dimanche 12 avril 2015

DFHM : G - G à guèbre (sauf GENRE)

Extrait de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine.
Pour genre, voir GENRE


G

Abbéviation de « gay », notamment dans les guides de lieux tels que l’Agenda du mensuel Têtu. Mais cette mention devient rare, la mention GF (gay friendly) étant de plus en plus fréquente.

GAI cf GAY

GALOUBET

"Galoubet : pédéraste actif (argot marseillais)."
Evariste Nougier, Dictionnaire d’argot, N. Gauvin, 1987 [1899-1900].

Le mot désigne aussi un instrument de musique provencale, une petite flûte à bec.

GANIMÈDE, GANYMÈDE

Satellite de la planète Jupiter ; nom propre dans une pièce de Shakespeare, As you like it (I, 3).

En latin, le mot est présent dans la littérature du XIIe siècle, avec l’adjectif qui en dérive. Le nom de ce héros de la mythologie grecque, aimé de Jupiter (Homère, Illiade, V), a été utilisé comme nom commun, surtout du XVIe au XVIIIe siècle, pour désigner un jeune homme digne d’être aimé par un autre homme. Il s’agit donc d’un sens voisin de celui de bardache ou de giton, plus noble toutefois car moins souvent appliqué aux prostitués.  Joachim Du Bellay s’est servi du terme pour dénoncer une régression du christianisme au paganisme lorsque le garçon aimé du pape Jules III (1487-1550-1555) était devenu cardinal de Simia à l’âge de 17 ans :

« […] voir un estaffier, un enfant, une bête,
Un forfant, un poltron, cardinal devenir,
Et pour avoir bien su un singe entretenir
Un Ganymède avoir le rouge sur la tête !
[…]
Ces miracles (Morel) ne se font point qu’à Rome. »
Les Regrets, sonnet 105.
« Du Jupiter céleste un Ganymède on vante,
Le Jupiter toscan en a plus de cinquante »
Les Regrets, sonnet 106.

Autre stigmatisation des vices des papes :

« Le saint champ du seigneur est plein de parasites,
Et l’autel précieux ne sert qu’aux sodomites ;
Bref, les temples à saints usages ordonnés
Par ces ganymèdes bougrins sont profanés. »
Épigramme rapportée par Henri Estienne, Apologie pour Hérodote …, chapitre 39.

« Et ne se sont contentés ceux qui ont défendu le mariage aux autres, d’user de la liberté de Jupiter en tels mariages incestueux, mais ont voulu à l’exemple de celui-ci avoir aussi leurs ganymèdes. Il est vrai aussi que les uns ont eu des grands ganymèdes, les autres des petits. »
Henri Estienne, Apologie …, chapitre 39

Un peu plus tard (en 1597), on rencontre des récriminations contre le relâchement de la morale dans une pièce de théâtre du florentin  Pierre de L’Arivey :

« Aujourd’hui on rejette les saints admonestements des sages pour prêter l’oreille aux sots propos des maquereaux, flatteurs et ganymèdes. »
Le Laquais, acte II, sc. 5. 

La crainte de la mauvaise réputation s’était exprimée dans cette Satire contre un courtisan à barbe rasée :

« De peur d’être surnommé
Un ganymède, un parfumé,
Et que votre barbe soit dite
La barbe d’un hermaphrodite. »
Cabinet satirique, 1618.

  La publication en 1654 de la traduction par Perrot d’Ablancourt des œuvres de Lucien, parmi lesquelles un Dialogue de Jupiter et de Ganymède, a entretenu la référence mythologique. Quant au nouvel Olympe italien, dont Saint-Amant disait dans La Rome ridicule (1643) que les ganymèdes y supplantaient les dames, il n’a sans doute jamais été aussi violemment attaqué que dans Le Putanisme de Rome :

« C’est là la plus grande mortification qui pût arriver à des Siennois, que d‘être privés de petits garçons, et de se voir obligés de vivre avec un sexe qu’une inclination étrange leur fait si fort abhorrer […] On voit tant de Ganymèdes à la Cour, et si peu de neveux [du pape Alexandre VII] au bordel […] Ils accablent de gabelles les pauvres putains, les obligeant de payer jusqu’à la confession de leurs péchés propres ; et de l’argent qui en provient, ils fondent des séminaires de garçons. »

Le mot finit par passer dans les dictionnaires :

« Ganymède : Bardache. C’est son ganymède.
Furetière, Dictionnaire Universel, 1690.

« Ganymède : Pour Bardache, jeune garçon qui donne du plaisir, qui laisse commettre le péché de sodomie sur soi. »
Ph. J. Le Roux, Dictionnaire comique …, 1718.

Cette dernière définition est plutôt libertine, sans doute inspirée par l’ambiance de la Régence. Mathieu Marais nous apprend que l’Olympe est transporté à la Cour :

« Le propre jour que le maréchal de Villeroy est venu à Versailles, on a découvert que le jeune duc de La Trémouille, premier gentilhomme du Roi, lui servait plus que de gentilhomme, et avait fait de son maître son Ganymède. Ce secret amour est bientôt devenu public, et l’on a envoyé le duc à l’Académie avec son gouverneur pour apprendre à régler ses mœurs. Le Roi a dit que c’était bien fait. Voilà donc le tour des mignons et l’usage de la Cour de Henri III. »
Journal et Mémoires, tome 3, 27 juin 1724.

« Leurs discours ressemblent à leurs mœurs, ils ont un langage à part ; plein d’affèterie, ils s’appellent entre eux Frères, Gitons et Ganimèdes. Ces noms bizarres sont leurs noms d’amitié. »
Histoire du prince Apprius, 1728.

Voltaire a bien sûr utilisé ce terme :

« Épiphane a écrit qu’un préfet d’Alexandrie lui avait donné [à Origène] l’alternative, de servir de Ganymède à un Éthiopien, ou de sacrifier aux dieux, et qu’il avait sacrifié pour n’être point sodomisé par un vilain Éthiopien. »
Examen de Milord Bolingbroke, XXV, 1736.

