dimanche 12 avril 2015

DFHM : S (sauf SODOMIE et SODOMIQUE)

Extrait de mon Dictionnaire français de l'homosexualité masculine.



SACRÉ

Dans les traductions des Vies de Plutarque, le bataillon des amants et des aimés est appelé bande sacrée ou bataillon sacré (Pélopidas, 18). Ce qualificatif a été appliqué par Montaigne à l’amour masculin :

« Ils disent qu’il en provenait des fruits très utiles au privé et au public ; que c’était la force des pays qui en recevaient l’usage, et la principale défense de l’équité et de la liberté : témoin les salutaires amours de Hermodius et d’Aristogiton. Pour autant la nomme-t-il sacrée et divine. Et n’est, à leur compte, que la violence des tyrans et lâcheté des peuples qui lui soit adversaire. »
Essais, I, xxviii, 188.

« Nous avons par tout notre empire remis sus l’ancienne bande sacrée des Thébains. »
L’Isle des Hermaphrodites, 1605.

Il y a de la dérision chez Agrippa d’Aubigné :

« Il [Cahier] que la fornication ni l’adultère n’étaient point le péché défendu par le septième commandement, mais qu’il défend seulement […] le péché d’Onan, et là-dessus eut la sacrée société pour ennemie. »
Agrippa d’Aubigné, Les Aventures du baron de Fæneste, II, 12.

Dans la Confession catholique du sieur de Sancy, d’Agrippa d’Aubigné, on relève les expressions « parrain de l’amour sacré », « amour philosophique et sacré », « frères de la sacrée société », « règles de l’amour sacré » ; on apprend que « quelqu’un de la bande sacrée eut des chancres au mauvais endroit ».

SALAÎSME, SALAÏSTE

Termes forgés par Marcel Proust soit sur le nom d’Antoine Sala soit sur celui de Salai, élève de Léonard de Vinci..

« Quant au salaïsme […] il m’intéresse comme le gothique bien que beaucoup moins. »
Marcel Proust, lettre à A. Bibesco, 11 novembre 1901.

« Salaïste, antisalaïste sont presque les seules choses à savoir d'un imbécile. […] ce métier horrible d’être ainsi les dénonciateurs publics du salaïsme. »
Marcel Proust, Correspondance, 1902.

« Cela a l’air salaïste. »
Marcel Proust, Correspondance, 1902.

SEMI-HOMOSEXUALITÉ

« D’après lui [A. Alétrino], à cet âge [12 à 15 ans], le jeune homme ne serait attiré ni vers l’un, ni vers l’autre sexe ; nous passerions tous par une période de semi-homosexualité. »
J. Crocq, « La situation sociale de l’uraniste », Journal de neurologie, 1901.

SERINETTE

« En résumé, semblable au caméléon qui change, non de forme, mais de couleur, la tante est tantôt appelée tapette, tantôt serinette ; elle est désignée par les marins sous le nom de corvette, mais elle reste toujours un objet d’opprobre. »
Pierre-Louis Canler, Mémoires de Canler, ancien chef du service de Sûreté, Paris : Hetzel, 1862.

« Les chanteurs, qu’on nomme aussi serinettes, sont de tous les escrocs de Paris, ceux qui exercent leur industrie avec le plus de sécurité. »
Moreau-Christophe, 1865.

SÉROPO, SÉROPOSITIVISME, SÉRONEG

« Auguste Comte a inventé le positivisme, Michel Foucault a augmenté le séropositivisme. »
Thierry Martin, Garçon, une banane ! Brèves de comptoir gay, Montpellier : H & 0, 2001.

SEXUALITÉ CONTRAIRE

« Ces manifestations de l’instinct sexuel que l’on nomme uranisme, inversion sexuelle, sexualité contraire, unisexualité, homosexualité. »
M.-A. Raffalovich, Uranisme et unisexualité, 1896.

SOCRATIQUE, adj. ; SOCRATISME

L’adjectif vient du latin socraticus (Juvénal, Satires, II, 10)

« l’espagnol promit tout au rebours
De n’exerce que l’amour socratique. »
Jean-Baptiste Rousseau, Œuvres, 1723, tome 1.

« Il est certain, autant que la science de l’Antiquité peut l’être, que l’amour socratique n’était point un amour infâme. »
Voltaire, « Amour nommé socratique », Dictionnaire philosophique.

« Amour socratique : Quelques uns désignent par là l'amour antiphysique. Socrate aimait la beauté dans les femmes et dans les hommes. C'était peut-être un goût innocent et honnête. »
Trévoux, Dictionnaire, 1771.

« Il ne faut pas croire que la pédérastie soit toujours le résultat d’une organisation vicieuse ; les phrénologistes qui ont trouvé sur votre crâne la bosse propre à chaque amour n’y ont point trouvé celle de l’amour socratique ; la pédérastie n’est autre chose que le vice de toutes les corporations d’hommes qui vivent en dehors de la société ; les quelques hommes vivant dans le monde  »
Vidocq, Les Voleurs, tome 2, 1837.

Proudhon parla de goûts ou mœurs socratiques et d’étrivière socratique :

« On assure que tous nos officiers et soldats qui tombent aux mains des Arabes passent tous par l’étrivière socratique. »
Carnet n° 8, 1850-1851.

« J’ai interrogé ces Anciens qui surent mettre de la poésie, de la philosophie partout, et qui, parlant à une société habituée aux mœurs socratiques, ne se gênaient guère. »
Amour et mariage, XXI.

"Amour socratique : Se dit quelquefois, par l'effet d'une vieille calomnie contre Socrate, d'un vice honteux, le péché contre nature."
Littré, Dictionnaire.

« Le mot socratisme devint synonyme de celui de pédérastie. »
Anonyme, L'Amour, 1868.

« Les Anglais pratiquent, en grand, le vice socratique. »
Carrefour, 16 juin 1965.

