Richard Renvoisy, prêtre et musicien, Dijon 1586 : brûlé
Antony Bacon, noble anglais, 1586-87: acquitté. Archives départementales du Tarn et Garonne, E. 1537, f° 177, novembre 1587 :
M. Bacon gentilhomme anglais caressait Isaac Burgades son page et demeurait enfermé souvent dans une salle de son logis [...] la sodomie n'était point trouvée mauvaise car M. de Bèze ministre de Genève et M. Constant ministre de Montauban en avaient usé et la trouvaient bonne [...] Bacon lui avait assuré que ce n'était point mal fait d'être bougre et sodomite. »
Deux hommes, 1596: brûlés.
Ruffin Fortias, 1598 : brûlé.
F / XVII SIÈCLE : vingt-quatre procès (sur 71) :
Jean-Imbert Brunet, prêtre, Ollioules (Var actuel), 1601 : brûlé. Sur cette affaire :
L'ouvrage " Histoire véritable... " n'est qu'un texte polémique (une « fable » disait le mémorialiste Pierre de L’Estoile) contre les Jésuites. S’il est exact qu’il ne s’était rien passé à Anvers, un prêtre d’Ollioules (Var actuel) fut exécuté pour sodomie à Aix-en-Provence le 9 avril 1601.Jean Imbert Brunet, prêtre du lieu d'Ollioules [Var actuel], prévenu de « sodomie abominable commise à la personne de Gabriel Maistral âgé de cinq ans », fut condamné en 1599 par la justice ecclésiastique à la réclusion dans un monastère ; puis, réclamé par la justice civile qui fait prévaloir sa compétence sur celle de l'Official [juge ecclésiastique], il fut condamné à mort, à être brûlé, en avril 1601 ; peine exécutée malgré les efforts de l'archevêque d'Aix-en-Provence pour le sauver, en ayant refusé de le dégrader (*) avant l'exécution. (mss 1787, fonds Peiresc, de la Bibliothèque Inguibertine de Carpentras ; consulté).
*. Il était alors interdit d'exécuter un prêtre non préalablement dégradé par son Église. Voir plus loin " La méthode Flandrin ".
François Beaupled, 1611: brûlé ; il y avait eu violences.
Gervais Liénard, 1612 : brûlé ; il y avait violence sur enfant.
Toussaint Bédier, 1623: pendu; violences.
Jean Perier, 1624: brûlé; aussi bestialité.
Léonard Le Riche, 1624: remis en liberté.
Léonard Moreuil 1633 : brûlé
Michel Morgaron 1633: deux ans de correction dans une maison de force.
Félix Simon, 1650 : accusé aussi d empoisonnement; brûlé.
Jacques Chausson, Paris 1661: aussi violences sur enfants et rapt ; brûlé.
Fougeret de Montbron, parodiant la Henriade de Voltaire, composa ces vers sur Henri III :
« Sauf son respect le Nicodème
Roupillait sous son diadème,
Tandis que régnaient en son nom
Quatre précurseurs de Chausson ;
Car il était, dit la Chronique,
Sujet au vice antiphysique. »
Henriade travestie, Berlin, 1745. Un nommé Chausson fut exécuté avec
son "complice" Fabry en 1661 ; ils étaient aussi accusés de proxénétisme de
jeunes garçons et de blasphème.
Un peu plus loin dans cette Henriade travestie, l'auteur disait de Joyeuse, mignon d'Henri III :
« fort joli garçon, quoiqu'un peu puant le Chausson. »
Voltaire fit ces vers contre l'abbé Desfontaines :
« La Nature fuit et s'offense
À l'aspect de ce vieux giton ;
Il a la rage de Zoïle,
De Gacon l'esprit et le style,
Et l'âme impure de Chausson. »
Ode VI, sur l'ingratitude, 1736.
« Chausson, fameux partisan d'Alcibiade, de Jules César, de Giton, de Desfontaines, de l'âne littéraire [Fréron], brûlé chez les Welches [Français] au XVIIe siècle. » Voltaire, note à La Guerre civile de Genève, 1768.
Jacques Paulmier, Paris 1661 : aussi violences sur enfants et rapt ; brûlé.
Mauger, étudiant, 1661: six mois de détention.
Antoine Mazouer, 1666 : brûlé.
