Langue, littérature et histoire
Nous ne sommes hommes, et ne nous tenons les uns aux autres que par la parole. Montaigne, Essais, I, ix, page 36 Villey/PUF/Quadrige, page 58 Pléiade/2007.
Ne perdons jamais de vue la grande règle de définir les termes. Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, article Alexandre.
Le langage sous toutes ses formes […] constitue la source principale de l’histoire des mentalités. Hervé Martin, Mentalités médiévales XIe-XVe siècles. Paris : PUF, 1996.
ZÉNODOTE D'ÉPHÈSE (vers -320/vers -240), bibliothécaire d'Alexandrie, Corrections [Fragments] : III, 73 : le langage des efféminés est dévirilisé [anandroi ; cité par Érasme].
- socle ancien : de Platon et Xénophon à Diogène Laërce et Athénée,
- auteurs chrétiens de l'Antiquité tardive et du Moyen Âge,
- Renaissance et Lumières, Montaigne et Voltaire,
- enfin les études modernes, du marquis de Sade à Michel Foucault.
On me reprocha d'avoir écarté le vocabulaire du lesbianisme. Mais la symétrie supposée et cherchée entre les deux homosexualités demeure introuvable. Selon certains, cette asymétrie serait le résultat direct, à l'intérieur d'une société patriarcale, de la différence dans la nature des relations entretenues avec le pouvoir. D'autres inclinent à penser que l'asymétrie secondaire des homosexualités résulte avant tout du fait de nature de l'asymétrie primaire des deux sexes. Quoi qu'il en soit, pour Colette, " Sodome contemple de haut sa chétive contrefaçon " ; et Rachilde : " Il n'y a que les hommes pour savoir se soutenir entre eux. ". Au reste, je n'aurais pas grand'chose à ajouter aux trois ouvrages parus sur la question avant 1985, alors que le lexique français de l'amour masculin n'avait alors guère attiré l'attention des chercheurs. Il s'agissait de :
- Monique Wittig et Sande Zeig, Brouillon pour un dictionnaire des amantes, Paris : Grasset, 1976.
- Claudine Brécourt-Villars, Petit glossaire raisonné de l'érotisme saphique, Paris : Pauvert, 1980.
- Marie-Jo Bonnet, Un choix sans équivoque. Recherches historiques sur les relations amoureuses entre les femmes XVe-XXe siècles, Paris : Denoël/Gonthier, 1981.
puis en proposa cette explication : « Un homme qui voit en d'autres hommes des objets d'amour possibles doit se conduire envers la communauté des hommes différemment d'un autre contraint de voir d'abord dans l'homme le rival auprès de la femme » ; mais, ajoutait-il, « la communauté des hommes comporte toujours des rivaux en puissance » (Sur quelques mécanismes névrotiques …, 1922).
La situation de l'homme homosexuel est évidemment modifiée, par rapport à la situation antérieure de domination masculine, dans une société de quasi-égalité des sexes, et déjà dans une société devenue sociologiquement mixte, comme ses écoles. L’islam en France nous fait faire machine arrière sur l’égalité des sexes, et déjà, avec son voile, sur la mixité dans l’espace public.
Les études multi-disciplinaires font intervenir la philosophie, l'histoire de la littérature, le droit pénal spécial, la psychanalyse, l’éthologie, la sociobiologie et l'ethnologie, la linguistique, l'histoire des mœurs, des idées et des mentalités, sans parler de la sociologie et de la théologie. Choisir a priori une discipline serait supposer résolue la question du cadre épistémologique d'une théorie générale de l'homosexualité. D'où le recours au regard philosophique en tant qu'il valorise l'esprit d'examen et le souci de la connaissance en général.
