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lundi 4 novembre 2019

INDEX NIETZSCHE (12/16) : KNABENLIEBE, PÉTRONE

Les entrées "Amour", "Grecs" et "Sexualité" du Dictionnaire Nietzsche 2017 passent complètement sous silence les réflexions de Nietzsche sur l'amour grec, notamment sous les termes Eros (27 occurrences selon la fonction search de nietzschesource.org), Päderast* (12), Knabenliebe (3) uranischen (1) et Petronius (18).

De janvier 1908 :
Passages relatifs à l'uranisme, l'homosexualité, et apparentés dans les œuvres de Frédéric Nietzsche

Publié pages 39 à 46 dans
Article lu à la Bibliothèque nationale vers 1980, ce qui est à l'origine lointaine de la présente page.

* * * * *

Mes notes de lecture des passages relatifs à l'homosexualité masculine dans les écrits de Nietzsche :

Fragments posthumes, 1869-1871,

P II 1b, automne 1869 : 1[52] : " Le plus haut que l’éthique consciente des Anciens ait atteint, c’est la théorie de l’amitié. " [Das Höchste, was die b e w u ß t e Ethik der Alten erreicht hat, ist die Theorie der Freundschaft: dies ist gewiß ein Zeichen einer recht queren Entwicklung des ethischen Denkens, dank dem Musageten Sokrates!]
Ce passage a très certainement inspiré Michel Foucault pour les volumes 2 et 3 de son Histoire de la sexualité (Paris : Gallimard, 
Montaigne : " En fin tout ce qu'on peut donner à la faveur de l'Académie, c'est dire que c'était un amour se terminant en amitié : chose qui ne se rapporte pas mal à la definition Stoïque de l'amour. " (Essais, I, xxviii).

1[81] : " Influence des femmes. Sur l'ancienne scène anglaise c’était des garçons qui jouaient les rôles de femmes et c’est précisément cette institution pudique et morale à l’origine qui poussa la mise en scène jusqu’à l’indécence la plus outrée. " [Cf Montesquieu, Voyage de Gratz à La Haye, I, vii : « À Rome, les femmes ne montent pas sur le théâtre ; ce sont des castrati habillés en femmes. Cela fait un très mauvais effet pour les mœurs : car rien (que je sache) n’inspire plus l’amour philosophique aux Romains. » André Gide citait ce passage de Montesquieu dans le troisième dialogue de Corydon.]

P I 14b, hiver 1869-1870 - printemps 1870 : 2[4] : idéalisation de la pulsion sexuelle chez Platon [Banquet].

P I 15a, hiver 1869-1870 - printemps 1870 : 3[73] : Socrate et l’instinct.

I. Sur l’éthique
Concept de l’amitié. Pulsion sexuelle idéalisée.

U I 2b, fin 1870 - avril 1871 : 7[76] : Il faut mentionner aussi la pédérastie des Anciens comme une conséquence nécessaire de cette surcharge de la pulsion [dionysiaque]. [Auch die Päderastie der Alten ist zu erwähnen, als eine nothwendige Konsequenz jener Überladung des Triebes.]

U I 5a, hiver 1870-71 – automne 1872 : 8[73] : Φίλία et παιδεία, point de départ de Sappho : l’érotique [Erotik] en rapport avec l’éducation.


Naissance de la tragédie, 1871,


§ 15 : Qui sont ceux, se demande-t-on, qui, sans autre titre qu'un éclat historique éphémère, des institutions ridiculement bornées, une valeur morale douteuse, et dont le nom même est employé pour désigner des vices détestables [wer sind jene, fragt man sich, die, obschon sie  nur eine zweifelhafte Tüchtigkeit der Sitte aufzuweisen haben und sogar mit hässlichen Lastern gekennzeichnet sind, doch die Würde und Sonderstellung unter den Völkern in Anspruch nehmen]


Fragments posthumes, 1871-1875,

P II 8b, été 1871 - printemps 1872 : 16[18] : la nature grecque sait utiliser toutes les propriétés fécondes : [...] les pulsions non naturelles dans l'éducation du jeune homme par l'homme mûr.

16[42] : Toute inclination, amitié, amour a en même temps quelque chose de physiologique. Nous ne savons rien du tout sur le niveau de profondeur et de hauteur qu'atteint la physis. [Alle Neigung, Freundschaft, Liebe zugleich etwas Physiologisches. Wir wissen alle nicht, wie tief und hoch die Physis reicht.]

16[43] : Éros et culture des amis. [Eros und Bildung der Freunde.]

Mp XII 5, fin 1874 : 38[2] : le vautour parle seul et raconte : je suis le vautour de Prométhée et, par le plus étrange concours de circonstances, je suis libre depuis hier. Lorsque Zeus me donna l’ordre de dévorer le foie de Prométhée, il voulait m’éloigner parce qu’il était jaloux à cause de Ganymède.

Mp XIII 6b, mars 1875 : 3[52] : Il faut détourner les yeux de l’absurdité moderne et regarder en arrière – beaucoup de ce qui est repoussant dans l’Antiquité paraît alors comme d’une profonde nécessité.

3[74] : Points de vue principaux sur la future mise en valeur de l’Antiquité.

1) Ce n’est pas pour les jeunes gens, parce que cela montre l’homme avec une certaine impudeur.

U II 8b, printemps-été 1875 : 5[50] : Il y a des choses que l’Antiquité enseigne, et sur lesquelles je ne voudrais pas m’exprimer ouvertement à la légère.

5[59] : Grecs et philologues

Les Grecs honorent la beauté

libre virilité

5[166] : Sur la religion

I Dans l’Antiquité, l’amour sexuel saisi par Empédocle à l’état pur.

5[172] : Qui sait qu’il y a des connaissances de l’Antiquité qu’on ne peut pas communiquer aux jeunes gens ! [wer weiß, daß es Erkenntnisse des Alterthums giebt, die Jünglingen unmittheilbar sind!]

U II 8c, été ? [Sommer?] 1875 : 6 [3] : " Socrate, pour l’avouer une bonne fois, m’est si proche que j’ai presque toujours un combat à livrer avec lui. " [Socrates, um es nur zu bekennen, steht mir so nahe, dass ich fast immer einen Kampf mit ihm kämpfe.]


U III 1, été 1875 : 9[1] : V. L'amour.
[...] Opposition vraie pour tous les temps et pour tous les peuples de l'Aphrodite ouranienne et de l'Aphrodite pandémienne. [Gegensatz der uranischen und pandemischen Aphrodite für alle Zeiten und Völker richtig. ]
[...] L'amitié sensuelle, dans sa forme irréprochable, dont on ne connaît pratiquement aujourd'hui que la déformation. |[Die sinnliche Freundschaft in untadelhafter Gestalt, deren Verzerrung jetzt fast nur bekannt ist.]
[...] L'amour n'est pas seulement objectivé comme Aphrodite, mais aussi comme Éros : Éros n'est nullement l'idéal de l'amour de la femme pour l'homme, mais l'idéal de cette deuxième forme. Il apparaît qu'il y a une proche parenté entre le féminin et la première fleur de l'autre sexe : et toutes les fois que la différence d'âge ou de caractère produit un contraste semblable à celui de l'homme et de la femme, ce contraste peut aussi bien nourrir une expression dans la sensibilité. Dühring rappelle les amitiés de la toute première jeunesse, avec leur caractère sensuel ; la différence d’âge minime, les natures fortement différentes. D’après [Eugen] Dürhing [Der Werth des Lebens, V " Die Liebe ", 5, von der sogennanten Griechischen Liebe [...] die Erotische Liebe bei den Griechen] les rapports, dans un âge plus avancé, doivent être ou bien des dégénérescences d’une pulsion naturelle, ou bien le lien d’une inclination qui dure depuis la première jeunesse.
[Die Liebe nicht nur als Aphrodite, sondern auch als Eros objektivirt: Eros ist keineswegs das Ideal der Liebe des Weibes zum Manne, sondern das Ideal jener zweiten Gestalt. Es scheint die nahe Verwandtschaft des Weiblichen mit der zarten Blüthe des andern Geschlechts: und überall wo durch Alter- oder Charakterverschiedenheit ein Gegensatz besteht wie zwischen Mann und Weib, möchte er in der Empfindung auch wohl einen Ausdruck erhalten. Dühring erinnert an die Freundschaften der allerersten Jugend mit sinnlicherem Charakter; der Alters-Unterschied gering, die Naturen stark verschieden. Die Beziehungen im vorgerückten Alter sollen nach Dühring entweder Entartungen eines Naturtriebes oder das von der frühesten Jugend an gebliebene Band der Zuneigung sein.]
L'amour Érotique prouve l'exaltation du sentiment, indépendamment du but naturel. [Die Erotische Liebe beweist die Überschwänglichkeit des Gefühls unabhängig vom Naturzweck.]


