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mercredi 22 juillet 2020

L'AMOUR DES GARÇONS (1/4) DANS LES TEXTES DE PLATON, DE XÉNOPHON ET D'ARISTOTE


Raphaël, École d'Athènes, détail, 1510.


  Il n'y a pratiquement rien sur l'amour des garçons chez les Présocratiques, mis à part cette remarque de Jamblique sur les Pythagoriciens récents : " ils estimaient qu'il faut supprimer les accouplements contre nature et déréglés "(Vie pythagorique, § 210, in Jean-Paul Dumont, 1933-1993, Les Présocratiques, Paris : Gallimard, 1988, collection "Bibliothèque de la Pléiade"). On peut donc parler,  à cet égard aussi, d'une rupture platonicienne.

Cette page web est un extrait revu de Ces petits Grecs ont un faible pour les gymnases (1988), travail publié dès 1986 sous le titre Tableau synoptique de références à l'amour masculin : auteurs grecs et latins ; les passages cités ci-dessous sont soit donnés en traduction, soit le plus souvent résumés.

* * * * *

PLATON D'ATHÈNES (-428 / -348), philosophe, élève de Cratyle et de Socrate,

Sources : Bibliotheca Teubneriana ; Collection Budé (Belles Lettres) ; Loeb Classical Library ; Oxford Classical Texts ; Gallimard, collection "Bibliothèque de la Pléiade" ; Flammarion, collection GF :


Alcibiade I, 105a : Socrate aime Alcibiade ; 123d : Alcibiade a presque vingt ans ; 131cd : amour du corps, amour de l'âme.
Alcibiade II, 141d : Archelaos, tyran de Macédoine, assassiné par son aimé.

Banquettraduction de Jean Racine. Traduction Luc Brisson, Flammarion, collection GF :

Phèdre : 178c : "je suis incapable de nommer un bien qui surpasse celui d'avoir dès sa jeunesse un amant de valeur, et pour un amant, d'avoir un aimé de valeur [repris par Gide dans Corydon] ; 178e : S'il pouvait y avoir moyen de constituer une cité ou de former une armée avec des amants et leurs paidika [garçon aimé ; allusion possible à la Bande sacrée], il ne pourrait y avoir pour eux de meilleure organisation, que le rejet de tout ce qui est laid, et l'émulation dans la recherche de l'honneur ; 180a : Eschyle raconte des bêtises, quand il prétend qu'Achille était l'amant de Patrocle ; Achille [...] était le plus jeune, comme le dit Homère ;

Pausanias :180d :  L'une [des Aphrodites] c'est la fille d'Ouranos, [d'où l'allemand Urning et le français Vénus Uranie et uranisme] celle que naturellement nous appelons la "Céleste" ; 181c : "L'autre Éros, lui, se rattache à l'Aphrodite célèste. Celle-ci, premier point, participe non pas de la femelle, mais seulement du mâle, ce qui fait qu'elle s'adresse aux garçons" ; 181de : [distinction enfant/adolescent [cf Charmide], critique de l'amour des garçons trop jeunes, une loi interdisant d'aimer les garçons trop jeunes serait nécessaire] ; 182a : "Il est naturel que la règle [nomos] de conduite en ce qui concerne éros soit facile à saisir dans certaines cités" ; 182b : "En Élide et chez les Béotiens, de meme  qu'à Sparte, et là où il n'y a pas de sophistes, la règle est simple : il est bien de céder aux avances d'un éraste [cité par David Hume], et personne, jeune ou vieux, ne dirait que c'est honteux" ; "en bien d'autres endroits qui tous sont sous la domination des Barbares, la règle veut que ce soit honteux" ; "chez les Barbares l'exercice du pouvoir tyrannique conduit à faire de cela en tout cas quelque chose de honteux, tout comme l'est la passion pour le savoir" ; 182c : Éros est favorable à la philosophie ; 182d : ni bien ni mal de façon absolue [même idée chez Démosthène] ;
Aristophane : 189d : "Premièrement, il y avait trois catégories d'êtres humains et non pas deux comme maintenant, à savoir le mâle et la femelle"; 189e : "Il y avait l'androgyne [cité par Rabelais, Gargantua, VIII ; pour Sigmund Freud aussi, seul l’androgyne subsistait …], un genre distinct qui, pour le nom comme pour la forme, faisait la synthèse des deux autres, le mâle et la femelle. Aujourd'hui cette catégorie n'existe plus, et il n'"en reste qu'un nom tenu pour infamant" ; 190b : "Le [double] mâle était un rejeton du Soleil [cf la carte 19 du tarot de Marseille], la femelle un rejeton de la Terre, et le genre qui participait de l'un et de l'autre un rejeton de la Lune" ; 191c : "le but de Zeus [...] si un homme tombait sur un homme, les deux trouveraient de toute façon la satiété dans leur rapport, ils se calmeraient, ils se tourneraient vers l'action et ils se préoccuperaient d'autre chose dans l'existence": 191e-192e : "ceux enfin qui sont une coupure de mâle recherchent aussi l'amour des mâles." ;
Diotime : 206d-e : amour ce de qui est beau et recherche de l'immortalité ; 209c : l'homme amoureux entreprend d'être éducateur ; 211b : "s'élever par une pratique correcte de la paidérastie" ;
Alcibiade : 216d : Socrate tourne toujours autour des beaux garçons ; 219cd : n'a pas réussi à séduire Socrate.

Charmide, 153c : Charmide fait son entrée [cité par Michel Foucault] ; 154ad : distinction enfant/adolescent [cf Banquet], les amoureux de Charmide ; même les petits l’admiraient ; 155d : force du désir [cité par Becker].

Euthydème, 271b : Clinias est presque de l'âge de Théobule [cité par Michel Foucault] ; 273a : Clinias a de nombreux amoureux, dont Ctésippe ; 300c : Ctésippe s'anime en présence de son paidika.

Gorgias, 481d : Socrate amoureux d'Alcibiade, et Calliclès de Démos ; 481e-482a ; 494e : vie affreuse du cinède ; 513b.

Lois,
I, 636bc : L'Athénien : responsabilité des gymnases ; lorsque le sexe masculin et le sexe féminin s'accouplent en vue d'avoir un enfant, le plaisir qui en résulte semble leur être accordé conformément à la nature. Tandis que les copulations mâle avec mâle ou femme avec femme sortent de la nature [para physin] et proviennent d'une intempérance dans le plaisir ; 636cd : Crétois inventeurs de l'histoire de Ganymède ;
II, 653bc : incapacité morale du pais en amour ;  657d : les vieux aiment voir les jeunes garçons danser [cité par Montaigne] ;
VIII, 836c : ce qui se faisait avant Laïos ; il n'y a pas d'accouplements entre mâles chez les animaux [contredit par Aristote] ; 837a : l’Athénien : Éros est la philia poussée à l'extrême ; 837-838 : amour du corps et amour de l'âme ; s'abstenir d'avoir des rapports avec des mâles et se conformer à la nature [cité par Clément d'Alexandrie] ; investir cette règle d'un caractère religieux [cité par Montaigne, I, xxiii, 117] ; 840a : le sophiste Iccos de Tarente n'approcha ni femme ni garçon ; 841d : jeter, en sortant de la nature [para physin], au corps d'un mâle un sperme improductif ;
IX, 874c : droit de tuer l'auteur d'une violence [repris par Paul le juriste et par Proudhon].

Lysis, 204b-206c : Hippothalès amoureux de Lysis [cité par J.-J. Matignon] ; 207c : entre amis, tout est commun ; 211e : Socrate plein d'ardeur amoureuse ; une espèce d'amoureux de camaraderie.

Ménon, 70bc : ton camarade Aristippe, ton amoureux ; 76b : Ménon est beau et a encore des érastes.

Parménide, 127 : Zénon aurait été le paidika de Parménide [cité par Athénée et par Diogène Laërce].

Phédon, 64d ; 73d : la lyre du garçon aimé.

Phèdre, 227c ; 231-232 ; 237b : conseil de céder au désir de celui qui n'est pas amoureux ; 239a ; 239cd [cité par Michel Foucault] ; 240c : même âge, mêmes plaisirs ; 244a, 249a, 251a : un plaisir contre nature [cité par Plutarque] ; 255b : l'éraste est pour l'éromène un ami divin [cité par Plutarque] ; 255bc : croissance du désir ; 278e : le bel Isocrate ; 279b : Socrate : "mon paidika Isocrate".

Protagoras, I, 309ab : âge et beauté d'Alcibiade ; le charme de la jeunesse est le plus grand lorsque la barbe commence à apparaître [cf Homère, Iliade, XXIV, 347].
IV, 315e : jeune adolescent, Agathon, avec Pausanias : son mignon.

