samedi 16 juillet 2022

LÉGITIMATIONS, PÉNALISATIONS ET DÉPÉNALISATIONS DE L'HOMOSEXUALITÉ, NOTAMMENT EN FRANCE

   Esquisse d'une vue d'ensemble des fluctuations du statut, notamment juridique, de l'homosexualité masculine en Occident, et principalement en France.


I - Légitimations antiques et Moyen Âge
II - Stigmatisation judéo-chrétienne et lois romaines des IVe et VIe siècles
III - Légitimations modernes
IV - Résistance aux contrôles de police, Première dépénalisation (1791)
V - Légitimations contemporaines
VI - Pénalisations d'août 1942 (avec mineurs, reprise en février 1945) et de novembre 1960 (outrage public à la pudeur)
VII - Légitimations récentes (écrivains, journaux, organisations)
VIII - Deuxième dépénalisation (partielle) : 1974 : restriction du champ du délit instauré en 1942
IX - Légitimations récentes (après 1974)
X - Troisième dépénalisation, partielle (1980)
XI - Quatrième, et dernière, dépénalisation, août 1982 : abrogation complète du délit instauré en 1942. Plateforme de 2004.
XII - Ébauche d'une vue d'ensemble des qualifications de l'homosexualité dans l'histoire occidentale

I - Légitimations antiques et Moyen-Âge :

Voir mon Anthologie en ligne de textes grecs et latins de l'Antiquité et du Moyen-Âge, Ces petits Grecs ont un faible pour les gymnases. On peut aussi passer par les pages Platon, Xénophon, Aristote ou Auteurs licencieux grecs et latins, et suivre les liens vers les autres pages.
FOUCAULT : « Le domaine des amours masculines a bien pu être " libre " dans l'Antiquité grecque, beaucoup plus en tout cas qu'il ne l'a été dans les sociétés européennes modernes ; il n'en demeure pas moins que l'on voit se marquer très tôt des réactions négatives intenses et des formes de disqualification qui se prolongeront longtemps. »
Michel Foucault (1926-1984), L'Usage des plaisirs, (Paris : Gallimard, 1984, tome 3 de l'Histoire de la sexualité), Introduction, 2, 3.

II - Stigmatisation judéo-chrétienne et lois romaines des IVe et VIe siècles :

Voir ce même Ces petits Grecs ont un faible pour les gymnases. Extraits en ligne : Augustin, Pierre Damien, Albert le Grand , L'AMOUR GREC VU PAR LE DROIT ROMAIN ; et suivre les liens vers les autres pages.


L'AMOUR GREC VU PAR LE DROIT ROMAIN :

CORPUS JURIS CIVILIS : Code + Institutes + Digeste + Novelles, VIe siècle,


Altercation entre Hélène et Ganymède (XIIe siècle).

Vers 1260, le doux recueil de droit coutumier Jostice et Plet prévoyait la castration pour les sodomites délinquants primaires :
" Celui qui est sodomite doit perdre les couilles, et s'il le fait une seconde fois, il doit perdre le membre ; et s'il le fait une troisième fois, il doit être brûlé. " (XVIII, 24, § 22).
Vers 1270, le chapitre 90 des Établissements de Saint Louis disposait :
" Si quelqu'un est soupçonné de bougrerie, la justice doit le prendre et l'envoyer à l'évêque ; et s'il en était convaincu, on devrait le brûler ; et tous ses [biens] meubles sont au baron. " Juste après, venait des dispositions contre les hérétiques. Cité et commenté par Voltaire.
Vers 1285, Philippe de Beaumanoir, jurisconsulte, associait également les crimes d'hérésie et de sodomie :
" Qui erre contre la foi, comme en mécréance, de la quelle il ne veut venir à voie de vérité, ou qui fait sodomiterie, il doit être brûlé ". (Les Coutumes de Beauvaisis, édition par Thaumas de La Thaumassière, 1690, page 149).

Procès de sodomie (du début du XIVe à la fin du XVIIIe siècle)

Et mon étude actualisée sur L'affaire Lenoir - Diot (Paris, 1750)


III - Légitimations modernes :


Humanisme : Rabelais et Michel de Montaigne notamment, dont les œuvres contiennent de nombreuses allusions,  amusées ou indulgentes, au sujet.

Libertinage érudit : Théophile de Viau, La Mothe Le Vayer, Molière.


Lumières, sauf Jean-Jacques Rousseau  ; Vauvenargues, Voltaire, Diderot, Naigeon.

Dans M... au lobby gay !, (Paris : Mordicus, 2013), Christian Vanneste citait ainsi Voltaire : " ce vice, mortel pour l'humanité, s'il était général ". La pensée de Voltaire est, comme on pouvait s'y attendre, plus complexe (pourtant, cependant) :
« Comment s’est-il pu faire qu’un vice, destructeur du genre humain s’il était général ; qu’un attentat infâme contre la nature, soit pourtant si naturel ? Il paraît être le dernier degré de la corruption réfléchie ; et cependant il est le partage ordinaire de ceux qui n’ont pas encore eu le temps d’être corrompus. Il est entré dans des cœurs tout neufs, qui n’ont connu encore ni l’ambition, ni la fraude, ni la soif des richesses. C’est la jeunesse aveugle qui, par un instinct mal démêlé, se précipite dans ce désordre au sortir de l’enfance, ainsi que dans l’onanisme. » (Article " Amour socratique ", Dictionnaire philosophique, puis Questions sur l'Encyclopédie)

TALLEMANT DES RÉAUX (1619-1692) :
« On lui [à Mlle de Gournay] a voulu faire accroire qu’elle disait que la fornication n’était point péché ; et un jour qu’on lui demandait si la pédérastie n’était point un crime : "À Dieu ne plaise", répondit-elle, "que je condamne ce que Socrate a pratiqué." À son sens, la pédérastie est louable ; mais cela est assez gaillard pour une pucelle. »
Historiettes, « Mademoiselle de Gournay », Paris : Gallimard, 1960, collection "Bibliothèque de la Pléiade, édition Antoine Adam.

Recueil de pièces choisies..., 1735, pages 74-75.

MARQUIS D'ARGENS (??) :
« Messieurs les Antiphysiques se moquent de nos injures et défendent vivement leur goût, en soutenant que leurs antagonistes ne se conduisent que par les mêmes principes qu'eux. "Nous cherchons tous le plaisir", disent ces hérétiques, "par la voie où nous croyons le trouver. C'est le goût qui guide nos adversaires ainsi que nous. Or vous conviendrez que nous ne sommes pas les maîtres d'avoir tel ou tel goût. Mais, dit-on, lorsque les goûts sont criminels, lorsqu'ils outragent la nature, il faut les rejeter. Point du tout : en matière de plaisir, pourquoi ne pas suivre son goût ? Il n'y en a point de coupables. D'ailleurs il est faux que l'antiphysique soit contre nature, puisque c'est cette même nature qui nous donne le penchant pour ce plaisir. Mais, dit-on encore, on ne peut pas procréer son semblable," continuent-ils. "Quel pitoyable raisonnement : Où sont les hommes, de l'un et de l'autre goût, qui prennent le plaisir de la chair dans la vue de faire des enfants." »
Histoire de Madame Bois-Laurier, Thérèse philosophe, J.C. Lattès, 1979 [vers 1748].

DENIS DIDEROT (1713-1784) : « - Bordeu : De deux actions également restreintes à la volupté, qui ne peuvent rendre que du plaisir sans utilité, mais dont l'une n'en rend qu'à celui qui la fait, et l'autre le partage avec un être semblable mâle ou femelle, car le sexe ici, ni même l'emploi du sexe n'y fait rien, en faveur de laquelle le sens commun prononcera-t-il ? » Suite de l'entretien [entre d’Alembert et Diderot], 1769 [publié en 1830].


IV - Résistance aux contrôles de police, Première dépénalisation (1791)


Voir mon opuscule en ligne Les Assemblées de la manchette , notamment sur le nommé Veglay.

Sur la dépénalisation de 1791 :

Un certain tabou entoura l'abrogation de l'ancien droit. Dans son rapport sur le nouveau Code, le 30 mai 1791, le jeune constituant Le Peletier de Saint-Fargeau (1760 - assassiné en janvier 1793 par un royaliste) énuméra quelques uns des " crimes imaginaires " que l'on n'y retrouverait pas, mais ne nomma pas la sodomie. La Chronique de Paris, le journal de Villette, écrivit pourtant le 23 mai 1791 que Le Peletier avait rappelé "tous les prétendus crimes" (1).
La sodomie (mot et chose) ne figura donc pas dans le Code pénal, ni dans la Loi correctionnelle réprimant les infractions mineures ; mais dans cette dernière on trouve un article sur les " actions déshonnêtes " qui fut fortement critiqué le 7 juillet dans la Chronique de Paris, par crainte, disait-on, de quelque arbitraire dans les poursuites sur un tel chef d'inculpation. Le nouveau Code fut adopté le 25 septembre et promulgué le 6 octobre 1791 ; cette réforme fut conservée dans le Code pénal de 1810.

1. L'historien communiste Albert Soboul observe la même discrétion : " un Code pénal, supprimant tous les délits imaginaires (hérésie, lèse-majesté ...) " dans son Histoire de la Révolution française, Paris : Éditions sociales, 1962.


V - Légitimations contemporaines :


a) L'ANONYME DE 1868 : « Vous me permettrez de vous écrire quelques lignes pour vous exprimer la sympathie profonde que j'éprouve pour la tâche que vous avez entreprise : l'émancipation d'une classe nombreuse et innocente d'un joug si cruel, des lois injustes et du mépris immérité. Vous méritez, monsieur, les remerciements de tous vos confrères sexuels, surtout de ceux qui se cachent derrière la visière. Il me semble qu'il ne faut que de la capacité et du courage tels que les vôtres pour poser nettement – devant la raison publique [cf Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, 1793, article 22] de tous les pays – les suites logiques de votre appel à l'argumentation, du moins avec la persévérance et l'honorable hardiesse que vous n'avez pas eu peur de montrer. »

Londres, 1er janvier 1868. Lettre en français adressée à Karl H. Ulrichs et publiée par lui dans Memnon, 1ère partie, Introduction, II. (1868).

