratique.

27 L’affaire du “point de détail”,
reste un mauvais procès fait à Monsieur Le Pen qui déclara lors du ‘Grand jury’ RTL-’le Monde’ du 13 septembre 1987, en réponse à une question :
« Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu en voir. Je n’ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. »
C’est en consultant des ouvrages d’histoire traitant la question comme un détail qu’il avait pu parvenu à cette conclusion, que l’on peut discuter.

L’expression “chambres à gaz” ne figure pas dans le sommaire détaillé (2 pages) de l’ouvrage de Raul Hilberg The Destruction of the European Jews, publié en 1961, 2e édition 1985 (traductions françaises Fayard 1988 et Gallimard, collection Folio-Histoire, 1991).

On ne trouve rien sur les camps d’extermination, ni sur les chambres à gaz, dans Histoire de la seconde guerre mondiale de Liddell Hart (1970, traduction française Fayard 1973), ouvrage qui figurait en Usuels dans la salle des Imprimés (au fond à gauche) de l'ancienne Bibliothèque Nationale, 58 rue de Richelieu, Paris 2e.

* * * * *

Le manuel Histoire de 1890 à 1945 (Hachette, collection GREHG, classes de première (anciennement "première de rhétorique" ...), 1988), mentionnait les chambres à gaz page 235, en une seule ligne, dans la partie “Cours” : “Après 1942, les chambres à gaz font des camps des usines de mort.” Mais cet ouvrage consacrait quatre lignes au “nylon, ce textile de synthèse mis au point par des ingénieurs de la firme Dupont de Nemours en 1938 et utilisé de façon industrielle pour confectionner les parachutes, avant de conquérir l’habillement et une foule d’autres usages.”

Dans la partie " Documents ", le seul témoignage produit est celui du communiste (et stalinien ) Fernand Grenier sur Dachau (témoignage publié dans L’Humanité du 4 mai 1945), Dachau où ces gazages homicides ont été reconnus inexistants, notamment par Pierre Vidal-Naquet et Madeleine Rebérioux, sans aucune contestation ultérieure.

* * * * *

L’expression “chambres à gaz” ne figurait pas dans le "Thésaurus", index détaillé de l’Encyclopaedia Universalis, publié en 1990.

En 1992, Annette Wieviorka publia Déportation et Génocide chez Plon ; ce livre accorda cinq pages sur 506 à la « question [sic] des chambres à gaz » ; ces cinq pages relèvent d’une partie intitulée « Diversité des situations dans les camps » ; leur contenu n’apportait aucun élément nouveau mais se bornait à reconnaître la fausseté d’un certain nombre d’affirmations et de témoignages : abbé Hénocque, Rovan, Tillion, entre autres.

Les historiens Serge Berstein et Pierre Milza ont eux aussi traité la question comme un détail dans L’Allemagne 1870-1991 (Paris : Masson, 1992, 278 pages, collection " Un siècle d'histoire ") ; on n’y lit en effet que ces quelques lignes :
“Dans l’euphorie des premières victoires en Russie s’ébauche un plan bien plus ambitieux ; la ‘solution finale’, c’est-à-dire l’extermination de tous les juifs européens. Chargé en juillet 1941 de dresser un rapport sur la question, Heydrich fait adopter en janvier 1942 un plan qui entre aussitôt en application : construire des camps où les juifs seront parqués et exterminés dans des chambres à gaz. Dans toute l’Europe commencent les grandes rafles destinées à alimenter les convois qui convergent vers Auschwitz, Maïdenek, Belzc, Treblinka, etc., où périront six millions de juifs.”
* * * * *

Invité sur BFMTV le jeudi 2 avril 2015, le président d'honneur du FN, Jean-Marie Le Pen, réitéra ses propos sur les chambres à gaz, qualifiées de "point de détail de la guerre", qui lui avaient déjà valu d'être condamné, et défendu l'utilité des polémiques dans la progression du FN. Regrette-t-il d'avoir parlé de "point de détail ?", lui a-t-il été demandé par Jean-Jacques Bourdin :
" Ce que j'ai dit correspondait à ma pensée, que les chambres à gaz étaient un détail de la guerre, à moins d'admettre que c'est la guerre qui était un détail des chambres à gaz. Je maintiens ces propos car je crois que c'est la vérité ".
AFP, 24 juillet 2015 : " Jean-Marie Le Pen sera jugé en correctionnelle pour avoir de nouveau déclaré, le 2 avril, que « les chambres à gaz étaient un détail » de la Seconde Guerre mondiale, a appris vendredi l’AFP de source judiciaire.
Le parquet, qui avait ouvert une enquête préliminaire juste après ces propos tenus sur BFMTV-RMC, a cité à comparaître il y a quelques semaines le cofondateur du Front national pour contestation de crime contre l’humanité. "

Le 6 avril 2016, Jean-Marie Le Pen est condamné par la XVIIe chambre correctionnelle du T.G.I. de Paris à 30 000 € d'amende pour contestation de crime contre l'humanité. Appel et cassation à suivre.