Les militants de cette cause eurent souvent du mal à mettre en relief la spécificité de l'homosexualité, caractéristique minoritaire qui relève davantage des problématiques de liberté et d’amitié que d'un radicalisme social égalitariste et du quotient marital fiscal. Ils n'ont pas mieux su en démontrer l'innocuité sociologique ; l'argumentation, quand argumentation il y avait, a donné tantôt dans l'angélisme et la sublimation (par exemple avec l'éloge appuyé de la chasteté unisexuelle par Marc-A. Raffalovich), tantôt dans des mots d'ordre du style " jouissez sans entraves " allant jusqu'à proclamer, dans la recherche d'un " autre rapport à l'enfance ", la légitimité de la pédophilie, tantôt enfin dans une exacerbation du recours aux " droits de l'homme " poussés jusqu'à l'oxymore ("mariage" homosexuel) par le mouvement désormais uni sous le sigle baroque LGBTQIA+ ; baroque mais accepté par l'État et les grands médias.
Les sociétés christianisées conféraient à l'homosexualité une situation extrême dans le vaste catalogue des interdits, conformément à l'Ancien Testament dans lequel n'existe aucun exemple d'acte homosexuel pardonné ensuite (contrairement au meurtre et à l'inceste). Comme détestable et horrible, abominable (du latin d'église abominabilis) fut souvent appliqué à l'amour masculin ou à ses adeptes : le sens premier du mot est : qui inspire de l'effroi, de la répulsion ; abomination figure dans la plupart des traductions françaises du Lévitique. L'interdit monothéiste, qui visait de façon privilégiée les relations masculines, mais aussi le lesbianisme, fut reformulé vers la fin du Moyen Âge au triple nom de Dieu (ou de la grâce), de la nature et de la raison. Pour le Doctor universalis Albert le Grand (vers 1193 – 1280), « la sodomie [sodomia] est un péché contre nature, les mâles avec un mâle, les femmes avec une femme » ; il suivait là l'enseignement déjà traditionnel de l'Église romaine, notamment celui de Pierre Damien et Pierre Cantor (ou Le Chantre), enseignement repris par le plus connu Doctor angelicus Thomas d'Aquin (vers 1225 – 1274) : « Une troisième manière [du vice contre nature], lorsqu'on a des rapports sexuels avec une personne qui n'est pas du sexe complémentaire, par exemple homme avec homme ou femme avec femme : ce qui se nomme vice de Sodome [sodomiticum vitium] ».
L'importance vitale de la morale sexuelle et du péché de la chair pour le pouvoir et le dogme chrétiens fut illustrée, à la fin du Moyen-Âge, par la polysémie des substantifs bougre et hérite : ils en étaient arrivés à désigner à la fois l'hérétique et le déviant homosexuel ; l'anglais bugger, ainsi que d'autres termes des langues européennes, furent affectés par le même phénomène. Pour donner force de lois morale et pénale à l'interdit, le christianisme dut produire en abondance des discours sur ce comportement qu'il refusait, et fit paradoxalement connaître ce qu'il souhaitait anéantir. Ces textes chrétiens constituent donc une part importante de notre corpus ; à ne considérer que les écrits religieux, il est bien difficile de croire à l'existence d'un tabou de l'homosexualité, au sens d'un vide créé autour de ce sujet dans l'ensemble des discours. L'homosexualité masculine est une réalité culturelle et sociologique dont on a toujours parlé, y compris parfois pour lui assigner curieusement une date d'apparition récente ... On constate une situation souvent insolite vis-à-vis de l'ordre du discours. Précautions et avertissements, peut-être compréhensibles pour une émission télévisée en prime time, surprennent chez des spécialistes, tels l'helléniste normalien Robert Flacelière (1904-1982) se préparant en 1960, à traiter de la pédérastie grecque : « Si déplaisant que soit le sujet, il est impossible de le passer sous silence. » Avant lui, Pierre-Henri Larcher, annotateur d'Hérodote, écrivant en 1786 : « En voilà assez, et peut-être beaucoup trop, sur cette matière ». Au delà de ces précautions oratoires, les cas de censure ou de délais de publication, qui certes existent, sont relativement rares. La deuxième églogue de Virgile, celle d'Alexis et Corydon, fut, étonnamment, la première des neuf à être traduite en français en 1543 ; le libraire-traducteur en était Loïs Grandin et l’achevé d’imprimer datait du 20 septembre ; dans le catalogue des livres imprimés de la bibliothèque du Roi de 1750, la notice porte le numéro 942. Les cas de censures sont compensés pour les chercheurs par l'existence de catalogues de livres interdits, et de la cote Enfer à la Bibliothèque nationale de France (cote fermée en 1970, puis rouverte en 1983, à la demande des chercheurs..., m'avait appris un bibliothécaire du 58 de la rue de Richelieu).
