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mercredi 25 avril 2018

POLICE DE LA PAROLE ET CORRECTION POLITIQUE


Un des principes de la correction politique : la
déformation doit précéder l'appel à l'indignation.


Voir aussi le groupe facebook
Liberté d'expression....

VOLTAIRE : " Dans Paris quelquefois un commis à la phrase
Me dit : " À mon bureau venez vous adresser ;
Sans l'agrément du Roi, vous ne pouvez penser.
Pour avoir de l'esprit allez à la police ;
Les filles y vont bien sans qu'aucune en rougisse :
Leur métier vaut le vôtre, il est cent fois plus doux. "
Épîtres, À M. Pigal.
Poésies diverses CII, Au roi du Danemark Christian VII sur la liberté de la presse, janvier 1771.

   A - On bute sur la formule "on n’a pas le droit de dire n’importe quoi, de dire des contre-vérités", "il faut une limite à la liberté d'expression". Sont invoqués des "faits historiques" établis pour tout éternité, ou le critère subjectif de l’exercice de l’intelligence et de la décence. Le débat public requiert, pour être politiquement républicain et intellectuellement productif, que l’on ne fasse pas de la vérité des propos, de la qualité du style ou de l'humour, le critère d'un droit à la parole.


A / 1) La vérité est ce qui a résisté à la critique, et non pas ce qui en a été protégé.

   La vérité ou la qualité des propos tenus ne sont pas plus le critère du droit à la parole que l'innocence de l'inculpé n'est le critère du droit à un avocat ET à un jugement en contradictoire selon les règles de droit.

  C'est d'ailleurs ce qui permet l'expression publique des invraisemblables croyances monothéistes, apparues il y a plus de 2 500 ans chez des peuples primitifs et obscurantistes du Moyen-Orient, en Asie actuelle, sur l'axe Nazareth-Jérusalem-Bethléem-Hébron-Médine-La Mecque, et depuis répandues sur la Terre entière. Invraisemblance reconnue par les tenants de la foi, car sans invraisemblance, plus besoin de foi ... « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, [...] », dit la Déclaration... de 1789 et donc notre bloc de constitutionnalité ; même ...

   On n'invoque jamais l'horreur du crime pour supprimer ou limiter ces droits de la défense et le droit à procès en bonne et due forme, appel et recours en cassation, voire recours à la C. E. D. H. . Mais dans le domaine médiatico-politico-intellectuel, il suffit que des propos soient déclarés "inacceptables" par une caste trépignant son indignation, pour que toute argumentation, toute probité, soit abandonnée.
   L’expression « politiquement correct » trouve son origine lointaine dans les milieux marxistes français. Michel Foucault écrivit :
« une pensée politique ne peut être politiquement correcte que si elle est scientifiquement rigoureuse »
Quinzaine littéraire , N° 46, 1er-15 mars 1968 ; date marquante, car début des " incidents " à l'Université de Paris-X - Nanterre.


« Correction politique » présente l'avantage d'exprimer à la fois les aspects normatif et punitif du politiquement correct.


   Arrêt Aussaresses/Orban du 15 janvier 2009, Cour européenne des Droits de l’homme :
« la liberté d’expression vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de « société démocratique ».

A / 2) La liberté d’expression a été bridée

par d'innombrables plaintes d’associations communautaristes accompagnant  ou suivant assez souvent de près des dénonciations de journalistes :

  Edwy Plenel contre Bernard Notin en 1990, Nicolas Weill contre Marc Sautet en juin 1996. Les Inrockuptibles et Marc Weitzmann contre Renaud Camus en avril 2000, Lionel Paoli contre Pascal Sevran ; etc.  Tout récemment, le CCIF contre Ivan Rioufol et Georges Bensoussan.

Venues renforcer la loi Pleven initiale du 1er juillet 1972,



il y a :

La loi n° 90-615 du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe créant un article 24 bis dans la loi sur la liberté de la presse.
la loi Sarkozy/Perben n° 2004-575 pour la confiance dans l'économie numérique du 21 juin 2004,
le décret Perben n°2005-284 du 30 mars 2005 relatif aux contraventions de diffamation, d'injure et de provocation non publiques à caractère discriminatoire,
la loi Hortefeux/Dati n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations
le projet de loi Valls/Cosse/Kanner/Bareigts N° 3679 « Égalité et citoyenneté ». qui, par son côté "loi d'exception" (articles 37 et 39), fit frémir le Conseil d'État. Devenu loi n° 2017-86 du 27 janvier 2017 relative à l'égalité et à la citoyenneté.



NB. La loi Raffarin/Perben n° 2003-88 du 3 février 2003 visant à aggraver les peines punissant les infractions à caractère raciste, antisémite ou xénophobe (proposition de loi de Pierre Lellouche et Jacques Barrot) ne touche pas à la loi sur la liberté de la presse.

Une chronique détaillée des poursuites engagées contre diverses personnalités est tenue sur la page du groupe facebook Liberté d'expression..


A / 3) La liberté d'expression est combattue par l'usage d'un vocabulaire orwellien. Or une telle liberté devrait valoir pour tous, et pour tous les sujets ; à défaut, elle se résume à un privilège. 

   La Déclaration de 1789 affirme l’égalité comme principe d’attribution des droits de l’homme, et la liberté comme le premier de ces quatre droits. Elle fait ensuite une place exceptionnelle, et qui coûta très cher à leurs promoteurs, dont les noms sont hélas trop peu connus (quand auront-ils droit à un hommage officiel ?) aux libertés d’opinion et d’expression :
« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. » Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 10, proposé par Louis de Castellane (1758-1837, emprisonné sous la Terreur) et Jean-Baptiste Gobel (1727 - mort guillotiné le 13 avril 1794).
« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 11, proposé par le duc Louis-Alexandre de La Rochefoucauld d’Enville (1743 - tué le 4 septembre 1792 par des volontaires qui faisaient la chasse aux aristocrates).
Et aussi :
« L’imprimerie et la librairie sont libres. »
Loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 [Jules Ferry], article 1er. [PFRLR, Principe fondamental reconnu par les lois de la République ; concept provenant des jurisprudences administrative et constitutionnelle.]. 
« Le service public de l'enseignement supérieur est laïc et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l'objectivité du savoir ; il respecte la diversité des opinions. Il doit garantir à l'enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique. »
Loi du 26 janvier 1884, article 3, alinéa 1. [PFRLR].
* * * * *

   Certains débats contemporains font penser au dialogue des « représentants de commerce du Peuple » de Jacques Prévert : « – Qu’est-ce que cela peut faire que je lutte pour la mauvaise cause puisque je suis de bonne foi ? – Et qu’est-ce que cela peut faire que je sois de mauvaise foi puisque c’est pour la bonne cause ? » (Spectacle (1949), Représentation). Au besoin, certains s'empresseront de déformer les propos sur lesquels ils appellent à l'indignation. Il y a émancipation de ces polémistes par rapport à la morale, la probité, mais aussi par rapport à la logique et au langage.


   B - Lexique de la correction politique  :

   Une série de termes ont été soit inventés soit détournés pour dénaturer les notions communes, orienter insidieusement le débat et surtout déconsidérer a priori l’adversaire ;  tels homophobie islamophobie et négationnisme ; d’autres ont pris une connotation qui bloque les débats publics. Dans les deux cas, c’est une police primaire de la parole ; Montaigne parlait de "tyrannie parlière"; Voltaire évoque une forme de tyrannie dans ces lignes :
" On n'a jamais fait croire des sottises aux hommes que pour les soumettre. La fureur de dominer est de toutes les maladies de l'esprit humain la plus terrible. [...] Nous devons être jaloux des droits de notre raison comme de ceux de notre liberté. Car plus nous serons des êtres raisonnables, plus nous serons des êtres libres. [...] Le droit de dire et d'imprimer ce que nous pensons, est le droit de tout homme libre dont on ne saurait les priver sans exercer la tyrannie la plus odieuse." (" Lettre XIII à l'occasion des miracles. Adressée par Mr. Covelle à ses chers Concitoyens ", in Collection des Lettres sur les Miracles écrites à Genève et à Neufchatel, 1767). Je remercie le Déclinologue d'avoir indirectement attiré mon attention sur cette Lettre.
Déjà en 1736



La police primaire de la parole génère une police secondaire de la pensée (cf Kant sur la liberté de penser), Ainsi, on pourra reprocher à l'adversaire politique, que la polémique transforme en ennemi, non seulement ce qu'il dit, mais aussi les mots qu'il emploie ; au besoin, on les changera au préalable, la déformation servant admirablement l'indignation.

* * * * * 

Anticommunisme : intimidation ancienne associée à la formule stalinienne : " La gauche s’arrête là où l’anticommunisme commence ". Voir les difficultés insurmontables pour obtenir une journée de commémoration des crimes du communisme (on commence à voir apparaître communistophobe). La première occurrence de ce terme marqué au sceau du totalitarisme semble bien être celle-ci, en 1947 :
« Ma foi l'anticommunisme de Gide, depuis le retour de l'U.R.S.S. ne lui a pas subitement ôté son talent. Gide écrit toujours aussi admirablement. Mais depuis dix ans, l'anticommunisme a souillé le caractère universel du « message » gidien. Depuis 1936, il y a un Gide figé, amer, frivole. Un Gide qui, en 1947, n'a plus derrière lui ce qu'il a eu pendant vingt ans : la jeunesse. Un Gide qui ne sait plus enseigner la ferveur, mais la peur, mais un refus, un rejet. »
Edgar Morin [Nahoum], "« Familles, je vous haïssais » André Gide et le Prix Nobel", Action,  n°164 du 19 au 25 novembre 1947. Merci à Fabrice Picandet et à e-gide pour avoir publié cet article.
« Un anticommuniste est un chien, je ne sors pas de là, je n’en sortirai plus jamais. » Jean-Paul Sartre, Les Temps Modernes, octobre-novembre 1961.

Antisémitisme :

Ce terme ancien est fortement polysémique. Si l’antisémitisme était un délit selon Jean-Paul Sartre (« L’antisémitisme n’est pas une opinion, c’est un délit », Réflexions sur la question juive, 1946) – le même Sartre qui en 1941 succéda néanmoins, en tant que professeur titulaire au lycée Condorcet, à un professeur juif révoqué ..., le n° 92 de la revue Commentaire en apportait confirmation –, l’historien Jules Isaac, bien plus compétent en la matière, co-auteur  de nos célèbres manuels Malet-Isaac et auteur de Genèse de l’antisémitisme (Paris : Callmann-Lévy, 1956), le considérait comme un courant d’opinion ; ce qui ne lui donne pas de consistance logique ou morale dans toutes ses acceptions pour autant, bien entendu, cela devrait aller sans dire.


On a donc rangé sous la catégorie d’antisémitisme des choses fort différentes :

- l'antisémitisme pré-chrétien des Gréco-Romains. Cicéron [-106 / -43], Pro Flacco, xxviii, 66-67 : calomnie relative à l’or des Juifs ; tu sais quelle force ils représentent, combien ils sont unis et quel rôle ils jouent dans nos réunions. […] Flaccus [préteur] prohiba par édit les sorties d’or d’Asie […] dédaigner, pour le bien de l’État, cette multitude des Juifs, parfois déchaînée dans nos réunions, fut un acte de haute dignité.

Apollonios [Molon, début -Ier siècle] n’a pas réuni ses griefs en un faisceau comme Apion ; mais les a semés çà et là, tantôt nous injuriant comme athées et misanthropes, tantôt nous reprochant la lâcheté, et, au contraire, à d’autres endroits, nous accusant d’être téméraires et forcenés. " (Flavius Josèphe, Contre Apion, II, 148).

