dimanche 12 avril 2015

DFHM : T - tafiole à truqueur (sauf TROISIÈME SEXE)

Extrait de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine.


Lettre S
TROISIÈME SEXE
Lettres U et V

Table du DFHM 3.0


TAFIOLE, TAFFIOLE

« Tafiole nom féminin. 1. Homosexuel passif : « Regarde moi cette tafiole avec son débardeur rouge et son pantalon en sky ! » Syn. tapette, [tarlouse], tarlouze. - 2. Homme lâche, couard. Syn. tarlouze. »

« -- Nous allons créer une loi contre l'homophobie
Sûr qu'on est d'accord avec toi
Mais c'est pas nous qu'on fait la loi
On ne peut plus rien dire
-- Mais alors une vraie loi, pas une loi de taffiole... euhh... enfin de... »
Didier Bourdon, On peuplu rien dire, 2005.

TANTE

Dans l’argot des prisons du début XIXe siècle, la tante a d’abord été la femme du concierge de la prison (le concierge étant l’oncle) ; c’est le seul sens signalé par Ansiaume en 1821 ; le sens homosexuel apparaît en 1834 :

« Le célibat fit naître les Templiers et les Jésuites ; le Code pénal a donné naissance à une nouvelle race d'hommes, aux tantes de La Force [ancienne prison de Paris, dans le Marais] ; car c'est ainsi que l'on nomme ces monstruosités. »
F. V. Raspail (1794-1878), Le Réformateur, 11 décembre 1834.

Le Vocabulaire argot-français du même auteur donne (en 1835) cette définition (reprise mot pour mot par Vidocq) :

« Tante : Homme qui a les goûts des femmes, la femme des prisons d’hommes. » (Vocabulaire publié dans le n° 346 du Réformateur, le 20 septembre 1835).

« Tante : Sodomiste pour son compte ».


Anonyme [Pierre Joigneaux ?], L’Intérieur des prisons, 1846.

Ce qui peut s’entendre homosexuel par goût ou par nature, contrairement à ceux qui ne pratiquent l’amour masculin que faute de mieux, ou par intérêt financier. L’année suivante le mot figura dans la dernière partie de Splendeurs et misères des courtisanes :

« – Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes
– Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce ?
– C’est le troisième sexe, milord. »
[…]
« oh ! j’y suis, dit Fil-de-soie, il a un plan ! il veut revoir sa tante qu’on doit exécuter bientôt. »

« Enfants, on les appelle mômes ou gosselins, adolescents ce sont des cousines, plus âgés, ce sont des tantes. »
Lorédan Larchey, « Dictionnaire des excentricités du langage », Revue anecdotique des excentricités contemporaines, n°5, septembre 1859.

Ambroise Tardieu ne semble avoir reconnu en 1857 que le sens de prostitué :

« Nous verrons plus tard dans quelle classe se recrutent ceux qui sont descendus assez bas pour faire un métier de leur corps et se livrer aux souillures des passions antinaturelles que le plus souvent ils ne partagent pas. Car les jeunes garçons que flétrit le nom de tantes, sont souvent attachés à des femmes chez lesquelles ils attirent et reçoivent habituellement les pédérastes. »
Étude médico-légale

Selon Alfred Delvau, le mot était synonyme de tapette dans l’argot des faubouriens (Dictionnaire de la langue verte, 1866), et, comme par Honoré de Balzac, associé à la notion de troisième sexe.

« Le pédéraste trouve quand il en trouve un autre une sorte de prédestination que ne trouve pas l’amoureux. Mais voudrait une non tante mais vite croit demi tante une tante qui lui plaît. Il voudrait et croit trouver des non tantes, car emplissant son désir bizarre de tout le désir naturel, croit avoir un désir naturel dont il peut retrouver l’échange hors de la pédérastie. »
Marcel Proust, Carnet, 1908, f° 12.

« D’après la théorie, toute fragmentaire du reste, que j’ébauche ici, il n’y aurait pas en réalité d’homosexuels. Si masculine que puisse être l’apparence de la tante, son goût de virilité proviendrait d’une féminité foncière, fût-elle dissimulée. Un homosexuel, ce serait ce que prétend être, ce que de bonne foi s’imagine être, un inverti ! »
Marcel Proust, "Esquisses IV", À la recherche du temps perdu, tome III, Paris : Gallimard, 1988 ; cité par Monique Nemer, Corydon citoyen, Paris : Gallimard, 2006, page 78.


