dimanche 12 avril 2015

DFHM : E - échappé de Sodome à exercice bulgare

Extrait de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine.

ÉCHAPPÉ DE SODOME

La dénotation homosexuelle de l’expression est évidente.

« rivales des échappés de Sodome »
Le vol le plus haut, 1784.

EFFÉMINÉ, adj. et subs.

Du latin effeminatus ;  voir Ces petits Grecs … Selon Furetière, « se dit d’un homme mol, voluptueux, qui est devenu semblable à la femme. Montaigne l’employa à propos d’Héliogabale, mais aussi, plus surprenant, d’un père de famille que son fils appelait « lâche, efféminé, faiseur d’enfants » (Essais, II, viii, 390). L’ambigüité du terme est en effet de désigner aussi bien celui qui fréquente trop les femmes que le partenaire supposé passif d’une relation masculine. La connotation homosexuelle est récente.

« De combien de mots masculins
A-t-on fait des mots féminins
[...]
Sans que l'abbé de Boisrobert
Ce premier chansonnier de France,
Favori de son éminence,
Cet admirable patelin,
Aimant le genre masculin,
S'opposât de tout son courage
À cet efféminé langage. »
Gilles Ménage, Requête des dictionnaires, 1649.

« Ce sont là des discours de pédérastes, il faudrait que j’eusse bien perdu l’esprit pour approcher ma bouche de celle d’un petit efféminé. »
Lucien, Dialogue de Junon et de Jupiter, traduction Perrot d’Ablancourt, 1654.

Dans la traduction de l’ouvrage de J. B. Porta sur la physionomie humaine, figurent un article intitulé L’efféminé ; dans l’article Le Timide, on lit cette paraphrase de Lactance (L’Ouvrage du dieu créateur) :

« Si dans le coït la semence de l’homme venant du côté droit tombe dans le côté gauche de la matrice de la femme, il naîtra un enfant mâle, mais il sera efféminé, vu que cette partie est destinée à la génération des femelles. »
La Physionomie humaine, 1655.

« On y voyait des hommes qui n’avaient point honte d’y prendre l’habillement des femmes, et de s’assujettir à toutes les occupations propres du sexe, d’où s’ensuivait une corruption qui ne peut s’exprimer. On a prétendu que cet usage venait de je ne sais quel principe de religion ; mais cette religion avait comme bien d’autres pris sa naissance dans la dépravation du cœur, ou si l’usage dont nous parlons avait commencé par l’esprit, il a fini par la chair ; ces efféminés ne se marient point, et s’abandonnent aux plus infâmes passions ; aussi sont-ils souverainement méprisés. »
F.-X. de Charlevoix (1682-1761, jésuite), Journal de voyage dans l’Amérique septentrionale, tome 6, juillet 1721 [éd. 1744, pp.4-5].

« {…] ces Orientaux dont parle Julius Firmicus lesquels consacraient, les uns à la déesse de Phrygie, les autres à Vénus Uranie, des prêtres qui s’habillaient en femmes, qui affectaient d’avoir un visage efféminé, qui se fardaient. »
J.-F. Lafitau, Mœurs des sauvages américains comparées aux mœurs des premiers temps, tome 1, 1724.

Au XVIIIe siècle, comme sous Henri III (voir l’entrée MIGNON), l’effémination a été associée à la richesse : « le superflu rend les hommes mous et efféminés » lit-on dans Le Législateur moderne (1739) attribué au marquis d’Argens.

« Les véritables crêtes annoncent souvent la vérole et l’infamie des Efféminés. […] Il arrive quelque chose de semblable aux Efféminés, lorsque, par leurs abominations, ils contractent à l’anus des ulcères malins.  ».
J. Astruc, Traité des maladies vénériennes, 1740.

En 1800, dans son Histoire naturelle du genre humain, J. J. Virey (1775-1846) évoquait encore les « riches efféminés », mais il commençait à envisager une autre cause, la chaleur du climat ; dans De la femme sous les rapports physiologique, moral et littéraire (1825), il a creusé la question :

« Jamais une femme masculine ne sera bien chérie d'un homme ; il croirait pécher avec elle comme avec son semblable, et il éprouve presque le même genre de répugnance. [...] L’homme trop efféminé a paru de tout temps exposé à un vice qui semble montrer pour lui le besoin de reprendre dans son sexe l’élément créateur qui lui manque. Ces retours des individus sur leur propre sexe, tout abominables et outrageux qu’ils soient pour la nature, se remarquent fréquemment sous les climats chauds […] La femme virile s’accommoderait mieux d’un efféminé avec lequel elle prendrait en quelque sorte le rôle masculin, que d’un homme dont la complexion trop mâle heurterait, pour ainsi parler, la sienne. »
J. J. Virey, De la femme sous les rapports physiologique, moral et littéraire (1825), chapitre III, 3, "Considération sur les causes de l’amour entre chaque sexe".

Pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, efféminement et passivité ont parfois été attribués aux homosexuels des milieux populaires. Par la suite, plus que le lien éventuel entre position sociale et orientation sexuelle, c’est la distinction des types homosexuels qui intéressera les auteurs.

«  Il [Chouard] a presque dis-huit ans et en paraît quatorze à peine. C’est presque un enfant, imberbe, d’une paleur mate, visage efféminé ; ses cheveux blonds cendrés sont divisés par une raie médiane ; il est vêtu d’un petit paletot gris à collet de velours, et sur le plastron de sa chemise s’étalent les bouts flottants d’une cravate bleue, signe distinctif ordinaire des éphèbes de barrière [faubourg]. »
« Affaire de Germiny », La Tribune, 25 décembre 1876.

« Il est pénible pour les patriotes d’acquérir la preuve que les hommes sur lesquels ils comptent pour défendre la Patrie ne sont que des efféminés ayant l’œil constamment braqué sur une autre trouée que celles des Vosges. »
« L’armée pédéraste », La Révolte, 5-11 décembre 1891.

« Les invertis ne se contentent pas du tout de la vieille explication [cabalistique] de l’âme féminine dans un corps masculin. Certains sont plus masculins que les hommes habituels, et se sentent portés vers leur propre sexe en raison de la ressemblance. Ils disent qu’ils méprisent trop les femmes pour être efféminés. […] On pourrait admettre (et ce serait une règle assez générale) que plus un unisexuel a de valeur morale, moins il est efféminé. »
Raffalovich, « Quelques observations sur l’inversion », Archives d’Anthropologie Criminelle, n° 50, 15 mars 1894.