- l'antisémitisme romain du début de l'ère chrétienne : Tacite [vers 55  /  vers 118], Histoire, V, 5 : les pratiques des Juifs sont ineptes et misérables ; haine hostile à l’égard de tous les autres. V, 8 : les Juifs étaient le peuple le plus méprisé par les Assyriens, les Mèdes et les Perses ; le roi Antioche [Antiochus IV, vers -215/-163] s’efforça de détruire la superstition nationale et d’introduire la civilisation  grecque.

Juvénal [vers 60 / 140], Satires, VI, 547-547 : aere minuto qualiacumque uoles Iudaei somnia uendent qu’Olivier Sers traduit par : « les Juifs te débitent à la demande n'importe quel songe creux pour une pincée de petite monnaie. » (Classiques en poche, Les Belles Lettres).

Justin de Naplouse [IIe siècle] : « Votre main est levée pour le mal ; car, après avoir tué le Christ, vous n’en avez pas même le repentir ; vous nous haïssez, nous qui par lui croyons au Dieu et Père de l’univers, vous nous mettez à mort chaque fois que vous en obtenez le pouvoir ; sans cesse vous blasphémez contre lui et ses disciples. » (Dialogue avec Tryphon le Juif, 133, 3)

Philostrate d'Athènes [vers 200], Vie d’Apollonios de Tyane, V, 33 : Il y a longtemps que les Juifs sont en révolte non seulement contre les Romains mais contre tous les hommes ; eux qui vivent à part, qui ne partagent avec les humains ni la table, ni les libations, ni les prières, ni les sacrifices […] il aurait mieux valu même ne jamais les annexer.

Rutilius Namatianus, [1ère moitié Ve siècle], Membre de l'aristocratie païenne du Bas-Empire, originaire de Narbonnaise, Rutilius compose un journal versifié retraçant un voyage effectué le long des côtes toscanes, poème entrecoupé de divers développements : éloges de parents, invectives contre les Lépides ou les juifs, contre les fonctionnaires...
Sur son retour, 383-398 : le Juif, une créature qui cherche querelle à la bonne nourriture [le porc] ; […] race dégoûtante qui pratique la circoncision : cette race est la racine de la bêtise […] leur cœur est plus froid que leur croyance.


- un anti-judaïsme chrétien multiséculaire s'appuyant notamment sur l'accusation de "peuple déicide" portée contre les anciens Hébreux. Notamment de la part de Luther :

Des Juifs et de leurs mensonges, 1543


- un anti-judaïsme non chrétien, anti-religieux, voire athée ; cf Voltaire, Arthur Schopenhauer, Karl Marx et Frédéric Nietzsche.

- un préjugé de type racial pouvant aller jusqu’à des persécutions et des déportations meurtrières ; pogroms, nazisme. Absolument condamnable à la fois moralement et logiquement, la notion de race n'étant pas pertinente.

- une hostilité à la politique, voire à l’existence, de l’État d’Israël (antisionisme) ; notamment, pour ses expulsions et la fuite de 500 000 à 800 000 réfugiés, sa politique à la main lourde depuis la guerre des six jours (1967), le massacre de Sabra et Chatila, en septembre 1982, la seconde Intifada fin 2000, l'opération Plomb durci à Gaza, 2008-2009, l'attaque de la flottille pour Gaza fin mai 2010, la reprise de la colonisation en cis-Jordanie, le projet de serment d'allégeance (octobre 2010), la construction de nouveaux logements pour les juifs à Jérusalem-Est (novembre 2010).

- une hostilité au communautarisme actuellement incarné en France par le C.R.IJ.F., qui est contraire au principe constitutionnel d’indivisibilité de la République française. Sur son site web, le CRIF se présente comme :
« l’organe de représentation politique de la communauté juive organisée et son porte - parole. »
   Hostilité également à la prétention de ce communautarisme à exercer une police de la parole, depuis la loi Gayssot jusqu'aux pressions du CRIF pour l'interdiction de la conférence avec Stéphane Hessel à l'ENS-Ulm, ou jusqu'à celles de Serge Klarsfeld pour l'annulation de la commémoration du 50e anniversaire de la mort de l'écrivain Louis-Ferdinand Céline avec les Archives de France.

- une tentative de réexamen des méthodes et de l'ampleur des persécutions antijuives par les nazis (révisionnisme), notamment des chambres à gaz. Tout réexamen est actuellement bloqué par la loi Gayssot du 13 juillet 1990.

 - une lassitude grandissante face à l'indécent ressassement médiatique, notamment au travers des séries télévisées, des souffrances juives de la Seconde guerre mondiale, comme si les juifs avaient été les seules victimes de cette guerre, comme si la Première guerre mondiale ne comptait pas, elle aussi, de nombreuses victimes ; lassitude, voire exaspération devant cette perpétuelle promotion du peuple élu (encore sur ARTE le 22 novembre 2013), en plein mépris du reste de l'histoire de France. On a ainsi pu dire ironiquement que la Seconde guerre mondiale devenait un détail de la Shoah ...


- nouvel antisémitisme violent qui s'est développé parmi ceux qui s'identifient depuis 1948 à la cause palestinienne soit parce qu'ils sont eux-mêmes d'origine maghrébine, soit parce qu'ils adhèrent à l'islam radical en butte à Israël, aux États-Unis et plus généralement à tout l'extérieur du monde islamique. C'est ce que Pierre-André Taguieff a appelé la "nouvelle judéophobie".

- l'antisémitisme "vieille France" : Pendant ses vingt premières années, Audrey Azoulay, ministre franco-marocaine de la culture depuis février 2016,  n'avait jamais eu de problème avant d'intégrer l'ENA : "Ce fut un choc, j'y ai découvert fortement l'antisémitisme vieille France." 
Sans doute celui que décrivait, à tort ou à raison, B.-H. L. dans son Idéologie française.


* * * * *

Ma tentative de recherche d'une définition de l'identité juive :


«  Pour assassiner, rien de tel que l'usage des armes de destruction massive : antisémitisme, fascisme, racisme, colonialisme... J'ai l'habitude. » (Michel Onfray, " L'expo [Albert] Camus et les guillotines en papier ", Le Nouvel Obs, 14 septembre 2012).


Dérapage : délit d’opinion à géométrie variable ; ainsi la journaliste Vanessa Schneider est épargnée pour sa formule (fausse d’ailleurs) sur le père de Nicolas Sarkozy : « Juif hongrois coureur de jupons » (Libération, 8 juillet 2004). Éric Zemmour, Christophe Bentz et Nadine Morano ont été accablés pour leur emploi du mot « race », mot qui figure pourtant dans la Constitution de 1958 (article premier, 1er alinéa), dans le Préambule de 1946 (alinéas 1 et 16), dans 6 articles du Code pénal (articles 132-76, 222-13, 225-1, R. 625-7, R. 625-8, R. 625-8-1), dans cinq articles (13-1, 24, 32, 33 et 48 ; 48-1 pour l'adjectif raciale) de la loi sur la liberté de la presse de 1881, enfin huit fois dans la Décision-cadre 2008/913/JAI du Conseil de l'Union européenne du 28 novembre 2008 "sur la lutte contre certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie au moyen du droit pénal."

En 2013, l'Assemblée nationale adopta une proposition de loi supprimant le mot "race" de la législation, mais ce texte n'a pas encore passé l'étape du Sénat où il est en instance depuis le 16 mai 2013.

Zemmour fut ensuite attaqué pour une explication rationnelle des contrôles dits "au faciès".
« Ce terme 'dérapage' est devenu la nouvelle manière de censurer les gens. Je l'avais déjà observé et analysé et là je le constate à mes dépens. Dès que quelque chose déplaît à la 'bien-pensance', qui a peur de la réalité, elle le taxe de 'dérapage'. C'est devenu un anathème comme 'raciste', 'fasciste' ou 'antisémite' qui permet de diaboliser l'interlocuteur et de couper court à toutes discussions. » (Éric Zemmour, Le Post.fr, 9 mars 2010).

« Vous êtes allés avec les gaullistes (...). Ils ont massacré les vôtres en Algérie et encore, vous allez leur lécher les bottes ! (...) Vous êtes des sous-hommes, vous n'avez aucun honneur ! » (s'adressant à des harkis en février 2006). Georges Frêche fut condamné à 15.000 € d'amende par le T. G. I. de Montpellier pour ces propos, mais gagna en appel. Le 31 mars 2009, la Cour de cassation confirma la relaxe de la Cour d'appel de Montpellier.


« Pour qualifier son travail acharné à la recherche du parfum idéal, Jean-Paul Guerlain dérape : " Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours travaillé, mais enfin... " » LePost.fr, 15 octobre 2010. Agatha Christie aurait fait une remarque analogue dans un de ses romans.


« Bon témoin de l'air du temps on recense 840 occurrences du mot dérapage sur le site Rue89. Les dérapeurs se recrutent plutôt à droite malgré quelques exceptions. Hélas, c'est peut-être parce que la police de la pensée recrute surtout à gauche. [...] Rue89 pourrait-il être rebaptisé « Dérapage89 » ? Pas tout à fait car même si le mot revient souvent dans les titres, le côté répétitif de ces prurits vigilants finit par fatiguer tout le monde, même les plus bien-pensants des journalistes. La police de la pensée est plutôt de gauche, mais elle reste une police... La liste des dérapages 2010 est, certes impressionnante. Elle donne la nausée et nous éclaire sur la capacité de la société à s'inventer de faux débats ou à courser les moulins à vent. Mais elle présage peut-être aussi d'une baisse de régime du bien-penser. Trop de vigilance tue la vigilance. »
http://www.marianne2.fr/Mots-de-2010-le-derapage-derape_a201119.html


" Le Pen, vieillard radotant, connu depuis toujours pour ses "dérapages contrôlés", ne semble plus avoir que ce créneau-là pour tenter d'exister encore». L'avocat du FN, Vallerand de Saint-Just, a réagi hier soir : « Le Pen n'a commis aucune infraction.» Il n'aurait fait qu'«utiliser sa liberté d'expression ». " Le Pen : «l'occupation n'a pas été aussi inhumaine».
Par Christophe ForcariLibération,13 janvier 2005 "


  L'hebdomadaire Rivarol fut condamné en Cour d'appel de Paris le 21 janvier 2009 pour "contestations de crimes contre l'humanité", pour un entretien avec Jean-Marie Le Pen qui estimait que l'occupation allemande n'avait pas "été particulièrement inhumaine" [*]. Rivarol souleva alors une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). "Tout a été dit sur le caractère liberticide de cette loi", selon le conseil de M. Le Pen, Bruno Le Griel, rappelant que la Cour de cassation avait invalidé, en juin 2009, la condamnation de Bruno Gollnisch. Intervenant pour la Fédération nationale des déportés, Arnaud Lyon-Caen jugea que la question n'était pas sérieuse car il était "inconcevable que le Conseil constitutionnel abroge la loi Gayssot", rappelant que la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) avait décidé qu'elle ne portait pas atteinte à la liberté d'expression. Pour lever "les divisions et les doutes", l'avocate générale Anne-Marie Batut demanda, sans succès, que cette question (QPC) soit transmise au Conseil constitutionnel. La condamnation de Rivarol devint définitive après le rejet, en juin 2013, de son pourvoi en cassation.