François Le Guévellou, Dictionnaire des gros mots russes, Paris : L'Harmattan, 2002.
Lexique LGBT canadien (février 2014).
« Le citoyen le plus chaud du café de Valois [le marquis de Villette], et à qui le marquis de Mirabeau a enlevé si injustement le surnom de l'Ami des hommes. Que de services n'a-t-il pas rendus à l'humanité dans les premières secousses de notre régénération ! N'est-ce pas lui qui, par ses principes, a le plus contribué à la tolérance de tous les cultes ; et n'est-ce pas lui qui a appris à ses concitoyens à se suffire à eux-mêmes et à diriger leurs forces ? Quel dommage qu'un génie aussi pénétrant n'ait pu s'introduire dans l'Assemblée Nationale ! Les jeunes orateurs du mauvais côté auraient appris sous lui à se conduire, et il aurait bâti la Constitution sur des fondements inébranlables. »Petit dictionnaire des grands hommes de la Révolution, par un citoyen actif, ci-devant Rien, 1790.
« Du goût antiphysique des Américains », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, tome 84, n° 3, juin 1977.a. Périphrases relevées chez Lafitau, Mœurs des sauvages comparées aux mœurs des premiers temps, Paris, 1724 ; Hennepin, Nouvelle découverte d'un très grand pays situé dans l'Amérique (...), Utrecht, 1697 ; Charlevoix, Histoire et description générale de la Nouvelle France, Paris, 1744. La dernière formule se trouve sous la plume de De Pauw, t. Ier, p. 68, et elle est à peu près textuellement reprise par Raynal : « cette débauche honteuse qui choque la nature et pervertit l'instinct animal », Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, La Haye, 1774, t. III, p. 24. Sur le vocabulaire de l'homosexualité au XVIIIe siècle, voir Pierre Nouveau ,« Le péché philosophique ou de l'homosexualité au XVIIIe siècle », Arcadie, 254, fév. 1975, p. 77 et sv.b. De l'Amérique et des Américains ou observations curieuses du philosophe La Douceur, Berlin, 1772, p. 55. »
Après la Révolution de 1830, plusieurs termes argotiques apparurent : tante (1834), pédé (1837), pédéro (1846), tapette (1854) ; on pourrait supposer que certaines couches populaires urbaines avaient ressenti comme une nécessité de manifester leur ostracisme face à la défaillance – le laxisme ressenti ? – de la loi pénale. Simultanément, dans les milieux cultivés, on s'est acheminé vers un vocabulaire d'allure plus objective : l'opposition unisexuel/bisexuel, proposée par l’utopiste Charles Fourier vers 1820, puis reprise par Pierre-Joseph Proudhon et Marc-André Raffalovich, avait largement préparé le terrain des couples homosexuel/hétérosexuel, homo/hétéro, gai/non gai, LGBT/non-LGBT. À côté de ces désignations en miroir, établissant une fausse symétrie entre minorité et majorité, le concept de troisième sexe dû, sous sa forme moderne, néo-platonicienne, à l’allemand Ulrichs, établissait une équivalence à trois termes entre " vrais hommes ", " vraies femmes " et individus ayant des relations sexuelles avec leur propre sexe ; dans le Symposium (ou Banquet) de Platon (mythe d’Aristophane), c'était d'une manière qui accordait, c'est surprenant, une prévalence numérique double aux homosexuels masculins sur les hétérosexuels, au point que l'hétérosexualité y apparaissait comme rattachée à une sorte de sous-sexe (si l'on suppose qu'au départ les trois sortes d'êtres sphériques mythiques étaient en nombre