Lettre à Erwin Rohde, 23 mai 1876,

Erwin Rohde avec Carl von Gersdorff et Friedrich
Nietzsche en octobre 1871 à Naumburg (Saale)

" Je trouve remarquable que tu dises si peu sur les rapports pédérastiques [...] C'est sur ce fond que se sont éveillées l'idéalisation d'Éros et les sensations plus pures et plus ardentes de l'amour passion [...] transfert sur l'amour des sexes [...] L'Éros, à la meilleure époque, est l'Éros pédérastique. " [Aufgefallen ist mir, daß Du von den päderastischen Verhältnissen so wenig sagst: und doch ist das Idealisiren des Eros und das reinere und sehnsüchtigere Empfinden der Liebespassion bei den Griechen zuerst auf diesem Boden gewachsen und wie mir scheint, von da aus auf die geschlechtliche Liebe erst übertragen worden, während es ihre (der geschlechtl Liebe) zartere und höhere Entwicklung früher geradezu hinderte. Daß die Griechen der älteren Zeit die Männererziehung auf jene Passion gegründet haben und so lange sie diese ältere Erziehung hatten, von der Geschlechtsliebe im Ganzen mißgünstig gedacht haben, ist toll genug, scheint mir aber wahr zu sein. Auf Seite 70 und 71, glaubte ich, Du würdest an diese Dinge erinnern müssen. Der Eros, als πάθος der καλῶς σχολάζοντες, in der besten Zeit ist der päderastische: Die Meinung über den Eros, die Du „einigermaßen verstiegen“ nennst, nach der das Aphrodisische am Eros nicht wesentlich, sondern nur gelegentlich und accidentiell ist, die Hauptsache eben φιλία ist, kommt mir nicht so ungriechisch vor.]


Fragments posthumes, 1876,

M I 1, septembre 1876 : 18[42] : Der Mensch ist dazu bestimmt entweder Vater oder Mutter zu sein, in irgend welchem Sinne. [Cité par Römer, 1908].


U II 5c, octobre-décembre 1876 : 19[38] : Bei der Wahl zwischen einer leiblichen und geistigen Nachkommenschaft, hat man zu Gunsten letzterer zu erwägen, daß man hier Vater und Mutter in Einer Person ist und daß das Kind, wenn es geboren ist, keiner Erziehung mehr, sondern nur der Einführung in die Welt bedarf. [Cité par Römer, 1908].

19[112] : " La pédérastie grecque n'est pas contre nature, sa causa finalis étant, d'après Platon, d' engendrer de beaux discours. " [Platon, Banquet ou Symposium, 206b-210a]. [Die griechische Päderastie nicht unnatürlich, deren causa finalis, nach Plato, sein soll, „schöne Reden zu erzeugen“.]


Humain, trop humain, 1878,

V " Caractères de haute et basse civilisation ", § 259 "Une civilisation virile" : " Les rapports érotiques entre hommes et adolescents furent, à un degré qui échappe à notre compréhension, l'unique et nécessaire condition de toute cette éducation virile [...] jamais jeunes gens ne furent sans doute traités avec autant de sollicitude, d'affection et d'absolu respect du meilleur d'eux-mêmes (virtus) qu'aux VIe et au Ve siècles [avant notre ère]. " [Cité par Römer, 1908]


Fragment posthume, 1878,
N III 5, automne 1878 : [4] : Il y a bien des choses que l’homme fait peut ne pas cacher aux hommes comme lui : mais il songe avec douleur aux jeunes gens que sa sincérité pourrait troubler, détourner du bon chemin : et ce d’autant plus qu’ils auront été jusqu’alors habitués à écouter la parole de leur maître et guide. Alors, pour ne pas gêner leur formation, il ne lui reste plus qu’à s’éloigner d’eux à fond et avec dureté, à leur jeter à eux-mêmes les rênes de son influence sur eux. À eux de se rester fidèles contre lui. Ainsi, ils lui resteront fidèles sans le savoir.


Opinions et sentences mêlées, 1879,

§ 218. Les Grecs interprètes. : " Les Grecs facilitent à l'homme moderne la communication de bien des choses difficilement  communicables et qui font réfléchir. " [So erleichtern die Griechen dem modernen Menschen das Mittheilen von mancherlei schwer Mittheilbarem und Bedenklichem]


Le Voyageur et son ombre, 1879,

§ 225 : « La licence à Athènes.
Même quand le marché aux poissons d’Athènes eut trouvé ses penseurs, ses poètes, la licence grecque continua à garder un air plus idyllique et raffiné que n’en eurent jamais la licence romaine ou allemande. La voix claironnante de Juvénal y eût sonné creux ; un rire gentil et presque enfantin lui eût répondu. »

Fragments posthumes, 1880-1881,


N V 3, été 1880 : 4[72] : Pour celui qui tient Éros pour autre chose qu’un démon sauvage insatiable crapuleux (pour un Anacréon), la chasteté n’aura en soi rien de particulièrement vénérable. [Wenn ein Mensch, dessen Leben voll von Ehebruch und Unzucht ist, die Keuschheit verherrlicht, so hat er allen Grund dazu: denn mit derselben wäre sein Leben viel würdiger gewesen; er kennt den Eros nicht anders als einen wilden unersättlichen wüsten Dämon. Aber für wen er etwas anderes ist (für einen Anacreon), für den wird auch die Keuschheit nichts so Verehrungswürdiges an sich sein.]

N V 4, automne 1880 : 6[138] : Celui qui pense et sent en dehors de la norme [Wer sehr abweichend denkt und empfindet, geht zu Grunde, er kann sich nicht fortpflanzen.]

6[141] : Die Zeugung ist eine oft eintretende gelegentliche Folge einer Art der Befriedigung des geschlechtlichen Triebes: nicht dessen Absicht, nicht dessen nothwendige Wirkung. Der Geschlechtstrieb hat zur Zeugung kein nothwendiges Verhältniß: gelegentlich wird durch ihn jener Erfolg mit erreicht, wie die Ernährung durch die Lust des Essens. [Cité par Römer, 1908].

N V 6, fin 1880 : 7[150] : " Tant que vous trouverez la beauté chez Apollon, vous devrez chercher la morale qui lui correspond : cette beauté ne s’accorde pas avec la morale chrétienne ! " [So lange ihr die Schönheit im Apollo findet, müßt ihr die dazu gehörige Moral suchen: jene Schönheit paßt nicht zur christlichen!]

N V 5, hiver 1880-1881 : 8[19] : Ne parler morale qu’à ceux qui se sont familiarisés avec le mode de vie d’un grand nombre d’animaux. [Nur zu solchen über Moral zu sprechen, welche sich mit der Lebensweise vieler Thiere vertraut gemacht haben.]
[26] : Naturel-antinaturel - ce n'est rien ! Les Grecs ont élevé l'amour entre individus du même sexe au plus haut degré d'idéalité ; ils déclaraient même l’amour des garçons [Knabenliebe] bon.
[109] : Mes penchants secrets qui sont après tout ceux de la nature, opposés à certaines affectations de grandeur dont il faut que je me décore, me donnent des ressources infinies pour déjouer les croyances de tout le monde (pour abuser ceux qui prétendent me connaître).


Aurore. Pensées sur les préjugés moraux (1881),


I, § 76 "Croire mauvais, c'est rendre mauvais" : A-t-on le droit de nommer Éros ennemi ! En fait les sensations sexuelles ont ceci de commun avec les sensations de pitié et d'adoration que grâce à elles un être humain fait du bien à un autre en éprouvant du plaisir, - on ne rencontre pas si souvent dans la nature des dispositions aussi bienveillantes !