[*] « En France, du moins, l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine, même s’il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550 000 kilomètres carrés […]. Il y a donc une insupportable chape de plomb qui pèse depuis des décennies sur tous ces sujets et qui, comme vous le dites, va en effet être réactivée cette année […]. Mais le plus insupportable à mes yeux, c’est l’injustice de la justice […]. Ce n’est pas seulement de l’Union européenne et du mondialisme que nous devons délivrer notre pays, c’est aussi des mensonges sur son histoire, mensonges protégés par des mesures d’exception. D’où notre volonté constante d’abroger toutes les lois liberticides, Pleven, Gayssot, Lellouche, Perben II. Car un pays et un peuple ne peuvent rester ou devenir libres s’ils n’ont pas le droit à la vérité dans tous les domaines. Et cela quoi qu’il en coûte ».
Je peux donner un témoignage personnel : mes parents, instituteurs dans une école occupée des Alpes de Haute-Provence, m'ont toujours dit qu'ils avaient pu compléter leur maigre ordinaire grâce à un cuisinier fridolin anti-Hitler, les paysans du coin étant surtout préoccupés des activités et gros revenus du "marché noir", et leur offrant seulement ce dont "les cochons ne voulaient plus".
Détail : terme connoté péjorativement depuis que Jean-Marie Le Pen l'employa à propos de la place de la question des chambres à gaz nazies dans l'histoire de la Seconde guerre mondiale.

L’affaire du “point de détail” reste un mauvais procès fait à Monsieur Le Pen qui déclara lors du ‘Grand jury’ RTL-’le Monde’ du 13 septembre 1987, en réponse à une question :
« Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu en voir. Je n’ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. »
C’est en consultant des ouvrages d’histoire traitant la question comme un détail qu’il avait pu parvenu à cette conclusion, que l’on peut discuter.

L’expression “chambres à gaz” ne figure pas dans le sommaire détaillé (2 pages) de l’ouvrage de Raul Hilberg The Destruction of the European Jews, publié en 1961, 2e édition 1985 (traductions françaises Fayard 1988 et Gallimard, collection Folio-Histoire, 1991).

On ne trouve rien sur les camps d’extermination, ni sur les chambres à gaz, dans Histoire de la seconde guerre mondiale de Liddell Hart (1970, traduction française Fayard 1973), ouvrage qui figurait en Usuels dans la salle des Imprimés (au fond à gauche) de l'ancienne Bibliothèque Nationale, 58 rue de Richelieu, Paris 2e.

* * * * *

Le manuel Histoire de 1890 à 1945 (Hachette, collection GREHG, classes de première (anciennement "première de rhétorique" ...), 1988), mentionnait les chambres à gaz page 235, en une seule ligne, dans la partie “Cours” : “Après 1942, les chambres à gaz font des camps des usines de mort.” Mais cet ouvrage consacrait quatre lignes au “nylon, ce textile de synthèse mis au point par des ingénieurs de la firme Dupont de Nemours en 1938 et utilisé de façon industrielle pour confectionner les parachutes, avant de conquérir l’habillement et une foule d’autres usages.”

Dans la partie " Documents ", le seul témoignage produit est celui du communiste (et stalinien ) Fernand Grenier sur Dachau (témoignage publié dans L’Humanité du 4 mai 1945), Dachau où les gazages homicides ont été reconnus inexistants, notamment par Pierre Vidal-Naquet et Madeleine Rebérioux, sans aucune contestation ultérieure.

* * * * *

L’expression “chambres à gaz” ne figurait pas dans le "Thésaurus", index détaillé de l’Encyclopaedia Universalis, publié en 1990.

En 1992, Annette Wieviorka publia Déportation et Génocide chez Plon ; ce livre accorda cinq pages sur 506 à la « question [sic] des chambres à gaz » ; ces cinq pages relèvent d’une partie intitulée « Diversité des situations dans les camps » ; leur contenu n’apportait aucun élément nouveau mais se bornait à reconnaître la fausseté d’un certain nombre d’affirmations et de témoignages : abbé Hénocque, Rovan, Tillion, entre autres.

Les historiens Serge Berstein et Pierre Milza ont eux aussi traité la question comme un détail dans L’Allemagne 1870-1991 (Paris : Masson, 1992, 278 pages, collection " Un siècle d'histoire ") ; on n’y lit en effet que ces quelques lignes :
“Dans l’euphorie des premières victoires en Russie s’ébauche un plan bien plus ambitieux ; la ‘solution finale’, c’est-à-dire l’extermination de tous les juifs européens. Chargé en juillet 1941 de dresser un rapport sur la question, Heydrich fait adopter en janvier 1942 un plan qui entre aussitôt en application : construire des camps où les juifs seront parqués et exterminés dans des chambres à gaz. Dans toute l’Europe commencent les grandes rafles destinées à alimenter les convois qui convergent vers Auschwitz, Maïdenek, Belzc, Treblinka, etc., où périront six millions de juifs.”
* * * * *

Invité sur BFMTV le jeudi 2 avril 2015, le président d'honneur du FN, Jean-Marie Le Pen, réitéra ses propos sur les chambres à gaz, qualifiées de "point de détail de la guerre", qui lui avaient déjà valu d'être condamné, et défendu l'utilité des polémiques dans la progression du FN. Regrette-t-il d'avoir parlé de "point de détail ?", lui a-t-il été demandé par Jean-Jacques Bourdin :
" Ce que j'ai dit correspondait à ma pensée, que les chambres à gaz étaient un détail de la guerre, à moins d'admettre que c'est la guerre qui était un détail des chambres à gaz. Je maintiens ces propos car je crois que c'est la vérité ".
AFP, 24 juillet 2015 : " Jean-Marie Le Pen sera jugé en correctionnelle pour avoir de nouveau déclaré, le 2 avril, que « les chambres à gaz étaient un détail » de la Seconde Guerre mondiale, a appris vendredi l’AFP de source judiciaire.
Le parquet, qui avait ouvert une enquête préliminaire juste après ces propos tenus sur BFMTV-RMC, a cité à comparaître il y a quelques semaines le cofondateur du Front national pour contestation de crime contre l’humanité. "

Le 6 avril 2016, Jean-Marie Le Pen est condamné par la XVIIe chambre correctionnelle du T.G.I. de Paris à 30 000 € d'amende pour contestation de crime contre l'humanité. Appel et cassation à suivre.
" L’ancien président du Front national, Jean-Marie Le Pen, a été condamné mercredi 6 avril à 30 000 euros d’amende pour avoir de nouveau qualifié, il y a un an, les chambres à gaz de « détail » de l’histoire de la seconde guerre mondiale. Le tribunal correctionnel de Paris l’a déclaré coupable de contestation de crime contre l’humanité et a rejeté l’immunité parlementaire qu’invoquait le cofondateur du parti d’extrême droite. " (Le Monde.fr)


Haine : on en accuse à tout bout de champ ceux dont les arguments dérangent.

" Nous n'avons pas les préjugés de nos ennemis, car la vie est la vie, et pas la haine. Les gays et les lesbiennes ne rendent pas moins de services à la France que des théologiens bizarres et des politiciens sans idées. Croit-on d'ailleurs qu'il n'existe pas d'homosexuels à l'UMP, parmi les rabbins, les mollahs et les pasteurs ? Les populistes homophobes et ceux qui répandent leurs propos se rendent-ils compte que leurs incessantes diatribes libèrent les actes ? Que, si des supposés responsables parlent de manière irresponsable, la brutalité va se sentir justifiée ? Dans tout cela, le mariage est un leurre. Une fois qu'il sera acquis, l'homophobie ne cessera pas, et c'est elle qu'il faut criminaliser. S'il y a quelque chose de dangereux dans une société, c'est le lobby de la bêtise et de la haine. " ("Mariage gay : non à la collusion de la haine", Le Monde.fr, 17 novembre 2012).



Homophobie : délit d’opinion créé par la loi Perben portant création de la HALDE, loi n° 2004-1486 du 30 décembre 2004 ; délit contré (après deux condamnations) par l’arrêt Vanneste (Cour de cassation, chambre criminelle, 12 novembre 2008).

« Le terme d’homophobie s’est imposé : ce mot piégé confond (volontairement) le refus de la normalisation symbolique et sociale de l’homosexualité avec l’animosité à l’égard de la personne des homosexuels. L’homophobe, c’est le fasciste d’aujourd’hui. » (Jean Sévillia, Le Terrorisme intellectuel de 1945 à nos jours, Perrin, 2000). Ce néologisme alimente un discours qui stigmatise un délit d’opinion concrétisé par la notion contradictoire de "propos discriminatoires" (titre III de la loi), notion ne fait pas de différence entre le désaccord intellectuel et la discrimination en acte. Ce néologisme "homophobie" dissimule par ailleurs le fait que l’homosexualité relève bien davantage de la liberté et de l'amitié (poussée à l'extrême ...) que de l’égalité des droits sociaux et de la conjugalité. Délit d'opinion qui causa la défaite électorale d'un député du Nord, Christian Vanneste, en juin 2012.


Robert Badinter déclarai en 1982 :
« Chacun de nous est libre de critiquer ou d'approuver l'homosexualité, chacun est libre de choisir ou de ne pas choisir tel ou tel comportement sexuel ; cela relève du choix intime de la personne. » (Sénat, séance du 5 mai 1982, Journal Officiel [Débats Sénat], p. 1634).
Aujourd'hui la liberté de conscience n'existe plus pour l'homosexualité, et une atteinte se trouve ainsi portée indirectement à la liberté religieuse.
« L’homosexualité n’est pas une fatalité. L’homme est libre. C’est un comportement qu’il faut soit quitter, soit assumer. Si on l’assume, ça doit être dans la discrétion et non en s’affichant comme membres d’une communauté réclamant des droits particuliers et une reconnaissance particulière sur le plan social. J’accepte le comportement, je refuse l’identité de groupe. C’est une ineptie de prétendre qu’il y a un comportement de groupe. Je précise encore que je n’ai aucune agressivité à leur encontre. Simplement, je considère qu’ils ne forment ni un groupe ni une communauté. Ce sont des comportements individuels qui ne doivent pas jouir d’une reconnaissance à travers les termes intégrés de la loi. Je n’interdis rien, je ne demande aucune stigmatisation, aucune punition. Simplement que ça reste un comportement individuel, le plus discret possible … Je n’ai pas dit que l’homosexualité était dangereuse, j’ai dit qu’elle était inférieure à l’hétérosexualité. Si on la poussait à l’universel, ce serait dangereux pour l’humanité.» «Indignation et mobilisation après les propos du député UMP sur l’homosexualité (1) », La Voix du Nord, 26 janvier 2005 [texte pris dans l’arrêt de la Cour de cassation du 12 novembre 2008].
1. Selon cet arrêt, « l’opinion développée par le député Christian Vanneste selon laquelle «il existe un modèle social qui est celui du mariage hétérosexuel et de l’éducation des enfants» et selon laquelle face à ce modèle social l’homosexualité est «une menace pour la survie de l’humanité», constitue l’expression d’une opinion et à ce titre ne dépasse pas les limites admissibles de la liberté d’expression et ne peut, en conséquence, constituer une injure […] les expressions utilisées par Christian Vanneste sont mesurées, exemptes de toute invective et de volonté de blesser, ayant pour seul objet de nourrir un débat quant à la nécessité d’adopter le texte qui sert de base à l’incrimination […] ».


Islamophobie : " Forgé par les intégristes iraniens à la fin des années 70 pour contrer les féministes américaines, le terme d’«islamophobie», calqué sur celui de xénophobie, a pour but de faire de l’islam un objet intouchable sous peine d’être accusé de racisme. Cette création, digne des propagandes totalitaires, entretient une confusion délibérée entre une religion, système de piété spécifique, et les fidèles de toutes origines qui y adhèrent. Or une confession n’est pas une race, pas plus que ne l’est une idéologie séculière. " (Pascal Bruckner, "L'invention de l'islamophobie", Libération, 23 novembre 2010).
http://www.liberation.fr/societe/01012303767-l-invention-de-l-islamophobie

Ce terme, apparu en français dès 1910,
sert désormais à déconsidérer toute tentative de critique de l'islam et tout débat sur l'application de la laïcité à l'islam. Également appliqué à ceux qui sont opposés à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.