« Tante : sorte particulière d'inverti, pédéraste […] Tante : pédéraste. »
H. Bauche, 1920, 1946.

« Un pédéraste, une "tante", une "tapette", font partie du vocabulaire comique et de celui de l’indignation, tout comme "boche" pendant la guerre. De telles associations sont révélatrices : elles signifient que quelle que soit la valeur du jugement porté, cette valeur n’aura jamais l’occasion d’être appréciée, puisque le mot lui-même, l’appellation, entraîne automatiquement la sentence. »
Ramon Fernandez, André Gide, Paris : Correa, 1931.

Tante en étant arrivé à désigner l’homosexuel en général, le besoin d’une summa divisio entre actifs et passifs a été ressenti par Jean Genet qui avait forgé les composés tante-fille et tante-gars dans son roman Notre-Dame des Fleurs (1944).

« Pour les hétérosexuels, tout pédéraste, [André] Gide ou le petit gigolo de Pigalle [quartier chaud de Paris], étant une tante, il a bien fallu que les homosexuels trouvent un mot pour définir cette forme particulière d’inversion qui s’accompagne d’un travestissement symbolique ou effectif. La "folle" est au pédéraste ce que le juif âpre et cynique est à "l’israëlite" : une revendication de sa caricature. Et le pédéraste convenable fréquente aussi peu la "folle" que le juif bourgeois le "pollak" ».
Roger Stéphane [R. Worms], Parce que c’était lui, Paris : La Table Ronde, 1953 [Texte repris en 1989 dans Tout est bien].

Dans son séminaire Le Transfert, publié en 1960, le psychanalyste Jacques Lacan décrivait le banquet raconté par Platon dans son dialogue Le Banquet comme « une assemblée de vieilles tantes ». On le lui a beaucoup reproché.

« Si ma tante en avait on l’appellerait mon oncle, et si mon oncle en était on l’appellerait ma tante. »
Pierre Dac [André Isaac], Les Pensées, Paris : Éditions de Saint-Germain des Prés, 1972. Souvent cité de manière incomplète.


TANTOUSE, TANTOUZE, TANTOUSARD

Tantouze  relevé dès 1899 par le détenu lyonnais Nougier.

« On dirait de lui : "Fleurier, vous savez-bien, ce grand blond qui aime les hommes ?" Et les gens répondraient : "Ah ! oui. La grande tantouse ? Très bien, je sais qui c’est." »
Jean-Paul Sartre, L’Enfance d’un chef.

« Savez vous quel député a dit, à la buvette de l'Assemblée après le premier échec de la proposition de loi sur le PACS, cette jolie phrase : "Fallait pas rêver, on allait quand même pas se démener et monter à Paris rien que pour le mariage des tantouzes" ? Monsieur Henri EMMANUELLI, député (socialiste) des Landes ... clâsse, non ? »
Lu sur le site web du Nouvel Obs le 9 octobre 2002.

TAPETTE

« M. Hiltbrunner, directeur du Théâtre des Délassements : "Mes acteurs […] sont tous maquereaux ou tapettes." »
Edmond et Jules de Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, année 1854.

Terme signalé par Lorédan Larchey dans son article de 1859 comme synonyme de tante.

« En résumé, semblable au caméléon qui change, non de forme, mais de couleur, la tante est tantôt appelée tapette, tantôt serinette ; elle est désignée par les marins sous le nom de corvette, mais elle reste toujours un objet d’opprobre. »
Louis Canler, Mémoires, 1862.

« un petit bonhomme gras et douteux, éphébique et féminin, avec sa tête d’Alsacienne, les cheveux blonds, en baguettes, tombant droit de la raie du milieu de sa tête, en redingote allemande de séminariste, dans l’ouvertur de laquelle se flétrit un peu de lilas blanc, – tapette étrange et inquiétante. »
Edmond et Jules de Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 4 mai 1865.