Auteurs : Paul Verlaine (La Cravache parisienne, Parallèlement) , Marc-A. Raffalovitch,

L'ANONYME de 1906 : « Je désirerais former un groupement d'invertis sérieux. – Ce groupement aurait pour but de rechercher tout ce qui serait capable d'améliorer la situation morale de l'inverti, situation qui est toujours si critique à cause de l'isolement forcé, situation qui souvent est la cause de catastrophes intimes. Il est bien entendu que le groupement ne comprendrait que ceux dont la bonne moralité est certaine, bien que son action humanitaire pourrait, par la suite, s'étendre à tous ceux qui ont le désir de rentrer dans la bonne voie. L'œuvre de ce groupement, en plus des avantages intellectuels et moraux qu'elle offrirait à chacun, faciliterait nécessairement l'étude de cette question si importante et d'actualité qu'est la question sexuelle et pourrait contribuer à la découverte et à la pratique de règles d'hygiène physique et morale qui adouciraient le sort cruel légué aux invertis. » Lettre au Dr G. Saint-Paul, vers 1906.

Auteurs français : André Gide, et son Corydon. (entrepris en 1909, publié en mai 1924)

Jean Cocteau, qui publia anonymement Le Livre blanc en 1928.


b ) Publications périodiques :

Trois séries de longs articles (en quelques sorte des pré-revues) dans les Archives d'Anthropologie Criminelle (dont Alexandre Lacassagne fut co-fondateur) :

« Annales de l’unisexualité » en 1897,

« Chroniques de l’unisexualité » en 1907 et 1909.

Akademos, fondé en 1909 par Jacques Fersen, pour l'article de juillet 1909 :
GUY DEBROUZE : « Il n'est pas de question où n'apparaissent plus curieusement la facticité en même temps que la malice du préjugé anti-charnel que celle de l'homosexualité. [...] L’homosexualité, caractère physique du genus homo, est universellement répandue, comme elle a toujours été connue. Elle n’est pas un ferment nécessaire de décadence puisqu’elle coïncide souvent avec les facultés géniales qui peuvent servir avec le plus d’éclat une société. Elle est, si nous concluons avec [Charles] Darwin et [Karl] Gegenbaur à un ancêtre androgyne des vertébrés, un atavisme, un geste ancestral, vénérable entre tous par son antiquité, une tradition en un mot !
  D’autre part, la qualité parfois éminente des individus chez lesquels ressurgit cet atavisme défend de le classer comme une régression. Que signifie un tel mot du reste quand on ne connaît ni le départ ni l’arrivée ? Savons-nous quelle piste perdue cherche à retrouver la nature ? Donc, auguste par son recul dans le passé, esquissant dans l'avenir le schéma de possibilités qui seront un jour des lois, l'homosexualité n'est pas seulement passionnante pour notre investigation, elle exige notre respect et la révision d'un procès inique. Elle ne relève plus de la criminologie, ni même de la pathologie, mais du droit commun de l’amour libéré. »
" Le préjugé contre les mœurs ", Akademos, 15 juillet 1909.

Inversions/L'Amitié (1924-1925)

Apparition en novembre 1924 du mensuel Inversions (effet Corydon).



Le numéro 5 et dernier date de mars 1925 ; le premier Cartel des gauches (mai 1924 - avril 1925) n'avait pas tardé à interdire cette publication.


Les premières si l'on ne prend pas en compte trois séries de longs articles, en quelques sorte des pré-revues, dans les Archives d'Anthropologie Criminelle (dont Alexandre Lacassagne fut co-fondateur) :
« Annales de l’unisexualité » en 1897, Voir plus haut, à la date.
« Chroniques de l’unisexualité » en 1907 et 1909.


c) HISTOIRE DE L'AMOUR GREC

Une étude sur l'amour des garçons en Grèce fut publiée par l'allemand M. H. E. Meier en 1837. Une traduction française sous le titre HISTOIRE DE L'AMOUR GREC, longuement annotée et appendicée (pages 185-312), signée " L. R. de Pogey-Castries ", vit le jour en 1930 ; elle fut publiée, grâce à l'aide d'André Gide, aux éditions Stendhal, puis réimprimée en 1952 et 1980 par Guy Le Prat ;



son auteur était Georges Hérelle (Pougy-sur-Aube, 1848 - Bayonne, 1935), originaire de Pougy le Château (Aube), traducteur de Gabriele D'Annunzio et de Blasco Ibanez, et professeur de philosophie à Vitry-le-François, puis à Évreux et à Bayonne.

Le pseudonyme Pogey-Castries fut identifié, et cette identification est précieuse, comme étant celui d'Hérelle en 1984 par Marc Thibault, peu après la publication du catalogue des manuscrits de la Bibliothèque Municipale de Troyes. Georges Hérelle était connu de Lucien Herr (bibliothécaire de l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm, Herr "outé" par Péguy), du poète et critique Amédée Pigeon, de Cahen d'Anvers (ami de Marcel Proust), d'André Gide, de Montherlant et de Roger Peyrefitte. Il avait laissé de nombreux manuscrits à cette Bibliothèque Municipale, exploités par certains chercheurs étrangers, ainsi que par Philippe Lejeune dans son article de 1987 Autobiographie et homosexualité en France au XIXe siècle. Voir notamment les mss 3170 à 3172, 3174 à 3178, 3188 (projet de Nouvelles études sur l'amour grec), 3255 à 3258, 3389 à 3405bis. L'ensemble correspond à un vaste projet d'encyclopédie de l'homosexualité masculine.

J'ai publié une lettre de Gide à Hérelle sur ma page FOLIO 2235


HENRI BARBUSSE (1873-1935) : « J'estime que cette perversion d'un instinct naturel, comme bien d'autres perversions, est un indice de la profonde décadence sociale et morale d'une certaine partie de la société actuelle. À toutes les époques les signes de décadence se sont manifestés par des raffinements et des anomalies dans la sensation, dans l’impression et dans le sentiment. La complaisance avec laquelle certains écrivains mettent leur talent délicat au service de questions de cette espèce, alors que le vieux monde est en proie à des crises économiques et sociales formidables, et s’achemine inéluctablement vers le gouffre ou vers la révolution, ne fait pas honneur à cette phalange décadente d’intellectuels. Elle ne peut que renforcer le mépris que la saine et jeune puissance populaire éprouve pour ces représentants de doctrines maladives et artificielles, et tout cela hâtera, je l'espère, l'heure de la colère, et de la renaissance. »
Réponse au questionnaire sur la préoccupation homosexuelle en littérature, Les Marges, n° 141, 15 mars 1926. [En 1930, dans son ouvrage Russie, Barbusse traitait Proust, Cocteau et Gide de « littérateurs de fin d’Empire ».]


MAXIME GORKI (1868-1936) :
« Dans le pays que le prolétariat dirige virilement et avec succès, l'homosexualité [гомосексуализм] qui déprave la jeunesse est considéré comme un crime social et puni comme tel, tandis que dans le pays "cultivé" des grands philosophes, des grands savants et des grands musiciens, il se manifeste librement et impunément. On a déjà composé un slogan sarcastique : " Exterminez les homosexuels – le fascisme disparaîtra. " »

La Culture et le peuple, Humanisme prolétarien [Пролетарский гуманизм], 1934. [Œuvres complètes, tome XXVII, page 238 ; texte publié par ailleurs en article dans la presse soviétique de l’époque ; traduit (il y a longtemps) par Cl. C.].

VI - Pénalisations d'août 1942 (avec mineurs) et de novembre 1960 (outrage public à la pudeur)

Les antécédents de cette pénalisation de 1942 sont décrits aves précision dans l'étude de Denis Quinqueton " Loi du 6 août 1942 Après son café au lait et sa tartine, Pétain réprima l’homosexualité " (Jean Jaurès Éditions).


§ VI / A /
« Sera puni d’un emprisonnement de 6 mois à 3 ans et d’une amende de … 1° Quiconque aura soit pour satisfaire les passions d’autrui, excité, favorisé ou facilité habituellement la débauche ou la corruption de la jeunesse de l’un ou de l’autre sexe au dessous de vingt et un ans, soit pour satisfaire ses propres passions, commis un ou plusieurs actes impudiques ou contre nature [termes moyen-âgeux] avec un mineur de son sexe âgé de moins de vingt et un ans. » Philippe Pétain, Pierre Laval, Loi n° 744 du 6 août 1942.

 

Journal officiel, 27 août 1942, page 2922.
" Impudique ", " contre nature ", c'est la reprise d'un vocabulaire de l'Ancien Régime. Disposition conservée dans exactement les même termes en février 1945 :

Journal officiel, 9 février 1945, page 650.

Ce Gouvernement provisoire de la République française était alors le Gouvernement Charles de Gaulle I, au pouvoir du 10 septembre 1944 au 2 novembre 1945. Il comportait des ministres MRP, PCF, RAD, SFIO et UDSR.
François de Menthon fut, dès 1952, la cible d'attaques de la part du mensuel homo FUTUR.

Voir l'entrée "Délit d'homosexualité" de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine.

PIERRE ASSOULINE (né en 1953) :

« La loi du 6 août 1942 sur la répression de l'homosexualité ne répondit pas à une initiative politique (généralement attribuée à l'Amiral Darlan [voir plus loin]) mais judiciaire. Il faut savoir que le magistrat Roger Béraud, qui en fut le rédacteur, vit l'une de ses propositions récusée par ses supérieurs au motif qu'elle était contraire aux principes chrétiens : la castration des homosexuels récidivistes ... Mais pour le reste, il s'inspirait des projets de loi antérieurs à l'Occupation, en portant toutefois, et c'est une grande différence, l'âge de la protection de 18 à 21 ans. Ce qui motivait Vichy selon [Marc] Boninchi [Vichy et l'ordre moral, Paris : PUF, 2006] ? Là encore, des motifs conjoncturels : la multiplication des camps de jeunesse regroupant des mineurs du même sexe, trop propices selon le législateur aux "initiations mutuelles" (cas de figure pour lequel la loi considérait comme coauteurs le coupable et la victime). »
« Retour sur l’ordre moral », Le Monde , 22 mars 2006.