HCI : « Intégration et racisme.
À la suite de la mise en cause de l'un de ses membres M. Claude Imbert, le HCI [Haut Conseil à l'Intégration] a été conduit à préciser les rapports qui existent entre le racisme, l'islamophobie et l'intégration.

Pour avoir usé du terme d'islamophobe, M. Claude Imbert a été accusé de racisme, notamment par le MRAP. Les membres du HCI ont souhaité, avant de prendre une quelconque position, se réunir sereinement et procéder à un échange avec M. Imbert. Il leur est alors apparu que c'est dans le cadre d'un article consacré à la critique de la politique du pape Jean-Paul II et à propos des musulmans laïques que Claude Imbert avait utilisé le terme "musulmans islamophobes". Questionné ensuite lors d’une émission de la chaîne LCI sur sa position à l'égard de l'Islam, et, non sans avoir fait preuve d'une réticence à l'égard de l'utilisation de ce mot, M. Imbert a concédé que, s'il signifiait une critique de la religion, il était alors lui-même "islamophobe".

Dans leur débat, les membres du HCI ont, tour à tour fait valoir qu'aucune confusion ne pouvait intervenir, dans une république laïque démocratique, entre la critique de la religion et le racisme. La première est libre et constitutionnellement protégée ; elle relève de la liberté de conscience et d'opinion. En raison de la séparation des Églises et de l'État, (loi de 1905), la république laïque ne reconnaît pas le blasphème et ne le pénalise pas, contrairement au racisme qu'elle sanctionne très sévèrement.

L'une des caractéristiques de la doctrine raciste est précisément d'établir un amalgame entre l'origine ethnique des personnes et les opinions qu'elles professent, d'identifier les individus et leurs convictions, de réduire les hommes et les idées, en jugeant un individu à partir de ses idées et les idées à partir d'un individu. Poussé à son terme comme ce fut le cas dans le nazisme, cet amalgame a conduit à massacrer des enfants et des adultes juifs qui n'avaient aucune conviction religieuse proclamée.

La pratique de la religion étant libre, l'islamophobie, c'est à dire la peur ou la détestation de la religion islamique, ne relève pas du racisme. M. Imbert comme de nombreux publicistes avant lui s'est livré à de nombreuses critiques du catholicisme, sans que les catholiques se soient déclarés victimes d'un quelconque racisme. Il a, par ailleurs, personnellement, manifesté à de nombreuses reprises sa sympathie pour toutes les réussites issues de l'immigration auxquelles il a contribué activement.
[...]
Après en avoir délibéré, le HCI rappelle unanimement qu’en République la critique de la religion, comme de toutes les convictions, est libre, qu’elle est constitutionnellement garantie et qu’elle fait partie de la liberté d’opinion et d’expression. Elle ne saurait être assimilée au racisme et à la xénophobie, que les membres du HCI réprouvent et combattent activement. »

Rapport "Le contrat et l'intégration : rapport à Monsieur le Premier ministre" de janvier 2004, pages 115-116, 117.


CNCDH (présidée par Christine Lazerges, 72 ans, professeur agrégé de droit privé et sciences criminelles, et ancienne députée PS) :
" Le terme « islamophobie » vient mettre en lumière un racisme latent, qui se veut imperceptible, caché sous les dehors acceptables de la liberté d’expression. Dans ce cadre, refuser de parler d’« islamophobie » pourrait être perçu comme une volonté de nier la réalité et l’ampleur d’un phénomène tout particulièrement sensible depuis quelques années, tendant à faire des personnes de confession musulmane un groupe homogène et problématique pour la société. L’ « islamophobie » a pour mérite de désigner une idéologie hostile aux personnes de religion musulmane, perceptible au-delà d’actes antimusulmans épars. [...] l’apparition d’une quasi-phobie, c’est-à-dire d’une peur intense à l’égard de l’islam et des musulmans en France, générant un climat d’angoisse et d’hostilité à leur égard."
Rapport 2013 sur la "lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie", Introduction générale (publié le 12/6/14)


Limite : variante de suspect, "propos limites" est quasiment synonyme de dérapage ; qualifie des propos méritant seulement l'indignation, pas l'argumentation, selon des gens en général totalement incapables d'argumenter.


Négationnisme : Néologisme dû (en 1987) à l'historien Henry Rousso, appliqué rétroactivement à Paul Rassinier et Maurice Bardèche. Voir ma page sur l'article Gayssot. Le terme vise à disqualifier le révisionnisme historique, tout comme " anticommunisme " visait à disqualifier les critiques du stalinisme, et " islamophobie " les critiques de l'islam. L'emploi de ces trois termes est une atteinte à la liberté d'expression.

Dans la culture occidentale, on se devrait, pour la qualité de l’Instruction publique, de fournir en permanence les éléments objectifs établissant les faits scientifiques ou historiques, justifiant les diverses théories ou politiques élaborées à partir de ces faits. On ne peut s’en tenir à la position irréfléchie et improvisée de 34 historiens français qui eurent ce que le philosophe Paul Thibaud, alors directeur de la revue Esprit, appela "un réflexe de cordon sanitaire" ; ils proclamèrent leur refus de débattre :
" Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été techniquement possible puisqu’il a eu lieu. [...] Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de débat sur l’existence des chambres à gaz. " (Le Monde, 21 février 1979).
Plusieurs d’entre eux furent d’ailleurs par la suite opposés à cet "article Gayssot", et aucun des historiens français alors spécialistes de la Seconde guerre mondiale : Henri Amouroux, Henri Michel, René Rémond, n'avait signé cette proclamation.

Dans les années 1990, il y avait sur Internet un ou deux textes de moi qui, tout en ne reprenant pas l"affirmation révisionniste de la non-existence des chambres à gaz (ce que je n'ai jamais fait), demandaient la liberté d’expression pour tous et pour tous les sujets, et critiquait la loi Gayssot (comme le fit en 1991 l'actuel Défenseur des droits Jacques Toubon). Au moment de l'affaire Renaud Camus en 2000, j'ai tout naturellement apporté mon soutien à cet écrivain, avec lequel j'étais entré en contact en 1985, lors de la parution de mon Vocabulaire de l'homosexualité masculine qui faisait mention, pages 38-39, du néologisme achrien proposé par Camus. En 2000, le journaliste Daniel Schneidermann tomba sur un de ces textes sur Internet, et en a alors :
1. conclu que j’étais révisionniste ;
2. conclu que Renaud Camus était lié au révisionnisme.
Paniqué, Renaud Camus, réservant ses couilles pour le sauna, retira immédiatement de son site un de mes textes lui apportant mon soutien qui figurait dans le dossier de l'affaire, - et prit ses distances avec moi.
Plusieurs années plus tard, il y eu une discussion dans le forum du Parti de l'In-nocence de Camus relativement à cet épisode ; plusieurs éléments donnés étaient inexacts et je suis intervenu pour les corriger, mais je n'ai pas gardé souvenir ni trace écrite des détails. Ce fut mon unique participation à ce forum.


Provocation : semble avoir tendance à remplacer dérapage. "La provocation de Marine Le Pen" (La presse, décembre 2010, sur l'occupation de rues par des prieurs musulmans ; le Mrap a porté plainte ...)


Racisme a) :


« Interdire l'expression du racisme, c'est tout simplement militer pour le refoulement, pour le secret, le renfermement et la conspiration. Et à terme, pour plus d’attentats, plus de meurtres. »
Serge July, alors directeur du quotidien Libération, "La liberté d'expression des racistes", Libération, 24 novembre 1978.
C'est surtout renoncer à instruire, à éduquer, à combattre les préjugés.

Voir le beau texte de Claude Lévi-Strauss sur le sujet :

   Claude LÉVI-STRAUSS : « [En 1971 devant l’UNESCO] je m’insurgeais contre l’abus de langage par lequel, de plus en plus, on en vient à confondre le racisme défini au sens strict et des attitudes normales, légitimes mêmes, et en tout cas inévitables. Le racisme est une doctrine qui prétend voir dans les caractères intellectuels et moraux attribués à un ensemble d’individus, de quelque façon qu’on le définisse, l’effet nécessaire d’un commun patrimoine génétique. On ne saurait ranger sous la même rubrique, ou imputer automatiquement au même préjugé, l’attitude d’individus ou de groupes que leur fidélité à certaines valeurs rend partiellement ou totalement insensibles à d’autres valeurs. Il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de penser au dessus de toutes les autres, et d’éprouver peu d’attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s’éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché. Cette incommunicabilité relative n’autorise certes pas à opprimer ou détruire les valeurs qu’on rejette ou leurs représentants, mais, maintenue dans ces limites, elle n’a rien de révoltant. Elle peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources nécessaires à leur renouvellement.

   Si, comme je l’écrivais dans Race et histoire, il existe entre les sociétés humaines un certain optimum de diversité au delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent non plus descendre sans danger, on doit reconnaître que cette diversité résulte pour une grande part du désir de chaque culture de s’opposer à celles qui l’environnent, de se distinguer d’elles, en un mot d’être soi ; elles ne s’ignorent pas, s’empruntant à l’occasion, mais, pour ne pas périr, il faut que, sous d’autres rapports, persiste entre elles une certaine imperméabilité.

   Tout cela devait être rappelé, et plus encore aujourd’hui où rien ne compromet davantage, n’affaiblit de l’intérieur, et n’affadit la lutte contre le racisme que cette façon de mettre le terme, si j’ose dire, à toutes les sauces, en confondant une théorie fausse, mais explicite, avec des inclinations et des attitudes communes dont il serait illusoire d’imaginer que l’humanité puisse un jour s’affranchir ni même qu’il faille le lui souhaiter. » (Le Regard éloigné, Préface, Paris : Plon, 1983)

Racisme b) :

Des associations ont considéré comme raciste cette réplique d'Éric Zemmour : « Pourquoi [quand on est noir ou arabe] on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. C'est comme ça. C'est un fait. » ; phrase rapportée par la presse sous la forme : « Les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C'est un fait » (6/3/10, dans l'émission de Thierry Ardisson).

La formule des probabilités conditionnelles qui relaxe immédiatement Zemmour de l'accusation de racisme, la voici (d'après un article de Jean-Michel Claverie) :

U : univers des possibles
p : probabilité d'un événement E (sous hypothèse d'équiprobabilité) ; p(E) = card(E)/card(U)
I : un individu est immigré (E = I)
T : un individu est trafiquant (E = T)

p(T/I) est la probabilité de l'événement T sachant que l'événement I est réalisé.

p(T/I) = [p(I/T)x p(T)]/p(I)

Ceci d'après les deux manières de calculer p(I∩T), probabilité de "I et T", qui est aussi p(T∩I)

Application numérique :

Si l'on prend :

p(I/T) = 0,5
p(T) = 1/10 000
p(I) = 0,1

alors p(T/I), la probabilité qu'un immigré soit trafiquant, n'est égale qu'à 1/2 000.


Le même traitement mathématique est applicable à la phrase de Dieudonné qui dit que les plus grands escrocs sont pratiquement tous juifs, ce qui ne veut pas dire que les juifs sont pratiquement tous de grands escrocs.

"La plupart des trafiquants sont noirs et arabes" a été lu à l'envers comme signifiant "la plupart des noirs et arabes sont trafiquants". On comprendra peut-être mieux sur cet exemple :

"la plupart des prisonniers sont des hommes" [exact, 96 %] ne signifie pas "la plupart des hommes sont en prison".