Emery Ange Dugaton, 1666 : brûlé,
Claude Fabre, 1667 : pendu.
Isaac Dutremble, 1667: deux mois de détention.
Antoine Bouquet, 1671: brûlé vif.
Salomon Peresson, 1677 : brûlé
Julien Pessinelle, 1677 : condamné au feu, en fuite,
Philippe Bouvet de la Contamine, 1677 : aussi accusé de violences; pendu.
Maurice Violain, 1678 : aussi violences; brûlé.
Lambert Trippodière, 1678 : aussi violences; en fuite, condamné au feu.
Honoré Pandelle, 1678 : en fuite, condamné au feu.
René du Tertre, 1680 : violences sur son fils ; brûlé.
G / XVIII SIÈCLE : dix-sept procès (sur 71) :
Antoine Chassang, prêtre, 1700: six mois de détention; il y avait eu violence.
Neel, 1701 : mis à la Bastille.
La Guillaumie, 1701 : mis à Charenton.
Toussaint Pellien, 1714 : pendu.
Nicolas Fougny, 1715 : galères à perpétuité.
Philippe Basse, 1720 : brûlé vif.
Bernard Mocmanesse, 1720 : brûlé vif.
Nicolas Gaspard, 1726 : relégation.
Riotte de la Riotterie, 1726 : cinq ans de détention.
Frère Toussaint, 1731 : banni.
Jean-Pierre Lécrivain, 1741 : non-lieu.
Bruno Lenoir, Paris 1750 : brûlé vif.
Jean Diot, Paris 1750, brûlé vif
François Fyot, 1764-65 : acquitté.
Polycarpe, Gex (Ain actuel) 1771: exilé en Suisse.
Jacques François Paschal, 1783 : aussi coupable d'une agression à coups de couteau ; brûlé.
NOTE : Ces 71 affaires eurent lieu sur le territoire de la France actuelle. On les connait grâce à l'appel systématique au Parlement. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, dans environ la moitié des cas, les individus poursuivis étaient auteurs de violences, ce qui diminue d'autant la répression spécifique de l' homosexualité consentie. Par comparaison, la répression judiciaire en France de 1942 à 1982 (article 331 de l'ancien Code pénal) fut moins sévère, mais bien plus importante numériquement : des milliers d'emprisonnements pour des relations homosexuelles sans violence, pour des relations amoureuses ou érotiques.
Mont Sodome, Israël
Des versions antérieures de cette table furent publiés dans ma brochure auto-éditée Les Origines de la répression de l'homosexualité (Paris, 1978) et aussi dans Gay Books Bulletin (New York), édité par Wayne R. Dynes, n° 1, Spring 1979, pages 22-26.
LA MÉTHODE FLANDRIN EN HISTOIRE
" Jean-Louis Flandrin (4 juillet 1931 - 8 août 2001) est un historien français qui a profondément renouvelé l'histoire de la famille, de la sexualité et de l'alimentation. " (
wikipédia)

« Si l’on excepte les mots du langage familier, voire grossier, comme "bougre" – qui n’apparaît pas au niveau des titres – l’homosexualité ne semble guère saisie, au XVIe siècle, qu’à travers la notion de sodomie. Celle-ci déborde le cadre des rapports homosexuels et n’en rend pas toute la complexité. […] Dans ce domaine, que trouvons-nous ? Un titre, de diffusion populaire, racontant "l’Histoire véritable du P. Henry Mangot, jésuite, bruslé à Anvers le 12 avril 1601 (a), estant convaincu d’estre sodomiste …" La notion n’apparaît que par l’adjectif "sodomiste" emportant une violente condamnation et les titres lyonnais n’y font aucune autre allusion. En 1961, au contraire, la notion d’homosexualité apparaît dans deux titres médicaux (2), sans aucune trace de condamnation. Il ne s’agit pas de prétendre qu’elle est aujourd’hui acceptée par l’ensemble de la société, mais que, par le biais de la recherche médicale, elle apparaît dans un contexte d’objectivité, alors que l’on ne pouvait autrefois y faire allusion qu’en la réprouvant. »
Jean-Louis Flandrin, " Sentiments et civilisation ",
Annales E.S.C., septembre-octobre 1965, n° 5, (repris tel quel dans
Le Sexe et l'Occident, Paris : Le Seuil, 1981)
a. Cet ouvrage " Histoire véritable... " n'est qu'un texte polémique (une « fable » disait le mémorialiste Pierre de L’Estoile) contre les Jésuites. S’il est exact qu’il ne s’était rien passé à Anvers, un prêtre d’Ollioules (Var actuel) fut exécuté pour sodomie à Aix-en-Provence le 9 avril 1601.