« Les Sodomistes pensaient apparemment comme un grand seigneur moderne. Un valet de chambre de confiance lui fit observer que du côté qu’il préférait, ses maîtresses étaient conformées comme des ganymèdes, qu’on ne pouvait trouver au poids de l’or ; qu’il pouvait … des femmes. "Des femmes, s’écria le maître ; eh ! c’est comme si tu me servais un gigot sans manche !" »
H. G. Mirabeau, Erotika Biblion, 1783.

Son ami Frédéric II aussi :

« Si le profane enfin ne vous suffit,
Par le sacré dirigeons notre attaque ;
Ce bon saint Jean, que pensez-vous qu’il fit,
Pour que Jésus le jetât sur son lit ?
Sentez-vous pas qu’il fut son Ganymède ? »
Le Palladion, Œuvres posthumes, Supplément, tome 12, 1789.

Une épigramme attribuée à Mérard de Saint-Just trouve ici sa place :

« Un sectateur de l’art du Titien,
Un jour pria le jeune et frais Rozelle
De vouloir bien lui servir de modèle
Pour, sur le nu, peindre un saint Sébastien ;
Il y consent. L’œil en feu, le vit raide,
Le peintre admire, et les trouvant si beau,
En fait soudain un nouveau Ganymède. »

« On vit le marquis de Villette faire de la parente de Voltaire, de cette moderne Vénus, un jeune et joli Ganymède. »
Les Enfants de Sodome à l’Assemblée Nationale, 1790.

"Les Andrins, en petit nombre, étaient ceux qui, ne faisant cas d'aucun charme féminin, ne fêtaient que des Ganymèdes."
Andréa de Nerciat, Les Aphrodites, "L'Oeil du maître", 1793.

Robespierre avait logé pendant plusieurs années chez la famille Duplay ; après le 9 Thermidor, lorsque le fils Duplay  fut conduit à la prison Sainte-Pélagie, un des prisonniers aurait annoncé l’arrivée du « Ganymède de Robespierre » (d’après Xavier Mayne [E. Stevenson], The Intersexes, 1910).

L’usage du mot s’est perdu au XIXe siècle, l’argot des prisons prenant, et c’est dommage, la place de la culture antique, comme le montre ces définitions du Dictionnaire érotique de Delvau : « Ganymède : ce que les Parisiens appellent une tante. » (1864).
« Ganymède : ce que l’on nommait anciennement un giton et que les Parisiens appellent une tante. » (2e édition).

On trouve cependant quelques emplois dans les années 1930 :

« Roger [Martin du Gard] commence à comprendre qu’il n’avait peut-être pas raison d’affirmer qu’il n’est pas un homme, si peu porté qu’il soit vers Sodome, qui puisse rester insensible à l’attrait d’un Ganymède. Il doit se pesuader pourtant que certains restent à cet égard d’une cécité complète. »
André Gide, Journal, 4 octobre 1931.

En 1934, le roman attribué à Oscar Wilde, Télény, fut imprimé à 300 exemplaires « pour les membres du Ganymède Club de Paris » ; on ignore encore si un tel club a réellement existé.

GANYMÉDIEN

« mol troupeau
De faces ganymédiennes
Et d’âmes épicuriennes,
Qui ne sont que pesant fardeau
Et faix inutile à la France »
Vertus et propriétés des mignons, 1576.

L’homosexualité est ici honnie par le peuple pour avoir cumulé pouvoir et jouissance.

GANIMÉDISER, GANYMÉDISER

« Culices pati. Se laisser Ganymédiser. »
« Entesypathia, ae, s. Ce qui se passe dans celui qui se laisse Ganymédiser ; ce que souffre un successeur de Ganymède. »
Blondeau et Noël, Dictionarium Eroticum Latino-Gallicum, 1885.

GARÇON

« S’est trouvé nation où, pour endormir la concupiscence de ceux qui venaient à la dévotion, on tenait aux églises des garces et des garçons à jouir, et était acte de cérémonies de s’en servir avant venir à l’office. »
Montaigne, Essais, III, v, 858.

« L'on ne me voit point rire aux farces,
Je n'aime ni bals ni chansons,
Foutre des culs et des garçons,
Maugrébieu, des cons et des garces. »
Théophile de Viau, Satire.

« Bougre à chèvres, bougre à garçons,
Bougre de toutes les façons. »
La Mazarinade, 1651 ; réédité en 1867 sous le titre La Pure vérité cachée.

« L'adultère et l'amour des garçons seront permis chez beaucoup de nations : mais vous n'en trouverez aucune dans laquelle il soit permis de manquer à sa parole ; parce que la société peut bien subsister entre des adultères et des garçons qui s'aiment, mais non pas entre des gens qui se feraient une gloire de se tromper les uns les autres. »
Voltaire, Traité de Métaphysique, 1735, chapitre IX.

« [Pape Braschi] : Le meurtre est, en un mot, une passion, comme le jeu, le vin, les garçons et les femmes. »
Marquis de Sade, Histoire de Juliette, 4e partie [1798], Paris : Gallimard, 1998, édition Michel Delon.

« Les amants de cœur s’appellent entre eux des garçons, surtout quand ils vivent avec des complaisants, sans doute pour se distinguer de leur moitié. »
Confession d’Arthur W., dans H. Legludic, Attentats aux mœurs, 1896.

« le garçon de votre fils »
Athman, signant une lettre à la mère d’André Gide.

« Nous en voyons d’autres qui, malgré toutes les sollicitations du beau sexe, les injonctions, les prescriptions, le péril, demeurent irrésistiblement attirés par les garçons. »
André Gide, Corydon, III, v.

En russe, мальчик (Le Guévellou, 2002).

GARÇON-FILLE

« Un garçon-fille, un coq à culs »
La Miliade.