§ VI / B /

RAYMOND DRONNE (1908 - 1991) :
« La fonction publique, jusque dans ses rouages les plus importants, est gangrenée par la pénétration communiste. Elle est aussi gangrenée, spécialement dans les plus hauts postes des diverses polices, par des personnages aux habitudes particulières. [...] Il s'agit de ces hommes qui appartiennent à la confrérie actuellement très à la mode des homosexuels. En admettant que vous ayez l'esprit suffisamment large pour ne pas être choqué par des divertissements de cette nature, vous ne devez pas oublier, monsieur le ministre de l'Intérieur [François Mitterrand], que ces sortes de personnages ont des défauts qui les rendent particulièrement vulnérables dans les postes où vous les avez maintenus ou nommés. »
Assemblée Nationale, 2e séance du 3 décembre 1954.

FRANÇOIS MITTERRAND (1916-1996), ministre de l'Intérieur : « En ce qui concerne les mœurs que vous avez évoquées, si l'un des fonctionnaires placés sous mon autorité a un dossier douteux, je demande qu'on me le communique. Comment voulez-vous que j'accepte que soient ainsi diffamés, attaqués et décriés de hauts fonctionnaires dans lesquels mes prédécesseurs ont eu confiance, qui ont la mienne. » Assemblée Nationale, 2e séance du 3 décembre 1954, réponse au député Dronne.


§ VI / C /

Celle de juillet-novembre 1960 semble bien due à l'influence du psychiatre catholique Marcel Eck : « L'homosexualité paraît prendre actuellement un développement inquiétant, au point que l'on peut parler d'un véritable péril homosexuel. » Parents et éducateurs devant le péril homosexuel, janvier 1960. C'est l'ancien article 330 alinéa 2 de l'ancien Code pénal.

Il y eut d'abord une loi d'habilitation pour la prise d'ordonnances :

Loi n°60-773 du 30 juillet 1960 AUTORISANT LE GOUVERNEMENT A PRENDRE, PAR APPLICATION DE L'ARTICLE 38 DE LA CONSTITUTION, LES MESURES NECESSAIRES POUR LUTTER CONTRE CERTAINS FLEAUX SOCIAUX

L'esprit de cette loi rappelle un décret de la IIIe République finissante :
Édouard Daladier, président du Conseil, et alii (dont Jean Zay) :
Rapport au Président de la République française, 29 juillet 1939 :
" Nous vous demandons d'approuver l'aggravation de la répression des vices et la lutte contre les fléaux sociaux qui constituent autant de dangers pour l'avenir de la race. " [Pornographie, stupéfiants, alcoolisme " dont les méfaits sont principalement imputables à la production et à la consommation d'alcool de mauvaise qualité circulant en fraude "] "Les efforts pour constituer une race saine ne sauraient débuter nulle part ailleurs mieux qu'à l'école. " (Journal officiel, 30 juillet 1939, pages 9608-9609)
Décret relatif à la famille et à la natalité françaises, 29 juillet 1939 :
Titre II Protection de la famille, chapitre III Protection de la race Section I De l'outrage aux bonnes mœurs Section II Du trafic des substances vénéneuses Section III de la lutte contre l'alcoolisme (Journal officiel, 30 juillet 1939, pages 9621-9622)

Le 4° de la loi résultait d'un sous-amendement n° 9 proposé par le député Paul Mirguet et adopté lors de la 2e séance du 18 juillet 1960 par l'Assemblée nationale ; le Gouvernement s'en était remis à la sagesse de l'Assemblée.


Je suppose que " l'avis " fut compris " la vie ", d'où les rires.

L’ordonnance du 25 novembre 1960 ajouta donc à l'ancien article 330 du Code pénal un alinéa 2 prévoyant un doublement des peines maximales encourues pour outrage public à la pudeur « lorsqu'il consistera en un acte contre nature avec un individu de même sexe ». Cette disposition fut abrogée en décembre 1980 (voir plus loin, au § X).

Journal Officiel, 27 novembre 1960, page 10604.


Arcadie, la revue (1954-1982) : idéologie légaliste promue par un catholique se disant apôtre de l'ascèse, qui, dans ses revendications, se focalisait uniquement sur le sous-amendement Mirguet de juillet 1960, acceptant donc implicitement la restriction drastique de Vichy de 1942.

André Baudry, directeur d'Arcadie, réclamait en permanence " l'abrogation de l'amendement Mirguet " qui ne constituait, aussi déplorable qu'il fût (le "fléau social", cf plus haut § VI / C), qu'une étape intermédiaire de procédure parlementaire dans une loi d'habilitation à prendre des ordonnances. En 1974, Arcadie annonça triomphalement, (énorme confusion !) que l'amendement Mirguet était abrogé ...

Loi du 23 décembre 1980 : suppression de la circonstance aggravante instaurée en novembre 1960 dans l'outrage public à la pudeur (article 330, alinéa 2 de l'ancien Code pénal) ; disposition improprement appelée " amendement Mirguet ".

La loi n° 82-683 du 4 août 1982 (après trois rejets par le Sénat) abroge enfin l'article 331 alinéa 2 du Code pénal

Journal Officiel, 5 août 1982, page 2502.

La procédure fut longue :
Journal Officiel, 5 août 1982, page 2502.


Cette abrogation en 1982 d'une disposition issue du régime de Vichy fut parfois saluée comme l'abrogation de l'amendement Mirguet de juillet 1960... Cette confusion, déjà apparue en 1974, et ressurgie en 2014, a sans doute comme cause, du côté d'Arcadie, le désir de minimiser les méfaits de la collaboration, et du côté de la gauche de masquer le fait que la disposition issue du sous-amendement Mirguet fut abrogée par le gouvernement Barre-Giscard fin décembre 1980 et non ultérieurement par la gauche.


VII - Légitimations récentes - 1

VII / a) Auteurs :

Roger Peyrefitte (1907-2000) : Les Amitiés particulières, 1944 ; Notre amour, 1967. La Muse garçonnière, 1973.

Marcel Jouhandeau : Corydon résumé et augmenté, 1951.

Daniel Guérin (1904-1988) : 
Articles dans la revue La Nef sur la répression de l'homosexualité en Angleterre (1957) et en France (1958).

Daniel Guérin : Eux et lui, Monaco, : Éditions du Rocher, 1962. Réédition par Question De Genre/GKC en 2000.

Roger Peyrefitte : Notre amour, Paris : Flammarion, 1967. repris par Éditions Textes Gais en 2016.

Jean-Louis Bory : Ma Moitié d'orange, Paris : Julliard, 1973 ; un ouvrage en collaboration avec Guy Hocquenghem ; voir l'Introduction de mon DFHM. Je l'avais rencontré chez lui, rue Séguier.

Roger Peyrefitte : La Muse garçonnière, 1973.

Yves Navarre, ses romans.

Dominique Fernandez : notamment son roman en partie autobiographique L'Étoile rose, Paris : Grasset, 1978.


VII / b) Journaux et organisations :  

En 1949, la loi Lecourt/Moch 49-956 du 16 juillet 1949 va permettre l'interdiction à l'affichage de plusieurs publications homo, ceci jusque vers la fin des années 1970.

PANORAMA février 1952-1959
Prétexte : cahiers trimestriels / directeur littéraire Jean-Jacques Thierry ; secrétaire de rédaction Jean-Michel Hennebert
Mise(s) à jour du titre :
Prétexte : revue littéraire bimestrielle / directeur-gérant : Henri Guichaoua ; rédacteur en chef : Jean-Jacques Thierry
Numérotation : N° 1 (15 février 1952) - n° 2 (novembre 1952)
nouvelle série, n° 1 (janvier/février 1958) - n° 2 (mars/avril 1958)
Publication : Boulogne-sur-Seine : [s.n.] ; Bruxelles : [s.n.] ; Paris : dépositaire général, Gallimard, 1952-1958
Description matérielle : In-8.

Futur : pour un nouveau " Comité scientifique humanitaire " ; directeur Jean Thibault
Numérotation : 1re année, n° 1 (octobre 1952 - avril 1956)
Publication : Paris : [s.n.], 1952-1956, mensuel.
Description matérielle : grand folio.

Arcadie : revue littéraire et scientifique ; directeur André Baudry
Numérotation : N° 1 (janvier 1954) - n° 342/344 (juin-juillet-août 1982)
Publication : Paris : Arcadie, 1954-1982, mensuel.
Description matérielle : 344 numéros ; 21 cm

Gioventù, revue littéraire mensuelle / Directeur : J. Mandebaum
Numérotation : septembre-octobre 1956 (n° 1-2)
1re année, n° 1 (30 septembre 1956) - n° 2 (octobre 1956)
Publication : Paris (18 rue de la Chaussée-d'Antin) : [s.n.], 1956
Impression : Rodez : Impr. de Subervie
Description matérielle : In-8°. Abonnements : 1 an, 1 800 fr. ; étranger, 2 500 fr. ; le n°, 180 fr.

Juventus. Revue littéraire mensuelle. [Directeur-gérant : Jean Bezroudnoff ; rédacteur en chef : Jean Basile] [Texte imprimé]
Numérotation : 1959 (n° 1-6)
Publication : Paris, 90, rue des Archives (Société parisienne d'imprimerie).
Description matérielle : In-8°, fig. Abonnements : 1 an 30 NF ; étranger 40 NF ; le n° 2,50 NF.


Futur (octobre 1952 - avril 1956) : déplorait vigoureusement la disposition du régime de Vichy d'août 1942, conservée en 1945 par un gouvernement de gauche.

Claude Mosset : « Un journal [Futur] qui défend et exalte l'homosexualité au nom de la liberté absolue de la personne humaine et de la liberté des pratiques sexuelles est un journal dont les fins sont contraires à la morale admise. Même s'il conserve un ton digne et s'il fait appel à des bases scientifiques, il présente, en raison des thèses mêmes qu'il défend, un danger pour la jeunesse. Le requérant [Jean Thibault] argue du fait que son journal ne peut être regardé comme licencieux parce qu'il conserve un caractère sérieux et une expression décente. Nous ne saurions admettre une interprétation aussi étroite du mot licencieux. Ce mot couvre non seulement ce qui est contraire à la décence, mais encore ce qui est déréglé. L'homosexualité, c'est de la licence. Faire l'apologie de ce vice, c'est se montrer licencieux. » Conclusions du commissaire du Gouvernement, Conseil d'État, arrêt du 5 décembre 1956.

