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mercredi 26 février 2020

L'ARTICLE "GAYSSOT" (Loi du 13/7/1990) ET LA DÉFUNTE LOI BOYER

Voir aussi 

POLICE DE LA PAROLE ET CORRECTION POLITIQUE

Denis Diderot : « Nous parlerons contre les lois insensées jusqu’à ce qu’on les réforme ; et, en attendant, nous nous y soumettrons. Celui qui, de son autorité privée, enfreint une mauvaise loi, autorise tout autre à enfreindre les bonnes. » (Supplément au Voyage de Bougainville).

A /  Le politiquement correct, ou, mieux dit, la correction politique (correction au double sens de rectification et de punition), incarne ce Big Brother d'Orwell à la fois guide, surveillant, censeur médiatique et pénal des paroles. La " Gayssot attitude ", initiée dès 1986 par des députés socialistes au nom de la " défense de la vérité ", en acte en 1990 et prolongée par les lois mémorielles de janvier et mai 2001, et février 2005, par la loi Perben/Halde du 30 décembre 2004, puis par le vote de l'Assemblée du 22 décembre 2011 et du Sénat le lendemain (loi "génocide arménien" retoquée par le Conseil constitutionnel, mais qui a failli nous être resservie en décembre 2015), bloquent la marche du savoir, selon l'expression de l’historien français François Furet [1], car par la censure qu'elle établit, elle empêche la double confrontation des arguments et des éléments de documentation.


   Dans Le Monde du 28/29 janvier 1990, le journaliste militant Edwy Plenel dénonçait un maître de conférences de l'université Lyon III-Jean Moulin, Bernard Notin, auteur dans le n°32 hors-série (août 1989) d'Économies et Sociétés (P.U. de Grenoble), d'un article contenant ces lignes :
   "Le réel passe alors en jugement devant l'irréel [Belle formule, que je reprends souvent]. Le thème, historique, des chambres à gaz homicides, est très révélateur de ce procès. Les preuves proposées pour en démontrer l'existence évoluent au gré des circonstances et des époques mais s'extraient d'une boite à malices comprenant trois tiroirs : Tout en bas : la visite des locaux (peu crédibles). Au milieu : l'affirmation des vainqueurs (elles ont existé). En haut : les on-dits (histoire de l'homme qui a vu l'homme qui...). Au total, on en postule l'existence, et qu'importe la réalité de cette réalité. On reconnaîtra là le fondement de toute tyrannie."
Bizarrement, cet article n'est même plus mentionné dans l'index de la revue...

* * * * *
" Ils [les historiens] savent que la recherche, qui a beaucoup progressé, n’a pas hésité à transgresser des tabous déjà inscrits dans la mémoire : non, nous n’avons pas de preuves du fonctionnement d’une chambre à gaz à Dachau ; non, quatre millions d’êtres humains n’ont pas disparu à Auschwitz. [...] La loi impose des interdits, elle édite des prescriptions, elle peut définir des libertés. Elle est de l’ordre du normatif. Elle ne saurait dire le vrai. Non seulement rien n’est plus difficile à constituer en délit qu’un mensonge historique, mais le concept même de vérité historique récuse l’autorité étatique. L’expérience de l’Union soviétique devrait suffire en ce domaine. Ce n’est pas pour rien que l’école publique française a toujours garanti aux enseignants le libre choix des manuels d’histoire. "
Madeleine Rebérioux, « Le génocide, le juge et l’historien », L’Histoire, n°138, novembre 1990.

   Ce que l’on appelle aujourd'hui « loi Gayssot » (loi 90-615 du 13 juillet 1990), instituait, en son article 9, le nouvel article 24 bis de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Article modifié par la loi n° 2017-86 du 27 janvier 2017 relative à l'égalité et à la citoyenneté.


  La Cour de cassation refusa quatre fois la possibilité d'un examen de cet article par le Conseil constitutionnel via une QPC :

Arrêts des :
7 mai 2010,
21 juin 2011 (Dieudonné),
5 décembre 2012,
6 mai 2014 (Vincent Reynouard).

Le 6 octobre 2015, cette même Cour accepta enfin la QPC posée par Vincent Reynouard, pour la raison suivante :
" La disposition critiquée, qui incrimine la seule contestation des crimes contre l’humanité définis par l’article 6 du statut du tribunal militaire international annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis, soit par des membres d’une organisation criminelle en application de l’article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale, est susceptible de créer une inégalité devant la loi et la justice. "
QPC 2015-512 : Le Conseil constitutionnel jugea que cette disposition n'était contraire ni à la liberté d'expression
"7. les dispositions contestées ont pour objet de réprimer un abus [incitation au racisme et à l'antisémitisme] de l'exercice de la liberté d'expression et de communication qui porte atteinte à l'ordre public et aux droits des tiers [...] seule la négation, implicite ou explicite, ou la minoration outrancière de ces crimes est prohibée "
ni au principe d'égalité
" 10. la négation de faits qualifiés de crime contre l'humanité par une décision d'une juridiction française ou internationale reconnue par la France se différencie de la négation de faits qualifiés de crime contre l'humanité par une juridiction autre ou par la loi "
Décision n° 2015-512 QPC du 8 janvier 2016. (séance du 7 janvier 2016, où siégeaient : M. Jean-Louis DEBRÉ, Président, Mmes Claire BAZY MALAURIE, Nicole BELLOUBET, MM. Guy CANIVET, Renaud DENOIX de SAINT MARC, Jean-Jacques HYEST, Lionel JOSPIN et Mme Nicole MAESTRACCI).

* * * * *


B / Alinéas de l'article 24 bis de cette loi sur la liberté de la presse (version en vigueur au 13 novembre 2019) :


[I]  " Seront punis d'un an d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende ceux qui auront contesté, par un des moyens énoncés à l'article 23, l'existence d'un ou plusieurs crimes contre l'humanité tels qu'ils sont définis par l'article 6 du statut du tribunal militaire international annexé à l'accord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres d'une organisation déclarée criminelle en application de l'article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale.

[II] Seront punis des mêmes peines ceux qui auront nié, minoré ou banalisé de façon outrancière, par un des moyens énoncés à l’article 23, l’existence d’un crime de génocide autre que ceux mentionnés au premier alinéa du présent article, d’un autre crime contre l’humanité, d’un crime de réduction en esclavage ou d’exploitation d’une personne réduite en esclavage ou d’un crime de guerre défini aux articles 6, 7 et 8 du statut de la Cour pénale internationale signé à Rome le 18 juillet 1998 et aux articles 211-1 à 212-3, 224-1 A à 224-1 C et 461-1 à 461-31 du code pénal, lorsque :

1° Ce crime a donné lieu à une condamnation prononcée par une juridiction française ou internationale. "

[« 2° Ou la négation, la minoration ou la banalisation de ce crime constitue une incitation à la violence ou à la haine à l’égard d’un groupe de personnes ou d’un membre d’un tel groupe défini par référence à la prétendue race, la couleur, la religion, l’ascendance ou l’origine nationale. » : Dispositions déclarées non conformes à la Constitution par la décision du Conseil constitutionnel n° 2016-745 DC du 26 janvier 2017, considérant 197]

Le tribunal pourra en outre ordonner :
1° L'affichage ou la diffusion de la décision prononcée dans les conditions prévues par l'article 131-35 du code pénal. "


Références que cet article ne donne pas :

[II] Article 6 (c) :
"Les Crimes contre l’Humanité" : "c’est-à-dire l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain commis contre toutes populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, lorsque ces actes ou persécutions, qu’ils aient constitué ou non une violation du droit interne du pays où ils ont été perpétrés, ont été commis à la suite de tout crime rentrant dans la compétence du Tribunal, ou en liaison avec ce crime."
[III] Article 9 :
"Lors d'un procès intenté contre tout membre d'un groupe ou d'une organisation quelconques, le Tribunal pourra déclarer (à l'occasion de tout acte dont cet individu pourrait être reconnu coupable) que le groupe, ou l'organisation à laquelle il appartenait était une organisation criminelle.Après avoir reçu l'acte d'accusation, le Tribunal devra faire connaître, de la manière qu'il jugera opportune, que le Ministère Public a l'intention de demander au Tribunal de faire une déclaration en ce sens et tout membre de l'organisation aura le droit de demander au Tribunal à être entendu par celui-ci sur la question du caractère criminel de l'organisation. Le Tribunal aura compétence pour accéder à cette demande ou la rejeter. En cas d'admission de la demande, le Tribunal pourra fixer le mode selon lequel les requérants seront représentés et entendus."


L’expression « chambres à gaz » ne figure dans aucun des textes cités aux §§ [I] à [III].  Détail ?

Parmi les auteurs signataires de cet Accord concernant la poursuite et le châtiment des grands criminels de guerre des Puissances européennes de l'Axe et statut du tribunal international militaire. Londres, 8 août 1945, figuraient les Français Henri Donnedieu de Vabres (1880-1952) et Robert Falco (1882-1960). 


Dispositions annexes :


Article 48-2
Toute association régulièrement déclarée depuis au moins cinq ans à la date des faits, qui se propose, par ses statuts, de défendre les intérêts moraux et l'honneur de la Résistance ou des déportés peut exercer les droits reconnus à la partie civile en ce qui concerne l'apologie des crimes ou délits de collaboration avec l'ennemi et en ce qui concerne l'infraction prévue par l'article 24 bis.