GARÇONNERIE

« jeunes garçonneries partagées au lieu de rester … solitaires. »
Paul Verlaine, Confessions (1895), Première partie, XIII.

GAY, GAI, GAYMENT

  Les abonnés de la revue Arcadie (1954-1982) s'appelaient eux-mêmes arcadiens [voir l'article de Michel Foucault dans Libération, 1982]. Depuis de nombreuses années, des homosexuels français se sont nommés gais, utilisant l'américanisme canadien qui dérive de gay. En janvier 1978, un journal s'était intitulé Gaie Presse ; Gai Pied, mensuel puis hebdo, a paru de 1979 à 1992 ; une radio privée parisienne, devenue FG, s'appelait Fréquence Gaie.
Dans La Société invertie (Ottawa : Flammarion, 1979), A. E. Dreuilhe écrivait que "les universitaires gais ont trouvé dans l'étymologie du terme gay des racines françaises et anglaises qui justifient son adoption." À la fin du XVIe siècle, un poète français décrivait ainsi son préféré :

« Par lui seul seulement gayment je puis revivre.
Mon mignon sera donc d'un poil blond brunissant,
[...]
Je ne le veux mignard ni fardé nullement.
Un homme féminin ne plaît aucunement,
Il n'est point valeureux en ce que je souhaite.
[...]
Oserai-je oublier ce que je veux surtout,
Le fregon de mon four, bâton qui n'a qu'un bout,
[...]
Ainsi mon favori gay m'entretiendra,
Je ne désire pas que l'on cueuille mon fruit,
Comme un peuple ignorant dedans l'ombreuse nuit,
Ni comme un courtisan tout à la dérobée. »
Oeuvres poétiques du capitaine Laphrise, "Stances de la délice d'amour", 1597.

« Leurs beaux ébats sont grands et gais. »
Verlaine, Parallèlement, "Ces passions …"; première publication dans La Cravache parisienne, 2 février 1889, sous le titre Parallèlement..

En France comme en Belgique, au Canada et en Suisse, on parle maintenant de communauté gaie ou gay ; l'usage du mot comme adjectif ou substantif, génétalement écrit gay, est largement répandu.

" - Gai, ça veut dire gai. Et puis ?
J'étais sur la défensive.
- Non, man. Gai, ça veut dire en plus : gay.
- Un gay, c'est ce que nous appelons une tante, un pédé, alors ?
Il éclata de rire, à ma grande mortification.
- Tante, pédé, tapette, ce sont les mots du placard."
Dominique Fernandez, L'Étoile rose, IV, 1978.

"Les homosexuels sont "gay". Ce mot à double paternité franco-anglaise est présent dans presque toutes les langues ; un adjectif qui, en peu de temps, est devenu adulte, qu'on emploie aussi comme substantif car il souligne cette volonté d'en finir avec les connotations médicales du mot "homosexualité".
Gilles Barbedette/Michel Carassou, Paris Gay 1925, Presses de la Renaissance, 1981.

 « Quelle est une des revendications principales du mouvement gay contemporain, sinon de servir de levier révolutionnaire et de préparer un bouleversement radical de la société? »
Dominique Fernandez, préface à la réédition de Carlier, La Prostitution antiphysique, Le Sycomore, 1981.

Le Grand Robert, édition 1985, définissait gai par "homosexuel", et gay par "relatif à l'homosexualité masculine, aux homosexuels."

"Gay Loisirs Var (14, rue Garibaldi à Toulon) expose toujours les clichés de l'artiste photographe toulonnais Marc Rémy, jusqu'au 24 janvier."
Gai Pied Hebdo, n° 153, 19 janvier 1985.

"ACTU-GAYS. Claude Courouve parle de son livre « Vocabulaire de l'homosexualité masculine » . Demain 21h30, entrée libre, 40 rue Amelot, Paris 11°."
Libération, 7 février 1985, p. 29.

"Soumis au chantage de militants gays, deux prélats de l'Eglise anglicane avouent leur homosexualité."
Le Monde, 23 mars 1995.

"Une société dominée par la culture 'gay' est vouée à une mort prochaine."
Guy Coq, "Le contresens du contrat d'union sociale", Libération, 1et juillet 1997.

"Les backrooms, lieux de rencontres sexuelles, situés à l'étage ou en sous-sol de certains établissements de nuit gays, se sont multipliés ces dernières années, notamment dans la capitale, qui en compte une cinquantaine. Parfois plongées dans le noir, ces pièces ou ces cabines sont le théâtre de rencontres furtives, anonymes et de pratiques sexuelles totalement débridées."
Sandrine Blanchard, "Dans les backrooms, la vigilance à l'égard du sida recule", Le Monde, 21 novembre 2000.

« Si je dois me définir sexuellement, j’emploierai de préférence le mot "homo". Je n’emploie pas le mot "pédé" ; parce que pour moi, employé de manière sérieuse, c’est péjoratif. […] Je ne dirais pas "gay" non plus, car pour moi c’est vraiment synonyme du Milieu, de quelqu’un qui sort, qui va en boîte, et cela ne me correspond pas. »
Justin, cité par Emmanuel Ménard, Il n’est jamais trop tard pour parler d’homosexualité, chap. 3, 2002.

« Gay n’est pas synonyme d’homosexuel. Un nouveau terme n’apparaît jamais par hasard, il correspond toujours à une nouveauté ; en l’occurrence pour le gay, cette frange homosexuelle de la nouvelle bourgeoisie du commerce et des services qui finit, entre autres, de virer du nord-est de Paris les quelques pauvres que Chirac y avait laissés. »
Alain Soral, Abécédaire de la bêtise ambiante, Gay (2), Paris : Éditions Blanche, 2002.