J. M. Juret, " Jurisprudence, Cinéma et ordre moral ", Revue Administrative,
XIII, n° 73, janvier-février 1960, page 34.

Patrick Wachsmann, Liberté d'expression, LexisNexis, 2008.

Les 19 numéros sont disponibles ici en téléchargement (semgai).

N°1 Octobre 1952
N°2 Novembre 1952
N°3 Décembre 1952
N°4 Janvier 1953
N°5 Février 1953
N°6 Mars 1953
Juin 1954
Juillet 1954
Septembre-octobre 1954
Novembre 1954
Février 1955
Mars 1955
Avril 1955
Mai 1955
Juin 1955
Juillet - Août 1955
Septembre 1955
Octobre-novembre 1955
Avril 1956

Arcadie, la revue (1954-1982) : idéologie légaliste promue par un catholique se disant apôtre de l'ascèse, qui, dans ses revendications juridiques, se focalisait uniquement sur l'amendement Mirguet de juillet 1960, acceptant donc implicitement la restriction drastique de Vichy de 1942.
Nonobstant, cette revue est une source très précieuse sur la pensée des homosexuels et de leurs amis à cette époque, surtout pour la période 1957-1970 où elle avait le monopole de cette expression. Le nom de cette revue fut suggéré par Roger Peyrefitte.
À l'abonnement à cette revue était associé depuis 1957 le fonctionnement d'un club, dit, par discrétion, " Club littéraire et scientifique des pays latins (CLESPALA) ".

Table des articles d'Arcadie

Olympe, mensuel, en kiosques depuis 1968.

FHAR (Front homosexuel d'action révolutionnaire, 1971-1973) : j'avais fréquenté les réunions (et parfois plus) de ce vaste groupe à l'École des Beaux-Arts, rue Bonaparte, à Paris VIe, pendant sa deuxième année d'existence, 1972-1973. On y voyait le normalien et écrivain Guy Hocquenghem, surnommé Superstar. Daniel Guérin me raconta qu'il s'y était fait agresser par des "folles".

* * * * *

Dr Romain Liberman : « Fréquente dans les amitiés masculines de longue date, l'homosexualité prend souvent comme point de départ les jeux de groupe où dominent la rivalité et la compétition, qui s'expriment dans la comparaison des organes virils et la probation éjaculatoire. Généralement, ces pratiques se font sans investissement affectif, et restent sans lendemain. Quelquefois, la relation homosexuelle se double d'une relation amoureuse, plus souvent d'ailleurs entre un adolescent et un enfant, et demande alors à être contrôlée avec " doigté " et perspicacité. La plupart du temps cette activité homosexuelle ne dure que l'espace d'un moment et la vacillation dans l'hétérosexualité doit se faire sans problèmes. » " L'homosexualité clinique ", Libertés médicales, n° 10, octobre 1971. (Extrait d'un tiré à part reçu de l'auteur en 1975).

Roland Leroy, député PCF : " Quelques centaines de gens, y compris des éléments extérieurs à l'Université, prétendent décider, au nom de quinze mille étudiants, une grève dont l'objectif est de maintenir les locaux ouverts aux drogués et aux déclassés. Le fait que quelques enseignants confondent les franchises universitaires avec l'ouverture des facultés aux dépravés est un signe supplémentaire d'une crise morale que le pouvoir entend utiliser à son profit. Et, finalement, on a toujours en réserve, comme un feu couvant sous la cendre, une petite barricadette pour la veille du référendum, des homosexuels pour le 1er mai, une aile entière de la faculté des sciences pour les " états-majors " gauchistes. " (L'Humanité, 5 mai 1972).

Pierre Juquin (né en 1930, ENS-Ulm 1951, membre du Comité central du Parti communiste français) :
« La couverture de l'homosexualité ou de la drogue n'a jamais rien eu à voir avec le mouvement ouvrier. L'une et l'autre représentent même le contraire du mouvement ouvrier. » Le Nouvel Observateur, 15 mai 1972.
Cette prise de position très forte d'un membre important du P. C. F. eut au moins le mérite d'introduire rapidement la question homosexuelle dans le champ politique de l'ère Pompidou. Il en résulta une réaction d'homosexuels communistes qui en 1974-75 se manifestèrent par la création de groupes de libération homosexuelle (GLH). Mais au lieu de s'en tenir à la satisfaction de la liberté obtenue (les termes du Moyen Âge chrétien " impudique " et " contre nature " sortent enfin du Code pénal en août 1982), le lobby gay, depuis LGBTQI+++, a cru devoir se lancer dans une surenchère (demande de pacs, droit au mariage, à l'adoption, à la PMA et à la GPA), reconnaissance de prétendus "changements" de sexe) qui me semble déplacée, l'homosexualité relevant à mon sens bien davantage de la liberté et de l'amitié (" poussée à l'extrême " écrivait Platon dans ses Lois ...) que de la conjugalité et de l'égalité des droits des couples. Voir mon article : Mariage homo ...


VIII - Deuxième dépénalisation (partielle) : 1974 :
restriction du champ du délit instauré en août 1942

La révision du seuil de " consentement homo " instauré en 1942 ; élevé alors de 13 à 21 ans, il fut abaissé à 18 ans par le président Valéry Giscard d'Estaing, en harmonisation avec la nouvelle majorité civile ; voir le I de l'article 15 de la loi du 5 juillet 1974 modifiant notamment l'article 388 du Code civil).


IX - Légitimations récentes -2

GLH parisiens, trois groupes dont le premier créé en 1974 sous le nom de Philandros par Jean-Paul Amouroux (alors étudiant à Nanterre), en partie grâce à des membres ou anciens membres du club Arcadie et de son groupe de jeunes, en partie avec des "anciens" du FHAR.

Ouvrage paru en 2015

IX / A / Aleph/CIDH 1975 :

IX / A 1) " Centre d'Information et de Documentation sur l'Homosexualité (CIDH)
Avant les scissions de décembre 1975 en plusieurs tendances des Groupes de Libération Homosexuelle (GLH) ; Claude Courouve a co-fondé en 1975, l'Association Laïque pour l'Étude du Problème de l'Homosexualité (ALEPH) pour lutter contre la sous-information de l'homosexualité.. Un des buts était de clarifier la situation juridique des homosexuels pour tout le monde, et notamment pour les partis politiques, et pas seulement pour le milieu homosexuel.
En 1977, l'ALEPH est devenu le Centre d'Information et de Documentation de l'Homosexualité (jusqu'en 1981). Les documents envoyés à la presse, sont documentés :
- d'indications bibliographiques,
- de références bibliques des passages qui évoquent ou condamnent l'homosexualité...
- de nombreux courriers (de l'époque) aux dirigeants de l'État [en vue de la légalisation complète de l'homosexualité, obtenue en 1982].
Aujourd'hui, le site Kademos (voir ci-dessous [site de Jacques Girard, mort depuis, le site, pas JG]) publie certains documents, notamment les courriers (de l'époque) aux dirigeants de l'État ...
Catalogue des livres sur l'homosexualité édités par Claude Courouve : http://www.courouve.com/ [Site mort]. "
http://www.archiveshomo.info/annuaire/france.htm

IX / A 2) J'avais en effet créé en 1975 cette association avec Louis Mallet, rencontré via une petite annonce du mensuel Actuel ;  nous n'étions pas membres des GLH parisiens, mais avions assisté à quelques unes de leurs réunions. J'étais alors abonné à la revue Arcadie. Par la suite  Robert Kozérawski, Jean-Pierre Lévêque et le biologiste Jean-Claude Feray se sont joints à nous ; Jean-Claude Feray a depuis fait des recherches très pointues sur Kertbeny (qui en 1868-69 créa en allemand les néologismes homosexual et Homosexualität) et Robert Kozérawski s'était investi pendant plusieurs années dans l'association Lusogay.

   J'étais à cette époque en relations avec des universitaires militants américains : Bob Roth, et le regretté Wayne R. Dynes ; et anglais : de l'association Campaign for Homosexual Equality (CHE), notamment le regretté Peter Ashman) ; j'étais aussi abonné au périodique anglais Gay News. J'avais participé à un congrès de CHE à Brighton (UK) en 1979, et aussi à la réunion fondatrice de l'ILGA à Coventry (UK) en 1978.
Merci à Nigel Warner : 4e et 5e en partant de la gauche :
moi-même et Robert Kozérawski, Coventry 1978.

Mon activité professionnelle consistait alors en cours particuliers de maths et de physique, après cinq années (1966-1971) à plein temps dans l'Éducation nationale en Île-de-France comme enseignant en mathématiques, notamment au lycée parisien Janson de Sailly et à L'Isle Adam. Activité qui entraîna une suspicion, bien infondée, de pédophilie, d'où enquête de voisinage, visite à domicile d'un policier, convocation au 36, quai des Orfèvres, et fichage par les Renseignements généraux : fiches assez creuses que j'avais pu consulter, à deux reprises, au siège parisien de la C. N. I. L.


IX / B / Désinformations qui m'irritaient :

IX / B / 1 ) Le Monde avait annoncé que l'Association Psychiatrique Américaine modifiait sa définition psychiatrique de l'homosexualité, alors que le changement avait consisté à retirer purement et simplement l'homosexualité de la liste des pathologies ; cela fut très dur d'obtenir une rectification ; j'avais dû faire intervenir un psychiatre américain.
ASSOCIATION PSYCHIATRIQUE AMÉRICAINE : « L’homosexualité en elle-même et par elle-même n’impliquant aucune altération dans le jugement, la stabilité, l’honnêteté, ou les capacités professionnelles, qu’il soit donc déclaré que l’Association Psychiatrique Américaine déplore toutes les discriminations publiques et privées envers les homosexuels dans des domaines tels que l’emploi, le logement, l’habitation collective, les patentes, et déclare qu’aucune exigence de discernement, de capacité ou d’honnêteté supérieure à ce qui est demandé aux autres personnes ne devrait être imposée aux homosexuels. » Communiqué du 15 décembre 1975 [ma traduction].