III, § 164 : "Peut-être prématuré.
Il semble qu'actuellement, sous toutes sortes de noms erronés et trompeurs et la plupart du temps dans une grande confusion, on assiste aux premières tentatives de la part de ceux qui ne sont pas assujettis aux mœurs et aux lois régnantes pour s'organiser et se créer ainsi un droit (a) : tandis que jusqu'ici, décriés comme criminels, libres penseurs, immoralistes [Unsittliche] (b) et canailles, ils vivaient en hors-la-loi, corrompus et corrupteurs, en proie à la mauvaise conscience.
[...] Les non-conformistes qui sont si fréquemment les individus inventifs et féconds ne doivent plus être sacrifiés ; il faut même cesser de considérer comme ignominieux le fait de ne pas se conformer à la morale, en actions et en pensées ; il faut procéder à un grand nombre d'expériences nouvelles de vie et de communauté ; il faut éliminer du monde un énorme fardeau de mauvaise conscience – ces objectifs universels devraient être reconnus et poursuivis par tous les gens loyaux qui cherchent la vérité !" [Vielleicht verfrüht. — Gegenwärtig scheint es so, dass unter allerhand falschen irreführenden Namen und zumeist in grosser Unklarheit von Seiten Derer, welche sich nicht an die bestehenden Sitten und Gesetze gebunden halten, die ersten Versuche gemacht werden, sich zu organisiren und damit sich ein Recht zu schaffen: während sie bisher, als Verbrecher, Freidenker, Unsittliche, Bösewichte verschrieen, unter dem Banne der Vogelfreiheit und des schlechten Gewissens, verderbt und verderbend, lebten. […] Die Abweichenden, welche so häufig die Erfinderischen und Fruchtbaren sind, sollen nicht mehr geopfert werden; es soll nicht einmal mehr für schändlich gelten, von der Moral abzuweichen, in Thaten und Gedanken; es sollen zahlreiche neue Versuche des Lebens und der Gemeinschaft gemacht werden; es soll eine ungeheuere Last von schlechtem Gewissen aus der Welt geschafft werden, — diese allgemeinsten Ziele sollten von allen Redlichen und Wahrheitsuchenden anerkannt und gefördert werden !] [Cité par Römer, 1908].

a. Allusion à la première phase de la revendication homosexuelle allemande, entre 1864 et 1880, avec K. H. Ulrichs, K. M. Benkert (créateur en 1869 du néologisme Homosexualität) et Heinrich Marx (ce dernier auteur de Urningsliebe. Die sittliche Hebung des Urningthums und die Streichung des § 175 des deutschen Strafgesetzbuchs, 1875, où il demandait le droit au mariage).
Cette revendication, qui fut formulée à l'aide des termes uraniste (Urning), troisième sexe (drittes Geschlecht, tous deux dus à Ulrichs) et homosexualité (Homosexualität, dû à Benkert), attira dès 1869 l'attention de Karl Marx et les sarcasmes de Friedrich Engels :
« C'est un bien curieux Urning [le petit livre Argonauticus d'Ulrich] que tu m'as envoyé. Ce sont là des révélations tout à fait contre nature. Les pédérastes se mettent à se compter et ils trouvent qu'ils constituent une puissance [Macht] dans l'État. Il ne manque plus que l'organisation, mais il apparaît d'après ceci qu'elle existe déjà en secret. Et comme ils comptent déjà des hommes importants dans tous les vieux, et même les nouveaux partis, de Rösing à Schweitzer, la victoire ne peut leur échapper. "Guerre aux cons, paix aux trous-de-cul" [en français dans le texte], dira-t-on dorénavant (1). C'est encore une chance que nous soyons personnellement trop vieux pour avoir à craindre de payer un tribut de notre corps à la victoire de ce parti. Mais la jeune génération ! Soit dit en passant, il n'y a qu'en Allemagne qu'un type pareil peut se manifester, transformer la cochonnerie en théorie, et inviter : introite [entrez, en latin] etc. Malheureusement il n'a pas encore le courage d'avouer ouvertement qu'il est comme ça, et doit toujours opérer coram publico [devant le public] en tant que "du devant", sinon "de l'intérieur du devant", comme il l'a dit une fois dans un lapsus. Mais attends seulement que le nouveau Code pénal de l'Allemagne du Nord reconnaisse les droitsdu cul [en français dans le texte], et il en sera tout autrement. Nous autres pauvres gens du devant, au goût infantile pour les femmes, nous trouverons alors dans une assez mauvaise situation. Si le Schweitzer devait avoir besoin de quelque chose, ce serait de se faire révéler, par cet étrange honnête homme, les données particulières sur les pédérastes hauts placés ; en tant que confrère cela ne devrait pas lui être difficile. »
Lettre à Karl Marx, Manchester [Angleterre], 22 juin 1869, in Marx Engels Werke, Berlin, 1965, tome 32, pages 324-325 [traduit par Cl. C. ; l’année précédente apparaissait le mot allemand Homosexualität].
1. Allusion à la formule de Nicolas de Chamfort : « Guerre aux châteaux ! Paix aux chaumières ! »
Il se trouve que Marx et Engels étaient en relations suivies avec Benkert (personnalité aussi connue de Baudelaire et Proudhon), qu'ils considéraient comme un âne qui pouvait se révéler utile. Cette revendication attira donc l’attention de Nietzsche, qui connaissait également Karl M. Benkert au moins comme traducteur, sous le pseudonyme de Kertbeny, du poète hongrois Petöfi ; voir l'entrée "Petöfi" du Dictionnaire Nietzsche 2017 (dirigé par Dorian Astor).

b. Cf Horace de Viel-Castel : « La Cour [de Napoléon III] est divisée en ce moment en moralistes et en immoralistes. Qui l’emportera ? » (Mémoires sur le règne de Napoléon III (1851-1864), tome 2, 1883, à la date du 6 février 1853). On trouve dans les écrits de Nietzsche 66 occurrences de immoralist(en), la première datant de 1879.


Aurore, III, § 170 Autre perspective du sentiment. : « Qu'est-ce que notre bavardage sur les Grecs ! Que comprenons-nous donc à leur art dont l'âme est - la passion pour la beauté virile nue ! Ce n'est qu'à partir de là qu'ils ressentaient la beauté féminine. » [Cf Stendhal, « Le plaisant, c'est que nous prétendons avoir le goût grec dans les arts, manquant de la passion principale qui rendait les Grecs sensibles aux arts. » Rome, Naples et Florence, à la date du 17 mars 1817].

V, § 503 Amitié. : " Toutes les grandes vertus antiques s'appuyaient sur le fait que l'homme épaulait l'homme et qu'aucune femme n'avait le droit de prétendre constituer l'objet le plus proche, le plus haut et même l'objet unique de son amour, - comme la passion enseigne à le sentir. " [Cité par Römer, 1908]


Fragments posthumes 1881,

M III 1, printemps-automne 1881 : 

11[56] : Auch der Heroismus der Vaterlandsliebe der Treue der „Wahrheit“, der Forschung usw. ist den Anderen höchst gefährlich — sie sind nur zu dumm, das zu sehen! sie würden die unegoistischen Tugenden sonst in den Bann thun, in den die Habsucht der Geschlechtssinn, Grausamkeit Eroberungslust usw. gehören. [...] So wurde die Arbeit , die Armut, der Zins , die Päderastie , zu verschiedenen Zeiten entwürdigt, zu anderen Zeiten ideal gemacht. [Cité par Römer, 1908].
11[97] : "Ce qui a favorisé le GRAND NOMBRE de libres individus chez les Grecs : le mariage non point par besoin de volupté. Exercice et développement de l’art du coït. L'amour des garçons [Knabenliebe] propre à divertir de la vénération des femmes et de leur influence amollissante et de la sorte à éviter la faiblesse, la nervosité excessive des femmes." [voir ci-dessous, W I 2, [362] ]. [Cité par Römer, 1908]

11[123] : Platon entend que l’amour de la connaissance et de la philosophie serait une impulsion sexuelle sublimée.
11[186] : Les législateurs de la Grèce […] favorisèrent l’amour des garçons, d’abord pour prévenir la surpopulation (laquelle engendre des foyers d’inquiétude et de misère, même au sein de la noblesse) ensuite en tant qu’idéal pédagogique propre à l’agŏn : les jeunes gens et les hommes plus âgés devaient demeurer les uns auprès des autres, ne point se séparer et maintenir les intérêts des jeunes gens – autrement l’ambition de plus âgés, isolés de la jeunesse, se fût jetée sur l’État, mais l’on ne pouvait guère s’entretenir des affaires de l’ État avec de jeunes garçons. [Cité par Römer, 1908].