« Au départ GG n’était pas ciblé pédés, plutôt macho second degré : des bimbos, des bagnoles, un peu d’actualité militaire ; c’est vrai qu’au bout de six mois ils se sont aperçu qu’il y avait énormément de gays parmi les acheteurs, mais c’était une surprise, je ne crois pas qu’ils aient réussi à cerner exactement le phénomène. »
Michel Houellebecq, La Possibilité d’une île, DANIEL 1,2, Paris : Fayard, 2005.

« Didier Godard, des sodomites aux gays. »
Philippe-Jean Catinchi, Le Monde, 26 août 2005 [Critique de l’ouvrage de Didier Godard L'Amour philosophique. L'homosexualité masculine au siècle des Lumières (Béziers : H & O, 2005).

« Le deuxième concours de nouvelles contre l'homophobie est ouvert. Comme l'an passé, à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre l'homophobie qui aura lieu le 17 mai prochain, le président du Comité IDAHO (International Day Against Homophobia), Louis-Georges Tin, et Têtu lancent un concours de nouvelles autour de la question de l'homophobie. Il est ouvert à tous, jeunes, moins jeunes, trans, bi, gays, lesbiennes, hétéros. »
http://www.tetu.com , 7 mars 2006.

Gay pride week, gay pride : surtout années 1980-1990.

L’anglais gay, d’abord utilisé dans le sens de "libertin" (gay life = vie de plaisir, dolce vita), a pris un sens homosexuel à la fin des sixties dans la langue courante ; mais le mot était déjà utilisé depuis plusieurs décennies par le milieu homosexuel américain. Gay est parfois opposé à straight (normal, hétéro, sans détour) ; en français, le mot n’a pas encore d’opposé qui soit l’équivalent d’hétéro, et il entre par là dans la série des termes particularistes, tels uraniste, arcadien, achrien ou queer, pour ne citer que les plus récents. Cependant, sur le modèle de non-juif, non-gay commence à apparaître.

L’expression « gayment correct », sur le modèle de « politiquement correct », est apparue à la fin du XXe siècle.

Transposition en russe : гей.

GAYKITSCHCAMP

« GayKitschCamp Centre Européen de Recherches, d¹Études et de Documentation sur les Homosexualités. Association loi 1901 soutenue par le Conseil Régional,  le Conseil Général, la DDASS, la DRAC, la Ville de Lille »
E-mail reçu le 24 mars 2003.

« GayKitschCamp et la Fierté Gay, Lesbienne, Bisexuelle et Transgenre préparent activement la Lesbian & Gay Pride de Lille (défilé et village des associations le 7 juin suivi d'une semaine culturelle du 8 au 14). Un visuel de pré-campagne sera affiché de fin mars à début avril sur les panneaux Decaux de Lille et de Roubaix sur le thème "homophobie : tolérance zéro".
infoline : 03 20 06 33 91 / mail gkc@gaykitschcamp.com »
E-mail reçu le 24 mars 2003.

GAY FRIENDLY

«  500 000, excusez du peu, badauds gay friendly compris, familles hétéroparentales avec enfants incluses, et toutes les tribus gay ou presque aussi. »
Delanoë Pride, Illico, 12 juillet 2001.

GAYPHOBE, GAYPHOBIE

« La gayphobie est une variante de l’homophobie : ce qui dérange le gayphobe, c’est la sexualité du gay, rien d’autre. Pour être tout à fait clair, c’est que ce soit un pédé. »
Julien Picquart, Pour en finir avec l’homophobie, Paris : Léo Scheer, 2005, 1ère partie, chap. 3.

GAY PRIDE

Abréviation de gay pride week [semaine de la fièrté homo], semaine sainte des homosexuels, en souvenir des manifestations de New York en juin 1969.

« En France, la Gay Pride fait son apparition à la fin des années soixante-dix, sous l’influence du mouvement militant gay. »
Lionel Povert, Dictionnaire GAY, 1994.

Dénomination transformée en « Lesbian and Gay Pride ».

GAYRILLA

« En France, l'homophobie reste, selon les associations, encore très prégnante. "Pour certains jeunes, le chemin est long, explique le psychologue Eric Verdier, auteur, avec Michel Dorais, d'un Petit manuel de gayrilla à l'usage des jeunes (H & 0 éditions). Ils ne savent pas comment annoncer leur homosexualité, ils ne savent pas comment la vivre, et beaucoup ont le sentiment d'être dans une impasse. Les insultes homophobes, les moqueries et les remarques humiliantes sont encore très fréquentes." »
Anne Chemin, « Des associations organisent la première Journée mondiale contre l'homophobie », Le Monde, 17 mai 2005.

GAYS ET LESBIEN(NE)S

Cette expression est une traduction linguistique d’un point de vue désormais « politiquement correct ».

« - Comment se construire une culture gay ?
- En se dirigeant vers les associations ou le militantisme. En se documentant dans les centres de documentation gays et lesbiens. En allant aux différents festivals de films gays et lesbiens, en participant véritablement à la vie de la communauté gay et lesbienne. »
Patrick Cardon, Baby Boy, 2006.

GAYTITUDE

« florilège de considérations profondes autour de la gaytitude ».
Action 48 [Act-Up Paris], juin 1997.

GAZOLINE

« Il y a eu deux périodes au FHAR [Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire] : La première avec le texte sur les pédés et la révolution du n° 12 de Tout, en 1971. Puis la deuxième avec les gazolines. En 72 ce fut l'année des gazolines. Avec Philippe Genêt et Hélène Hazera...et d'autres. Les folles du FHAR. »
Alain Huet, entretien avec Jacques Girard, mai 1992.

GENTILLESSE DE COLLÈGE

"Les pages de mon père m'apprirent quelques gentillesses de collège."
Denis Diderot, Les Bijoux indiscrets, chapitre XLIV.

GERBOISE

Initialement, nom d’un petit mammifère rongeur et sauteur à longue queue.

« Gerboise
  Homosexuel qui tient le rôle passif dans un ménage d’hommes. »
Robert Giraud, Faune et flore argotiques, 1. Faune, Paris : Le Dilettante, 1993.