Mais la correction politique ignore la théorie élémentaire des ensembles, qui apparemment n'est pas enseignée dans les écoles de journalerie (pas plus que la logique).

À noter cette revanche tardive de Zemmour :

" L'État français, condamné pour cinq contrôles au faciès, a décidé de se pourvoir en cassation. Mediapart a pris connaissance du mémoire qui vient d'être transmis à la Cour, dans lequel il est jugé légitime de ne contrôler que les Noirs et les Arabes au motif qu'ils ont plus de chances d'être étrangers et donc sans papiers. " (Médiapart, 25/2/2016).

Robert Redeker : « Aux notions de bien et de mal est substitué un nouveau lexique, postérieur à la mort de Dieu (fin de la morale) et à la mort de la politique (fin de l'histoire) : le lexique du racisme et de l'antiracisme. C'est tout simplement parce que le Bien et le mal, la morale et la politique se sont éclipsés de nos sociétés que le racisme a pu s'installer à la place du mal et l'antiracisme à celle de la morale. Descartes forgea la notion de morale par provision, parfois appelée morale provisoire, notre époque invente la morale par substitution, l'antiracisme. Du coup, l'antiracisme est chanté partout comme l'alpha et l'oméga de la morale et de la politique, leur fine fleur. » "Richard Millet, Annie Ernaux, et le fantôme du Mal", Le Monde.fr, 21 septembre 2012.


Stigmatisation : Nom donné à la critique de la sinistre religion islamique quand on veut faire passer cette critique pour du racisme à l'égard des Arabes, noirs, Pakistanais et Indonésiens. S'applique aussi aux tentatives de traitement des questions de l'immigration excessive et de la délinquance des jeunes issus de l'immigration. Le C. F. C. M. a trouvé une solution originale
" pour que l'islam, religion de paix qui sacralise la vie, soit dissocié définitivement du terrorisme" (communiqué du 22 mars 2012), "que soit abandonné l'usage des termes islamiste ou islamisme qui nourrit l'amalgame entre islam et terrorisme et fait souffrir des millions de musulmans qui tiennent à défendre la dignité de leur foi et de leur religion ".
La NovLangue est un appauvrissement de la langue française ...



Xénophobie : "Ne s’emploie qu’à l’encontre des Français d’origine européenne et de religion chrétienne qui entendent protéger leur identité ou leurs préférences (trad. : identité) ; les agissements comparables des autres groupes sont qualifiés au pire de “communautarisme”. Dictionnaire de novlangue, Polémia, 2008.


 C - D’autres termes orientent "positivement" le débat (novlangue à la française) :

" Cette langue qu’il [le complexe politico-médiatique] a inventée pour ne pas dire, pour ne pas montrer, pour cacher ce qui survient et qui est déjà survenu : les jeunes pour les délinquants, les quartiers populaires pour les quartiers que les couches populaires indigènes ont dû fuir, les quartiers sensibles pour les zones de violence et de non-droit, le multiculturalisme pour la grande déculturation, la diversité pour le triomphe du même, pour la disparition des identités, pour la banlieue universelle. Etc. " Renaud Camus, Assises de l'islamisation, 18 décembre 2010.


Avancer en âge : euphémisme pour "vieillir" proposé par la ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie, Michèle Delaunay.


Casier médiatique : "Caroline Fourest, dans sa chronique du 27/3/10, soulignait l'accumulation des dérapages d'Éric Zemmour, notant : "En matière de raccourcis, le casier médiatique d'Éric Zemmour est loin d'être vierge." L'effet ne s'est pas fait attendre. "Ce casier médiatique n'est pas une plaisanterie, un raccourci. C'est un vrai concept. Le CSA est assimilé à une instance judiciaire qui a les mêmes rapports avec les journalistes que les délinquants récidivistes avec la police", désapprouve Marc Salomone (Paris)". Véronique Maurus, "Les trublions", Le Monde, 4 avril 2010,


Citoyen (adj.) : conforme à ce qu'attend la correction politique. Philippe Muray avait relevé ce glissement sémantique dans ses Exorcismes Spirituels.


Communauté : invoquée à tout bout de champ dans notre République indivisible ; exemple : « site francophone s’adressant à la communauté bisexuelle » (pris sur Internet)


Diversité : terme qui sert à la promotion de la confusion entre multiracialisme et multiculturalisme (Multikulti). "Français d’origine française" : environ un millier de références sur Google pour cette expression qui enregistre la perte de sens du terme « Français ». On dit aussi "personne de la diversité" (euphémisme de "racaille" ?). En revanche, ne jamais dire "Français de souche".


Mémoire : concept promu par Pierre Nora, dévoyé ensuite ; les mémoires communautaires sont promues en lieu et place de l’histoire objective (Histoire) qui devient impossible à enseigner. à la fin du deuxième millénaire, le matérialisme historique échappait aux règles de la connaissance et de la logique ordinaires ; aujourd’hui, la mémoire collective à usage politique et communautaire récuse le savoir, et plus précisément l’histoire méthodique et objective, jusque dans l’enseignement, au nom du principe « tout est politique » ; il semble que l’on suive le slogan du Parti dans 1984 de George Orwell : "Who controls the past controls the future : who controls the present controls the past".


Modération : euphémisme pour "censure". Exemple :
"Cet article génère un nombre très important de commentaires qui doivent être tous revus en raison du sujet abordé. Il ne nous est matériellement pas possible d’assumer cette charge additionnelle. En conséquence, cet article ne sera pas ouvert aux commentaires. Veuillez nous en excuser. Merci de votre compréhension. La modération." (LaLibre.be, 8 mai 2010).
Au Figaro.fr, "modération refusée" était un euphémisme pour "commentaire censuré". Maintenant, on reçoit le simple avis "refusé"


Éric Mettout, directeur adjoint de la
rédaction et modérateur à l'Express.fr

« Avertissement de modération  compte tenu du caractère sensible de ce thème, nous serons particulièrement sensibles à la bonne tenue des débats. Merci donc de ne pas tenir de propos xénophobes, islamophobes ou discriminatoires. » (lexpress.fr, 6 octobre 2012, sur l'article "Présidence de l'UMP: Copé, le pain au chocolat et le ramadan".

" Netino est une société française spécialisée dans la modération des espaces participatifs ainsi que le 1er niveau de réponse. Elle a été fondée en 2002 par Jean-Marc Royer et elle est dirigée depuis 2010 par Jérémie Mani. [...] La modération est réalisée par des modérateurs professionnels recrutés dans des pays francophones à bas coûts (Maroc, Mali, Sénégal, Madagascar, Ile Maurice, seul 20% des salariés sont en France) " (wikipedia)

Autres sociétés spécialisées : Concileo et Atchik.



D /  Dans ce qui est bien davantage une mutation qu’un déclin du marxisme,

le sélectif "devoir de mémoire" de l’individu communautaire remplace la "prise de conscience" proposée au prolétaire ; il entraîne une surenchère dans la culpabilisation collective des uni-nationaux et Français de souche (ceux qui ont au moins trois grands-parents français), une dérive intolérante dans l’opinion et les médias engagés. En revanche, comme remarqua le philosophe Jacques Bouveresse, l’abandon du marxisme n’est l’objet d’aucun commencement de réflexion de la part de ses anciens fidèles , mais l’ont-ils véritablement abandonné ? On peut en douter.


   Les restrictions actuelles à la liberté d’expression participent d’une forme de lutte politique dont les tenants considèrent que c’est l’orthodoxie qui donne le droit à la parole, orthodoxie qu’ils appellent justice sociale ou vérité et dont ils prétendent qu’on ne peut accepter de la placer sur le même plan que l’erreur (l'erreur selon eux ...). Le Monde des Débats de septembre 2000, page 23, l'exposait clairement : « Nazisme, bolchevisme, antisémitisme hantent notre histoire. Faut-il accepter de discuter le lien que l’historien allemand Ernst Nolte (cf la querelle des historiens) établit entre eux ? Ou sa thèse est-elle trop suspecte pour être prise en considération ? ».


L'aveu : Catherine Barma, productrice de l’émission, déclara travailler sous la censure : 
" Un responsable de France 2 assiste à tous les enregistrements [de "On n’est pas couché"] et à ce jour nous n’avons jamais monté une séquence sans son accord et celui de la chaîne. " (télé-2-semaines.fr, 18 mars 2010)
Le nom de ce censeur ? "Le censeur est un des conseillers de programme des magazines de la Chaîne", m'écrivit Franck Vautier, du service Relations téléspectateurs de France 2.


   Nouvelle loi des suspects, certes plus douce, pour l’instant, que celle de la Convention en 1793. Le terme "journalisme" désigne désormais « autant une idéologie qu’un métier », concluait, après une longue fréquentation de la presse française, Paul Thibaud, ancien directeur de la revue Esprit ; c’est l’idéologie du politiquement correct, de la soumission obligée de la compétence à la majorité, de la valeur au vedettariat, l’idéologie du primat du commun sur le savoir, du politique sur l’épistémologique, de la prétention vigilante à informer et à alerter sur la conscience du besoin de s’informer, d’étudier, de comprendre et de s’expliquer. C’est pourquoi Inter Net, dont le pluralisme est bien supérieur à celui des grands médias, suscite autant d’inquiétude chez les journalistes et les politiques adversaires de la liberté d’expression, liberté qui est une valeur culturelle, intellectuelle, et pas seulement une valeur politique, démocratique


Pour une analyse plus théorique de la question, voir cet article de Philippe Nemo que j'ai découvert en septembre 2012, "Liberté d'opinion et lois de censure : les processus de régression de la pensée juridique française"

Je connaissais en revanche ces lignes de 2004 :

« Rien n'est censé être, par principe, tenu à l'abri de la critique. Il n'y a pas de dogmes, de vérités "sacrées", intangibles, que l'on n'ait pas le droit d'interroger et de remettre en cause. En revanche, étant donné que ce qui rend la liberté de penser féconde, ce n'est pas l'acte libre du penseur en lui-même, mais la confrontation des diverses hypothèses sur l'espace public, l'exercice fécond de la liberté de penser par un citoyen a pour condition sine qua non la reconnaissance de la même liberté de penser chez les autres. En d'autres termes, il faut qu'il y ait adhésion sans réserve aux règles mêmes du pluralisme, déontologie de la presse, règles du débat académique, règles du débat public en général. Cela exclut donc que quiconque, pour faire prévaloir une vérité, puisse compter sur quelque forme que ce soit de coercition étatique. Le mouvement "politically correct" qui a sévi pendant quelques années dans les universités américaines était à cet égard une grave régression civilisationnelle. De même que la loi du 13 juillet 1990 imaginée en France par le député communiste Gayssot pour frapper de sanctions pénales l'expression de toute opinion concernant le génocide des juifs par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale qui divergerait si peu que ce soit de la version couramment reçue (" Seront punis [...] ou internationale."). Cette loi fut votée comme un seul homme par l'Assemblée nationale, circonvenue en l'occurrence par la pression médiatique comme les assemblées révolutionnaires l'étaient par les sans-culottes armés de piques. La loi Gayssot, en effet, ne limite pas l'interdiction de l'expression de certaines pensées à ce qui pourrait troubler en pratique l'ordre public, mais elle interdit l'expression de certaines opinions en tant que telles ("ceux qui auront contesté ..."). Elle institue donc un dogme d'État. Le caractère partisan et le non-sens scientifique de ce dogme ne se perçoivent que trop bien a contrario par le fait que la loi ne rend pas passible de sanction pénale la sous-estimation des crimes communistes, qui ont eu la bonne fortune de ne pas être visé par le tribunal de Londres [sic, pour le tribunal institué par l'accord de Londres] dont les Soviétiques étaient membres. Un rapport de forces devient ainsi norme de vérité. D'autre part, il est sans précédent qu'on donne comme critère de vérité scientifique des jugements de tribunaux. On peut exprimer les mêmes réserves au sujet des lois actuellement discutées, ou projetées, concernant les sectes, l'homophobie, l'islamophobie, etc. - bref, tout ce qui ne plaît pas à l'opinion dominante, ou, plus exactement, à l'opinion des actuelles catégories dominantes. L’existence de ces censures n’a de sens que si l’on croit que toute la vérité scientifique possible au sujet de l’homosexualité, de l’islam et des autres sujets concernés est d’ores et déjà entièrement disponible et que les thèses prévalant actuellement à leur sujet ne seront jamais modifiées par le progrès des connaissances. Ce dispositif répressif revient à identifier les vues de la classe politique au pouvoir – pourtant bien fragiles, puisqu’elles sont essentiellement inspirées par la mode et les médias – avec quelque Savoir Absolu. J’aimerais qu’on me dise en quoi consiste, aux bûchers près, la différence entre ce dispositif pénal "moderne" et l’Inquisition (qu’on professe pourtant haïr). Mais l’analyse de la triste régression des Lumières en France dont ces lois de censure sont, tout à la fois, un symptôme et une cause, excède le propos du présent essai. »
Philippe Nemo, Qu'est-ce que l'Occident ?, Paris : PUF, 2004 (octobre), pages 143-144, note 64.