République, traduction Georges Leroux 2002, collection GF
II, 368a : il n'avait pas tort, l'éraste de Glaucon ;
III, 402d : l'homme formé à la musique sera épris d'hommes réunissant beauté morale de l'âme [τε τῇ ψυχῇ καλὰ ἤθη] et belle apparence ; il ne sera pas amoureux d'un homme dépourvu de cette consonance de qualités ;
III, 402e : Socrate à Glaucon : Tu as ou tu as eu de jeunes aimés [παιδικὰ] de ce genre et je t'approuve ;
III, 403b : il e faut pas laisser le plaisir fou avoir part aux aux rapports de l'éraste et des jeunes aimés [παιδικοῖς] qui s'aiment d'un amour correct [ὀρθῶς ἐρῶσί τε καὶ ἐρωμένοις;] ; tu établiras comme loi que l'amant embrasse le jeune aimé ; qu'on ce qui concerne le reste, on ne puisse présumer que quelque chose de plus important se soit passé [cité par Virey ; cf Banquet, 206bc] ;
V, 452cd : nudité au gymnase pratiquée d'abord en Crète, puis à Sparte [cité par Montesquieu] ;
V, 468bc : faire couronner par ses jeunes compagnons d'armes celui qui se sera distingué ; interdiction de refuser un baiser à un amoureux pendant les campagnes militaires [cité par Plutarque et par Montaigne, III, v, 896] ;
V, 474d : Cela ne convient guère à un homme érotique [ἀνδρὶ δ᾽ ἐρωτικῷ] d'oublier que tous les garçons qui sont dans l'éclat de leur jeunesse émeuvent l'homme érotique qui est attiré par eux ;
V, 474de : idéalisation du physique de l'aimé ;
V, 475a : Glaucon : Si tu souhaites me prendre comme exemple pour parler des érotiques [τῶν ἐρωτικῶν] et de leurs agissements, j'y consens ;
VI, 485b : discussions antérieures sur les êtres érotiques [V, 474]
VI, 485c : celui qui, par sa nature, est plein de dispositions amoureuses chérit tout ce qui s’apparente aux garçons qui sont l'objet de ses amours ;
IX, 571bd : en rêve, la partie bestiale de l'âme est capable de s'unir à qui que ce soit, être humain [ἀνθρώπων], dieu ou bête ;
IX, 574c : le vain amour de l'homme tyrannique pour un garçon en bel âge.

Sophiste, 222e : les cadeaux, la technique érotique [ἐρωτικῆς τέχνης]


XÉNOPHON D'ATHÈNES (vers -430 / -355), historien et essayiste,

Bibliotheca Teubneriana, Collection Budé, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts ; Flammarion, collection GF :

Agésilas, V : le roi de Sparte Agésilas était épris de Mégabate.

Anabase : II, vi, 28 : Ménon imberbe, son paidika barbu [cité par Montaigne,
III, v, 895] ; IV, i, 14 : garçons passés en fraude ;
IV, vi, 3 : Épisthénès s'amouracha d'un enfant ;
VII, iv, 7-10 : Épisthénès était paidéraste [relevé par Michel Foucault].

De la chasse : XII, 20 : lorsqu'un homme est vu par celui qu'il l'aime, il ne fait rien de mal.

Cyropédie : I, 4 : un Mède se fait embrasser deux fois par le beau Cyrus ; II, 2 : coutume des Grecs, mener avec soi un beau jeune homme ;  VII, 5 : ceux qui ont femmes ou paidika sont peu sûrs.

Économique : XII, 13-14 : rien de plus attrayant que le soin des paidika.

Helléniques : IV,i, 39-40 ; viii, 39 ; V,iii, 20 : paidika d'Agésilas et d'Agésipolis ; iv, 25 : Archidamos épris de Cléonymos ; VI,iv, 37.

Hiéron : I, 29 : Dans les amours masculines, le tyran a aussi beaucoup moins de jouissances que dans les plaisirs qu'on goûte avec les femmes ; I, 31 : Simonide souriant : « Qui es-tu donc, Hiéron ? répliqua-t-il. Tu prétends qu'un tyran est insensible à l'amour masculin : et d'où vient donc que tu aimes Daïloque (04), surnommé le très beau ? ; I, 33 : J'aime Daïloque sans doute pour certaines faveurs que la nature contraint l'homme à exiger de ceux qui sont beaux ; mais ce que je souhaite obtenir de lui, je désirerais vivement qu'il me l'accordât d'amitié et de lui-même : car de le lui ravir de force je ne m'en sens pas plus le désir que de me faire mal à moi-même.
VII, 5-6 : les complaisances d'amants insensibles n'ont point de charme pour les tyrans ;
XI : le tyran aura à souffrir les sollicitations des beaux jeunes gens [cité par Montaigne, I, xlii, 264]

Mémorables : I,ii, 29-30 : Critias était épris d'Euthydème et tentait de jouir de lui ; I,iii, 8-15 : Socrate et la puissance d'un baiser à un beau garçon [cité par Montaigne, III, v, 881] ; I,vi, 13 : différence entre le prostitué et le sage ;  II, i [cf Prodicos de Céos] ;
II,vi, 22 : Socrate : tout charmés qu'ils sont par l'amour des beaux garçons, les hommes savent se maîtriser ; II,vi, 28 : Socrate : je m'entends à aimer ; II,vi, 33 : Critobule : apprends-moi à donner la chasse aux amis.

République des Lacédémoniens :  : II, 12 : Il me semble devoir aussi parler de l'amour des  paidika, car cela aussi touche à l'éducation [cité par H. I. Marrou] ; chez les Béotiens, les hommes et les enfants [pais] forment des couples qui vivent ensemble ; chez les Éléens, on achète par des présents les faveurs des garçons à la fleur de l'âge ; 13 : Lycurge fit qu'à Lacédémone les érastes n'étaient pas moins retenus dans leurs amours pour les paidika que les pères à l'égard de leurs fils ; dans beaucoup d'États, des lois ne s'opposent point à ce désir pour des garçons [cité par William A. Percy].

Symposium [Banquet] :
I, 2 : Callias épris d'Autolycus [cité par La Mothe Le Vayer] ; 4 : il donne un banquet en l'honneur d'Autolycus et de son père ; 9 : beauté d'Autolycus ;
II, 3 : Socrate : "aucun homme ne se parfume pour un autre homme" ; 15 : beauté d'un jeune danseur ;
IV, 12 : Critobule : "j'ai plaisir à contempler Clinias" ; 15 : Critobule : "influence de la beauté sur ceux qui sont portés à l'éros" ; 27-28 : Socrate au contact de la peau de Critobule [cité par Montaigne, III, v, 892] ;
VIII, 2 : Socrate : " Charmide a eu beaucoup d'érastes ; Critobule sent déjà de l'amour pour d'autres " ; 10 : Socrate : " Callias paraît inspiré par l'Aphrodite ouranienne " [cf Platon, Banquet] ; 15 : Socrate : "les jouissances physiques amènent le dégoût et on se lasse des paidika" ; 20 : Socrate : "celui qui fait violence ne montre que sa perversité, mais celui qui persuade corrompt l'âme" ; 21 : Socrate : "un garçon en commerce avec un homme ne partage pas comme la femme les jouissances de l'amour" ; 30 : Socrate : "c'est pour son âme que Zeus a transporté Ganymède dans l'Olympe" ; 31 : Socrate : "les meilleurs d'entre les demi-dieux ne sont point célébrés pour avoir partagé le même lit, mais parce que l'admiration qu'ils avaient l'un pour l'autre leur a fait accomplir des exploits" ; 32-34 : Socrate : " Pausanias éraste du poète Agathon ; soutient que l'armée la plus valeureuse serait une armée d'érastes et de paidika " [bande sacrée ? ; cf Platon, Symposium ; cité par Athénée] ; 36 : Socrate : " je pense que même l'homme qui jouit de la beauté de son éromène donnerait plutôt sa confiance à celui dont l'âme mérite l'amour " ; 37 : Socrate : " Callias doit être reconnaissant aux dieux de lui avoir inspiré de l'amour pour Autolycos " [cité par Edward Carpenter].


ARISTOTE DE STAGIRE (-384/-322), logicien et philosophe grec,

Constitution d'Athènes, Collection Budé, Loeb Classical Library :
XVII, 1-2 : Pisistrate a-t-il été aimé par Solon ? ; XVIII, 1 : Hipparque de caractère enjoué, porté à l'érotique [cité par Héraclide] ; 2 : Thettalos [jeune demi-frère d'Hipparque] épris d'Harmodios et déçu dans son amour ; il traita Harmodios d'efféminé [malakon] ; 2-5 : meurtre d'Hipparque, Harmodios et Aristogiton ; LVIII, 1-2 : commémoration d’Harmodios et Aristogiton.