Article 50-1 (créé par l'article 39 de la Loi Sarkozy n°2007-297 du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance)

Lorsque les faits visés par les articles 24 et 24 bis résultent de messages ou informations mis à disposition du public par un service de communication au public en ligne et qu'ils constituent un trouble manifestement illicite, l'arrêt de ce service peut être prononcé par le juge des référés, à la demande du ministère public et de toute personne physique ou morale ayant intérêt à agir.

Article 65-3
Pour les délits prévus par les septième et huitième alinéas de l'article 24, l'article 24 bis, les deuxième et troisième alinéas de l'article 32 et les troisième et quatrième alinéas de l'article 33, le délai de prescription prévu par l'article 65 [al. 1 : trois mois] est porté à un an.
« Pour ces délits, le deuxième alinéa de l'article 65 n'est pas applicable. » »

* * * * *

   Une société de connaissance ouverte, héritière des cultures grecque et romaine, ne peut plus accepter une telle disposition soumettant le débat, public ou spécialisé, présent et futur aux décisions d’un tribunal militaire (Accords de Londres du 8 août 1945), prises il y a plus de 72 ans, alors même que l'histoire de la Seconde guerre mondiale en était au point zéro, que l'État totalitaire de Staline était partie prenante de ce tribunal.

De plus, le Gouvernement provisoire de la République française (juin 1944 / octobre 1946) signataire de ces accords n'émanait pas du suffrage universel (les premiers scrutins n'ayant eu lieu que le 21 octobre 1945), ce qui n'assure pas rétroactivement la condition constitutionnelle de l'article 55 C., " traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ".

  Georges Clémenceau aurait déclaré : " La justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique. " La France supprima la justice militaire de la Cour de sûreté de l'État (loi du 4 août 1981) ; et voilà qu'elle institue durablement l'histoire militaire ...

  Enfin, le caractère rétroactif et ad hoc de la définition du crime contre l'humanité heurte les fondements du droit, dont le principe général du droit (PGD) de non-rétroactivité de la loi pénale.

  L'application  concrète de cette disposition Gayssot oscille entre une injonction de proclamer une croyance aux gazages ou au chiffre mythique de six millions, et l'interdiction d'émettre une incroyance ou un doute quelconque. C'est ici un obscurantisme, un refus de savoir, qui est à l'œuvre, comme d'ailleurs dans la loi Halde (loi Perben) du 30 décembre 2004 sur la question de l'homophobie
" TITRE III : RENFORCEMENT DE LA LUTTE CONTRE LES PROPOS DISCRIMINATOIRES À CARACTÈRE SEXISTE OU HOMOPHOBE "
avec cette ahurissante et liberticide notion de " propos discriminatoires ".


C /  La loi du 26 janvier 1984, article 3, alinéa 1 (devenu l'article L. 141-6 du Code de l'Éducation), énonce un principe fondamental reconnu par les lois de la République (PFRLR) :
  " Le service public de l’enseignement supérieur est laïc et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l’objectivité du savoir ; il respecte la diversité des opinions. Il doit garantir à l’enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique. "
  La mécanique de la  correction politique va-t-elle si vite que ces mots ne veuillent plus rien dire aujourd’hui ? Dans la culture occidentale, on se devrait, pour la qualité de l’Instruction publique, de fournir en permanence les éléments objectifs établissant les faits scientifiques ou historiques, justifiant les diverses théories ou politiques élaborées à partir de ces faits. On ne peut s’en tenir à la position irréfléchie et improvisée de 34 historiens français qui eurent ce que le philosophe Paul Thibaud, alors directeur de la revue Esprit, appela "un réflexe de cordon sanitaire" ; ils proclamèrent leur refus de débattre :
 "Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été techniquement possible puisqu’il a eu lieu. [...] Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de débat sur l’existence des chambres à gaz." (Le Monde, 21 février 1979).
  Plusieurs d’entre eux s'opposèrent par la suite à cet "article Gayssot", et aucun des historiens français alors spécialistes de la Seconde guerre mondiale : Henri Amouroux, Henri Michel, René Rémond, n'avait signé cette proclamation. Le linguiste Noam Chomsky rappela, à Ce soir ou jamais (31 mai 2010), les raisons pour lesquelles il défendait en 1980, par une préface remarquée au Mémoire en défense de Robert Faurisson, sa conception radicale de la liberté d'expression.

   Le philosophe Jean-François Lyotard (1924-1998) posa cette " question de méthode " :
" Comment savoir que l’adversaire est de mauvaise foi, tant qu’on n’a pas cherché à le convaincre et qu’il n’a pas manifesté par sa conduite son mépris des règles scientifiques ? " (Le Différend, Paris : Minuit, 1983, paragraphe 34).
La « Gayssot attitude » rencontra l’opposition, répétée deux fois, du Sénat ; cette loi du 13 juillet 1990, longtemps non contrôlée à par le Conseil constitutionnel [2], fut déplorée par la majorité des historiens et des juristes, de même que l’ensemble des lois ou résolutions mémorielles : reconnaissance du génocide arménien par la loi du  29 janvier 2001loi Taubira sur l'esclavage du 21 mai 2001 et  loi du 23 février 2005 sur la colonisation.


Appel du 12 décembre 2005 de "Liberté pour l’histoire" :

  " Émus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l’appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants : L’histoire n’est pas une religion. L’historien n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant. L’histoire n’est pas la morale. L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner, il explique. L’histoire n’est pas l’esclave de l’actualité. L’historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n’introduit pas dans les événements d’autrefois la sensibilité d’aujourd’hui. L’histoire n’est pas la mémoire. L’historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L’histoire tient compte de la mémoire, elle ne s’y réduit pas. L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un État libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’État, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire. C’est en violation de ces principes que des articles de lois successives - notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 - ont restreint la liberté de l’historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu’il doit chercher et ce qu’il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites. Nous demandons l’abrogation de ces dispositions législatives indignes d’un régime démocratique. "


   Les signataires de cet appel : "Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock." http://www.lph-asso.fr/

   Parce que pris sous le coup de l’émotion exploitée politiquement de la profanation du cimetière juif de Carpentras (nuit du 8 au 9 mai 1990), Jacques Toubon, aujourd'hui Défenseur des droits, déplora cet article Gayssot :
« Certains objectent que si c'est bien l'histoire qui fait la vérité et si ce n'est pas à la loi de l'imposer, certains propos vont trop loin et il ne faut pas permettre de les exprimer. Mais c'est glisser insensiblement vers le délit politique et vers le délit d'opinion. [... ] Sur le principe, l'article 24 bis représente, à mon avis, une très grave erreur politique et juridique. Il constitue en réalité une loi de circonstance, et je le regrette beaucoup. Une année s'est écoulée. Nous ne sommes pas à un mois des événements de Carpentras. [... ] Il est parfaitement clair que l'institution d'un délit de révisionnisme a fait régresser notre législation, car c'est un pas vers le délit d'opinion. Cela a fait régresser l'histoire parce que cela revient à poser que celle-ci peut-être contestée. Je suis contre le délit de révisionnisme, parce que je suis pour le droit et pour l’histoire, et que le délit de révisionnisme fait reculer le droit et affaiblit l’histoire ». [Assemblée Nationale, troisième séance du 21 juin 1991].

  Le 7 octobre 1996, l’Académie des Sciences Morales et Politiques, à l’unanimité, souhaita que l’on revienne sur cette disposition (Le Figaro, 18 octobre 1996). Plusieurs juristes français exprimèrent rapidement réticences et inquiétudes face à une disposition d’inspiration totalitaire, comme le souligna le Noam Chomsky sur France 3. Selon François Terré, professeur agrégé de philosophie du droit à Paris-II,
« En érigeant le révisionnisme - lequel est aberrant - en infraction pénale, on porte atteinte : a) à la Déclaration de 1789 : " Nul ne doit être inquiété pour ses opinions [...] " b) à la libre recherche scientifique, consacrée par les lois de la République, et dont la liberté d’expression est une illustration [en fait : la source]. » (Le Figaro, 29 juin 1990, page 2)
   Les procès contre Robert Faurisson, puis des affaires récentes ont montré que cette disposition est devenue, sous couvert de lutte contre l’antisémitisme, la clef de voûte de la police judéo-médiatique de la parole (je dis "judéo-" en raison des nombreuses actions en justice initiées par la LICRA, le CRIF, l'UEJF et le Consistoire). Mais en assimilant le révisionnisme historique à une intifada, puis en cherchant des soutiens du côté des islamistes, Faurisson s'est, il me semble, complètement déconsidéré ; cependant le problème de la liberté de la recherche historique demeure entier.

  Dans une décision Garaudy du 24 juin 2003, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) considéra que "la contestation des crimes contre l'humanité [commis pendant la seconde Guerre mondiale] apparaît comme l'une des formes les plus aiguës de diffamation raciale envers les Juifs et d'incitation à la haine à leur égard. La négation ou la révision de faits historiques de ce type remettent en cause les valeurs qui fondent la lutte contre le racisme et l'antisémitisme et sont de nature à troubler gravement l'ordre public." Mais il est bien loin d'être certain que ce privilège d'incontestabilité accordé à un point de l'histoire des juifs soit de nature à contrer efficacement l'antisémitisme.