Normes juridiques supranationales et autres textes internationaux : 

  « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. » ONU, Déclaration universelle des droits de l’homme, 1948, article 19. [Texte dépourvu de valeur juridique contraignante]. 

« 1 Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n'empêche pas les Etats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations. 
2 L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire. »
Convention Européenne des Droits de l’Homme [Conseil de l’Europe, 1950], article 10. 

« La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui sont nécessaires à la protection de la sécurité, de l’ordre et de la santé publique, ou de la morale ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui. »
Pacte international relatif aux droits civils et politiques, 1966, article 18, alinéa 3.

 « Conformément à l'article premier de la présente Déclaration et sous réserve des dispositions du paragraphe 3 du dit article, le droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion ou de conviction implique, entre autres, les libertés suivantes :
a) La liberté de pratiquer un culte et de tenir des réunions se rapportant à une religion ou à une conviction et d'établir et d'entretenir des lieux à ces fins ;
b) La liberté de fonder et d'entretenir des institutions charitables ou humanitaires appropriées ;
« c) La liberté de confectionner, d'acquérir et d'utiliser, en quantité adéquate, les objets et le matériel requis par les rites ou les usages d'une religion ou d'une conviction ;
d) La liberté d'écrire, d'imprimer et de diffuser des publications sur ces sujets ;
e) La liberté d'enseigner une religion ou une conviction dans les lieux convenant à cette fin ;
f) La liberté de solliciter et de recevoir des contributions volontaires, financières et autres, de particuliers et d'institutions ;
g) La liberté de former, de nommer, d'élire ou de désigner par succession les dirigeants appropriés, conformément aux besoins et aux normes de toute religion ou conviction ;
h) La liberté d'observer les jours de repos et de célébrer les fêtes et cérémonies conformément aux préceptes de sa religion ou de sa conviction ;
i) La liberté d'établir et de maintenir des communications avec des individus et des communautés en matière de religion ou de conviction aux niveaux national et international. »
Déclaration sur l'élimination de toutes formes d'intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction, proclamée par l’Assemblée générale de l’ONU le 25 novembre 1981." (Résolution 36/55), article 6.


E / Jurisprudence internationale

1) Dans la décision sur l'affaire Handyside, la Cour dit qu'elle a, en la matière, un rôle de surveillance qui lui commande "de prêter une extrême attention aux principes propres à une société démocratique". L'article 10 § 2 n'a pas été violé par le Royaume Uni lorsque les tribunaux de celui-ci ont fait saisir un ouvrage pour les élèves des institutions scolaires âgés de 12 à 18 ans, publié en 1971 par le sieur Handyside, The Little Red Schoolbook, ouvrage qui a pour objet, notamment, de faire leur éducation sexuelle et qui affirme, entre autre, que "la pornographie est un plaisir inoffensif si on ne la prends pas au sérieux". ...
La Cour pose un principe libéral, à savoir que la liberté d'expression "vaut non seulement pour les "informations" ou "idées" accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l'État ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture, sans lesquels il n'est pas de "société démocratique". Cour Européenne des Droits de l’Homme, Handyside c. Royaune-Uni, 7 décembre 1976)

2) « La liberté de pensée, de conscience et de religion représente l'une des assises d'une société démocratique au sens de la Convention. Elle figure, dans sa dimension religieuse, parmi les éléments les plus essentiels de l'identité des croyants et de leur conception de la vie, mais elle est aussi un bien précieux pour les athées, les agnostiques, les sceptiques ou les indifférents. Il y va du pluralisme - chèrement conquis au cours des siècles - consubstantiel à pareille société. Si la liberté religieuse relève d'abord du for intérieur, elle implique de surcroît, notamment, celle de manifester sa religion ». Cour Européenne des Droits de l’Homme, Kokkinakis c/ Grèce, 25 mai 1993.

3) « La liberté d'expression vaut non seulement pour les "informations" ou "idées" accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels, il n'est pas de "société démocratique" ». Cour Européenne des Droits de l’Homme, 21 janvier 1999, n°29183/95, Fressoz et Roire c. France.


mardi 10 janvier 2017

L'HUMANISME ET LES LUMIÈRES FACE À L'ISLAM

Voir, pour les périodes antérieure et postérieure, ainsi que pour les autres courants de pensée, la page dont est extrait cet article :


MAUVAISES (ET BONNES) RÉPUTATIONS DE L'ISLAM


et aussi


DES CHRÉTIENS FACE À L'ISLAM


* * * * *


Rabelais, Montaigne, Montesquieu, Voltaire et Encyclopédie, Rousseau, Chevalier de Jaucourt dans Encyclopédie, Beaumarchais et Condorcet.


1580-1588 Montaigne (1533-1592)




« Le grand Seigneur [le Grand Turc, Soliman le magnifique] ne permet aujourd'hui ni à Chrétien ni à Juif d'avoir cheval à soi, à ceux qui sont sous son empire. » (Essais, I, xlviii, page 289 de l'édition Saulnier/Villey) 
« [...] quand Mahomet promet aux siens un paradis tapissé, paré d'or et de pierrerie, peuplé de garçes d'excellente beauté, de vins et de vivres singuliers, je vois bien que ce sont des moqueurs qui se plient à notre bêtise pour nous emmiéler et attirer par ces opinons et espérances, convenables à notre mortel appétit. » (II, xii, p. 518) 
« Je ne m'étonne plus de ceux que les singeries d'Apollonius [de Tyane] et de Mahomet embufflarent. Leur sens et entendement est entièrement étouffé en leur passion. » (III, x, 1013).

1532 : RABELAIS (1494 ? / 1553) :


« [Panurge] Je leur contais comment ces diables de Turcs sont bien malheureux de ne boire goutte de vin. Si autre mal n'était en l'Alchoran, de Mahumeth, encore ne me mettrais-je mie de sa loi. »
Pantagruel, chapitre XIV.


Baron de Montesquieu (1689-1755) :

???? « Les Mahométans, qui, pour se procurer des extases, se mettent dans des tombeaux où ils veillent et ne cessent de hurler, en sortent toujours avec l'esprit plus faible. » (Essai sur les causes qui peuvent affecter les esprits et les caractères, [Première partie]).


1721 : ‎« J'ai parlé à des mollaks qui me désespèrent avec leurs passages de l'Alcoran ; car je ne leur parle pas comme vrai Croyant, mais comme homme, comme citoyen, comme père de famille. » (Lettres persanes, 1721, lettre X).

« La religion juive est un vieux tronc qui a produit deux branches qui ont couvert toute la terre : je veux dire le mahométisme et le christianisme ; ou plutôt c’est une mère qui a engendré deux filles qui l’ont accablée de mille plaies : car, en fait de religion, les plus proches sont les plus grandes ennemies. Mais, quelque mauvais traitements qu’elle en ait reçus, elle ne laisse pas de se glorifier de les avoir mises au monde ; elle se sert de l’une et de l’autre pour embrasser le monde entier, tandis que, d’un autre côté, sa vieillesse vénérable embrasse tous les temps. [...] On s'est aperçu que le zèle pour les progrès de la Religion est différent de l'attachement qu'on doit avoir pour elle, et que, pour l'aimer et l'observer, il n'est pas nécessaire de haïr et de persécuter ceux qui ne l'observent pas. Il serait à souhaiter que nos Musulmans pensassent aussi sensiblement sur cet article que les Chrétiens. » (Lettres persanes, 1721, lettre LX).


" Ce n'est point la multiplicité des religions qui a produit ces guerres [de religion], c'est l'esprit d'intolérance, qui animait celle qui se croyait la dominante ; c'est cet esprit de prosélytisme que les Juifs ont pris des Égyptiens, et qui, d'eux, est passé, comme une maladie épidémique et populaire, aux Mahométans et aux Chrétiens ; c'est, enfin, cet esprit de vertige, dont les progrès ne peuvent être regardés que comme une éclipse entière de la raison humaine. " (Lettres persanes, 1721, lettre LXXXVI).

1748 : « Pendant que les princes mahométans donnent sans cesse la mort ou la reçoivent, la religion, chez les chrétiens, rend les princes moins timides, et par conséquent moins cruels. […] Sur le caractère de la religion chrétienne et celui de la mahométane, on doit, sans autre examen, embrasser l’une et rejeter l’autre : car il nous est bien plus évident qu’une religion doit adoucir les mœurs des hommes, qu’il ne l’est qu’une religion soit vraie. C’est un malheur pour la nature humaine, lorsque la religion est donnée par un conquérant. La religion mahométane, qui ne parle que de glaive, agit encore sur les hommes avec cet esprit destructeur qui l’a fondée. […] La religion des Guèbres rendit autrefois le royaume de Perse florissant ; elle corrigea les mauvais effets du despotisme : la religion mahométane détruit aujourd’hui ce même empire. »
De l’Esprit des loislivre XXIV, chapitres 3, 4 et 11.


Voltaire (1694-1778) et ENCYCLOPÉDIE :

1756 : « Mahomet, comme tous les enthousiastes, violemment frappé de ses idées, les débita d’abord de bonne foi, les fortifia par des rêveries, se trompa lui-même en trompant les autres, et appuya enfin, par des fourberies nécessaires, une doctrine qu’il croyait bonne. » Voltaire, Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, 1756, chapitre VI, "De l’Arabie et de Mahomet".

1756 : « Sa définition de Dieu est d’un genre plus véritablement sublime. On lui demandait quel était cet Allah qu’il annonçait : « C’est celui, répondit-il, qui tient l’être de soi-même, et de qui les autres le tiennent ; qui n’engendre point et qui n’est point engendré, et à qui rien n’est semblable dans toute l’étendue des êtres. » Cette fameuse réponse, consacrée dans tout l’Orient, se trouve presque mot à mot dans l’antépénultième chapitre du Koran.
[...]
Il n’y eut rien de nouveau dans la loi de Mahomet, sinon que Mahomet était prophète de Dieu.

En premier lieu, l’unité d’un être suprême, créateur et conservateur, était très ancienne. Les peines et les récompenses dans une autre vie, la croyance d’un paradis et d’un enfer, avaient été admises chez les Chinois, les Indiens, les Perses, les Égyptiens, les Grecs, les Romains, et ensuite chez les Juifs, et surtout chez les chrétiens, dont la religion consacra cette doctrine.