Éthique à Eudème, Bibliotheca Teubneriana, Collection Budé, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts :
III, 1, 1229a : une des sortes de courage, celui donné par éros ; VII, 2, 1236a : trois sortes d'amitié ; 3, 1238b : dans l'érotique, la proportion n'est pas la même pour l'un et l'autre relativement au désir. Eunice a dit : "Un éromène, non un amant [éron], tiendra de tels propos."

Éthique à Nicomaque, Bibliotheca Teubneriana, Collection Budé, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts, GF :
III, xi, 1 : l'adolescent et l'homme à la fleur de l'âge désirent les rapports sexuels, comme dit Homère [Illiade, XXIV, 130].
VII, v, 3 : origine des amours masculines [aphrodision tois arresin] : par nature dans certains cas, par habitude dans d'autres qui sont l'objet de violences dès l'enfance [cité par Montaigne] ; 5 : hors des limites du vice [cité par Thomas d'Aquin] ; 7 : dans des cas de ce genre, il arrive que l'on éprouve seulement ces désirs, sans se laisser vaincre par eux.
VIII [L'amitié], iii, 1 : il y a trois sortes d'amitiés [cité par Voltaire] ; 5 : les jeunes sont enclins à l'érotique ; iv, 1 : l'éraste et l'éromène ne tirent pas leur plaisir de la même source ; vi, 2 : l'amitié parfaite a une apparence d'excès.
IX, i : les différends dans l'amour masculin.

Histoire des animaux, Collection Budé, Loeb Classical Library :
VII, 1, 581b : les jeunes gens deviennent de plus en plus débauchés si l'on ne surveille pas leurs relations avec l'autre sexe ou avec les deux ; IX, 8, 614a : chez les perdrix, le mâle vaincu ne se laisse cocher que par son vainqueur ; aussi chez les cailles et parfois chez les coqs ; dans les temples où ces derniers sont donnés en offrande et gardés sans femelles, tous couvrent le nouvel arrivant [cité par Athénée].

Politique, ou Les Politiques, Bibliotheca Teubneriana, Collection Budé, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts ; GF (traduction nouvelle par Pierre Pellegrin) ; texte grec sur Perseus

II, iv, 2, 1262a : absurde, après avoir établi la communauté des enfants, de n'interdire aux amants que le coït et de ne pas interdire éros [ἐρᾶνéros est à lui seul le comble de l'impudeur ; 3, 1262a : étrange aussi de n'interdire l'union charnelle [synousia] pour le seul motif qu'il en résulte une volupté trop forte et d'estimer sans importance que ce soit entre père et fils ; 6, 1262b : Aristophane dans son discours sur l'érotique [Symposium de Platon, 192e] : les amants, à cause de la violence de leur amour, aspirent à confondre leurs existences et à ne faire de deux êtres qu'un seul ; 10, 1262b : amours [ἔρωτας] encore plus inévitables avec les transferts d'enfants.
II, v, 19, 1264a : exercices du gymnase interdits aux esclaves chez les Crétois ; ix 7-8, 1269b : amour des mâles [arrenas synousian] en honneur chez les Celtes [cité par La Mothe Le Vayer] ; les peuples guerriers sont adonnés soit à l'amour masculin [arrenon homilian] soit à l'amour des femmes ;
II, ix, 7-8, 1269b : peuples Celtes et quelques autres où les relations homosexuelles entre hommes ont de toute évidence toujours été à l'honneur [cité par Richard Burton] ; les gens de guerre semblent bien portés soit sur l'amour des hommes [ἀρρένων ὁμιλίαν] soit sur celui des femmes. [cité par La Mothe Le Vayer].
II, x, 9, 1272a : rapports des hommes [ἄρρενας ποιήσας [25] ὁμιλίαν] entre eux légalisés par la loi crétoise pour limiter le nombre d'enfants [cité par La Mothe Le Vayer, par Naigeon et par K. O. Müller] ; est-ce mauvais ou non, cela sera examiné à une autre occasion ;
II, xii, 8-9, 1274a : le législateur thébain Philolaüs était l'éraste de Dioclès [cité par La Mothe Le Vayer].

V, iv, 1303b : constitution bouleversée à la suite d'une querelle de deux jeunes gens [δύο νεανίσκων] pour une rivalité érotique ; l'un étant loin, l'autre séduisit son aimé [ἐρώμενον]
V, x, 1311ab : Harmodios insulté ; Périandre tyran d'Ambracie avait demandé à son paidika s'il n'était pas gros de ses œuvres [cf Plutarque] ; le roi Amyntas le petit s'était vanté d'avoir outragé la jeunesse de Derdas ; 1311ab : révolte de Crataios contre Archélaos : il avait mal supporté leurs rapports intimes ; 1311b : Archéalos avait défloré Hellanocrate de Larissa et ne tenait pas la promesse qu'il lui avait faite ;
V, xi, 1314b : le tyran doit paraître ne se livrer à aucun excès sur aucun de ses sujets, jeune garçon ou jeune fille ; 1315a : le tyran doit se garder d’avoir des relations sexuelles avec des adolescents ; quand à ses relations érotiques avec des adolescents, par amour et non par licence.
VII, xii, 1331ab : que des magistrats déterminés passent leur temps avec les jeunes gens, et les adultes avec d'autres magistrats, car être sous le regard des magistrats, c'est ce qui produit la véritable pudeur.

Voir aussi : Aristotle : Homosexuality in The Politics.

Premiers analytiques, Loeb Classical Library, Oxford Classical Texts, Vrin 1966 :
II, xxii, 68ab : l'amant préfère que l'aimé soit disposé à lui céder sans le faire, plutôt qu’il ne lui cède sans en avoir envie ; éros vise la philia plutôt que l'union charnelle [définition de l'amour citée par le psychanalyste Jacques Lacan].

pseudo-ARISTOTE 1 (-Ier /Ier siècles)
Du Monde,
V, 396b : le mâle se rapproche de la femelle, ce que ne font pas les êtres de même sexe.

pseudo-ARISTOTE 2 (Ve/VIe siècles)
Problèmes, Collection Budé, Loeb Classical Library :
IV, 26 : [esquisse d'une théorie de l'inversion sexuelle ; explication anatomo-pathologique du plaisir anal ; cité par M. Le Maistre en 1490 ; traduit par Georges Hérelle en 1899].
X, 52 : même tels hommes nous semblent beaux quand nous ne regardons qu'à notre union avec eux.

* * * * *

La lecture des CCLV et quelques auteurs et textes que j'ai recensés dans Ces petits Grecs ... permet de constater que l'Antiquité n'opposait pas simplement l'actif au passif – opposition qui n'a d'ailleurs pas disparu aujourd'hui, si l’on en croit les petites annonces des magazines ; chez Platon, Martial et Ptolémée notamment, on relève des distinctions suivant l'âge de l'aimé (enfant, adolescent, adulte). La notion d'homosexualité masculine – ou amour et désirs masculins pour le même sexe – était acquise, et il existait de nombreux termes ou expressions pour l'exprimer, et l'opposer à l'amour des femmes (hétérosexualité masculine) ; de nombreux auteurs parlent d’amour, ce qui est bien plus élégant que l’expression actuelle de " pratiques sexuelles ", soit dit en passant :

En grec :
                                                                                                                                                            
amours masculines (Agathias)
ce caractère (Aristophane)
éros, érotique, amour des mâles, amour masculin/amour des femmes (Aristote)
union masculine, amours de garçons/liaisons féminines, sorte d'amour, philomeire/philogyne, gynécomanie/paidomanie (Athénée)
philopaide (Callimaque)
union avec la femme/union avec un homme (Constitutions apostoliques)
commerce des mâles (Diodore de Sicile)
érotique, cinédologue, philopaide (Diogène Laërce)
autre éros ; ambidextre (Euripide)
union naturelle/union de mâle à mâle (Josèphe Flavius)
amour masculin (Justin)
amour des femmes/amour des mâles, hétérochrotas (pseudo-Lucien)
gynécomanie, Cypris/Éros, désir pour les mâles (Méléagre)
pandémos/ourania (Platon)
éros, genre d'amour, amour légitime/amour des garçons, gynécomanie/paidomanie, porté à l’érotique (Plutarque)
ceux qui aiment les paidika/ceux qui aiment les femmes et les jeunes filles (Plutarque)
passion pour les femmes/union masculine (Ptolémée)
amour masculin (Sextus Empiricus)
philopaide (Straton de Sardes)
philopaide (Théocrite)
paidéraste, porté à l'éros (Xénophon d'Athènes)

En latin :

amour pour les mâles (Achille Tatius)
virosus, porté sur les mecs (Aullu-Gelle)
fils appartenant aux genres féminin et neutre ; vice bi-masculin (Ausone)
deux formes d'amour (Célius Aurélien)
amour d'amitié [amor amiticiae] (Cicéron)
paidérastie (Lucilius)
vice sodomitique ( rapports sexuels avec le sexe non complémentaire [non debitum], par exemple homme avec homme ou femme avec femme) (Thomas d’Aquin)

La distinction suivant le sexe de l'objet aimé était non seulement faite par les Anciens, mais encore discutée dans des dialogues. Le dialogue est le genre à la fois rationaliste et démocratique par excellence.