SOCRATISER

« Je pensais qu’en socratisant, l’agent goûtait un plaisir vif par la pression qu’il éprouve dans la voie étroite ; mais je ne puis concevoir que le patient en puisse ressentir. »
Mirabeau, Hic-et-Hec, 1798.

« Je me fous des bosses de pilules, je me fais socratiser par la seringue. »
Gustave Flaubert, Correspondance, Paris, Gallimard, édition Bruneau, lettre à Ernest Chevalier, 9 février 1844.

Selon Delvau, « SOCRATISER. Préférer les hommes – comme Socrate, le plus sage des hommes, dit-on, préférait Alcibiade, qui en était le plus beau. » (Dictionnaire érotique, 2e édition).

SOD.

Abréviation de sodomite, utilisée dans les rapports de la police parisienne (deuxième quart du XVIIIe siècle). L’anglais sod a conservé de nos jours la même signification ; cette langue dispose aussi de s.o.b., silly old bugger..

SODOME

Le terme latin Sodoma a d'abord une signification géographique, le nom d’une ville au sud de la mer Morte.

Mont Sodome, Israël

Selon la Grande Encyclopédie, tome 29, « SODOME. L’une des villes de la basse vallée du Jourdain, région méridionale de la mer Morte, qui aurait été engloutie avec Gomorrhe et trois autres localités sans importance, par la double action des feux souterrains et célestes. C’est le châtiment des crimes et de l’effroyable dissolution de ses habitants. Loth, neveu d’Abraham, échappa au désastre grâce à l’intervention divine (Genèse. XIII, 5 suiv. et XVIII, 17 à XIX, 38). La nature du sol (bitumes, asphaltes) prêtait à des effondrements, qui ont donné très aisément naissance aux légendes rapportées par la Bible ; on a pu, en cet endroit, montrer des constructions plus ou moins profondément enlisées et englouties avec le temps. »

L'association de Sodome avec les rapports masculins est présente chez Philon d'Alexandrie (Ier siècle), Clémentd'Alexandrie (IIe/IIIe siècles), dans les Constitutions Apostoliques (IVe siècle), chez Jérôme et Augustin (IVe/Ve siècles), dans les Novelles de Justinien (VIe siècle). Voir Ces petits Grecs


« Notre maître Maillard tout partout met le nez,
Tantôt va chez le Roi, tantôt va chez la Reine ;
Il fait tout, il sait tout et à rien n’est idoine ;
Il est grand orateur, poète des mieux nés,
Juge si bon qu’au feu mille en a condamnés,
Sophiste aussi aigu que les fesses d’un moine,
Mais il est si méchant pour n’être que chanoine,
Qu’auprès de lui sont saints le diable et les damnés.
Si se fourrer partout à gloire il le répute,
Pourquoi dedans Poissy n’est-il à la dispute ?
Il dit qu’à grand regret il en est éloigné ;
Car Bèze il eût vaincu, tant il est habile homme,
Pourquoi donc n’y est-il ? Il est embesogné
Après les fondements pour rebâtir Sodome. »
Cité par Helvétius, De l’Esprit, II, xix.

Dans ces vers, la mention de Sodome clôt une accumulation d’allusions et livre le fin mot de l’histoire.

Depuis l’époque moderne, le mot désigne métonymiquement soit l’amour masculin, soit encore le milieu homosexuel masculin.

« Le commencement du mois de juin [1682] fut signalé par l’exil d’un grand nombre de personnes considérables accusée de débauches ultramontaines. Tous ces jeunes gens avaient poussé leurs débauches dans des excès horribles, et la Cour était devenue une petite Sodome. »
Marquis de Sourches, Mémoires.

« Le Roi […] plein d’une juste, mais d’une singulière horreur pour tous les habitants de Sodome, et jusqu’au moindre soupçon de ce vice.
Duc de Saint-Simon, Mémoires, en 1706.

« Marmontel
Ce folliculaire ignorant [Fréron],
Cet infâme petit vaurien,
À qui maître Guyot [Desfontaines] mourant
Légua deux emplois pour tout bien,
Un à Sodome, un au Parnasse,
Bougre et méchant très avéré,
Dans sa dernière paperasse
M’a cruellement déchiré.
Collé
Je le lui rendrais bien à ta place.
Marmontel
Et pour cela que ferais tu ?
Collé
Pardieu, je le foutrai en cul. »
Diderot, Petit Dialogue entre Marmontel et Collé.

« Au milieu de cela s’offrait, sans qu’on eût la peine d’écarter, un orifice immense dont le diamètre énorme, l’odeur et la couleur le faisaient plutôt ressembler à une lunette de commodités qu’au trou d’un cul ; et pour comble d’appas, il entrait dans les petites habitudes de ce pourceau de Sodome de laisser toujours cette partie-là dans un tel état de malpropreté qu’on y voyait sans cesse autour un bourrelet de deux pouces d’épaisseur. »
De Sade, Les Cent vingt journées de Sodome, Introduction, Paris : Gallimard, 1990, édition Michel Delon.

De Sénancour, Rêveries, Lettre à la Gazette de France, 1809 : " J'ai combattu avec des forces insuffisantes, mais avec toutes celles dont je suis capable, l'adultère honteusement toléré dans la société ; et quand au viol, je l'ai déclaré crime et essentiellement crime. Sans doute, en cet endroit je n'ai rien dit de nouveau ; mais en cet endroit et en d'autres, j'ai dit expressément le contraire de ce qu'on me fait dire expressément.
Il en est de même sur le (et non pas les) crime de Sodome, et sur d'autres objets moins essentiels. "

« Je ne dirai rien de M. de Tressan, archevêque de Rouen, dont les billets de faire-part de son décès [vers 1735] furent datés de Sodome, et dans lesquels on flagellait du même vice l’archevêque de Vienne, les évêques de Langres, de Nîmes, de Soissons, les ducs de Beauvilliers et le marquis, depuis duc de Villars. »
Mlle Quinault [E. L. de Lamothe-Langon], Mémoires de Mlle Quinault aînée, 1836, tome 2.

« Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,
 La Femme aura Gomorrhe et l'Homme aura Sodome,
 Et, se jetant de loin un regard irrité,
 Les deux sexes mourront chacun de son côté. »
Alfred de Vigny (1797-1863), La colère de Sanson, Poème philosophique, 1839.


« La Juiverie, toujours si pudibonde et si indignée quand il s'agit des mœurs des "païens", et du soi-disant amour socratique, la Juiverie devrait bien rentrer en elle-même et se souvenir que le vice en question est essentiellement sémitique d'origine aussi bien que de nom : Sodome ! On peut penser ce que l'on veut de Jupiter et de Ganymède ; mais le comble du genre, - et qui ne sera jamais surpassé, - se trouve assurément dans le cas mémorable des habitants de cette ville fameuse, qui voulaient à toute force coucher avec les anges envoyés chez Loth. »
Albert Regnard (1836-1903), Aryens et sémites. Le Bilan du Judaïsme et du Christianisme, Paris : E. Dentu, 1890.

« Les feintes et les camouflages en littérature sont nombreux, je le sais. Je me dis qu’on a toujours menti, lorsque les mœurs ont contraint de mentir, et, rien ne m’autorisant à croire Sodome plus peuplée aujourd’hui qu’hier, je deviens quelque peu soupçonneux à l’égard de certains de nos anciens auteurs. »
André Gide, Journal, 8 décembre 1929.

« Roger [Martin du Gard] commence à comprendre qu’il n’avait peut-être pas raison d’affirmer qu’il n’est pas un homme, si peu porté qu’il soit vers Sodome, qui puisse rester insensible à l’attrait d’un Ganymède. Il doit se pesuader pourtant que certains restent à cet égard d’une cécité complète. »
André Gide, Journal, 4 octobre 1931.

« Il n'y a pas de Gomorrhe. Puberté, collèges, solitude, prisons, aberrations, snobisme ... Maigres pépinières, insuffisantes à engendrer et avitailler un vice nombreux, bien assis, et sa solidarité indispensable. Intacte, énorme, éternelle, Sodome contemple de haut sa chétive contrefaçon. »
Colette [Sidonie Gabrielle] (1873-1954), Le Pur et l'impur, 1941.

« C'étaient pas des amis de lux',
Des petits Castor et Pollux,
Des gens de Sodome et Gomorrh',
Sodome et Gomorrh',

C'étaient pas des amis choisis
Par Montaigne et La Boéti',
Sur le ventre ils se tapaient fort,
Les copains d'abord. »
G. Brassens, Les copains d’abord.

Un psychiatre catholique, Marcel Eck, avait titré Sodome son essai sur l’homosexualité (Paris : Fayard/Le Signe, 1966), terme moins inattendu sous sa plume que sous celle de Dominique Fernandez :

« La vision de Gide, homme tourné vers l’avenir, a supplanté la vision de Proust, homme du XIXe siècle, nourri inconsciemment des horreurs distillées dans la classe bourgeoise par les Tardieu et les Carlier. À Sodome, on ne vient plus pour se brûler au soufre ; mais pour goûter aux douceurs du miel. »
Préface à Carlier, Prostitution antiphysique, 1981.

Ceci peu après l'article de Philippe Berthier, " Balzac du côté de Sodome ", dans L'Année balzacienne (Paris : Garnier, 1979, pages 147-177).

L’amour masculin a souvent été décrit péjorativement par des expressions telles qu’abominations, crime, mœurs, péché, usage ou vice de Sodome. Ses adeptes étant dits être des bedeaux, bourgeois, bourgmestres, brandons, descendants, échappés, enfants, fils ou habitants de cette ville.


SODOMERIE

Dans Léo Taxil, Les bouffe-Jésus, ouvrage anticlérical, soporifique et miraculard, moniteur officiel des Syllabusons et des Vaticanards, on trouve des personnages comme le R.P. Trousse-Jupes, l’abbé Cinq-contre-un, l’abbé Belle-Tante, le cardinal Hector de la Sodomerie.


SODOMISER, SODOMITISER

« Bougre sodomisant l’État
Et bougre du plus haut carat, »
Scarron, La Mazarinade, 1651 ; réédité en 1867 sous le titre La Pure vérité cachée.

« Pour revenir à M. de Bellegarde, il pourrait bien avoir pris aussi d’Henri III le ragoût qu’il voulait avoir une fois à Essone, où on le vit courir après un vieux postillon, sale, laid et vieux pour le sodomiser. »
Tallemant des Réaux, Historiettes, I, 29-30.

« Le Sénat a-t-il jamais élevé un temple à Bacchus se sodomisant lui même ? […] Épiphane a écrit qu’un préfet d’Alexandrie lui avait donné [à Origène] l’alternative, de servir de Ganymède à un Éthiopien, ou de sacrifier aux dieux, et qu’il avait sacrifié pour n’être point sodomisé par un vilain Éthiopien. »
Voltaire, Examen de Milord Bolingbroke, XXIII, XXV.

« Le caractère de Jérôme était d’ailleurs […] tout aussi partisan qu’eux [ses confrères] de l’antiphysique ; il aimait, ainsi qu’eux, à se faire foutre et à sodomiser des garçons. »
Marquis de Sade, La Nouvelle Justine [1794], chap. VIII, Paris : Gallimard, 1995, édition Michel Delon.

« Au giron de la sainte Église,
Sur l’autel même ou Dieu se fait ;
Tous les matins je sodomise,
D’un garçon, le cul rondelet.
[…]
Cependant Jésus dans l’Olympe,
Sodomisant son cher papa,
Veut que saint Eustache le grimpe,
En baisant le cul d’Agrippa**
** Dernier roi des Juifs. »
Marquis de Sade, Histoire de Juliette [1801], 4e partie [parodie de l’Ode à Priape de Piron], in Œuvres, Paris : Gallimard, 1998, édition Michel Delon.