L’Alcoran reconnaît des anges et des génies, et cette créance vient des anciens Perses. Celle d’une résurrection et d’un jugement dernier était visiblement puisée dans le Talmud et dans le christianisme. Les mille ans que Dieu emploiera, selon Mahomet, à juger les hommes, et la manière dont il y procédera, sont des accessoires qui n’empêchent pas que cette idée ne soit entièrement empruntée. Le pont aigu sur lequel les ressuscités passeront, et du haut duquel les réprouvés tomberont en enfer, est tiré de la doctrine allégorique des mages.

C’est chez ces mêmes mages, c’est dans leur Jannat que Mahomet a pris l’idée d’un paradis, d’un jardin, où les hommes, revivant avec tous leurs sens perfectionnés, goûteront par ces sens mêmes toutes les voluptés qui leur sont propres, sans quoi ces sens leur seraient inutiles. C’est là qu’il a puisé l’idée de ces houris, de ces femmes célestes qui seront le partage des élus, et que les mages appelaient hourani, comme on le voit dans le Sadder. Il n’exclut point les femmes de son paradis, comme on le dit souvent parmi nous. Ce n’est qu’une raillerie sans fondement, telle que tous les peuples en font les uns des autres. Il promet des jardins, c’est le nom du paradis ; mais il promet pour souveraine béatitude la vision, la communication de l’Être suprême.

Le dogme de la prédestination absolue, et de la fatalité, qui semble aujourd’hui caractériser le mahométisme, était l’opinion de toute l’Antiquité : elle n’est pas moins claire dans l’Iliade que dans l’Alcoran.

À l’égard des ordonnances légales, comme la circoncision, les ablutions, les prières, le pèlerinage de la Mecque, Mahomet ne fit que se conformer, pour le fond, aux usages reçus. La circoncision était pratiquée de temps immémorial chez les Arabes, chez les anciens Égyptiens, chez les peuples de la Colchide, et chez les Hébreux. Les ablutions furent toujours recommandées dans l’Orient comme un symbole de la pureté de l’âme.

Point de religion sans prières. La loi que Mahomet porta, de prier cinq fois par jour, était gênante, et cette gêne même fut respectable. Qui aurait osé se plaindre que la créature soit obligée d’adorer cinq fois par jour son créateur ?

Quant au pèlerinage de la Mecque, aux cérémonies pratiquées dans le Kaaba et sur la pierre noire, peu de personnes ignorent que cette dévotion était chère aux Arabes depuis un grand nombre de siècles. Le Kaaba passait pour le plus ancien temple du monde ; et, quoiqu’on y vénérât alors trois cents idoles, il était principalement sanctifié par la pierre noire, qu’on disait être le tombeau d’Ismaël. Loin d’abolir ce pèlerinage, Mahomet, pour se concilier les Arabes, en fit un précepte positif.

Le jeûne était établi chez plusieurs peuples, et chez les Juifs, et chez les chrétiens. Mahomet le rendit très-sévère, en l’étendant à un mois lunaire, pendant lequel il n’est pas permis de boire un verre d’eau, ni de fumer, avant le coucher du soleil ; et ce mois lunaire, arrivant souvent au plus fort de l’été, le jeûne devint par là d’une si grande rigueur qu’on a été obligé d’y apporter des adoucissements, surtout à la guerre.

Il n’y a point de religion dans laquelle on n’ait recommandé l’aumône. La mahométane est la seule qui en ait fait un précepte légal, positif, indispensable. L’Alcoran ordonne de donner deux et demi pour cent de son revenu, soit en argent, soit en denrées.

On voit évidemment que toutes les religions ont emprunté tous leurs dogmes et tous leurs rites les unes des autres.

Dans toutes ces ordonnances positives, vous ne trouverez rien qui ne soit consacré par les usages les plus antiques. Parmi les préceptes négatifs, c’est-à-dire ceux qui ordonnent de s’abstenir, vous ne trouverez que la défense générale à toute une nation de boire du vin, qui soit nouvelle et particulière au mahométisme. Cette abstinence, dont les musulmans se plaignent, et se dispensent souvent dans les climats froids, fut ordonnée dans un climat brillant, où le vin altérait trop aisément la santé et la raison. Mais, d’ailleurs, il n’était pas nouveau que des hommes voués au service de la Divinité se fussent abstenus de cette liqueur. Plusieurs collèges de prêtres en Égypte, en Syrie, aux Indes, les nazaréens, les récabites, chez les Juifs, s’étaient imposé cette mortification.

Elle ne fut point révoltante pour les Arabes : Mahomet ne prévoyait pas qu’elle deviendrait un jour presque insupportable à ses musulmans dans la Thrace, la Macédoine, la Bosnie, et la Servie. Il ne savait pas que les Arabes viendraient un jour jusqu’au milieu de la France, et les Turcs mahométans devant les bastions de Vienne.

Il en est de même de la défense de manger du porc, du sang, et des bêtes mortes de maladies ; ce sont des préceptes de santé : le porc surtout est une nourriture très-dangereuse dans ces climats, aussi bien que dans la Palestine, qui en est voisine. Quand le mahométisme s’est étendu dans les pays plus froids, l’abstinence a cessé d’être raisonnable, et n’a pas cessé de subsister.

La prohibition de tous les jeux de hasard est peut-être la seule loi dont on ne puisse trouver d’exemple dans aucune religion. Elle ressemble à une loi de couvent plutôt qu’à une loi générale d’une nation. Il semble que Mahomet n’ait formé un peuple que pour prier, pour peupler, et pour combattre.

Toutes ces lois qui, à la polygamie près, sont si austères, et sa doctrine qui est si simple, attirèrent bientôt à sa religion le respect et la confiance. Le dogme surtout de l’unité d’un Dieu, présenté sans mystère, et proportionné à l’intelligence humaine, rangea sous sa loi une foule de nations, et jusqu’à des nègres dans l’Afrique, et à des insulaires dans l’Océan indien.

Cette religion s’appela l’Islamisme, c’est-à-dire résignation à la volonté de Dieu ; et ce seul mot devait faire beaucoup de prosélytes. Ce ne fut point par les armes que l’Islamisme s’établit dans plus de la moitié de notre hémisphère, ce fut par l’enthousiasme, par la persuasion, et surtout par l’exemple des vainqueurs, qui a tant de force sur les vaincus. Mahomet, dans ses premiers combats en Arabie contre les ennemis de son imposture, faisait tuer sans miséricorde ses compatriotes pénitents. Il n’était pas alors assez puissant pour laisser vivre ceux qui pouvaient détruire sa religion naissante ; mais sitôt qu’elle fut affermie dans l’Arabie par la prédication et par le fer, les Arabes, franchissant les limites de leur pays, dont ils n’étaient point sortis jusqu’alors, ne forcèrent jamais les étrangers à recevoir la religion musulmane. Ils donnèrent toujours le choix aux peuples subjugués d’être musulmans, ou de payer tribut. Ils voulaient piller, dominer, faire des esclaves, mais non pas obliger ces esclaves à croire. Quand ils furent ensuite dépossédés de l’Asie par les Turcs et par les Tartares, ils firent des prosélytes de leurs vainqueurs mêmes ; et des hordes de Tartares devinrent un grand peuple musulman. Par là on voit en effet qu’ils ont converti plus de monde qu’ils n’en ont subjugué.

Le peu que je viens de dire dément bien tout ce que nos historiens, nos déclamateurs et nos préjugés nous disent ; mais la vérité doit les combattre.

Bornons-nous toujours à cette vérité historique : le législateur des musulmans, homme puissant et terrible, établit ses dogmes par son courage et par ses armes ; cependant sa religion devint indulgente et tolérante. L’instituteur divin du christianisme, vivant dans l’humilité et dans la paix, prêcha le pardon des outrages ; et sa sainte et douce religion est devenue, par nos fureurs, la plus intolérante de toutes, et la plus barbare. »

1756 : " Comment dans ce temps-là même les mahométans, qui, sous Abdérame, vers l’an 734, subjuguèrent la moitié de la France, auraient-ils laissé subsister derrière les Pyrénées ce royaume des Asturies ? C’était beaucoup pour les chrétiens de pouvoir se réfugier dans ces montagnes et d’y vivre de leurs courses, en payant tribut aux mahométans. Ce ne fut que vers l’an 759 que les chrétiens commencèrent à tenir tête à leurs vainqueurs, affaiblis par les victoires de Charles Martel et par leurs divisions ; mais eux-mêmes, plus divisés entre eux que les mahométans, retombèrent bientôt sous le joug. Mauregat, à qui il a plu aux historiens de donner le titre de roi, eut la permission de gouverner les Asturies et quelques terres voisines, en rendant hommage et en payant tribut. Il se soumit surtout à fournir cent belles filles tous les ans pour le sérail d’Abdérame. Ce fut longtemps la coutume des Arabes d’exiger de pareils tributs ; et aujourd’hui les caravanes, dans les présents qu’elles font aux Arabes du désert, offrent toujours des filles nubiles."

1759" Les captifs, mes compagnons, ceux qui les avaient pris, soldats, matelots, noirs, basanés, blancs, mulâtres, et enfin mon capitaine, tout fut tué, et je demeurai mourante sur un tas de morts. Des scènes pareilles se passaient, comme on sait, dans l’étendue de plus de trois cents lieues, sans qu’on manquât aux cinq prières par jour ordonnées par Mahomet. " (Voltaire, Candide (1759), chapitre XI)


1762 JJ ROUSSEAU

" Mahomet eut des vues très saines ; il lia bien son système politique, et tant que la forme de son gouvernement subsista sous les califes ses successeurs, ce gouvernement fut exactement un, et bon en cela. Mais les Arabes, devenus florissants, lettrés, polis, mous et lâches, furent subjugués par des barbares ; alors la division entre les deux puissances [politique et religieuse] recommença ; quoiqu’elle soit moins apparente chez les mahométans que chez les chrétiens, elle y est pourtant, surtout dans la secte d’Ali ; et il y a des États, tels que la Perse, où elle ne cesse de se faire sentir. " (Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social, IV, viii, 1762)