Prodicos de Céos (-Ve siècle) : dialogue entre Vertu et Dépravation ; recours à des artifices en faisant jouer aux hommes le rôle des femmes ; jeunes garçons dont l'amour te donnera la plus grande joie (cf Xénophon d'Athènes).
Platon, Symposium.
Xénophon, Symposium.
Plutarque, Sur l'Amour.
pseudo-Lucien : Chariclès contre Kallicratidas ; l'amour masculin relève d'un esprit philosophique.

Les Anciens discutaient aussi de l'homosexualité des animaux, discussion reprise par André Gide, entre autres.
 

Voir également : Plutarque et Athénée

Auteurs licencieux grecs et latins

Martial et Juvénal 

Les animaux aussi ?


mercredi 26 octobre 2016

CES PETITS GRECS... CONSTANTES ET TRAJECTOIRES


Pour servir d'introduction à Ces petits Grecs...

I / BANDE SACRÉE DES THÉBAINS

Elle est évoquée dans son principe par Platon et Xénophon d'Athènes ; puis dans sa réalité (hypothétique en tant que véritable bataillon d'amants et d'aimés) par Dinarque (vers -360/-290) : "Thèbes fut une très grande cité à l'époque où Pélopidas conduisait le bataillon sacré" ; ainsi que par Athénée de Naucrate (Sages attablés, livre XIII), Hiéronymos de Rhodes, Plutarque (De l'Amour ;
Pélopidas) et Polyen, un à six siècles plus tard ; " Mais certains disent qu'elle était composée d'érastes et d'éromènes " (Plutarque, Pélopidas).
Elle aurait été fondée par Gorgidas en -378, ou selon Athénée, par Épaminondas ; elle remporta les victoires de Tégyre (en -375, sous la direction de Pélopidas) et de Leuctres ; elle fut dissoute après la défaite de Chéronée, en -338.

Certaines traductions disent "légion sacrée".

Le thème « armée et homosexualité » trouve des illustrations dans la correspondance de Madame, qui rapporte l’avis de Louvois, dans certains scandales en France au XIXe siècle. Carnets de Proudhon (sur Changarnier et Lamoricière). Scandale de Médéa [aujourd’hui Lemdiyya] : articles de La Révolte (1891) et du Bulletin Médical (1892). A. Hamon, La France politique et sociale (1891), 1892. A. Hamon, Psychologie du militaire professionnel, 1894, chapitre sur la sexualité, pages 153-165.
Un Ordre de Chéronée, petite société secrète d'homosexuels, fut fondée en Angleterre vers 1895 par G. C. Yves (1867-1950), par référence à ce bataillon, à sa défaite et à sa possible renaissance.
Dr Chavigny, "L’homosexualité dans l’armée", Revue de l’hypnotisme, juillet 1908, pages 39-40.
Dans Corydon, André Gide évoquait l’homosexualité des militaires aux dialogues I et IV.


II / BEAUTÉ MASCULINE

Elle est soulignée par de très nombreux auteurs anciens :
Homère, Pindare, Anacréon, Alcée de Mytilène, Callimaque et son élève Apollonios de Rhodes, Xénophon, Platon, Eschine, Zénodote, Aristide, Élien, Hygin, Théocrite, Xénophon, Théocrite, Hygin,
Lucrèce, Pétrone, Juvénal, Cicéron, Virgile, Plutarque, Apulée de Madaure, Achille Tatius, Diogène Laërce, Athénée de Naucratis, Élien.
Parmi les modernes, Rabelais (Quart Livre, X), Frédéric Nietzsche et André Gide (Corydon).


III / CHRISTIANISME ET TOLÉRANCE (??)

La thèse du christianisme tolérant à l’égard de l'homosexualité, soutenue par John Boswell (1947-1994), et reprise par le Français Jean-Claude Guillebaud, n'a pas résisté à l'examen d'un nombre suffisant de textes. Voir Gai Saber Monograph n° l, 1981 (2nd ed. 1985); Ramsay MACMULLEN, 1982 ; Pierre J. PAYER, 1984 ; David F. WRIGHT, 1984 ; Maurice LEVER, Les Bûchers de Sodome, Paris : Fayard, 1985; James A. BRUNDAG, 1987 ; E. CANTARELLA, 1988; J. RICHARDS, 1991 ; John LAURITSEN, A Freethinker's Primer of Male Love, Provincetown : Pagan Press, 1998. Ce qui peut avoir induit quelques auteurs en erreur, c'est que l'intolérance chrétienne connut des fluctuations (le contraire, une parfaite stabilité, aurait été étonnant), passant de quelques années de pénitence à la peine de mort (appliquée du début du XIVe à la fin du XVIIIe siècle sur le territoire de la France continentale actuelle), ou inversement.
La condamnation judéo-chrétienne de ce que l'on désigne aujourd'hui sous le nom d'homosexualité est un élément utile pour mettre en évidence la stabilité anthropologique de ces relations masculines, ainsi que la distance existant entre cette condamnation et le point de vue de la civilisation gréco-latine qui, elle, appréciait la jeunesse, la beauté, l’intelligence, le plaisir et l’amour ; la reconnaissance de la chose, et aussi le sentiment d'en être, ne sont pas nés avec les mots homophile, gay ou queer, pas davantage avec le mot Homosexualität, pas plus avec celui de sodomie, contrairement à ce qu'avancent les sociologues dits "constructivistes".

On connaît les condamnations vétéro-testamentaires et pauliniennes, mais les injonctions d'hétérosexualité passent trop souvent inaperçues ; or l’arche de Noé (Genèse VI, 19) n’admettait que des couples hétérosexuels. Il y a au moins deux injonctions d’hétérosexualité dans le Nouveau Testament : Évangile selon Matthieu, XIX, 4-6: « mâle et femelle faits par Dieu ; l'homme s'attachera à sa femme ; ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. » C'est repris dans Évangile selon Marc, X, 7-9. Ma remarque de l’existence de ces injonctions, faite à Mgr Jacques Gaillot lors d’un débat à l’ENS-Ulm, l’avait laissé sans voix.
Dans l'Ancien Testament hébraïque il n'existe aucun exemple d'acte homosexuel pardonné ensuite, contrairement au meurtre et à l'inceste.
Pour trouver une mythologie faisant une place à l’homosexualité, c’est vers les Grecs qu’il faut se tourner. Un des intérêts du présent travail est de mettre en évidence cette différence fondamentale entre les belles cultures grecque et latine et la sinistre doctrine des Hébreux et de leurs successeurs.

Complément d’information sur les Écrits intertestamentaires (Gallimard, collection Bibliothèque de la Pléiade) :

Jubilés (-IIe siècle ; texte hébreu original perdu, traduit de l’éthiopien) : XIII, 17 : les gens de Sodome étaient de grands pécheurs ; XVI, 5-6 : impureté et destruction de Sodome ; XX, 5-7 : impureté de Sodome, corruption mutuelle par la fornication.

Testament des douze patriarches (1er siècle)
Gallimard, Collection « Bibliothèque de la Pléiade » (Écrits intertestamentaires ; traduction du grec) :

Levi XVII, 11 : prêtres pédérastes dans la septième semaine [cité par Voltaire] ;
Nephtali III, 4 : Sodome a changé son ordre naturel ;
Benjamin IX, 1 : vous vous adonnerez à la luxure, comme les habitants de Sodome ; vous périrez, à
l'exception de quelques-uns, et vous reviendrez à vos passions pour les femmes.

Pour comparaison, le Coran.


IV / CONTRE NATURE

Cette qualification fut celle la plus constamment appliquée à l'amour masculin en général (et non à la seule pédérastie stricto sensu) par les auteurs chrétiens. Elle mérite donc un traitement spécial.