2 ) Lors du lancement du mensuel commercial Homo en 1975 (mensuel auquel j'avais collaboré), Bruno Frappat, alors journaliste au Monde (ensuite directeur à La Croix, et que j'avais rencontré avec Louis Mallet à l'ancien siège du Monde, 5 rue des Italiens) fut bien sarcastique dans un de ses articles : " On aura très vite fait le tour de la question ", comme si l'homosexualité était un non-sujet ; c'est ce que j'appellerais l'homophobie négative.

3) Arcadie se faisait passer pour une association alors que c'était d'abord une revue mensuelle, créée en 1954 sans comité de rédaction connu, doublée ensuite d'un club réservé à ses abonnés, créé en 1957 sous le régime SARL, " CLESPALA ", Club littéraire et scientifique des pays latins, dont André Baudry était autocratiquement et juridiquement le gérant (information vérifiée auprès du Tribunal de commerce de Paris).

4) André Baudry (1922-2018, directeur d'Arcadie, réclamait en permanence " l'abrogation de l'amendement Mirguet " qui ne constituait, aussi déplorable qu'il fût (le " fléau social ", cf plus haut § VI / C), qu'une étape intermédiaire de procédure parlementaire dans une loi d'habilitation à prendre des ordonnances.

Les deux dispositions dont on pouvait pertinemment, dans les années 1970, exiger l'abrogation étaient l'article 330 alinéa 2 du Code pénal, créé par ordonnance en novembre 1960 (aggravation des peines en cas d'outrage public à la pudeur en situation homosexuelle) - et surtout l'article 331 alinéa 3 du même Code pénal, décidé par le Gouvernement de Vichy, conservé par ordonnance à la Libération, tout comme la disposition anti-laïque étendant aux édifices non classés le bénéfice de financement public (dernier alinéa de l'art. 19 de la loi de 1905, devenu art. 19-2). Au Parti Socialiste, les idées n'étaient pas plus claires là-dessus que dans les GLH ; ils souscrivaient à la revendication du père Baudry, sans davantage vérifier ni se documenter. En 1974, Arcadie annonça triomphalement, (énorme confusion !) que l'amendement Mirguet était abrogé ...

5) Les travaux de cette association ALEPH ont commencé en 1975, année de la déclaration de l'association.

Courriers à tous les partis politiques, comme le faisait déjà le directeur d'Arcadie, mais avec une argumentation documentée et invoquant, à la suite de Daniel Guérin, les arguments de laïcité, et de liberté sexuelle comme nécessaire contrepoids à la liberté religieuse. Selon Alexandre Marchant, ma correspondance avec Daniel Guérin est conservée à la B.D.I.C.

Je n'avais jamais eu d'engagement militant durable dans un parti politique, considérant d'un côté qu'ils avaient tous plus ou moins leur part de vérité et de l'autre que la culture, stricto sensu, scientifique, juridique, littéraire ou philosophique, est bien plus intéressante et utile que la politique politicienne.



- Enquête auprès d'une soixantaine de psychiatres parisiens et rennais ayant répondu (sur 250 questionnaires envoyés). Questions sur le statut de l'homosexualité (maladie, perversion, anomalie, ou variante) et sur le traitement éventuel. Résultats publiés dans Homo en 1975 . Parmi les réponses, celle du Professeur Henri Baruk (1897-1999) : « L'homosexualité est en voie de développement en grande partie sous l'influence des idées psychanalytiques. Elle représente un danger pour les sociétés. Elle doit être soignée. »

- Documentation historique et lexicographique, la deuxième encouragée par l'article inaugural " Anti-rôle " de l'instituteur Dominique Robert (mort du sida vers 1990) dans le n° 3 de la revue Dérive.

- Obtention de la preuve, par simple consultation de l'Annuaire téléphonique interne de la Préfecture de police de Paris par un adhérent qui y travaillait, de l'existence au sein de celle-ci d'un  " Groupe de contrôle des homosexuels " ; émanation bien lointaine de la fameuse " sous-brigade des pédérastes " (sic) des années 1870, alors dirigée par l'agent de police parisien Rabasse.

Vers 1976, j'avais rencontré des Jeunes Socialistes ; ils m'avaient alors déclaré qu'ils répugnaient à défendre la cause de l'homosexualité parce que, selon eux, les homos étaient généralement de droite... Effectivement, notamment sous l'influence des communistes, l'homophobie était alors bien davantage à gauche qu'à droite (ce que Sartre avait remarqué).

COMITÉ POUR UNE CHARTE DES LIBERTÉS : « L'homosexualité est un comportement sexuel comme les autres. Elle est une des expressions de la liberté fondamentale du corps. L'homosexualité ne doit entraîner sous aucune forme une inégalité ou une discrimination quelconque. » Liberté, libertés, Réflexions du comité pour une charte des libertés animé par Robert Badinter, préface de François Mitterrand, Paris : Gallimard. 1976. [Sans doute une réaction aux démarches d'André Baudry].

HENRI CAILLAVET (1914-2013), assez timoré : « La réprobation liée aux risques de sanctions pénales a fortement contribué à la marginalisation et à l'isolement des homosexuels, la répression pénale ayant ainsi un effet exactement inverse au but de dissuasion recherché. » Proposition de loi (exposé des motifs), décembre 1978.

DIDIER BARIANI : « Le Parti Radical-Socialiste demeure traditionnellement et fondamentalement attaché au respect des libertés individuelles. Malheureusement, l'émergence de nouvelles formes de délinquance juvénile fait apparaître qu'en dépit de l'évolution des mentalités, la protection des mineurs est encore une nécessité pour l'équilibre de notre société. » Lettre au président du Centre d'Information et de Documentation sur l'Homosexualité, 1er juillet 1980.

   Ce travail de documentation de l'Aleph/CIDH, motivé par la déficience des GHL au niveau intellectuel, attira longtemps l'attention de diverses personnes, homosexuelles ou non, dont Michel Foucault à qui j'avais communiqué (vers 1978) des documents d'archives sur des procès de sodomie du XVIIIe siècle ; le pasteur Joseph Doucé ; Bertrand Boulin, (fils de l'ancien ministre, décédé en 2002) ; l'écrivain Dominique Fernandez ; l'écrivain Roger Peyrefitte, à qui j'avais communiqué à sa demande, pour sa biographie de Voltaire, un extrait inédit des archives de la police parisienne dans la première moitié du XVIIIe siècle (" le grand mémoire ", aujourd'hui publié dans mon opuscule en ligne Les Assemblées de la manchette) ; Philippe Lejeune (voir son article dans la revue Romantisme, 2e trimestre 1987). De même Daniel Guérin, dont je fit publier le texte « Plutarque et l’amour des garçons »  dans Dialogues homophiles, numéro 2, mars 1978, et que j'avais interviewé pour le mensuel Homo 2000 en 1979.

Les réactions à ce travail associatif ne sont pas facilement distinguables de celles consécutives à mon premier ouvrage Les Homosexuels et les autres (Paris : Athanor, 1977) :
" Vous trouverez tout dans ce livre qui est sérieux et bourré d'informations. " (Charlie Hebdo)
" Un intéressant document sur l'évolution des esprits [...] utile à ceux qui animent des groupes d'éducation sexuelle avec des adolescents. " (L'École des parents)
   La même année fut publié, en collaboration avec Pierre Fontanié (collaborateur régulier d'Arcadie et adhérent indélicat du C.I.D.H.) et Jean-Pierre Lévêque, un " Glossaire des homosexualités ", en tant que publication du "Centre d'information Aleph". Opuscule que j'ai développé sous le titre Vocabulaire de l'homosexualité masculine (Paris : Payot, 1985)

Pendant toute cette période, un certain nombre de travaux universitaires furent effectués, dont je n'ai eu connaissance que plus tard, pour la plupart d'entre eux.

CUARH : je n'ai pas rassemblé de documentation sur cette association dont je n'étais pas membre, d'autres ont dû certainement s'en charger.

IX / B 2) La fin de mon activité associative est liée à un incident grave relativement à une réponse du président Valéry Giscard d'Estaing.

   Peu avant la campagne présidentielle de 1981, j'avais écrit à V. Giscard, au nom du C.I.D.H., pour lui exposer l'argumentation en faveur de l'abrogation du nouvel article 331 alinéa 2 ; il m'avait fait une réponse en partie favorable, en partie défavorable, disant, si je me souviens bien, qu'il était opposé à toute discrimination à l'égard des homos, mais que la disposition contestée lui semblait justifiée par la nécessité de protéger les mineurs civils de plus de 15 ans. Je fis la bêtise de communiquer cette réponse à un adhérent du Var (Saint-Raphaël), Pierre Fontanié (auteur de plusieurs articles dans la revue Arcadie), qui, sans m'en avertir, en avait  envoyé copie à Homophonies qui n'.vaita publié qu'une partie de cette lettre, la partie défavorable, sans même indiquer que ce qui était publié n'était une partie seulement de la réponse du Président de la République.

   Je fus alors profondément écœuré par une telle mauvaise foi (cf le dialogue des « représentants de commerce du Peuple » de Jacques Prévert : « – Qu’est-ce que cela peut faire que je lutte pour la mauvaise cause puisque je suis de bonne foi ? – Et qu’est-ce que cela peut faire que je sois de mauvaise foi puisque c’est pour la bonne cause ? », Spectacle, 1949), mais aussi je me sentais personnellement responsable vis-à-vis de Giscard de l'utilisation malveillante faite de sa réponse. Là-dessus sont arrivés la marche du 4 avril et tout l'activisme des mouvements homos orientés à l'extrême gauche, le slogan-tract « Les homos contre Giscard », etc.

   Ce n'est pas que je fusse particulièrement giscardien à l'époque ; au 1er tour de 1981 j'ai même voté Mitterrand (pas au second, car je pressentais alors qu'il allait gouverner avec des ministres communistes).

   Le comportement de ce membre (socialiste) du C.I.D.H., Pierre Fontanié, m'avait profondément déçu et j'ai alors décidé de revenir à autre chose, mes intérêts philosophiques anciens et des recherches académiques à la Bibliothèque nationale, précédés de mon travail pour le Vocabulaire de l'homosexualité masculine (Payot, 1985)..