N V 7, automne 1881 : 12[183] : Discipline des Grecs.
Les hommes plus beaux que les femmes. [Züchtung der Griechen.
Die Männer schöner als die Frauen.]
12[220] : Je pourrais les nommer Juvenilia [œuvres de jeunesse] et Juvenalia, ce qui est assez clair je pense, mais dans une latinité qui me fait rougir. Beaucoup d’amour juvénile et de haine juvénile y figurent, de tout genre. [So weit ich etwas von meinen Zeitgenossen weiß, habe ich von Schopenhauer und Wagner den besten Gebrauch gemacht: vielleicht nicht zu ihrem Vortheil, denn ich habe sie um einen Zoll zu tief kennengelernt.
Ich könnte sie Juvenilia et Juvenalia nennen, deutlich genug wie ich meine, aber in einer Latinität, welche mich erröthen macht. Viel Jugendliebe und Jugendhaß ist darin, in allen Arten.]


Le Gai Savoir, 1882, 1887,

I, § 14 : Tout ce qu'on appelle amour. : " Le plus aimable et le plus aimé de tous les Athéniens, Sophocle [...] Il y a bien çà et là sur terre une espèce de prolongement de l'amour dans lequel cette aspiration avide qu'éprouvent deux personnes l'une pour l'autre fait place à un désir et à une convoitise nouvelle, à une soif supérieure et commune d'idéal qui les dépasse : mais qui connaît cet amour ? Qui l'a vécu ? Son véritable nom est amitié. [Cité par Römer, 1908].

II, § 61 : Le sentiment de l’amitié était considéré par l'Antiquité comme le sentiment le plus élevé [das Gefühl der Freundschaft dem Alterthum als das höchste Gefühl galt]
§ 72 : "Chez les animaux, le sexe masculin est considéré comme le beau" [Bei den Thieren gilt das männliche Geschlecht als das schöne.]

IV, § 289 Aux navires ! : " La terre morale aussi est ronde ! La terre morale aussi a ses antipodes ! Les antipodes aussi ont droit à l'existence.
§ 297 Savoir contredire. : le fait de savoir contredire, le sentiment de la bonne conscience dans l'hostilité envers ce qui est habituel, traditionnel et sacré [das Widersprechen-Können, das erlangte gute Gewissen bei der Feindseligkeit gegen das Gewohnte, Ueberlieferte, Geheiligte]


Lettre à Köselitz, 1883 [4) BVN-1883,405 — Brief AN Heinrich Köselitz: 21/04/1883.Wagner ist reich an bösen Einfällen; aber was sagen Sie dazu, daß er Briefe darüber gewechselt hat (sogar mit meinen Ärzten) um seine Überzeugung auszudrücken, meine veränderte Denkweise sei die Folge unnatürlicher Ausschweifungen, mit Hindeutungen auf Päderastie. — Meine neuen Schriften werden an den Universitäten als Beweise meines allgemeinen „Verfalls“ ausgelegt; man hat eben etwas zuviel von meiner Krankheit gehört. Aber das thut mir weniger wehe, als wenn mein Freund Rohde sie als „kalt-behaglich“ empfindet und als „wahrscheinlich sehr zuträglich für die Gesundheit“. — Zuletzt: jetzt erst, nach der Veröffentlichung des Zarathustra, wird das Ärgste kommen, denn ich habe, mit meinem „heiligen Buche“, alle Religionen herausgefordert]


Fragments posthumes, 1882-1885,

N V 9a, juillet-août 1882 : [34] : que sont donc les dérèglements de toute sorte sinon la conséquence de l’insatisfaction qu’éprouvent un si grand nombre aux formes autorisées ?

Mp XVII 1a, été 1883 : 8[6] : À Athènes, les hommes étaient beaucoup plus beaux que les femmes – selon Cicéron : ce serait certainement une conséquence d’un grand effort de beauté accompli sous l’influence de la pédérastie [— In Athen waren die Männer schöner als die Frauen — nach Cicero: dies ist aber wohl eine Folge der großen Arbeit an der Schönheit, unter Einwirkung der Päderastie.].

W I 1, printemps 1884 : [374] : Dans quelle mesure l’être humain est un comédien.
Supposons que l’individu reçoive un rôle à jouer
rôle dans son rapport au sexe qu’il représente
[484] : Les chemins de la liberté
la fréquentation des parias de toute espèce (dans l’histoire et la société)

W I 2, été-automne 1884 : 26[362] : « En Orient et à Athènes, à sa grande époque, on enfermait les femmes, on ne voulait pas de l'imagination dépravée de la femme : c'est cela qui gâte la race, plus que le commerce physique [d’un homme] avec un homme. » [voir ci-dessus, M III 1, 11[97]. [Cité par Römer, 1908].
26[397] : Virgile (trahit sua quemque voluptas) [Bucoliques, II, 65]
26[427] : Pétrone : ciel très clair, air sec, mouvement presto : pas de Dieu niché dans le fumier.

N VII 1, avril-juin 1885 : 34[80] : Grossièreté et délicatesse côte à côte chez Pétrone, chez Horace aussi : c’est ce que je trouve le plus agréable. Cela appartient au goût grec.
34[90] : À l’esprit provençal, qui est resté païen, je veux dire qui n’a pas été « germanisé », on doit la spiritualisation de l’amor de l’amour sexuel tandis que l’Antiquité n’a abouti qu’à une spiritualisation de la pédérastie. [Ich bin feindselig 1) gegen die Entsinnlichung : sie stammt von den Juden, von Plato, der durch Aegypter und Pythagoreer verdorben war (und diese durch Buddhisten) Dem provençalischen Geiste, der heidnisch geblieben ist, ich meine „ nicht germanisch“, verdankt man die Vergeistigung des amor der Geschlechtsliebe: während es das Alterthum nur zu einer Vergeistigung der Päderastie gebracht hat.]. [Cité par Römer, 1908].
34[102] : Le tempo le plus rapide que j’ai trouvé chez un écrivain, c’est chez Pétrone : il court comme un vent rapide et par suite n’est pas lascif ; il est trop gai [lustig] pour cela.

W I 6a, juin-juillet 1885 : 37[8] : [In der alten Welt nämlich herrschte in der That eine andere, eine herrschaftlichere Moral als heute; und der antike Mensch, unter dem erziehenden Banne seiner Moral, war ein stärkerer und tieferer Mensch als der Mensch von Heute: — er war bisher allein „der wohlgerathene Mensch“. Die Verführung aber, welche vom Alterthum her auf wohlgerathene, d.h. auf starke und unternehmende Seelen ausgeübt wird, ist auch heute noch die feinste und wirksamste aller antidemokratischen und antichristlichen: wie sie es schon zur Zeit der Renaissance war.]


Par-delà Bien et Mal (1886),

IV " Maximes et interludes ", § 67 : " L'amour d'un seul est une chose barbare, car il s'exerce au détriment de tous les autres. L'amour de Dieu aussi. [Cité par Römer, 1908]

§ 75 : " Dans un être humain, le degré et la nature de la sexualité se répercutent jusque dans les plus hautes régions de l’esprit. "

§ 168 : " Le christianisme donna du poison à Éros : — il n'en mourut pas, mais dégénéra, en vice. [Das Christenthum gab dem Eros Gift zu trinken: — er starb zwar nicht daran, aber entartete, zum Laster.] [Cité par Römer, 1908]

V " Contribution à l'histoire naturelle de la morale ", § 200 : " ces êtres nés pour vaincre et pour séduire dont Alcibiade et César constituent les plus belles expressions (j’y ajouterais volontiers le premier Européen qui réponde à mon goût, le Holenstaufen Frédéric II), et parmi les artistes peut-être Léonard de Vinci. "

VI " Nous, les savants ", § 209 : " Le fervent amateur de beaux grenadiers bien bâtis qui, alors qu’il était roi de Prusse, donna naissance à un génie militaire et sceptique, et par là, au fond, à ce nouveau type allemand qui vient de s'imposer victorieusement, l’extravagant père du grand Frédéric posséda lui-même sur un point la lucidité et l'heureuse intuition du génie […] Les hommes manquaient et, pour son amer dépit, il soupçonnait son propre fils [Frédéric II] de n’être pas assez un homme. Il se trompait, mais qui ne se serait trompé à sa place ? "


La Généalogie de la morale (1887),
III, § 19 : papiers de lord Byron brûlés par Thomas Moore.


