dimanche 12 avril 2015

DFHM : lettre B - backroom à brodeuse

Extrait de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine.



BACKROOM

"Cet ouvrage, naviguant de sauna en backroom, eût été  interdit, il y a une cinquantaine ou une centaine d'années, pour des raisons différentes et pour simple cause d'atteinte aux bonnes mœurs. En un demi-siècle, on a donc assisté à un changement d'optique, quant à la définition de l'obscène, sexualisé jadis, politisé aujourd'hui."
Emmanuel Le Roy Ladurie, Le Figaro, 2000.

"Tel livre il y a tout juste un demi-siècle aurait été aussitôt retiré de la vente pour atteinte aux bonnes mœurs, du fait de ses pérégrinations et narrations incessantes relatives à des séjours en backrooms et en saunas."
Emmanuel Le Roy Ladurie, "Il est assis entre toutes les chaises", Commentaire, n° 91, automne 2000, page 679.

"Les backrooms, lieux de rencontres sexuelles, situés à l'étage ou en sous-sol de certains établissements de nuit gays, se sont multipliés ces dernières années, notamment dans la capitale, qui en compte une cinquantaine. Parfois plongées dans le noir, ces pièces ou ces cabines sont le théâtre de rencontres furtives, anonymes et de pratiques sexuelles totalement débridées."
Sandrine Blanchard, "Dans les backrooms, la vigilance à l'égard du sida recule", Le Monde, 21 novembre 2000.

« Nous étions dans un bar bizarre, très kitsch, avec des miroirs et des dorures, rempli d’homosexuels paroxystiques qui s’enculaient sans retenue dans des backrooms adjacentes, mais cependant ouvert à tous, des groupes de garçons et de filles prenaient tranquillement des Cocas aux tables voisines. »
Michel Houellebecq, La Possibilité d’une île, DANIEL 1, 15, Paris : Fayard, 2005.

BARDACHE

Ignoré par le Grand Larousse de la Langue Française, le mot est pourtant d’un usage assez régulier depuis la Renaissance. Dès son apparition, il était dépourvu de l’ambiguïté que subissaient bougre et sodomite. Les emplois fréquents jusqu’à la Révolution montrent que la société française s’était surtout attachée à décrire, voire à stigmatiser, l’homosexualité masculine passive.

Bardache vient de l’italien bardassa, jeune garçon. L’humaniste Henri Estienne souligna l’origine du mot en y voyant l’origine de la chose :

« Les mots dont nous usons pour exprimer une telle méchanceté, empruntés du langage italien, servent de preuve suffisante que la France tient d’eux ce qu’elle en a. »
Traité préparatif à l’Apologie pour Hérodote, chapitre 10, 1566.

« On fait aussi plusieurs contes de Cordeliers et de Jacobins surpris en menant avec eux leurs putains habillées en novices : de fait ça a été une subtile invention de se faire permettre de mener des novices, pour sous ce titre avoir toujours ou un bardache, ou une garçe. »
Ibid., chapitre 21.

Dans Rabelais, on trouve la variante bredache :

« Ho, bougre, bredache de tous les diables incubes, succubes et tout quand il y a. »
Quart Livre, chapitre XX, 1e édition partielle, 1548.

En 1575, le mot figurait dans une curieuse justification de la polygamie brésilienne comme moyen de prévenir l’homosexualité masculine :

« Jamais les hommes n’habitent avec elles pendant qu’elles sont grosses, ni après l’enfantement, et jusqu’à ce que l’enfant soit nourri et chemine tout seul ou ait un an pour le moins : d’autant qu’ils disent avoir affaire avec leurs filles lorsqu’elles sont encore au ventre de la mère et en ce faisant ils paillardent : et si c’est un mâle ils le font bardache ou bougeron, qu’ils nomment en leur langage Tevir : ce qui est fort détestable et abominable, seulement de le penser. Voilà la cause principale pour laquelle ils ont plusieurs femmes. »
André Thevet, Cosmographie universelle, tome 2, folio 933.

Bougeron est ici opposé à bardache comme l’agent au patient, ce que l’on trouvera aussi chez Brantôme :

« Jamais nul bougre ni bardache ne fut brave, vaillant et généreux que le grand Jules César. »
Les Dames galantes, 1er discours.

Dans l’ouvrage anonyme Le Cabinet du Roi de France (1581) attribué à un certain Froumenteau, on rencontre un curieux dénombrement des ecclésiastiques violant la règle de chasteté ; ainsi sur 478 chanoines de l’archevêché de Lyon, 78 sont trouvés sodomites et 39 bardaches ; des vicaires « ont quelques bardaches, mais cela est fort secret ».

Le théologien franciscain J. Benedicti fit une belle petite étude de la question :

« La glose expose le mot de saint Paul molles en disant pathiques. Et me semble que sont bardaches, le bordel desquels détruisit le roi Josias [II Rois, XXIII, 7]. Il démolit, dit l’Écriture, les maison des efféminés, ainsi les appelle notre version commune. Les hébreux les appellent Kadeschim, les Ethniques les nommaient cinaedos, c’est-à-dire cinèdes. Tel fut Ganymède, duquel s’énamoura Jupiter, si les poètes disent vrai. Tel fut Jules César étant encore garçon, aimé du roi de Nicomédie. »
La Somme des péchés, 1601.

Le libertinage passa sur les textes.