IX / B 3)

Publications homos depuis les années 1968 : Arcadie, EdenOlympe, In, Hommes ; Homo, Nouvel Homo ; Dialogues homophilesGaie France, Gai Magazine, Gai PiedGaie PresseHomo 2000, Homophonies, Incognito-Magazine, In-MagazineMasquesSamouraïTêtu, etc. En gras, celles auxquelles j'ai donné un ou plusieurs articles (parfois les mêmes ...). Pour Gai Pied, un seul article, sur le livre de Rudolf Maurer André Gide et l'URSS., Berne : Tillier, 1983 ; pour Masques, trois je crois ; pour les autres, je ne sais plus combien. J'étais rédacteur de Homo 2000 et simple collaborateur ailleurs. Ces collaborations étaient motivées par le souci de diffuser une documentation culturelle sommaire, fruit vulgarisé de mes recherches à la BnF. En parallèle, j'avais effectué des publications de brochures en auto-édition (voir plus loin, § IX / B 4).

Gai Pied, mensuel puis hebdomadaire, a paru d'avril 1979 à 1992.
(Merci à Louis Mallet)


Le malveillant Roméo Isarte n'en retient que ma contribution occasionnelle à Gaie France... L'essentiel de la matière de ces articles est passé, avec de nombreux compléments, dans mes publications ultérieures et sur mon blog La Connaissance ouverte et ses ennemis.


IX / B 4) Mes publications (la plupart en auto-édition) :

L'Affaire Lenoir-Diot, Paris, C. Courouve, 1980
ISBN 2-86254-001-9 (erroné). Version augmentée en ligne.

Voltaire (1694-1778)
L'Amour socratique / Voltaire ; présenté et annoté par Claude Courouve
Paris : C. Courouve,  1994
ISBN 2-86254-017-X (br.) : 20 F
2e éd., 1999
ISBN 2-86254-024-2 (br.) : 25 F
[Nouv. éd.]
La Ciotat : C. Courouve, 2002
ISBN 2-86254-031-5 (br.) : 6 EUR. Version augmentée en ligne :
VOLTAIRE : L'AMOUR SOCRATIQUE

Les Gens de la manchette, 1720-1750 / [textes réunis et présentés par] Claude Courouve
Paris : C. Courouve, 1978
ISBN 2-86254-004-8 (Br.) : 7,50 F
Les Assemblées de la Manchette : documents sur l'amour masculin au XVIIIe siècle.
1987,  34 pp.
ISBN 2-86254-014-5
Les Assemblées de la Manchette : documents sur l'amour masculin au XVIIIe siècle et pendant la Révolution
Nouv. éd.
Indice de l'Histoire de France :  LL 310-5 = 1700-1800
ISBN 2-86254-018-8 (br.) : 40 F
Les Assemblées de la manchette / [Claude Courouve]
2000, 18 pp.
ISBN 2-86254-026-9 (br.) : 60 F. Revu et augmenté dans http://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2014/08/les-assemblees-de-la-manchette-12.html

Bibliographie des homosexualités
Paris : C. Courouve, 1977, 12 pp.
ISBN 2-86254-005-6 (Br.) : 4,50 F
Nouvelle édition 1978.
ISBN 2-86254-003-X (Br.) : 9 F. Voir plus loin, Fragments 4 et 5.

Contre nature ?
Paris : C. Courouve, 1981
ISBN 2-86254-009-9 (Br.). Son contenu a été intégré aux articles "Contre nature" et "Délit d'homosexualité" de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine (réédition électronique augmentée du Vocabulaire de 1985).

Les Flammes de Sodome : opinions variées sur l'amour homosexuel masculin
Paris : C. Courouve, 2001
24 pp.
ISBN 2-86254-028-7 (br.) : 10 EUR : 66 F
Les Flammes de Sodome : opinions variées sur l'amour homosexuel masculin
2e éd. augmentée 2004, 54 pp.
ISBN 2-86254-033-1 (br.) : 10 EUR. Repris partiellement dans mon DFHM.

Fragments : Adam, Aletrino, Allendy, Barthes...
Paris : C. Courouve, 1980, 11 pp.
Collection Archives unisexuelles
ISBN 2-86254-006-4 (Br.)
Autre auteur : Kozérawski, Robert . Éditeur scientifique
Sujet(s) :  Homosexualité -- Citations, maximes, etc.
Fragments. 2 / [choisis par] Claude Courouve, R. Kozerawski
Paris : C. Courouve, 1980
ISBN 2-86254-007-2 (Br.)
Fragments. 3 / [choisis par] Claude Courouve, R. Kozerawski
Paris : C. Courouve, 1981
Autre auteur : Kozérawski, Robert . Éditeur scientifique
ISBN 2-86254-008-0 (Br.)
Fragments. 4 / [choisis par] Claude Courouve, R. Kozerawski
Paris : C. Courouve, 1981
En appendice, "Bibliographie des homosexualités", 3e édition, 1, 1478-1881.
ISBN 2-86254-011-0 (Br.)
Fragments. 5 / [choisis par] Claude Courouve, R. Kozerawski
Paris : C. Courouve, 1981
Précédé de : "Bibliographie des homosexualités", 3e éd., 2, 1882-1924.ISBN 2-86254-012-9 (Br.)

Centre d'information Aleph (Paris)
Glossaire des homosexualités / Aleph ; [rédigé par Claude Courouve, Pierre Fontanié et Jean-Pierre Lévèque]
Paris : Centre d'information sur l'homosexualité Aleph, 1978
ISBN 2-902681-03-8 (Br.)

Homosexualité, Lumières et droits de l'homme ; suivi de L'affaire de Lenoir et Diot
Paris : C. Courouve, 2000, 18 pp.
ISBN 2-86254-025-0 (br.) : 30 F
http://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2014/08/laffaire-de-lenoir-et-diot-paris-1750.html

Les Homosexuels et les autres
Paris : Éditions de l'Athanor, 1977
Collection Une Enquête de...
Bibliographie pp. 147-148
ISBN 2-7051-0300-7 (Br.) : 30 F

Jupiter et Ganymède : notes sur la pédophilie et les seuils de consentement
Paris : C. Courouve, 2002
10 pp. : couv. ill. ; 30 cm
ISBN 2-86254-032-3 (br.) : h. c.
http://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2009/10/notes-sur-la-pedophilie-et-les-seuils_6962.html

Les Origines de la répression de l'homosexualité
Paris : C. Courouve, 1978
Collection :  Collection Archives des homosexualités
Collection Archives des homosexualités
Bibliographie pp. 15-16
ISBN 2-86254-000-5 (Br.) : 6 F

Tableau synoptique de références à l'amour masculin : auteurs grecs et latins
Paris : Courouve, 1986
ISBN 2-86254-013-7 : 64 F
Ces Petits Grecs ont un faible pour les gymnases : l'amour masculin dans les textes grecs et latins, Nouvelle édition
Paris : C. Courouve, 1988

Repères / C. Courouve, R. Kozerawski
Paris : C. Courouve, 1980
ISBN 2-86254-002-1 (Br.)
Homosexualité -- Chronologie
Presse homosexuelle -- France -- 1970-....

Vocabulaire de l'homosexualité masculine
Paris Payot, 1985.Collection :  Langages et sociétés, ISSN 0399-8665
ISBN 2-228-13650-6 : 99 F. Voir maintenant mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine (réédition électronique très augmentée du Vocabulaire).



X - Troisième dépénalisation, partielle (les deux premières étant celles de 1791 et 1974) 


Loi du 23 décembre 1980 : suppression de la circonstance aggravante instaurée en novembre 1960 dans l'outrage public à la pudeur (article 330, alinéa 2 de l'ancien Code pénal) ; c'est la disposition improprement appelée " amendement Mirguet ". Voir le V de l'article 1er.


Mais la disposition de l'article 331, qui réprimait l'homosexualité pratiquée avec un partenaire en dessous de l'âge de 18 ans (depuis 1974), reste maintenue avec l'aval du Conseil constitutionnel ; elle passe en alinéa 2 (au lieu de alinéa 3). Voir le III de l'article 1er de la Loi 80-1041 du 23 décembre 1980.

Cette disposition est maintenue dans les termes d'Ancien régime ("impudique", "contre nature") qu'avaient introduit le régime de Vichy.

CONSEIL CONSTITUTIONNEL :
« 1. Considérant qu'en vertu du premier alinéa de l'article 331 du code pénal, tel qu'il résulte de la loi soumise à l'examen du Conseil constitutionnel, tout attentat à la pudeur commis ou tenté sans violence ni contrainte, ni surprise sur la personne d'un mineur de quinze ans est pénalement réprimé ; que le second alinéa du même article prévoit aussi une sanction pénale à l'encontre de la personne qui aura commis un acte impudique ou contre nature avec un mineur de dix-huit ans lorsqu'il appartient au même sexe ; que, selon les auteurs de la saisine, les dispositions de ce second alinéa auraient pour effet de porter atteinte au principe d'égalité devant la loi tant "entre les délinquants" qu'"entre les victimes" ; [...]
4. Considérant que la loi relative à la répression du viol et de certains attentats aux mœurs peut, sans méconnaître le principe d'égalité, distinguer, pour la protection des mineurs, les actes accomplis entre personnes de même sexe de ceux accomplis entre personnes de sexes différents. »Décision 80-125 DC du 19 décembre 1980 qui valida donc le maintien de cet article 331 alinéa 2.

Ma petite publication de 1981, Contre nature ?, est épuisée et n'a pas été rééditée. Son contenu a été intégré aux articles " Contre nature " et " Délit d'homosexualité " de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine (réédition électronique revue et très augmentée du Vocabulaire de 1985).


XI - Quatrième, et dernière,  dépénalisation en août 1982 : abrogation complète du
délit instauré en 1942 :

 XI / A / ROBERT BADINTER (né en 1928) :
« Chacun de nous est libre de critiquer ou d'approuver l'homosexualité, chacun est libre de choisir ou de ne pas choisir tel ou tel comportement sexuel ; cela relève du choix intime de la personne ; plus ce choix est intime, plus il est secret et mieux cela vaut. »
Sénat, séance du 5 mai 1982, Journal Officiel [Débats Sénat], page 1634. [Par la suite, Badinter approuva la loi Halde de décembre 2004 qui introduisait la notion de propos discriminatoires à l'égard des homos et qui permit des condamnations à l'égard du député Vanneste, condamnations cependant heureusement annulées en cassation. Cette loi fut suivie d'un renforcement de la reconnaissance de l'homosexualité sous la forme de l'extension du mariage et de l'adoption aux couples de même sexe (loi Taubira de mai 2013).