Auteurs païens : Jamblique (les Pythagoriciens voulaient déjà supprimer les accouplements contre nature et déréglés), Platon (paraphysin, dans une œuvre tardive, Les Lois, mais aussi dans Phèdre), Philon, Cicéron, Musonius, Longus, Célius Aurélien.
Auteur juif : Philon ; puis les
Judéo-chrétiens (les plus nombreux) : Tertullien, Lactance, Constitutions apostoliques, Ambroise, Jean Chrysostome, Jean Cassien, Augustin, Jérôme, Justinien, Évagre, Alcuin, Hincmar de Reims, Burchard de Worms, Alain de Lille, Albert le Grand, Gerson, et alii.
Ajoutent « contraire à la raison » : Théodulfe d'Orléans, Pierre Damien, Anselme de Laon, Albert le Grand.

L'existence d'une homosexualité animale exclusive ou occasionnelle (et les animaux sont plus proches que nous de la nature entendue dans un certain sens) a été reconnue par : Aristote (perdrix), Athénée (colombes, perdrix), Elien (cailles), Horapollon (perdrix), Pline l'Ancien (cailles, coqs, perdrix), Plutarque (coqs). Décidément, les perdrix ...

Animaux signalés depuis par de bons observateurs : abeilles, bonobos, castors, chauve-souris, chèvres, chiens, chimpanzés, hannetons, lions, lucioles, pigeons, poulains, poules, singes, tourterelles
et vaches.

Cette homosexualité animale est envisagée mais son existence est niée par les auteurs et/ou textes suivants : Platon (Lois), Ovide, pseudo-Phocydide, Plutarque, Lucien, Longus, Jean Chrysostome, Célius Aurélien, Agathias (VIe siècle), Justinien, Altercation …, Vincent de Beauvais. Cette négation implique cependant une perception ancienne du concept d'homosexualité, ce qui sape encore plus la thèse constructiviste.

La qualification « contre nature » fut reprise dans la théologie chrétienne et le droit français coutumier ancien, puis par Montesquieu, par l’ Encyclopédie (article SODOMIE d’Antoine-Gaspard Boucher d'Argis, publié en 1765, en grande partie inspiré de celui de Pierre Richelet, 1679 …, et cité in-extenso dans DFHM), par Jean Jacques Rousseau (Émile, IV) et par Kant (Métaphysique des mœurs, 1, 1, 24 : homosexualité rangée avec la bestialité, selon l’usage des juristes d’Ancien Régime).
André Gide eut donc raison d'en démontrer l'inconsistance dans son Corydon (collection Folio, Paris : Gallimard, 2001 [1924]).
Le concept de contre nature fut fort critiqué à l'époque moderne, par Montaigne, Pascal, Diderot, Voltaire et Sade, notamment. On retrouva cependant cette qualification en août 1942 dans une « loi » du maréchal Pétain, en février 1945 dans une ordonnance du gouvernement provisoire du général Charles de Gaulle, puis, pour la dernière fois, en novembre 1960 dans une ordonnance du Premier ministre Michel Debré.


V / DÉFINITIONS ET QUALIFICATIONS

Évolution des définitions :

Éros : la philia poussée à l'extrême (Platon).
Amour d'amitié : tendance à former une amitié à partir d'un idéal de beauté (Cicéron, Stoïciens)
Sodomie : péché contre nature, d'un mâle avec un mâle, ou d'une femme avec une femme (Albert le Grand)
Vice sodomitique : vice où l'on ne tient pas compte du sexe requis (Thomas d'Aquin)
Sodomie : quand deux d'un même sexe se mêlent ensemble, encore que ce fussent femmes, ou quand
l'homme se mêle avec la femme à rebours (Sa, 1601).
homme avec homme ou femme avec femme (Beauny, 1635).
Péché contre nature : crime de celui ou de celle qui a un commerce impudique avec quelque personne de son sexe (Soulatges, 1762).
Sodomie : crime contre nature qui consiste dans l'usage d'un homme comme si c'était une femme, ou
d'une femme comme si c'était un homme (Grand Vocabulaire Français, 1773).
Inversion : anomalie consistant en ce qu'un homme a des instincts sexuels féminins ou une femme des instincts masculins (Lalande, Vocabulaire de la philosophie).
Homosexualité : tendance, conduite des homosexuels – personnes qui éprouvent une appétence sexuelle plus ou moins exclusive pour les individus de leur propre sexe (Grand Robert, 1985).
sexualité des personnes homosexuelles – qui éprouvent une attirance sexuelle pour les personnes de leur sexe (Petit Larousse, 1994).

L'homosexualité, parfois restreinte à la pédérastie (avec toutes les ambiguïtés que ce terme comporte), a été qualifiée ou métaphorisée de façon variée ; en voici un aperçu :
"Une abomination" (Lévitique)
"Le sentier de la vertu" (Plutarque)
" Une passion psychique " " Éros " (Sextus Empiricus)
"Contre la loi de la nature et l'ordre de la raison" (Pierre Damien)
« Aberration monstrueuse », « union de sexes semblables » (Gilles de Corbeil)
"Le péché le plus grave après la bestialité" (Thomas d'Aquin)
" Une altération de l'âme " (Thomas d'Aquin)
"Contre l'ordre de nature, pour ce qu'il se commet contre l'ordre du sexe" (Bénédicti, 1601)
" Crime de ceux qui commettent des impuretés contraires à l'ordre même de la nature " (Encyclopédie, 1765, à propos de la notion de sodomie)
"La passion la plus honteuse qui ait jamais souillé la nature humaine" (Kant, Remarques touchant les
Observations ...)
"Faute d'orthographe de la nature humaine" (La Douceur, 1772, à propos de la pédérastie)
"Vice des peuples guerriers" (marquis de Sade, 1795, à propos de ce qu’il appelle pédérastie)
"Petit défaut" (Aubriet, 1824, parlant de Cambacérès)
"Le seul lien qui rattache la magistrature à l'humanité" (Baudelaire, à propos de ce qu’il appelle pédérastie)
"Un amour sans nom, ou plutôt un vice infâme" (Paul Gide, 1867, à propos de la pédérastie grecque)
"Un problème qui a l'attention des philosophes, aussi bien que des médecins et des naturalistes (Remy
de Gourmont, 1907, à propos de ce qu’il appelle uranisme)
"Variante anomale de la libido" (P. Näcke, 1909)
"Variante de l'organisation sexuelle génitale" (S. Freud, 1920, en allemand)
"Une habitude sexuelle" (Louis Aragon, 1928, sur ce qu’il appelle pédérastie)
"Un crime social" (Maxime Gorki, 1934, en russe)
"Un amour comme un autre, ni meilleur ni pire" (Klaus Mann, 1934)
"La force qui aime la force" (Cocteau, 1936, à propos de la seule pédérastie)
"Le trait dominant des pédagogues" (René Allendy, 1939)
« secret, interdit […] messe noire […] damnation » (Jean-Paul Sartre, 1945)
"Un péril" (Dr Marcel Eck, médecin catholique, janvier 1960)
"Un fléau social" (député Paul Mirguet, juillet 1960)
"Une anomalie sexuelle" (Jean-Paul Sartre, 1963)
« un comportement sexuel comme les autres, une des expressions de la liberté fondamentale du corps. » (Comité pour une Charte des libertés, Liberté, libertés, 1976).
"Un des côtés de l'hermaphroditisme humain" (Gilbert Lascault, 1977)
"Pas une forme de désir, mais quelque chose de désirable" (Michel Foucault, 1981)
"Une occasion historique de rouvrir des virtualités relationnelles et affectives" (M. Foucault, 1981)
"Une déviance, une anomalie" (J.-M. Le Pen, 1984)
"Une forme de déviation, de marginalité, que le corps social peut supporter, sans l'avaliser jusqu'au bout" (Jean-Paul Aron, 1987)
"Une question personnelle et individuelle" (député M. Hannoun, 1987)
« l'homosexualité, ce n'est pas l'indifférence sexuelle » (Jacques Derrida, 2001)
« La voie mystique par excellence » (Michel Masson, 2005)


VI / DIALOGUES

Le dialogue est le genre à la fois rationaliste et démocratique par excellence.
Prodicos de Céos (-Ve siècle) : dialogue entre Vertu et Dépravation ; recours à des artifices en faisant
jouer aux hommes le rôle des femmes ; jeunes garçons dont l'amour te donnera la plus grande joie (cf
Xénophon d'Athènes).
Platon, Symposium.
Xénophon, Symposium.
Plutarque, Sur l'Amour.
pseudo-Lucien : Chariclès contre Kallicratidas ; l'amour masculin relève d'un esprit philosophique.
Athénée de Naucratis, Sages attablés.
Achille Tatius, Leucippé et Clitophon, II
Altercation entre Hélène et Ganymède (XIIe siècle).
Depuis : Thérèse philosophe ; Denis Diderot, Suite de l’entretien ; David Hume, A Dialogue ; marquis de Sade, Philosophie dans le boudoir ; Remy de Gourmont, Dialogue des amateurs ; André Gide, Corydon.
La forme du dialogue est appropriée pour traiter des sujets prêtant à controverse ; on peut regretter qu’aujourd’hui elle ne soit plus guère utilisée.