Vers composés en 1681 ou 1685 :

« La vieille Cortain se fâche
Que Brunet soit mon mignon ;
Elle est une vieille vache,
Il est un joli bardache ;
Elle a le con lâche et profond,
Il a le cul petit et rond. »
BnF, mss fr. 12688, page 284 (recueil Clairambault, tome 3)

« Il [Louis-Joseph de Vendôme] était sodomite. Mais il eût été à souhaiter qu’au lieu de bougre, l’auteur eût pu mettre bardache, car le grand plaisir de ce duc était de se faire enculer, et il se servait pour cela de valets et de paysans, faute de plus gentils ouvriers. On dit même que les paysans des environs de sa belle maison d’Anet [Eure et Loir] se tenaient avec soin sur son chemin lorsqu’il allait à la chasse, parce qu’il les écartait souvent dans les bois pour se faire foutre et leur donnait à chacun une pistole pour le prix de leur travail»
Recueil Maurepas, année 1695, BnF, mss fr 12623, tome 8, page 229. Commentaire du dernier vers d’une épigramme, « C’est le meilleur bougre du monde. »

« Le souverain même des Dieux [Jupiter],
Roi de la bougrerie
Par son bardache dans les Cieux [Ganymède]
Fit verser l’ambroisie. »
Recueil du Cosmopolitique, 1735.

« On n’y trouve [au café d’Alexandre] que des raccrocheuses, des bougres et des bardaches. Il se passe dans ce café des infamies, des horreurs qu’il est inutile de nommer ; les titres de ceux qui l’habitent les font assez deviner. »
Mayeur de Saint-Paul, Le Désoeuvré, ou L’Espion du Boulevard du Temple, 1781, chapitre VI

« Antinoüs, ainsi nommé parce qu'à l'exemple du bardache d'Hadrien, il joignait au plus beau vit du monde le cul le plus voluptueux, ce qui est très rare, était porteur d'un outil de huit pouces de tour sur douze de long. »
Marquis de Sade, Les Cent vingt journées de Sodome, Introduction.

"BARDACHE. Subst. masc. Terme obscène. Jeune homme dont les Pédérastes abusent."
Dictionnaire de l'Académie française, 5e édition, 1798.

« BARDACHE. Pédéraste actif ou passif, au choix – des autres. »
Alfred Delvau, Dictionnaire érotique.

Honoré de Balzac utilisa le mot comme insulte dans Le Chef d’œuvre inconnu (chapitre II), et Gustave Flaubert avait eu pour lui une affection particulière :

« J’étais né pour être empereur de Cochinchine, pour fumer dans des pipes de 36 toises, pour avoir 6 mille femmes et 1 400 bardaches. »
Gustave Flaubert, lettre à Ernest Chevalier, 14 novembre 1840.

« Nous avons été indignement floués de 300 piastres (75 francs) pour voir danser les bardaches […] Quant à la pédérastie, brosse. Ces messieurs ont des amants de cœur, je ne sais quoi. On les réserve pour les pachas. Bref il nous a été impossible d’en tâter. Ce que je ne regrette nullement, car leur danse m’a profondément dégoûté d’eux. »
Lettre à Louis Bouilhet, 19 décembre 1850.

On peut supposer que Flaubert n’était pas sérieux lorsqu’il écrivait :

« Le philosophe Baudry a publié le premier volume de sa Linguistique, qui doit lui ouvrir les portes de l’Institut. Je dîne chez ce brave homme mardi prochain avec Littré, Renan et Maury. Quelle réunion de bardaches ! »
Lettre à Jules Duplan, 14 mars 1868.

Cette nouvelle connotation, rappelant l’évolution de bougre, n’était pas envisagée par Littré, qui donna en 1863 cette définition pas du tout originale « Terme obscène signifiant mignon, giton. »

"La vocation du théâtre est, à mes yeux, la plus basse des misères de ce monde abject et la sodomie passive est, je crois, un peu moins infâme. Le bardache, même vénal, est du moins, forcé de restreindre, chaque fois, son stupre à la cohabitation d'un seul et peut garder encore, -- au fond de son ignominie effroyable, -- la liberté d'un certain choix. Le comédien s'abandonne,sans choix, à la multitude, et son industrie n'est pas moins ignoble, puisque c'est son corps qui est l'instrument."
Léon Bloy (1846-1917), Le Désespéré (1886), chap. IV.

« Les voici bien, les jeunes blondins qu’ils adorent, les bardaches modernes, les uns se maquillant comme des femmes, d’autres portant des bagues et des bracelets ou signalant leur passage par une trace de parfum ! Ces greluchons appartiennent au troisième sexe. Ignominieux renversement des lois naturelles qui fait revivre à travers notre société les hontes de l’antique Pentapole [Sodome, Gomorrhe et trois autres villes] ou les plus impures débauches de la décadence romaine. »
FrédéricLoliée, Les Immoraux. Études physiologiques, livre 2, VI, Paris : A. Savine, 1891.

Alfred Delvau annonça l’évolution vers le sens général d’homosexuel masculin en mettant :

« BARDACHE : Pédéraste actif ou passif, au choix des autres. »

On rencontre encore parfois le mot, par exemple dans le polar historique d’Alice Yvernat :

« Par expérience, il savait que les bardaches n’avaient pas pour la plupart d’entre eux un aspect très différent de n’importe quel honnête homme croisé dans la rue, mais il ne pouvait s’empêcher de se poser la question. Comment apparaissait-il aux yeux de ces gens-là ? »
Les Billets indiscrets, chapitre 5, Paris : L’Embarcadère, 2005.

BARDACHER, BARDACHISER

« De boire, de manger, de jouer, de dormir, de paillarder, de bardachiser, de se jouer de la sorcellerie, on n’en touche ici rien, qui sont néanmoins sept. »
Anonyme, Le Cabinet du Roi de France, 1581.

L’auteur protestant anonyme de cet ouvrage, adepte de l'ordre moral, recommandait le mariage des prêtres comme moyen efficace de supprimer les relations masculines :

« Vous préviendrez par ce moyen chaque an 30 000 ou 40 000 incestes en l’Église anglicane, et la sodomie ; car 25 000 ou 30 000 personnes qui ont accoutumé d’y bardacher se déporteront de leur sodomie afin de se marier. »

Bardachiser figurait dans le dictionnaire français-anglais de R. Cotgrave, avec cette définition : « To commit sodomy, to bugger, to ingle ».

BARDACHERIE

"Il ne serait point question de fouterie naturelle. On n'y occuperait ses forces et son temps qu'à soulager les ardeurs de la bougrerie, de la pédérastie et de la bardacherie."
Bordel apostolique institué par Pie VI pape en faveur du clergé de France, « Supplique », 1790.

Au passage, notez la belle expression "soulager les ardeurs", aux antipodes de ce que nous offre la sociologie gauchiste avec ses "pratiques sexuelles".

BARDACHIN, BARDACHINET

« Accourez, bougres, bardaches, bardachins et bardachinets, contemplez et voyez si la mobilité de mon rond ne met pas en défaut la mobilité du vôtre. »
Les Enfants de Sodome à l’Assemblée nationale, 1790, discours de la Tabouret.

BAREBACK, BAREBACKER

« Le " bareback " est le culte des rapports non protégés, le " no capote ". II signifie littéralement " chevauchée à cru ". Pour les " barebackers ", les capotes empêcheraient de bander. Elles seraient un indice de la honte de soi et de haine du sexe. »
Régine Deforges, Libération, 16 avril 2003.

BATHILLE,  BATHYLLE

  C’est le nom d’un aimé dans les vers d’Anacréon (VIe siècle avant J. C.) et de ses imitateurs ; selon Pierre Bayle, cet amour a toujours passé pour « une franche pédérastie ». Juvénal en avait fait un nom de mignon dans sa VIe satire, et Agrippa d’Aubigné en a dérivé un terme générique :

« Caresser un Bathille, en son lit l’héberger,
N’ayant muet témoin de ses noires ordures
Que les impures nuits et les couches impures. »
Tragiques, II, « Princes ».

Le souvenir d’Anacréon a été réveillé par ces vers de Mérard de Saint-Just :

« Monsieur Richfort, Anglais très entiché
D’un goût impropre, épris du beau Bathylle,
Des beaux garçons le plus beau de la ville,
Pour cent louis a conclu le marché ;
Il le désire, et des mains le dévore ;
Et s’il n’est pas complètement encore
Heureux amant, on peut lire en ses yeux
Qu’avec son ange il voudrait être aux cieux. »
La Courtisane d’Athènes. Poésies diverses, 1801.

Le mot a revu le jour en 1909, année pendant laquelle l’homosexualité fut un sujet fort discuté dans de nombreuses publications :

« En notre troisième République, Bathylle règne à Paris comme il régnait à Rome. Sous l’œil tolérant de notre police, des bars select, affectés au nouveau culte, reçoivent, chaque soir, un public de malades, de pervertis, de snobs, de provinciaux, et d’étrangers, anglo-saxons pour la plupart, avides, sans doute, d’exercer en ces lieux l’apostolat méthodiste qui sommeille dans tout cœur britannique. »
Wamba, « L’hérésie sentimentale », Fantasio, n° 67, 1er mai 1909 ; sont mentionnés l’Alvin’s Bar et le Maxence Bar ; vers 1900 d’autres signalaient le Scarabée, rue de Dunkerque.

BEAU, subs.

« Aristote dit, appartenir aux beaux, le droit de commander : et quand il en est, de qui la beauté approche celle des images des Dieux, que la vénération leur est pareillement due. À celui qui lui demandait, pourquoi plus long temps, et plus souvent, on hantait les beaux : Cette demande, fait-il, n'appartient à être faite, que par un aveugle. La plus-part et les plus grands Philosophes, payèrent leur écolage, et acquirent la sagesse, par l'entremise et faveur de leur beauté. »
Montaigne, Essais, III, xii, 1058.

« Le quartier général de ces messieurs à culotte se tient place du Carrousel, entre les deux guichets du côté de la rivière, de huit à neuf heures du soir. Les beaux, les patients, sont en ligne, dans l'attitude d'un homme qui satisfait un besoin. Les amateurs inspectent. Enveloppé dans mon manteau, j'ai parcouru cette ligne de chiens et de cochons! C'est là le dernier degré de la dépravation humaine. »
Fournier-Verneuil, Paris, Tableau moral et philosophique, 1826.

« Catalogue critique et descriptif de 43 gitons, par un Genevois turquisant. Fazyl Bey. Le Livre des beaux. Traduit du turc avec une introduction et des notes par un pacha à trois queues. Paris, Bibliothèque internationale d'édition, 1909. » (Extrait du catalogue de la vente Erotica de 2007 chez Bergé et associés).
« Le Livre des Beaux contient 43 courts chapitres consacrés chacun à la description d'un giton. Le « pacha à trois queues » à qui est attribuée cette traduction annotée pourrait bien être Edmond Fazy, qui était Suisse et non Levantin comme Fazyl Bey, mais qui connaissait le turc et qui semble avoir accordé un intérêt particulier aux homosexuels » (Pascal Pia, pp. 818-819)."

« Il [Phanoclès] avait composé un poème intitulé "Eρωτες ή Καλοί", "Les amours ou les Beaux", où il chantait des légendes religieuses et héroïques relatives à l’amour des garçons. […] Phanoclès avait intitulé Καλοί le poème où il célébrait les plus illustres des "Beaux" d’autrefois.»
Histoire de l’amour grec, 1930.

BERGER, BERGER PASSIONNÉ

« le berger passionné Corydon »
Rabelais, Quart Livre [1552], chap. 28.

André Gide désigna par le mot de « berger » d’abord le personnage de Théocrite et de Virgile, puis son ouvrage Corydon. Il connaissait sans aucun doute le poème de Christopher Marlowe « The Passionate Shepherd to his Love ».

BI, adj. inv. Et subs.

Abbréviation de bisexuel.

« Dans ces temps-là tout le monde était peu ou prou bi : pendant que Monsieur s’intéressait à la puberté de quelque giton, Madame jouait les grandes goudous sacrées, entre filles. »
Dominique Durand, « Le courrier de Jeanne Lacane », Le Canard enchaîné, 13 avril 1983.

« Aujourd’hui, le mouvement bi américain est riche de groupes bi mixtes et non mixtes, de groupes de support et d’autres de discussion, de groupes « black », juifs, étudiants, de parents et d’épouses de bisexuels. Bref, il existe plus de 350 organisations bi. Leur diversité témoigne de leur vitalité et de leur raison d’être. »

« Le Conseil est la principale instance décisionnaire de l'Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans. Son rôle est de discuter et de décider des grandes orientations de l'association. C'est aussi un lieu public de rencontre et d'échanges pour ses membres, et un lieu de mise en commun de moyens et d'élaboration de stratégies collectives. »

« Ce 28 juin prochain [2003], de toute façon, on remet ça, pour la 2è édition de la Marche des fiertés lesbiennes, gaies, bi et trans. politique et revendicative. Face à des pouvoirs publics qui nous ignorent, cette marche le sera comme jamais, avec un mot d'ordre clair et exigeant : "Homophobie, lesbophobie, transphobie : agissons !". Elle sera tout à la fois pop, rock, techno, house, ou bal musette : loin d'être uniforme, elle cultivera comme toujours la diversité musicale, culturelle, générationnelle. Hétéros, bi et homos de tout genre s'y cotoieront derrière cet unique mot d'ordre et ces multiples ambiances. »

Un habitué d’un club échangiste auvergnat se définit comme « bi léger ».

Encore abrégé en B dans LGBT et Inter-LGBT.

BIBI

Selon Alfred Delvau, « Jouvenceau, mignon qui sert aux plaisirs libertins des vieillards – le giton du Satyricon, le Ganmède de Jupiter, l’officiosus des bains publics, à Rome ; – ou mignon de dame. » (Dictionnaire érotique, 2e édition).

BICHON

« Bichon : Petit jeune homme qui joue le rôle de Téhodore Calvi auprès de n’importe quels Vautrins. »
Delvau, Dictionnaire de la langue verte, 1866.

BILBOQUET

« Homme qui est le jouet des autres. »
Delvau, Dictionnaire de la langue verté, 2e édition.

BIPACSIE

"La bipacsie comme la bigamie est interdite."
Christine Boutin, Assemblée Nationale, séance du 8 novembre 1998.

BIPHOBIE

Borrillo.

BIQUE ET BOUC

« BIQUE ET BOUC : Voir Être (en) »
Larchey, 1881.

Homosexuel à la fois actif et passif, d’après François Caradec et le Grand Robert 1985.

BIS(S)EXUALITÉ

Ce mot ainsi que bisexuel ont d’abord été appliqués par les botanistes aux plantes hermaphrodites, en opposition à unisexualité et unisexuel. Charles Fourier a transposé cette double paire d’opposés dans le domaine de la sexualité humaine.

« Les hommes qui ont séduit, corrompu, souillé les âmes et les vies de leurs semblables plus jeunes sont d’ahbitude des pervertis. Ils n’ont pas toujours été unisexuels. Ils ont plus de prise. Ils sont plus vicieux. L’unisexuel qui s’essaye à la bissexualité devient aussi corrompu que l’homme sexuel normal qui s’essaye à l’unisexualité : ils ont tous les vices, ceux qui leur reviennent et les autres. »
Marc-André Raffalovich, « Quelques observations sur l’inversion », Archives d’Anthropologie Criminelle, n° 50, 15 mars 1894.

BISEXUEL

« En amour, il y a ultragamie entre deux femmes saphiennes. Ce lien sort des attributions de l’amour qui comprennent les unions bisexuelles. Dans ce cas, les deux ressorts de l’amour engrènent dans la passion d’amitié ou affection unisexuelle. »
Charles Fourier, Œuvres complètes, Anthropos, 1967, t. IV, p. 367.

« L’orgie bisexuelle, genre très beau et très précieux en harmonie, mais inadmissible en civilisation où l’on en voit à peine quelques lueurs à la suite de festins et sans habitudes maintenues.
Charles Fourier, Œuvres complètes, Anthropos, 1967, t. VII, p. 58.

Ces termes ont été repris par P.-J. Proudhon qui opposait à l’érotisme homoïousien l’amour androgyne ou bi-sexuel :

« Cet érotisme homoïousien, quelque spiritualiste qu’en soit le principe, n’en demeure pas moins un délit contre le droit mutuel des sexes, et ce mensonge à la destinée, après de si beaux commencements, méritait d’avoir une fin épouvantable. Un des interlocuteurs de Plutarque, celui qui défend la cause de l’amour androgyne ou bisexuel, fait à son adversaire, qui protestait au nom des sectateurs du parfait amour contre les accusations dont on les chargeait, l’objection suivante : Vous prétendez que votre amour est pur de tout rapprochement des corps, et que l’union n’existe qu’entre les âmes ; mais comment peut-il y avoir amour là où il n’y a pas possession ? [Dialogue sur l’amour] »
Proudhon, Amour et mariage, XXVI, 1858.

La trace de ce terme se perd ensuite ; on ne le retrouve, dans un sens différent, qu’après l’introduction d’homosexuel et d’uraniste, dans la période de réflexion médicale et sociologique sur la question.

« Le docteur Hirschfeld a naturellement expédié des questionnaires aux étudiants, aux ouvriers. D’après quelques uranistes de toute confiance, M. Hirschfeld compte, à Berlin, sur 56 000, en Allemagne sur 1 200 000. Et les "bisexuels" sont deux fois aussi nombreux. Hambourg abrite 5 000 unisexuels. »
« Les groupes uranistes … », 1904.

« M. [Magnus] Hirschfeld, qui est actuellement probablement le meilleur connaisseur de l’homosexualité du monde entier, n’a certes pas exagéré en disant que Berlin a plus de 50 000 homo et bisexuels parmi les hommes. »
« Le monde homosexuel de Paris », Archives d’Anthropologie Criminelle, n° 135, 15 mars 1905.

L’attention portée à la catégorie des bisexuels, désormais ceux qui sont susceptibles d’aimer plus ou moins également les deux sexes, fut renforcée par la publication en 1910 de l’ouvrage du Dr Saint-Paul L’Homosexualité et les types homosexuels ; une critique en figurait dans Le Malthusien de février 1911 :

« Les types homosexuels (invertis-nés, paidophiles, occasionnels, bisexuels) sont fixés et déterminés de main de maître. »

En tant que disposition constitutionnelle ou « puissance des contraires » (Corraze, 1969), le concept de bisexualité dérive de celui d’hermaphodisme moral.

BITUMINIE

Genèse XIV, 10 : "la vallée de Siddim [Sodome] était pleine de puits de bitume"
cf Béroalde de Verville, Le Moyen de Parvenir, éd. 1984, p. 182, en note : bituminie = sodomie.

BLEU

Dans les expressions « ballets bleus » (par opposition à « ballets roses »), « zone bleue », « garçon bleu » (de l’anglais « blue boy »).
Voir aussi l’opuscule de J.-L. Delpal, Paris bleu tendre, 1972, sorte de guide.
En russe, голубой signifie à la fois « bleu ciel » et « homosexuel » (Meilach, 1982 ; Le Guévellou, 2002). Le terme se prête au calembour : голу- boy.

BLONDIN, BLONDINET

« Les voici bien, les jeunes blondins qu’ils adorent, les bardaches modernes, les uns se maquillant comme des femmes, d’autres portant des bagues et des bracelets ou signalant leur passage par une trace de parfum ! Ces greluchons appartiennent au troisième sexe. »
Frédéric Loliée, Les Immoraux. Études physiologiques, Livre 2, VI, 1891.

« T’imaginais tout de même pas qu’il allait sacrifier sa carrière pour tes petites fesses de blondinet ? »
Brian Kinney à Justin Taylor, Queer as Folk, version française.

BORD

Synonyme récent d'orientation sexuelle. Dans cette connotation, succède à côté.

« Chacun sa vie sexuelle, on sait que les homos existent pas besoin de nous le rabâcher. Aujourd'hui ils n'ont plus besoin de se battre pour prouver quoi que ce soit à l'autre bord. L'homosexualité est dans les mœurs maintenant plus la peine de nous en faire tout un cake ! »
Message Internet, mai 2008.

« Monsieur, vous êtes de quel bord ? »
Entendu le 11 avril 2010 à la discothèque "Le Pharaon" à Montluçon (Allier, Auvergne).

BOUGERON, BOUGERONNER, BOUGERONNERIE

En juin 1578, des Mémoires anonymes sur les troubles des Pays-Bas signalèrent plusieurs peines capitales

« le tout à cause de cet abominable péché de sodomie ou autrement appelé bougeronnerie. » Édition J. B. Blaes, 1860, tome 2, pages 297-298.

On proposa pour sodomites les qualificatifs suivants :

« Infâmes, exécrables, odieux, brutaux, vilains, abominables, vicieux, bougres ou bougerons, malheureux, détestables, gomorrhéens. »
M. de La Porte, Épithètes, 1580.

En 1575, le mot figurait dans une curieuse justification de la polygamie brésilienne comme moyen de prévenir l’homosexualité masculine :

« Jamais les hommes n’habitent avec elles pendant qu’elles sont grosses, ni après l’enfantement, et jusqu’à ce que l’enfant soit nourri et chemine tout seul ou ait un an pour le moins : d’autant qu’ils disent avoir affaire avec leurs filles lorsqu’elles sont encore au ventre de la mère et en ce faisant ils paillardent : et si c’est un mâle ils le font bardache ou bougeron, qu’ils nomment en leur langage Tevir : ce qui est fort détestable et abominable, seulement de le penser. Voilà la cause principale pour laquelle ils ont plusieurs femmes. »
A. Thevet, Cosmographie universelle, tome 2, f° 933.

« N’est-ce pas une belle morale
De voir les hommes se baiser !
Tous les Gascons en font métier
Bougres putains et bougerons :
Au demeurant, bons compagnons. »
Pierre de L’Estoile, Journal, décembre 1581. Pour l'anthologie de l'anthologie …

« On menait au supplice deux garçons. Celui qui avait été le bougeron crut qu’il y allait de son honneur de passer pour ce qu’il était et déclara aux assistants que l’autre avait été le bardache. »
Tallemant des Réaux, Historiettes, II, 740.

« Un autre prêtre de St Honoré, dans l’église même, bougeronne un jeune garçon ; et plusieurs autres actes exécrables, tant que le papier en rougit, se commettent à Paris en ce mois [août 1608] »
Pierre de L’Estoile, Journal.

Sur bougeronner, le Grand Vocabulaire Français donnait en 1768 : « vieux verbe français qui signifiait autrefois commettre le crime de sodomie.

BOUGRANT, BOUGRE, BOUGRÉ, BOUGRERIE

Selon le Thresor de la langue française (1606) de Jean Nicot, bougre correspondrait aux termes latins paedico, paederastes.

Bougre et bougrerie servaient au XIIe siècle à désigner les Bulgares (Villehardouin, Conqête de Constantinople, chapitres 97, 107, 108 et 116) ; ils se sont ensuite appliqués aux hérétiques et à leurs croyances, et enfin aux auteurs d’actes sexuels illicites et à ces actes. À la différence de sodomite, il n’y avait donc initialement aucune idée d’homosexualité qui puisse expliquer la transition de la dissidence religieuse à la dissidence sexuelle, sens dominant à l’époque moderne. Sur ce cheminement, on rencontre la bestialité et la sodomisation hétérosexuelle. Le sens homosexuel est manifeste dans cet exemple du XIVe siècle, à l’occasion du procès d’un certain Remion à Reims en 1372 :

« Remion ayant été accusé et pris pour péché de bougrerie et de sodomie ; [il] habita charnellement avec plusieurs hommes, il nomma Pierre de Cierges.
  Cierges nia tout, confessa seulement qu’il s’était approché d’une personne chaussée de hauts souliers de femme, croyant que c’en était une ; la femme se coucha sous lui volontairement ; lorsqu’il s’aperçut qu’il avait été trompé, il en éprouva si grande déplaisance qu’il s’en alla tout honteux et abominable.
  Remion fut condamné à être brûlé. »
Bibliothèque de l’Arsenal, Paris, Archives de la Bastille, mss. 10254.

Dans une autre affaire judiciaire, la violence remplaçait la ruse : la Chronique de Charles VII de Jean Chartier raconte, à l’année 1435, cette exécution :

« En ce même temps, advint en la ville de Bourges [Cher actuel, près de ma Creuse adoptive] qu’un nommé Jacques Purgatoire, offensant Dieu et la Cour céleste, avait commis le détestable péché de sodomite, autrement dit bougrerie, et avait eu charnellement, par force, maîtrise et violence, copulation avec plusieurs personnes par le fondement. Pour quoi il fut emprisonné par les gens de justice, et après avoir été dûment examiné, et le crime par lui confessé, il fut prêché en lieu public. Et afin que cela tournât en exemple à tous, il fut condamné par justice à être brûlé au lieu en tel cas accoutumé ; pour faire cette exécution, on requit le bourreau de cette ville, qui fit son devoir en présence du peuple, ce qui fut un grand bien et un bel exemple à chacun. »

L’élément de violence, présent dans environ 50 % des procès connus du XIVe au XVIIIe siècle, dont la célèbre affaire Deschauffours en 1726, n’était alors pas considéré comme le plus grave ; c’était la bougrerie qui faisait horreur et offensait Dieu. À Toulouse en 1456, un certain Octo Castillan, argentier du Roi, fut accusé d’avoir commis

« le péché désordonné, ou bougrerie » (BnF, mss. français 5454) ; cet inculpé avait entrepris une grève de la faim et fut transféré à l’hôtel de l’Inquisition ; l’issue de l’affaire n’est pas connue.

Le même texte dit aussi « touchant la sodomie dont il est accusé […] », ce qui manifeste la synonymie des deux termes aux yeux de l’auteur. Au début du XVIe siècle, le Journal d’un bourgeois de Paris sous le règne de François Ier révélait deux nouveaux procès :

« L’an 1533, fut brûlé à Blois, où était le Roi, un Italien de la ville d’Alexandrie, à cause qu’il était bougre et sodomite.
  1534. Au mois de janvier, fut amené de Lyon en la Cour du Parlement un marchand de Florence appelant de la justice laye de Lyon, de la mort, pour avoir été trouvé bougre et avoir commis ce péché  à une fille outre nature, et à un jeune fils, lesquels fils et fille s’en étaient plaints à la justice. Il avait été condamné à Lyon à être brûlé vif, dont il appela en Parlement […] finalement, par force d’argent, il n’en mourut point. » Édition Lalanne, 1854.


Selon le Grand Coutumier de Jacques d’Ableiges [1515], la punition de la bougrerie appartenait habituellement au juge royal, et non au prévôt du seigneur. Le crime consistait en un coït anal homo ou hétéro, ou en une relation avec un animal (bestialité) ; parfois on comprenait sous cette accusation une relation entre femmes, mais jamais – à la différence de sodomie ou péché contre nature – la masturbation. Le Recueil d’arrêts notables de Jean Papon spécifiait en 1565, au chapitre 22 :

« De luxure abominable.
§ 1. Bougrerie étant non accomplie est digne du feu avec l’animal.
§ 2. Femme luxuriant avec une autre femme doit mourir. Deux femmes se corrompant l’une l’autre ensemble sans mâle, sont punissables à la mort : et est ce délit bougrerie et contre nature. »

Curieusement, Jean Papon n’envisageait pas l’homosexualité masculine ; un paragraphe du chapitre 24, froidement intitulé « Bougres punis par combustion », n’était relatif qu’à des actes de bestialité. Il en était autrement dans un ouvrage un peu ultérieur, le Traité des peines et amendes de Jean Duret (1572), à l’article "Bougres" :

« Nous avons déclaré ci-dessus les peines propres aux adultères, et espérons ci-après traiter succinctement des concubinages, stupres, incestes, paillardises, et autres connexes, selon qu’il se trouvera plus à propos. Maintenant que l’occasion se présente, voyons en deux mots quelles punitions doivent endurer ceux qui s’adonnent à luxure contre nature. Le vulgaire les appellent bougres ; Moïse traitant de cet abominable péché ordonna que celui qui habiterait avec bêtes brutes, ou coucherait avec un autre homme ainsi qu’il pouvait le faire avec une femme, ayant transgressé, fût puni de mort (a). Les lois impériales, conformes à de si saintes ordonnances, lorsque l’homme prend la place de la femme, comme s’il espérait quelquefois enfanter – chose détestable à penser - , que Vénus se déguise, que l’amour est cherché là où il ne peut être trouvé, veulent que les droits s’arment, et s’élèvent pour punir de mort tels monstres infâmes à jamais (b). Autant en dit la disposition canonique : bien qu’irraisonnable, et ne relevant pas de la loi, la bête qui a commis ce péché doit être mise à mort avec l’homme ou la femme qu’elle a touché, pour éviter que demeurant en vie ainsi polluée et contaminée, le seul souvenir ne fût odieux aux hommes. Il est donc tout certain que le bougre doit mourir avec la bête, mais de quelle sorte de mort ? Les praticiens français récitent que la mort indéterminée par la loi a été appliquée au feu par un long usage, et la coutume, de sorte que l’animal premièrement étranglé, et l’homme vif quelquefois, sont mis dans le feu pour être réduits en cendres, même si le délit a été interrompu, et est demeuré sans accomplissement. Voilà brièvement les peines que méritent les luxurieux avec bêtes irraisonnables, et les hommes avec autres non différents de sexe. Voilà une troisième espèce de cet énorme péché qui court entre les femmes tant abominables, qu’elles suivent de chaleur d’autres femmes, autant ou plus que l’homme : sans mâles se corrompent ensemble l’une l’autre : s’il y a preuves suffisantes, elles n’échappent à moindre peine que la mort. »
a. Cf Lévitique, XVIII, 22-23 et XX, 13 et 15-16. (Note de Cl. C.)
b. On a ici une traduction approximative de la loi romaine de Constant, adoptée en 342 et connue par ses premiers mots : Cum vir nubit in femina.