GERMINY, GERMINISME

Une note de Robert Ricatte au Journal des frères Goncourt indique qu’un avocat, conseiller municipal de Paris, Eugène de Germiny, surpris dans des toilettes publiques avec un ouvrier journalier nommé Chouard, le 6 décembre 1876, fut condamné le 31 décembre à deux mois de prison pour outrage public à la pudeur, puis s’exila au Brésil. La presse en fit des gorges chaudes, et Germiny devint rapidement un nom commun, comme avant lui Alcibiade, Chausson, Ganymède ou Jupiter.

Dès le 24 décembre 1876, Gustave Flaubert écrivait à Tourguénieff :

« Germiny continue à me plonger dans une immense joie. N’éprouvez-vous pas toutes les délices de la vengeance quand il survient de pareilles histoires à un môssieur officiel ? Les rayons de la gloire céleste se mêlant aux plis de l’anus, la toge du tribunal par-dessus les latrines. Et le bijoutier, quel joyau ! Et les grincements de dents dans les sacristies ! … Voilà un sujet de pièce. Faisons-là. »

Un peu plus tard, à Mme Brainne :

« Re-scandales ! le fils Boucicaut du Bon Marché est en prison pour actes de germinisme, et la maîtresse d’asile de Suresnes, pour corruption d’enfants au-dessous de dix ans. Elle leur apprenait … les plus infâmes pratiques. Pauvre humanité ! »
Lettre du 15 mars 1877.

Le journal La Lanterne rendit compte le 2 avril 1877 d’une dispute entre « deux Germiny de banlieue ».

« On lui raconterait que je suis un Germiny, qu’elle ne saurait bien si ce n’est pas vrai », disait Alphonse Daudet de sa femme (propos noté par Edmond de Goncourt en avril 1884).

Une Gazette rimée de Raoul Ponchon a stigmatisé les mœurs anglaises, ne se privant pas d’une allusion à l’affaire :

« Quand les Anglais s’en vont par dix
C’est – à l’instar des Germiny
Pour – au sein noir des urinoirs –
Jeter à des Chouart [sic] le mouchoir.
Courrier français, 1891.

Le dictionnaire de Bruant signalait Germiny parmi les argots pour pédéraste.

« Ce procès [de Germiny] a mis en pleine lumière un coin obscur des mœurs contemporaines ; il  a même fourni un mot nouveau pour en parler sans trop d’inconvenance : "le germinisme" ; l’attention a été puissamment attirée sur ce vice ; c’est à cette époque qu’on a commencé à y faire de perpétuelles allusions, dans les conversations, etc. Je crois que c’est à partir de cette époque aussi qu’il a pris une extension extraordinaire. »
Georges Hérelle, De Germiny, mss BM Troyes 3395, f° 51.

« Germinisme : Pédérastie ; néologisme de date récente, créé après l’aventure du comte de Germiny, membre de la Société de Saint-Vicent de Paul et président des Cercles catholiques ouvriers. »
Hector France, Dictionnaire de la langue verte, 1907, réédition Nigel Gauvin, 1990

GÉRONTOPHILE,  GÉRONTOPHILIE

« On ne saurait mieux, il me semble, dégager ce qui est particulier à la pédérastie qu’en la rapprochant de la gérontophilie. La grâce agit sans doute sur les premiers au même titre que le prestige dû à l’expérience de la vie sur les seconds. Souhaitons-leur de se rencontrer. »
Marcel Jouhandeau, Corydon résumé et augmenté, 1951.

« Je ne suis pas gérontophile. »
Le chanteur Dave, à l’attention de Bernard Kouchner, France 2, 12 septembre 2002.

GINETTE

« Heures au London, affreuse nouvelle boîte pleine de moustachus latins efféminés, de la tendance qu'il était convenu jadis d'appeler ginette. »
Renaud Camus, Journal 1995, 2000.

Le sens homosexuel du mot est incertain dans ce leste couplet de l’un des choristes, Mondain :

« À la claire branlette,
J’ai sorti mon poireau
Pour enculer Ginette
Sans lui faire de bobo. »
Film Les Choristes

GITON, GITONISME

Nom d’un personnage du roman latin de Pétrone Satyticon. L’emploi comme terme générique se rencontre depuis le début du XVIIIe siècle. Le sens est voisin de celui de bardache (nuance fréquente de prostitution ou de promiscuité).

« Un Castillan zélé pour les laïs,
En leur faveur chantait comme un Orphée.
Un Florentin pour l’honneur de son pays
Aux seuls gitons élevait un trophée.’
Jean-Baptiste Rousseau, Œuvres, 1712, tome 1.

Vers sur Deschauffour, condamné au feu pour sodomie,  faits en 1726 :

« L’ordre de la manchette en lui perd son vrai père,
Aux gitons de Paris il tenait ordinaire.
Tout le monde le pleure, et l’église et l’épée. »
De B… [Bois] Jourdain, Mélanges historiques, satiriques et anecdotiques, 1807, tome 2, page 337.

« Leurs discours ressemblent à leurs mœurs, ils ont un langage à part ; plein d’affèterie, ils s’appellent entre eux Frères, Gitons et Ganimèdes. Ces noms bizarres sont leurs noms d’amitié. »
Histoire du prince Apprius, 1728.

Voltaire avait fait ces vers contre l’abbé Desfontaines :

« La Nature fuit et s’offense
À l’aspect de ce vieux giton ;
Il a la rage de Zoïle,
De Gacon l’esprit et le style,
Et l’âme impure de Chausson. »
Ode VI, sur l’ingratitude, 1736

« Le préjugé est un animal qu’il faut envoyer paître. Il en est d’un garçon comme d’un mets pour lequel on avait du dégoût : le hasard en fait tâter, on le trouve délicieux. Est-il rien de plus charmant qu’un joli giton, blancheur de peau, épaules bien faites, belle chute de reins, fesses dures, rondes, un cul d’un ovale parfait, étroit, serré, propre, sans poil ? Ce n’est pas là de ces conasses béantes, de ces gouffres où vous entreriez tout botté. »
[Gervaise de Latouche], Histoire de Dom B[ougre] portier des Chartreux, 1741, réédité en 1976.