   Les condamnations (T.G.I., puis appel) du député européen Bruno Gollnisch ont été cassées sans renvoi par arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation le 23 juin 2009 ; les propos imputés par la citation du procureur Richaud à Bruno Gollnisch :
« l’existence des chambres à gaz, c’est aux historiens d’en discuter…moi je ne nie pas les chambres à gaz homicides mais la discussion doit rester libre….je pense que sur le drame concentrationnaire, la discussion doit rester libre. »
 - ne constituent donc pas, pour cette Cour, le délit de contestation d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité.


§ D / 1  Rares, hélas, sont ceux qui comprennent que la liberté d’expression est constitutionnellement [3] la première des libertés, la liberté étant le premier des quatre droits fondamentaux de 1789, et que le principe d’attribution de ces droits est l’égalité. La liberté d’expression doit donc valoir pour tous et pour tous les sujets, sinon elle se réduit à un simple privilège de classe ou de caste.


   La démocratie n’est ni « Ferme ta gueule », ni « Cause toujours », mais cet esprit d'abord socratique puis voltairien qui fait suivre le désaccord d’une argumentation, d’une réfutation si nécessaire :
  « En général, il est de droit naturel de se servir de sa plume comme de sa langue, à ses périls, risques et fortune. Je connais beaucoup de livres qui ont ennuyé, je n’en connais point qui aient fait de mal réel. [...] Mais, paraît-il parmi vous quelque livre nouveau dont les idées choquent un peu les vôtres (supposé que vous ayez des idées), ou dont l’auteur soit d’un parti contraire à votre faction, ou, qui pis est, dont l’auteur ne soit d’aucun parti : alors vous criez au feu ; c’est un bruit, un scandale, un vacarme universel dans votre petit coin de terre. Voilà un homme abominable, qui a imprimé que si nous n’avions point de mains, nous ne pourrions faire des bas ni des souliers [Helvétius, De l’Esprit, I, 1] : quel blasphème ! Les dévotes crient, les docteurs fourrés s’assemblent, les alarmes se multiplient de collège en collège, de maison en maison ; des corps entiers sont en mouvement et pourquoi ? Pour cinq ou six pages dont il n’est plus question au bout de trois mois. Un livre vous déplaît-il, réfutez-le ; vous ennuie-t-il, ne le lisez pas. » Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, article « Liberté d’imprimer ».
   Il faudrait rétablir une "liberté d’expression globale", comme le souhaita le fondateur d’Agora Vox au forum  Liberté de la presse et concentration dans les médias, site du Nouvel Obs, 21 février 2007 : Question [la mienne en fait] :
« "L’omerta autour du 11 septembre 2001 est un autre cas intéressant à étudier" [réponse de Revelli à une question précédente] Parleriez-vous aussi d’omerta autour de l’Holocauste ? » 
Réponse de Carlo Revelli : « Je ne pense pas que j’associerais ces deux termes entre eux... En revanche, je pense que le fait qu’on puisse mal discuter de l’Holocauste tend à favoriser l’essor "underground" des thèses négationnistes. Je suis pour une liberté d’expression globale. »

§ D / 2 Petit dialogue dans Répliques (émission produite par Alain Finkielkraut) du 6 juillet 2002, sur France Culture :
Élisabeth Lévy à BHL : Je sais que vous connaissez Alain Finkielkraut, vous ne pouvez pas le soupçonner je crois de complaisance à l'antisémitisme [...] vous répétez "Renaud Camus est un fieffé antisémite", pourquoi, BHL, ne vous êtes-vous pas demandé, à aucun moment : mais si AF le soutient, peut-être que je peux me tromper ?
BHL : A ce compte là, il y a dix ans, j'aurais dû me dire : attention, si Noam Chomsky préface Faurisson,
BHL : alors je devrais ... Noam Chomsky est un grand intellectuel [...] j'aurais dû me demander, me poser la question : tiens ! tiens ! tiens ! si Chomsky préface Faurisson, c'est peut-être qu'il y a un noyau ...
ÉL : excusez-moi, c'est pas exactement la même chose, mais non ...
ÉL : Vous n'avez pas le moindre doute, c'est ça que je veux dire.
BHL : Comment voulez-vous que j'ai des doutes ? On est dans un univers bizarre, voilà un type, RC, qui arrive et qui dans un Journal d'abord, compte les juifs de France Culture.
Ce jour-là, à Répliques, il y en avait trois sur trois ... L'interdit sur le révisionnisme verrouille les débats, cloue le bec à Élisabeth Lévy elle-même ; c'est l'argument ad Faurissonem ; si on a le droit de juger sans examiner dans l'affaire Faurisson, droit accordé par la correction politique, on l'a donc aussi chaque fois que l'on est moralement indigné... 

   À la question de Montaigne :
« Est-il chose qu’on vous propose pour l’avouer ou refuser, laquelle il ne soit pas loisible de considérer comme ambiguë ? » (Essais, II, xii, page 503 de l’édition PUF/Villey),
Kant répondait :
« Chacun est, qu’il le veuille ou non, forcé de croire à un fait tout autant qu’à une démonstration mathématique, pourvu que ce fait soit suffisamment avéré. » Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ? (1786) ; traduction Pierre Jalabert, in Œuvres philosophiques, tome 2, Paris : Gallimard, 1985, collection "Bibliothèque de la Pléiade".
D’où l'exigence de pouvoir examiner librement si le fait est, ou non, avéré. " Ma créance [croyance] ne se manie pas à coups de poing ", osait Montaigne (III, xi). À défaut de ce libre examen, on porte tort, comme le nota, avant Sigmund Freud, John Stuart Mill, au développement mental de ceux que l’on intimide par la crainte de l’hérésie (On Liberty, chapitre II, « Of the Liberty of Thought and Discussion », 1859). Il y a là un interdit public, de type religieux, archaïque, défavorable à la fonction intellectuelle, et contraire, par son aspect religieux, à la laïcité, prise sous son angle essentiel de la liberté de conscience.


§ D / 3 L'hebdomadaire Rivarol fut condamné en Cour d'appel de Paris le 21 janvier 2009 pour "contestations de crimes contre l'humanité", pour un entretien avec Jean-Marie Le Pen qui estimait que l'occupation allemande n'avait pas "été particulièrement inhumaine" (a). Rivarol souleva alors une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). "Tout a été dit sur le caractère liberticide de cette loi, selon le conseil de M. Le Pen, Bruno Le Griel, rappelant que la Cour de cassation avait invalidé, en juin 2009, la condamnation de Bruno Gollnisch. Intervenant pour la Fédération nationale des déportés, Arnaud Lyon-Caen jugea que la question n'était pas sérieuse car il était "inconcevable que le Conseil constitutionnel abroge la loi Gayssot", rappelant que la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) avait décidé qu'elle ne portait pas atteinte à la liberté d'expression. Pour lever "les divisions et les doutes", l'avocate générale Anne-Marie Batut demanda, sans succès, que cette question soit transmise au Conseil constitutionnel. La condamnation de Rivarol est devenue définitive après le rejet, en juin 2013, de son pourvoi en cassation.


a.
« En France, du moins, l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine, même s’il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550 000 kilomètres carrés […]. Il y a donc une insupportable chape de plomb qui pèse depuis des décennies sur tous ces sujets et qui, comme vous le dites, va en effet être réactivée cette année […]. Mais le plus insupportable à mes yeux, c’est l’injustice de la justice […]. Ce n’est pas seulement de l’Union européenne et du mondialisme que nous devons délivrer notre pays, c’est aussi des mensonges sur son histoire, mensonges protégés par des mesures d’exception. D’où notre volonté constante d’abroger toutes les lois liberticides, Pleven, Gayssot, Lellouche, Perben II. Car un pays et un peuple ne peuvent rester ou devenir libres s’ils n’ont pas le droit à la vérité dans tous les domaines. Et cela quoi qu’il en coûte ».
Je peux donner un témoignage personnel : mes parents, instituteurs dans une école occupée des Alpes de Haute-Provence, m'ont toujours dit qu'ils avaient pu compléter leur maigre ordinaire grâce à un cuisinier fridolin anti-Hitler, les paysans du coin étant surtout préoccupés des activités et gros revenus du "marché noir", et leur proposant seulement ce dont "les cochons ne voulaient plus".

E /  Par la loi mémorielle du 29 janvier 2001, la France reconnut le "génocide arménien", et une proposition de loi de Valérie Boyer (réélue députée UMP de Marseille) demanda la répression pénale de sa contestation. Cette proposition fut adoptée par l'Assemblée nationale le 22 décembre 2011, puis par le Sénat, mais le Conseil constitutionnel déclara cette loi Boyer contraire à la Constitution :

6. Considérant qu'une disposition législative ayant pour objet de « reconnaître » un crime de génocide ne saurait, en elle-même, être revêtue de la portée normative qui s'attache à la loi ; que, toutefois, l'article 1er de la loi déférée réprime la contestation ou la minimisation de l'existence d'un ou plusieurs crimes de génocide « reconnus comme tels par la loi française » ; qu'en réprimant ainsi la contestation de l'existence et de la qualification juridique de crimes qu'il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l'exercice de la liberté d'expression et de communication ; que, dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres griefs, l'article 1er de la loi déférée doit être déclaré contraire à la Constitution ; que son article 2, qui n'en est pas séparable, doit être également déclaré contraire à la Constitution, 
D É C I D E :

Article 1er.- La loi visant à réprimer la contestation de l'existence des génocides reconnus par la loi est contraire à la Constitution. 
Article 2.-La présente décision sera publiée au Journal officiel de la République française.