« Le livre [d’Albrecht Moll] est très bien fait, – mais il me semble qu’il ne différencie pas assez ces deux classes : les efféminés et les "autres" : il les mélange incessamment et rien n’est plus différent, plus contraire – car l’un est l’opposé de l’autre – car pour cette psychophysiologie, ce qui n’attire pas repousse, et l’une de ces deux classes fait horreur à l’autre. »
André Gide, lettre à Eugène Rouart, 14 septembre 1894, citée par David H. Walker dans Le Ramier, Paris : Gallimard, 2002, page 64.

« Les rapports qui existent entre la véracité, le mensonge et la vie sexuelle sont étroits. Les efféminés sont menteurs à tous les degrés, depuis la perfidie minutieuse jusqu'à l'inconscience, jusqu'à une incontinence de faussetés. Ils observent mal et reproduisent mal ce qu'ils ont observé.[…] Si vous voulez un admirable portrait de l’inverti efféminé tel qu’on le rencontre dans les milieux mondains et artistiques où il a le loisir de se développer à son aise, lisez la description d’Adolphe par Benjamin Constant. »
Marc-André Raffalovich, Uranisme et unisexualité : étude sur différentes manifestations de l'instinct sexuel, Lyon : A. Storck ; Paris : Masson, 1896.


Ce point de vue, réaffirmé dans des articles ultérieurs, et notamment à l’occasion de la scission de l’organisation allemande W.H.K. en 1907 (« l’inverti intéressant n’est pas efféminé, au contraire ») rencontra l’assentiment du Dr Alétrino :

« En parlant ici d’Uranistes, j’ai avant tout en vue les hommes qui, comme hommes, se sentent attirés vers d’autres hommes, sans me demander si ces derniers se sentent plus, autant, ou un peu moins virils qu’eux. Par conséquent j’écarte tous les efféminés, aussi bien les efféminés proprement dits que que ceux qui le sont devenus par perversion, par l’influence de l’exemple ou par dépravation. […] La notion erronée que l’uraniste doit être assimilé au pédéraste, à l’efféminé et au dégénéré, ou qu’il est identique à ceux-ci, s’est maintenue jusqu’à ce que Marc André Raffalovich ait mis de l’ordre dans cette confusion par la publication de ses études sur l’uranisme. »
Dr A. Alétrino, « La situation sociale de l’uraniste », Compte-rendu des travaux de la 5e session, Congrès international d’Anthopologie criminelle, Amsterdam, septembre 1901.

"Depuis des mois l'efféminé Chargnieu épie la tristesse de Caradec. Il devine sa langueur et ses fringales. Il rôde, calin, autour de l'isolé. Mais celui-ci semble se méfier. Son instinct droit repousse les gestes caresseurs."
Georges Lecomte, Les Cartons verts, Mardi gras, Paris, Charpentier, 1901.

Dans Corydon, Gide a utilisé inverti dans le sens d’efféminé ; chez lui, l’opposition inverti/homosexuel correspond donc à l’opposition efféminé/inverti chez Raffalovich.

Le mot apparaît dans des annonces de rencontre pour exprimer les restrictions de l’annonceur :

« Efféminés, aventuriers, abstenez-vous. »
« Poilu bienvenu, efféminé s’abstenir. »
« Folles, vulgaires, barbus, efféminés et gros s’abstenir. »
« J’aime en fait tous styles sauf efféminés, flemmards, grognons, buveurs d’eau, qui peuvent s’abstenir. »
« Folles, SM, efféminés, barbus, s’abstenir. »
« S’abstenir : efféminé et maniéré, pas sérieux, jeune à lunettes. »
Gai Pied Hebdo et Samouraï Magazine, 1983-1988.

"Heures au London, affreuse nouvelle boîte pleine de moustachus latins efféminés, de la tendance qu'il était convenu jadis d'appeler ginette".
Renaud Camus, Journal 1995, 2000.

« Les signes de piété comme la barbe pour les hommes, le voile pour les femmes, sont nécessaires dans un souci de ne pas confondre les sexes. Les hommes efféminés et les femmes d'aspect viril sont voués à la géhenne par l'islam. »
Cheikh Youcef [imam dans la banlieue d’Alger], cité par l’Agence France Presse, 22 décembre 2003.

EFFÉMINEMENT

« Le cas d'une vieille femme maniérée comme était M. de Charlus, qui, à force de ne voir dans son imagination qu'un beau jeune homme, croit devenir lui-même beau jeune homme et trahit de plus en plus d'efféminement dans ses risibles affectations de virilité, ce cas rentre dans une loi qui s'applique bien au delà des seuls Charlus...  »Marcel Proust, La Prisonnière, 1922.

« Cette théorie du "troisième sexe" ne saurait aucunement expliquer ce que l’on a coutume d’appeler "l’amour grec" : la pédérastie – qui ne comporte efféminement aucun, de part ni d’autre. »
André Gide, Corydon, collection Folio, 2001 [1924], page 8, note à la préface de novembre 1922.

ÉGLISE INVISIBLE

 « Massignon était un fanatique et un obsédé, mais quelle classe!
    Sous le verre qui coiffait son bureau, de minces ossements : des reliques d'adolescents africains qui, après le passage d'un missionnaire plus qu'étourdi, avaient été brûlés vifs pour s'être refusés à un roitelet noir.
    Il allait prier sur place avec eux, pour eux, à telle date. Il faisait de même pour de nombreux membres de l'Église invisible, n'importe où dans le monde. Aux frais de qui ? J'ai toujours pensé qu'il faisait partie du contre-espionnage, comme on dit hypocritement en français. »
Pierre Leiris, Pour mémoire, José Corti, 2002.

ÉMILE

« Nom donné aux pédérastes que précédemment l’on appelait Tantes (V. ce mot). Les Émiles étaient en société, à Paris, en 1864. Leurs statuts ont été imprimés. La police, avertie de ces réunions, y fit une descente et fit fermer un établissement de marchand de vins de la Barrière de l’École, où ils se réunissaient. De hauts fonctionnaires furent compromis. Une chanson fut faite à cette occasion. Les patients s’habillaient en femme pour recevoir leur Émile. » (Delvau, Dictionnaire érotique, 2e édition).