« Le sieur Monvel vient à sortir du royaume et de se retirer à Bruxelles. On dit que cet événement est la suite de son inconduite, qu’il doit 200 000 livres. Il passait pour avoir des gitons, et l’on veut que cette espèce de plaisir lui ait coûté fort cher. »
Mémoires secrets, tome 17, 23 juin 1781.

Nom d'un page dans Les cent vingt journées de Sodome de Sade ; dans La Nouvelle Justine, on lit :

« Le nombre des gitons invités est toujours en raison de celui des filles : un pour deux femmes, et cela par la raison qu’ayant plus de peine à se les procurer comme il les leur faut, ils les ménagent un peu plus. »
Chapitre IX.

« Entre deux hommes, elle [la sodomie] se distingue sous le nom de pédérastie ; celui qui s’abaisse à remplir le rôle abject de complaisant, dans cette scène révoltante, a reçu le nom de giton. »
Fournier-Pescay, article “Sodomie”, Dictionnaire des Sciences Médicales, tome 51, 1821.

A. J. B. Beau, traducteur du poète latin Martial, se servit du mot dans ses annotations :

« Cinaedo. Martial entend constamment par ce mot un giton, un patient en pédérastie, ce qu’il appelle ailleurs pathicus, molles, facilis viris, etc. »
Épigrammes de Martial, 1843, tome 3.

« Nieuwerkerke lui-même […] prend je ne sais quel air de gitonisme à la Henri III. »
Edmond et Jules Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 3 janvier 1863.

« Il [Sainte-Beuve] cite de l’Anthologie [grecque], un des paidika, une déclaration d’amour à un petit giton et finit : "C’est charmant" »
Edmond et Jules Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 2 mai 1863.

Le Littré (1863-1873) donne cette définition : « Giton, s. m. : Jeune homme servant à de honteux plaisirs, ainsi dit de Giton, personnage de la satire de Pétrone. »

« Dans ces temps-là tout le monde était peu ou prou bi : pendant que Monsieur s’intéressait à la puberté de quelque giton, Madame jouait les grandes goudous sacrées, entre filles. »
« Le courrier de Jeanne Lacane », Le Canard enchaîné, 13 avril 1983.

On rencontre encore parfois le mot, par exemple dans le polar historique d’Alice Yvernat :

« Le petit giton de tout à l’heure, tu lui as mis ? Ou c’est lui qui te l’a foutu ? continua de Gravières en glissant sa main vers l’entrejambe de Vilanelle. »
Les Billets indiscrets, chapitre 5, Paris : L’Embarcadère, 2005.

Sur twitter :
" Jérôme Bourbon ‏@JeromeBourbon 9 février 2016
Le FN était en séminaire dans l'Essonne. Imagine-t-on Philippot et ses gitons en séminaristes ? "


GLBT

Voir aussi LGBT, désormais prédominant.

Gai, lesbien, bi et transgenre ; sigle communautaire.

« droits acquis ou à acquérir des GLBT »
Patrick Cardon, édito, Question de Genre, n° 10, 2001.

GLBTI

Gai, lesbien, bi, transgenre et intersexué (pour n’oublier personne).

GLBTQ

Gai, lesbien, bi, transgenre et queer (pour n’oublier personne).

« Partant du principe que l'information sur la culture gay, lesbienne, bi, trans et queer (GLBTQ) est difficile à trouver sur la toile, un groupe d'universitaires et de chercheurs anglo-saxons a décidé de créer une encyclopédie recensant faits et informations sur ce qui fait la culture GLBTQ. »
Têtu quotidien, 5 mars 2003.

Voir aussi LGBTQ.

GOSSELIN

" Gosselin : enfant "
Anonyme [Pierre Joigneaux ?], L’Intérieur des prisons, 1846.

« Enfants, on les appelle mômes ou gosselins, adolescents ce sont des cousines, plus âgés, ce sont des tantes. »
Larchey, « Dictionnaire des excentricités du langage », Revue anecdotique des excentricités contemporaines, n°5, septembre 1859.

« Variété de jésus » (A. Delvau).

« Gosselin : petit garçon, camarade, d’où, par extension, mignon, pédéraste. »
Hector France, Dictionnaire de la langue verte, 1907, réédition Nigel Gauvin, 1990

GOÛT(S) (voir aussi appendices)

« Le goût de Monsieur [frère de Louis XIV] n’était pas celui des femmes, et il ne s’en cachait même pas ; ce même goût lui avait donné le chevalier de Lorraine pour maître, et il le demeura toute sa vie. »
Saint-Simon, Mémoires, année 1692.

« Monsieur le duc d’Orléans [frère de Louis XIV] se faisait baiser par les gens qu’il aimait, c’était son goût. »
Recueil Maurepas, BnF, mss fr 12624, année 1696, tome 9, p. 9.

« Le troisième, qui n’était pas de ce goût-là, le fronda fort et ne voulait pas croire qu’il y eût des bougres. »
Barbier, Journal, octobre 1726.

« Le prétendu ermite, donnant dans le goût des sodomistes, a voulu très souvent tomber dans leurs excès avec des hommes et des jeunes garçons, leur faisant des attouchements très sales. »
Procès Toussaint, 1731 ; archives départementales des Pyrénées Atlantiques, mss B 5374.

« Je ne te parle point du goût de ces monstres qui n’en ont que pour le plaisir antiphysique, soit comme agents, soit comme patients. »
Marquis d’Argens [ ??], Thérèse philosophe, 2e partie, vers 1748.