Délibéré par le Conseil constitutionnel dans sa séance du 28 février 2012, où siégeaient : M. Jean-Louis DEBRÉ, Président, M. Jacques BARROT, Mme Claire BAZY MALAURIE, MM. Guy CANIVET, Michel CHARASSE, Renaud DENOIX de SAINT MARC, Valéry GISCARD d'ESTAING et Pierre STEINMETZ.

En juillet 2012, François Hollande annonce sa recherche d'une telle loi, contre l'avis de son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. Le 14 octobre 2014, Valérie Boyer déposa une nouvelle proposition de loi N° 2276 visant à " réprimer la négation des génocides et des crimes contre l’humanité du XXème siècle" ; ce texte vient d'être mis à l'ordre du jour de l'Assemblée :

Discussion en séance publique les 1ère, 2e et 3e séances du jeudi 3 décembre 2015.

Mais rejet de cette ppl par la Commission des lois le 25 novembre 2015. Voir le rapport de Valérie Boyer. et, plus haut, les développements avec le PjL Égalité et citoyenneté.


NOTES

[1] Dans la revue Commentaire, n° 80, hiver l997-98, les historiens Ernst Nolte et François Furet s’accordaient sur la légitimité de ce débat. Leur correspondance fut publiée sous le titre Fascisme et communisme (Paris : Plon, 1998 ; Hachette Littératures, collection Pluriel, n° 971, 2000).

Le 5 septembre 1996, Nolte écrivit à Furet :

Ernst Nolte (1923-2016)

« Il faut répondre aux arguments révisionnistes par des arguments et non en engageant des procès. [...] Je me sens provoqué par [le révisionnisme], et je ne me vois pourtant pas m’associer à ceux qui veulent mobiliser les procureurs et la police contre lui. [...] Je considère comme fondamentalement fausse l’affirmation selon laquelle, si l’essentiel est incontestable, aucune affirmation particulière n’aurait plus besoin d’examen, et tous les doutes ne pourraient provenir que d’intentions mauvaises. Je crois qu’on menace, au contraire, le noyau de la chose, lorsque on veut soustraire l’écorce à la discussion. Non pas certes le caractère factuel de ce noyau, mais le rang et l’importance qu’on lui accorde. »

Ce à quoi François Furet répondit, le 30 septembre 1996 :

François Furet, 1926-1997

« Rien n’est pire que de vouloir bloquer la marche du savoir, sous quelque prétexte que ce soit, même avec les meilleures intentions du monde. C’est d’ailleurs une attitude qui n’est pas tenable à la longue, et qui risquerait d’aboutir à des résultats inverses de ceux qu’elle prétend rechercher. C’est pourquoi je partage votre hostilité au traitement législatif ou autoritaire des questions historiques. L’Holocauste fait hélas partie de l’histoire du XXe siècle européen. Il doit d’autant moins faire l’objet d’un interdit préalable que bien des éléments en restent mystérieux et que l’historiographie sur le sujet n’en est qu’à son commencement. »

* * * * *

   Dans leurs Mémoires, ni Winston Churchill, ni Charles de Gaulle, ni Dwight D. Eisenhower, ni le maréchal Guéorgui K. Joukov, ne mentionnèrent ces chambres à gaz nazies. Par ailleurs, les tenants de cet "article Gayssot" restent partagés entre ceux qui disent qu’il y a abondance de preuves et ceux qui prétendent que toutes les preuves ont été effacées ; il faudrait choisir ...

[2] Les professeurs de droit public Pierre Avril, Olivier Duhamel et Jean Gicquel s'étonnaient que cette "loi Gayssot" n’ait pas subi de contrôle de constitutionnalité. (Le Monde, 15-16 juillet 1990 ; Pouvoirs, n° 56, 1991.) Certains parlementaires firent alors état d’une intimidation qui les en aurait dissuadé.

Le 27 juillet 1990, Alain ROLLAT écrivit dans Le Monde :
« Voilà un texte, qui, d’un point de vue strictement juridique, soulève une question fondamentale, au regard de la liberté d’opinion et d’expression, puisqu’il voue aux Tribunaux, en visant les prétendus historiens “révisionnistes”, les citoyens “qui auront contesté l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité”.
Or, faute de saisine du Conseil Constitutionnel, cette question ne sera pas tranchée. Sauf peut-être si, un jour, quelque avocat avisé se tourne vers les institutions européennes pour pallier cette anomalie. »
On a vu plus haut que le Conseil constitutionnel présidé par Jean-Louis Debré trancha, le 8 janvier 2016, dans le sens de la conformité.


[3] « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. » Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 10, proposé par Louis de Castellane et Jean-Baptiste Gobel. « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Déclaration..., article 11, proposé par le duc de La Rochefoucauld d’Enville. (Les trois auteurs de ces deux célébrissimes articles furent victimes de la Terreur).


mercredi 1 janvier 2020

NOTES (§§ 1-5) CONTRE LA PÉDOPHILIE ET SUR LES SEUILS DE CONSENTEMENT


N.B. Au départ, je n'avais pas de compétence particulière ni d'intérêt à traiter ce sujet ; à la fin des années 1970 j'ai été amené à rencontrer à Paris un groupe de pédophiles militants (dont Matzneff était le gourou) et à discuter avec eux. Cet article est le fruit de ma réflexion et de mon travail de documentation, et il récuse totalement toute argumentation en faveur de la pédophilie.


   La pédophilie, parfois illustrée (déjà la confusion) par le mythe pédérastique grec de l'enlèvement de Ganymède par Jupiter, fut définie lors d'un colloque de l'UNESCO à Paris en janvier 1999 comme relation sexuelle avec un enfant de moins de 13 ans ; précision utile car le mineur civil est très souvent confondu avec cet enfant de moins de 13 ans.

" Pour les Nations Unies, pour l'Union africaine et pour d'autres instituions mondiales, un enfant est une personne de moins de 18 ans. Pourtant, en France, certains ne cessent de lutter pour faire descendre l'âge du consentement aux relations sexuelles (définies par l'association d'un contact et d'un orgasme), aujourd'hui fixé à 15 ans (sauf pour les personne ayant autorité [18 ans])"
Stéphane Joulain, " La pédophilie dans l'Église catholique : un point de vue interne", Esprit, n°° 378, octobre 2011, pages 28-39. Pour cet auteur, " la dérive autoritaire est une des plus fréquentes de toutes les dérives qui atteignent les prêtres ".

   Selon cette définition de l'UNESCO, la différence d'âge avec le partenaire doit être supérieure à 5 ans (p supérieur ou égal à e + 5) ; ainsi, une relation 11-15 ne sera pas considérée comme de la pédophilie. Cette définition semble raisonnable. À 13 ans et demi, demandera-t-on, on est où ? L'ennui de ces limites d'âge est évidemment qu'elles supposent que tous les êtres sont construits sur le même modèle, alors que les temps des maturités physique et psychologique sont différent des uns aux autres. La définition de l'Unesco est particulièrement intéressante pour des Français car elle correspond à ce qu'édictait la législation de toute la IIIe République ; cependant, à ce critère d'âge d'état-civil, j'adjoins, comme je l'expose plus loin, celui, plus complexe à mettre en œuvre, de l'âge de choix et de connaissance, pour reprendre la fort belle expression de Montaigne.


§ 1 - Distinguer entre pédophilie et ce qu'André Gide appelait pédérastie, distinction faite notamment par le Dr Marcel Eck, psychiatre catholique et parisien :
« Au point de vue psychanalytique, il existe une différence considérable entre le pédophile qui cherche des aventures avec les jeunes impubères et l'homosexuel qui pratique son homosexualité avec des adolescents déjà pubères, même plus que pubères » (" L'homosexualité ", exposé aux Journées nationales de l'U.N.A.P.E.L., 7 et 8 juin 1975). 
   Dans ce sens, ni André Gide, ni Roger Peyrefitte ou Daniel Guérin n'étaient des pédophiles (pour Henri de Montherlant et Gabriel Matzneff, c’est beaucoup moins sûr), bien que la presse d'aujourd'hui les rangent parfois dans cette catégorie ; André Gide ne protesta jamais contre le seuil en vigueur à son époque ; son travail pour Corydon, effectué entre 1909 et 1918, montre même qu’il hésitait entre les deux limites à poser de 13 ou 15 ans, alors que le seuil légal en vigueur n'était que de 13 ans.

Je dirais plus loin pourquoi je souhaite l'établissement d'un seuil de 16 ans.

