vendredi 21 février 2025

TROIS DISC-JOCKEYS ...

 

Stéphane Blézy, décembre 2023
Isère Condamnés pour avoir infligé des heures de calvaire à leur victime

Ils étaient trois disc-jockeys à avoir décidé de mixer ensemble. Quand l’un d’entre eux a souhaité annuler une soirée qu'ils avaient programmée, les deux autres l’ont tabassé et lui ont fait vivre un véritable enfer. La cour d’assises a livré hier son verdict.

Me Yves Sauvayre du barreau de Lyon et Me Ronald Gallo du barreau de Grenoble sont intervenus respectivement dans les intérêts de L. D. et de C. F., les accusés. L’enjeu pour les deux conseils : que les actes de barbarie ne soient pas retenus contre leurs clients. En cela, ils ont été entendus par la cour et le jury.

Pendant près de quinze heures, entre le 3 et 4 octobre 2020, un jeune homme aujourd’hui âgé de 25 ans avait vécu de longues heures de calvaire imposées par deux copains, au domicile de l’un d’eux, à Susville. Frappé, ligoté, victime d’actes d’humiliation, le jeune homme avait finalement été libéré.

Couvert de contusions, souffrant d’un traumatisme crânien bénin et d’une fracture des os propres du nez, il avait aussi vécu des scènes particulièrement traumatisantes desquelles il conservera d’intenses et douloureuses séquelles psychologiques.

Des coups, un simulacre d’exécution, obligé à manger une cigarette allumée

Ligoté, obligé à boire du whisky, contraint de mâcher et d’avaler une cigarette allumée, de manger des frites à même le sol, roué de coups, frappé à coups de poing, de bouteille, de crosse d’arme à feu, obligé à nettoyer le fond des toilettes avec les mains, le jeune homme avait même subi une sorte de simulacre d’exécution, le canon d’un pistolet d’alarme dans la bouche. Son tortionnaire avait actionné la gâchette, mais aucun coup n’était parti… Puis il y avait eu aussi, selon la victime, le fait qu’il aurait été contraint de s’asseoir sur le pied d’une table basse retournée…

De ces faits terribles, deux hommes répondaient depuis mercredi devant la cour d’assises de l’Isère à Grenoble. L D. 22 ans, défendu par Me Yves Sauvayre, et C. F., 35 ans, assisté par Me Ronald Gallo, étaient notamment accusés de séquestration et d’actes de torture ou de barbarie.

Pourtant, ce 3 octobre 2020, alors que la France enchaînait les périodes de confinement, ces trois DJ à la carrière modeste avaient plutôt bien commencé le week-end, envisageant de mixer ensemble, chez L. D. à Susville. Une soirée était programmée pour le samedi 3 octobre. La veille, L. D. avait même acheté pour plus de 500 euros d’alcool et loué des éclairages. Rejoints par C. F., les trois copains avaient commencé à mixer ensemble en buvant quand, dans la nuit de vendredi à samedi, un voisin était venu se plaindre du bruit. Ils avaient arrêté de mixer.

C’est dans ce contexte que la victime avait finalement souhaité annuler la soirée du samedi. À partir de ce moment, ses deux copains, exigeant le remboursement des sommes investies pour le samedi soir, s’étaient lancés dans des heures de brimades, de violences et d’humiliations.

La vie bouleversée de la famille de la victime

Des heures pendant lesquelles les deux accusés avaient même pris contact avec les parents de leur victime, tentant de négocier avec eux le remboursement des frais. Des parents qui découvriront, après avoir récupéré leur fils, ce que ce dernier avait réellement vécu. Sa mère, très émue, a raconté à la barre « comment cette affaire a bouleversé [leurs] vies, quel est le traumatisme de [leur] fils, aujourd’hui encore », un garçon qui a toujours été très fragile.