Fragments posthumes, 1886-1888,

Mp XVII 3b, fin 1886 – printemps 1887 : 7[7] : Les chevaliers à l’époque des croisades – enfants robustes [en français dans le texte]. Pour tuer et hurler, des bêtes de proie. Une fois la colère passée, ils retrouvent les larmes et se jettent gaiement au cou les uns des autres, tendrement.
7[20] : Vertu et ironie et perspicacité chez Socrate – chez Platon l’amoureux (pédéraste) [Tugend und Ironie und Scharfsinn bei Socrates — bei Plato der Verliebte (Päderast)]

W II 1, automne 1887 : 9[21] ; À l’honneur des vices
la culture grecque et la pédérastie [Päderastie]
la musique allemande et l’ivrognerie
9[44] : Ce qui n’est loisible qu’aux natures les plus fortes et les plus fécondes, pour rendre possible leur existence – oisiveté, aventure, incroyance, débauche même – tout cela, mis à la portée des natures moyennes, les ruinerait nécessairement.
9[143] : Que l’on prenne comme antidote un livre proprement païen, par exemple Pétrone, où dans le fond rien ne se fait, ne se dit, ne se veut, ne s’estime qui, selon un critère de valeur chrétien et cagot, ne soit péché, même péché mortel. Comparé à lui, le Nouveau Testament demeure le symptôme de la culture décadente et de la corruption – et c’est en tant que tel qu’il a agi, en tant que ferment de décomposition.

W II 2, automne 1887 : [69] : Qu’on lise simplement Pétrone immédiatement après le Nouveau Testament : comme l’on respire, comme l’on chasse loin de soi les miasmes de la maudite momerie !
[93] : est-ce que l’ordure antique n’a pas plus de valeur que toute cette petite sagesse prétentieuse, cette momerie chrétienne ?

W II 3 , novembre 1887 – mars 1888 : [26] : Il semble que toute grande croissance ait besoin de fumier et d’engrais […] le duc de Morny affirmait qu’un vice même pouvait servir en l’occurrence, à savoir la tribaderie. [Cf Journal des Goncourt, 17 mai 1863 : « Morny […] a émis cet axiome qu’un peu de libertinage adoucit les mœurs. Puis de là, à la grande indignation de la Princesse [Mathilde], il a commencé une apologie de la tribaderie, qui donne le goût à la femme, lui apporte son raffinement, l’accomplit. »]

W II 5, printemps 1888 : [157] ; La débauche ne peut être reprochée qu’à celui qui n’y a pas droit ; et presque toutes les passions ont mauvaise réputation à cause de ceux qui ne sont pas assez forts pour les tourner à leur avantage – [Cf Marcel Jouhandeau, « L'homosexualité n'est tolérable que dans l'exception, n'est supportable que si l'on a affaire à une âme, à un être exceptionnels. Les Grecs interdisaient l'homosexualité aux esclaves. Je souhaiterais qu'elle ne soit permise qu'aux Sages. » ("Éthique du péché", Nrf, janvier 1981)].

W II 6a, printemps 1888 : 15[44] : les blasphémateurs, les immoralistes, les indépendants de tout genre, les artistes [...] toutes les classes mal famées
15[60] : nous avons droit à toutes les choses qui étaient jusqu’à présent les plus mal famées
15[104] : Ce qu’il faut entendre par la spiritualisation des désirs de toutes sortes : la satura Menippea de Pétrone [Le Satyricon] en est un exemple classique. On la lit en parallèle avec un Père de l’Église, et on se demande où souffle l’air le plus pur …

W II 7a, printemps-été 1888 : 16[67] : le roi de Bavière, qui était connu comme pédéraste [Päderast], dit un jour à Wagner : « Ainsi vous non plus n’aimez pas les femmes ? elles sont si ennuyeuses … ». [Der König von Bayern, der ein bekannter Päderast war, sagte einmal zu Wagner: also Sie mögen die Weiber auch nicht? sie sind so langweilig…]

W II 9c, octobre-novembre 1888 : [1] : Pétrone : bonne humeur qui saute avec grâce sur toutes les animalités du monde antique, souveraine liberté devant la « morale »


Crépuscule des Idoles (1889),

Divagation d'un "inactuel", § 22 : thèse de Platon [Banquet] : action de la beauté, de la sensualité la plus extrême à la plus haute spiritualité. [Cité par Römer, 1908]

§ 23 : "Platon [...] dit, avec une candeur dont seul un Grec est capable (et jamais un "chrétien") qu'il n'y aurait pas de philosophie platonicienne s'il n'y avait à Athènes de si beaux adolescents : leur vue seule peut plonger l'âme du philosophe dans un vertige érotique qui ne lui laisse de répit qu'elle n'ait semé sur un terrain d'une telle beauté la graine de toutes les grandes choses. Étrange saint, lui aussi [...] La philosophie selon Platon se définirait plutôt comme une joute érotique, développant et intériorisant l’ancienne gymnastique agonale et les conditions qu’elle présuppose ... Qu’est-il en fin de compte sorti de cette érotique philosophique de Platon ? Une nouvelle forme artistique de l’agon grec, la dialectique." [Plato [...] sagt mit einer Unschuld, zu der man Grieche sein muss und nicht „Christ“, dass es gar keine platonische Philosophie geben würde, wenn es nicht so schöne Jünglinge in Athen gäbe: deren Anblick sei es erst, was die Seele des Philosophen in einen erotischen Taumel versetze und ihr keine Ruhe lasse, bis sie den Samen aller hohen Dinge in ein so schönes Erdreich hinabgesenkt habe. Auch ein wunderlicher Heiliger! [...] Philosophie nach Art des Plato wäre eher als ein erotischer Wettbewerb zu definiren, als eine Fortbildung und Verinnerlichung der alten agonalen Gymnastik und derenVoraussetzungen… Was wuchs zuletzt aus dieser philosophischen Erotik Plato’s heraus? Eine neue Kunstform des griechischen Agon, die Dialektik.]. [Cité par Römer, 1908].

§ 45 : généralisons le cas du criminel : imaginons des natures à qui, pour une raison ou pour une autre, l’assentiment de la société est refusé.

§ 47 : À Athènes, du temps de Cicéron, qui en exprime son étonnement [Tusculanes, IV], les hommes et les adolescents surpassaient de loin les femmes en beauté : mais quel travail, quels efforts le sexe masculin ne s’était-il pas imposés à Athènes, depuis des siècles, au seul service de la beauté ! – Il ne faut pas ici se méprendre sur la méthode. Une simple éducation des sentiments et des pensées est presque équivalente à zéro.


L’Antéchrist (1889),
§ 8 : […] comme si, jusqu’ici, l’humilité, la chasteté, la pauvreté, la sainteté en un mot, n’avaient pas fait indiciblement plus de mal à la vie que toutes les abominations et tous les vices …

§ 46 : "j'ai, immédiatement après saint Paul, lu avec ravissement Pétrone, le plus aimable, le plus pétulant des railleurs, dont l'on pourrait dire ce que Domenico Boccacio écrivait au duc de Parme au sujet de César Borgia :  « è tutto festo » – immortellement sain, immortellement gai et accompli ..."

samedi 2 novembre 2019

DICTIONNAIRE NIETZSCHE 2017

Collection Bouquins chez Robert Laffont (32 €) paru en mars 2017 ; ouvrage dirigé par Dorian Astor. Environ 400 entrées classées alphabétiquement, 992 pages.




Face à un ouvrage d'une telle ambition, la première réaction est forcément positive ; ce n'est que progressivement que l'on en décèle les failles. Loin d'avoir un instrument qui nous présente et explique Nietzsche (ce qu'on attendrait d'un Dictionnaire), nous sommes confrontés à un Bouquin comportant, à côté d'articles pédagogiques ou documentés, des exercices de style assez hermétiques, dont un exemple typique à gauche
(de plus, l'Essai d'autocritique y est signalé comme un écrit de 1886, sans indication de ce qu'il s'agit d'un ajout à La Naissance de la tragédie de 1872).