  Le sexologue allemand Magnus Hirschfeld (1868-1935) opposait aux gérontophiles les pédophiles « qui recherchent les enfants non pubères » (Anomalies et perversions sexuelles, 1957). La définition de l’Association des psychiatres américains retenait le rapport sexuel avec un enfant âgé de treize ans au plus (DSM IV, publié en 1994). Selon une étude de Catherine Montiel et Renaud Fillieule (cf " La pédophilie ", Synthèse, n°3, juin 1997, et La Pédophilie, IHESI, 1997),
« il s’avère nécessaire de retenir la définition psychiatrique : la pédophilie est [...] une attirance sexuelle pour les enfants pré-pubères. Elle ne concerne pas les atteintes sexuelles sur les jeunes adolescents pubères, et il faut également la distinguer de l’inceste qui se limite strictement au cadre familial. »
   Il conviendrait donc d'en finir avec la confusion médiatique entre impubères et pubères, confusion présente dans cette dépêche de l’A.F.P. signée de Pierre Célérier en date du 27 mars 2001 :

« la loi [en Russie] garantit l’impunité aux responsables d’actes de pédophilie sur des enfants de 14 ans ou plus ». Selon une information en provenance directe de Moscou (janvier 2005), la police moscovite arrête les proxénètes prostituant des mineurs. Comme quoi la législation russe sait distinguer entre liberté sexuelle et exploitation de l’enfance ou de l’adolescence, ce que ne sait pas encore faire la grande presse française. Confusion apparemment encore à l'œuvre dans la mise en cause publique d'un ancien ministre par un autre ancien ministre, Luc Ferry. (30 mai 2011)

Confusion qu'entretenait aussi en 1997 l'écrivain Renaud Camus, dans ses réponses à L’Infini :
2) Qu’appelle-t-on un enfant, aujourd’hui ? Qu’appelle-t-on un pédophile ?
« — Mettons qu’on appelle enfant un être humain de moins de quinze ans, ou de quatorze ans : ce me semble une constatation à peu près objective de l’usage courant, indépendamment de l’étymologie. Et cet usage courant ne me paraît pas poser de problème particulier.

§ 2 – Au début du XIXe siècle, pédophilie signifiait " amour des enfants ", sans implication sexuelle, comme en témoigne le dictionnaire Littré. L’expression " pédophilie érotique ", traduite de l’allemand, fut proposée en 1906 par le Dr Auguste Forel. Par la suite, on abrégea en pédophilie, et le pédophile devint, sans doute à tort car bien minoritaire, un des types homosexuels, la pédophilie homosexuelle masculine apparaissant parfois prépondérante, les homosexuels masculins pouvant sembler sur-représentés dans les affaires de pédophilie. Selon l'inventaire du Dr Charles Perrier, un tiers des victimes de moins de treize ans d'attentats à la pudeur étaient des garçons (Les Criminels, 1900). Selon le Dr Marcel Eck, la pédophilie "est habituellement homosexuelle, mais pas toujours" (son article cité au § 1). D'après Frank M. Du Mas, il y aurait quatre à cinq fois plus de pédophiles parmi les homosexuels que parmi les hétérosexuels (Gay is not good, Nashville : T. Nelson, 1979).


§ 3- À la fin des années 1970, une commission d'experts gouvernementaux des pays du Conseil de l'Europe, peut-être instrumentalisée par un lobby pédophile, étudiait la possibilité de réduire les peines appliquées aux infractions relatives aux seuils de consentement, donc aux infractions commises par les pédophiles et une partie des pédérastes. Cette volonté d'harmonisation des Codes pénaux européens allait à l'encontre de considérations climatiques anciennes reprises par le juriste René Garraud (1849-1930) :
« Le développement physique et moral de l'enfant variant suivant les races et les climats, nous devons trouver, dans chaque pays, une présomption [de consentement] différente ». 
Le rapporteur conclut à la nécessité de réprimer ce qui correspond à peu près à la pédophilie, de fixer un âge précis, et proposait quatorze ans, soit cet ancien seuil romain repris par le droit canon. Voir Rapport de M. H. Horstkotte, L'Âge et les conditions du consentement dans le domaine sexuel, volume XXI des Études relatives à la recherche criminologique, Strasbourg : Conseil de l'Europe, 1984, pages 186, 215, 220, 222.

* * * * *

La loi 80-1041 du 23 décembre 1980 remplaça le crime d'attentat à la pudeur sans violence sur mineur de moins de quinze ans par un simple délit, punissable d'une peine de 3 à 5 ans d'emprisonnement et d’une amende de 6 000 F à 60 000 F ou de l’une de ces deux peines seulement ; il n'y eut, lors des débats, que les parlementaires communistes pour s'opposer à cette indulgence.

Le Nouveau Code pénal en vigueur depuis 1993 réduisit encore, à 2 ans d'emprisonnement et 200 000 F d’amende (ancien article 227-25), la peine encourue pour une telle relation sexuelle. Cette évolution put légitimement inspirer la théorie de la " société complice ", déclaration de l'archevêque de Rennes Jacques Jullien (1929-2012) à Ouest-France, 8 août 1997. Théorie actualisée avec la re-découverte des écrits et déclarations de Gabriel Matzneff en décembre 2019, à l'occasion de l'annonce de publication de Le Consentement (Paris : Grasset, 2020) par Vanessa Springola. Mais que dire de l'Église elle-même, l'actualité en est aussi pleine, avant et depuis le curieux comportement des évêques Jacques Gaillot et Pierre Pican dans l’affaire Vadeboncœur ? Depuis le procès Barbarin ??

* * * * *

La loi 98-468 du 17 juin 1998, dite loi [Ségolène] Royal, renversa la tendance, en montant la peine, pour un majeur, à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende (article 227-25 nouveau) ; des parlementaires proposèrent, sans succès, d’y ajouter l’imprescriptibilité.


§ 4 - L'enfant (mineur de moins de 15 ans) reste donc moins bien protégé qu’avant 1980 pour les atteintes non violentes dans lesquelles son consentement éclairé n'est pourtant jamais présumé ; en revanche la répression du viol sur mineur de moins de quinze ans et des agressions sexuelles a été renforcée.

  Par ailleurs l'adolescent est davantage contrôlé : un seuil de 18 ans (au lieu de 15 ans) est applicable depuis la loi 80-1041 du 23 décembre 1980 à l'entourage, familial ou éducatif ; cette disposition a pour origine un amendement du sénateur socialiste Edgar Tailhades (article 331-1 de l'ancien Code pénal) et constitue aujourd'hui l'article 227-27 du Nouveau Code pénal de 1993 (2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende) ; elle n'a rien à voir avec la répression de la pédophilie et se rapprocherait plutôt de la lutte contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail ... (L'Allemagne possède une disposition analogue à notre article 227-27, l'article 174)
 
Dans une affaire aussi triste que celle du professeur Gabrielle Russier, cet article 227-27 offrirait un deuxième chef d'inculpation de cette malheureuse ; à l'époque, elle n'avait été poursuivie que pour détournement de mineur (article 356 de l'ancien Code pénal), c'est-à-dire non pour une infraction à caractère sexuel, mais seulement pour avoir fait quitter à ce mineur le domicile parental. Dans le nouveau Code pénal,
Section 3 : Des atteintes à l'exercice de l'autorité parentale
Article 227-8 
Le fait, par une personne autre que celles mentionnées à l'article 227-7 de soustraire, sans fraude ni violence, un enfant mineur des mains de ceux qui exercent l'autorité parentale ou auxquels il a été confié ou chez qui il a sa résidence habituelle, est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende.


§ 5 - La tolérance de la pédophilie attribuée à l'Ancien Régime français n'a jamais existé ailleurs que dans l'imagination de l’historien Philippe Ariès (1914-1984) auteur de L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime (Paris : Plon, 1960). La pédophilie choquait, comme le montrent de très nombreux témoignages littéraires, historiques et judiciaires (certains sont cités dans la dernière partie de cette étude). Selon le juge Horstkotte, ici bien documenté :
« La thèse suivant laquelle les infractions sexuelles contre les mineurs sont des attaques contre une victime considérée individuellement, sa liberté et son intégrité, n'est pas une idée moderne, mais une idée profondément enracinée dans l'histoire du droit. » 
Cette mise au point souffre cependant de l'ambiguïté du terme de mineur : moins de 25 ans sous l'Ancien Régime ! Mais elle devient exacte si l'on remplace " mineurs " par " enfants ". Contrairement à ce que Monseigneur Yves Patenôtre put déclarer à la télévision, à toutes les époques on avait clairement identifié la pédophilie et on en avait parlé, comme le montrent les nombreuses références que je donne dans la partie historique de mes Notes.

   Dans un entretien avec Michel Onfray (Philosophie Magazine, avril 2007) le candidat Nicolas Sarkozy assurait " incliner (...) à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions pas gérer cette pathologie ". En sens inverse, au micro de R.T.L., Monseigneur André Vingt-Trois, archevêque de Paris, s'éleva début avril 2007 contre toute tentation d'eugénisme : « Surtout, ce que me paraît plus grave, c'est l'idée qu'on ne peut pas changer le cours du destin. C'est vrai quand on prend la perspective génétique, mais c'est aussi vrai quand on prend la perspective sociologique. Parce que dire que quelqu'un est pré-déterminé par la famille qui l'a entouré, par les conditions dans lesquelles il a vécu, ça veut dire que l'homme est conditionné absolument. »



SUITE §§ 6-11

lundi 30 décembre 2019

NOTES (§§ 6-11) CONTRE LA PÉDOPHILIE ET SUR LES SEUILS DE CONSENTEMENT

RETOUR

§ 6. Le journaliste Luc Rosenzweig (1943-2018), du quotidien Le Monde, nous avait fourni un témoignage précieux sur les années 1950. Dans sa chronique " Pêle-Mêle " du quotidien Le Monde du 6 mars 2001, il interrogeait : 

« Pourquoi, vers le milieu du siècle dernier, a-t-on laissé " œuvrer " pendant plusieurs lustres, dans un prestigieux établissement public d'enseignement secondaire de Lyon, deux aumôniers catholiques, le Père A. et le Père G. dont les comportements nous semblent, aujourd'hui, sans équivoque ? » Dans un e-mail, il me précisait : 
« Les aumôniers auxquels je faisais allusion étaient en fonction dans l'établissement que je fréquentais alors. Assistant, (à l'insu de mes parents, qui n'étaient pas catholiques) à des cours d'instruction religieuse en sixième, j'ai été alors intrigué, mais pas plus que ça, par les méthodes de ces deux abbés, qui prenaient les gamins sur les genoux pour leur caresser les cheveux, organisaient des séances de "confessions", à genoux sur un petit banc au fond de la classe, au cours desquelles ils faisaient raconter aux enfants leurs pratiques nocturnes avec force détails. En ce qui me concerne, les choses n'ont pas été plus loin, mais bien des années après, quelques anciens condisciples rencontrés par hasard m'ont confirmé que pour certains d'entre eux, notamment au cours des camps de scouts que l'un des aumôniers animait, on était allé bien plus avant dans des pratiques aujourd'hui qualifiées de pédophiles. Au milieu des années 60, ils ont, paraît-il, été discrètement mis à l'écart, sans que le scandale n'éclate publiquement...Tout cela, naturellement, demande à être vérifié, et fera peut-être l'objet d'une recherche que je mènerai […]. L'allusion faite dans ma chronique était, dans cette optique, destinée à déclencher des témoignages me permettant de l'amorcer. »


Zeus et Ganymède, Shelby White and Leon Levy Collection, New York
Attributed to the Eucharides Painter, circa 490 - 480 B.C.