« L’abbé de Marsy vient de mourir ; il avait été anciennement jésuite. Une aventure d’un goût particulier, qu’on a souvent reprochée à ces pères, fit du bruit et l’obligea de sortir de chez eux ; il a fait depuis des livres. »
Grimm, Correspondance littéraire, janvier 1764. 

« Le maître ne marchera pas à la procession derrière un jeune jésuite, comme on a fait dans un beau village de Montauban ; il n’est pas de ce goût. »
Voltaire, Les Honnêtetés littéraires (1767), vingt-deuxième honnêteté.

« On assure qu’il [Monvel] nous quitte pour aller en Suède; mais on n’est pas d’accord sur les motifs de cette retraite. Ses amis l’attribuent aux dégoûts qu’il a éprouvés de la part de ses camarades, au mauvais état de ses affaires; mais ces raisons ne paraissant pas suffisantes, on en a cherché de plus réelles dans les éclats scandaleux d’un goût qu’il partage avec plusieurs héros de l’histoire ancienne et moderne, de ce goût que l’illustre historien des Deux Indes [Diderot] a la naïveté de trouver plus facile à concevoir qu’honnête à expliquer, mais qui n’en a pas moins excité toute la colère et toute l’indignation des dames de sa compagnie. »
Correspondance littéraire de Grimm, 1780.

"Les captures des pédérastes étaient très fréquentes sous M. Le Noir [lieutenant de police de 1776 à 1785], et donnaient beaucoup alors beaucoup d'occupation et de profit à celui qui en était chargé. Il y eut beaucoup de méprises et d'abus ; elle [la surveillance] est diminuée, et ces Messieurs s'adonnent librement à leur goût. Voyez PÉDÉRASTIE."
Peuchet, Article « Inspecteur », in Encyclopédie méthodique, tome 112 (Police et Municipalité), Panckouke, 1791 [BnF Z 8556].

« Le Chevalier : Dans le fait, j’aime les femmes moi, et je ne me livre à ces goûts bizarres que quand un homme aimable m’en presse. Il n’y a rien que je ne fasse alors ; je suis loin de cette morgue ridicule qui fait croire à nos jeunes freluquets qu’il faut répondre par des coups de canne à de semblables propositions ; l’homme est-il le maître de ses goûts ? »
Marquis de Sade, La Philosophie dans le boudoir (1795), I, Paris : Gallimard, 1998, édition Michel Delon.

« [Charles] Fourier, qu’on n’accuse pourtant pas d’avoir eu des goûts socratiques, a étendu fort au delà des barrières accoutumées les relations amoureuses, et que ses spéculations sur l’analogie l’avaient conduit à sanctifier jusqu’aux conjonctions unisexuelles. »
Proudhon, Avertissement aux propriétaires, 1841.

En 1850, Pierre Joseph Proudhon nota dans ses Carnets :

« Changarnier, Lamoricière, ont rapporté d’Afrique le goût des amours masculines. »

« Ce goût n’est pas rare aujourd’hui parmi les gens de lettres, les artistes et les grands. – On cite entre autres Lherminier, Germain Sarrut, et une foule que j’oublie.Nos mœurs tournent à la pédérastie, terme ordinaire, fatal, du développement érotique dans une nation. »
Proudhon, Carnet n° 8, 1850-1851.

"Epaminondas était adonné à ce goût infâme auquel les Grecs, et surtout les Béotiens et les Lacédémoniens, n'attachaient aucune honte."
Walckenaer, Biographie Universelle, 1855.

« De Groot n’ayant nullement eu la charité de se prêter à ses goûts, Aliocha mourut peu après de langueur. C’est l’Homme aux camélias, ce jeune homme ! »
Edmond et Jules Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 22 février 1863.

« Pour que ce goût les acclamât
Minces, grands, d’aspect plutôt mat,
Faudrait pourtant du jeune en somme. »
Verlaine, « L’impénitent », Parallèlement.

« Malédiction sur ce [Paul] Verlaine, sur ce soulard, sur ce pédéraste, sur cet assassin, sur ce conard traversé de temps en temps par des peurs de l’enfer qui le font chier dans ses culottes, malédiction sur ce grand pervertisseur qui, par son talent, a fait école, dans la jeunesse lettrée, de tous les mauvais appétits, de tous les goûts antinaturels, de tout ce qui est dégoût et horreur ! »
Edmond de Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 1er juillet 1893.

« Quand il avait découvert qu’il "en était", il avait cru par là apprendre que son goût, comme dit Saint-Simon, n’était pas celui des femmes.’
Marcel Proust, La Prisonnière, 1922.

« Aujourd’hui, les goûts qui sont devenus les miens, mais que je domine, sont tombés dans une telle promiscuité, une si odieuse vulgarité les entoure, une si dégradante ignominie les suit trop souvent que je ne suis plus du tout fier d’en être, presque j’en ai honte. »
Marcel Jouhandeau, NRF, mars 1954.

« C’est dans la loi de la nature, suivant les goûts, peu importe ; le choix de chacun doit être respecté. »
François Mitterrand, Réponse à la question de Gisèle Halimi Si vous êtes élu, est-ce que l’homosexualité cessera d’être un délit ?, dans Choisir, Quel président pour les femmes ?,   1981.

« Le Goût de Monsieur. L'homosexualité masculine au XVIIe siècle ».
Titre d’un ouvrage de Didier Godard (Béziers : H & 0, 2002).

GRAMMAIRIEN

« Ainsi, pour m’exprimer comme le poète dont je cite les vers [G. de Coincy ; cf TROISIÈME SEXE], Cambacérès était grammairien. »
A. Aubriet, Vie de Cambacérès, 1824, p. 141.

GRAND

« La plaie des collèges de Jésuites, ce sont les amitiés particulières, du moins en Belgique. Ordinairement les amitiés ne se manifestent qu’entre grands et petits, la grande division et la petite division, comme se nomment généralement les deux catégories d’élèves. Comme les grands et les petits ne peuvent se parler et n’ont pas de contact entre eux, ils s’écrivent (ceux qui ont des amitiés particulières) des lettres enflammées, telles qu’un jeune homme amoureux en écrirait à sa maîtresse. »
Alfred Harou, « Coutumes scolaires », Revue du traditionnisme français et étranger, octobre-novembre 1909.