« La Société des Émiles », in Alfred Glatigny, La Sultane Rozréa, 1871.

Le substantif argotique émile a été signalé par Lorédan Larchey et Aristide Bruant.

EMMANCHER, EMMANCHÉ

Au sens propre ou au sens figuré.

« Dans tous les cas, on se fait emmancher. »
Mail lu sur la liste talk@attac.org , 17 juin 2005.

EMPALEUR, EMPALEUR DE GOMORRHE

« Que ces empaleurs de Gomorrhe
Ces bougres que mon cœur abhorre
Ces infâmes pêcheurs d’étrons
Ces soldats lâches et poltrons,
Qui dénués de toute audace
N’osent assaillir qu’une place,
Qui sans tour et sans parapet
Ne se défend qu’à coup de pets. »
Saint-Amant, Le Palais de la volupté, 1629.

« lâches empaleurs et chaussonneurs de culs »
Claude Le Petit, Œuvres libertines.

EMPAPAOUTABLE, EMPAPAOUTAGE , EMPAPAOUTER

Henri Bauche enregistra empapaouter en 1920 (Le Langage populaire, Paris : Payot).

« Vive l'immense lamentation ! Elle attendrit tous les bons cœurs, elle fait tomber avec l'or toutes les murailles qui se présentent. Il rend tous ces cons goymes encore plus friables, nouilles, malléables, empapaoutables […] »
Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre, 1937.

François Caradec donnait empapaouter = sodomiser.

« Mais pas question de s’empapaouter, hein ? Ni toi ni moi. On va pas se mettre à les singer [les hétéros]. Allons, viens, tout ce que tu veux sauf ça, d’accord ? »
Dominique Fernandez, L’Étoile rose, Paris : Grasset, 1978.

EMPROSEUR

De prose, cul ; terme argotique relevé au XIXe siècle par Vidocq (comme équivalent de pédéraste), F. Michel, Alfred Delvau, J. Choux, Lorédan Larchey, Rigaud, Virmaître et Bruant.

« Emproseur. Lesbien, dans l’argot des voleurs. »
Alfred Delvau, Dictionnaire de la langue verte, 2e édition, 1883

EN ÊTRE

  Dans Les Origines de la langue française (1650), Gille Ménage avait commencé ainsi son fameux article sur bougre :

« Bougre : je suis de l’avis […] ». Tallemant des Réaux rapporta la plaisanterie faite à ce sujet :

« Ah ! lui dit Bautru, vous en êtes donc aussi, et vous l’imprimez ! tenez : il y a, bien moulé : Bougre je suis. »
Historiettes, « M. de Bautru ».

  Ce serait donc Guillaume Bautru (1588-1669), réputé pour avoir aimé les hommes, qui aurait forgé ou fait connaître cette expression, révélatrice d’une certaine notion d’identité homosexuelle. Au début du XVIIIe siècle, l’expression était connue des policiers parisiens et de ceux qu’ils épiaient :

« Si tous n’en étaient pas, il s’en trouverait peut-être un. »
Rapport de police, septembre 1724, propos d'un dragueur optimiste.

« Dubois, grand-maître des eaux et forêts : en est.
L’Éveillé : passe pour en être.
Cadet : en est aussi. »
Le grand mémoire, 1725-1726.

« Entendant un des garçons du cabaret parler de la fouterie des hommes, il avait cru qu’il en était. »
Rapport de police, juin 1726. Encore un optimiste.

« En être à tout rompre » se rencontre parfois dans ces archives (années 1724 et 1736).

L’expression s’est retrouvée dans les Confessions de Jean-Jacques Rousseau :

« Cette aventure me mit pour l’avenir à couvert des entreprises des Chevaliers de la manchette, et la vue des gens qui passaient pour en être, me rappelant l’air et les gestes de mon effroyable Maure, m’a toujours inspiré tant d’horreur, que j’avais peine à la cacher. »
1ère partie, livre II.

Au XIXe siècle, l’expression est entrée dans les dictionnaires d’argot.

« Être (en) – Aimer la pédérastie. »
Vidocq, Les Voleurs, tome 1, 1837.

Pour Francisque Michel, en être, c’est « être des amateurs » ; pour Alfred Delvau, dans son Dictionnaire de la langue verte, « Faire partie de la corporation des non-conformistes. » Entrée aussi dans la presse à l’occasion d’un écho sur la mort du général Nicolas Changarnier :

« Les journaux réactionnaires continuent à tresser des couronnes au défunt général Bergamotte [ainsi surnommé à cause de son goût pour les parfums].
Aucun n’a rappelé ce mot de Lamoricière sur son ancien compagon d’armes :
"En Affrique nous en étions tous ; mais lui il en est resté à Paris."
Honni soit qui mal y pense ! »
Le Ralliement, 23 février 1877 [repris deux jours plus tard par La Lanterne].

« Comme Bautru, et dans le même sens, on dit encore : Il en est. Sur ce terrain honteux, les synonymes pullulent ; ils prouvent la persistance d'un vice qui semble éprouver, dans les deux sexes, le besoin de se cacher à chaque instant derrière un nom nouveau. Nous rappellerons ici pour mémoire et sans les expliquer ailleurs, les mots : pédé, bique et bouc, coquine, pédéro, tante, tapette, corvette, frégate, jésus, persilleuse, honteuse, rivette, gosselin, emproseur, émile. »
Lorédan Larchey (1831-1902), Dictionnaire, 1881.

Aristide Bruant, À Biribi, 1891 :



« Voyons, Costi, il en est, ça saute aux yeux. »
Binet-Valmer, Lucien, I, xi, Paris : P. Ollendorff, 1910.

« À peine arrivés, les sodomistes quitteraient la ville pour ne pas avoir l’air d’en être. »
Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, I.
« La question n'est pas, comme pour Hamlet, d'être ou de ne pas être [William Shakespeare, Hamlet, III, 1], mais d'en être ou de ne pas en être. »
Id. ibid., II, ii.

« Quand il avait découvert qu’il "en était", il avait cru par là apprendre que son goût, comme dit Saint-Simon, n’était pas celui des femmes.’
Marcel Proust, La Prisonnière.