§ 7. – L’histoire détaillée des seuils de consentements est encore à faire. Selon Aetius, " Héraclite [d'Éphèse] et les Stoïciens déclarent que les hommes commencent leur maturité à la fin de la seconde série de sept années, au moment où l'activité sexuelle se développe. " (Opinions, IV, v, 23). Clément d'Alexandrie indiquait que l'âge de l'éphébie était 14 ans en Égypte grecque (Le Pédagogue, III, x, 49). Dans la Rome antique, on pratiqua d'abord l'inspection physique des adolescents pour savoir s'ils étaient pubères ou non. L'empereur d'Orient Justinien (482/565) fixa l'âge de la puberté à ce même âge de 14 ans (Corpus Juris Civilis, " Institutes ", I, 22). Ce seuil fut conservé par Grégoire IX (pape de 1227 à 1241) pour le droit canon, comme on peut le voir dans les Décrétales, IV, ii et V, xxiii. 

Début 2012, un commentaire rapide du Conseil constitutionnel faisait le point de la question :
" Ces articles [227-25 (atteinte sexuelle non violente, 227-26 (circonstances aggravantes), 227-27 (atteinte commise par personne ayant autorité] ne figurent pas dans le chapitre [II du titre II du livre II] du code pénal consacré aux atteintes à l’intégrité physique ou psychique contre les personnes mais dans le chapitre [VII, section 5] consacré aux atteintes aux mineurs et à la famille. Ces infractions sont constituées en cas d’atteinte sexuelles « sans violence, contrainte, menace ni surprise ». Ils visent à réprimer certaines relations sexuelles consenties ou, à tout le moins, pour lesquelles la preuve de l’absence de consentement n’est pas rapportée.
Ces dispositions ont pour effet de fixer à quinze ans l’âge de la majorité sexuelle définie comme l’âge à partir duquel un mineur peut valablement consentir à des relations sexuelles (avec ou sans pénétration) avec une personne majeure à condition que cette dernière ne soit pas en position d’autorité à l’égard du mineur. "
Commentaire Décision n° 2011-222 QPC du 17 février 2012, I. – Dispositions contestées, A. – La notion d’atteinte sexuelle.

   En France, un seuil légal de 11 ans fut établi en avril 1832. Selon le Garde des Sceaux de l'époque, Félix Barthe, les jurés se montraient déjà très sévères dans de semblables occasions [relations avec un enfant de moins de 11 ans] car l'enfant n'était jamais considéré comme ayant donné son consentement. Le Code pénal de 1791 réprimait " l'enlèvement d'une fille de moins de 14 ans par violence pour en abuser ou la prostituer " (article 33). À Naples, tout attentat à la pudeur était présumé commis à l'aide de violences s'il avait lieu sur une personne âgée de moins de 12 ans accomplis (Lois pénales de Naples, 1819, article 339). Le député Fidèle-Marie Gaillard de Kerbertin proposa, mais sans succès, le seuil de 15 ans pour harmoniser avec l'article 332 concernant l'attentat à la pudeur avec violence (Supplément au Moniteur, 3 décembre 1831). 

Par la suite, les seuils applicables aux personnes extérieures à l'entourage de l'enfant ou de l'adolescent furent les suivants :
 
- 11 ans de 1832 à 1863 ;
- 13 ans de 1863 à 1942 ; moyen terme entre 12 ans (Toscane, Sardaigne et Deux-Siciles) et 14 ans (Autriche, Prusse et Suisse), car "l'influence des climats est ordinairement prise en considération dans ces matières".
- 13 ans de 1942 à 1945 pour les relations hétérosexuelles ;
- 21 ans de 1942 à 1974 pour les relations homosexuelles ; disposition du régime de Vichy (Pétain, Laval, Loi n° 744 du 6 août 1942, Journal Officiel du 27 août 1942, page 2923), conservée en 1945 par l'ordonnance du 8 février 1945 qui effaçait la liberté accordée à l'homosexualité depuis la loi du 19/22 juillet 1791 sur l'organisation de la police correctionnelle. Cette disposition établissait la confusion juridique entre pédophilie et pédérastie.
- 15 ans de 1945 à maintenant pour les relations hétérosexuelles ; ordonnance du 2 juillet 1945, conforme aux vœux de certains criminalistes.
- 18 ans de 1974 (loi 74-631 du 5 juillet 1974) à août 1982 pour les relations homosexuelles.
- 15 ans depuis 1982 (loi 82-683 du 4 août 1982) pour les relations homosexuelles ; la différence de seuil hétéro/homo est donc supprimée en France depuis août 1982. Les autres pays européens ont actuellement un seuil uniforme, de 14 ans (Autriche, Italie), 15 ans (Danemark, Grèce, Suède), 16 ans (Belgique, Grande Bretagne, Hollande, Espagne, Finlande, Portugal et Suisse) ou 17 ans (Irlande). La Russie possède également, depuis 1993, un seuil uniforme de 15 ans. En Allemagne existe un seuil uniforme mais " élastique ", les relations avec un partenaire de plus de 14 ans mais de moins de 16 ans pouvant ne pas être poursuivies, selon les circonstances. 


§ 8. - Des relèvements de seuils analogues se produisirent dans d'autres pays d'Europe pendant les derniers siècles. En Angleterre, une loi de 1575/76 fixait l'âge limite à 10 ans pour les filles, seuil porté à 12 ans en 1861, puis élevé à 16 ans en 1885. Cette évolution était en accord avec la tendance de l'époque contemporaine à l'instauration, puis à la prolongation, de la scolarité obligatoire – jusqu'à 16 ans en France actuellement – et à l'abaissement de l'âge de la majorité civile : pour la France, cette majorité civile fut abaissée de 25 à 21 ans en 1793, puis de 21 à 18 ans en juillet 1974 ; ceci venant après l'élévation de 15 à 25 ans au cours des XIVe et XVe siècles. Du VIIIe au XIIIe siècle, cette majorité civile était fixée à 15 ans, seuil qui resta longtemps celui du mariage pour les filles (article 144 ancien du Code civil, modifié par la loi n° 2006-399 du 4 avril 2006 qui porte ce seuil à 18 ans). La majorité matrimoniale, âge à partir duquel on peut se marier sans le consentement des parents, ne coïncide avec la majorité civile que depuis une loi du 2 février 1933 ; d'où la présence, dans des actes de mariage antérieurs à cette date, de la mention " leurs parents présents et consentants " même lorsque les mariés étaient majeurs.


   Il semble que la notion d’enfant soit aujourd'hui en passe de se confondre avec celle de mineur, et que le législateur, y compris le législateur européen, soit à la recherche d'un seuil unique de maturité ; ce qui sera bien difficile à mettre en œuvre, ne serait-ce que pour la majorité pénale partielle, actuellement fixée à treize ans en France, et qu'on ne peut envisager de relever dans la situation actuelle de délinquance juvénile importante, notamment immigrée, et en augmentation. 


§ 9 -   Les tentatives de justification de la pédophilie stricto sensu (distinguée de la pédérastie) ont émané en France de la partie la plus radicale du mouvement homosexuel. En 1977, le Manifeste du Groupe Homosexuel de Clermont-Ferrand disait lutter " pour que le droit à la sexualité soit reconnu sans limitation d'âge " (point 6).

À la fin des années 1970, le Groupe de Libération Homosexuelle de Rouen demanda l'abaissement de la majorité sexuelle à 13 ans, mais ajouta : « En dessous de 13 ans, le problème est complètement différent. Il n'est pas question pour nous de cautionner ni de défendre des relations directement sexuées entre un adulte et un mineur de moins de 13 ans. » (Allonz' enfants, n° 6, hiver 1978-1979). Soit le retour au régime pénal de la IIIe République. En 1980, le G.R.E.D., Groupe de Recherche pour une Enfance Différente, revendiquait le " libre choix de sa sexualité quel que soit son âge " (Masques, n° 5, été 1980, page 104). Voir plus loin les déclarations de feu Jean Le Bitoux (§ 10 c).

En 1984, le mouvement homosexuel C.U.A.R.H. réclama dans son Manifeste européen la légalisation de la pédophilie, mais le gros du mouvement homosexuel des années 2000 et 2010 s'en tenait encore à son " pentalogue " GLBTQ, gais, lesbiennes, bisexuels, transexuels et queer.