GRAND-MAÎTRE

« Réponse de M. ***, Grand-maître des enculeurs, et de ses adhérents, à la requête des fouteuses, des maquerelles et des branleuses, demanderesses. »
Les Petits bougres au Manège [1790], sous-titre.

Détournement d’un titre en usage dans diverses circonstances : Templiers, grand-maître de Prusse (XVe siècle), grand-maître des cérémonies (charge créée vers 1580), grand-maître de la garde-robe royale (charge créée en 1669), grand-maître des eaux et forêts.

GREC, AMOUR GREC

  La référence à la Grèce est fondamentale pour l’amour masculin (voir Ces petits Grecs…) ; en 1638, une pièce de théâtre de Saint-Évremond, Les Académiciens, évoquait l’amour des Grecs au sujet de l’abbé et poète François de Boisrobert, membre [fauteuil VI] de la toute récente Académie Française [fondée par Richelieu en 1634] :

« À tous ses madrigaux il donne un joli tour,
Et ferait des leçons aux Grecs, de leur amour »
(acte I, scène 1)

On peut suspecter un jeu de mots dans ces vers de Molière :

« [Philaminte :] Quoi, Monsieur sait du grec ? Ah ! permettez, de grâce,
Que pour l’amour du grec, Monsieur, on vous embrasse. »
Les Femmes savantes, III, 3.

Le duc de Saint-Simon avait parlé de mœurs des Grecs pour plusieurs personnages, de débauches grecques dont le maréchal d’Huxelles n’aurait pas pris la peine de se cacher ; mais il avait aussi incriminé les Italiens par des expressions analogues. Le maréchal de Richelieu a décrit les orgies grecques qui eurent lieu pendant la minorité de Louis XV sous les fenêtres mêmes du jeune roi ; il les interprétait comme l’aboutissemement ultime du relâchement des mœurs [l’interprétation resservira …] :

« D’une débauche à l’autre, on vint donc jusqu’à celle des Grecs. »
Mémoires du maréchal de Richelieu, 1790, tome 3, chap. 24.

Dans Le Journal d’un poète, Alfred de Vigny avait noté :

« Toute religion est un Code pénal et criminel réservé pour les méfaits que les lois du monde visible et humain ne peuvent atteindre, par exemple le suicide, l’inceste secret, l’amour saphique, etc. L’amour grec. »

Il n’était pas le premier car en dressant sa liste des « déviations maladives de l’appétit vénérien », le Dr Claude Michéa avait commencé par l’amour grec, subdivisé en philopédie et tribadisme ;  le Dr Ambroise Tardieu avait étudié longuement « ce vice, que l’Antiquité semblait s’être approprié sous le nom d’amour grec ». C’est sous le même titre que Proudhon plaça une note d’Amour et mariage soulignant la distinction qu’il faisait entre l’amour unisexuel et les pratiques de la sodomie.

On rencontrait encore amour grec dans un article de Lord Alfred Douglas sur le procès d’Oscar Wilde :

« Mes poèmes ont été représentés comme un livre traitant de l’amour grec.
Or ceci est complètement inexact, – le sujet de mes vers est simplement : la poésie.
Un ou deux de mes poèmes concernent, il est vrai, l’amour grec : mais il ne m’est pas possible de m’imaginer que je doive me justifier d’avoir touché à un sujet qui inspira des poètes comme Sophocle, Théocrite, Michel-Ange et [Christopher] Marlowe, pour nommer au hasard. »
« Une introduction à mes poèmes, avec quelques considérations sur l’affaire Oscar Wilde », Revue blanche, 15 juin 1896, p. 486.

Dans une note à la première préface de Corydon, André Gide adopta cette expression pour montrer les limites des points de vue d’Ulrichs et d’Hirschfeld :

« Cette théorie du "troisième sexe" ne saurait aucunement expliquer ce que l’on a coutume d’appeler "l’amour grec" : la pédérastie – qui ne comporte efféminement aucun, de part ni d’autre. »
Corydon, 1ère préface, Coll. Folio, 2001.

Un critique, André Germain, appela Corydon « un livre sur l’amour grec ». L’usage de cette expression a été entretenu par la parution en 1930 d’une Histoire de l’amour grec ; il s’agissait, pour la plus grande partie, de la traduction d’un texte allemand de 1837, Päderastie, suivie de divers appendices dont un Vocabulaire de l’amour grec, avec un chapitre intitulé L’amour grec à Rome.

« Se faire voir chez les Grecs : se faire posséder sexuellement (d’un homme) »
Grand Robert, 1985.

GUÈBRE

Surnom introduit après la présentation de la pièce de Voltaire Les Guèbres ; la religion orientale des Guèbres comportait l’adoration du feu, et on raillait alors les bougres en leur reprochant de rechercher leur châtiment, la peine du feu.

« Il y a un quai à Paris – celui des Théatins – qui n’a pas plus de vingt-cinq maisons, parmi lesquelles on compte au moins quinze à vingt niches de guèbres dont la réputation n’est plus à faire – les anciens guèbres avaient beaucoup de vénération pour le feu, les nouveaux en ont beaucoup de crainte – […] On vient de faire le dénombrement de tous les guèbres qui sont connus à Paris, leur accroissement est aussi incroyable qu’effrayant ; si la multiplication subite des moines qui ont envahi l’empire chrétien ne préparait pas aux merveilles de la procréation des êtres neutres, on ne croirait pas à la possibilité de leur existence. […] Si la liste de tous les guèbres qui sont à Paris est imprimée avec leur histoire, on assure que ce livre fera le double de l’ Encyclopédie. »

Thévenau de Morande, Le Philosophe cynique, 1771.


Article GENRE

Lettre H

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