En 1866, Delvau donnait cette définition : « Individu faisant partie du troisième sexe » et considérait le terme comme synonyme de tante. Mais tapette appartenait aussi au lexique du milieu homosexuel masculin :

« « Lorsqu’ils se trouvent plusieurs réunis dans l’intimité, c’est un caquetage assourdissant entremêlé d’éclats de voix aigres qui pourrait faire douter de leur raison. C’est cet amour immodéré du verbiage qui leur a valu le surnom de tapettes. »
Carlier, La Prostitution antiphysique.

« Le Complaisant, la Tapette, la Fille, car ce n’est que de cette manière qu’ils s’appellent entre eux – ces singularités vivantes – naissent généralement en tout semblables à des créatures féminines. »
Arthur W., 1874, dans H. Legludic, Attentats aux mœurs, 1896.

« Il [un personnage envisageant de s’épiler] risquait d’avoir l’air d’une tapette, et non d’un petit garçon. »
Alfred Jarry, Les Jours et les nuits, 1897.

« Les hétéros nous condamnent impitoyablement, nous sommes des lopes, des tantes, des tapettes, on nous abaisse plus bas que le dernier des crapuleux …, eux sont jugés et condamnés, nous, nous sommes méprisés. »
Inversions, n° 4, mars 1925.

« Un pédéraste, une "tante", une "tapette", font partie du vocabulaire comique et de celui de l’indignation, tout comme "boche" pendant la guerre. De telles associations sont révélatrices : elles signifient que quelle que soit la valeur du jugement porté, cette valeur n’aura jamais l’occasion d’être appréciée, puisque le mot lui-même, l’appellation, entraîne automatiquement la sentence. »
Ramon Fernandez, André Gide, 1931. (Comme c’est le cas aujourd’hui, par une curieuse ironie de l’histoire, des termes homophobe ou islamophobe).

« Trois jours auparavant, c’était un môme dans le genre mièvre, ça peut plaire ; mais maintenant il avait l’air d’une vieille tapette, et je pensais qu’il ne redeviendrait plus jamais jeune, même si on le relâchait. »
Jean-Paul Sartre, Le Mur, « Le mur », 1939.

« Sonneraient-elles plus fort les divines trompettes
Si comme tout un chacun j’étais un peu tapette »
Georges Brassens, Les Trompettes de la renommée, 1962.

« On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes. »
David Douillet, L’Ame du conquérant, 1998.

« Pour pas mal de jeunes clubbeurs de moins de 25 ans, être vieux signifie, en langage tapette, avoir plus de 40 ans. »
Night and day, Agenda de Têtu, juillet-août 2004.

TARLOUSE, TARLOUZE, TARLOUZELAND

« Qu’on soit tarlouze ou hétéro
C’est final’ment le même topo
Seul l’amour guérit tous les maux
Je te le souhaite et au plus tôt. »
Renaud/Séchan, Petit pédé.


" LA JUGE : Le 19 octobre 2015, conversation téléphonique numéro 29, vous semblez très inquiet de votre mise en cause et vous qualifiez M. Valbuena de« tarlouze ». Vous mettez en place une stratégie pour répondre aux rumeurs dans la presse. Pourquoi une telle crainte alors que vous êtes particulièrement exposé à la presse ?

Karim Benzema. : Je n’étais pas inquiet, mais énervé plutôt. Je n’étais que énervé. C’est ceux qui s’occupent de ma communication qui ont trouvé cette phrase. Maintenant, j’ai une famille, je deviens fou quand on invente des histoires. Si j’avais été entendu, pas de problème, mais là je n’avais même pas été entendu et, dans la presse, on me dit que je fais partie d’un chantage. Forcément, je suis énervé. Je me suis dit qu’il [Valbuena] était allé me dénoncer à la police, alors que j’étais allé le voir. Après, « tarlouze », on peut le dire à tout le monde, à ses amis, à ses potes. Pour moi, pour la nouvelle génération, c’est amical. Ce n’est pas une question d’être inquiet ou je ne sais pas quoi, c’est juste énervé. Encore une fois, je suis dans la presse, encore une fois on parle de moi. C’est pour cela que j’ai employé ce mot-là. " (" Affaire de la « sextape » : ce que Benzema a dit [le 5/11] à la justice ", LE MONDE.fr, 2 décembre 2015.