 Forme
La typographie par colonnes est pénible à lire, surtout quand il y a dans le texte abondance de courtes citations, et de références (abrégées mais parfois longues : VMSEM, UIVH, PETG). De même la rubrique " Bibl. " sans retour à l'alinéa. Mais au moins y a-t-il un titre courant en haut des pages, ce qui manque au Dictionnaire Nietzsche de Cécile Denat et Patrick Wotling (Paris : Ellipes, 2013).

Les références des Fragments posthumes sont parfois incomplètes, par exemple col. 349b : M I 1, mais sans le complément 18 (de 18[1] à 18[62]) ou parfois absentes.

Une erreur parmi d'autres : c. 435a : c'est Généalogie de la morale III, § 8, et non II.

On peut regretter qu'ils n'y ait pas au moins quelques photos, que l'on trouvera sur la notice Nietzsche du wikipedia allemand.


Fond
Peu d'entrées s'adressent véritablement aux débutants. C'est un Dictionnaire qui n'explique pas vraiment Nietzsche de façon abordable, par exemple en insistant sur sa conception de l'histoire de la philosophie, mais requiert lui-même souvent des explications, voire un Dictionnaire du Dictionnaire Nietzsche... Comme l'écrivit un critique du Monde, lui même philosophe,
" Ce dictionnaire veut tout : exposer les points de départ, aider à lire, expliquer les conflits d’interprétations, s’adresser aux débutants, aux amateurs éclairés, aux spécialistes… Il s’applique à traiter des concepts de Nietzsche, des auteurs qu’il interprète, des amis qu’il fréquente tout autant que des manières dont on l’a compris ou non. Voilà qui fait beaucoup. Le résultat est utile, évidemment. Passionnant parfois, inégal toujours. " Roger-Pol Droit, lemonde.fr, 23 mars 17.
Critique de Frédéric Pagès dans le Canard enchaîné :



Le souci pédagogique est davantage présent dans le plus sommaire Dictionnaire Nietzsche des philosophes Cécile Dénat et Patrick Wotling (Paris : Ellipses, février 2013), ainsi que dans les entrées dues à ces deux auteurs du DN 2017 ; en voici la liste :

Cécile Dénat : altruisme, aristocratique, atomisme, Considérations inactuelles I - David Strauss, Considérations inactuelles II - De l'utilité... de l'histoire..., Considérations inactuelles III - Schopenhauer, éducation, Grecs, Héraclite, histoire-historicisme-historiens, nature, pitié, Platon, scepticisme, Socrate, Sur l'avenir de nos établissements d'enseignement, Thucydide.

Patrick Wotling : bouddhisme, culpabilité, culture, devenir, élevage, éternel retour, généalogie, hiérarchie, inactuel, nihilisme, pulsion, surhumain, type-typologie, un-unité, valeur, volonté de puissance.

Entrées du Dictionnaire Nietzsche de 2013

Affect, affect du commandement, Altruisme, Amor fati, Apollinien, Apparence (Schein), Aristocratique, noble (vornehm), Art (Kunst)
Bon Européen, Europe
Cause, causalité (Ursache, Ursächlichkeit), Chose (Ding), Civilisation, Concept (Begriff), Connaissance (Erkenntnis), Corps (Leib), Culture
Dionysiaque
Égoïsme (Selbstsucht, Egoismus), Élevage/dressage (Züchtung/Zähmung), Esprit libre (freier Geist), Éternel retour (ewige Wiederkehr), Être (Sein), Explication, expliquer (Erklärung, erklären)
Force (Kraft)
Gai savoir (fröhliche Wissenschaft, gaya scienza, gai saber), gaieté d’esprit (Heiterkeit), Généalogie
Hérédité (Vererbung), Hiérarchie (Rangordnung), Histoire, histoire naturelle (Geschichte, Historie ; Naturgeschichte)
Inconditionné, absolu (unbedingt, absolut), Instinct, pulsion (Trieb), Interprétation (Auslegung, Interpretation)
Législateur, législation (Gesetzgeber, Gesetzgebung)
Matière (Materie, Stoff), Morale
Nihilisme
Pathos, affect, sentiment de la distance Gefühl der Distanz), Philologie, Philosophe, Pitié, compassion (Mitleid), Plaisir/déplaisir, souffrance (Lust/Unlust, Leiden)
Renversement de toutes les valeurs (Umwerthung aller Werthe), Ressentiment
Sens historique (historischer Sinn), Soulèvement d’esclaves (Sklavenaufstand), Spiritualisation (Vergeistigung), Surhumain (Übermensch)
Type, typologie (Typus, Typenlehre)
Valeur, évaluation (Werth, Werthschätzung), Vérité (Wahrheit), Vie (Leben), Volonté (Wille), Volonté de puissance (Wille zur Macht)

* * * * *

Remarques diverses :

Les renvois de concepts à des entrées sont vraiment faits pour des débiles : chasteté renvoyée à sexualité, Messine à Idylles de Messine, etc.


L'entrée " Épicure " (Keith Ansell-Pearson) n'indique pas que c'est très tôt, lors de ses travaux sur Diogène Laërce (à partir de 1867), que Nietzsche découvrit les Lettres et Maximes capitales d'Épicure.


Dans l'entrée " Athéisme " : l'insensé est attribué à saint Anselme par Philippe Choulet ; or c'est déjà dans l'Ancien Testament (Psaumes, XIV, 1).

Dans l'entrée " Femme ", Éric Blondel traduit : " On ouvre un livre écrit par une femme et on soupire : 'Encore une cuisinière ratée !' ".

Plus précisément :
" On ouvre un livre de femme : — et bientôt on soupire "encore une cuisinière égarée ! " Fragments posthumes, 1885, 41[5] [August–September 1885 : " Man schlägt ein weibliches Buch auf: — und bald seufzt man „wieder eine verunglückte Köchin ! “ "]. Le bientôt (Bald) a son importance car il signifie un temps de lecture, excluant un rejet a priori, par préjugé misogyne.

L'entrée " Gide " (Jean-Louis Backès) ignore le recours de cet auteur à Nietzsche pour Corydon... Cas particulier de l'incompréhensible "oubli" du thème de l'homosexualité (voir plus loin " Knabenliebe ").

Dans l'entrée " Fragments posthumes " :

" traces de nombreuses lectures, en particulier françaises (de [Victor] Brochard à Gebhart, de Lagarde à Brunetière et à Féré). "

On trouve dans Les Sceptiques grecs de Brochard des traces de sa lecture de Nietzsche :

Page 48

Page 87

Page 254
Page 260 : " L'ordre [des tropes] adopté par Diogène, d'après un sceptique plus récent, Saturninus ou Théodosius (1), est, à certains égards plus satisfaisant. "
1. Ce serait certainement Théodosius, si on adoptait la correction de Nietzsche indiquée ci-dessus, p. 254 "

Page 318 

Page 327 : Saturninus, contemporain de Diogène Laërce
Page 327


D'où, dans Ecce Homo, 1908 [1888],  [2] " Pourquoi je suis si avisé ", § 3 :
« Une remarquable étude de Victor Brochard [1848-1907], Les Sceptiques grecs [Paris, 1887], qui, entre autres, exploite intelligemment mes Laertiana. [...]  »
Sur Diogène Laërce, voir aussi plus loin ce que j'en dis.


L'entrée " Hésiode " (Jean-Louis Backès) ne fait pas mention des cours donnés par Nietzsche sur Les Travaux et les Jours d'Hésiode en hiver 1869. Ni de la fameuse note sur la hiérarchie des esprits (note qui manque à l'actuelle correction politique...) selon les " trois possibilités hésiodiques ", typologie relevée, après bien d'autres, par Nietzsche (drei Hesiodischen Möglichkeiten, fragments posthumes 1871-1872). Cf ma page

Fac simile :
Les Travaux et les jours, vers 293-297.

Traduction de Nietzsche :
Der ist fürwahr der rechte Mann
Der selber sich berathen kann.
Auch der soll unser Lob empfahn,
Der zwar sich nicht berathen kann,
Doch gerne guten Rat nimmt an.
Doch wer sich nicht berathen kann,
Auch fremden Rath nicht gern nimmt an,
O weh! Das ist ein schlechter Mann!
Verloren hat er und verthan!