La loi du 4 août 1982 (adoptée après trois rejets par le Sénat) abroge donc l'article 331 alinéa 2 du Code pénal. L'opposition RPR ne dépose alors pas de recours auprès du Conseil constitutionnel.

Cette abrogation en août 1982 d'une disposition issue du régime de Vichy fut parfois saluée comme l'abrogation de l'amendement Mirguet de juillet 1960... Cette confusion, déjà apparue en 1974, et ressurgie en 2014, a sans doute comme cause, du côté d'Arcadie, le désir de minimiser les méfaits de la collaboration, et du côté de la gauche de masquer le fait que la disposition issue du sous-amendement Mirguet fut abrogée par le gouvernement Barre-Giscard en décembre 1980 et non par la gauche.

* * * * *

XI / B / Mon objectif majeur de dépénalisation étant obtenu, je ne suis plus intervenu dans le champ militant de l'homosexualité, me consacrant à la préparation de mon Vocabulaire, mis à part, poussé par Alain Leroi (qui collabora comme moi au magazine Gaie France), une participation occasionnelle au lieu associatif parisien L'Escargot, dans le 11e. Ce lieu comportait une petite bibliothèque, tenue par Michel Meignez de Cacqueray, à laquelle j'avais fait don d'un certain nombre d'ouvrages français et étrangers. Maurice Lever et moi-même y furent reçus pour parler de nos ouvrages parus en 1985, son Les Bûchers de Sodome et mon Vocabulaire ... On y rencontrait des membres du GAGE, Groupe achrien (terme inventé par Renaud Camus) des grandes écoles, le journaliste et écrivain Frédéric Martel (alors sous le pseudo de Frédéric Letram). Je n'ai jamais su (ou je ne me souviens pas) si ce lieu avait un directeur, et dans l'affirmative qui il était.
 

Tentative infructueuse de rétablir le délit d'homosexualité en mai 1991 par l'opposition de droite :

Voir les débats au Sénat en mai et octobre 1991.

* * * * *

XI / C / Plateforme pour l’égalité des droits LGBT (Le Monde, 25 mars 2004)

Plateforme élaborée sous la direction de Daniel Borrillo et Didier Éribon ; l'état d'avancement de cette plateforme est à la fois impressionnant, par son quasi-achèvement en un peu moins de deux décennies, et inquiétant par les bouleversements peu réfléchis introduits dans notre société.

" L’homophobie, la lesbophobie et la transphobie tuent : égalité des droits

1 La modification de l’article premier de la Constitution, assurant l’égalité des citoyen(ne)s sans distinction d’origine, de race ou de religion, pour y ajouter la notion d’égalité sans distinction de sexe, d’orientation sexuelle, d’identité de genre [version post-moderne du "troisième sexe"].

2 La condamnation des discriminations basées sur le sexe, l’orientation sexuelle ou l’identité de genre de la victime au même titre que le sont celles liées au racisme ou à l’antisémitisme.
[Obtenu pour l'identité sexuelle par l'article 4 de la première loi Taubira, loi 2012-954 du 6 août 2012 qui modifie une quinzaine de dispositions du Code pénal. Et pour l'identité de genre, qui y remplace l’identité sexuelle, par l’article 225-1 du Code pénal tel que modifié par l’article 86 de la loi Urvoas  2016-1547 du 18 novembre 2016.
Les articles 170 et 171 de la loi Urvoas n° 2017-86 “ Égalité et citoyenneté “ du 27 janvier 2017 remplacent l’identité sexuelle par l’identité de genre dans plusieurs articles du Code pénal et de la loi sur la liberté de la presse.
" Considérant 89. Les dispositions contestées substituent, dans les articles 24, 32 et 33 de la loi du 29 juillet 1881, les termes d'« identité de genre » à ceux d'« identité sexuelle ». Elles ajoutent ainsi à l'interdiction des discriminations liées au sexe et à l'orientation sexuelle celles liées à l'identité de genre. Il résulte des travaux parlementaires qu'en ayant recours à la notion d'identité de genre, le législateur a entendu viser le genre auquel s'identifie une personne, qu'il corresponde ou non au sexe indiqué sur les registres de l'état-civil ou aux différentes expressions de l'appartenance au sexe masculin ou au sexe féminin. Les termes « identité de genre », qui figurent d'ailleurs à l'article 225-1 du code pénal dans sa version issue de la loi du 18 novembre 2016 mentionnée ci-dessus, sont également utilisés dans la convention du Conseil de l'Europe du 12 avril 2011 et dans la directive du 13 décembre 2011 mentionnées ci-dessus. Dans ces conditions, les termes d'« identité de genre » utilisés par le législateur sont suffisamment clairs et précis pour respecter le principe de légalité. Le grief tiré de la méconnaissance du principe de légalité des délits et des peines doit être écarté. "
La loi " Égalité et citoyenneté " introduit la notion d' " identité de genre " dans 3 articles du Code pénal (132-77, 222-13 et 226-19), 4 articles de la loi sur la liberté de la presse (24, 32, 33 et 48-4), 5 articles du Code de procédure pénale (CPP) et 2 articles du Code des sports (L. 1321-3 et L. 1441-23).
Rappel : « La ministre des droits des femmes, porte-parole du Gouvernement, a présenté les principes du programme d'actions contre les violences et les discriminations commises à raison de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre que le Premier ministre l'a chargée d'élaborer début septembre. […] 3. agir contre les discriminations au quotidien : l'Etat se mobilisera contre les discriminations dans l'emploi, dans le secteur public et le secteur privé. La charte de l'égalité dans la fonction publique fera l'objet d'une révision dans le cadre de l'agenda social, mettant en avant les valeurs du service public et de la fonction publique. Dans ce cadre, l'égalité des droits et la lutte contre les discriminations commises à raison de l'orientation sexuelle et de l'identité de genre seront réaffirmées. » (Communiqué du Conseil des ministres du 31 octobre 2012)]

3 La pénalisation des propos discriminatoires (injures, diffamation, incitation à la haine) sexistes, homophobes, lesbophobes et transphobes, au même titre que le sont les propos racistes ou antisémites. [Obtenu pour les propos dits homophobes et discriminatoires par le titre III de la loi Halde n° 2004-1486 du 30 décembre 2004]

4 La mise en place d’une politique efficace de prévention de l’homophobie, de la lesbophobie, de la transphobie et du sexisme, notamment en milieu scolaire et dans les organismes accueillant du public (OFPRA, institution pénitentiaire, CNAM, Police Nationale...).
[Obtenu : " L’association " Le Refuge Formation " a pour mission la lutte contre l’homophobie, et plus généralement les LGBT-phobies, ainsi que la formation au travail social auprès des victimes de LGBT-phobies. Les objectifs de l’association sont, entre autres, d’intervenir dans les écoles et les établissements scolaires auprès des équipes pédagogiques et administratives afin d’échanger sur l’homosexualité avec les élèves, déconstruire avec eux les préjugés, et les sensibiliser à l’impact positif ou négatif que peuvent avoir leurs mots et leurs comportements. " Les associations agréées par l'Éducation nationale.
Pour la " transphobie ", voir la circulaire Blanquer du 29 septembre 2021.]

5 Le droit au mariage civil pour les couples de même sexe ; l’extension aux couples homosexuels de l’ensemble des avantages (sociaux, fiscaux, séjour...) dont bénéficient les couples hétérosexuels ; l’égalité des droits entre les différents statuts civils et fiscaux : PACS, mariage, concubinage et célibat. [Obtenu pour le mariage par la seconde loi Taubira en ce domaine, loi 2013-404 du 17 mai 2013 ; mes réflexions sur le sujet].

6 L’accès à la procréation médicalement assistée et à l’adoption quelles que soient l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou le statut marital du/de la ou des demandeur(e)s. [Obtenu pour l'adoption par les couples mariés, homos comme hétéros, par la loi 2013-404 du 17 mai 2013. La loi Véran n° 2021-1017 du 2 août 2021 ouvre la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, selon l'article 1er, I, 1° : “ Tout couple formé d’un homme et d’une femme ou de deux femmes ou toute femme non mariée ont accès à l’assistance médicale à la procréation  “ (article L. 2141-2 du Code de la santé publique)].

7 Que les trans ne soient plus classé(e)s comme malades mentaux par le système de soins français. [obtenu par le décret Bachelot 2010-125 du 8 février 2010 : " Article 1
Au 4 du I de l'annexe de l'article D. 322-1 du Code de la sécurité sociale, les mots : « ― troubles précoces de l'identité de genre ; » sont supprimés. "].
[La loi n° 2022-92 du 31 janvier 2022 interdit les pratiques visant à modifier l'orientation sexuelle ou l'identité de genre d'une personne.]
 
8 La simplification de la procédure de changement d’état civil pour les trans (transsexuel(le)s et transgenres) qu’elles ou ils soient opéré(e)s ou non, et l’accès à une prise en charge médicale choisie, rapide et efficace. [Article 61-5 du Code civil, créé par l’article 56 de la loi Urvoas n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIe siècle].

9 La suppression de toute mention relative au sexe sur les papiers d’identité et documents administratifs. " [« Dans une note de service interne adressée à ses agents le 6 juillet [2022], la direction générale des finances publiques (DGFIP) enjoint les contrôleurs fiscaux à ne pas heurter l'identité de genre des contribuables en bannissant les mentions de civilité de l'ensemble de leurs communications. Concrètement, la note, consultée par Le Figaro, recommande de revoir l'accroche et la formule de politesse en début et en fin de courrier, ainsi que le bloc destinataire où sont inscrits le nom et l'adresse de la personne à qui la communication est adressée. Finis les « Bonjour Monsieur » et « Bonjour Madame » en préambule, les contrôleurs fiscaux se contenteront d'un simple « Bonjour », tout court. » (Le Figaro, 13 juillet 2022).