  Les homosexuels masculins semblent sur-représentés dans les affaires de pédophilie. Selon l'inventaire du Dr Charles Perrier, un tiers des victimes de moins de treize ans d'attentats à la pudeur étaient des garçons (Les Criminels, 1900). Selon le Dr Marcel Eck, la pédophilie " est habituellement homosexuelle, mais pas toujours ". D'après Frank M. Du Mas, il y aurait quatre à cinq fois plus de pédophiles parmi les homosexuels que parmi les hétérosexuels (Gay is not good, Nashville : T. Nelson, 1979). Le premier secrétaire d’État du Saint-Siège, Tarcisio Bertone, établissait un lien entre homosexualité et pédophilie, le 12 avril 2010 lors d'un conférence de presse donnée au Chili, se référant à ce que lui auraient  rapporté certains spécialistes.

  Pédophilie et révolution, ou pédophilie et " progrès ", ont été liées dans l'esprit de certains. Le 26 janvier 1977, le quotidien Le Monde publiait une pétition initiée par Matzneff en faveur de trois inculpés maintenus trois ans en détention préventive ; il s'agissait de l'affaire dite " de Versailles ", dans laquelle un sénateur néerlandais, Edward Brongersma (1911-1998), échappa de peu à l'arrestation ; parmi les 69 signataires, on pouvait relever les noms de : Louis Aragon, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Jean-Louis Bory, Bertrand Boulin, François Chatelet, Patrice Chéreau, Gilles Deleuze (tous les huit décédés), Jean-Pierre Faye, André Glucksmann, Félix Guattari, (décédé), Bernard Kouchner (ancien ministre d'ouverture et soutien de Roman Polanski), Jack Lang (ancien ministre de la Culture et soutien de Roman Polanski), Gabriel Matzneff (" Cette révoltante pétition, je la connais bien puisque c’est moi qui l’ai écrite ", écrivait Matzneff dans une chronique de 2013), Danielle Sallenave, Jean-Paul Sartre (décédé), René Schérer, Philippe Sollers.


§ 10 a) -   Jack Lang, fut mis en cause implicitement fin mai 2011 par l'ancien ministre et professeur de philosophie Luc Ferry au " Grand journal " de Canal +, et un temps inquiété dans l'affaire dite du Coral (dans le Gard) instruite fin 1982 par le juge parisien Michel Zalzmann. Lang déclara alors au journal homosexuel Gai Pied du 31 janvier 1991 : " La sexualité puérile est encore un continent interdit, aux découvreurs du XXIe siècle d'en aborder les rivages. "

   Luc Ferry cita notamment un article du Figaro sur une " affaire de Marrakech ayant fait l'objet d'un article plus ancien : " À l'approche de la présidentielle de 2002, quelques chiraquiens racontent une arrestation de Jack Lang au Maroc, dans une affaire de mœurs, suivie d'une exfiltration discrète organisée par l'Élysée. Pas la moindre preuve, mais les missiles anti-Jospin se préparent, que le 21 avril rendra caducs. " (lexpress.fr, 22/09/2005).


§ 10 b) -  L'écrivain Jean Gattégno (1934-1994, qui fut par ailleurs, sous l'autorité de Jack Lang, directeur du Livre et de la Lecture au Ministère de la Culture de 1981 à 1988), biographe de Charles Dickens et de Lewis Caroll,  assimila la répression des violeurs et des proxénètes d'enfants à la persécution d'homosexuels plus ordinaires dans son article " Du pécheur au militant ", paru dans la revue gallimardienne Le Débat (n° 10, mars 1981, pages 118-131). Il sollicitait lourdement et maladroitement l'indignation du lecteur de l’article, confondant au passage les affaires distinctes " Dugué " et " Marc Croissant " : « Impossible ici de ne pas renvoyer à l’affaire de cet éducateur [Croissant] employé par la municipalité d’Ivry, et qui fut finalement licencié lorsqu’un employé de la F.N.A.C. eut transmis à la police des photos d’enfants qu’il [Dugué, en fait] avait données à développer ».

  Jean Gattégno déplorait que les « tabous » survivent : « ainsi la pédophilie et la " transsexualité " sont-elles jugées, par beaucoup d'homosexuels, comme des déviances qu'il serait inopportun de défendre » ; pour lui, il s'agissait « avant tout d'inscrire la lutte pour la libération des homosexuel(le)s dans le combat pour la révolution », ce qui explique le souhait final d'une « vraie répression pour créer des militants ». Aberrant !!

L'intervention purement politique de Marc Croissant sur l'affaire Dugué donna lieu à cette réaction énergique du P.C.F. :

« Les communistes […] ne se sont jamais prononcés ni pour ni contre l’homosexualité. Cela relève avant tout de la personnalité de chaque individu et nous condamnons donc, de ce point de vue, toute forme de répression […] Vous [Marc Croissant] nous reprochez de ne pas avoir compris que ce qu’on a appelé "l’affaire de mœurs de Saint-Ouen" était en réalité ce que vous considérez comme une pratique sexuelle banale ["simplement des pratiques sexuelles de groupe entre adultes et adolescents de 11 à 17 ans, et de photos"]. Comment osez-vous soutenir un tel point de vue, alors qu’il s’agit en l’occurrence de la prostitution d’une quarantaine d’adolescents et d’enfants, dont le plus jeune avait tout juste quatre ans ! […] En tant que défenseur de la pédophilie et de "tout autre forme de sexualité" (on est loin de l’homosexualité) vous y trouvez peut-être votre compte, mais vous me permettrez de dire que je considère votre lettre [publiée dans L’Humanité du 30 mars 1979] indigne d’un communiste. »
Réponse de Roland Leroy (né en 1926) à Marc Croissant, L’Humanité, 30 mars 1979.


§ 10 c) -   Dans un entretien accordé au magazine gay Illico en mars 2001, Jean Le Bitoux (1948-2010), confondant encore, comme beaucoup, pédophilie et pédérastie, déclarait :

  " En France, l’homosexualité vient d’une culture pédophile avec André Gide. En 1968, il existait même un comité d’action pédérastique révolutionnaire. Dans le discours du G.L.H. [Groupe de Libération Homosexuelle] à partir de 1975, il y a tout un héritage du F.H.A.R. [Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire] notamment sur la question pédophile. À l’époque, il s’agissait de libérer son corps, libérer ses fantasmes. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque-là la majorité est à 21 ans [sic, pour 18 ans à partir de 1974 ; autre confusion ...], ce qui est bien tard. Dans les années 1970, tout est à libérer y compris l’enfant qui est corseté comme la femme, comme l’homosexuel. Aujourd’hui, on ne parle plus du tout du même enfant. L’enfant des années 1970 était l’esclave d’une vieille civilisation, l’enfant d’aujourd’hui est extrêmement sacralisé. [...] Tony Duvert tenait une rubrique dans Gai Pied où il affirmait : la question pédophile existe et certains gays sont pédophobes et ils considèrent que l’émancipation des homosexuels se fera sur le dos des pédophiles. On a inventé un homosexuel qui laisse de côté la question pédophile. [...] Aujourd’hui, je pense que les pédophiles sont toujours les boucs émissaires des homosexuels. Le débat n’est plus du côté d’un espace de liberté que les pédophiles n’ont toujours pas, mais du côté de la jeunesse des homosexuels. " (1)

1. Je remercie François Miclo d'avoir déniché cet entretien (Causeur.fr, 26 avril 2010). J'ai connu Jean Le Bitoux à la fin des années 1970 à Paris ; il y avait alors trois Groupes de libération homosexuelle (GLH), dont un, le GLH-PQ (politique et quotidien) était de tendance trotskyste et animé par Le Bitoux et Gérard Poncin.


§ 11 / a). - La revue L'Infini 

publiée par Gallimard (avec le concours du Centre National des Lettres) et dirigée par Philippe Sollers (signataire de cette pétition de 1977) consacra l’ensemble de son numéro 59 d'automne 1997 (142 pages) à " La Question pédophile ", avec une suite, une réaction publiée dans le numéro 60 d'hiver 1997-98. Un questionnaire était proposé, quarante-deux réponses de personnalités furent publiées. 


  Roger Dadoun y définissait la pédophilie comme " intérêt sexuel pour l'enfant avec passage à l'acte " ; le pédophile selon Catherine Millot est un " adulte ayant des relations sexuelles avec un impubère ". Bertrand Boulin (1949-2002, fils de l'ancien ministre R.P.R. Robert Boulin) constatait que " l'enfant est aujourd'hui le mineur " ce qui est certes une confusion regrettable [encore faite par Roland Castro sur La Cinquième – Ripostes, 11 mars 2001, et par Philippe Sollers sur LCI, 14 mars 2001 ; confusion qui recouvre celle entre pédophilie et pédérastie]. Frédéric-Charles Coulet posait cette question : " Y aurait-il par hasard un rapport entre la criminalisation [il s'agit plutôt de stigmatisation, puisque la pédérastie est légale, tranche d'âge 15-18 ans] de la pédérastie, l'éclipse d'une certaine beauté chez les jeunes et la délinquance des mineurs qui insiste chaque matin dans les colonnes des journaux ? " Florence Dupont déplorait un " déferlement de bonne conscience fondé sur la haine " et Gilles Châtelet (dans le n° 60) une " hystérie anti-pédophile ". Le magistrat Yves Lemoine constatait que " le sort de l'enfant est d'être abusé " ; certes..., mais on peut ne pas s'y résigner. 