VII / EFFÉMINEMENT

Aristophane, Aristote, Démosthène (la mollesse détruit la grâce), Cicéron, Sénèque le Père, Philon d’Alexandrie, Columelle ; après Néron : Martial, Plutarque, Tacite, Juvénal, Suétone, Apulée de Madaure, Aulu-Gelle, Athénée, Cyprien de Carthage, Ausone, Basile de Césarée, Adamantius, Firmicus Maternus, Grégoire de Nysse, Jean Chrysostome, Salvien, Célius Aurélien, Macrobe, Ennodius ;

Moyen-Âge : Grégoire de Tours, Alcuin, Ordéric Vital, Jean de Salisbury, Alain de Lille.

Raffalovich, 1896 : « Les efféminés sont menteurs à tous les degrés, depuis la perfidie minutieuse jusqu'à l'inconscience, jusqu'à une incontinence de faussetés. Ils observent mal et reproduisent mal ce qu'ils ont observé ». Uranisme et unisexualité.
Rejet des efféminés, des folles, par le club parisien Arcadie ; cf G. Sidéris, 2000.


VIII / GOÛT
Continuité de cette caractérisation de l'homosexualité, d'Achille Tatius à Paul Valéry, pour le moins. Cf DFHM.


IX / HELLÉNISMES ET LATINISMES

Pour rester plus proche des textes originaux, j'utilise, en italiques dans le Corpus :

1/ les hellénismes androgyne, cinède, cinédologue, éraste, éromène, éros, érotique, paidika, paidéraste, paidérastie, paidomane, paidomanie, paidophile, philogyne, philomeire, philopaide ;

2/ les latinismes amateur, cinède, délicat, délices, efféminé, exolète, impudicité, impudique, patient, pédicateur, sodomite.

La traduction de certains de ces termes reste encore controversée.


X / HOMMES LIBRES ET ESCLAVES

Solon avait interdit aux esclaves d’aimer les enfants mâles. (Plutarque)
Gymnases interdits aux esclaves chez les Crétois. (Aristote).
Artémidore : être passif en songe avec un esclave est de mauvaise augure.
Eschine : amour des garçons interdit aux esclaves ; il n'est pas interdit à l'homme libre de s'unir à un
garçon.
Pline le Jeune : lettre d’amour adressée par Cicéron à l’esclave Tiro.
Plutarque : les Romains s’abstenaient des garçons de naissance libre.
Polybe : achat de beaux esclaves après la guerre contre Persée.
Sénèque le Père : l'impudicité est un crime pour l'homme libre, une nécessité pour l'esclave.
Sénèque le Jeune : esclave glabre qui sert le vin, et qui est un jules dans la chambre.
Sextus Empiricus : stupre avec un homme libre interdit par la loi chez les Romains.
Stace : consolation pour la perte d’un esclave favori.
Tertullien : sans le savoir, un Romain se sert de son fils comme d'un petit esclave grec.
Valère Maxime : condamnations pour propositions faites à des hommes libres.
L’affirmation selon laquelle l’homosexualité chez les Romains n’était tolérée qu’entre homme libre et
esclave est souvent reprise au XXe siècle : Paul Veyne, Beert Verstraete.


XI / INNÉ / ACQUIS

Voir Parménide, Hippocrate, Aristote, Ptolémée, Eusèbe de Césarée, Lactance, Firmicus Maternus et
Célius Aurélien.
Aux XIXe et XXe siècles, opposition entre les tenants du troisième sexe (Ulrichs, Hirschfeld, Marcel
Proust), et les théories psychanalytiques ou existentialistes.


XII / LISTES DE PERSONNAGES (PROSOPOGRAPHIE)

Plusieurs inventaires de personnages homosexuels furent dressés dès l'Antiquité par Xénophon d'Athènes (vers -428 / vers -355), Martial (vers 40 / 102), Élien (vers 175 / vers 235), Arnobe (vers 240 / vers 304) et Julius Firmicus Maternus (IVe siècle). On en retrouve chez Christopher Marlowe et dans les écrits libertins, notamment français, des XVIIe et XVIIIe siècles. Ces listes ont été complétées et actualisées au milieu du XIXe siècle par les Allemands Ulrichs et Benkert. Aujourd'hui, des ouvrages entiers offrent des listes d'homosexuels célèbres, avec plus ou moins de sérieux.
Éros a ses héros dans l'histoire : Socrate, Alcibiade, les tyrannicides Harmodius et Aristogiton (Aristote, Démosthène, Thucydide), César (Cf Calvus, Catulle, Dion Cassius, Macrobe, Suétone et Tacite), Néron, Antinoüs et Hadrien (Ammien Marcelin, Athénée, Dion Cassius, Justin, Pausanias, Spartianus), et alii.


XIII / LOI SCANTINIA

Problème posé par Sextus Empiricus, Ausone, Cicéron, Juvénal, Martial, Plutarque, Prudence, Quintilien, Suétone, Tertullien et Valère Maxime.
A supposer qu'elle ait existé, il semble qu'elle ait été dirigée contre la pédophilie homosexuelle (sexualité avec des garçons impubères) plutôt que contre l'homosexualité per se ; peut-être aussi contre le viol ou la passivité des hommes libres. Elle était en tout cas tombée en désuétude au début de l'ère chrétienne ; il se serait agi d'une peine d'amende, et en aucune façon d'une peine de mort comme dans le Lévitique.

Législation impériale : Corpus Juris Civilis. Ensuite : Bréviaire d'Alaric II, Capitulaires, droit coutumier anglais et français.


XIV / MALADIE

Explication par une anomalie de latéralité à la conception : Parménide, Lactance et Célius Aurélien.
Voir aussi Aristote, Célius Aurélien (vice d'un esprit corrompu), Procope et Albert le Grand.
Martin Le Maistre au XVe siècle.
Médecine légale française du début XIXe siècle (Mahon, Orfila, et alii.)
Psychiatrie européenne des XIXe/XXe siècles ; contredite par Freud.
Génétique de la fin du XXe siècle (elle cherche un gène, mais ne trouve rien).
Le quotidien Le Monde annonça que l'Association Psychiatrique Américaine avait modifié sa définition de l'homosexualité, alors que le changement avait consisté à retirer purement et simplement l'homosexualité de la liste des pathologies ; cela fut très dur d'obtenir une rectification ; j'ai dû faire intervenir un psychiatre américain.
ASSOCIATION PSYCHIATRIQUE AMÉRICAINE : « L’homosexualité en elle-même et par elle-même n’impliquant aucune altération dans le jugement, la stabilité, l’honnêteté, ou les capacités professionnelles, qu’il soit donc déclaré que l’Association Psychiatrique Américaine déplore toutes les discriminations publiques et privées envers les homosexuels dans des domaines tels que l’emploi, le logement, l’habitation collective, les patentes, et déclare qu’aucune exigence de discernement, de capacité ou d’honnêteté supérieure à ce qui est demandé aux autres personnes ne devrait être imposée aux homosexuels. » Communiqué du 15 décembre 1975 [ma traduction].

XV / "MARIAGES" MASCULINS

XVI / MICROCOSME, MILIEU, MODE

Les Anciens avaient perçu que l'amour masculin entraînait la formation d'un milieu social et l'élaboration d'un mode de vie particulier (Juvénal, Théodoret de Cyr et Bernardin de Sienne) ; on s'interrogeait et on mettait en cause les gymnases (Platon, Cicéron, Plutarque, Tacite, Clément d'Alexandrie), et les écoles de danse (Macrobe) et les fêtes (Philon, Libanios).
Bacchanales, mystères dionysiaques de grande Grèce, transportées ensuite en Étrurie puis à Rome ; orgies secrètes comportant des relations homosexuelles ; nombreuses condamnations après les révélations d'une affranchie, et interdiction en -186 ; répression sévère aux environs de Tarente (Pouilles) en -184 (Tite-Live).
Étuves-bains, backrooms (Londres, début XIXe siècle au plus tard), Ligues d'amour en Russie au début du XXe siècle. Bains et saunas à Paris ; orgies du Fhar (Paris, 1971-1973) ; bars video, espaces de drague, dark rooms et labyrinthes.
Assimilation à un phénomène de mode (Aristophane, Achille Tatius, Jean Chrysostome). Expression vice à la mode sous l'Ancien Régime (1693). En 1726, le vice du cul aurait été "plus à la mode que jamais" (avocat Barbier).
Mythe de l'augmentation ou de la résurgence de ce comportement (Jean Chrysostome, Philon, Libanios, Henri de Clairvaux). Certains Anciens croyaient à la progression quantitative de l'homosexualité : mode (contagion interne) ou contagion extérieure. Mythe du vice étranger (Du Bellay) bien entretenu depuis. Cf Les Flammes de Sodome.