" Ces exigences sont un pré-requis pour lutter contre les discriminations, dans la loi, dans les faits, dans les têtes. Nous invitons les structures associatives et politiques et les individu(e)s dont la lutte contre les discriminations fait partie du combat politique, à rejoindre le Collectif pour l’égalité des droits et à soutenir cette plate-forme de revendications. "

Organisations signataires : Académie Gay et Lesbienne, Act Up-Paris, Act Up-Lyon, Alternative libertaire, CADAC (Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception), CCP (Collectif Contre le Publisexisme), CLF (Coordination Lesbienne en France), CNDF (Collectif National pour les Droits de Femmes), Conservatoire des Archives et des Mémoires Homosexuelles, DEGEL (Debout Étudiant-es Gais Et Lesbiennes), Étudions Gayment, Femmes Publiques, Fierté LGBT Lille, FTCR (Fédération des Tunisiens Citoyens des deux Rives), GLB (Gais et Lesbiennes Branchés), GAT (Groupe Activiste Trans), Gay Kitsch Camp [Lille], Homonormalité, JCR (Jeunesses Communistes Révolutionnaires), La Dixième Muse, La voix de l’âme, LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire), Les Mauves, Les Panthères roses, Les Verts, LGBT-Formation, Mix-cité, PASTT (Prévention Action Santé Travail pour les Trangenres), ProChoix, Ras l’front, Scalp-Reflex, SNEG (Syndicat National des Entreprises Gaies), SOS-Homophobie, SUD Étudiant, SUD PTT, Tasse de Thé (association et portail pour les lesbiennes), Tiresias, Trans Action, Vamos !
Personnalités politiques signataires : Clémentine Autain (adjointe au maire de Paris), Olivier Besancenot (porte parole de la LCR), Patrick Bessac (conseiller régional PCF d’Ile-de-France), Jean Brafman (conseiller régional d’île de France, Groupe communiste, alternative citoyenne, républicain), Sergio Coronado (Adjoint au maire du 14e ardt de Paris, [depuis député écologiste, Français établis hors de France, 2e circonscription]), Jean-Luc Estournel (adjoint au maire de Villeurbanne), Hélène Flautre (députée Européenne, les Verts), Christophe Girard (ancien adjoint au maire de Paris), Noël Mamère (ancien député de Gironde, les Verts [réélu en 2012, 3e circonscription), Pierre Quay-Thevenon (adjoint au maire (PC) de Saint-Denis), Roseline Vachetta (député Européenne, LCR).


XII - Ébauche d'une vue d'ensemble des qualifications de l'homosexualité :

" Une abomination " (Lévitique). C'est une de celles qui auront le plus grand retentissement.
"Amitié poussée à l'extrême" (Platon)
"Autant par coutume que par nature les mâles se mêlent aux mâles" (Montaigne, Essais, livre I, chapitre xxiii, page 115 de l'édition Villey/PUF, paraphrasant Aristote)
" Le sentier de la vertu " (Plutarque)

" Contre la loi de la nature et l'ordre de la raison " (Pierre Damien)
« Aberration monstrueuse », « union de sexes semblables » (Gilles de Corbeil)
" Le péché le plus grave après la bestialité " (Thomas d'Aquin)
" Contre l'ordre de nature, pour ce qu'il se commet contre l'ordre du sexe " (Jean Bénédicti, 1601)

" Crime de ceux qui commettent des impuretés contraires à l'ordre même de la nature " (Encyclopédie, 1765, à propos de la sodomie)
"La passion la plus honteuse qui ait jamais souillé la nature humaine" (Kant, Remarques touchant les Observations ...)

" Faute d'orthographe de la nature humaine " (La Douceur, 1772, à propos de la pédérastie)
" Vice des peuples guerriers " (marquis Donatien de Sade, 1795, à propos de ce qu’il appelle pédérastie)
" Petit défaut " (Aubriet, 1824, parlant de Cambacérès)
" Le seul lien qui rattache la magistrature à l'humanité " (Charles Baudelaire, à propos de ce qu’il appelle pédérastie)
" Un amour sans nom, ou plutôt un vice infâme " (Paul Gide [père d'André Gide], 1867, à propos de la pédérastie grecque)
" Un problème qui a l'attention des philosophes, aussi bien que des médecins et des naturalistes " (Remy de Gourmont, 1907, à propos de ce qu’il appelle uranisme)
" Variante anomale de la libido " (Dr Paul Näcke, 1909)
"Variante de l'organisation sexuelle génitale" (Sigmund Freud, 1920)
"Une habitude sexuelle" (Louis Aragon, 1928, sur ce qu’il appelle "pédérastie")
" Un crime social " (Maxime Gorki, 1934)

" Un amour comme un autre, ni meilleur ni pire " (Klaus Mann, 1934)

" La force qui aime la force " (Jean Cocteau, 1936, à propos de la seule pédérastie)
" Le trait dominant des pédagogues " (René Allendy, 1939)
« Secret, interdit […] messe noire […] damnation » (Jean-Paul Sartre, 1945)

"Un péril" (Dr Marcel Eck, psychiatre catholique, janvier1960)
"Un fléau social" (député Paul Mirguet, juillet1960)

« Une anomalie sexuelle » (Jean-Paul Sartre, 1963)
« Un comportement sexuel comme les autres, une des expressions de la liberté fondamentale du corps. » (Comité pour une Charte des libertés, avec Robert Badinter, Liberté, libertés, 1976).
« Un des côtés de l'hermaphroditisme humain » (Gilbert Lascault, professeur de philosophie à l'Université de Paris-X - Nanterre, 1977 ; j'ai été son étudiant et j'avais assisté à sa soutenance de thèse d'État)
« Pas une forme de désir, mais quelque chose de désirable » (Michel Foucault, 1981)
« Une occasion historique de rouvrir des virtualités relationnelles et affectives » (Michel Foucault, 1981)
« Une déviance, une anomalie » (Jean-Marie Le Pen, 1984)
" Une forme de déviation, de marginalité, que le corps social peut supporter, sans l'avaliser jusqu'au bout " (Jean-Paul Aron, 1987)
" Une question personnelle et individuelle " (Michel Hannoun, médecin et député, 1987)
« L'homosexualité, ce n'est pas l'indifférence sexuelle » (Jacques Derrida, 2001)
« La voie mystique par excellence » (Michel Masson, Le Monde, 15 octobre 2005)
« Une anomalie » (Alain de La Morandais, Olivier Mazerolle, janvier 2013)


2 commentaires:

Anonyme a dit…

J'ai également un peu fréquenté le FAHR, j'étais intimidé par ces personnes, j'ai assisté à un cours de Guy Hocquenghem, très curieux de tout . On disait qu'aux Beaux Arts, il se passait tant de choses et j'étais jeune et affamé de sexe ! Je n'ai pas été membre d'Arcadie mais j'en lisais toutes les publications et, parrainé par un ami, j'ai assisté une fois au "mot du mois" , on allait manger "Chez Chareyre". J'ai passé tant d'annonces que je ne me souvenais pas comment j'avais connu Claude ! J'ai connu le GLH par une affichette collée sur la "tasse" du Boulevard Richard Lenoir près d'Oberkampf. J'ai adhéré au groupé, plus ou moins, je ne me souviens pas s'il-y-avait une côtisation ou quoi que ce soit et j'ai inévitablement connu Jean LE BITOUX, Alain LEROI et bien d'autres, c'était surtout convivial et Jean habitait boulevard Voltaire où il recevait, j'étais là lors de discussions interminables avec le projet de créer un journal et ce fût "Le gai pied", j'ai fréquenté Kévin Kratz, j'ai retrouvé plus tard Gérard Vappereau à "la fontaine aux loups" (77). Avec Claude, Robert et d'autres nous avons en effet réuni des documents et comme j'étais fonctionnaire de la "grande maison", j'avais vu qu'il existait un "groupe de contrôle des homosexuels", l'information circula très vite dans nos milieux ! Nous avions bien vu clair quant aux allinéas des articles 330 et 331 constituant le seul délit d'homosexualité qui en fait n'était qu'une aggravation des peines nous concernant .Années 70 et 80, nous nous apercevions bien que gauchistes divers, étudiants, bourgeois profitaient bien de cetts apparente "libération sexuelle" malheureusement accompagnée de consommation de stupéfiants et d'idées révolutionnaires qu'ils ont renié devenus vieux ! Mais aussi qu'il existait et existe toujours bien évidemment un grand nombre d'homosexuels mineurs, des "ados gays", seule erreur, nous pensions qu'ils seraient tranquilles à partir du moment où les relations à partir de quinze ans devenaient légales. La sexualité n'attend pas le nombre des années ! Avant, c'était l'homosexualité pure et simple qui servait au chantage et à disqualifier les politiques, écrivains ou personnes influentes. De nos jours, c'est la "pédocriminalité" et on ne fait aucune distinction, tranchant en disant qu'aucun consentement n'est possible. Les "affaires" ont redoublé sous Mittérand après la "victoire" des gays (avec Badinter) et le grand succès des marches débridées devenues de plus en plus sponsorisées, même en temps d'épidémie VIH.D'autres associations ont vu le jour, outre le CUARH dont je n'étais pas membre mais lecteur aussi (les activistes de l'époque se retrouveient plus ou moins dans les diverses dénominations GLH et autres) mais aussi le CCL du pasteur Doucé qui vivait en couple homosexuel et tenait une librairie tolérant des ouvrages apologétiques sur la pédophilie. Il-y-avait même un groupe de pédophiles au "Christ libérateur". En fait, surtout des pédérastes (attirés par des mineurs) qui avaient besoin de religiosité. Le pasteur fût retrouvé mort après avoir été enlevé par deux inspecteurs de police !
Louis

Connaissance ouverte a dit…

Merci à Louis Mallet pour ce témoignage du 29 janvier 2021 à 19:56

Il n'y avait pas d'adhésion à Arcadie, seulement un abonnement à la revue. Ce n'était pas une association mais une SARL.

L'aggravation des peines c'était pour l'outrage public à la pudeur, mais il y avait bien un délit spécifique d'homosexualité su la tranche d'âge 15 ans - 21 ans depuis 1942 et jusqu'en 1974, puis un délit résiduel sur la tranche d'âge 15 ans - 18 ans de 1974 à 1982.

Il est bien fait une distinction entre les enfants de moins de 13 ans et les adolescents ; voir mes notes contre la pédophilie sur ce même blog. Distinction qu'une récente proposition de loi, déjà adoptée par le Sénat, vise à renforcer.