" L’ancien président du Front national, Jean-Marie Le Pen, a été condamné mercredi 6 avril à 30 000 euros d’amende pour avoir de nouveau qualifié, il y a un an, les chambres à gaz de « détail » de l’histoire de la seconde guerre mondiale. Le tribunal correctionnel de Paris l’a déclaré coupable de contestation de crime contre l’humanité et a rejeté l’immunité parlementaire qu’invoquait le cofondateur du parti d’extrême droite. " (Le Monde.fr)


Réponse de Robert Faurisson à la première version de mon présent texte :


APPENDICE

Mon contact - qui ne fut jamais un engagement - avec les révisionnistes ne provenait évidemment pas d'un tropisme néo-nazi ..., plus simplement d'une rencontre lors d'une assemblée générale de l'Union des Athées, à Paris, en juin 1987, à un moment où cette association tenta, sans succès, d'exclure Robert Faurisson. C'est alors que j'ai dû proposer un premier texte sur la liberté d'expression, devenu le chapitre V, "Réflexions sur la liberté de s'exprimer", de mon opuscule auto-édité en 2002 La Connaissance ouverte et ses ennemis.

Depuis, je l'avais revu deux ou trois fois à Paris, ainsi que sa sœur, dont une fois à la XVIIe chambre correctionnelle où j'ai pu entendre les quatre heures d'explications de RF ; j'étais venu pour ça, pour défendre la liberté d'expression et non pour soutenir des thèses sur lesquelles, comme déjà dit, je ne prenais pas parti (cf § 22 ; certains semblent incapables de faire cette distinction voltairienne). Entendu aussi la fameuse réplique du président Grellier, au début de l'audience : "Si vous ne vouliez pas qu'il s'explique, il ne fallait pas le poursuivre" qui restera dans les annales des procès à la mode de Moscou 1936-1938. La partie civile demandait en effet un huis-clos qu'elle n'obtint pas (cf plus haut, § 18) ; c'était le 21 ou 22 mars 1991.

Si on ne lit pas mes deux textes contestés, (le premier en date intitulé "Savoir raison garder" -- ce titre étant un hommage très partiel à François Mauriac, seulement pour son attitude mesurée dans l'affaire Pompidou-Delon), on ne peut pas comprendre.

Pour faire vite, 1 - je ne me considère pas comme révisionniste ou négationniste ; et, 2 - Les révisionnistes ou négationnistes ne m'ont pas considéré comme un des leurs, seulement comme quelqu'un qui promeut une totale liberté d'expression. Il est vrai, comme l'écrivit Jacques Derrida, que « l'accusation [de révisionnisme] est désormais à la disposition du premier venu qui n'entendrait rien à [la] nécessité critique » (Spectres de Marx, page 172, note 1) et les premiers venus sont légion ...

À la demande de la sœur de Faurisson, Yvonne Schleiter, j'ai donné en 1990 à la Revue d'Histoire Révisionniste (1990-1992) un second texte, une étude sur " Gide et les rumeurs " qui était déjà prête (refusée par le Bulletin des Amis d'André Gide) et qui me tenait à cœur ; il a paru dans le n° 3, novembre 1990-janvier 1991, donc peu après l'adoption de cette "loi Gayssot" contre laquelle je voulais faire quelque chose, d'où cet article méthodologique, insistant sur la nécessité de travailler pour tirer au clair la vérité ou la fausseté des rumeurs, et manifestant implicitement, dans le sens de la prise de position ultérieure de Dworkin sur le partenariat démocratique, le refus de rejeter les révisionnistes ou les supposés tels dans un no speech's land. Pour certains internautes adonnés à la Vigilance, ce simple refus était encore de trop. C'est aussi à cette époque qu'YS me communiqua aimablement un exemplaire du numéro de la revue dans laquelle figurait l'article de Bernard Notin (voir plus haut, § 13).

Mon travail dans le domaine de l'histoire de l'homosexualité et mon action en faveur de la liberté de l'homosexualité à la fin des années 1970 m'ont souvent permis de constater que des informations utiles, voire uniques, se trouvaient dans des écrits hostiles à l'homosexualité ; d'une manière générale, les argumentations contradictoires renferment des informations complémentaires ; lire avant de critiquer est donc un impératif méthodologique.

Je n'étais en revanche pour rien dans la mise sur Internet de ces textes par le site de Zundel (lebensraum), que j'ai apprise début décembre 2000 par un mail de l'informaticien responsable du site des "lecteurs" de La Campagne de France de Renaud Camus ; je ne connaissais absolument pas pas ce site lebensraum (espace vital, donc connotation néo-nazie). J'ai bien sûr demandé à ce que ces articles soient retirés de ce site ; je ai depuis repris et développé le second en deux parties, qu'on peut lire dans ce blog, quasiment textuellement pour la première, sous les titres André Gide et la rumeur des "mains coupées" et avec beaucoup de compléments pour la seconde À vrai lire ...

Que j'ai accepté de publier ce texte dans la RHR, et le premier, " Savoir raison garder" en 1987, dans les Annales d'histoire révisionniste (1987-1990), n° 3, automne-hiver 1987 ne fait donc pas de moi un « négationniste ». Je m'en étais déjà expliqué avec Mlle Valérie Igounet, lorsqu'alors en maîtrise d'histoire, elle était venue m'interviewer à mon domicile parisien, en février 1996. Elle avait alors reconnu que "les révisionnistes ont fait progresser l'historiographie". Relisant sa transcription de cet interview, j'avais pu constater que mes "or" étaient systématiquement transcrits "hors" ... aujourd'hui pour nos médias, c'est une "historienne" ...