égal). Le mythe platonicien d'Aristophane accordait aussi à la préférence sexuelle un caractère inné ; comme le nota Dominique Fernandez dans son roman L'Étoile rose (Paris : Grasset, 1978), Sigmund Freud fit dans les Trois essais sur la théorie de la sexualité une lecture erronée de ce Symposium, n'en retenant que la division de l'androgyne. Il semble bien que Rabelais ait fait la même erreur en Gargantua, chapitre VIII : " Pour son image auoit en vne platine d’or, pesant soixante & huyt marcz, vne figure d’esmail competent : en laquelle estoit pourtraict vn corps humain ayant deux testes, l’vne viree vers l’autre, quatre bras, quatre piedz, & deux culz, telz que dict Platon in symposio, auoir esté l’humaine nature à son commencement mystic. "
" Comment ne pas voir dans l’opposition entre les « subtils » et les « crustacés », dans le discours de Protos, une opposition qui s’applique aussi, ou d’abord, aux invertis, opposés aux hétérosexuels ? Ce discours construit en effet une opposition entre ceux qui « en sont » (comme Protos et Lafcadio à l’époque de la pension) et ceux qui n’en sont pas. Or les « subtils » sont forcés de donner le change, de dissimuler leur véritable nature, ou leur vraie identité : « un subtil, c’était un homme qui, pour quelque raison que ce fût, ne présentait pas à tous ou en tous lieux le même visage ». À cela s’ajoute le fait que « 1° Les subtils se reconnaissent entre eux. 2° Les crustacés ne reconnaissent pas les subtils. » "
« CORYDONIA, en souvenir du héros de Gide. URANIA, qui est un mot rappelant le terme Uraniste, vrai terme scientifique, par lequel on désigne les homosexuels. AMITICIA, rappelant un des plus beaux côtés des invertis. » Lettre du professeur Rohdire, Inversions, n° 2, 15 décembre 1924.
« RENFORCEMENT DE LA LUTTE CONTRE LES PROPOS DISCRIMINATOIRES À CARACTÈRE SEXISTE OU HOMOPHOBE ».
Athénée de Naucrate : " Sophocle était philomeire, et Euripide philogyne [Φιλομεῖραξ δὲ ἦν ὁ Σοφοκλῆς, ὡς Εὐριπίδης φιλογύνης] ".Les Sages attablés, XIII, lxxxi, 603e.
union masculine, amours de garçons/liaisons féminines,
Voir, pour 250 auteurs et textes grecs et latins de l'Antiquité et du Moyen Âge, mon article Ces petits Grecs (et les liens).
1558 : Jupiter toscan (
1564 : duplicité braguettine (Rabelais, Cinquième livre, XXVII)
1564 : je ne sais quoi (Rabelais)
1566 : abomination brutale des Sodomites (Épître contre Calvin)
1575 : début du règne d'Henri III
1578 : bougeronnerie (Mémoires anonymes)
1578 : fouille-merde
1578 : amour socratique (traduction de Ficin ; repris par Voltaire)
1578 : sodomiste
1579 : amour platonique et socratique (traduction de Franco)
1580 : bougeron (de La Porte)
1580 : cynède (Jean Bodin)
1580 : pédérastie (Jean Bodin)
1580 : pédicon (Jean Bodin)
1581 : autre conjonction (hétéro) (Montaigne)
1581 : confrérie (Montaigne)
1581 : paillarder (hétéro, Cabinet du Roi de France)
1581 : bardachiser (Cabinet du Roi de France)
1582 : affection masculine (traduction de Lucien par Filbert Bretin)
1582 : amour des femmes (hétéro, traduction de Lucien)
1582 : amour des garçons (traduction de Lucien)
1709 : péché philosophique (Jean-Baptiste Rousseau)
1724 : bardacherie (rapport de police)
1726-1729, après le procès de Deschauffours
1726 : être de tout [actif et passif]
1726 : fouterie des hommes (rapport de police)
1726 : infâme [adj.]