XVII / MYTHOLOGIE ANTIQUE

Abdéros, aimé d'Héraclès (Bibliothèque d'Apollodore)
Achille,amant et aimé de Patrocle (Bion, Homère, Pindare, Platon, Sextus Empiricus, Xénophon)
Admète, aimé d'Apollon (Callimaque, Plutarque) et d'Héraclès (Plutarque)
Adonis, aimé de Dionysos (Phanoclès, Platon le Comique)
Agamemnon, amant d'Argennos (Athénée, Properce)
Alcyonée, aimé d'Eubarytos (Antoninus Liberalis)
Ameinias, amant de Narcisse
Ampélos, aimé de Dionysos (Ovide, Pausanias)
Apollon, aima Admète, Branchos, Carnos, Cyparissos, Hélénos (Ptolémée), Hyacinthe (Arnobe, Clément d'Alexandrie, Firmicus Maternus, Hygin), Leucatas (Servius), Phoibos (Plutarque)
Argennos, aimé d'Agamemnon
Branchos, aimé d'Apollon (Lucien)
Calaïs, aimé d'Orphée (Phanoclès)
Calamos, uni d'amour à Carpos
Carnos, aimé d'Apollon
Carpos, uni d'amour à Calamos
Chrysippe, aimé de Laïos (Arnobe, Dion de Pruse, Elien, Euripide, Pisandre, Platon), d'Oedipe, de Thésée (Hygin)
Cycnos [roi de Lygurie], ami de Phaéton,
Cycnos [fils d'Apollon), aimé de Phylios
Cyparisse, aimé d'Apollon (Ovide)
Daphnis, aimé de Pan (Méléagre)
Dionysos, aimé de Polymnos (Clément d'Alexandrie, Pausanias), aima Ampélos
Endymion, aimé d'Hypnos
Euphorion, aimé de Zeus (Ptolémée)
Eurybatos, amant d'Acyonée
Eurysthée, aimé d'Héraclès (tradition alexandrine)
Ganymède [Aquarius, Verseau], aimé de Zeus (Bibliothèque d’Apollodore, Apulée, Aristide, Athanase d'Alexandrie, Clément d'Alexandrie, Eusèbe de Césarée, Firmicus Maternus, Homère, Hymnes homériquesHygin, Ibycos, Justin, Lactance, Lucien, Minucius Felix, Ovide, Phanoclès, Pindare, Platon, Plaute, Properce, Tatien, Virgile),
Ganymède [Aquarius, Verseau], aimé de Minos (Athénée) et de Tantale (Eusèbe).
Hélénos, aimé d'Apollon (Ptolémée)
Héraclès amant d'Abdéros, d'Admète, d'Eurysthée, d'Hylas (Apollonios de Rhodes, Arnobe, Bibliothèque d'Apollodore, Clément d'Alexandrie, Firmicus Maternus, Hygin, Théocrite, Théognis), de Iolaos (Plutarque)
Hespéros, amant d'Hyménaeos
Hyacinthe, aimé d'Apollon, de Thamyris (Bibliothèque d'Apollodore), de Zéphyr
Hylas, aimé d'Héraclès
Hyménaeos, aimé d'Hespéros
Hypnos, amant d'Endymion
Iolaos, aimé d'Héraclès
Laïos, amant de Chrysippe
Leucatas, aimé d'Apollon
Leucocamas, aimé de Promachos (Conon)
Mélès, aimé de Timagoras (Pausanias)
Milétos, aimé de Minos et de Sarpédon (Bibliothèque d'Apollodore)
Minos, amant de Ganymède, de Milétos et de Thésée (Athénée)
Narcisse, aimé de Ameinias
Oedippe, amant de Chrysippe
Orphée, amant de Calaïs
Pan, amant de Daphnis
Patrocle, amant et aimé d'Achille
Pélops, aimé de Poseidon (Arnobe, Clément d'Alexandrie, Pindare)
Phaéton, ami de Cycnos
Phoïbos, aimé d'Apollon
Phylios, amant de Cycnos
Pirithous, amant et aimé de Thésée (Bion)
Polymnos, amant de Dionysos
Poséidon, amant de Pélops
Promachos, amant de Leucocamas
Sarpédon, amant de Milétos
Rhadamanthe, amant de Talos (Ibycos)
Talos, aimé de Rhadamanthe
Tantale, amant de Ganymède (Eusèbe)
Thamyris, amant de Hyacinthe (Bibliothèque d'Apollodore)
Thésée, amant et aimé de Pirithous, amant de Chrysippe, aimé de Minos
Timagoras, amant de Mélès
Zéphyr, amant de Hyacinthe
Zeus, amant de Ganymède et d'Euphorion

Études de Marc Daniel [Michel Duchein] et de Bernard Sergent.


XVIII / NOTIONS ANCIENNE ET MODERNE D'HOMOSEXUALITÉ ANIMALE ET HUMAINE
" Pour les Grecs, Éros préside en premier lieu à l'attachement passionné  d'un homme pour un garçon, et Aphrodite aux relations sexuelles d'un homme avec une femme. " (R. Flacelière, L'Amour en Grèce, chapitre II).
La lecture des CCLV et quelques auteurs et textes que j'ai recensés permet de constater que l'Antiquité n'opposait pas simplement l'actif au passif – opposition qui n'a d'ailleurs pas disparu aujourd'hui ; chez Platon, Martial et Ptolémée notamment, on relève des distinctions suivant l'âge de l'aimé (enfant, adolescent, adulte). La notion d'homosexualité masculine – ou amour et désirs masculins pour le même sexe – était acquise, et il existait de nombreux termes ou expressions pour l'exprimer, et l'opposer à l'amour des femmes (hétérosexualité masculine) ; de nombreux auteurs parlent d’amour, ce qui est bien plus élégant que l’expression actuelle de "pratiques sexuelles", soit dit en passant :

En grec :
amours masculines (Agathias)
ce caractère (Aristophane)
éros, érotique, amour des mâles, amour masculin/amour des femmes (Aristote)
union masculine, amours de garçons/liaisons féminines, sorte d'amour, philomeire/philogyne, gynécomanie/paidomanie (Athénée)
philopaide (Callimaque)
union avec la femme/union avec un homme (Constitutions apostoliques)
commerce des mâles (Diodore de Sicile)
érotique, cinédologue, philopaide (Diogène Laërce)
autre éros ; ambidextre (Euripide)
union naturelle/union de mâle à mâle (Josèphe Flavius)
amour masculin (Justin)
amour des femmes/amour des mâles, hétérochrotas (pseudo-Lucien)
gynécomanie, Cypris/Éros, désir pour les mâles (Méléagre)
homme érotique (République V), pandémos/ourania (Banquet), amour vulgaire/amour céleste (Banquet),  (Platon) ; cf uranisme.
éros, genre d'amour, amour légitime/amour des garçons, gynécomanie/paidomanie, porté à l’érotique (Plutarque)
ceux qui aiment les paidika/ceux qui aiment les femmes et les jeunes filles (Plutarque)
passion pour les femmes/union masculine (Ptolémée)
amour masculin (Sextus Empiricus)
philopaide (Straton de Sardes et Théocrite)
paidéraste, porté à l'éros (Xénophon d'Athènes)

En latin :
amour pour les mâles (Achille Tatius)
virosus, porté sur les mecs (Aullu-Gelle)
fils appartenant aux genres féminin et neutre ; vice bi-masculin (Ausone)
deux formes d'amour (Célius Aurélien)
amour d'amitié [amor amiticiae] (Cicéron)
paidérastie (Lucilius)
vice sodomitique ( rapports sexuels avec le sexe non complémentaire [non debitum], par exemple homme avec homme ou femme avec femme) (Thomas d’Aquin).