TASSE

« La grande masse des invertis dédaigne souverainement ceux qui papillonnent ainsi de tasse en tasse […] Tasse : en argot pédérastique désigne un urinoir. »
M. DuCoglay, Chez les mauvais garçons. Choses vues, 1937.

TATA

Signalé en 1881 par E. Chautard.

« Tata : pédéraste passif, pédéraste. »
H. Bauche, 1920.

« Ta ta ta, ta la ta ta, prout prout !
Ta ta ta, ta la ta ta, prout prout !
Ta ta ta, ta la ta ta, prout prout !
Ta ta ta, ta la ta ta, prout prout ! »
Refrain de la chanson de Fernandel « On dit qu’il en est. » (1968)

TATALAND

Le chanteur Dave, à la télé, vers l’an 2000, pour désigner le milieu homo de la capitale.

TBM

Dans les petites annonces de rencontre, signifie très bien monté.

TENDRE SA ROSETTE

D’après Alfred Delvau, « Se laisser enculer par un homme. » (Dictionnaire érotique, 2e édition). La précision « par un homme » est pléonastique...

TERRE JAUNE

"Terre-jaune : sf. pédérastie. Faire dans la terre jaune."
H. Bauche, Le Langage populaire, Payot, 1920.

Terre jaune : Faire dans la terre jaune, se livrer à la pédérastie.
H. Bauche, op. cit., éd.1928.

« Pour le rond, pour le dix et pour la terre jaune,
Une chiée a la dent, mais j'ai l'estomme en vrac
A les imaginer, deux par deux, cul à trac
La dossière et le zob à la mode d'Ancône. »
Robert Desnos, « Frères Mirontons », Messages, II, 1944.

"Terre jaune (amateur de) : Pédéraste.
Exemple. - Si tous les amateurs de terre jaune connus et inconnus à Paris se tenaient le petit doigt, on aurait vite rempli la place de la Concorde!"
Pierre Perret, Le Petit Perret illustré par l'exemple, J. Cl. Lattès, 1982.

« Voyage en terre jaune. »
France-Inter, 29 avril 1999.

TINTEUR

« TINTEUR. Jeune sodomite. »
Vidocq, Les Voleurs, tome 2, 1837.

TIRER PAR DERRIÈRE

« N’ayant plus les moyens d’avoir des femmes, nous nous trouvons réduits à la malheureuse nécessité de nous amuser entre nous et de tirer par derrière, n’ayant point l’argent nécessaire pour tirer par devant, c’est-à-dire pour bourrer, pour enfiler des cons. »
Le Bordel apostolique institué par Pie VI pape en faveur du clergé de France, « Supplique », 1790 [BnF Enf 602].

TOUR DES MIGNONS

« La duchesse de La Ferté a dit qu’on remarquait dans l’histoire que la galanterie des rois roulait, l’un après l’autre, sur les hommes et sur les femmes, qu’Henri II et Charles IX aimaient les femmes, et Henri III les mignons ; Henri IV aimait les femmes. Louis XIII les hommes, Louis XIV les femmes et qu’à présent le tour des mignons était revenu. »
Mathieu Marais, Journal et Mémoires, août 1722.

« Le propre jour que le maréchal de Villeroy est venu à Versailles, on a découvert que le jeune duc de La Trémouille, premier gentilhomme du Roi, lui servait plus que de gentilhomme, et avait fait de son maître son Ganymède. Ce secret amour est bientôt devenu public, et l’on a envoyé le duc à l’Académie avec son gouverneur pour apprendre à régler ses mœurs. Le Roi a dit que c’était bien fait. Voilà donc le tour des mignons et l’usage de la Cour de Henri III. »
Id., ibid., 27 juin 1724.
               
TOURNER LE DOS

« Monsieur de Vendôme
Assiège Sodome
De blainville et Courtenvaux
Lui livrèrent un bel assaut ;
Sont-ce pas de braves hommes
De tourner ainsi le dos ?
Recueil Maurepas, BnF, mss fr 12616, vers 1632, tome 1, p. 421.