1726 : manchette
1726 : ordre de la manchette
1726 : vice du cul (Barbier)
1727 : infâme [subs.]
1728 : frère
1728 : ugober [anagramme de bougre]
1729 : infamie
1729 : fait socratique
1790-1793, Révolution française
1790 : bardacherie (Bordel apostolique)
1790 : bardachin
1790 : bardachinet
1790 : désenculer [déculer]
1790 : fouterie naturelle (hétéro)
1790 : jeanfoutrerie (hétéro)
1790 : ramasseur de marrons
1790 : tirer par derrière
1790 : tirer par devant (hétéro)
1791 : fouterie à visage retourné (Mathieu)
1791 : fouterie ordinaire (hétéro)
1791 : Jean-Foutre (hétéro)
1792 : rivette
1793 : andrin (de Nerciat)
1834-1837, Premiers dictionnaires d'argot
1843 : pédérastique
1845 : corydon de collège
1846 : chantage
1846 : pédéro (L’Intérieur des prisons)
1846 : vaisseau
1847 : troisième sexe (Balzac)
1849 : aberration de l'appétit génésique (Dr Jacquot)
1849 : amour grec (Michéa)
1849 : amour unisexuel (Pierre-J. Proudhon)
1849 : rapprochement de sexes semblables (François-Félix Jacquot)
1850 : affection unisexuelle (Pierre-J. Proudhon)
1850 : goût des amours masculines (Pierre-J. Proudhon)
1851 : ironie de l'ordre (Flaubert)
1864 : bichon (Alfred Delvau)
1870 : raffinement
1881-1902
1881 : tata (Chautard)
1882 : inversion du sens génital
1883 : chatte (Alfred Delvau)
1883 : coonanisme
1883 : enfifré (Alfred Delvau)
1883 : truqueur (Alfred Delvau)
1884 : amour véritable (Morache, hétéro)
1886 : inversion sexuelle (Lacassagne)
1887 : amour naturel (François Carlier, hétéro)
1887 : urnien (Carlier)
1888 : conjonction bisexuelle (Fiaux, hétéro)
1888 : corporation (Delcourt)
1889 : amours dans le rang (Verlaine, hétéro)
1889 : amours normales (Verlaine, hétéro)
1889 : haut rite (Verlaine)
1890 : inverti
1891 : exercer (Arthur Rimbaud)
1891 : homosexualité (Dr Chatelain)
1891 : homosexuel [subs.] (Dr Chatelain)
1891 : unisexuel [subs.]
1892 : homosexuel [adj.]
1893 : empapaouté
1893 : hétérosexuel [adj.] (Dr Moll)
1893 : hétérosexuel [subs] (Dr Moll)
1893 : uranisme
1893 : uraniste [subs.]