La distinction suivant le sexe de la personne aimée était non seulement faite par les Anciens, mais encore discutée dans des dialogues. Le dialogue est le genre à la fois rationaliste et démocratique par excellence.
Prodicos de Céos (-Ve siècle) : dialogue entre Vertu et Dépravation ; recours à des artifices en faisant
jouer aux hommes le rôle des femmes ; jeunes garçons dont l'amour te donnera la plus grande joie (cf
Xénophon d'Athènes).
Platon, Symposium.
Xénophon, Symposium.
Plutarque, Sur l'Amour.
pseudo-Lucien : Chariclès contre Kallicratidas ; l'amour masculin relève d'un esprit philosophique.

Les Anciens discutaient aussi de l'homosexualité des animaux (voir plus haut, IV, CONTRE NATURE).

Chez les modernes :
Cf mon DFHM et l’entrée Knabenliebe de l’Index Nietzsche).


XIX / PHILOSOPHES

Dès ses débuts, la philosophie a été dotée d'une certaine image homosexuelle ; voir Athénée et Diogène Laërce. Le premier couple connu est celui formé par les philosophes présocratiques Parménide d'Élée et Zénon d'Élée (Platon).
Viennent ensuite le sophiste Critias avec Euthydème (Xénophon).
Polémon était épris de Xénocrate (Diogène Laërce IV, 19), mais il aima également Cratès (Diogène Laërce IV, 21).
Il y a, bien sûr, Socrate et Alcibiade (Platon), Socrate et Isocrate (Platon), Socrate et Archélaos d'Athènes (Diogène Laërce II, 10)).
Zénon de Citium était épris de Chrémonidès (Diogène Laërce VII, 17) ; Crantor de Soles l'était d'Arcésilas de Pitane (Diogène Laërce IV, 29 ; Eusèbe de Césarée) qui était lui-même, et comme Cléon (Diogène Laërce V, 76), épris de Démétrios de Phalère (Diogène Laërce IV, 41). Autres couples connus, Ménédème d'Érétrie et Asclépiade (Diogène Laërce II, 137), Mélanthios de Rhodes et Eschine de Naples (Diogène Laërce II, 64).

On attribue à Platon plusieurs aimés : Agathon (Élien), Alexis (Diogène Laërce III, 31), Aster (Diogène Laërce III, 29), Dion (Élien ; Diogène Laërce III, 30) et Phèdre (Diogène Laërce III, 31).
À Aristote, un seul : Hermias d'Atarnée (Diogène Laërce V, 3).

Théophraste était amoureux du fils d'Aristote, Nicomaque (Diogène Laërce V, 39).
Athénée écrivait : " Vous autres philosophes, qui faites des choses si étranges contre la nature " (XIV, 605d). Aux yeux des Latins, les philosophes grecs sont les "idéologues" de ce milieu pédérastique ; cf Cicéron, Tusculanes.

Les mœurs de Socrate furent évoquées par de nombreux auteurs modernes dont les suivants :
Franco (1579) ; Montaigne (1580, 1588) ; Bénédicti (1599) ; Mlle de Gournay ; La Mothe Le Vayer (1630) ; Cyrano de Bergerac ; Fraguier (1723) ; Anecdotes, 1733 ; d'Argens (1744) ; Grou (1762) ; Voltaire (1764) ; Larcher (1765), etc.
L’expression amour philosophique est apparue au XVIe siècle (cf DFHM).
La définition homosexuelle de l'amour par Aristote (Seconds analytiques, II, xxii, 68a40-69b8) fut remarquée par le psychanalyste français Jacques Lacan (1901-1981) lors d’un de ses séminaires.


XX / PURETÉ DE CET AMOUR

Platon, Banquet.
Plutarque, Sur l’amour : 750b : Protogène : je suis hostile non à Éros mais à la luxure ; 750c : l’Éros véritable n’a rien à voir avec les femmes ; 750d : Éros qui s'attache à une âme jeune et bien douée aboutit à la vertu par le chemin de l'amitié [origine de l'expression "le sentier de la vertu"] ; 751a : Protogène : il n'y a qu'un Éros authentique, celui des paidika [cité par Montaigne] ; 751b : Solon avait interdit aux esclaves d'aimer les enfants mâles ; Daphné ; le critère du mec érotique ; il s'est introduit dans les gymnases à la faveur de la nudité [cité par Van Limburg].
Pseudo-Lucien, Les Amours : 49 : on devrait aimer les jeunes comme Alcibiade a été aimé par Socrate ; 51 : Théomneste : la paidérastie ne devrait être permis qu'aux sages ; 53 : Théomneste admire la solennité des discours suscités par cette paidérastie.
Chateaubriand : « Théomneste rit de la prétendue pureté de l’amour philosophique, et finit par la peinture d’une séduction dont les nudités sont à peine supportables sous le voile de la langue grecque
ou latine. »


XXI / CONTINUITÉ DES SIGNES RÉVÉLATEURS

bruits significatifs (Clément d'Alexandrie)
cheveux bouclés (Aristophane)
cheveux longs (Ordéric Vital)
cris (Apulée)
cuisses épilées (Aulu-Gelle)
démarche (Lucien de Samosate, Macrobe, Sénèque le Jeune)
épilation (Épictète, Martial, Properce)
gestes et attitudes (Adamantius, Anthologie grecque, Ennodius, Sénèque le Rhéteur,
Philostrate, Traité de physiognomonie)
gratter sa tête avec un seul doigt (Ammien Marcellin, Calvus, Juvénal, Plutarque, Sénèque le
Père, Sénèque le Jeune)
isolement et marginalité (Anthologie Palatine, XI) ; et depuis Raffalovich.
langage (Sénèque le Jeune, Zénodote d'Éphèse)
mouvements féminins (Columelle)
regard (Sénèque le Jeune, Lucien de Samosate, Philostrate, Salvien)
rubans (Salvien)
tenir les bras de travers (Adamantius, Traité de physiognomonie)
tuniques à manches (Aulu-Gelle, Cicéron, Polémon, Suétone, Virgile)
couleur : vert à Rome ; amour noir (Villon) ; l’œillet 1890-1894 ; lavender ; triangle rose, zone bleue ; russe голубой ; arc-en-ciel.
voix (Adamantius, Juvénal, Sénèque le Rhéteur, Traité de physiognomonie).

Depuis : Virey, Casper ; Goncourt, Journal, 3 juin 1862 : " Correspondance déjà remarquée par les médecins entre les organes génitaux et les organes vocaux, entre le larynx et les sens. "
Ibid, 22 décembre 1889 : " On cause pédérastie, et Huysmans dit que les pédérastes ne se reconnaissent pas tant à l'invite de l'oeil, à la tendance aux attouchements caressants, qu'à un certain aigu et féminisé dans la voix, qui doit tenir à la corrélation de la gorge avec les organes génitaux et au détournement de fonction de ces derniers. "
Marcel Jouhandeau dans Ces Messieurs.


XXII / VICE D'ALTÉRITÉ, VICE ÉTRANGER

Sur les Sodomites (habitants de Sodome, aujourd'hui Sedom) : quasiment tous les auteurs chrétiens.
Sur les Celtes : Aristote, Diodore de Sicile, Strabon et Athénée, .
Sur les Germains : Tacite, Sextus Empiricus, Ammien Marcellin, Procope.
Sur les Gaulois : Eusèbe de Césarée.
Sur les Perses : Hérodote, Xénophon d'Athènes, Plutarque et Sextus Empiricus ; mais opinion contraire d'Ammien Marcellin.
Sur les Crétois : Aristote, Athénée, Cornélius Népos, Élien, Maxime de Tyr, Platon, Plutarque, Servius, Sextus Empiricus, Strabon et Timée.
Sur les Grecs, du point de vue des Romains : Cicéron, Cornélius Népos, Pline l'Ancien, Pline le Jeune et Sénèque le Jeune.
Sur les Massaliotes (habitants de Massalia, aujourd'hui Marseille) : Plaute, Athénée.
Sur les Païens, du point de vue des Chrétiens : Aristide, Athanase d'Alexandrie, Clément d'Alexandrie, Cyprien de Carthage, Eusèbe de Césarée, Justin, Lactance, Firmicus Maternus, Minucius Felix, Orose, Salvien, Tatien, Tertullien.
Sur les Normands et Français : l'Anglais Giraldus de Cambrie.
Sur les Auvergnats : Raoul Glaber.

Toute l'Antiquité se trouve aujourd'hui dotée d'une forte image homosexuelle. Depuis, dénonciations protestantes des vices des "bougres" catholiques aux XVIe et XVIIe siècles. Stigmatisations nationalistes du "vice italien" au XVIe siècle, du "vice arabe" au XIXe siècle, du "vice allemand" par des Français aux alentours de 1900, et à la Libération (1945-1946), du "vice anglo-saxon" par Édith Cresson, avant qu'elle soit premier ministre, en 1991.