Duret s’inspirait visiblement de Papon, où d'une source commune, mais ne le suivait pas entièrement.

L’entrée dans la langue littéraire se fit avec Rabelais :

« J’avertirai le Roi des énormes abus que sont forgés céans et par vos mains et menées, et que je sois ladre [lépreux] s’il ne vous fait tous vifs brûler comme bougres,  traîtres, hérétiques et séducteurs, ennemis de Dieu et vertus. »
Gargantua, chapitre XX, 1534.

« Fous fanatiques, aucuns ladres, aucuns bougres, autres ladres et bougres ensemble »
Quart Livre, Prologue de 1548.

« Ho, bougre, bredache de tous les diables incubes, succubes et tout quand il y a. »
Quart Livre, chapitre XX, 1e édition partielle, 1548.

Dans les Annales de Bourgogne publiées en 1566, Paradin de Cuyseaux rapportait, sans y souscrire complètement, les bruits qui couraient sur les Albigeois :

« Aucuns disaient qu’ils usaient de paillardises contre nature, et bougreries […] Aucuns disent que ces vices sont choses inventées, pour les rendre odieux. »

Que les Albigeois aient été accusé de bougrerie a été confirmé par un juriste du XVIIIe siècle :

 « Le mot de bougrerie est appliqué par les uns aux Albigeois qui avaient suivi la même hérésie que les Bulgares ; et ils se fondent sur ce par l’intitulé du chapitre [des Établissements de Saint Louis], où il paraît que l’on n’a eu en vue que les mécréants et hérites, c’est-à-dire hérétiques. Les autres appliquent la première partie de ce chapitre au crime contre nature, parce qu’on a donné le même nom [bougres] à ceux qui s’en rendent coupables : d’ailleurs la manière dont ce chapitre est conçu paraît l’indiquer, puisqu’on y distingue deux espèces de crimes. »
C. C. de L’Averdy, Code pénal, ou Recueil des principales ordonnances, 1752. Voltaire discute ce point dans l’article « Amour nommé socratique » des Questions sur l’Encyclopédie.


« N’est-ce pas une belle morale
De voir les hommes se baiser !
Tous les Gascons en font métier
Bougres putains et bougerons :
Au demeurant, bons compagnons. »
Pierre de L’Estoile, Vers anonymes cités dans les Mémoires-Journaux, décembre 1581.

Dans de violentes attaques contre le cardinal Mazarin, le poète Paul Scarron (1610-1660) fit sur bougre d’étonnants exercices de style :

« Bougre, bouffon, baudet, badin,
Coquin, croquant, croqueur d’andouilles
Gavache, glorieux gredin,
Bougre, bouffon, baudet, badin,
Viedaze, vrai vilebrequin
De ceux au cul de qui tu fouilles,
Bougre, bouffon, baudet, badin,
Coquin, croquant, croqueur d’andouilles
[…]
Bougre bougrant, bougre bougré,
Et bougre au suprême degré,
Bougre au poil, et bougre à la plume,
Bougre en grand et petit volume,
« Bougre sodomisant l’État
Et bougre du plus haut carat,
Investissant le monde en poupe,
C’est-à-dire baisant en croupe.
Bougre à chèvres, bougre à garçons,
Bougre de toutes les façons. »
La Mazarinade, 1651 ; réédité en 1867 sous le titre La Pure vérité cachée.

"En je ne sais quelle pièce au Pape, il [Dulot] lui disait:
            Jusqu'où s'étend votre empire bougrin.
Il était un peu bougre lui-même."
Tallemant des Réaux, Historiettes [1657-1659], Dulot.

"Il y a cinq ou six mois qu'on a mis à la Bastille un nommé Deschauffours qui était un particulier dans Paris, grand bougre de son métier, bel homme et bien fait. Cet homme connaissait beaucoup de monde dans le grand et dans le médiocre, car en général ce n'est pas l'amusement petit-bourgeois."
E. J. F. Barbier, Journal, mai 1726.

« On me contait ces jours-ci en parlant du maréchal d’Huxelles qu’il avait toujours été fort entiché du péché philosophique, ce vice n’a pas laissé d’avoir de grands hommes pour amis, et qu’un jour ils étaient trois en partie de débauche, et que le troisième, qui n’était pas de ce goût-là, le fronda fort et ne voulait pas croire qu’il y eût des bougres. »
Barbier, Journal, octobre 1726.

« Bourdaloue, Lully, d’Alembert, La Harpe, Thomas, etc. sont des bougres. »
Les Enfants de Sodome à l’Assemblée Nationale, 1790.

Seule exception à la prédominance du sens homosexuel au XVIIIe siècle, les écrits du marquis de Sade, où bougre et sodomiste peuvent désigner celui qui sodomise une femme.

Le sens homosexuel s’est perdu, bougre subsistant dans des interjections, parfois sous la forme atténuée bigre, ou avec les significations de joyeux luron, pauvre diable, brave homme.

Dans sa correspondance Gustave Flaubert, grand lecteur de Sade, affectionnait des expressions telles que « cher vieux bougre », et l'adverbe « bougrement »..