§ 11 / b)   Renaud Camus, fondateur du " NON au changement de peuple et de civilisation " (NCPC) après avoir présidé le parti de l'In-nocence, y écrivait, bien naïvement :

 « Je crois que la “pédophilie”, la mal-nommée, est avec la question des races, la question des classes, celle de l’immigration et celle du chômage un des terrains d’élection par excellence de ce que j’appelle la glu des discours. Elle est aussi une arme absolue de langage, en ce sens qu’elle permet de déconsidérer à jamais et même d’éliminer du terrain de l’échange intellectuel quiconque prendrait la liberté de tenir une parole ou d’entretenir une opinion qui s’écarteraient si peu que ce soit du discours sympathique en place — lequel, vautré dans l’adhésion qu’il provoque, et qu’il entretient par un mélange de complaisance et de terreur, écrase tous les autres, et interdit toute nuance, confondant sans scrupule le monstrueux avec l’insignifiant. [...] Si la sexualité, comme je crois, n'a strictement rien de répréhensible en soi, on ne voit pas pourquoi elle le serait chez les enfants, ou avec les enfants. Il est absurde de considérer qu'elle serait illicite jusqu'à un certain âge, et deviendrait licite du jour au lendemain, dès que cet âge est dépassé [Je réponds à cet argument au § 14 de mes pages.]
. Les enfants ont une sexualité et des pulsions sentimentales bien connues, qui peuvent très bien se porter sur des adultes, en particulier sur de jeunes et beaux adultes, professeurs de gymnastique ou moniteurs de colonies de vacances, comme nous l'avons tous vu. [...] il faut veiller avec le plus grand soin à ne pas confondre, d’une part, relations sentimentales ou sexuelles entre adultes et enfants d’un âge raisonnable parfaitement consentants, ou même désirants — relations qui peuvent être tout à fait innocentes, et quelquefois seraient très belles, si la société ne s’en mêlait pas — et d’autre part les faits divers épouvantables qui défraient la chronique ». (L'Infini, Gallimard, n° 59, automne 1997, " La Question pédophile ").

  Sur son site web, visité le 18 mai 2001, Renaud Camus persistait :

« Les enfants sont le dernier bastion de la haine du sexe (1). Autant dire qu'il est farouchement protégé. Pourtant, si on pensait vraiment que le sexe est tout à fait innocent ; si on était tout à fait convaincu, comme je le suis, que par essence il est tout entier du côté de la douceur, de la bienveillance, de la gentillesse, de l'humour, et bien sûr de la plus complète liberté de chacun ; si on acceptait de l'envisager comme un des plus grands bonheurs de la vie, certes, mais aussi comme l'un des rapports humains les plus riches, les plus complexes, les plus chargés de civilisation et de sens ; si on croyait vraiment tout cela, que l'on dit croire, mais que l'on ne croit pas sérieusement, la preuve, on ne trouverait pas si monstrueux que des adultes initient des enfants à ces plaisirs-là, pourvu qu'il s'agisse bien de plaisirs, et véritablement de liberté. »

1. On se demande où RC a bien pu dénicher cette haine du sexe, sexe qu'une grande majorité des humains apprécie.

Le 20 mai 2016, Renaud Camus se décidait enfin à expliquer sa position (après avoir reproduit ses réponses de 1997) :

« Sans doute mes réponses ne seraient-elles pas exactement les mêmes aujourd’hui : je préciserais certains points, en particulier sur la question de l’âge, d’autant que le sens du mot enfant a changé, ainsi que je le notais ici même il y a quelques mois. Déjà, en 1997, il faut bien le reconnaître, tout ce numéro de revue [L'Infini, n° 59, automne 1997] relevait d’un esprit largement révolu, celui des années soixante-dix. Mais enfin, dans l’ensemble, mes sentiments sur la question — qui ne me concerne pas directement, c’est le moins qu’on puisse dire (d’où peut-être une certaine naïveté, qu’on m’a reprochée) — n’ont guère changé. Ils se résument à peu près à ceci : condamnation totale et sans réserve, et qui dans mon esprit va sans dire, de toute séduction active, contrainte et voie de fait, sans même parler du viol, à l’égard des enfants proprement dits ; émoi assez limité, je le reconnais, face aux amours de garçons ou de filles de quatorze ou quinze ans pour, voire ensuite avec, si ces adolescents arrivent à leur fin, leur professeur de gymnastique de vingt-cinq (mettons). Celui-ci me consulterait-il sur la conduite à tenir je lui conseillerais fermement l’abstention ; mais plus par prudence et respect de la loi que par conviction morale bien arrêtée : je suis trop nourri de Théocrite, de Mopse et de Bion. Il me semble qu’il n’y a guère lieu d’être moins naturiste que la nature : la puberté doit bien signifier quelque chose. » https://www.renaud-camus.net/journal/2016/05/20

* * * * *

   Sylvain Desmille caractérisait assez pertinemment la pédophilie comme un " métissage des temps ", ce qui est également vrai de la pédérastie grecque ou gidienne, et bien souvent même de la sexualité entre adultes ; comme l'écrivait Frédéric Nietzsche dans ses notes de lecture sur Dühring,
« toutes les fois que la différence d'âge ou de caractère produit un contraste semblable à celui de l'homme et de la femme, ce contraste peut aussi bien nourrir une expression dans la sensibilité »,
ce qu'il n'était pas le premier à remarquer (car Horace et Montaigne avant lui). Enfin, dans cette revue, deux exemples de l'inexistentialisme selon Marcel Gauchet : pour Philippe Forest, " l'enfance n'existe pas, elle est le rêve du pédophile " ; pour Michel Houellebecq enfin, " les pulsions sexuelles de l'enfance n'existent pas ". 


§ 11 / c)  À la différence de l'homosexualité, la pédophilie ne trouva jamais le moindre commencement d'adhésion chez les grands auteurs classiques ou modernes, à l'exception notable du marquis de Sade.

Une des premières condamnations de la pédophilie : ESCHINE D'ATHÈNES (vers -390/-314, entre Socrate et Platon), homme politique grec puis professeur de rhétorique,

Contre Timarque, " 139 : l'amant doit se contrôler tant que le garçon est incapable de discernement. "

Elle était explicitement rejetée par Platon (Symposium, 181 d-e), ce qui passe bien trop souvent inaperçu : le convive Pausanias reprochait à ceux qui aiment les impubères de surprendre leur jeunesse et de profiter de leur crédulité pour les duper avant de les abandonner ; et il estimait que la loi aurait dû interdire les relations avec les garçons trop jeunes. Si l'interdiction semble conçue plutôt dans l'intérêt de l'amant que dans celui de l'enfant, il reste la notion de duperie dans le cas de l'enfant.

Dans les Lois (II, 653 b-c), Platon réaffirma l'incapacité morale de l'enfant dans les relations amoureuses. Le philosophe Aristoxène de Tarente pensait que l’apprentissage tardif de la sexualité était préférable, qu’il fallait empêcher l’enfant de chercher à avoir des relations sexuelles, et même de savoir ce dont il s’agit, avant l’âge de vingt ans (cité par Stobée, Florilège, IV, xxxvii, 4). 

   Michel Onfray fit donc erreur, dans son Antimanuel de philosophie (Rosny : Bréal, 2001) en affirmant :
« Un pédophile, dans la Grèce de Platon, n'est pas condamné ou condamnable » (page 134) ou « À l'ère atomique, Socrate croupirait en prison. » (page 135). 
   Dans ses deux premières brochures (1864) le magistrat allemand Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895), grand défenseur des homosexuels et promoteur du concept de " troisième sexe ", précisait que le pais [garçon] grec n'était pas un impubère, ce qui fut confirmé depuis par plusieurs hellénistes chevronnés (Henri I. Marrou, Kenneth J. Dover, Félix Buffière, Bernard Sergent) : son âge allait de 12-15 ans à 20-21 ans.


   Montaigne déplorait le non-respect de " l'âge de choix et de connaissance " en amour (Essais, III, v, page 868, et III, xiii, page 1087 de l’édition P. Villey/Saulnier/PUF/Quadrige), ce qui correspond exactement au " consentement avec discernement " que l'on exige généralement aujourd'hui ; il ajoutait :
" l'amour ne me semble proprement et naturellement en sa saison qu'en l'âge voisin de l'enfance " (III, v, page 895),

mais l'âge voisin de l'enfance, ce n'est pas l'enfance ; distinction reprise par Tolstoï dans




Enfance, adolescence et jeunesse ; Montaigne esquissait la description d’une véritable liberté sexuelle en écrivant « qu'on aime un corps sans âme ou sans sentiment quand on aime un corps sans son consentement et sans son désir. » (III, v, page 882). Des mots qu'on n'a hélas plus guère l'habitude d'entendre ... Le marxisme vulgaire et la sociologie aidant, les « pratiques sexuelles » ont remplacé l’amour. 


   Marc-André Raffalovich (1864-1934), que l'on considère parfois comme un pionnier du militantisme homosexuel français, écrivait en 1896 que personne n'avait le droit de " rendre plus courte ou moins complète la précieuse durée de l'enfance impubère [...] il est sot, il est inique à la minorité de se croire tout permis parce que rien ne lui est accordé. " (Uranisme et unisexualité, 1896, page 12). 


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