« Ce militaire nous signala un fait dont nous pûmes vérifier l’exactitude. Il nous fit voir un coq qui, après avoir terrassé son adversaire, cherchait à le sodomiser, et insistant quelques fois jusqu’à l’éjaculation, quand l’ennemi battu était acculé de manière à ne pouvoir fuir. »
Dr F. Jacquot, « Des aberrations de l’appétit génésique », Gazette médicale de Paris, 28 juillet 1849.

La variante sodomitiser se rencontre chez Pierre Joseph Proudhon.

SODOMISME

« Cet amour de l'homme pour l'homme prit dès lors le nom de sodomisme. »
Anonyme, L'Amour, 1868.

« Bonapartisme
Et sodomisme,
En s’unissant, s’infiltrent dans nos cœurs.
« La Société des Émiles », in Alfred Glatigny, La Sultane Rozréa, 1871

SODOMISTE, adj. et subs.

Variante de sodomite à laquelle les dictionnaires refusent généralement une place. E. Brunet, auteur du Vocabulaire de Proust [Slatkine/Champion, 1983, tome 3] rangea la variante, pourtant seule employée par Proust, sous la bannière du terme admis.

« J’excuse tout cela qu’en Nature consiste,
Mais de prêter le cul au bougre sodomiste,
Ha, ma foi, par ma foi, cet acte n’est pas beau. »
Étienne Jodelle (1532-1573), Œuvres et mélanges poétiques, 1868, tome I, p. 435.

« Un énorme et exécrable cas de sodomiste se découvre [en 1578] aux cloîtres des Cordeliers et Augustins, tant à Gand qu’en la ville de Bruges, par l’accusation d’anciens novices étant en ces cloîtres, de sorte qu’ils en prirent prisonniers 14 à Gand et 9 ou 10 à Bruges, et furent tous exécutés à mort par le feu. »
Mémoires anonymes sur les troubles des Pays-Bas, édition J. B. Blaes, H. Heusner, 1860, tome 2, p. 257.

Le Cabinet du Roi de France contenait, à côté de la forme prépondérante sodomite, quelques occurrences de sodomiste ; y figurait aussi athéiste.

« Athénée deipnosophiste [auteur des Sages attablés] dit que les Gaulois qui habitaient le long de la Saône et de la Garonne étaient des Sodomistes, qu’ils épousaient les enfants. »
César de Rochefort, Dictionnaire général et curieux …, 1685.

En 1705, un certain Jacques Duplessis était dit :

« sodomiste déclaré camarade de Le Comte. »
BnF, mss Clairambault 985.

Après le procès et l’exécution publique de Deschauffours, en mai 1726, des libertins égalitaristes firent circuler ce quatrain :

« De deux sodomistes pareils
    Le destin me soulève ;
Faut-il voir d’Huxelles aux conseils
    Et Deschauffours en Grève ? »
Recueil Clairambault-Maurepas, année 1727.

La diffusion de sodomiste est attestée par la diversité des registres ; outre les policiers et les libertins, on peut citer des documents judiciaires :

« Le prétendu ermite, donnant dans le goût des sodomistes, a voulu très souvent tomber dans leurs excès avec des hommes et des jeunes garçons, leur faisant des attouchements très sales. »
Procès Toussaint, 1731, archives départementales des Pyrénées Atlantiques, mss B 5374.

Dans les Anecdotes pour servir à l’histoire secrète des Ebugors, publiés anonymement à Amsterdam en 1733, ebugor est l’anagramme de bougre, et modosiste celui de sodomiste :

« Les Ebugors ou Modosistes sont un peuple fort ancien, ils formaient autrefois un corps de nation. Modose était la capitale de leurs États […] De nouveaux malheurs les obligèrent de passer en Elitia [Italie] : on leur accorda dans ce pays de si grands privilèges, qu’ils oublièrent leurs anciennes disgrâces. On les vit même parvenir aux plus éminentes dignités.
  Le nombre des Modosistes augmentant tous les jours, ils résolurent d’envoyer des colonies dans quelques-uns des États voisins, ils tâchèrent de s’établir dans le Royaume des Valges [Gaules]. »

En 1737, à Paris, deux personnes furent condamnées pour

« avoir répandu dans le public que le sieur de Marigny était un sodomiste. »
Archives Nationales, série X2A , arrêt du 3 août 1739.

Une épigramme libre attribuée à Mérard de Saint-Just trouve ici sa place :

« Un sectateur de l’art du Titien,
Un jour pria le jeune et frais Rozelle
De vouloir bien lui servir de modèle
Pour, sur le nu, peindre un saint Sébastien ;
Il y consent. L’œil en feu, le vit raide,
Le peintre admire, et les trouvant si beau,
En fait soudain un nouveau Ganymède.
- Que sens-je là ? lui dit le juvenceau,
Tu m’encules, je crois, infâme sodomiste ?
- Non, non, repart, en s’agitant, l’artiste ;
C’est le premier coup de pinceau. »

« Il est bien triste pour les doctes que parmi tous les sodomistes que nous avons, il ne s’en soit pas trouvé un seul qui nous ait donné des notions de leur capitale [Sodome]. »
Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, article "Asphalte".

« Les Sodomistes pensaient apparemment comme un grand seigneur moderne. Un valet de chambre de confiance lui fit observer que du côté qu’il préférait, ses maîtresses étaient conformées comme des ganymèdes, qu’on ne pouvait trouver au poids de l’or ; qu’il pouvait … des femmes. "Des femmes, s’écria le maître ; eh !c’est comme si tu me servais un gigot sans manche !" »
H. G. Mirabeau, Erotika Biblion, 1783.

« Gareau a été prêtre ; ses goûts se raffinent avec plus d'art ; il a conservé les penchants de l'ordre jésuitique où ses jeunes années s'écoulèrent et, comme il bande encore joliment, le sodomiste encule, et crie comme un diable en perdant son foutre. »
Marquis de Sade, La Nouvelle Justine [1797], XVII, Paris : Gallimard, 1995, édition Michel Delon.