L’ouvrage de Jean Cocteau, La Difficulté d’être, avait inspiré à André Du Dognon un article titré « La difficulté d’en être. » (Arcadie, n° 1, janvier 1954).

L’expression s’est maintenue longtemps dans le milieu homosexuel, indiquant le sentiment d’appartenir à une communauté ; ce que manifestait, a contrario, la réponse de Marcel Jouhandeau à André Baudry, lors de la création de la rvue Arcadie :

« Aujourd’hui, les goûts qui sont devenus les miens, mais que je domine, sont tombés dans une telle promiscuité, une si odieuse vulgarité les entoure, une si dégradante ignominie les suit trop souvent que je ne suis plus du tout fier d’en être, presque j’en ai honte. »
NRF, mars 1954.

« Savez-vous ce qu'on dit de Zizi? On dit qu'il en est.
Ce jeune homme poli et si gentil. On dit qu'il en est.
Il est pourtant de bonne famille, avec de bonnes fréquentations,
Toujours des garçons, jamais de fille, alors pourquoi que les gens font ?

Ta ta ta, ta la ta ta, prout prout!
Ta ta ta, ta la ta ta, prout prout!
Ta ta ta, ta la ta ta, prout prout!
Ta ta ta, ta la ta ta, prout prout!

Ce garçon si drôle en travesti. On dit qu'il en est.
Ce fervent de la bicyclette. On dit qu'il en est. »
Fernandel, chanson « On dit qu’il en est », 1968.

« EN ÊTRE, ÊTRE COMME ÇA : expressions par lesquelles nous désignons ceux ou celles qui sont susceptibles d’aimer une personne de leur sexe. »
FHAR [Front homosexuel d'action révolutionnaire], Rapport contre la normalité, Paris : 1971.

« Si ma tante en avait on l’appellerait mon oncle, et si mon oncle en était on l’appellerait ma tante. »
Pierre Dac, Les Pensées, Paris : Éditions de Saint-Germain des Prés, 1972. Souvent cité de manière incomplète.

ENCLIN AUX FEMMES

« naturellement enclin aux femmes, sale en propos, mais bon homme et qui avait de la vertu ».
Tallemant des Réaux, Historiettes, « Du Moustier ».

ENCORYDONNER

« (…] quelques blocs de siècles – Périclès, Élisabeth, Henri III, où force grands et petits seigneurs, paraît-il, s’encorydonnaient à lèvres que veux-tu. »
Léon Bazalgette, « À propos du "Corydon" d’André Gide », Europe, n° 20, 15 août 1924.

ENCROUPÉ

« Serge, s’écriait-il d’une voix entrecoupée, sens-tu bien l’instrument qui, non satisfait de t’avoir engendré, a également assumé la tâche de faire de toi un jeune homme parfait ? Souviens-toi, Sodome est un symbole civilisateur. L’homosexualité eût rendu les hommes semblables à des dieux et tous les malheurs découlèrent de ce désir que les sexes différents prétendent avoir l’un de l’autre. Il n’y a qu’un moyen aujourd’hui de sauver la malheureuse et sainte Russie, c’est que philopèdes, les hommes professent définitivement l’amour socratique pour les encroupés, tandis que les femmes iront au rocher de Leucade prendre des leçons de saphisme. »
Guillaume Apollinaire, Les onze mille verges, 1907, chapitre 5.

ENCULADE, ENCULAGE

« Si notre santé nous le permet, nous ne manquerons pas d'assister à vos enculages virils. »
Bordel apostolique, 1790.

« Regarde comme ils sont heureux tes "Français de race" d'avoir si bien reçu les Romains... d'avoir si bien tâté leur trique... si bien rampé sous les fourches... si bien orienté leurs miches... si bien avachi leurs endosses. Ils s'en congratulent encore à 18 siècles de distance !.. Toute la Sorbonne en jubile !... Ils en font tout leur bachot de cette merveilleuse enculade ! Ils reluisent rien qu'au souvenir !... d'avoir si bien pris leur pied... avec les centurions bourrus... d'avoir si bien pompé César... d'avoir avec le dur carcan, si étrangleur, si féroce, rampé jusqu'à Rome, entravés pire que les mulets, croulants sous les chaînes... sous les chariots d'armes... de s'être bien fait glavioter par la populace romaine... Ils s'esclaffent encore tout transis, tout émus de cette rétrospection... Ah! qu'on s'est parfaitement fait mettre!... Ah! la grosse ! énorme civilisation !... On a le cul crevé pour toujours... Ah ! mon popotas !... fiotas ! fiotum !... Ils s'en caressent encore l'oigne... de reconnaissance... éperdue... Ah! les tendres miches !... Dum tu déclamas !... Roma !... Rosa ! Rosa !... Tu pederum !... Rosa ! Rosa ! mon Cicéron ! »
Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre, 1937.

ENCULÉ, subs.

Le participe passé enculé est devenu, comme substantif, une injure grave dans l’argot contemporain :

« Vos insultes là-dessus en disent plus qu’un long discours. Celle notamment dont les chauffeurs de taxis gratifient immanquablement, et presque toujours à tort, qui les gêne. Trois syllabes qui nous clouent au pilori en nous accusant de supporter ce que, me dit-on, il vous arrive de faire subir à vos femmes. »
Pierre Démeron, Lettre ouverte aux hétérosexuels, 1969.

« Il fait pas bon être pédé
Quand t’es entouré d’enculés. »
Renaud/Séchan, Petit pédé, 2002.

« Tu es Juif et homo ? Un enculé au bout coupé ? »
Message produit par PBA sur une liste de discussion d’Attac en septembre 2005.

ENCULER/ACCULER

Enculer est d’apparition légèrement ultérieure à sodomiser (1651).

« En vertu de tels édits,
Un honnête homme qui accule
Son page, sa chèvre ou sa mule
Ira droit en paradis. »
Epigramme sur la bulle de Sourdis, 1600.
[François d'Escoubleau (1570-1628), marquis de Sourdis, archevêque de Bordeaux (1591) et cardinal (le 3 mars 1598 ou 1599)]

« Imitons Henri [prince de Condé] ce bonhomme
Il nous donne des leçons ;
Car il n’encule ni n’enconne,
Si ce n’est la main des garçons
Et s’écrie en branlant la pique
Culs et cons je vous fais la nique. »
Recueil Maurepas, année 1666, BnF, mss fr  12639, tome 24, p. 35.