« Sans aller à la guerre, il [Nicolas Vauquelin] sait faire tourner le dos aux hommes, et […] a appris il y a longtemps l'art de dompter et de subjuguer. Je sais cet horrible secret d'un jeune gentilhomme de mes amis, quo non formosior alter, et sur la  pudicité duquel ce frère a eu de très dangereux desseins, lorsqu'ils étaient ensemble à l'Académie ou au collège. »
Lettre de Guez de Balzac à Jean Chapelain, 3 octobre 1644 (Lettres, Paris : Imprimerie Nationale, 1873)  

TRANSGENRE, TRANS-GENRE

« À partir de 2006, le système fiscal néerlandais sera remis à plat, et c'est le service des impôts (Belastingdienst) qui centralise tous les systèmes d'aide, avec l'aide des employeurs: ceux-ci sont chargés d'envoyer, une seule fois, les informations qu'ils détiennent sur leur employés. La nouveauté, c'est que la catégorie du genre s'étend : l'employeur a le choix entre «homme», «femme», «incertain» et «inconnu». Il s'agit d'une révolution assez importante qui satisfera les transgenres résidant aux Pays-Bas. Le CBS, le bureau central des statistiques, pourra désormais savoir combien de personnes n'entrent pas dans les catégories « homme » ou « femme », dont le nombre était jusqu'alors estimé de façon approximative. »
Laurent Chambon, http://www.tetu.com , 1er septembre 2005

« La notion de genre, introduite en France par des folles à la fin du XXe siècle (glorieuse période des drag-queens) et revitalisée par le queer américain prend un chemin traditionnellement féministe où les questions homosexuelles et particulièrement masculines sont de nouveau mises sous le boisseau. Après avoir beaucoup participé à la popularisation de cette première mouture, Patrick Cardon, pour éviter tout malentendu et pour échapper définitivement aux nouvelles tentatives de réification, propose d’utiliser le terme et la notion universelle de trans-genre qui recouvrirait celles déconstructivistes de queer, de postcolonial, et d’études culturelles afin de donner intelligemment leurs places à TOUTES les diversités en dehors de tout binarisme et dans une prévision d’hybridité annoncée. […] J’utiliserai la graphie « transgenre » lorsqu’il s’agira de transgenre sexuel [???] et celle de « trans-genre » lorsqu’il s’agira de la notion plus large que j’essaie de défendre ici.» Patrick Cardon, 2009.

TRANSHOMOSEXUALITÉ

Forte attirance pour les homosexuels du sexe opposé (J. Corraze, 2000).

TRAVELO, TRA(NS)VESTI,  TRA(NS)VESTISME

« Bien qu’il puisse y avoir parfois des associations avec l’homosexualité, les travestis ne sont pas à mettre, d’ordinaire, parmi les homosexuels. »
« Les ambiguïtés sexuelles », Cahiers Laënnec, n° 2, juin 1962.

« Les homosexuels "efféminés", les "hypervirils", les pédérastes, les travestis,  etc (pour ne parler que des comportements des homosexuels du sexe masculin), doivent pouvoir faire entendre leurs revendications propres, par et avec les moyens du groupe.
Cependant, les revendications communes seront toujours placées au premier plan. »
Manifeste programme pour la libération des homosexuels, Paris, 1975.

« Parmi les 504 transvestis de Prince et Bentler, 1972, il n’y avait que 1 % d’homosexuels. »
Jacques Corraze, L’Homosexualité, PUF, 2000 (6e édition mise à jour).

« Travestisme : adoption, par certains sujets atteints d’inversion sexuelle, des vêtements et des habitudes sociales du sexe opposé. »
Petit Larousse, 1986.

TRICK

"Trick, c'est la rencontre qui n'a lieu qu'une fois : mieux qu'une drague, moins qu'un amour : une intensité, qui passe, sans regret."
Roland Barthes, Préface à Tricks, 1979.

« Il faut, pour qu'il y ait trick, que quelque chose se passe ; et précisément : du foutre, à parler sadien. »
Renaud Camus, Tricks, note liminaire, 1979.

« Le trick, s'il n'est pas consubstantiel de l'homosexualité, semble bien lui être, en revanche, dans une large mesure, spécifique, et s'y pratiquer, aujourd'hui encore, infiniment plus souvent que dans l'hétérosexualité. »
Renaud Camus, Tricks, note à la deuxième édition, 1982.

« On a plus d'exigence à l'égard d'un trick, qu'on ne reverra pas, que d'un éventuel objet d'amour, qui dès lors transcende les genres. »
Renaud Camus, Journal 1995, 2000.