« BOUGRE : Ce mot est à noter comme ayant perdu tout à fait la portée injurieuse qu’il avait autrefois. Il n’est plus aujourd’hui qu’un synonyme du mot garçon. »
Lorédan Larchey (1831-1902), Les Excentricités du langage, 1861.

À deux années de distance, Alfred Delvau donna deux définitions différentes :

Dictionnaire érotique, 1864 : « Pédéraste, – en souvenir des hérétiques albigeois et bulgares qui, en leur qualité d’ennemis, étaient chargés d’une foule d’iniquités et de turpitudes par le peuple, alors ignorant, comme aujourd’hui. »
Dictionnaire de la langue verte ; 1866 : « Homme robuste, de bons poings et de grand cœur, – dans l’argot du peuple, qui ne donne pas à ce mot le sens obscène qu’il a eu pendant un long temps. »

La liberté de langage des années 1789-1792 avait permis aux contre-révolutionnaires de dessiner une sorte d'image homosexuelle de la Révolution. Le père Duchesne (alias Hébert) accumulait les « Bougre ! ».  Mais le mot ne bénéficiait pas, comme pédéraste et les dérivés de Sodome, d'ancrage culturel profond. L'évolution a été différente en anglais, bugger et le verbe to bugger continuant d'être employé jusqu'à une époque très récente.

BOUGRERIE, BOUGRIE

« L’inceste et la bougrie ordinaire
Ont mis hors du rang du vulgaire
Le canonisé Borromée. »
Agrippa d’Aubigné, Épigrammes.


L’argumentation de L’Averdy citée plus haut répondait par avance à une note de Voltaire dans le Prix de la justice et de l’humanité : « le mot bulgarie, qui ne signifie qu’hérésie, fut pris pour le péché contre nature. » Voltaire ne s’était pas interrogé sur le sens d’hérite et de mécréant, passant ainsi à côté du phénomène assez fréquent de l’imputation de mauvaises mœurs à des fins polémiques. Type de dénigrement fort pratiqué pendant la Révolution ; dans Les Enfants de Sodome à l’Assemblée Nationale, l’abbé Viennet (plus tard député à la Convention) était décrit comme « le plus zélé partisan de la bougrerie ».

« Il ne serait point question de la fouterie naturelle. On n'y occuperait ses forces et son temps qu'à soulager les ardeurs de la bougrerie, de la pédérastie et de la bardacherie. »
Bordel apostolique …, 1790.

Dans le Comité ecclésiastique, treize noms étaient cités, dont

« L'abbé Lemintier [Augustin-René-Louis Le Mintier], évêque de Tréguier, qui réunit tous les titres de bougrerie et de jeanfoutrerie. ».

Le jean-foutre, c'était l'homme à femmes (sauf pour Sade).

« J'approche de la fin de ma petite bougrerie, laquelle n'est point commode ».
Gustave Flaubert, Correspondance, 1876.

BOUGRIN (adj. et subs.), BOUGRINIÈRE, BOUGRINO, BOUGRISQUE

Bougrin se rencontre deux fois chez Rabelais, et il y a eu des reprises :

« Missaire Bougrino » (Pantagruel, XIV)

« Le pape Jules [Jules II], crieur de petits pâtés, mais il ne portait plus sa grande et bougrisque barbe » (Pantagruel, XX)

« En ce guéret, peu de bougrins sont nés,
Qu’on n’ait berné sus le moulin à tan. » (Gargantua, II)

« Gens soumis […] À Vénus, comme putains, maquerelles, marjolets, bougrins, bragars, napleux, […] » (Pantagrueline prognostication, V)

« Le saint champ du seigneur est plein de parasites,
Et l’autel précieux ne sert qu’aux sodomites ;
Bref, les temples à saints usages ordonnés
Par ces ganymèdes bougrins sont profanés. »
Henri Estienne, Apologie …, chapitre 39.

« Cette Maison est impudique :
Les pages s’y branlent la pique,
Les gardes foutent les exempts.
Pour achever la bougrinière,
On dit que très assurément,
Guitaut fout en cul la Rallière. »
Baron de Blot, Parnasse satirique.

« En je ne sais quelle pièce au Pape, il [Dulot] lui disait :
            "Jusqu'où s'étend votre empire bougrin."
Il était un peu bougre lui-même. »
Tallemant des Réaux, Historiettes, Dulot.

BOURGEOIS DE SODOME

« Serait-ce celui dont on m’a parlé d’une si étrange sorte, et qui était bourgeois de Sodome longtemps avant d’être capitaine dans Loudun [Vienne actuelle] ? C'est-à-dire que, sans aller à la guerre, il [Nicolas Vauquelin] sait faire tourner le dos aux hommes, et qu'il a appris il y a longtemps l'art de dompter et de subjuguer. Je sais cet horrible secret d'un jeune gentilhomme de mes amis, quo non formosior alter, et sur la  pudicité duquel ce frère a eu de très dangereux desseins, lorsqu'ils étaient ensemble à l'Académie ou au collège ; mais peut-être que c'est le frère chaste qui est votre ami et non le frère pédéraste ; Dieu le veuille ainsi pour l'honneur de votre amitié."
Lettre de Guez de Balzac à Jean Chapelain, 3 octobre 1644 (Lettres, Imprimerie Nationale, 1873)  

BRANLADE

« Il [Émile Zola] s’étend sur les salauderies qui ont lieu dans les collèges de province et qui ont un coin de brutalité que ne présentent pas les branlades mignardes des collèges parisiens. »
Edmond de Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire de 1851 à 1896, Paris : Fasquelle/Flammarion, 1956, 18 avril 1883.

BRODEUSE

« Individu appartenent au troisième sexe. Argot des voleurs. »

Delvau, Dictionnaire de la langue verte, 2e édition.


Lettre C

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