Les deux accusés, deux garçons dont il reste indéniable que la vie les a cabossés, marqués par des enfances douloureuses pour des raisons nombreuses et différentes, ont été longuement entendus sur les faits par la cour d’assises ce vendredi matin.

S’ils ont tous les deux globalement reconnu les faits, L. D. a affirmé qu’il n’avait fait que porter des coups à la victime en l’insultant et en l’humiliant, insistant à plusieurs reprises sur le fait qu’ils avaient beaucoup bu. C. F., qui a admis être devenu « incontrôlable » ce soir-là, a reconnu l’épisode du pistolet dans la bouche et des violences. Les deux hommes, qui se sont renvoyé la responsabilité de certains actes (dont ceux de la cigarette allumée et des toilettes), ont en revanche nié l’épisode de la table basse.

Pour leurs conseils, le débat concernait la qualification des faits qui pour eux étaient plus proches de simples « violences volontaires » et moins d’actes de barbarie.

Ce n’était évidemment pas la position de François Touret-de-Coucy, avocat général, qui a requis les peines de 12 ans de réclusion contre C. F. et 10 ans contre L. D..

La cour d’assises a finalement condamné les deux accusés pour séquestration avec libération avant le septième jour. S’agissant de l’extorsion avec violence (les actes de barbarie n’étant finalement pas retenus), elle n’a condamné que C. F., acquittant L. D. Ils ont toutefois écopé de la même peine de cinq ans de prison dont un avec un sursis probatoire de trois ans.

La victime et sa famille, présentes tout au long du procès, étaient assistées du bâtonnier Denis Dreyfus et de Me Émeline Gayet, du barreau de Grenoble.

« C’est très compliqué pour moi d’en reparler. Je suis détruit »

Ce jeudi, le jeune homme qui a enduré ces heures de calvaire, assisté par le bâtonnier Denis Dreyfus et Me Émeline Gayet, s’est longuement exprimé devant la cour d’assises de l’Isère.

« C’est très compliqué pour moi d’en reparler. Je suis détruit », a déclaré le jeune homme qui avait déjà été victime d’une agression deux ans plus tôt. « Après la visite du voisin mécontent, j’ai voulu annuler la soirée de samedi. Nous en avons discuté. Je ne voulais pas que nous ayons des problèmes avec la justice. Le ton est monté. L. D. a fermé la porte à clef, ils m’ont attaché. Les coups ont commencé. Cela a duré de 2 heures du matin à environ 16 heures », a raconté la victime.

« On était très alcoolisé. Je prenais des coups pendant quinze à vingt minutes et ça s’arrêtait un moment », a-t-elle ajouté, précisant qu’à un moment, voyant C. F. mettre son arme sans la bouche du jeune homme, L. D. avait déclaré : « Si tu dois le tuer, ne le tue pas chez moi. »

Le jeune homme a raconté les sévices subis pendant des heures, assurant que C. F. était plutôt à l’initiative, même si L. D. lui avait porté le premier coup. En jeu, les 550 euros d’alcool que les deux accusés exigeaient de se faire rembourser.
« Je pensais ne pas en sortir vivant »

« J’ai vu ma vie défiler ce jour-là. Je pensais ne pas en sortir vivant. J’avais extrêmement peur », a affirmé la victime qui, terrifiée, tétanisée, n’avait pas essayé de fuir avant que ses tortionnaires ne le libèrent finalement, avec un délai pour rembourser et sa console de mixage conservée en « caution ».

« J’aimerais juste redevenir la personne que j’étais avant », a confié le jeune homme, en larmes.


2 commentaires:

Anonyme a dit…

Dans des circonstances assez différentes j'ai subi une agression de la part de deux jeunes d'origine maghrébine très malins et cruels, ce que je n'ai réalisé que plus tard, car, sous le choc, on réagit en se défendant au mieux et on fait face malgré tout.Les conséquences psychologiques sont à vie, j'y repense tout le temps.

Connaissance ouverte a dit…

Merci pour ce témoignage.