TROU D’HONNEUR

Traduction proposée pour glory hole.
Amusante, la question de Jacques Fersen, « pourquoi mêler l’honneur au derrière ? » à cause de l’ambiguïté du mot « honneur », synonyme de « sexe masculin » dans la langue du libertinage érudit. Ce n’était pas forcément involontaire de la part de Fersen (cf l’entrée HOMO).

Dans les vers de La Fontaine, un « enfant d’honneur » est un garçon dont on fait un usage plus grec que chrétien.

Un « bras d’honneur », un « doigt d’honneur [digitus infamus] », on connaît. On a appelé « lieux d’honneur » ou « cabarets d’honneur » les bordels.

TRUQUEUR

Selon G. Esnault, ce terme argotique est apparu vers 1880 avec le sens de : prostitué (pratiquant éventuellement le chantage), ou faux libertin soutirant de l’argent. À rapprocher de faire le truc (se livrer à la prostitution) et de truqueuse (fille de joie).

« Truqueur. Individu du troisième sexe qui vit de son … industrie. » Alfred Delvau, Dictionnaire de la langue verte, supplément, 1883.

« [Vers 1887-1888] beaucoup de "truqueurs", autrement dits "tapettes", faisaient la retape dans la grande salle d’attente de la gare St Lazare, aux environs de cette gare, et aussi à l’hôtel Drouot. […] Il y avait, ces années dernières, une catégorie de "truqueurs" élégants, qui est presque entièrement disparue aujourd’hui. Ils se promenaient ensemble sur les grands boulevards, fort bien mis, s’appelaient entre eux "ma chère", etc. On en fit une rafle à la suite de laquelle ils disparurent peu à peu. » Hérelle.

« Trois petits truqueurs Olga, Titine et Gueule d’amour. »
Francis Carco, Jésus-la-Caille, 1ère partie, II.

« Lui c’est un homme, ce n’est pas un de ces efféminés comme on en rencontre tant aujourd’hui, qui ont l’air de petits truqueurs et qui mèneront peut-être demain à l’échafaud leurs innocentes victimes. (Je ne savais pas le sens de cette expression d’argot : « truqueur »…). »
Marcel Proust, Le Côté de Guermantes, I.

« Parmi les ravages exercés par le tabou homosexuel, Kinsey mentionne la floraison des « truqueurs » qui, après avoir trouvé leur plaisir dans des rapports sexuels avec des invertis, les font chanter et, au besoin, les assassinent, pour ensuite échapper à tout châtiment légal sous le prétexte fallacieux qu’ils se sont protégés eux-mêmes contre des « avances sexuelles indécentes » […] La police française est indulgente aux truqueurs et maîtres-chanteurs, quand elle ne les prend pas à son service. »
Daniel Guérin, Kinsey et la sexualité, 1955.

Max Fernet, alors directeur de la police judiciaire, a parlé de ces truqueurs « pour lesquels l’homosexualité de la victime constitue le motif déterminant de l’action » :

« Si les « truqueurs » sont parfois eux-mêmes homosexuels, il leur arrive cependant d’avoir, en dehors de leur « profession », une activité sexuelle parfaitement normale. Par contre, les victimes appartiennent toujours au monde des invertis.
Tantôt l’un des malfaiteurs se postera dans une vespasienne notoirement fréquentée par les homosexuels, servant d’ « appât » et au besoin provoquant la future victime. Si celle-ci, pensant avoir affaire à un « amateur », tente un geste qu’elle juge amical, le pseudo-éphèbe, appelant au secours, provoque l’intervention de ses complices qui se tenaient à proximité. Ceux-ci, sous prétexte de « porter secours », rossent l’inverti et lui dérobent son portefeuille. Tantôt le truqueur – qui agit seul – fait la connaissance d’un homosexuel qui l’emmène à son domicile, et fait main basse sur ce qu’il y trouve, après avoir molesté son « client ». »
« L’homosexualité et son influence sur la délinquance », Revue internationale de police criminelle, n° 124, janvier 1959.


En revanche, Cellard et Rey n’ont reconnu que le sens d'homosexuel prostitué.


Lettres U (sauf termes en URAN-) et V

Aucun commentaire: