dimanche 12 avril 2015

DFHM : termes en PÉD-

Extraits de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine.


PED

"Fils de ped", dit dans le téléfilm L'Instit, FR 2, 20 décembre 2000.

PÉDALE, PÉDALE QUI CRAQUE, PÉDALERIE

C’est vers 1930 que les dictionnaires d’argot commencent à enregistrer pédale.

« Pédale : pédérastie ; être de la pédale qui craque, être pédéraste. »
Jean Lacassagne, L’argot du "milieu", 1935.

« Ils connaissaient les tantes et les pédés par ce qu’en disait Théo, par ce qu’ils en disaient eux-mêmes, s’interpellant en riant, avec ces phrases : "Il en est, de la pédale qui craque !… Tu les prends en long, en large ou en travers ? Va te faire miser, eh ! Va voir chez tonton, tu gagneras mieux ta croûte !…" Mais ces expressions, vite lancées, ne leur représentaient rien de précis. »
Jean Genet, Querelle de Brest, 1947.

« Alors, jeune homme, vous vous êtes déjà laissé embobiner par cette vieille pédale de comte ? » Hervé Bazin, La Tête contre les murs, Paris : Grasset, 1949.

« L’amour avec la femme est œuvre qui plaît à Dieu. Tandis que l’amour avec les hommes, ce que, dans le langage maudit, on appelle : la pédérastie ou l’art de la pédale, est œuvre de Satan. »
Gabriel Pomerand, Considérations objectives sur la pédérastie, 1949.

« Qu’est-ce que c’est au juste qu’une tante ? lui demanda familièrement Zazie en vieille copine. Une pédale ? une lope ? un pédé ? un hormosessuel ? Y a des nuances ? »
Raymond Queneau, Zazie dans le métro, 1959, chap. XII.

« Le roi de la pédalerie lilloise »
Thomas Doustaly, rédacteur en chef de Têtu, à Marseille, le 30 septembre 2001.


« Il y avait surtout des veuves, et pas mal de veufs homosexuels, dont le compagnon plus fragile s’était envolé au paradis des pédales, les distinctions d'orientation sexuelle semblaient d'ailleurs s'être évaporées, dans ce bar à tapas manifestement plébiscité par les seniors pour y achever leur vie. » Michel Houellebecq, Sérotonine, Paris : Flammarion, 2019.

PD, PÉDÉ,  PÉDÉ COMME UN PHOQUE

Pédé, abréviation de pédéraste, fut signalé par Vidocq, Francisque Michel et Aristide Bruant. Le mot appartient à plusieurs argots, dont celui des voleurs de la fin du XIXe siècle :

« Le chantage "à l’adultère" vieillit tous les jours. En notre temps, on fait surtout chanter à l’aide de jeunes garçons. Le pédé se laisse prendre aux mignardises du chasseur. On l’entraîne dans un endroit écarté, et, à l’instant où il lâche la bride à ses passions, un tiers, toujours suivi d’un complice, intervient. »
Charles Perrier, Les Criminels, tome 1, 1900.

Selon Maurice Sachs (1906-1945), c’était vers 1930 un terme de l’argot des collégiens :

«  — C’est un pédé, me dit-il. (Et chaque âge, chaque classe ont comme cela leur façon particulière de désigner une même chose ou d’attribuer par des mots différents un même qualificatif : le collégien dit un pédé, quand le médecin dit un homosexuel, la femme : un anormal, le journaliste : un inverti, l’homme fort : une sale tante, le barman montmartrois : une folle, etc.) »
Alias, chapitre III, 1935.

Après la guerre, il est signalé dans l’argot des voyous et des petites filles :

« Qu’est-ce que c’est au juste qu’une tante ? lui demanda familièrement Zazie en vieille copine. Une pédale ? une lope ? un pédé ? un hormosessuel ? Y a des nuances ? »
Raymond Queneau, Zazie dans le métro, 1959, chap. XII.

« L’homosexualité feinte est corrélative de la délinquance prétendue. En même temps, le qualificatif de "pédé" rétablit l’équilibre du système sous-culturel ; l’homme normal selon la société adulte n’est aux yeux des voyous qu’un "pédé". […] Un pointé n’est pas un homme ; mais un gars qui trahit son copain pour une fille est moins qu’un homme ; et on n’hésite pas à le traiter de "pédé". »
Jean Monod, Les Barjots – Essai d’ethnologie des bandes de jeunes, 1968 ; voir II, 3, "Apprentis gangsters et pédés".

On trouve parfois l’écriture phonétique PD :

« En cette période de sexualité industrielle où chaque homme, du P. 1 au PDG, se croit tenu de taquiner le démon de midi à toute heure rien que pour affirmer sa virilité, jamais l’utilité du PD n’a été plus grande – pour les femmes, cela s’entend. »
Rita Kraus, « PD, mon ami », Crapouillot, août-septembre 1970 (n° spécial "Les pédérastes").

« Don Juan, vite dit. Mais il y en a plusieurs : l'homme qui aime la Femme et l'homme qui aime les femmes. (Il aime la Femme, comme le PD aime l'Homme.) »
Paul Morand, Journal inutile, 22 août 1974.

« Le lien entre homophobie et misogynie apparaît clairement dans certaines bandes de jeunes où le terme "pédé" ne désigne pas seulement l'homosexuel, mais aussi celui qui aime une femme et s'attache à elle. L'amour est alors perçu comme dévirilisant. »
Cl. Courouve, Les Homosexuels et les autres, Paris : Athanor, 1977.

« - Un gay, c'est ce que nous appelons une tante, un pédé, alors ?
Il éclata de rire, à ma grande mortification.
- Tante, pédé, tapette, ce sont les mots du placard.
- Nous avons aussi : homosexuel, dis-je, aussi dignement que j'ai pu.
- Le placard, encore le placard. »
Dominique Fernandez, L'Étoile rose, IV, Paris : Grasset, 1978.

"C'est qu'même si j'dev'nais pédé comme un phoque
Moi j's'rais jamais en cloque."
Renaud/Séchan, En cloque, 1980.

Quelque temps revendiqué par les militants homosexuels qui se sont attachés à lui faire perdre son caractère infamant, pédé a tendu, au début des années 1980, à disparaître au profit de gai ; mais on le rencontrait dans des annonces de rencontre telles que celles-ci :

« Mais où sont-ils donc ? les pédés de Goussainville [Val d’Oise] ? De mon HLM je vois passer de très beaux mecs. Comment les faire passer chez moi ? »
Gai Pied Hebdo, 1983.

« Quand tous les pédés seront out. »
Zoo, 1999.

« Sur le plan de la simple détermination psychologique, il existe déjà :
– L’homo en deça des femmes – ou pédé proustien –, garçon amoureux d’une mère le plus souvent abusive qui lui a rendu la femme à la fois intouchable et indispensable, au point de ne pouvoir l’atteindre qu’en l’incarnant partiellement.
– L’homo au delà des femmes – ou pédé grec du IVe siècle avant J.-C. – pour qui la femme devenue sans mystère (aux antipodes de la mère sacrée) n’incarne plus que cette ruse éventée par laquelle la nature le poussait à se reproduire […]
– Le gay, cet autre pédé issu des métiers de la communication et du tertiaire, qui tente (c’est le cas de le dire) depuis les années 80 de nous faire prendre l’homosexualité pour un type standard avec son look, sa culture et son vote. Tapettocentrisme arrogant et naïf […] »
Alain Soral, Abécédaire de la bêtise ambiante, Gay (1), 2002. http://alainsoral.free.fr/accueil.htm

« Le terme qui était péjoratif en la matière (et qui l'est encore pour certains) est "pédé", mais comme les noirs aux États-Unis avec le terme "nègre", les Lesbiennes, Gay, Bi et Trans, reprennent le terme "pédé" à leur propre compte afin de casser sa conotation péjorative. »
Cyril, Internet, mai 2003.

« Si je dois me définir sexuellement, j’emploierai de préférence le mot "homo". Je n’emploie pas le mot "pédé" ; parce que pour moi, employé de manière sérieuse, c’est péjoratif. »
Justin, cité par Emmanuel Ménard, Il n’est jamais trop tard pour parler d’homosexualité, chap. 3, 2002.

« Il fait pas bon être pédé
Quand t’es entouré d’enculés. »
Renaud/Séchan, Petit pédé, 2002.

« Le milieu pédé est plus vieux et moins prise de tête que le milieu pédé français. Bah, c'est clair qu'il vaut mieux avoir 50 balais à Miami que 35 à Paris.Les pédés ont l'air mieux organisé en bande que les pédés français. Il n'était pas rare de voir des bandes entières dans les restos tous âges confondus, ce qui est difficilement concevable à Paris, voire en France. »

« Depuis 2000, les différentes études sur les pratiques sexuelles des gays montrent clairement une recrudescence des pratiques à risque chez les pédés. […] près d’un pédé sur 10 a présenté une IST (Infection sexuellement transmissible) aux cours des 12 derniers mois. […] Plus aucun pédé ne parle de sida alors que la proportion de personnes séropositives qui fréquentent le milieu gay parisien est énorme. […] Il suffit de fréquenter un tant soit peu les bordels ou draguer sur le net pour se rendre compte que le noKpote s’est généralisé dans le milieu pédé.
"Bareback : FierEs d’en mettre", Action 94 [Act-Up], 15 juin 2004.

« Au départ GG n’était pas ciblé pédés, plutôt macho second degré : des bimbos, des bagnoles, un peu d’actualité militaire ; c’est vrai qu’au bout de six mois ils se sont aperçu qu’il y avait énormément de gays parmi les acheteurs, mais c’était une surprise, je ne crois pas qu’ils aient réussi à cerner exactement le phénomène. »
Michel Houellebecq, La Possibilité d’une île, DANIEL 1,2, Paris : Fayard, 2005.

Simone de Beauvoir (Les Mandarins, 1954), Raymond Queneau et Copi sont parmi les écrivains qui avaient placé pédé dans leurs romans, et, pour Copi, dans un titre (La Guerre des pédés, Paris : Albin Michel, 1982), et ceci sans aucune connotation péjorative. Cette connotation qui existe indéniablement dans l’emploi comme insulte s’est heureusement perdue dans une partie du milieu homosexuel.


" JUSTICE - Le tribunal de prud'hommes de Paris a estimé l'an dernier que l'insulte "PD" reçue par un employé coiffeur ne relevait pas d'un propos homophobe. Selon nos informations, le Défenseur des droits a été saisi par la victime.

La victime a décidé de demander appel de cette décision.
Non, ce n'est pas une blague. Le Conseil de Prud'hommes de Paris a rendu dernièrement un jugement pour le moins étonnant dans le cadre d'une affaire de licenciement abusif. Saisi par un ancien coiffeur dans un salon de la capitale, la juridiction a estimé "qu'en se plaçant dans le contexte de la coiffure, (...) le terme "PD" employé par la manager ne pouvait être retenu comme propos homophobe, car il est reconnu que les salons de coiffure emploient régulièrement des personnes homosexuelles, notamment dans les salons de coiffure féminins, sans que cela ne pose de problèmes."

Le Défenseur des droits saisi
Résultat : même si le licenciement abusif a bien été reconnu par le Conseil de Prud'hommes, il n'en est rien du critère de la discrimination homophobe. Selon nos informations, la victime, qui ne souhaite pas s'exprimer dans cette affaire, a fait appel et saisi le Défenseur des droits.

Contactée ce jeudi en fin de journée, l'institution confirme à metronews avoir été saisie dès le début de l'action en justice du salarié licencié. Et nous assure se représenter à nouveau aux côtés de la victime pour la procédure en appel. Le Conseil de prud'hommes de Paris, sollicité, n'a pas donné suite à notre appel. "


PÉDÉRASTE

Ce terme, ainsi que pédérastie, est en usage depuis plus de quatre siècles et ne semble pas près de disparaître. Mais il a été dès son apparition l’occasion d’un contresens ; Tabourot avait écrit, dans Les Bigarrures du seigneur des Accords (1584) que le poète latin Ausone s’était moqué, par des vers acrostiches, d’un « vilain pédant pédéraste » ; or dans les épigrammes 126 et 127, il s’agissait de cunnilingus hétérosexuel.

Le théologien franciscain J. Benedicti l’employa dans un sens inhabituel :

« Les philosophes qui n’ont point abusé de la loi naturelle ont fort détesté cette abomination [la sodomie], nonobstant quelque pédérastie qu’on veuille attribuer à Socrate, qui était vraiment pédéraste, c’est-à-dire amateur, non pas des corps, mais de l’esprit des enfants, pour les instruire à la vertu. »
J. Benedicti, La Somme des péchés, 1601.

« Parler de la douceur de la vengeance n’est pas assassiner son ennemi ; faire des vers de sodomie ne rend pas un homme coupable du fait ; poète et pédéraste sont deux qualités différentes.
Théophile de Viau, Apologie de Théophile, 1624.

« Serait-ce celui dont on m'a parlé d'une si étrange sorte, et qui était bourgeois de Sodome longtemps avant d'être capitaine dans Loudun [Vienne actuelle] ? C'est-à-dire que, sans aller à la guerre, il [Nicolas Vauquelin] sait faire tourner le dos aux hommes, et qu'il a appris il y a longtemps l'art de dompter et de subjuguer. Je sais cet horrible secret d'un jeune gentilhomme de mes amis, quo non formosior alter, et sur la  pudicité duquel ce frère a eu de très dangereux desseins, lorsqu'ils étaient ensemble à l'Académie ou au collège ; mais peut-être que c'est le frère chaste qui est votre ami et non le frère pédéraste ; Dieu le veuille ainsi pour l'honneur de votre amitié. »
Lettre de Guez de Balzac à Jean Chapelain, 3 octobre 1644 (Lettres, Imprimerie Nationale, 1873)  

« Ce sont là des discours de pédéraste, il faudrait que j’eusse bien perdu l’esprit pour approcher ma bouche de celle d’un petit efféminé. »
Lucien, Dialogue de Junon et de Jupiter, traduction par Perrot d’Ablancourt, 1654. Une note en marge précisait : « qui aime les garçons. »

« Des lettres particulières de Venise portent que Mocénigo, un des grands de cette République, ayant été atteint et convaincu du crime de sodomie, a été condamné à être mis dans un sac et jeté à la mer […] Cet événement n’a pas laissé que d’effrayer nos pédérastes de France, où ce vice devient de plus en plus en vogue. »
Mémoires secrets …, 1er novembre 1773.

« Ce vice, qui s’appelait autrefois le beau vice, parce qu’il n’était affecté qu’aux grands seigneurs, aux gens d’esprit ou aux Adonis, est devenu si à la mode qu’il n’est pas aujourd’hui d’ordre de l’État depuis les ducs jusqu’aux laquais et au peuple qui n’en soit infecté. Le commissaire Foucault, mort depuis peu, était chargé de cette partie et montrait à ses amis un gros livre où étaient inscrits tous les noms de pédérastes notés à la police ; il prétendait qu’il y en avait à Paris presque autant que de filles, c’est-à-dire environ 40 000. »
Mouffle d'Angerville, Mémoires secrets, tome 23, 13 octobre 1783.

« Sept cents pédérastes de tous les rangs ont été arrêtés depuis une année, et dernièrement on a surpris en flagrant délit un officier distingué, qui jouait un rôle bien étrange pour un homme de son rang et de son âge. »
Métra, Correspondance secrète, politique et littéraire, 15 septembre 1785.



« Les captures des pédérastes étaient très fréquentes sous M. Le Noir [lieutenant de police de 1776 à 1785], et donnaient beaucoup alors beaucoup d'occupation et de profit à celui qui en était chargé. Il y eut beaucoup de méprises et d'abus ; elle [la surveillance] est diminuée, et ces Messieurs s'adonnent librement à leur goût.
[…]
PÉDÉRASTIE, s. f. C'est la même chose que la sodomie.
  Nous n'entrerions dans aucune explication sur ce vice, si les soins de la police ne s'étaient étendus à en empêcher la propagation dans la société. On a pu voir au mot inspecteur (1), qu'il y avait ci-devant à Paris un département de la police, chargé particulièrement du soin de connaître et d'arrêter les pédérastes, dont en général le nombre est assez considérable dans la capitale.
  La police les distinguait en deux classes ; ceux qui se livrent à ce genre de prostitution, et ceux qui l'alimentent par leur goût pour cette dépravation monstrueuse.
  C'était sur la première classe, que portaient principalement les recherches de la police : les jeunes gens, qui la composaient, étaient tous ou à peu près tous inscrits sur les registres de l'inspecteur ; on tenait également note de ceux, aux plaisirs desquels ils servaient.
  La conduite de la police était assez prudente à cet égard, et de nature à empêcher la publicité du scandale. Ceux qui étaient connus pour pédérastes de la première ou de la seconde classe, n'étaient point inquiétés, tant que leur débauche était secrète ; mais lorsqu'il arrivait que les uns ou les autres raccrochaient publiquement, alors ils étaient arrêtés et conduits chez un commissaire. Comme les jeunes gens, qui se prostituaient à ce désordre n'étaient, comme ils ne sont encore en général, que des coiffeurs, des perruquiers, des jockeys, des domestiques sans condition, on les envoyait assez communément à Bicêtre, pour un, deux, trois ou six mois, suivant que le lieutenant de police en prononçait sur le rapport de l'inspecteur ou du commissaire. Quant à ceux avec qui on les trouvait, on en prenait le nom, et quelquefois on les rançonnait.
  La police tenait encore note des femmes du monde, qui se prostituent à la manière des pédérastes ; mais c'était l'inspecteur des filles, qui avait cette partie. Voyez le dictionnaire de JURISPRUDENCE et PROSTITUTION. »
Peuchet, Articles « Inspecteur » et « Pédérastie », Encyclopédie méthodique, tome 112 (Police et Municipalité), Panckouke, 1791 [BnF Z 8556].



"PÉDÉRASTE. s. masc. Celui qui est adonné à la pédérastie."
Dictionnaire de l'Académie française, 5e et 6e éditions, 1798, 1835.

« Que ne puis-je éviter de salir ma plume de l’infâme turpitude des pédérastes ! »
Fodéré, Traité de médecine légale, 1813, tome 4, § 1009, "Sodomie".

Les medecins-légistes concentrent leur attention sur la sodomisation, désignée par les expressions « pédérastie habituelle », « habitudes actives ou passives de pédérastie » ; il y a dans cette discipline médicale retour au sens qu’avait sodomie dans les docments judiciaires de l’Ancien Régime.

« Par les puissants effets des transmissions électromagnétiques, l'attrait d'une main étrangère augmente encore le trop dangereux attrait de ces sortes de manipulations, et l'on ne tarde point à se rendre mutuellement entre camarades de déplorables services : et voilà l'onanisme réciproque. L'habitude s'en enseigne, elle se propage dans les dortoirs, et se communique trop souvent à tout un collège.[...] Ces dangereux pédérastes des dortoirs possèdent je ne sais quel instinct merveilleux. »
Morel de Rubempré, La Pornologie, ou Histoire nouvelle, universelle et complète de la débauche, 1848.

« Un homme aussi sérieux [Félicien David], du reste, doit être calomnié. S’il est chaste, on le répute pédéraste, c’est la règle. – J’ai également eu dans un temps cette réputation. »
Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, 1er septembre 1852. C’est un retournement de la remarque de Molière, Dom Juan, V, 2 : « tous les vices à la mode passent pour vertu ».


« J’attends de minute en minute le papier timbré qui m’indiquera le jour où je dois aller m’asseoir – pour crime d’avoir écrit en français – sur le banc des filous et des pédérastes. »
Gustave Flaubert, lettre à son frère Achille, 16 janvier 1857 [à la veille de procès pour Madame Bovary]. L’hostilité de Proudhon avait moins d’excuses :

« Tout meurtre commis par un citoyen quelconque sur le pédéraste, dans le cas de flagrant délit, est excusable. Est réputé pédéraste le succube et l’incube. »
Carnets, septembre 1851.

« Saint-Victor lance quelque aphorisme de [Théophile] Gautier sur les pédérastes : "Quant à la façon de s’extraire cette humidité, c’est bien indifférent …". »
Edmond et Jules de Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 30 mai 1858.

Une commission spéciale de la police des mœurs ayant siégé à l’Hôtel de ville de Paris en 1879-1880, on lit dans les procès-verbaux : « l’agent Rabasse, chef de la brigade des pédérastes » (séance du 3 mars 1879). Le rapport présenté par le conseiller Fiaux en avril 1883 indique que « la pédérastie est fort pratiquée par certaines classes dirigeantes de notre société. En 1873, l’Administration a même institué une sous-brigade s’occupant exclusivement de la surveillance des pédérastes. »

« La toute dernière définition de pédéraste : c'est un homme qui s'amuse là où les autres s'emmerdent. »
Edmond de Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 10 février 1886.

"Chez les pédérastes, le mouchoir joue le rôle principal. C'est leur signe caractéristique, et tout de suite ils se reconnaissent ; sur le devant des effets il indique les actifs ; et lorsqu'il ressort des poches placées derrière le vêtement, il désigne les passifs."
G. Macé, Mes Lundis en prison, 1889.

« Malédiction sur ce [Paul] Verlaine, sur ce soulard, sur ce pédéraste, sur cet assassin, sur ce conard traversé de temps en temps par des peurs de l’enfer qui le font chier dans ses culottes, malédiction sur ce grand pervertisseur qui, par son talent, a fait école, dans la jeunesse lettrée, de tous les mauvais appétits, de tous les goûts antinaturels, de tout ce qui est dégoût et horreur !’
Edmond de Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 1er juillet 1893.

« Si nous invoquons la seule justice, il n'est point d'hésitation à connaître. Entre l'adultère et le pédéraste, c'est au second que doit échoir notre indulgence. Il lèse moins. »
Paul Adam (862-1920), "L'assaut malicieux", Revue blanche, 1895.

« Si le mot pédéraste ne désignait que des hommes amoureux d’enfants, il serait, de toute évidence, absolument impropre pour désigner des accouplements entre insectes mâles. Mais ce terme, comme beaucoup d’autres de notre langue, a changé, quant au sens, depuis sa formation. Actuellement, dans le langage scientifique, l’expression de pédéraste est réservée aux hommes qui introduisent leur pénis dans l’anus d’un autre homme et à ceux qui, dans cet accouplement hideux, jouent le rôle passif, quel que soit l’âge de l’individu actif ou passif. »
Henri Gadeau de Kerville, « Observations relatives à ma note intitulée PERVERSION SEXUELLE CHEZ DES COLÉOPTÈRES MÄLES », 1896.

"Lope : péderaste passif (argot parisien)."
Evariste Nougier, Dictionnaire d'argot, 1899-1900 (N. Gauvin, 1987)

« Comme dans la vie, où les réputations sont souvent fausses et où on met longtemps à connaître les gens, on verra dans le deuxième volume [de À la recherche du temps perdu] seulement que le vieux Monsieur n'est pas du tout l'amant de Mme Swann, mais un pédéraste. C'est un caractère que je crois assez neuf, le pédéraste viril, épris de virilité, détestant les jeunes gens efféminés, détestant à vrai dire tous les jeunes gens comme sont misogynes les hommes qui ont souffert par les femmes. Ce personnage est assez épars au milieu de parties absolument différentes pour que ce volume n'ait nullement un air de monographie spéciale comme le Lucien de Binet-Valmer [1910] par exemple (rien n'est du reste plus opposé à tous points de vue). De plus il n'y a pas une exposition crue. Et enfin vous pouvez penser que le point de vue métaphysique et moral prédomine dans l'œuvre. Mais enfin on voit ce vieux monsieur lever un concierge et entretenir un pianiste. J'aime mieux vous prévenir d'avance de tout ce qui pourrait vous décourager. »
Marcel Proust, Lettre à Gaston Gallimard, novembre 1912, Lettres à la NRF, Gallimard, 1932 (Cahiers Marcel Proust, n° 6).

Au XIXe siècle, et encore après la diffusion des termes de la série homo-, pédéraste et ses dérivés étaient d’un emploi courant, sinon exact. Dans Corydon, André Gide a plutôt employé homosexuel ou uraniste que pédéraste, mais dans des Feuillets écrits vers 1918, il avait tenté de promouvoir un retour à l’étymologie :

« J’appelle pédéraste celui qui, comme le mot l’indique, s’éprend des jeunes garçons »,

manifestant ainsi une divergence d’opinion avec Jean Cocteau :

« Idée burlesque de la pédérastie dans le monde. La pédérastie c’est la force qui aime la force. »
Cahier intime, 1936.

Gide développa sa distinction :
« Les pédérastes, dont je suis (pourquoi ne puis-je dire cela tout simplement, sans qu’aussitôt vous prétendiez voir, dans mon aveu, forfanterie ?), sont beaucoup plus rares, les sodomites beaucoup plus nombreux, que je ne pouvais croire d’abord. J’en parle d’après les confidences que j’ai reçues, et veux bien croire qu’en un autre temps et en un autre pays il n’en eût pas été de même. »Feuillets, vers 1918, Journal, Paris : Gallimard, collection Pléiade.
« Un pédéraste, une "tante", une "tapette", font partie du vocabulaire comique et de celui de l’indignation, tout comme "boche" pendant la guerre. De telles associations sont révélatrices : elles signifient que quelle que soit la valeur du jugement porté, cette valeur n’aura jamais l’occasion d’être appréciée, puisque le mot lui-même, l’appellation, entraîne automatiquement la sentence. »
Ramon Fernandez, André Gide, 1931.

"Le Curé avec les bonnes sœurs volages et les petits clercs pédérastes."
Céline, Bagatelles pour un massacre, La naissance d'une fée.

« Il est aisé, pour un pédéraste, de passer pour chaste aux yeux d’un hétérosexuel. Par contre, le vrai chaste est aisément soupçonné par l’homosexuel de n’être lui-même qu’un homosexuel qui se défend de l’être et se résiste, ou qui s’ignore. »
André Gide, Journal,  12 mars 1938.

« [Jean-Paul] Sartre, qui, dans La Nausée, avait grossièrement ridiculisé un humaniste sous les traits d’un répugnant vieillard pédéraste et verbeux […] »
Jean Kanapa, L’Existentialisme n’est pas un humanisme, 1947.

« Par pédéraste, on entend généralement l’homme qui recherche les éphèbes pour leur beauté. Ainsi la pédérastie relève-t-elle de l’esthétique, pas du tout de la clinique. Le pédéraste n’a rien d’anormal a priori. »
Marcel Jouhandeau, Corydon résumé et augmenté, 1951.

Pierre Kaufmann, « Sans préjudice de la réalité qu'ils connotent, et considérés simplement comme des types, l'Aristocrate, le Riche, le Juif, nous ont paru occuper dans le délire politique la place de l'absolu d'une jouissance refusée. Joignons-y encore le Pédéraste. Au cœur des luttes civiles entre Ligueurs et Protestants, par lesquelles s'inaugure le débat politique moderne, le Journal de L'Estoile a lumineusement désigné sa place. » (L'Inconscient du politique, Paris : PUF, 1979).

Selon George L. Mosse, " Les Juifs étaient parfois accusés d'être homosexuels. [...] L'image du Juif et celle du pédéraste, à la fin du [XIXe] siècle, se développaient en parallèle. " (L'Image de l'homme, L'invention de la virilité moderne, Abbeville : Tempo, 1997.


PÉDÉRASTERIE
« On l’accuse encore de pédérasterie. »Horace de Viel-Castel, Mémoires, 2 juillet 1853, au sujet du vice-amiral de La Susse.
PÉDÉRASTIE

On trouve pédérastie chez le philosophe français Jean Bodin (1530-1596), avec le sens de sodomisation entre hommes, ce que constitue un déplacement métonymique de la relation vers un des actes possibles :

« Et quand les Espagnols se firent maîtres des Iles Occidentales, ils trouvèrent aussi qu’on portait pendu au cou une image de pédérastie d’un pédicon et d’un cynède, pour contre-charme, qui était encore plus vilain […] Aussi ces peuples-là étaient fondus en sodomies et ordures détestables, et en toutes sortes de sorcelleries, et qui ont tous été exterminés par les Espagnols. Chacun sera d’accord que c’est une invention diabolique. »
Jean Bodin, La Démonomanie des sorciers, 1580, chap. « des moyens illicites », f° 145.

« Les philosophes qui n’ont point abusé de la loi naturelle ont fort détesté cette abomination [la sodomie], nonobstant quelque pédérastie qu’on veuille attribuer à Socrate, qui était vraiment pédéraste, c’est-à-dire amateur, non pas des corps, mais de l’esprit des enfants, pour les instruire à la vertu. »
J. Benedicti, La Somme des péchés, 1601.

En 1619, un critique du traité sur le mariage du jésuite espagnol Sanchez trouvait que la « charnalité de la pédérastie y est dépeinte en sa périphérie » plus précisément que chez Horace ou Martial (AntoineFusi, Le Franc-Archer de la vraie Église …)

Une polémique entre deux écrivains, Gilles Ménage et Adrien Baillet, éclaire l’histoire du mot. L’Italien Jean de La Case était supposé avoir écrit un poème licencieux que Baillet avait appelé, en 1686, « le poème de la pédérastie ou sodomie » ; Ménage avait réagi :

« On ajoute que Monseigneur de La Case soutenait dans ce livre que la pédérastie – c’est le mot dont se sert Mr Baillet – était une œuvre non seulement bonne mais divine ; qu’il le savait par expérience […] je dis que tout cela est faux ; et que Mr Baillet qui est un prêtre doit être bien déplaisant et bien honteux d’avoir ainsi diffamé un Archevêque. »
L’Anti-Baillet, 1688, tome 2, p. 93.

Dans un autre passage, Ménage utilisait amour des garçons, ce qui assure du sens ici donné à pédérastie. Tout au long du XVIIe siècle, ce terme a appartenu à la langue littéraire ; le Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle offre plusieurs emplois, notammant dans les articles sur le philosophe grec Chrysippe, sur Bathylle et sur Ganymède.

 « Un jour qu’on lui demandait si la pédérastie n’était pas un crime : " À Dieu ne plaise", répondit-elle, « que je condamne ce que Socrate a pratiqué. » À son sens, la pédérastie est louable ; mais cela est assez gaillard pour une pucelle. »
Tallemant des Réaux, Historiettes, « Mademoiselle de Gournay ». [Mlle de Gournay, 1565-1645, était une grande amie de Michel de Montaigne, et s’en disait la "fille d’alliance"]

Dans le Grand Vocabulaire Français, le terme recevait cette définition : « Passion, amour honteux entre des hommes. Voyez sodomie. » (Tome 21, 1772) ; formulation reprise par l’Académie en 1798 (voir ci-dessous).

« Que la pédérastie ait été en vogue en Amérique, avant l’arrrivée des Espagnols, cela ne me surprendrait pas : cette faute d’orthographe de la nature humaine est connue de toutes les nations, même plus de celles que nous appelons policées, que des Sauvages ; mais Mr de P[aw] aurait dû faire attention à une chose ; c’est qu’il n’y a guère que les tempéraments chauds, lubriques, et même vigoureux, qui soient dans ce cas ; heureusement pour la propagation de l’espèce, je ne crois pas que cette confrérie soit fort nombreuse dans l’un et l’autre hémisphère. »
La Douceur, De l’Amérique et des Américains, 1772.

« Des lettres particulières de Venise portent que Mocénigo, un des grands de cette République, ayant été atteint et convaincu du crime de sodomie, a été condamné à être mis dans un sac et jeté à la mer, au moment où il se disposait à remplir une palce importante dans une Cour étrangère, à laquelle il avait été nommé. Cette nouvelle a d’autant plus surpris que la pédérastie est fort à la mode en Italie, et s’y traite comme une gentillesse. »
Mémoires secrets …, 1er novembre 1773.

Chez Mirabeau et le marquis de Sade se trouve aussi ce sens général d’homosexualité masculine ; Mirabeau en avait remarqué le caractère universel : « La pédérastie a été connue sur tout le globe ; les voyageurs et les missionnaires en font foi. » (Erotika Biblion). Selon le marquis de Sade, « Toujours la pédérastie fut le vice des peuples guerriers. César [en réalité, Eusèbe de Césarée] nous apprend que les Gaulois y étaient extraordinairement adonnés. » (La Philosophie dans le boudoir).

"Il ne serait point question de la fouterie naturelle. On n'y occuperait ses forces et son temps qu'à soulager les ardeurs de la bougrerie, de la pédérastie et de la bardacherie."
Anonyme, Bordel apostolique …, 1790

« PÉDÉRASTIE, s. f. C’est la même chose que sodomie.
Nous n’entrerions dans aucune explication de ce vice si, les soins de la police ne s’étaient étendus à en empêcher la propagation dans la société. On a pu voir au mot inspecteur qu’il y avait ci-devant à Paris un département de la police, chargé particulièrement du soin de connaître et d’arrêter les pédérastes, dont en général le nombre est assez considérable dans la capitale. La police les distinguait en deux classes : ceux qui se livrent à ce genre de prostitution, et ceux qui l’alimentent par leur goût pour cette dépravation monstrueuse. C’était sur la première classe que portait principalement les recherches de la police : les jeunes gens qui la composaient étaient tous ou à peu près tous inscrits sur les registres de l’inspecteur ; on tenait également note de ceux aux plaisirs desquels ils servaient. »
Peuchet, Article « Pédérastie », in Encyclopédie méthodique, tome 112 (Police et Municipalité), Panckouke, 1791 [BnF Z 8556].
PÉDÉRASTIE. sub. fém. Passion, amour honteux entre les hommes. "Dictionnaire de l'Académie française, 5e éd., 1798.
" PÉDÉRASTIE. s. f. Vice contre nature. "
Dictionnaire de l'Académie française, 6e éd., 1835.
Littré donnait la même définition que l’Académie en 1835, circulaire puisque pour lui, « vice contre nature = pédérastie ». Seul Pierre Larousse a été explicite :
« Vice contre nature, amour honteux d’un homme pour un jeune homme, ou des hommes entre eux » (Grand Dictionnaire Universel).
La libéralisation pénale de 1791 n’a guère produit d’évolution lexicale. La surveillance policière continuait :
" Les rapports des agents de police sur la pédérastie sont d'une fréquence alarmante. "Rapport de Dupin au ministre de l'Intérieur, 25 septembre 1798.
Les bulletins de police adressés quotidiennement à l’Empereur par Fouché signalaient parfois des pédérastes qu’on ne pouvait poursuivre, faute de loi.
« M. Guyot a surpris, ces jours derniers, deux de ses élèves, âgés de 12 ans environ, qui s’enculaient à la porte du couvent ; l’un d’eux avait appris la chose d’un chrétien qui l’avait dépucelé moyennant la somme de vingt paras. Selon le supérieur, la pédérastie est ici excessive : "Grand excès d’hommes, mais pas de femmes ; des femmes, on n’en veut pas ". »Gustave Flaubert, Voyage d’Orient, 7 septembre 1850.
 « Le vice honteux, pour lequel la langue anglaise n’a pas de nom, nameless crime, a conservé dans la dénomination de pédérastie beaucoup de son origine antique, et la signification expressive qu’indique l’étymologie païdos érastes, pueri amator, l’amour des jeunes garçons. Il importe de s’en tenir aux termes de cette définition, et de réserver le mot plus général de sodomie pour les actes contre nature, considérés en eux-mêmes. [...] Je ne prétends pas faire comprendre ce qui est incompréhensible et pénétrer les causes de la pédérastie. Il est cependant permis de se demander s'il y a autre chose dans ce vice qu'une perversion morale. »
Ambroise Tardieu (1818-1879), Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs, 1857.

« Nous avons eu hier à dîner Sainte-Beuve, Gautier, Flaubert, Charles Edmond et Saint-Victor et Lagier. On a causé tribaderie et pédérastie transcendantales. »
Edmond et Jules de Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 14 février 1864.

"Le mot socratisme devint synonyme de celui de pédérastie."
Anonyme, L'Amour, 1868.

Le Dr Lacassagne laisse de côté les jeunes garçons pour ne retenir que le procédé : « ce mot est arrivé à désigner souvent un rapport contre nature entre un homme et un individu du même sexe, c’est-à-dire que l’on a pri dans ces sortes d’amour le procédé le plus fréquemment employé pour désigner la nature de ces relations. «  (article Pédérastie, Dictionnaire Encyclopédique des Sciences médicales, 1886).
« Le monde de la pédérastie constitue au milieu de la société un monde à part, – ajoutons et à l’envers, – fermé, inaccessible au profane, qui a son histoire, son organisation, sa langue, son personnel, sa hiérarchie, son recrutement, son enseignement, ses traditions, ses modes, sa tenue, ses procédés, sa criminalité, sa solidarité et sa psychologie ; par où il est démontré que ce monde-là ne se refuse rien. »
Julien Chevalier, "De l’inversion sexuelle aux points de vue clinique, anthropologique et médico-légal", Archives d’Anthropologie Criminelle, n° 31, 15 janvier 1891.
« Idée burlesque de la pédérastie dans le monde. La pédérastie c’est la force qui aime la force. Toute autre forme de pédérastie est ignoble – une erreur des sens – un vice de constitution – etc. »
Jean Cocteau, Cahier intime, 1936.

« très versé dans la pédérastie littéraire. »
A. Tabet, Rue de la marine, 1938, chapitre XXI.

« On ne saurait mieux, il me semble, dégager ce qui est particulier à la pédérastie qu’en la rapprochant de la gérontophilie. La grâce agit sans doute sur les premiers au même titre que le prestige dû à l’expérience de la vie sur les seconds. Souhaitons-leur de se rencontrer. »
Marcel Jouhandeau, Corydon résumé et augmenté, 1951.

Actuellement, ce mot, ainsi que celui de pédéraste, désignent aussi bien des relations avec des adolescents, conformément au sens grec d’ailleurs, car le παίς n’était pas un impubère, qu’avec des enfants. Selon Henri-Irénée Marrou, l'âge théorique de l'aimé était entre 15 et 18 ans (Histoire de l'éducation dans l'Antiquité, 1948) ; selon K. J. Dover, le pais dans une relation homosexuelle avait le plus souvent atteint l'âge adulte, d'après les peintures sur vases (Greek Homosexuality, 1978). Selon M. H. E. Meier enfin, l'âge ordinaire de l'aimé allait de 15 à 21 ans (traduction française de l'Histoire de l'amour grec, 1930)


PÉDÉRASTIQUE, adj.

« Ce n’est pas sur le vice pédérastique que Martial insiste, mais sur l’impuissance à laquelle ce vice réduit Bassus. »
A. J. B. Beau, Épigrammes sur Martial, 1843, tome 3.

« Une fois qu’il aura goûté à cette étrange volupté, il n’en voudra plus d’autre. La fureur pédérastique croît avec le temps et la satisfaction. Les plus terribles châtiments ne peuvent plus l’arrêter. Que l’homme veille donc sans relâche sur son cœur et ses sens ; qu’il dompte sa chair par le travail, l’étude, la méditation.»
Proudhon, Carnet n° 7, année 1849.

« Il n’y a pas de démarcation exacte entre l’amour honnête et juvénile, simple et légitime, et l’amour extra-naturel, pédérastique, tribadique, fantaisie de vieillard impuissant. »
Proudhon, Carnets, 1850.

« Le communisme, ce prétendu antidote de l’inégalité, que Platon oppose à la tyrannie et à la licence comme la véritable forme de la république ; le communisme, je puis le dire maintenant sans passer pour calomniateur, contient dans son principe les mêmes infamies. Par sa négation de la personnalité, de la propriété, de la famille, par son esprit d'Église et son dédain de la Justice, il tend à la confusion des sexes ; comme ses contraires, il est, au point de vue des relations amoureuses, fatalement pédérastique. »
Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), Amour et mariage, A. Lacroix, 1876 [1858], chapitre III, § XXVIII.
« J’ai remarqué, dans les gens en costume, un caractère pédérastique ; il y a beaucoup de couples [à l’Opéra] où je ne distinguais pas de la femme l’homme poudré, maquillé, efféminé, faisant beau cul. »Edmond et Jules de Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 13 décembre 1862. 
« Assurez-vous toutefois, auparavant, qu’il [Emmanuel des Essarts] ne fait partie d’aucune police, ce que pourraient faire soupçonner ses habitudes pédérastiques. »E. et J. de Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 8 janvier 1864.
Delvau : " GARDE NATIONALE (Être de la). Avoir des habitudes pédérastiques.
Il s’approche, je crois qu’il en veut à ma montre que je m’empresse de préserver ; il s’approche davantage, avance sournoisement la main vers l’objet chéri des dames : je vis qu’il était de la garde nationale, et alors…

J. Le VALLOIS. "
Alfred Delvau, Dictionnaire érotique moderne, 1864 ; n
ouvelle édition, Bâle : imprimerie de Karl Schmidt, 1874, revue, corrigée et augmentée.

« N’était-il pas, il y a peu d’années, un très haut personnage étranger si imbu de l’idée pédérastique, qu’il fallait le faire accompagner, en ses sorties de nuit, par deux agents en bourgeois ? »
Pierre Delcourt, Le Vice à Paris, Paris : A. Piaget, 1888.

« Je me trouve arrêté page 478 [du n° avril 1914 de la Nouvelle Revue Française] par un passage pédérastique, qui éclaire pour moi d'un jour sinistre certains ouvrages précédents de notre ami [André Gide]. Faut-il donc décidément me résigner à croire, ce que je me suis toujours refusé à faire jusqu'à présent, que lui-même soit un participant de ces mœurs affreuses ? »
Paul Claudel, lettre à Jacques Rivière, 2 mars 1914.

Le 17 mars 1929, Paul Claudel écrit dans une lettre à un de ses avocats :
« Je voudrais quitter la NRF. (…). Je voudrais maintenant quitter la maison d’édition. Je n’ai pour Gallimard ni estime ni sympathie. De plus sa maison a pris un caractère nettement pornographique. Après les ordures pédérastiques de Gide et de Proust et des surréalistes, il édite maintenant des œuvres comme Belle-de-Jour qui sont exactement l’équivalent de La Garçonne (…). Depuis la NRF s’est spécialisée dans les publications pornographiques et se sert ainsi de moi comme couverture à son industrie criminelle. »

« le crime pédérastique aujourd’hui ne paie plus. »
Georges Brassens, Les Trompettes de la renommée, 1962.

« Comité d’Action Pédérastique Révolutionnaire » (Sorbonne, mai 1968).

" sentiments pédérastiques "
Éric Marty, Journal complet d'André Gide, Paris : Gallimard, 1996, collection "Bibliothèque de la Pléiade", page 1601.

PÉDÉRO

« Pédéro : sodomiste. » 

Anonyme [Pierre Joigneaux ?], L’Intérieur des prisons, 1846.

PÉDÉSEXUEL

« Quant aux deux adopteurs présomptifs, un demi-frère et une demi-sœur, l’un est "pédésexuel" et l’autre ophtalmologue ! »
François Mathieu, L’Humanité, 11 janvier 2001. [Critique : de Marie-Aude Murail, Oh, boy !, L’École des loisirs.]

On  trouve maintenant sur Internet pédésexuel, pédesexuel du cul, pédésexuel du zizi, sur le modèle de gaysexual ou homofag en anglais.

PÉDETTE

« Les limites de la queer theory.
Au total, si ce mouvement peut apparaître sympathique, anarchistes, nous nous contentons pas d’être queer. On ne fait pas sauter les catégories homme-femme par le simple fait d’adopter de nouveaux modes de vie, de se construire soi-même de nouvelles identités (gouin ou pédette par exemple). »
Guillaume. — groupe Durruti (Lyon), « Les anarchistes seraient-ils queer sans le savoir ? » Le Monde Libertaire, n° 1210, juin 2000.

PÉDICATEUR

"Ce que les prédicateurs et pédicateurs lui reprochent [au roi de France Henri IV] de l'amour des femmes : je m'assure que la plupart de la compagnie, et principalement monsieur le lieutenant, ne saurait lui faire ce reproche sans rougir."
La Satire Ménippée, 1594 ; édition Lemerre, 1877, tome I, p. 194.

Le terme fut relevé par l’édition 1771 du Dictionnaire de Trévoux.

"Il s'est dit quelques fois pour pédéraste".
Complément du Dictionnaire de l'Académie française.

Dr L. Reuss, 1886.

En russe, педикатор signifie homosexuel actif (François Le Guévellou, Dictionnaire des gros mots russes, Paris : L'Harmattan, 2002)

PÉDICATION

"vétérans de la pédication"
A. Tabet, Rue de la marine, 1938, chapitre XXI.

PÉDICON

« Et quand les Espagnols se firent maîtres des Iles Occidentales, ils trouvèrent aussi qu’on portait pendu au cou une image de pédérastie d’un pédicon et d’un cynède, pour contre-charme, qui était encore plus vilain […] Aussi ces peuples-là étaient fondus en sodomies et ordures détestables, et en toutes sortes de sorcelleries, et qui ont tous été exterminés par les Espagnols. Chacun sera d’accord que c’est une invention diabolique. »
La Démonomanie des sorciers, 1580, chap. « des moyens illicites », f° 145.

PÉDOPHILE

« Selon la nature de leur désir sexuel, nous avons classé les homosexuels en trois groupes : les éphébophiles, attirés par les adolescents de quinze à vingt-deux ans ; les androphiles, qui s'intéressent aux hommes de vingt à cinquante ans ; les gérontophiles, qui aiment les hommes mûrs et les vieillards. Par la suite ce classement a été modifié parce que les éphébophiles et les androphiles constituent les groupes principaux, tandis que les gérontophiles et les pédophiles (ceux qui aiment les hommes mûrs et ceux qui cherchent les enfants non pubères) forment deux groupes supplémentaires. »
Magnus Hirschfeld (1868-1935), Anomalies et perversions sexuelles, 1957.

"Au point de vue psychanalytique, il existe une différence considérable entre le pédophile qui cherche des aventures avec les jeunes impubères et l'homosexuel qui pratique son homosexualité avec des adolescents déjà pubères, même plus que pubères."
Dr Marcel Eck, "L'homosexualité", exposé aux Journées nationales de l'U. N. A. P. E. L., 7 et 8 juin 1975.

« Par pédérastie, j’entends l’amour des moins de seize ans de l’un et l’autre sexe. J’emploie aussi, à l’occasion, le mot pédophile, mais son côté pharmaceutique me déplaît : c’est un mot qui sent le camphre, voire le bromure. »
Gabriel Matzneff, Les Passions schismatiques, Paris : Stock, 1977.

« Mgr Pierre Pican, 66 ans, nommé évêque coadjuteur de Bayeux en 1988, est renvoyé devant le tribunal correctionnel [...] pour "non dénonciation d'atteintes sexuelles et de mauvais traitements sur mineurs de 15 ans". Il avait été mis en examen en janvier 2000 à la suite du dépôt de plaintes de plusieurs familles de victimes de l'abbé Bissey, qui estiment qu'en tant que supérieur hiérarchique, il connaissait les agissements de l'abbé et n'a jamais cherché à les faire cesser. Mgr Pican avait été cité comme témoin, lors du procès de l'abbé pédophile, à l'automne dernier. »
A. F. P, 22 février 2001.


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