Voir les fragments posthumes P I 16b 14[11], printemps 1871 - début 1872 ; et Mp XII 2,  18[3] et 18[4], fin 1871 - printemps 1872).


Dans l'entrée " Leibniz ", col. 536a,
" un philosophe marié est une farce " ; cela traduit
Ein verheiratheter Philosoph gehört in die Komödie, das ist mein Satz
soit plutôt : " un philosophe marié relève de la comédie, c'est ma thèse ".

L'entrée " Schopenhauer " présente cet auteur comme la seule source d'information de Nietzsche en matière d'histoire de la philosophie, oubliant sa rencontre précoce avec les Vies et doctrines... de Diogène Laërce... ; par ailleurs qualifier la philosophie de Hegel de " monument de la pensée " relève de la seule et fort lourde subjectivité d'Éric Blondel.


UN BIAIS IDÉOLOGIQUE.

Je me demande bien ce qui permet à Juliette Chiche (" Croyance ") de conclure que selon Nietzsche, " l'incroyance est une croyance (GS, § 347) ", cc.199b-200a. Faudrait-il nuancer l'athéisme de Nietzsche ?


L'entrée " Islam " (502b-503b) ne prend pas en compte ces trois passages qui prouvent que Nietzsche n'était pas béat devant cette religion :
" Le mahométisme a à son tour appris du Christ : l'utilisation de l'au-delà comme instrument de punition. " (Fragments posthumes W II 5, printemps 1888, 14[204]) 
« Quel est tout ce que, plus tard, Mahomet prit au christianisme ? L'invention de Paul, son moyen de la tyrannie des prêtres, de la formation de troupeaux : la croyance en l'immortalité — cela s'appelle la doctrine du " Jugement ". » (Antéchrist § 42) 
« Le " saint mensonge " est commun à Confucius, aux lois de Manou, à Mahomet, à l'Église chrétienne – : il ne manque pas chez Platon. " la vérité est là " : partout où l'on entend ça, cela signifie que le prêtre ment ... » (Antéchrist § 55)

Knabenliebe 

Les entrées "Amour" et "Sexualité" passent complètement sous silence les réflexions de Nietzsche sur l'amour grec (amour des garçons), ce qui n'est pas sans rapport avec l'absence d'une entrée "Diogène Laërce", auteur fort bavard sur la question dans sa mise en relation des vies et des doctrines.

Précautions et avertissements, peut-être compréhensibles pour une émission télévisée en prime time, surprennent chez des spécialistes, tels l'helléniste normalien Robert Flacelière (1904-1982) se préparant ainsi, en 1960,  à traiter de la pédérastie grecque :
« Si déplaisant que soit le sujet, il est impossible de le passer sous silence. » (L'amour en Grèce, Paris : Hachette, 1960). Avant lui, Pierre-Henri Larcher, annotateur d'Hérodote, écrivant en 1786 : « En voilà assez, et peut-être beaucoup trop, sur cette matière ».
Mais rien d'impossible dans ce Dictionnaire... Nietzsche utilisait notamment les termes Eros (27 occurrences selon la fonction search de nietzschesource.org/#eKGWB), Knabenliebe (3 occurrences)  et Päderast* (12) ; on trouvera mes notes de lecture sur ses réflexions sur ma page

https://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2009/11/knabenliebe-petrone-dans-les-oeuvres-de.html

Dorian Astor eut la gentillesse de me dire : " Il eût été dommage de faire le travail deux fois "...

Entrées dues au germaniste qui dirigea l'ouvrage : Dorian Astor :
Andreas-Salomé, Bülow, Byron, Deussen, Föster, Fritsch, Fuchs, Gersdorff, Heine, Hölderlin, Köselitz [Gast], Lipiner, Liszt, Mushacke, Naumburg, Nietzsche-Carl, Röcken, Romundt, Salis, Schiller, Sils-Maria, Stein, Tribschen, Turin, Wagner-Cosima, Wagner-Richard.

De Philippe Choulet, professeur honoraire :
Allemand, antisémitisme, athéisme, barbarie, classicisme, conscience morale, corps, créateur-création, critique, dette, disciple, droit, État, être, folie, Gai Savoir, génie, guerre, hasard, héros-héroïsme, idéal-idéalisme, illusion, immoraliste, inconscient, incorporation, individu, innocence, Jésus, jeu, judaïsme, législateur, Lumières, Machiavel, martyr-martyre, matérialisme, mémoire et oubli, mensonge, Moïse, monde, Napoléon, nécessité, négation, raison, santé et maladie, science, socialisme, soi, système, Terre, travail, tyran-tyrannie, Vérité et mensonge au sens extra-moral.

De Fabrice de Salies, spécialiste en métaphysiques et ontologies modernes et contemporaines :
Alimentation, Bataille, Bergson, Bismarck, Blanchot, climat, Frédéric II (Hohenzollern) de Prusse, Hegel, Heidegger, Heinze, hindouisme, islam, journalisme, Lagarde, Leibniz, mode, Montaigne, nazisme, Paul de Tarse, peuple, Podach, réaction-réactionnaire, Rome-romain, sacrifice, saint-sainteté, Scheler, Schlechta, Strauss, Strinberg.

D'Éric Blondel, professeur émérite :
L'Antéchrist, Beethoven, Circé, Crépuscule des Idoles, cynisme, Ecce Homo, femme, Fink, Granier, Kaufmann, Luther, Mann, mariage, moralistes français, Mozart, musique, prêtre, psychanalyse, religion, Schopenhauer, sexualité, structuralisme.

De Jean-Louis Backès, professeur émérite :
Archiloque, Aristophane, autobiographies, chaos, Dostoïevski, Ermanaric, Gide, Hésiode, Homère, Œdipe, Pindare, Théognis, 

D'Emmanuel Salanskis, auteur d'un livre sur Nietzsche :
Animal, aryen, fort et faible, Galton, grande politique, Haeckel, hérédité, Roux, sélection, souffrance.

De Juliette Chiche, qui enseigne la philosophie au lycée :
Amitié, amor fati, amour, croyance, dégoût, masque, mépris, pudeur, ressentiment, solitude, vengeance.

De Maria Cristina Fornari, co-éditrice de la Nietzsches persönliche Bibliothek :
Anglais, bibliothèque de Nietzsche, correspondance, darwinisme, démocratie, édition - histoire éditoriale, fragments posthumes, Hobbes, Hume, Mill, positivisme, Spencer, troupeau, utilitarisme.

De Guillaume Métayer, traducteur des poèmes de Nietzsche et de Sandor Petöfi :
Danse, esprit libre, Galiani, Halévy, Idylles de Messine, Lukàcs, Petöfi, poésie, Voltaire.


J'aurais aimé trouver ces entrées :

Antiquité (Alterthum) : 230 occurrences.

Aristote : 154 occurrences pourtant ; mais il y a une entrée sur le roi goth Ermanaric (3 occurrences)...

Conviction (Überzeugung) : 105 occurrences)

Passages les plus notables :
Humain, trop humain, IX " L'homme seul avec lui-même ", § 483 Ennemis de la vérité. Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges. [Feinde der Wahrheit. — Ueberzeugungen sind gefährlichere Feinde der Wahrheit, als Lügen.]
§ 629 De la conviction et de la justice. : on croit au fond que personne ne modifie ses opinions tant qu’elles lui sont profitables, ou du moins qu’elles ne lui font pas tort. Mais s’il en est ainsi, c’est mauvais signe pour la valeur intellectuelle de toutes les convictions.
§ 630 : Conviction = croyance d’être, sur un point quelconque de la connaissance, en possession de la vérité absolue.
L’homme à convictions n’est pas l’homme de la pensée scientifique.
Ce n’est pas la lutte des opinions qui a mis tant de violence dans l’histoire, mais la lutte des croyances dans les opinions [der Kampf des Glaubens an die Meinungen], c'est-à-dire des convictions.
§ 637 : Ce sont les passions qui donnent naissance aux opinions ; la paresse d’esprit les fige en convictions.

Le concept de conviction est  cependant abordé par Paolo d'Iorio à l'entrée " Humain, trop humain I et II ", cc. 470b-471b.


Diogène Laërce (47 occurrences) :

(Voir aussi plus haut le paragraphe consacré à l'entrée " Fragments posthumes ")

L'aperçu remarquable de l'histoire de la philosophie grecque qu'offrent les Vies de Diogène Laërce s'accorde bien avec le goût de Nietzsche pour les vues d'ensemble et les évolutions sur de longues périodes, sans parler de son insistance à lier, après son cher Montaigne, vie et philosophie, liaison qui est pour lui une forme de probité. Selon Nietzsche,
" Il est en fait le portier de nuit de l'histoire de la philosophie grecque : personne ne peut entrer sans que Diogène lui ait donné la clé. " ('Laertius Diogenes und seine Quellen', BAW [Historisch-Kritische Gesammtsausgabe, edited by Hans Joachim Mette and Karl Schlechta, 9 vols. (Munich : C.H. Beck'sche Verlagsbuchhandlung, 1934-1940)] V, page126 (Winter 1868/9) ; référence empruntée à Jonathan Barnes, 1986).
Esquisse de ce que pourrait contenir une telle entrée :
* De Fontibus Diogenis Laertii (Sur les sources de Diogène Laërce) ; partie I: Rheinisches Museum 23, automne 1868, pages 632-653 ; partie II : RhM 24, mars 1869, pages 181-228 ; soit 78 pages.
* " [Hermann] Usener et moi envisageons un corpus sur l'histoire de la philosophie dans lequel je traiterai de [Diogène] Laërce et lui de Stobée, pseudo-Plutarque, etc. "
[Usener nämlich und ich beabsichtigen ein philosophie-historisches corpus, an dem ich mit Laertius, er mit Stobaeus, Pseudoplutarch usw. participire.]
Lettre à Erwin Rohde, Bâle, 16 juin 1869.
* Analecta Laertiana , RhM 25, mars 1870, pp. 217-231 ; soit 14 pages.
* Projet de thèse (mai 1870) abandonné : Beitrage zur Quellenkunde und Kritik des Laertius Diogenes (Contribution à  l'étude et la critique des sources de Diogène Laërce)
Il semble n'exister aucune traduction anglaise ou française de ces 92 pages.
Jonathan Barnes, " Nietzsche and Diogenes Laertius [I-XII] ", Nietzsche-Studien, vol. 15, n° 1, 1986, pages 16-40. Article cité par Marie-Odile Goulet-Cazé dans l'Introduction générale de Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, Paris : LGF, 1999, collection Pochothèque.


Friedrich Nietzsche, Les Philosophes préplatoniciens.

Edition critique établie d'après les manuscrits et présentée par Paolo D'Iorio et Francesco Frontorotta, traduction par N. Ferrans, Paris : Éditions de l'Éclat, 1994.

Chronologia philosophorum, Par Francesco Fronterotta.

3. Valeur historique des sources.
3.3. Diogène Laërce

" Les études achevées et publiées par Nietzsche sur les sources de Diogène Laërce sont au nombre de trois :

La première, écrite sur les encouragements de [Friedrich W.] Ritschl à l'occasion d'un prix universitaire à Leipzig, fut rédigée très rapidement entre la fin de l'année 1866 et l'été 1867, puis publiée dans [...] les Analecta et les Beiträge, qui peuvent être considérés comme une série d'appendices au premier écrit, furent publiées en 1870. (note 10 renvoyant à J. Barnes, 1986).
Dans le De fontibus, Nietzsche mène une recherche soignée sur les sources de Diogène Laërce et sur les modalités selon lesquelles il s'inspire de ses modèles et les utilise, et par conséquent sur la nature de l'œuvre de Diogène Laërce dans son ensemble. Il conclut que l'auteur devait s'être servi, dans son travail, surtout de deux sources qui se détachent des autres par la quantité de citations qui en sont tirées : Dioclès de Magnésie, qui a vécu au Ier siècle avant J.C. ou à la fin du Ier Siècle après J.C., auteur de quelques Vies de philosophes (cité environ 29 fois) et Favorinus d'Arles, qui a vécu au IIe siècle après J.C. et auteur d'une Histoire variée et des Mémorables (cité environ 50 fois).
Mais très tôt, Nietzsche parvient à la conclusion que, des deux sources, Dioclès a la plus grande importance, au point qu'il affirme que " Laetius est Dioclis épitomé " (page 131, 7). C'est-à-dire que l'écrit de Diogène Laërce ne serait rien d'autre qu'un résumé des Vies des philosophes de Dioclès. Cette conclusion s'appuie sur plusieurs arguments.
En premier lieu, l'intégralité de la vie de Démocrite présentée par Diogène Laërce (IX, 34-39), à l'exception des cinq premières lignes, dépendrait exclusivement de Dioclès et c'est encore Dioclès qui serait la source principale des informations sur les Stoïciens au livre VII des Vies de Diogène Laërce et su l'épicurisme au livre X. En second lieu, dans la majeure partie des cas, l'utilisation des sources par Diogène Laërce correspondrait à celle de Dioclès, vis-à-vis de ses propres sources, comme dans le cas de Démétrus de Magnésie et de ses Homonymes, que, selon Nietzsche, Diogène Laërce ne connaissait qu'à travers la médiation de Dioclès. Enfin, la préface des Vies de Diogène Laërce serait tirée directement et intégralement de Dioclès.
En substance, Nietzsche pensait que Diogène Laërce était un poète, et qu'il se serait servi des Vies de Dioclès pour transmettre une sélection de ses épigrammes à la postérité. Il n'est pas possible, ici, de développer entièrement l'argumentation de Nietzsche ni de tenter d'en faire un contrôle exhaustif. On peut néanmoins proposer quelques observations générales.
En réalité, bien que Nietzsche s'efforce de démontrer le contraire, Dioclès semble bien n'être qu'une des sources des Vies de Diogène Laërce. En effet, à l'exception des renseignements sur les Stoïciens du livre VII, 48-83, aucun autre témoignage ne peut lui être attribué avec certitude ; par ailleurs, même la tentative pour reconstituer le rapport entre Dioclès et ses sources (afin de démontrer que les Vies de Laërce ne recourent à d'autres sources qu'à travers Dioclès, source principale), semble absolument sans espoir et aucun des arguments de Nietzsche n'est probant (en particulier, il n'y a aucune raison pour soutenir que les Vies de Diogène Laëce ne connaissaient Démétrius de Magnésie qu'à travers la médiation de Dioclès) ; enfin, même si l'on retenait l'hypothèse interprétative de Nietzsche dans son ensemble, seulement un peu plus de la moitié des Vies de Diogène Laërce pourrait être estimée dépendante de Dioclès.

4. L'analyse philologique des sources
Alors que dans les études sur Diogène Laërce, Sotion et Apollodore sont considérés par Nietzsche comme deux sources parmi d'autres, sans que leur soit donné un relief particulier, dans les Leçons sur les philosophes préplatoniciens et dans les Diadoché des philosophes, la position de Sotion et d'Apollodore devient au contraire emblématique.
[...]
De cette chronologie, Nietzsche se sert à des fins philosophiques et interprétatives bien précises. C'est seulement à condition de supposer un apprentissage de Parménide auprès d'Anaximandre qu'on peut, à son avis, expliquer l'ambivalence du poème parménidien et l'incompatibilité entre ses deux parties : l'une inaugurant la philosophie de l'être et du non-être, l'autre d'origine physico-cosmologique. Selon Nietzsche, il n'y a aucun rapport entre les deux : Parménide aurait conçu et professé deux philosophies différentes. "

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Eros et les dérivés en erot- (64 occurrences). Mais il y a, comme j'ai déjà dit, une entrée sur le roi goth Ermanaric (3)...

Essai d'autocritique : Ce texte ajouté en août 1886 au début de La Naissance de la tragédie à partir de l'esprit de la musique (janvier 1872) aurait mérité une entrée, ainsi qu'une mention dans la chronologie.

Gustave Flaubert : 33 occurrences. Flaubert servit de médiateur entre Nietzsche et la pensée de Sade.

Victor Hugo : (26 occurrences).

Maladie : la question de la nature du mal dont souffrit Nietzsche à partir de 1875 n'est pas abordée.

Pathos : 167 occurrences.

Portofino : (11 occurrences).

Renaissance : (123) occurrences)

Alors que, je le rappelle, il y a une entrée sur le roi goth Ermanaric (3 occurrences)...