« [Brisa-Testa] : J’étais le seul auquel il fit cette volupteuse caresse de la langue au cul, signe assuré de la prédilection d’un homme pour un autre, gage certain de la luxure la plus raffinée, et que les vrais sodomistes ne prodiguent guère aux femmes, dans la crainte de l’affreux dégoût où les expose le voisin. »
Marquis de Sade, Histoire de Juliette, 5e partie, [1798], Paris : Gallimard, 1998, édition Michel Delon.

« Bulgare : Ancien peuple qui habitait vers le Danube ; c'était aussi le nom qu'on donnait aux sodomistes, aux aligeois et à certains hérétiques qui réchauffaient les dogmes des Manichéens sous S. Louis. » (Jean Baptiste Bonaventure Roquefort, Glossaire de la langue romane, tome I, Paris : B. Warée, 1808).

« Frégate : jeune sodomiste ou putain de galère. »
Ansiaume, 1821, publié dans Le Français Moderne, 1943-1944.

« Auger Hippolyte [un des modèles du Lucien de Balzac] joli garçon qui passait pour avoir servi à un usage sodomiste en Italie. »
Charles Lambert, note manuscrite, 1835, BA, mss 7804/2, f° 3.

« Tante : Sodomiste pour son compte.
Pédéro : sodomiste. » 
L’Intérieur des prisons, 1846.

"L'amour sodomiste et l'amour saphique sont aussi effrontés que la prostitution et font des progrès déplorables."
Commissaire Dupin (Paris), rapport au ministre de l'Intérieur, printemps 1799, cité par W.A. Schmidt, Tableaux de la Révolution française ..., tome III, 1870.

Paul Verlaine était mal inspiré lorsqu’il récusait ce terme :

« Le procureur prononce son réquisitoire. – Voilà, dit Verlaine, qu’il me traite de sodomiste ! Je me soulève de mon banc et l’index de sa main droite se levait jusqu’au menton) et je rectifie : "ite, monsieur le procureur !" Suffoqué, le procureur proteste : "L’inculpé ose m’interrompre ? " Cette fois je me lève tout à fait (ici son index s’érigeait jusqu’à la hauteur de son front) et je répète plus fort, respectueusement d’ailleurs : "ite, monsieur le procureur, pas iste" »
E. Le Brun, « Verlaine intime », Les Idées Françaises, 1924.

Ce point de vue auquel André Gide donna un écho ne semble pas justifié étant donné la fréquence de l’usage de de sodomiste ; plus spécifiquement homosexuel que sodomite, il a donné par ailleurs naissance à sodomisme.

"La crainte de passer pour un sodomiste est, en général, l'une des plus poignantes appréhensions du persécuté."
Reignier, F. Lagardelle & Legrand du Saulle, "Sodomie et assassinat", Annales Médico-Psychologiques, mars 1877.

Comme le marquis de Sade, André Gide donnait au mot le sens de celui qui pratique la sodomie :

"Le plus grand nombre des uranistes que j'ai connus n'étaient point, à parler précisément, des sodomistes, mais des superficiels ; veuillez m'entendre à demi-mot. L'intransigeance de l'opinion vient de ce que une confusion s'établit, des plus injustes, entre sodomistes, pédérastes, invertis, et que …"
André Gide, note manuscrite, barrée, sur l'exemplaire annoté des épreuves de C. R. D. N. [Corydon], vers 1918 ; exemplaire conservé à la BnF.

« À peine arrivés, les sodomistes quitteraient la ville pour ne pas avoir l’air d’en être. »
Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, I.

Les noms en –iste désignant souvent les partisans d’une doctrine ou d’une pratique (tel naturiste), sodomiste comporte la notion d’identité homosexuelle, soit le sentiment d’appartenir, par cet élément de personnalité, à une catégorie sociologique et à un type de personnalité.

SODOMITE

Le sens premier de sodomite est celui d’habitant de Sodome ; s’y sont ajoutés, à la fin du Moyen-Âge, ceux d’hérétique, d’adepte de la bestialité et d’auteur de divers écarts sexuels, essentiellement les relations entre hommes. Les termes latins sodomita, sodomitice, sodomiticus étaient relatifs à la "sexualité entre hommes" dans les Pénitenciels des VIe/VIIe/VIIIe siècles, dans les Capitulaires du IXe siècle,, chez Hincmar de Reims, dans un canon du Concile de Reims (1049) et dans la plupart des conciles ultérieurs, chez Hildebert de Lavardin, Gratien, Pierre le Chantre, Albert le Grand, etc.

Le recueil de droit coutumier Jostice et Plet, vers 1260, prévoyait la mort pour bougrerie (ici l’hérésie religieuse) et ce qui suit pour l’homosexualité masculine :

« Celui qui est sodomite prouvé doit perdre les couilles, et s’il le fait une seconde fois, il doit perdre le membre ; et s’il le fait une troisième fois, il doit être brûlé.
Femme qui le fait doit à chaque fois perdre un membre, et la troisième fois doit être brûlée. »
XVIII, chap. 24, § 22 [Rapetti, éd., Li livres de jostice et de plet, Firmin-Didot, 1850, pp. 279-280].

« Quand il [Hugh spencer le jeune] fut ainsi lié, on lui coupa tout premièrement le vit et les couilles, pour tant qu’il était hérétique et sodomite, ainsi comme on disait et mêmement du roi [Édouard II d’Angleterre]. »
Jehan Le Bel, Chronique, 1326.

"De ce temps-là [au début du Moyen-Âge] régnaient en la Gaule péchés énormes et abominables, et était notre seigneur grandement irrité contre cette malheureuse et damnable volupté de paillardise bestiale des sodomites, qui avaient provoqué l'ire de Dieu, et tant de punitions qui leur advenaient par l'exigence de leur maudite vie."
Paradin de Cuyseaux, Annales de Bourgogne, Lyon, 1566, p. 28.

« J’ai eu autrefois grand-peine à me persuader que les sodomites, et ceux qui se sont pollués avec les bêtes, dussent être exécutés publiquement et devant tout le peuple ; et il n’y a point de doute qu’on ne puisse amener plusieurs grandes considérations aussi bien d’une part que d’autre ; mais cependant je m’arrête à ce que je vois faire dans les villes bien policées. Au demeurant la raison pour laquelle il est vraisemblable que la sodomie n’était si commune alors que maintenant, c’est qu’on ne fréquentait pas tant les pays qui en font métier et marchandise qu’aujourd’hui […] Bien que nous lisions au treizième livre d’Athénée [Les Sages attablés, XIII, 603a] que de son temps les Celtes, nonobstant qu’ils eussent de plus belles femmes que les autres barbares, étaient adonnés à la sodomie, avant qu’on sut si bien parler italien en France on n’entendait presque pas parler de cette vilénie. »
Henri Estienne, Apologie pour Hérodote [Genève, 1566], chapitre 10.

« Le saint champ du seigneur est plein de parasites,
Et l’autel précieux ne sert qu’aux sodomites ;
Bref, les temples à saints usages ordonnés
Par ces ganymèdes bougrins sont profanés. »
Henri Estienne, Apologie …, chapitre 39.

"De ce temps-là régnaient en la Gaule péchés énormes et abominables, et était notre seigneur grandement irrité contre cette malheureuse et damnable volupté de paillardise bestiale des sodomites, qui avaient provoqué l'ire de Dieu, et tant de punitions qui leur advenaient par l'exigence de leur maudite vie."
Paradin du Cuyseaux, Annales de Bourgogne, Lyon, 1566, page 28.

« M. Bacon gentilhomme anglais caressait Isaac Burgades son page et demeurait enfermé souvent dans une salle de son logis […] la sodomie n’était point trouvée mauvaise car M. de Bèze ministre de Genève et M. Constant ministre de Montauban en avaient usé et la trouvaient bonne […] Bacon lui avait assuré que ce n’était point mal fait d’être bougre et sodomite. »
Archives départementales du Tarn et Garonne, E. 1537, f° 177, novembre 1587.

"Qui n' ayme point l' animal de societé, qui ne fait point cas des femmes est sot et meschant, ou sodomite. Si, laissons ces loups-garoux, instruments de toute souillure ; un homme qui honnestement ayme une douce femme est humble et gracieux."
Béroalde de Verville, François, [Le] Moyen de parvenir, 1879 [1610].

" ... des règles de vilainie, lesquelles elles étaient obligées de garder par même voeu que celuy-là du Sieur Theophile, qui fait voeu d' être sodomite tout le reste de ses jours, ainsi que nous verrons ici bas ; car ces vilaines devoient faire un voeu abominable de ne se corriger [...] je ferais représenter l'un d'entr'eux avec la bouteille d' un côté, et l'écritoire de l' autre, composant un sonnet sodomite, tel qu' il est au commencement du parnasse satyrique, avec ce mot au dessus, par le Sieur Théophile, l' autre je le ferais peindre tout [...] le Sieur Théophile se repentant, à ce qu' il dit, d' avoir eu et contracté une maladie infâme avec une prostituée, fait voeu à Dieu d'être sodomite tout le reste de ces jours, et ce par des paroles les plus exécrables qui soient jamais sorties de la bouche du plus abominable sodomite qui ait été enveloppé dans les cendres de Gomorrhe. Hélas ! Flammes de Sodome, où êtes vous ! Puisque les hommes ferment les yeux ! [...] le principal auteur du parnasse satyrique, qui s'en prend aux destins et à la nature avec des paroles infâmes et avec des imprécations de sodomite, comme si Dieu était jaloux et envieux de ses impudicités."
Garassus, La doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, ou prétendus tels : contenant plusieurs maximes pernicieuses à la religion, à l'Estat et aux bonnes moeurs, combattue et renversée, 1623.

"Il seroit aussi à propos de croire pareillement que tous les sodomites qui estoient au monde moururent la nuit de la nativité de Jesus-Christ, et que comme l' assure le fameux jurisconsulte  Salicet, Virgile en fut du nombre."
Gabriel Naudé, Apologie pour tous les grands hommes qui ont esté accusez de magie, 1669, p. 417

« Il [Louis-Joseph de Vendôme] était sodomite. Mais il eût été à souhaiter qu’au lieu de bougre, l’auteur eût pu mettre bardache, car le grand plaisir de ce duc était de se faire enculer, et il se servait pour cela de valets et de paysans, faute de plus gentils ouvriers. On dit même que les paysans des environs de sa belle maison d’Anet [Eure et Loir] se tenaient avec soin sur son chemin lorsqu’il allait à la chasse, parce qu’il les écartait souvent dans les bois pour se faire foutre et leur donnait à chacun une pistole pour le prix de leur travail. Cela les aidait à payer la taille. »
Recueil Maurepas, année 1695, BnF, mss fr 12623, tome 8, p. 229. Commentaire du dernier vers d’une épigramme, « C’est le meilleur bougre du monde. »

« Jadis curé, jadis jésuite,
Partout connu, partout chassé,
Il devint auteur parasite
Et le public en fut lassé.
Pour réparer le temps passé
Il se déclara sodomite
À Bicêtre il fut bien fessé
Dieu récompense le mérite. »
Voltaire, Le Préservatif [contre Desfontaines], 1738.

Il existe un étude sémantique plutôt gauloise dans le pamphlet Dom Bougre aux États Généraux (1789, pafois attribué à Restif de La Bretonne) :

« Des sodomites :
Il y a trois espèces de gens qui foutent en cul. Il y a bien peu d’hommes à qui cela ne soit arrivé une fois dans sa vie, par curiosité, par ivresse, par ennui ou autrement, nous ne parlons que de ceux à qui cela arrive habituellement.
1) Ceux qui enculent des putains […]
2) Ceux qui enculent leur propre femme […]
3) La troisième espèce est de ceux qui enculent des mâles. La raison de la préférence qu’ils leur donnent sur les femmes est qu’on ne sert point un gigot sans manche. Dans cette classe, il faut comprendre les écoliers, qui le font par polissonnerie, les soldats par défaut d’argent, les moines par nécessité. »

« Ce singulier Dolmancé […] sodomite par principe, […] les délices de Sodome lui sont aussi chers comme agent que comme patient. »
Sade, La Philosophie dans le boudoir (1795), I, Paris, Gallimard, 1998, édition Michel Delon.

SODOMITE. s. m. Celui qui est coupable de sodomie. "
Dictionnaire de l'Académie française, 5e et 6e éditions, 1798, 1835.

« Rien ne semblait devoir faire obstacle à la tardive mais brillante carrière de l'abbé [Desfontaines] lorsque, le 18 décembre 1724, celui-ci fut arrêté et emprisonné au Châtelet. L'instruction fut rondement menée et le prévenu transféré en avril à Bicêtre, la prison des sodomites, avec une inculpation de relations homosexuelles et d'encouragement à la débauche d'un mineur de seize ans. » (Pierre Milza, Voltaire, 4 La gloire et l'infortune, Paris : Perrin, 2007).

SODOMITERIE

Vers 1285, Philippe de Beaumanoir rapprochait les crimes d’hérésie et de sodomie dans son recueil « Les coutumes de Beauvaisis »

« Qui erre contre la foi, comme en mécréance, de laquelle il ne veut venir à voie de vérité, ou qui fait sodomiterie, il doit être brûlé. »
G. Thaumas de la Thaumassière, éd., Les Coutumes de Beauvaisis, Bourges : Morel, 1690, page 149 .

SODOMITIQUE

« Le vice contre nature peut se produire […] d’une troisième manière, lorsqu’on a des rapports sexuels avec une personne du sexe indû, par exemple mâle avec mâle ou femme avec femme : ce qui se nomme "vice sodomitique". […] Dans les péchés contre nature, dans lesquels l’ordre même de la nature est violé, il est fait injure à Dieu lui-même, Ordinateur de la nature. […] Après ce crime [la bestialité] il y a le vice sodomitique, où l'on ne tient pas compte du sexe dû. - Après c'est le péché de celui qui n'observe pas la manière requise pour l'union charnelle. »
Thomas d'Aquin (1227-1274), Somme théologique, IIa-IIae, question 154, article 11 et 12.

SŒUR

À côté du sens de « coureuses, filles débauchées » (Ph. J. Le Roux, Dictionnaire comique, 1752), c’est un terme utilisé par le milieu homosexuel parisien au XVIIIe siècle :

« "D’où venez-vous donc de courir, Madame la B[ougresse] tandis que je vous attends ?" La Londe lui a dit qu’il venait d’avec ce jeune homme, de chez le marchand de vin en question. L’autre lui a dit : "C’est donc une de nos sœurs". La Londe lui a répondu que oui. »
Archives de la Bastille, 10258, mai 1736.

« Passant sur le quai de Conti sur les minuit j'ai vu Veglay, qui était lui quatrième, qui faisait les figures et gestes des infâmes ; je me suis promené un tour et je suis passé à quatre pas d'eux. Veglay a dit : "En voilà un qui a bien l'air d'en être. Séparons-nous par deux, voyons ce que c'est que cette sœur-là." C'est un terme d'infâme. »
Archives de la Bastille, 10259, juin 1748.

« Les copailles […] On les appelle aussi des lobes, des coquines, et quand elles parlent de l’une d’elles, elles disent entre elles : "c’est une sœur". »
Maurice Talmeyr, « L’artiste », Gil Blas, 26 novembre 1889.

Comme coquine, cousine et tante, sœur fait de l’homme homosexuel une femme, conformément à l’image populaire ; dans le milieu homosexuel, on parle aussi de copine.

SONNER LES CLOCHES, SONNETTE

Vidocq, Michel, Rigaud et Bruand ont donné au terme argotique sonnette le sens de « jeune sodomite » ou « jeune pédéraste ». L’explication en est sans doute l’expression imagée sonner les cloches appliquée à la masturbation d’un individu par un autre (argot des prostitués du début du XXe siècle).

« Quand l’aîné [14 ans à peine] me dit qu’il est "mécanicien", le second [13 ans] pouffe …
— Il y a longtemps qu’il ne l’est plus, mécanicien.
— Alors, qu’est-ce qu’il fait à présent ?
— Il a ben un autre métier. Mais il ne veut pas le dire.
L’aîné rigole aussi sournoisement ; il ne proteste pas quand l’autre continue :
— Il travaille avec le bonhomme.
— Quel bonhomme ?
— Parbleu ! celui qui veut bien.
— Et qu’est-ce qu’il fait ? (tous les deux se tordent)
— Des cochonneries.
Alors le petit, tapant du poing le second :
— C’est pas vrai ! c’est pas vrai.
Par malheur l’aîné ne proteste pas. Et le second, rigolant de plus belle : "Il sonne les cloches !" »
André Gide, Journal, 3 novembre 1908.

Notons aussi « tinteur », pour lequel Vidocq mettait : « jeune sodomite » et Michel : « jeune homme qui a des goûts dépravés ».

SOTADIQUE, adj.

Le mot viendrait du nom d’un poète grec du -IIIe siècle, Sotadès de Maronée ; en lisant ses vers à rebours, on obtenait un sens obscène. La raison pour laquelle il en est venu à signifier l’idée d’amour masculin est encore obscure.

L’érudit P. L. Jacob, décrivant la « Bibliothèque dramatique de Monsieur de Soleinne », mentionnait « certains livres infâmes, érotiques et sotadiques » ; selon lui, la pièce de théâtre L’Ombre de Deschauffours « est sotadique et met en scène de grands personnages qu’on soupçonnait de partager les goûts de l’infâme Deschauffours. »

D’une autre pièce, Julia, ou le Mariage sans femme, "folie-vaud. en un acte, ms in-4, écriture de la fin du XVIIIe siècle ; pièce sotadique " selon Jules Gay (*), Jacob écrivait : « Cette pièce est sotadique, comme son titre l’annonce. »
* Bibliographie des ouvrages relatifs à l'amour, aux femmes, au mariage.

SPÉCIAL, adj. et subs.

Équivalent français de l’anglais queer.

« Les difficiles, les spéciaux »
Paul Verlaine, Hombres, « O mes amants ».

« Je demande à Henri Jeoffrai, qui vient de faire au Tonkin un petit séjour, quel est dans ce pays l’état des mœurs spéciales.
Georges Hérelle, note manuscrite, novembre 1902.

« Comme dans la vie, où les réputations sont souvent fausses et où on met longtemps à connaître les gens, on verra dans le deuxième volume [de À la recherche du temps perdu] seulement que le vieux Monsieur n'est pas du tout l'amant de Mme Swann, mais un pédéraste. C'est un caractère que je crois assez neuf, le pédéraste viril, épris de virilité, détestant les jeunes gens efféminés, détestant à vrai dire tous les jeunes gens comme sont misogynes les hommes qui ont souffert par les femmes. Ce personnage est assez épars au milieu de parties absolument différentes pour que ce volume n'ait nullement un air de monographie spéciale comme le Lucien de Binet-Valmer [1910] par exemple (rien n'est du reste plus opposé à tous points de vue). De plus il n'y a pas une exposition crue. Et enfin vous pouvez penser que le point de vue métaphysique et moral prédomine dans l'œuvre. Mais enfin on voit ce vieux monsieur lever un concierge et entretenir un pianiste. J'aime mieux vous prévenir d'avance de tout ce qui pourrait vous décourager. »
Marcel Proust, Lettre à Gaston Gallimard, novembre 1912, Lettres à la NRF, Gallimard, 1932 (Cahiers Marcel Proust, n° 6).

« André Gide […] cite, à titre de précédents, Goethe, Aristote, Léonard de Vinci, Homère, Shakespeare, Withman, etc. Cette liste pourrait être facilement allongée. On la trouve, très complète, et sans doute très fausse, dans certains journaux spéciaux qui paraissent publiquement en Allemagne. »
Léon Pierre-Quint, « Sur Corydon par André Gide », Le Journal Littéraire, 12 juillet 1924.

"Mais en Chine, où, à ce qu'on assure, les pratiques spéciales seraient en vogue, ne pourrait-on discerner dans cette tolérance un corollaire de l'effroyable excès de population qui y sévit?"
Raphaël Cor, Mercure de France, 1930.

STRAIGHT

Contraire de gay, parfois traduit par droit.

« La Pensée straight. » Titre d’un ouvrage de Monique Wittig, Paris : Balland, 2001.

« Selon une étude britannique, une nouvelle race d’hommes vient de faire son apparition : le "stray", intermédiaire entre l’homme gay traditionnel et le "straight", terme réservé à l’hétéro de base. Le stray serait ainsi un straight déguisé en gay et cela en vue de séduire le plus grand nombre de femmes possible. »
Têtu quotidien, 2 avril 2003.

STRAY

« Royaume-Uni Le "stray" nouveau est arrivé (Société) par Béatrice Colbrant :
Selon une étude britannique, une nouvelle race d’hommes vient de faire son apparition : le "stray", intermédiaire entre l’homme gay traditionnel et le "straight", terme réservé à l’hétéro de base. Le stray serait ainsi un straight déguisé en gay et cela en vue de séduire le plus grand nombre de femmes possible. Des femmes, dit-on, de plus en plus attirées par le look délicat, voire inoffensif, du copain gay toujours prêt à écouter et à rendre service. Référence oblige : on se souvient de Warren Beatty dans "Shampoo", prototype du stray s’attirant les succès féminins sous les dehors les plus détachés. Tout homme outre-Manche est désormais qualifié de "GUPO": "Gay until proven otherwise" (Gay jusqu’à preuve du contraire). »
Têtu quotidien, 2 avril 2003.

SUCCUBE

« Ho, bougre, bredache de tous les diables incubes, succubes et tout quand il y a. »
Rabelais, Quart Livre, 1e édition, 1548.

Selon Moreau-Christophe, les chanteurs se servaient de « l’appeau trompeur d’un succube, ou jeune rivette, rendu à leurs intérêts – un Jésus, comme ils l’appellent blasphématoirement. » (Variétés de coquins, 1865). Cet auteur opposait rivette à riveur ou incube.

Selon Alfred Delvau, « SUCCUBE. Homme qui consent à servir de femme à un autre homme, et qui fait le dessous pendant qu’il fait le dessus. » (Dictionnaire érotique, 2e édition).

SUPERFICIEL

"Le plus grand nombre des uranistes que j'ai connus n'étaient point, à parler précisément, des sodomistes, mais des superficiels."
André Gide, note manuscrite, vers 1918.

SUPRA-VIRIL

« Il reste en effet à étudier, et ce sera l’objet d’un autre essai, les types infiniment variés de l’homosexuel, depuis l’ordinaire à caractères féminins prédominants, jusqu’ay type supra-viril en qui s’essaie une formule supérieure du sexe. »
Guy Delrouze, "Le préjugé contre les mœurs", Akadémos, 15 juillet 1909 [réédité par les Cahiers GKC].

SYSTÈME CORDIER

Le mystère de ce que cela peut signifier n’est pas encore éclairci.

« Je me livre à bord [de l’Hermus] à des conversations passablement philosophiques et très indécentes. J’initie un jeune seigneur russe aux arcanes de la pédérastie (système Cordier), bien que je le soupçonne d’être plus fort que moi, en sa qualité de Scythe. »
Gustave Flaubert, lettre à Louis Bouilhet, 23-24 avril 1858.


Lettre T

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