1894 : germinyser (Virmaitre)
1894 : hétérosexualité
1895 : oscariste (Le Jour)
1896 : hellénique (Douglas)
1896 : amour homogénique (traduction de Carpenter)
1896 : vice allemand
1897 : adelphisme
1898 : pédérastisme (Valéry)
1899 : dissident de l'amour de la femme (Proust, Jean Santeuil ; date approximative)
1900 : fiotte (Nouguier)
1900 : galoubet (Nouguier)
1900 : girond (Nouguier)
1900 : glousse [Nouguier)
1900 : lope [Nouguier)
1901 : salaïsme (Proust, Correspondance)
1901 : salaïste (Proust, Correspondance)
1902 : antisalaïste (Proust, Correspondance)
1904 : lopette
1904 : m. g. (Marcel Proust, Correspondance ; abréviation de mauvais genre ou de mœurs grecques)
1905 : emmanché (Bruant)
1905 : bisexuel [subs.] (Näcke)
1907 : amour entre hommes (Mirbeau)
1907 : encroupé (Guillaume Apollinaire)
1907 : gérontophile
1907 : mauvais genre (Le Rire)
1908 : amitié charnelle (Remy de Gourmont, Mercure de France)
1908 : demi tante (Marcel Proust, Carnet)
1908 : non tante (Proust, Carnet)
1908 : homosexualisme (Remy de Gourmont)
1908 : normalsexuel (traduction d'Hirschfeld)
1908 : normosexuel (Revue de droit pénal)
1908 : uranien (Revue de Droit pénal et de criminologie)
1909 : hypersexuel (Akadémos)
1909 : pseudo-homosexuel (Routhier)
1909 : supra-viril (Akadémos)
1921 : Charlus (terme générique, Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe I)
1921 : insensible (Gide, hétéro)
1922 : dissident de l'amour de la femme (Proust, Jean Santeuil, posthume)
1922 : efféminement (Proust, Sodome et Gomorrhe II)
1923 : amour des Charlus (Proust, La Prisonnière)
1923 : môme (Proust, La Prisonnière)
1924 : corydonien
1924 : corydonnesque
1924 : encorydonner
1924 : uranique
1925 : corydonisme
1925 : hétéro (Inversions)
1997 : hétéronormativité
1997 : LGBT
1997 : queer
1998 : empacté
1998 : homoïté (Bersani)
1998 : hyperhomophile (Le Roy Ladurie)
1999 : gayment correct
2000 : homoparental(e)
2001 : homoconjugalité
2002 : Marche des fiertés lesbiennes, gaies, bi et trans
2003 : LGBTQ
2004 : langage tapette (Têtu)
2023 : LGB (wikipedia)
Son introduction (pp. 11-32) évoque les fluctuations du statut tant juridique que social de l’homosexualité masculine et repère, sans prétention linguistique, quelques-uns des fonctionnements du discours sur le sujet. L’altérité sexuelle est fréquemment assimilée à la différence historique (emprunts à l’Antiquité gréco-latine), à la différence nationale (le vice allemand, italien, ou la transformation de bulgare en bougre) à la différence religieuse (hérétique, non-conformiste, ou le jeu métaphorique sur le juif et l’homosexuel chez [Marcel] Proust (1) ). À côté de ces détours, le vocabulaire dominant procède par anathèmes (abominable, contre-nature, honteux, infâme …) ou, au contraire, par euphémisme (amateur, amitié particulière, mignon …). Le refus de penser l’homosexualité comme une réalité générale conduit à utiliser comme termes génériques des noms propres, des noms souvent rendus célèbres par un fait-divers ou un scandale : les contemporains de la Révolution parlent d’un Villette, Stendhal d’un évêque de Clogher, [Edmond de] Goncourt d’un Germiny, [Marcel] Proust de salaïsme (du nom d’Antoine Sala). Autant d’anecdotes que nous rappelle C. Courouve. La langue courante a accueilli également des termes d’argot, en particulier de l’argot des prisons : lope, pédale, tante, tapette. On pourrait ajouter en verlan : race d’ep (selon l’orthographe de Guy Hocquenghem) ou DP. Certains termes donnent lieu à une étonnante dérivation : on tire de Corydon, lancé par [André] Gide, corydonnesque, corydonien, corydonnerie, s’encorydonner ! Pour échapper au jugement de valeur préalable, certains spécialistes créent homosexualité, hétérosexualité, bisexualité. Enfin l’amour qui n’osait pas dire son nom, selon la formule de l’ami d’Oscar Wilde, lord Alfred Douglas, revendique le droit de parler librement et tout d’abord de choisir son nom. [André] Gide réclame des distinctions entre inversion, homosexualité et pédérastie, rapportée à son étymologie. À la libération des années 1970 correspondent la diffusion de l’adjectif venu d’Outre-Atlantique gai et le néologisme arbitrairement créé par Renaud Camus achrien.
1. Voir Jeanne Bem, « Le Juif et l'homosexuel dans À la recherche du temps perdu », Littérature, 37, février 1980.