Jean Imbert Brunet, prêtre du lieu d'Ollioules [Var actuel], prévenu de « sodomie abominable commise à la personne de Gabriel Maistral âgé de cinq ans », fut condamné en 1599 par la justice ecclésiastique à la réclusion dans un monastère ; puis, réclamé par la justice civile qui fait prévaloir sa compétence sur celle de l'Official [juge ecclésiastique], il fut condamné à mort, à être brûlé, en avril 1601 ; peine exécutée malgré les efforts de l'archevêque d'Aix-en-Provence pour le sauver, en ayant refusé de le dégrader (*) avant l'exécution. (mss 1787, fonds Peiresc, de la Bibliothèque Inguibertine de Carpentras ; consulté). "
*. Il était alors interdit d'exécuter un prêtre non préalablement dégradé par son Église.« Ce qui m’étonne, rétrospectivement, c’est d’avoir utilisé dans mon article une édition grenobloise [par Antoine Blanc], et qui plus est de 1601, alors que je croyais [sic...] n’avoir tenu compte que des éditions lyonnaises datant de 1500 à 1599. » (Jean-Louis Flandrin, communication personnelle, 24 septembre 1984).
2. Deux thèses de médecine, dont une est restée dactylographiée...* * * * *
Extrait de la chronolexicographie de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine : 1532 : bougrisque (Rabelais, Pantagruel, III)1534 : bougrin (Rabelais, Gargantua, II)1548 : bredache [bardache], (Rabelais, Quart livre, 1ère édition, XX)1548 : incube (Rabelais, Quart livre, 1ère édition, XX)1548 : succube (Rabelais, Quart livre, 1ère édition, XX)1552 : berger passionné (Rabelais, Quart livre, XXVIII)1558 : un ganymède1558 : un Jupiter1559 : aimer les garçons (Amyot traducteur de Longus)1560 : simple paillardise (hétéro)1560 : sodoméen (Mémoires de Condé)1566 : bardache1566 : délices1566 : paillardises contre nature1567 : paillard (hétéro)1572 : amour des mâles (Amyot traducteur de Plutarque)1573 : amour d’homme à homme (Pontus de Tyard)1576 : ganymédien1576 : impudique [adj.]1576 : mignon1578 : aimer les mâles1578 : bougeronnerie1578 : fouille-merde1578 : amour socratique (traduction Ficin)1578 : sodomiste1579 : amour platonique et socratique (traduction Franco)1580 : bougeron (de La Porte)1580 : cynède (Bodin)1580 : pédérastie (Bodin)1580 : pédicon (Bodin)1581 : autre conjonction [hétéro] (Montaigne)1581 : confrérie (Montaigne)1581 : paillarder (hétéro)1581 : bardacher (Cabinet du Roi de France)1581 : bardachiser (Cabinet du Roi de France)1582 : affection masculine (Lucien)1582 : amour des femmes [hétéro] (Lucien)1582 : amour des garçons1585 : agir1585 : pâtir1588 : beau (substantif, Montaigne)1589 : à la turquesque1594 : pédicateur1597 : mignard (Laphrise)
La conclusion de Flandrin, obtenue par le seul examen des titres d'ouvrages : "par le biais de la recherche médicale, elle [l'homosexualité] apparaît dans un contexte d’objectivité, alors que l’on ne pouvait autrefois y faire allusion qu’en la réprouvant" est donc manifestement fausse, aussi bien pour le XVIe siècle que pour les années 1960.
Le 18 juillet 1960, à l'article 38 d'une loi habilitant le Gouvernement à prendre des ordonnances, l'Assemblée nationale adopta un sous-amendement du député UNR de Metz Paul Mirguet rangeant l'homosexualité parmi les " fléaux sociaux ", avec l’alcoolisme, la tuberculose, la toxicomanie, le proxénétisme et la prostitution.
Ce n'est pas parce qu'une étude statistique n'a pas repéré un phénomène que celui-ci n'existe pas...
TABLE D'AUTEURS ANCIENS