1765 : Chevalier Louis de Jaucourt (1704-1779),

« MAHOMÉTISME, s. m. (Hist. des religions du monde.) religion de Mahomet. L'historien philosophe de nos jours [Voltaire] en a peint le tableau si parfaitement, que ce serait s'y mal connaître que d'en présenter un autre aux lecteurs.
Pour se faire, dit-il, une idée du Mahométisme, qui a donné une nouvelle forme à tant d'empires, il faut d'abord se rappeler que ce fut sur la fin du sixième siècle, en 570, que naquit Mahomet à la Mecque dans l'Arabie Pétrée. Son pays défendait alors sa liberté contre les Perses, et contre ces princes de Constantinople qui retenaient toujours le nom d'empereurs romains.
Les enfants du grand Noushirvan, indignes d'un tel père, désolaient la Perse par des guerres civiles et par des parricides. Les successeurs de Justinien avilissaient le nom de l'empire ; Maurice venait d'être détrôné par les armes de Phocas et par les intrigues du patriarche syriaque et de quelques évêques, que Phocas punit ensuite de l'avoir servi. Le sang de Maurice et de ses cins fils avait coulé sous la main du bourreau, et le pape Grégoire le grand, ennemis des patriarches de Constantinople, tâchaient d'attirer le tyran Phocas dans son parti, en lui proposant des louanges et en condamnant la mémoire de Maurice qu'il avait loué pendant sa vie. [...] Après avoir connu le caractère de ses concitoyens, leur ignorance, leur crédulité, et leur disposition à l'enthousiasme, il vit qu'il pouvait s'ériger en prophète, il feignit des révélations, il parla : il se fit croire d'abord dans sa maison, ce qui était probablement le plus difficile. [...]
Il enseignait aux Arabes, adorateurs des étoiles, qu'il ne fallait adorer que le Dieu qui les a faites, que les livres des Juifs et des Chrétiens s'étant corrompus et falsifiés, on devait les avoir en horreur : qu'on était obligé sous peine de châtiment éternel de prier cinq fois par jour, de donner l'aumône, et surtout, en ne reconnaissant qu'un seul Dieu, de croire en Mahomet son dernier prophète ; enfin de hasarder sa vie pour sa foi. [...]
Sa religion était d'ailleurs plus assujettissante qu'aucune autre, par les cérémonies légales, par le nombre et la forme des prières et des ablutions, rien n'étant plus gênant pour la nature humaine que des pratiques qu'elle ne demande pas et qu'il faut renouveler tous les jours.
Il proposait pour récompense une vie éternelle, où l'âme ferait enivrée de tous les plaisirs spirituels, le où le corps ressuscité avec ses sens, goûterait par ses sens mêmes toutes les voluptés qui lui font propres.,
Cette religion s'appela l'islamisme qui signifie résignation à la volonté de Dieu. Le livre qui la contient s'appela coran, c'est-à-dire, le livre, ou l'écriture, ou la lecture par excellence. [...]
On y voit surtout une ignorance profonde de la Physique la plus simple et la plus connue. C'est là la pierre de touche des livres que les fausses religions prétendent écrits par la Divinité. [...]
Le nouveau prophète donnait le choix à ceux qu'il voulait subjuguer d'embrasser sa secte ou de payer un tribut. [...] De tous les législateurs qui ont fondé des religions, il est le seul qui ait étendu la sienne par les conquêtes. [...]
Le peuple hébreux avait en horreur les autres nations, et craignait toujours d'être asservi. Le peuple arabe au contraire voulut tout attirer à lui, et se crut fait pour dominer. »
Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, tome 9, pages 864-865.


1765 : Denis DIDEROT (1713-1784),

« SARRASINS ou ARABES, philosophie des, : Le saint prophète ne savait ni lire ni écrire : de-là la haine des premiers musulmans contre toute espèce de connaissance ; le mépris qui s'en est perpétué chez leurs successeurs ; et la plus longue durée garantie aux mensonges religieux dont ils sont entêtés.

Mahomet fut si convaincu de l'incompatibilité de la Philosophie et de la Religion, qu'il décerna peine de mort contre celui qui s'appliquerait aux arts libéraux : c'est le même pressentiment dans tous les temps et chez tous les peuples, qui a fait hasarder de décrier la raison.

Le peu de lumière qui restait s'affaiblit au milieu du tumulte des armes, et s'éteignit au sein de la volupté ; l'alcoran fut le seul livre ; on brûla les autres, ou parce qu'ils étaient superflus s'ils ne contenaient que ce qui est dans l'alcoran, ou parce qu'ils étaient pernicieux, s'ils contenaient quelque chose qui n'y fût pas. Ce fut le raisonnement d'après lequel un des généraux ''sarrazins'' fit chauffer pendant six mois les bains publics avec les précieux manuscrits de la bibliothèque d'Alexandrie. On peut regarder Mahomet comme le plus grand ennemi que la raison humaine ait eu. Il y avait un siècle que sa religion était établie, et que ce furieux imposteur n'était plus, lorsqu'on entendait des hommes remplis de son esprit s'écrier que Dieu punirait le calife Almamon [Al-Ma’mūn calife de Bagdad de 813 à 833], pour avoir appelé les sciences dans ses États; au détriment de la sainte ignorance des fidèles croyants.  »
Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, tome 14 (1765), page 664, Neufchastel : Samuel Faulche et Compagnie.


1770 : VOLTAIRE :

« Cet Alcoran dont nous parlons est un recueil de révélations ridicules et de prédications vagues et incohérentes, mais de lois très bonnes pour le pays où il vivait, et qui sont toutes encore suivies sans avoir jamais été affaiblies ou changées par des interprètes mahométans, ni par des décrets nouveaux. »
Questions sur l'Encyclopédiearticle "Alcoran, ou plutôt le Koran".

« Il était bien difficile qu'une religion si simple et si sage, enseignée par un homme toujours victorieux, ne subjuguât pas une partie de la Terre. En effet les musulmans ont fait autant de prosélytes par la parole que par l'épée. Ils ont converti à leur religion les Indiens et jusqu'aux nègres. Les Turcs même leurs vainqueurs se sont soumis à l'islamisme. [...] Il défendit le vin, parce qu’un jour quelques-uns de ses sectateurs arrivèrent à la prière étant ivres. Il permit la pluralité des femmes, se conformant en ce point à l’usage immémorial des Orientaux. En un mot, ses lois civiles sont bonnes ; son dogme est admirable en ce qu’il a de conforme avec le nôtre ; mais les moyens sont affreux : c’est la fourberie et le meurtre. [...] Les premiers musulmans furent animés par Mahomet de la rage de l'enthousiasme. Rien n'est plus terrible qu'un peuple qui, n'ayant rien à perdre, combat à la fois par esprit de rapine et de religion. [...]
Il disait que « la jouissance des femmes le rendait plus fervent à la prière ». En effet pourquoi ne pas dire benedicite et grâces au lit comme à table ? une belle femme vaut bien un souper. On prétend encore qu’il était un grand médecin ; ainsi il ne lui manqua rien pour tromper les hommes. »
Questions sur l'Encyclopédiearticle "Alcoran, ou plutôt le Koran", section II.

« Nous convenons avec Grotius que les mahométans ont prodigué des rêveries. Un homme qui recevait continuellement les chapitres de son Koran des mains de l’ange Gabriel était pis qu’un rêveur : c’était un imposteur, qui soutenait ses séductions par son courage. Mais certainement il n’y avait rien ni d’étourdi, ni de sale, à réduire au nombre de quatre le nombre indéterminé de femmes que les princes, les satrapes, les nababs, les omras de l’Orient, nourrissaient dans leurs sérails. Il est dit que Salomon avait sept cents femmes et trois cents concubines. »
Questions sur l'Encyclopédie, article " AROT ET MAROTS ET COURTE REVUE DE L’ALCORAN ".

1774 

Je vous le dis encore, ignorants imbéciles, à qui d’autres ignorants ont fait accroire que la religion mahométane est voluptueuse et sensuelle, il n’en est rien [Voyez Essai sur les Mœurs, chapitre vii, tome XI, page 216 ; et dans les Mélanges, année 1767, le chapitre iii de la Défense de mon oncle.] ; on vous a trompés sur ce point comme sur tant d’autres.
Chanoines, moines, curés même, si on vous imposait la loi de ne manger ni boire depuis quatre heures du matin jusqu’à dix du soir, pendant le mois de juillet, lorsque le carême arriverait dans ce temps ; si on vous défendait de jouer à aucun jeu de hasard sous peine de damnation ; si le vin vous était interdit sous la même peine ; s’il vous fallait faire un pèlerinage dans des déserts brûlants ; s’il vous était enjoint de donner au moins deux et demi pour cent de votre revenu aux pauvres ; si, accoutumés à jouir de dix-huit femmes, on vous en retranchait tout d’un coup quatorze ; en bonne foi, oseriez-vous appelez cette religion sensuelle ?
Les chrétiens latins ont tant d’avantages sur les musulmans, je ne dis pas en fait de guerre, mais en fait de doctrine ; les chrétiens grecs les ont tant battus en dernier lieu depuis 1769 jusqu’en 1773, que ce n’est pas la peine de se répandre en reproches injustes sur l’islamisme.
Tâchez de reprendre sur les mahométans tout ce qu’ils ont envahi ; mais il est plus aisé de les calomnier.
Je hais tant la calomnie que je ne veux pas même qu’on impute des sottises aux Turcs, quoique je les déteste comme tyrans des femmes et ennemis des arts.
Je ne sais pourquoi l’historien du Bas-Empire prétend [Douzième volume, page 209. (Note de Voltaire.)] que Mahomet parle dans son Koran de son voyage dans le ciel ; Mahomet n’en dit pas un mot, nous l’avons prouvé [Voyez " Arot et Marot " ; et dans les Mélanges, année 1750, le Remerciement sincère à un homme charitable ; et, année 1767, le chapitre xii de l’Examen important de milord Bolingbroke].
Il faut combattre sans cesse. Quand on a détruit une erreur, il se trouve toujours quelqu’un qui la ressuscite [Voyez Arot et Marot, et Alcoran. (Note de Voltaire)] " (Questions sur l'Encyclopédie, article "Mahométans")


Vers 1782 Marquis de Sade
« Voudrais-tu que j'adoptasse les rêveries de Confucius, plutôt que les absurdités de Brahma, adorerais-je le grand serpent des nègres, l'astre des Péruviens ou le dieu des armées de Moïse, à laquelle des sectes de Mahomet voudrais-tu que je me rendisse, ou quelle hérésie de chrétiens serait selon toi préférable ? [...] Reviens à la raison, prédicant, ton Jésus ne vaut pas mieux que Mahomet, Mahomet pas mieux que Moïse, et tous trois pas mieux que Confucius qui pourtant dicta quelques bons principes pendant que les trois autres déraisonnaient; mais en général tous ces gens-là ne sont que des imposteurs, dont le philosophe s'est moqué, que la canaille a crus et que la justice aurait dû faire pendre. »

1784 : Caron de Beaumarchais :
« Je me jette à corps perdu dans le théâtre ; me fussé-je mis une pierre au cou ! Je broche une comédie dans les mœurs du sérail ; auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : à l’instant un envoyé … de je ne sais où se plaint que j’offense dans mes vers la Sublime Porte [les Turcs], la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, toute l’Égypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant : « chiens de chrétiens » ! Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant. »
Le Mariage de Figaro (1784), V, iii.

1794 : Marquis de CONDORCET (1743-1794 ) :

« À Constantinople même le despotisme militaire des sultans a été forcé de plier devant le crédit des interprètes privilégiés des lois de l'alcoran. » (Cinq mémoires sur l’instruction publique (1791), Premier mémoire " Nature et objet de l’instruction publique ").
« J'exposerai comment la religion de Mahomet, la plus simple dans ses dogmes, la moins absurde dans ses pratiques, la plus tolérante dans ses principes, semble condamner à un esclavage éternel, à une incurable stupidité, toute cette vaste portion de la Terre où elle a étendu son empire ; tandis que nous allons voir briller le génie des sciences et de la liberté sous les superstitions les plus absurdes, au milieu de la plus barbare intolérance. La Chine nous offre le même phénomène, quoique les effets de ce poison abrutissant y aient été moins funestes. »
Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, " Sixième époque, Décadence des Lumières, jusqu'à leur restauration vers le  temps des croisades ", Paris : Masson, 1822 [1794].
« Frédéric II fut soupçonné d’être ce que nos prêtres du XVIIIe siècle ont depuis appelé un Philosophe. Le pape l’accusa, devant toutes les nations, d’avoir traité de fables politiques les religions de Moïse, de Jésus et de Mahomet. On attribuait à son chancelier, Pierre Des Vignes, le livre imaginaire des Trois Imposteurs. Mais le titre seul annonçait l’existence d’une opinion, résultat bien naturel de l’examen de ces trois croyances, qui, nées de la même source, n’étaient que la corruption d’un culte plus pur, rendu, par des peuples plus anciens à l’âme universelle du monde. » Esquisse..., " Septième époque : Depuis les premiers progrès des sciences, lors de leur restauration dans l’Occident, jusqu’à l’invention de l’imprimerie. "