« Il [Louis-Joseph de Vendôme] était sodomite. Mais il eût été à souhaiter qu’au lieu de bougre, l’auteur eût pu mettre bardache, car le grand plaisir de ce duc était de se faire enculer, et il se servait pour cela de valets et de paysans, faute de plus gentils ouvriers. On dit même que les paysans des environs de sa belle maison d’Anet se tenaient avec soin sur son chemin lorsqu’il allait à la chasse, parce qu’il les écartait souvent dans les bois pour se faire foutre et leur donnait à chacun une pistole pour le prix de leur travail»
Recueil Maurepas, année 1695, BnF, mss fr 12623, tome 8, p. 229. Commentaire du dernier vers d’une épigramme, « C’est le meilleur bougre du monde. »

« On ne voit que f[outre] couler !
Le beau Narcisse, pâle et blême,
Brûlant de se foutre lui-même,
Meurt en tâchant de s’en[culer]. »
Alexis Piron, Ode à Priape, vers 1710. Le marquis de Sade écrira une parodie de cette Ode.

Selon Honoré Bonhomme, Piron, né en 1689, avait 20 ans lorsqu’il composa cette ode.

« Au clair de la lune, dans un bosquet de Versailles, il plaisait à ces jeunes seigneurs qui sont presque tous nouvellement mariés de s’enculer assez publiquement. Le marquis de Rambure [quelques mots rayés] par toute la bande, et l’on dit qu’il en voulait à M. l’abbé de Clermont qui est de l’âge du Roi [Louis XV, alors âgé de 12 ans]. Il est à la Bastille et les autres sont exilés, l’un d’un côté, l’autre d’un autre. Tout cela, hors le duc de Retz, n’a guères plus de 20 ans. »
E. J. F. Barbier, Journal historique et anecdotique, août 1722, BnF, mss fr. 10285, folio 229 verso.

Le mot se rencontre ensuite dans des poésies libres écrites vers 1730 et attribuées à Ferrand ou à Jean-Baptiste Rousseau :

« Lorsque les deux anges blondins
Aux sodomites apparurent,
Deux des plus nobles citadins
En rut après eux accoururent.
Les anges eurent beau voler,
Les bougres pour les enculer
À leurs dos si fort se lièrent,
Qu’emportés là-haut tout brandis,
En déchargeant ils s’écrièrent :
"ah ! nous sommes en Paradis !" »

« Prenez garde à lui, c’est un serpent qui se glisse : il monte chez vous, veillez des yeux votre femme, ressserez vos filles, éloignez vos garçons ; bougre, bardache, fouteur, il est entré, vous êtes sorti, tâtez-vous le front, visitez votre femme, vos filles, vos fils, tout est foutu, tout est enculé ! »
[Gervaise de Latouche], Histoire de Dom B[ougre] portier des Chartreux, 1741, réédité en 1976.

Et dans le même texte :

« Il avait des yeux qui nous enculaient de cent pas, et dont le regard farouche ne s’attendrissait qu’à la vue d’un joli garçon, alors le bougre entrait en rut, il hénissait, sa passion pour le cas antiphysique était si bien établie qu’il était redoutable aux Savoyards mêmes. »

Cet auteur connaissait aussi le verbe parallèle enconner :

« Je me mis en devoir d’enconner ma charmante, et mon bougre de m’enculer. »

Ce verbe se retrouve sous la plume du marquis de Sade et dans les écrits satiriques de la période révolutionnaire.

« Vous tremblez de voir détruire votre société, d’être forcé à renoncer au doux plaisir d’enculer. Eh bien, Messieurs, prenez des moyens pour écarter un malheur dont la seule idée vous fait frémir. »
Anonyme, Délibération du conseil général des gougres et des bardaches, 1790.

« Je pourrais citer l’exemple de Socrate qui enculait Alcibiade au vu et au su de tout le monde, et cependant les femmes grecques étaient assez belles pour inspirer des désirs aux hommes, et les faire bander. »
Les Petits bougres au Manège, 1790.

Au XIXe siècle, enculer est signalé par les dictionnaires d’argot ; on le rencontre aussi chez Flaubert, et dans des vers attribués à Théophile Gautier :

« Que dis-tu de ceci : des brigands grecs ont un jour une riotte avec la gendarmerie. Ils s’emparent de l’officier et de trois gendarmes, les enculent à outrance et les renvoient ensuite sans leur avoir fait autre chose. Quelle ironie de l’ordre ! »
Lettre à Louis Bouilhet, 10 février 1851.

« Que les chiens sont heureux !
Dans leur humeur badine,
Ils se sucent la pine,
Ils s’enculent entre eux !
Que les chiens sont heureux ! »
Cité par Alfred Delvau, Dictionnaire érotique, 2e édition, qui attribue ces vers au Parnasse satyrique.

Selon Delvau, « ENCULER. Introduire son membre dans le cul d’une femme, lorsqu’on est sodomite, – ou d’un homme, lorsqu’on est pédéraste.

« Allez vous faire foutre ! Expression injurieuse qui ne peut convenir à aucun homme, fût-il dans le cas de se faire enculer. On le fait, c’est peut-être bon ; mais on n’aime pas à s’entendre dire qu’on le fait. » (Le Petit citateur, 1881)

« Par une porte entrouverte qui laissait voir dans le cabinet de travail du général, Mony aperçut son chef debout et en train d’enculer un petit garçon charmant. »
Apollinaire, Les Onze mille verges, chapitre 5, 1907.

À la fin du XIXe siècle, l’argot connaissait une profusion de synonymes signalés par Bruant : « empétarder, encaldosser, enfifrer, entaler, etc. Toutes ces expressions sont de la plus basse obscénité. »

Le verbe figure évidemment dans la langue du romancier Louis-Ferdinand Céline, avec un assez grand nombre de variantes, dont engider.

« Triste sire. Allez vous faire enculer et n'en faites pas un fonds de commerce. Je vous méprise trop pour employer une formule de politesse. »
Lettre du sénateur RDSE François Abadie (1930-2001) à Sébastien Chenu, 19 juillet 2000.

ENCULERIE

Supercherie, chose méprisable, selon Wiktionnaire.

« Mais quelle enculerie ce genre de liens »
Fabien Gregh-Partenay, sur facebook, 31 décembre 2009.

ENCULEUR

« L’archevêque de Narbonne encule son enculeur. »
Anonyme, Bordel apostolique, 1790.

Un pamphlet contre-révolutionnaire, Les Petits bougres au Manège [1790], portait comme sous-titre : « Réponse de M. ***, Grand-maître des enculeurs, et de ses adhérents, à la requête des fouteuses, des maquerelles et des branleuses, demanderesses. »

« Du fils de dieu la voix horrible,
Tâche en vain de parler au cœur :
Un cul paraît, passe-t-il outre * ?
Non, je vois bander mon jean-foutre,
Et Dieu n’est plus qu’un enculeur.
[…]
D’enculeurs l’histoire fourmille,
On en rencontre à tout moment. »
* Celui de Jean-Baptiste, bardache aimé du fils de Marie. »
Marquis de Sade, Histoire de Juliette [1801], 4ème partie [parodie de l’Ode à Priape de Piron], in Œuvres, Paris : Gallimard, 1998, édition Michel Delon.

Le Dictionnaire érotique d’Alfred Delvau expliqua, purement et simplement, la différence entre pédéraste et sodomite :

« Le premier ne copule qu’avec les hommes, et le second avec l’un et l’autre sexe ; le pédéraste peut, d’enculeur, devenir enculé, tandis que le sodomite reste purement et simplement un enculeur. »

Dans la 2e édition, « ENCULEUR. Sodomite ou pédéraste, selon que sa pine s’adresse à un cul féminin ou à un cul masculin, ce qui, en somme, est toujours la même chose – et la même merde. »

ENCULISME

« Il n'y a pas plus d'égoïsme en France qu'il n'y a d'individualisme. Il y a en France comme partout dans le monde esclavage et esclavage (et de l'enculisme à la rigueur, de plus en plus d'enculisme). On ne peut appeler méchant celui qui n'a pas les moyens d'être bon. On ne peut appeler égoïste celui qui n'a pas les moyens d'être généreux. »
Jean-Pierre Voyer, L’anti-bloc-notes de Louis-Henri Brulard, août 1996.

ENDAUFFER

Argot pour « sodomiser » ; apparu au XIXe siècle, on l’entend encore parfois de nos jours.

ENDROIT

De même que pour « devant/derrière », on a parfois recours à l’opposition endroit/envers pour signifier l’opposition entre les deux goûts sexuels homo/hétéro ou anal/vaginal.

On observera que ces Jeudis sont à nous ce que sont les Indiens aux Européens. Ceux-ci font le diable noir, parce qu'ils sont blancs ; ceux-là le font blanc, parcqu'ils sont noirs. C'est ainsi que l'apostat vicomte appelle revers ce qui pour nous est l'endroit, et réciproquement. »
Andréa de Nerciat, Les Aphrodites, 5e partie, "Passe pout ceux-ci".

« Favorable au préservatif pour lutter contre l'épidémie du sida, l'abbé Pierre [Henri Grouès] était ainsi très ouvert sur le mariage et l'adoption par les couples homosexuels. Longtemps, son secrétaire fut d'ailleurs Jacques Perotti, curé et militant homosexuel qui fonda l'association des cathos gays David et Jonathan. L'abbé Pierre n'était pas de ceux qui pensent qu'on ne doit aimer qu'à l'endroit. Sur sa tombe, il souhaitait qu'on inscrive juste : "II a essayé d'aimer". »
Isabelle Monnin, « Les confessions scandaleuses », Le Nouvel Observateur, 25 janvier 2007.

ENFANT D'HONNEUR

« Si tu veux me servir deux jours d’enfant d’honneur.
[…]
L’enfant d’honneur Anselme, avec cet équipage,
Suit le More partout. »
La Fontaine, Contes, III, xiii, « Le petit chien ».

« Bardache : jeune garçon dont les gens de mœurs levantines abusent. On disait enfant d’honneur. »
Hector France, Dictionnaire de la langue verte, 1907, rééd. Nigel Gauvin, 1990.

L’expression se rattache à la famille lexicale de : bras d’honneur, doigt d’honneur, honneur (sexe de l’homme), lieu d’honneur, trou d’honneur (glory hole),

ENFANT DE SODOME

"Que faisait Créquy dans Rome
De défendu par la loi ?
Il est enfant de Sodome
Et Romain de bonne foi.
Un réformé de Genève
N'eût pas reçu plus d'affronts.
Quoi, dans Rome comme en [place de] Grève,
Veut-on fronder les chaussons ?"
BnF, mss 673 (Tallemant des Réaux), f° 109 r° ; il s'agit de Charles, duc de Créquy, mort en 1687.

Pamphlet titré : Les Enfants de Sodome à l’Assemblée Nationale ou Députation de l’Ordre de la Manchette, en 1790 [BnF Enf 638]..

« Mais pourquoi n’êtes-vous donc pas classé dans l’Almanach des enfants de Sodome ? »
Compère Mathieu, Suite des Pantins des Boulevards, 1791.

ENFIFRÉ

Non-conformiste, selon Delvau (Dictionnaire de la langue verte, supplément, 1883).

ENFOIRÉ, ENFOIRER

F. Caradec donne enfoiré = homosexuel, et enfoirer = sodomiser.

ENGANYMÈDER

Daterait du XVIe siècle d’après M/ de L’Aulnaye qui le définissait : « faire la sodomie » (Erotica verba, in Rabelais, Œuvres, 1820 ; mais ce verbe ne se trouve pas chez Rabelais)

« J’en connais d’assez peu sages
pour enganyméder leurs pages. »
Scarron, Poésies diverses, 1654.

« Enganyméder : Abuser honteusement d’un jeune garçon. Ce terme est de style burlesque. »
P. Richelet, Dictionnaire français, 1679-1680.

Dans ses notes sur Martial, Beau prenait soin de signaler ce verbe.

ENTRÉE DES ARTISTES

« ENTRÉE DES ARTISTES. Le cul, par allusion à la porte par laquelle entrent les acteurs et qui est ordinairement derrière la façade du théâtre et à l’opposite de celle par laquelle entre le public. » (Delvau, Dictionnaire érotique, 2e édition).

« Les artistes entrent au théâtre par la porte de derrière. Quand un professionnel [un habitué] a des goûts antiphysiques il pénètre chez son Jésus par l’entrée des artistes (Argot du peuple) »
Charles Virmaître, Supplément, 1896.

ENVERS

« Pourceau le plus cher d’Épicure,
Qui, contre les lois de nature,
Tournez vos pages à l’envers,
Et qui, pris aux chaînes des vices
Vous plongez dedans leurs délices,
J’ai des limbes entendu vos vers. »
Sieur de Sigognes, Ode, in Cabinet satyrique ou Recueil parfait des vers piquants et gaillards de ce temps, 1618.

« Le monde de la pédérastie constitue au milieu de la société un monde à part, -- ajoutons et à l’envers, -- fermé, inaccessible au profane, qui a son histoire, son organisation, sa langue, son personnel, sa hiérarchie, son recrutement, son enseignement, ses traditions, ses modes, sa tenue, ses procédés, sa crimininalité, sa solidarité et sa psychologie ; par où il est démontré que ce monde-là ne se refuse rien. »
J. Chevalier, "De l’inversion sexuelle aux points de vue clinique, anthropologique et médico-légal", Archives d’Anthropologie Criminelle, n° 31, 15 janvier 1891.

ÉPÉES DU CHEVET

« À la Cour [d'Henri IV], on ne parle que de duels, puteries et maquerelages ; le jeu et le blasphème y sont en crédit ; la sodomie - qui est l'abomination des abominations - y règne tellement qu'il y a presse à mettre la main aux braguettes ; les instruments desquelles ils appellent entre eux, par un vilain jargon, les épées du chevet. [...] Dieu nous a donné un prince tout dissemblable à Néron, c'est-à-dire bon, juste, vertueux et craignant Dieu, et lequel naturellement abhorre cette abomination. »
Pierre de l'Estoile, Mémoires-Journaux, tome IX, page 187, décembre 1608.

ÉPHÈBE, ÉPHÉBIQUE

Le T.L.F. reconnaît à ce terme « une nuance d’ironie ou une idée d’homosexualité » ; on peut suivre cette dernière depuis le milieu du XIXe siècle :

« un petit bonhomme gras et douteux, éphébique et féminin, avec sa tête d’Alsacienne, les cheveux blonds, en baguettes, tombant droit de la raie du milieu de sa tête, en redingote allemande de séminariste, dans l’ouvertur de laquelle se flétrit un peu de lilas blanc, – tapette étrange et inquiétante. »
E. et J. Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 4 mai 1865.

« La religion catholique est en progrès sur le paganisme. Celui-ci avait ses confréries de vierges ; – les catholiques y ont ajouté les maîtrises de jeunes éphèbes. »
L. Baudier, L’Arlequin démocratique, 1873, « Sur les genoux de l’Église ».

« Il [Chouard] est vêtu d’un petit paletot gris à collet de velours, et sur le plastron de sa chemise s’étalent les bouts flottants d’une cravate bleue, signe distinctif ordinaire des éphèbes de barrière [faubourg]. »
« Affaire de Germiny », La Tribune, 25 décembre 1876.

En avril 1877, une gazette judiciaire rendit ainsi compte d’une affaire d’outrage aux bonnes mœurs à Paris :

« On sait quelle était autrefois, sous le rapport des mœurs, la triste réputation de l’allée des Veuves [avenue Montaigne], aux Champs-Élysées. Depuis quelque temps, cette fâcheuse notoriété semblait transportée au passage Jouffroy [9e arrondissement], et la chronique s’alimentait des scènes scandaleuses qu’on disait s’y passer tous les soirs.
  On voyait, en effet, circuler là des sortes d’éphèbes, au visage efféminé, aux airs alanguis, adressant aux hommes des regards provocateurs, et, quand ils croyaient pouvoir le faire, joignant aux propos obscènes des gestes plus obscènes encore. »

À une enquête sur la crise de l’amour, Paul Verlaine répondit :

« Les philosophes grecs aimaient les belles formes. Leur cœur s’attachait de préférence aux nobles lignes que les beaux éphèbes déployaient dans les exercices du gymnase […] quelques esprits délicats de nos jours, heurtés par le côté bassement matériel de l’amour, par le prosaïsme des rapports journaliers, frappés de l’incomplet des formes féminines, du manque d’esthétique de leur amitié toujours peu sûre, ont jugé que la passion ordinaire ne pouvait jamais atteindre à ce haut point de désintéressement où se joue l’amitié entre hommes. L’amitié-passion, voilà le remède que vous cherchez. »
La Vie parisienne, 26 septembre 1891.

On a su par Jules Renard que :

« L ‘éphèbe Marsolleau va d’ami en ami. »
Journal, 23  décembre 1891.

« Des éphèbes de dix-sept ou dix-huit ans minaudent et font les 'folles' ».
H. Marx, Ryls, un amour hors-la-loi, 1924.

« Par pédéraste, on entend généralement l’homme qui recherche les éphèbes pour leur beauté. Ainsi la pédérastie relève-t-elle de l’esthétique, pas du tout de la clinique. Le pédéraste n’a rien d’anormal a priori. »
Marcel Jouhandeau, Corydon résumé et augmenté, 1951.

« Tous ces rituels de foire aux éphèbes, de marché aux esclaves m'excitent énormément. La lumière est moche, la musique tape sur les nerfs, les shows sont sinistres et on pourrait juger qu'un tel spectacle, abominable d'un point de vue moral, est aussi d'une vulgarité repoussante. Mais il me plaît au-delà du raisonnable. »
Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie, Robert Laffont, 2005.

Parmi les dérivés, on rencontre éphébophile dans une traduction de Magnus Hirschfeld, éphébophilie dans des publications médicales, éphébérastie dû à Willy, éphébisme chez Jean Lorrain.

ÉQUIVOQUE, ÉQUIVOQUER

« Et Socrate, l’honneur de la profane Grèce,
Qu’était-il en effet, de près examiné,
Qu’un mortel, par lui-même au seul mal entraîné ;
Et malgré la vertu dont il faisait parade,
Très équivoque ami du jeune Alcibiade. »
Boileau, Satires, XII [1706].

« L’Univers sait que l’équivoque marquis de Villette est le président perpétuel du formidable district des citoyens rétroactifs, partant zélé partisan de la Constitution où tout est sens devant derrière. »
Andréa de Nerciat, Les Aphrodites, 1793, 1ère partie, « À bon chat : bon rat ».

« […] chansons d’amour arabes qui rappellent aux commerçants l’équivoque classique de l’églogue de Corydon. » (Virgile, Églogues, II).

Gérard de Nerval, Voyage en Orient, "Les femmes du Caire".

« La conversation tourne, se retourne et va à M. de Custine. On équivoque. L’allusion joue. La pédérastie flotte sous la plaisanterie. »
Edmond et Jules Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 31 décembre 1862.

ÉROTISME D'EN FACE

Raymond de Becker, L'Érotisme d'en face, Pauvert, 1964. Bibliothèque Internationale d'Erotologie, n° 12.

ÉTRANGE

"Je n'ai eu pour régent que des écoliers écossais, et vous des docteurs jésuites [...] Vous m'avisez du mal que donnent les garces : priez Dieu que les chirurgiens ne découvrent jamais la cause qui vous fit éviter celui-là pour vous en donner un pire. On dit que vous êtes un étrange mâle : je l'entends au rebours, et je ne m'étonne pas si vous êtes si médisant contre les dames."
Lettre de Théophile de Viau à Guez de Balzac, 1626, in F. Lachèvre, Le Procès de Théophile de Viau, Bibliothèque des Curieux, 1909.

ÊTRE DE LA CONFRÉRIE, DE LA CORPORATION, DE LA PROCESSION

« Être de la procession. Être du métier. On dit aussi En être. »
Alfred Delvau, Dictionnaire de la langue verte, 2e édition, 1883.

ÊTRE DU BÂTIMENT

Dans le film français Pédale douce.

Au XVIIIe siècle : être de la clique, ou du commerce infâme ; au XIXe : être de la corporation, de la Garde Nationale, de la procession ; au XXe : être de la pédale, de la jaquette flottante, de la corporation, en être une.

ÊTRE POUR HOMMES, ÊTRE POUR LES HOMMES

Expression donnée par Alfred Delvau comme signifiant « être pédéraste ». Henri Bauche l’a signalée en 1920, l’expliquant par « aimer les hommes (sodomie) ».

« Dans ce café bondé d’imbéciles, nous deux,
Seuls, nous representions le soi-disant hideux
Vice d’être "pour hommes" et sans qu’ils s’en doutassent
Nous encaguions ces cons avec leur air bonasse,
Leurs normales amours et leur morale en toc. »
Paul Verlaine, Hombres, XII [1891].

« [Gertrude] : Si monsieur Lucien était pour les hommes, est-ce qu’il courtiserait cette gentille demoiselle qui vient de me donner encore un louis à propos de rien ?’
Binet-Valmer, Lucien, III, ii, Paris : P. Ollendorff, 1910.

ÉVÊQUE DE CLOGHER

Cette expression tire son origine d’un fait divers londonien, le 19 juillet 1822 ; Percy Jocely, évêque de clogher, fut surpris en compagnie d’un soldat dans la back room d’un pub, à Haymarket ; arrêté puis relâché, il semblerait qu’il se soit réfugié à Ostende, puis en France et enfin en Écosse où il aurait fini ses jours le 2 décembre 1843.

Stendhal a mentionné un récit de voyage en Angleterre écrit par le marquis de Custine, ajoutant :

« On dit l’auteur a member of the clergy of the R[ight] R[everend] bishop of  Klogher. »
Lettre à Sutton Sharpe, 10 janvier 1830.

Dans des notes manuscrites pour Lucien Lewen, Stendhal indiquait :

« Milord Link est un évêque de Clogher, mais ne pas le dire. »
« Lord Link = évêque de Clogher. Mais cela ne peut pas se dire. ».
« – Modèle : marquis Courtenay de Draveil. »
Chapitre 31.

Il est encore question de l’amour de l’évêque de Clogher dans le chapitre 31 de La vie de Henri Brûlard :

« Benoît, bon enfant qui se croyait sincèrement un Platon parce que le médecin Clapier lui avait enseigné l’ amour (de l’évêque de Clogher). »

Cette expression a eu un correspondant en anglais avec the crime of Clogherism (W. Benbow, The Crimes of the clergy, 1823).

Étudiant l’homosexualité « intérieure et virtuelle » de Stendhal, Philippe Berthier a donné comme titre à son article : « Portrait de Stendhal en évêque de Clogher » (Stendhal Club, 15 janvier 1983).

EXCÈS CONTRAIRE

«  Les Lacédémoniens [Spartiates] furent de tous les Grecs ceux qui se livrèrent le moins à l’amour contre nature ; ils donnèrent peut-être même dans l’excès contraire, car Aristote leur reproche d’avoir laissé prendre trop d’empire à leurs femmes. »
Étienne. Clavier, Histoire des premiers temps de la Grèce, 1809.

EXERCER, EXERCICE, EXERCICE À LA BULGARE, EXERCICE BULGARE

Le sens homosexuel d’exercer remonte à la langue latine de Sénèque le Jeune : marem exerceo, j’exerce sur un mâle, dit Hostius Quadra dans les Questions naturelles (I, xvi, 7)

« Ils [les jésuites] seront charmés d’avoir un capitaine qui fasse l’ exercice à la bulgare […] Quel plaisir auront Los Padres quand ils sauront qu’il leur vient un capitaine qui sait l’exercice bulgare
Voltaire, Candide, ou l’Optimisme, XIV.

« J’ai vu tout récemment un grand notaire en lunettes, qui est é….. et jésuite, faisant faire l’exercice à un petit bonhomme en casquette. »
Fournier-Verneuil, Paris, Tableau moral et philosophique, 1826.

« [Alphonse] Daudet remémore le cynisme de la parole de Rimbaud, jetée tout haut en plein café et disant de Verlaine : "Qu’il se safisfasse sur moi, très bien ! Mais ne veut-il pas que j’exerce sur lui ? Non, non, il est vraiment trop sale et a la peau trop dégoûtante !" »
Journal des Goncourt, 8 février 1891.


Lettre F

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